Pour quantité de raisons détaillées dans le premier thibillet de mon nouveau blog, je fais migrer mon blog. Cet ancien blog va devenir peu à peu un site statique, tandis que le nouveau blog prendra le relais.
Les écrits du nouveau blog, ainsi que leur fréquence de parution, resteront probablement aussi flous que sur les 20 dernières années (sans garantie précise, évidemment ☺️). En bref, comme l’indique le titre de ce dernier thibillet sur l’ancien blog, rien ne change.
Attention : ce blog ancien va devenir statique. Cela signifie qu’il est possible que certains liens ne fonctionnent plus au fil du temps, ou renvoient une erreur. Enfin, il ne sera plus possible de déposer des commentaires sur les 1 358 thibillets de ces 20 ans d’achives (les spammeurs vont pleurer).
Publié dansBlog|Commentaires fermés sur Migration de blogthib vers blogthib
Depuis maintenant quelques années, nous sommes propriétaires d’un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin jusqu’à présent, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d’autres repères. Voici une chronique de mes découvertes.
La vie en ruralité procure des joies simples, comme celle de guetter les animaux qui passent. Il y a les animaux avec qui nous avons passé une alliance mercantile (mésanges, rouge-gorges), du genre « food for oil » – ici c’est plutôt « food for watch » – qui viennent picorer nos graines en hiver, et puis il y a les autres, les sauvages, les rebelles, ceux qui ne connaissent ni la bride ni le mors, comme dit Maxime le Forestier. Ne parlons pas du blaireau, destructeur nocturne des souches, car on ne le voit jamais (il est non seulement nocturne, mais probablement aussi nyctalope, deux choses hors du champ de compétences d’un être humain équilibré).
L’animal sauvage est libre de son temps et de ses déplacements. Écureuil, canard, héron ou chevreuil : ce sont eux qui décident quand ils passent (s’ils passent). On prend donc vite l’habitude de jeter un œil dehors à chaque fois qu’on passe devant une porte, une fenêtre, ou idéalement une porte-fenêtre.
Et de temps en temps, aléatoirement, surprise : « Tiens, ce morceau de tronc d’arbre n’était pas dans le champ tout-à-l’heure, et en plus il broute » ; « Ah, le noixbus (cousin du chatbus de Totoro) a l’air affairé ce matin… » Bien sûr, il y a aussi des déconvenues : l’autre jour, avisant un être roulant au ras de terre comme une belette, j’ai observé le phénomène longuement à la jumelle, une fois qu’il était immobile, très immobile, trop immobile… Finalement, c’était une feuille morte, probablement la plus vive de sa branche, mais dans la catégorie belette, pas la plus véloce…
En fait, le plaisir, c’est la surprise. En ville, le bus de 8h23, eh bien il passe entre 8h21 et 8h25, et quand il y a une surprise, elle est négative : ah ben non, finalement il n’y a pas de bus à 8h23 aujourd’hui. En ruralité, le chevreuil n’a pas d’heure, il n’a même pas de jour ou de semaine. Nous ne sommes pas encore blasés (j’espère que nous ne le serons jamais), et donc dans ces cas-là, on lâche tout, on piaille « chovreuil ! » et on reste plantés comme des benêts à regarder l’animal qui broute, qui saute, qui scrute, qui snuffe…
Ces moments-là ont des points communs avec le doomscrolling des jeunes (et moins jeunes) sur leur écran de téléphone, et aussi beaucoup de points de différence. Dans les deux cas, l’observateur ne contrôle pas le flux : quand le chevreuil passe, ça peut être pour 10 secondes ou – plus rarement – de longues minutes, et on reste à regarder. Le contrôle du contenu ne dépend pas de nous. Mais le chevreuil est un événement qui a toujours une fin, souvent trop rapide, alors que le doomscrolling, comme son nom l’indique, peut durer jusqu’à la fin des temps, l’observatrice passive restant bouche bée à regarder défiler des vidéos TokTik avec un filet de bave qui dégouline sur son souête.
Il y a aussi une idée d’espace hors du temps : en doomscrolling, tel que je le comprends, on est perdu dans une bulle où l’on ne voit plus passer le temps. Pour le chevreuil scrolling, il y a un peu de cela, mais le déclencheur est bien plus agréable : j’étais en train de passer devant une fenêtre en pensant – par exemple – à une date-limite du boulot où je suis (forcément) en retard, et soudain, le tronc d’arbre qui broute relègue tout cela à l’arrière plan. Le chevreuil, c’est de l’instant présent sans avoir besoin d’un coussin de méditation : c’est là et maintenant, et tout le reste passe après. Et si tout peut passer après, c’est vraiment que ce « tout » n’est pas important par rapport à ce quadrupède parfois cornu qui vient bouffer mes bourgeons d’épicea.
Le chevreuil, c’est le reboot de la pensée, le reset des préoccupations.
Publié dansRéflexions, Verts de terre|Commentaires fermés sur Pensée moulinière – Chevreuil scrolling
Il y a quelques mois, j’ai imaginé une jeune femme, Linny Brando (la fille de Marlon, la petite sœur de Cheyenne) qui permettrait de contrer la loi de Brandolini.
Voici un deuxième exemple de tactique conversationnelle quand votre interlocuteur a un avis nettement opposé au vôtre. Cela s’opère en 2 mouvements. Dans un premier temps, il s’agit d’aller dans le même sens que ce qui est dit – histoire de bâtir un terrain commun – puis, dans un deuxième temps, de créer la surprise avec un pas de côté qui sert votre propos.
Tous les escrimeurs le savent (je ne suis pas expert en escrime, mais j’ai beaucoup regardé Scaramouche), il ne faut pas contrer une attaque frontale, mais la dévier subtilement pour déséquilibrer l’adversaire. Comme il y avait autrefois la botte de Nevers, voyons maintenant la botte de Brando.
D’abord, le premier mouvement. Dans la plupart des conversations enflammées ou les polémiques entre deux personnes, chacune reste campée sur ses bases. Pendant que l’autre nous assène des arguments ineptes d’une voix haut perchée, nous n’écoutons que pour préparer mentalement des contre-arguments, que nous imposerons d’une voix de plus en plus énervée. Et comme chacun fait ça, le débat avance autant qu’un âne dans une piscine de porridge.
Une des premières tactiques de conversation consiste donc à faire l’inverse : chercher les points communs, identifier ce avec quoi nous sommes d’accord dans ce que dit notre interlocuteur, et le reconnaître. Idéalement, il s’agit vraiment d’être d’accord, et non de prétendre à un assentiment de façade, juste pour pouvoir placer nos propres arguments.
Passons au deuxième mouvement. Il s’agit ici d’apporter une contradiction subtile. Et soyons clairs : c’est très rare qu’on trouve instantanément une répartie originale, encore plus dans le contexte d’une conversation enflammée. Cela veut dire que ce deuxième mouvement se prépare à l’avance.
Voici un exemple assez connu – et exagéré – de ces 2 mouvements :
Interlocuteur : « je vais peut-être dire une connerie, mais les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus envie de travailler. »
Linny Brando : (premier mouvement) « Vous avez raison, je vous le confirme. » (Puis, deuxième mouvement) « C’est bien une connerie. »
Ceci n’est pas un bon exemple, d’abord parce que c’est une blague connue, et ensuite parce que c’est un effet de manches gratuit qui va nous aliéner l’interlocuteur sans rien apporter à la discussion. Mais cette histoire a le mérite d’illustrer le principe des deux mouvements, et la surprise qui désoriente l’adversaire.
Voici un autre exemple, plus équilibré, et que j’ai pu pratiquer avec succès.
Interlocuteur : « de toute façon, toutes ces histoires de changement climatique, c’est un faux problème. L’humanité a toujours réussi à se sortir de ce genre de situation. L’innovation technologique nous permettra de dépasser ce problème. »
Linny Brando : (premier mouvement) « vous avez raison, je suis d’accord avec vous que l’innovation technologique va permettre à l’humanité de se sortir des problèmes que pose le changement climatique. Il y a déjà des pistes qui sont évoquées, et il y aura probablement d’autres découvertes et innovation qui vont être mises au point. ».
(Deuxième mouvement) « Mais ce ne sera pas toute l’humanité qui en bénéficiera. Seuls 10 % de la population s’en sortiront grâce aux innovations, tandis que les 90 % restants disparaîtront. Et mon intuition, c’est que ni vous, ni moi, ne ferons partie de ces 10 % de privilégiés. Mais je peux me tromper, bien sûr… »
C’est une tactique qui marche assez bien (je l’ai testée en direct), car cela permet de continuer la discussion au lieu de l’interrompre brutalement avec une répartie cassante. Nous nous retrouvons, l’interlocuteur et moi, littéralement dans le même bateau. Bien sûr, mon honorable contradicteur va contre argumenter – d’où l’intérêt de dire que je peux me tromper – et la discussion va se poursuivre, mais il y a désormais une progression en zig-zag, un décalage de la perspective, un peu à la façon du tango (deux pas en avant, un pas en arrière).
Pour conclure sur ce deuxième mouvement, citons Winston Churchill (que Linny Brando n’aurait probablement pas désavoué) : « Mes meilleures improvisations sont celles que j’ai le plus préparées ».
(à bientôt pour d’autres tactiques de Linny Brando)
Nous sommes au début 2025 et j’ai une vision relativement pessimiste de l’état du monde, et notamment du monde numérique. Tous les réseaux sociaux sont aux mains de milliardaires. Il en va de même pour les journaux. Les milliardaires et ploutocrates ont toujours eu une influence importante sur la vie politique, mais nous atteignons désormais des sommets – ou des tréfonds, c’est selon. Cette série de thibillets cherche à donner des réflexes et outils simples, avec un double objectif. D’une part, limiter la possibilité de surveillance de nos comportements et échanges quotidiens ; d’autre part, rendre plus difficile l’agrégation de ces renseignements entre les mains de sociétés privées, elles-mêmes liées à certains gouvernements ou certains mouvements politiques extrémistes.
Commençons par quelques changements simples, autour du navigateur que vous utilisez
Remplacer Google Chrome par Firefox (version ordinateur et version mobile). Firefox est un navigateur qui est respectueux des standards du Web (contrairement à Google Chrome) et il ne récupère pas nos données personnelles pour les utiliser ou les revendre (contrairement à Google Chrome).
Tant qu’à faire, dans la barre de recherche de Firefox, opter pour un autre moteur de recherche que Google (il y a le choix entre plusieurs moteurs, par exemple DuckDuckGo ou Wikipedia).
Dans Firefox, installer un bloqueur de publicité comme uBlock Origin. Non seulement cela aura l’avantage d’éviter les agressions visuelles, en offrant des pages Web plus épurées, mais cela accélérera le chargement des pages – puisque la publicité et des cookies consomment beaucoup de bande passante.
Tant qu’à faire, à propos des cookies qui servent à traquer notre comportement et qui se transmettent d’un site à un autre, ne pas hésiter à installer une extension anti-cookies et traqueurs comme I don’t care about cookies ou Privacy Badger (les deux coexistent parfaitement bien).
Toujours dans Firefox, installer l’extension Facebook Container. Si vous avez un profil Facebook, saviez-vous que vous êtes surveillé-e sur la plupart des autres sites web que vous consultez ? (Un indice : à chaque fois que l’on vous propose d’utiliser votre profil Facebook pour vous inscrire à un nouveau service, cela veut dire que Facebook a pisté votre navigation et collecte des données sur vos comportements – même si vous vous êtes déconnecté-e de votre compte Facebook). Avec cette extension Facebook Container, votre navigateur élève une muraille de Chine dès que vous quittez votre page Facebook : ce que vous faites sous Facebook reste dans Facebook, et la surveillance de cette société ne s’étend plus aux autres sites que vous visitez.
Il y a d’autres modifications que vous pouvez faire au sein de votre navigateur web, mais les premiers pas évoqués ci-dessus sont un bon début. D’autres conseils viendront…
In a previous post, I set out a mini-law and I promised examples to come. As a reminder,
Docthib’s tiny law: « If, for a given product or service, you are looking for a more sustainable or respectful alternative*, while demanding the same level of quality as before, then you are not a true activist. «
* In the sense of sustainable development, sustainability, or respect for personal data and privacy.
My first example is an obvious one: Amazon. These days, most people shop online on this site. It’s quick, cheap and there’s a huge choice. When I was young (in the second half of the 20th century), there were still drugstores in every neighbourhood: nearby your apartment, you could find stain removers, cleaning gloves and basins, paint or bicarbonate, hardware, light bulbs…
Amazon has replaced all that, and any small-to-large DIY store will swoon with envy (or jealousy) at the choice offered by this online site. Now, real-life sales assistants tell me that customers come to ask for advice, take a photo of the product with their phone, and finally buy it on Amazon.
But this company is neither sustainable nor environmentally friendly, and it treats its employees and suppliers badly – not to mention collecting personal data from consumers whenever they shop. Amazon doesn’t pay taxes, fires unionised employees, and sends tens of thousands of new products to landfill every year.
What alternatives have I been using now for several years ?
My first solution is Fnac–Darty (a French company). This company pays its taxes, has real shops with real shop assistants, plenty of choice on the shelves (while avoiding cheap electronics from producers zillions of miles away), and there are no controversies over this company – or at least, much less than those over its almighty competitor.
This is a fact that the products sold by Fnac are often a little more expensive than those of its aforementioned competitor – but not always. And for online purchases, their delivery times can also be a few days longer.
This brings us to two additions to the tiny law above :
price is not everything ;
the notion of comfort.
Price isn’t everything, because for a company that pays no tax, and even no social charges in some countries, it’s easy to have lower prices. So let’s try to replace the current discourse. Instead of saying » Amazon offers the best price « , let’s say » Amazon refuses to ensure the safety of its employees, and refuses to pay its contribution to society « . Do we want to encourage this system when we personally pay tax and we benefit from social protection? In other words : when I pay a little less for a product sold by Amazon, I am encouraging a fraudulent and unethical company.
Let’s talk now about comfort, with the example of my alternative when purchasing books (I read a lot). Amazon may be the biggest bookstore in the world, but in comparison :
The shelves in each Fnac shop are very full, so you can compare, read a whole chapter, browse in some strange sections in the library, and therefore discover, taste, see, smell…
Local bookshops, although smaller, can order any book, with delivery usually arriving the next day. And all this comes with a personalised advice from the sales assistant.
There’s some much pleasure in diverting from one’s path for a few minutes, to stroll the shelves of a bookshop, or even talk to a human being about the comparative merits of two authors or learn about the bestsellers of the month.
My third source of alternatives, apart from books or products that Fnac sells, is a little folder in my browser that I’ve called » Achat-zone » (in French, standing for Shop-Zone. But the French wording actually resembles the name of the company that should not be named). Achat-zone is my anti-Amazon. It is a folder in my personal toolbar in Firefox, and I regularly update it with all the French websites and products that I regularly use but can’t easily find in store , like clothes from a French brand, household products or useful supplies…
Of course, this means online purchases with delivery that takes a little longer than with Amazon. But I’d rather give (indirectly) my money to La Poste (French mail company), which dispatches my parcels, than contribute to the hellish stress and work insecurity of Amazon’s delivery drivers.
Let’s come back to this notion of comfort, or giving up a certain level of comfort. The impulse to buy from Amazon is often encouraged by the promise that the product will be delivered very quickly – but in all candidness: is my life going to change because this product is delivered on Tuesday rather than Friday ? In these times of instantaneous gratification, it’s always nice to experience patience, to measure the passage of time, and to understand that an order + delivery must take a certain amount of time, just because there are human beings at the other end of the supply chain. At worst, when I’m told that certain delivery times will be » long » (10 days! How inconvenient! As if some people were stalling right next to their letterbox this whole time), I can always question the purchase : « After all, do I really need this product ? »
So let me amend slightly my tiny law, to add the dimension of comfort, or the voluntary choice to accept a reduction in comfort :
Docthib’s tiny law: « If, for a given product or service, you seek a more sustainable or respectful alternative*, while demanding the same level of quality or comfort as before, then you are not a true activist. «
* In the sense of sustainable development, sustainability, or respect for personal data and privacy.
Docthib’s tiny law : « Si, pour un produit ou un service donné, vous cherchez une alternative plus durable ou respectueuse*, tout en exigeant le même niveau de qualité que précédemment, alors vous n’êtes pas un-e vrai-e activiste. »
* Au sens du développement durable, de la soutenabilité, ou du respect des données personnelles et de la vie privée.
Mon premier exemple est une évidence : Amazon. Aujourd’hui, le réflexe de la majorité des personnes est de faire leurs achats sur ce site. C’est rapide, pas cher, et le choix est immense. Quand j’étais jeune (dans la seconde moitié du XXème siècle), il existait encore des drogueries dans chaque quartier : en bas de chez soi, on pouvait y trouver du détachant, des gants de ménage et des bassines, de la peinture ou du bicarbonate, de la quincaillerie, des ampoules…
Amazon a remplacé tout cela, et n’importe quelle petite-moyenne-grande surface de bricolage pâlit d’envie (ou de jalousie) devant le choix offert par ce site en ligne. À tel point que des vendeuses de rayon me disent que désormais, les clients viennent pour demander des conseils, prendre le produit en photo avec leur téléphone, puis l’achètent sur Amazon.
Mais cette entreprise n’est ni durable, ni respectueuse de l’environnement, et elle traite mal ses salariés ou ses fournisseurs – sans parler de la collecte des données personnelles des consommateurs lors de leurs achats. Amazon ne paie pas d’impôts, licencie les salariés syndiqués, et envoie des dizaines de milliers de produits neufs dans les décharges chaque année.
Quelle sont les alternatives que j’utilise désormais depuis plusieurs années ?
Dans un premier temps, Fnac–Darty. C’est une société qui paie ses impôts, qui a des vrais magasins avec des vraies vendeuses, beaucoup de choix dans les rayons (tout en évitant des produits électroniques à bas prix venus du bout du monde), et les controverses sur cette enseigne sont infiniment moindres que celles sur son tout-puissant concurrent.
Alors oui, les produits vendus par la Fnac sont souvent un peu plus chers que chez concurrent sus-cité – mais pas toujours. Et pour les achats en ligne, les temps de livraison peuvent être plus longs de quelques jours.
On en vient à deux compléments à la loi ci-dessus :
le prix n’est pas tout ;
la notion de confort.
Le prix n’est pas tout, car pour une entreprise qui ne paie pas d’impôts, voire pas de charges sociales dans certains pays, c’est facile de vendre moins cher que ses concurrents. Mais essayons maintenant de remplacer le discours courant. Au lieu de dire « Amazon offre le meilleur prix », disons plutôt « Amazon refuse d’assurer la sécurité de ses salariés, et refuse de payer sa contribution à la société ». Avons-nous envie d’encourager ce système, alors qu’à titre personnel, nous payons des impôts et bénéficions d’une protection sociale ? En d’autres termes : quand je paie un peu moins cher un produit vendu par Amazon, j’encourage une entreprise fraudeuse et non-éthique.
Parlons du confort, avec une autre source d’alternatives pour les achats de livres (je lis beaucoup). Amazon est peut-être la plus grande librairie du monde, mais en comparaison :
les rayons de chaque magasin Fnac sont très remplis, on peut donc comparer, lire tout un chapitre, fureter dans des zones aux thèmes improbables et donc découvrir, goûter, voir, sentir… et par ailleurs
les librairies de quartier, quoi que plus petites, peuvent toutes commander n’importe quel livre*, avec une livraison qui arrive le plus souvent le lendemain. Avec, de surcroît, les avis personnalisés du vendeur.
* à l’exception des livres imprimés sur commande, comme relaté ici.
Il y a du plaisir à se détourner de son chemin pour quelques minutes, pour aller flâner dans les rayons d’une librairie, voire parler avec un être humain sur les mérites comparés de deux auteurs ou sur les meilleures ventes du mois.
Ma troisième source d’alternatives, hors livres ou produits trouvables à la Fnac, c’est un petit dossier dans mon navigateur que j’ai appelé « Achat-zone ». Achat-zone est mon anti-Amazon : c’est un dossier de ma barre personnelle (sous Firefox) que j’alimente régulièrement avec tous les sites français et leurs produits que je consomme régulièrement sans pouvoir les trouver facilement en magasin : vêtements d’une marque française, produits de la maison, petites fournitures bien utiles… Certes, on parle d’achats en ligne, avec livraison. Et en effet, cela prend un peu plus de temps qu’avec Amazon. Mais je préfère donner (indirectement) mon argent à La Poste qui expédie mes colis, plutôt que de contribuer aux cadences infernales et à la précarité des livreurs Amazon.
Revenons à cette notion de confort, ou d’abandon d’un certain confort. L’impulsion d’un achat sous Amazon est souvent encouragée par la promesse que le produit sera livré très rapidement – mais franchement : est-ce que ma vie va changer parce que tel produit a été livré le mardi plutôt que le vendredi ? Dans ces temps d’instantanéité, il est bon de revenir à la patience, de mesurer le temps qui passe, et de comprendre qu’une commande+livraison doit prendre un certain temps, car il y a des êtres humains à l’autre bout de la chaîne. Et au pire, quand on m’annonce certains temps de livraison « longs » (10 jours, oulala, on a l’impression que certaines personnes sont en train de trépigner à côté de leur boîte aux lettres), cela peut me permettre de remettre en cause l’achat : « finalement, ai-je vraiment besoin de ce produit ? »
Je modifie donc ma mini-loi, pour ajouter la dimension du confort, ou le choix volontaire d’accepter une réduction du confort :
Docthib’s tiny law : « Si, pour un produit ou un service donné, vous cherchez une alternative plus durable ou respectueuse*, tout en exigeant le même niveau de qualité ou de confort que précédemment, alors vous n’êtes pas un-e vrai-e activiste. »
* Au sens du développement durable, de la soutenabilité, ou du respect des données personnelles et de la vie privée.
Publié dansRéflexions, Verts de terre|Commentaires fermés sur Achats (en ligne) – prix, rapidité, confort & confort moral
At a time when many people are making their New Year’s resolutions, and perhaps just as many are deciding to stop making such resolutions (“new year’s resolutions are like a cheque drawn on a bank in which you have no account”, Oscar Wilde), I am trying to keep a resolution I made almost one year ago, i.e. to start a series of blog posts on a new theme. As usual, I don’t know how often these blog posts will be published, or how extensive the list will be: it’s the beginnings that are the most beautiful, or at any rate, the most exciting.
So what are we going to talk about? It all starts with an aphorism I concocted around March 2024, which goes like this:
Docthib’s tiny law:“If, for a given product or service, you are looking for a more sustainable or respectful* alternative, while at the same time demanding the same level of quality or confort as before, then you are not a true activist.”
sustainable in the sense of sustainable development, sustainability; respectful, in the sense of respectful of the environment or respecting your privacy / personal data.
This aphorism doesn’t come out of nowhere, nor is it purely theoretical: it stems from my personal experiences and observations, with examples that are sometimes important, sometimes trivial, but nonetheless relating to many different fields. And I suspect this law could become a motto for many people.
In the coming weeks, I will be developing these examples. In the meantime, you can question yourself: how does this aphorism speak to you? In other words, to what field / tool / product could you apply this law?
À l’heure où beaucoup prennent des bonnes résolutions pour cette nouvelle année, tandis qu’un nombre peut-être aussi important de personnes décident de ne plus en prendre ‘(« les bonnes résolutions sont comme un chèque tiré sur une banque dans laquelle on n’a pas de compte », disait Oscar Wilde), j’essaie pour ma part de tenir une bonne résolution prise il y a presque un an : démarrer une série de thibillets sur un nouveau thème. Comme d’habitude, j’ignore la fréquence de parution et l’exhaustivité de ce qui sera publié : ce sont les commencements qui sont les plus beaux, ou en tout cas, les plus enthousiasmants.
Alors de quoi va–t-on parler ? Tout part d’un aphorisme que j’ai concocté vers le mois de mars 2024, et qui se formule ainsi :
Docthib’s tiny law : « Si, pour un produit ou un service donné, vous cherchez une alternative plus durable ou respectueuse*, tout en exigeant le même niveau de qualité que précédemment, alors vous n’êtes pas un-e vrai-e activiste.«
* durable au sens développement durable, soutenabilité ; respectueuse, au sens respectueuse de l’environnement ou respectueuse des données personnelles.
Cet aphorisme ne sort pas de nulle part, et n’est pas une invention purement théorique : il est issu de mes expériences et observations personnelles, avec des exemples parfois importants, parfois triviaux, mais situés dans des domaines très variés. Et je pense, peut-être à tort, que cette loi pourrait devenir un manifeste pour quantité de personnes.
Dans les semaines qui viennent, je développerai ces exemples. Mais rien ne vous empêche, dès maintenant, de voir dans quelle mesure cet aphorisme vous parle. À quel domaine / outil / produit pourriez-vous déjà appliquer cette loi ?
Que ce soit en terme de climatoscepticisme, discours anti-vaccins ou – actualité oblige – lors d’une discussion politique, on se retrouve souvent dans la situation suivante :
Interlocuteur A : « Fausse vérité »
Interlocuteur B : « Ben non, parce que … »
Interlocuteur A : « Non, j’y crois pas / c’est un argument tordu »
Ici, l’interlocuteur B a intérêt à connaître la Loi de Brandolini, pour éviter de perdre son temps. Loi que je résume ici : c’est toujours plus facile et plus rapide de dire une fake news que de la réfuter.
Si l’interlocuteur B rentre dans le jeu de la réponse, il va passer beaucoup de temps à argumenter, pour démontrer que c’est une fausse information, et tout ça pour un résultat souvent nul, car A ne sera pas toujours pas convaincu-e.
Aussi, je propose une variante au schéma classique de la Loi de Brandolini. Nous l’appellerons la Démarche de Linny Brando. Illustrons d’abord la Loi de Brandolini par un exemple, au hasard dans une discussion sur un réseau social :
Interlocuteur A : « Fausse vérité »
Interlocuteur B : « Ben non, pas du tout, pour telle et telle raison »
Interlocuteur A : « Ah ouais ? J’y crois pas, ça ne tient pas debout comme argument. »
Interlocuteur B (démontre, à son corps défendant, la Loi de Brandolini) : « Eh bien il y a tel lien, et puis tel article, et aussi telle revue, et telle étude, et la science dit que… » (20 minutes de recherche et argumentation)
Interlocuteur A : « Ouais, je n’y crois toujours pas, et on ne m’ôtera pas de l’idée que ‘vérité fausse’ du début » (< 1 minute)
La variante, qu’on pourrait appeler Démarche de Linny Brando (la fille de Marlon, la petite soeur de Cheyenne, donc), serait :
Interlocuteur A : <énonce une fausse vérité>
Linny Brando : « Ah, c’est intéressant. Sur quoi tu t’appuies / quelles sont tes sources pour affirmer ça ? »
La lectrice ou le lecteur aura noté que (1) la charge de la preuve est désormais inversée et (2) on évite de perdre du temps. De plus, cela permet de mettre au jour quelques scénarios de réponses :
Linny Brando : « Quelles sont tes sources pour affirmer ça ? »
Interlocuteur A : « Tout le monde sait ça »
Linny Brando : « Ah ben non, pas tout le monde, moi par exemple je ne sais pas. Alors quelles sont tes sources, pour m’éclairer ? »
Ou bien :
Linny Brando : « Quelles sont tes sources pour affirmer ça ? »
Interlocuteur A : « Eh bien, c’est sûr que si tu t’informes dans les merdias pour les moutons !Ouvre les yeux et informe-toi vraiment »
Linny Brando : « D’accord, par où est-ce que tu me conseilles de commencer ? »
Ou bien, ma réponse préférée :
Linny Brando : « Quelles sont tes sources pour affirmer ça ? »
Interlocuteur A : « Non, mais j’ai pas besoin de sources pour être convaincu, c’est comme ça, c’est évident, des millénaires d’histoire de l’humanité vont dans ce sens ».
Linny Brando : « Très bien. Donc dans ce cas, c’est plutôt une religion pour toi. En fait, tu me demandes de croire sans preuve, et tu essaies de me convertir à ton culte. »
En bref, cela inverse l’effort de « qui va essayer de convaincre l’autre ». À manier avec précautions, évidemment…
Il y a au moins une autre tactique de Linny Brando (la petite soeur de Cheyenne), que nous verrons dans un prochain thibillet.
Publié dansRéflexions, Transformer|Commentaires fermés sur Tactique dialectique – la démarche de Linny Brando
Mon livre « Finance Durable » obtient régulièrement des commentaires positifs et des mails sympathiques, mais il y a un point noir : la livraison. Idéalement, on devrait pouvoir l’acheter en passant commande chez n’importe quel libraire de quartier. Mais hélas, cette solution ne marche pas (explications dans le lien en bas).
Voici donc la liste des lieux où vous pouvez acheter « Finance durable » avec une livraison rapide :
Le mieux :acheter sur le site de l’éditeur. Avantage : en quelques jours, vous recevez le livre par la poste. Inconvénient : vous devez payer les frais de port en sus du prix du livre.
Moins bien, mais rapide :acheter sur Amazon. Avantage : en quelques jours, vous recevez le livre. Inconvénient : Amazon ne respecte pas les critères ESG (environnement, social, gouvernance), à tel point que cela en devient un cas d’école – d’ailleurs mentionné plusieurs fois dans le livre.
Solutions qui ne marchent pas bien (longs délais), voire pas du tout : FNAC, libraires de quartier, Eyrolles…
Croyez bien que je regrette cet état de fait. Mais je déplore tout autant que des personnes passent commande sur certains sites et ne reçoivent le livre que 3-4 semaines après – quand elles le reçoivent. Plus de détails – notamment les raisons derrière mon choix d’une impression à la demande pour des raisons environnementales, ou encore les problèmes avec les librairies – dans cet ancien thibillet.
Dans son livre éponyme, Philippe Djian rend hommage aux écrivains qui l’ont inspiré, il leur paie une partie de l’ardoise (pour les jeunôts, l’addition) qu’il estime leur devoir. Et comme Philippe Djian m’a inspiré en son temps, quand j’ai dû rédiger mes remerciements pour un de mes livres, j’ai tout naturellement appelé cette page L’ardoise.
Il s’agit d’une autre ardoise ici. Ce thibillet est destiné à me servir d’aide-mémoire des programmeurs à qui je dois penser de verser de temps en temps une contribution financière, pour un de leurs développements que j’utilise régulièrement en me disant « mais comment aurais-je pu faire aussi bien / aussi vite sans cet outil ? »
Qui dit aide-mémoire dit mémoire défaillante : je démarre cette liste aujourd’hui avec quelques programmes ou extensions en tête, mais au fur et à mesure, j’enrichirai la liste.
Les applications pour lesquelles je donne de manière récurrente (par prélèvement mensuel ou annuel), ou bien que j’ai achetées.
HTML5Up, qui fait des templates HTML5 utilisables librement et gratuitement. Leur site commercial permet de leur verser 19$ ici : pixelarity.
Les applis pour lesquelles j’aurais bien aimé faire un paiement, mais ce n’est visiblement pas possible :
l’extension MailMerge sous Thunderbird, qui m’a permis de développer un cours en ligne asynchrone en envoyant des mails personnalisés à 200 étudiants (plus de 1 000 mails de suivis envoyés en un semestre)
Le génial petit utilitaire WifiKeyboard, qui permet de taper des textes sur son ordinateur, et ça s’affiche directement dans le téléphone. Bien pratique pour les textos un peu long (et les gros pouces boudinés… :-P)
L’appli pour laquelle il faudra que je pense à faire un don :
Duplicator, une extension WordPress qui permet de copier un WordPress entier et le réinstaller ailleurs. Ça m’a sauvé quand j’ai fait migrer plusieurs blogs vers un nouvel hébergeur.
J’ai donc à nouveau atteint l’état de Inbox Zero. Quelques précisions :
Cela signifie que TOUTES mes boîtes de réception sont vides, soit 4 adresses mail majeures, correspondant à mes 4 activités : l’école qui m’emploie, coaching & formation, l’institut que j’ai co-créé, les messages perso.
Quand je dis « vides », cela veut dire que je n’ai plus aucun mail à traiter dans aucune boîte.
Je constate que la tendance se stabilise depuis 3 ans. Rappel : ces chiffres sous-estiment la réalité, car je ne garde que les mails utiles (hors spam, alertes automatiques…) Pour plus de détails, notamment mes outils et réflexions, cf. mon thibillet Inbox Zero 2021.
Inspired by the example of my esteemed colleague Benjamin Voyer, I did the following experiment: ask ChatGPT to write my biography, Wikipedia style. Like Ben Voyer, I was also very surprised by the result.
As regards form, it is perfect. It also shows that language doesn’t matter: the same query, in French or in English, gives exactly the same text. In other words, ChatGPT seems to have an internal language, understood only by him/her, which serves as a common basis for responses in different languages.
However, the substance is a different matter. The following table gives a visual understanding of what I mean:
To build up on my esteemed colleague’s analysis, it’s not as if this information were hard to find: the vast majority of it is public, present on many sites, and even if I’m not present on wikipedia (quite normal, IMO), there is clearly enough public data to write a proper wikipedia entry.
With such a list of errors, it is surprising that ChatGPT has correctly identified my field of activity. The Augur in Information (AI) says « French economist and finance professor »: I’m not an economist, but hey, it’s at least reassuring not to have been classified as a « Youtube influencer » or « septic tank drainer ».
As a conclusion to this little exercise, a fundamental observation: while ChatGPT can be very accurate (and helpful) when asked pragmatic questions – for example about how to use an Excel function – it is not the same when it comes to news or people. It is not a search engine, it is a conversational assistant. In short, don’t be surprised if it tells you fairy tales…
PS: I suggest you do this experiment on your own name. You can even publish the result on social networks with the hashtag #ChatGepetto, we’ll see whether this starts a trend…
Publié dansIn English|Commentaires fermés sur ChatGPT or ChatGepetto ?
Inspiré par l’exemple de mon estimé collègue Benjamin Voyer, j’ai fait la même expérience : demander à ChatGPT d’écrire ma biographie dans le style d’un article Wikipedia. À l’instar des commentaires de Ben Voyer, j’ai aussi été très surpris du résultat.
Dans la forme, c’est parfait. Cela permet aussi de se rendre compte que la langue importe peu : la même requête, en français ou en anglais, donne exactement le même texte. En d’autres termes, ChatGPT semble bien avoir un langage interne, compris de lui/elle uniquement, qui sert de base commune aux réponses dans différentes langues.
En revanche, pour ce qui concerne le fond, c’est une autre affaire. Le tableau suivant permet de comprendre visuellement mon propos :
Pour reprendre les arguments de mon estimé collègue, ce n’est pas comme si ces informations étaient difficiles à trouver : la très grande majorité d’entre elles sont publiques, présentes sur de nombreux sites, et même si je ne suis pas présent sur wikipedia (ce qui me semble normal), il y a clairement de quoi rédiger une notice wikipedia correcte à partir des éléments abondamment disponibles sur Internet.
Avec une telle liste d’erreurs, cela devient même étonnant que ChatGPT ait correctement identifié mon domaine d’activité. L’Augure Informatique (AI) dit « économiste français et professeur de finance » : je ne suis pas économiste, mais bon, c’est au moins rassurant de ne pas avoir été classé dans la catégorie « influenceur Youtube » ou « vidangeur ».
En conclusion de ce petit exercice, une observation fondamentale : alors que ChatGPT peut être d’une grande précision (et d’une grande aide) quand on lui pose des questions pragmatiques – par exemple sur l’utilisation d’une fonction Excel, il n’en est pas de même pour ce qui concerne l’actualité ou les personnes. Ce n’est pas un moteur de recherche, c’est un assistant conversationnel. En bref, ne soyez pas étonnée ou surpris s’il vous raconte des contes de fées…
PS : Je vous suggère de faire cette expérience sur votre propre nom. Vous pouvez même publier le résultat sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ChatGepetto , on verra ce que ça donne…
Ça y est, le livre papier Finance Durableest publié et le livre électronique est en train d’être diffusé sur les différentes plates-formes (pendant un temps limité, la version électronique du livre est au prix promotionnel de 10,99 euros).
Comme annoncé, 10 personnes ont été tirées au sort et contactées par mail. A ce jour, seulement 5 d’entre elles m’ont répondu et je leur ai envoyé le livre avec une dédicace. Aussi, pour toutes les personnes qui reçoivent cette newsletter, vérifiez bien dans votre dossier spam si vous n’avez pas reçu un avis de gagnant(e) au tirage au sort : le mail a été envoyé le 26 septembre à 13h52. Les gagnants ont jusqu’au 15 octobre pour me transmettre leur adresse postale. Si certaines personnes gagnantes n’ont pas répondu à cette date, j’affecterai les ouvrages restants aux personnes suivantes dans la liste du tirage au sort (n°11, n° 12, etc).
Liberté éditoriale #5
Une lectrice m’a gentiment interpellé sur le fait que dans la newsletter précédente, j’avais mis en avant la plate-forme Amazon comme un des endroits où l’on peut se procurer ce livre. Elle argumentait qu’il valait mieux privilégier les librairies de quartier, qui sont elles-mêmes fédérées sur 2 plates-formes en ligne (à Paris et Île de France : https://www.parislibrairies.fr/ ; dans toute la France : https://www.lalibrairie.com/ ), faute de quoi, la plupart des personnes intéressées opteraient (je cite) « par paresse/ parce que c’est plus simple/ parce qu’il y avait un lien » pour une commande sur Amazon.
Cela mérite quelques explications de ma part sur les choix éditoriaux que j’ai faits, et leurs différentes raisons. Premièrement, je n’ai aucune tendresse pour Amazon, et je les épingle au moins 3 fois dans le livre sur leurs pratiques dommageables pour l’environnement. Les librairies de quartier ont toute ma sympathie, et dès que je le peux, je commande mes livres par ce canal. Pour préparer Finance Durable, j’ai voulu tester auparavant l’édition en ligne de bout en bout : j’ai donc publié un roman de jeunesse en avril 2021 sur BoD en étant attentif aux différentes étapes du processus. Or, à cette occasion, plusieurs personnes m’ont dit avoir voulu commander le roman depuis leur libraire de quartier – ce qui est parfaitement possible, selon les dires de BoD – mais certains ont refusé, en disant qu’ils ne prenaient pas les commandes d’impression à la demande. Je ne connais pas les raisons de ces libraires. BoD pense que c’est peut-être par peur d’avoir des retours (et pourtant, il n’y a qu’un seul exemplaire qui est commandé pour un client donné…). La solution des libraires n’est donc pas 100 % efficace, et croyez bien que je le regrette. Par exemple, dans les 2 plates-formes mentionnées ci-dessus, la deuxième ne référence pas mon livre – alors qu’il est diffusé partout ailleurs – pas plus que mon roman, donc si vous souhaitez recevoir Finance Durable chez un libraire près de chez vous, je vous conseille d’utiliser la première plate-forme (ou commander sur BoD). On peut noter aussi que certaines plates-formes grand public ne référencent pas le livre (par exemple Eyrolles.com…)
Abordons maintenant le cas des plates-formes commerciales comme Fnac.com ou Amazon. D’abord, comme je le faisais remarquer à ma lectrice, je ne peux pas exclure ces plates-formes – quand bien même je souhaiterais le faire, ce qui n’est pas sûr (j’y reviens plus loin). En effet, BoD propose la diffusion auprès des libraires et des plates-formes de vente, sans qu’il soit possible de sélectionner certains canaux de distribution et d’en exclure d’autres. Par ailleurs, même si Amazon n’est pas ma tasse de thé vert, je ne me vois pas exclure cette plate-forme pour au moins 2 raisons. La première raison tient à une question d’évangélisation. J’ai écrit ce livre pour proposer des changements, pour susciter de la réflexion et pour contribuer à ma manière à une évolution de nos sociétés. Dans cette optique, je préfère assurer une visibilité maximale au livre, quitte à employer des canaux qui ne correspondent pas à ma vision du monde. La deuxième raison tient à la pensée d’un auteur que je cite dès le début du livre, non pas pour défendre ses idées (il le faisait très bien lui-même, ce qui ne l’a pas empêché d’être un auteur très controversé encore aujourd’hui), mais pour montrer que la pensée de Milton Friedman mérite un peu mieux que la simplification abusive qu’en font certains journalistes. En effet, Milton Friedman défendait farouchement la liberté des individus : il refusait que l’État ou la loi puissent se substituer au libre arbitre de chacun, même pour des choix déraisonnables (sic) comme le fait d’interrompre ses études ou de se droguer. De la même manière, je ne me vois pas décider pour mon lectorat quel est le canal « vertueux » pour acheter mon livre, et quelle est la plate-forme qu’ils ne doivent pas utiliser. Cela respecte le libre arbitre de chaque personne, et cela évite un côté donneur de leçons dont nous, les professeurs, pouvons souffrir.
Enfin, le choix d’une solution d’impression à la demande permet d’éviter certains travers du mode d’édition classique et notamment leurs impacts environnementaux. Dans un schéma d’édition classique, la mise en place d’un nouveau livre demande en effet que l’éditeur imprime à l’avance des centaines, voire des milliers d’exemplaires, puis qu’il procède à un approvisionnement auprès de tous les petits libraires et des plates-formes en ligne, avec la menace des retours. Cela occasionne quantité de déplacements logistiques, une grosse consommation de ressources, avec le risque non négligeable de devoir détruire des exemplaires qui n’auront pas trouvé preneur. Un article récent du Monde (M le Mag) aborde ce sujet en détail. Par opposition, l’impression à la demande garantit qu’un livre n’est imprimé qu’à partir du moment où il a été commandé par un lecteur, et le livre est livré par la Poste au milieu du courrier, et non par un transporteur dédié à ce trajet. En résumé, pour paraphraser un dicton environnemental, le meilleur stock de livres est celui qu’on ne produit pas.
Je reste à votre disposition pour tout commentaire ou discussion, et vous souhaite à toutes et à tous une bonne lecture ! Cette newsletter à parution épisodique (précédents épisodes ici) se transformera en un flux plus ou moins régulier d’analyses et de réflexions autour de l’actualité en rapport avec la finance durable. N’hésitez pas à partager autour de vous (inscription à la newsletter ici). Vous pouvez aussi déposer un commentaire en bas de la page.
Bienvenue dans ce 4ème numéro de la newsletter finance durable – éclosion d’un livre ! Aujourd’hui, la remise du manuscrit définitif et quelques informations.
Finance qui dure, dure, dure…
Ça aura été une aventure – dont la majeure partie ne fait d’ailleurs que commencer. Un rappel chronologique est peut-être nécessaire, avant de vous donner les nouvelles les plus récentes. En juillet 2019, je fais – un peu par chance – une Fresque du Climat. Ma réaction est la même que celle de tous les participants : entre stupeur, inquiétude et prise de conscience. Quelques mois passent et l’idée mûrit dans ma tête : il faut que je défriche l’intersection entre la finance d’entreprise et le développement durable, non seulement pour me former à ces enjeux, mais surtout pour répondre aux besoins des générations futures d’étudiants et de managers. À l’époque, je visualise le livre comme une série de réflexions qui prendra, allez, à tout casser, 120 pages et trois à six mois d’écriture. Et puis le temps passe, et je noircis des pages, et je lis la presse, et je compulse des articles de recherche, et je parle avec beaucoup de personnes qui sont proches – de près ou de loin – de ces sujets. Je profite de périodes de temps dédié (une année sabbatique, les vacances en août) pour avancer sur la rédaction.
Août 2021, au vert
L’été 2021 est un beau souvenir : je me vois encore dans ce grand jardin – disons plutôt un petit parc – sous les arbres, à travailler sur mon ordinateur en guettant les écureuils. Mais le livre n’est pas terminé, et l’année académique recommence. En parallèle de mes cours et de mes diverses activités professionnelles, j’essaie de dégager du temps pour lire et rédiger. L’ouvrage grossit, mais je n’en vois pas la fin.
Arrive le printemps 2022 avec un mini burnout : il est temps de lever le pied, entre mon métier de prof, mes autres activités et la rédaction du livre, trop c’est trop, le corps et le cerveau n’arrivent plus à suivre.
Puis arrive l’été 2022. Ma belle-fille suggère de remplacer le titre « finance durable » par « finance qui dure », tant cet ouvrage ressemble à l’Arlésienne d’Alphonse Daudet. C’est sympa de se sentir soutenu… Il faut terminer, ce qui veut dire décider des limites de l’ouvrage – car l’actualité de cet été caniculaire offre chaque jour de nouveaux éléments de réflexion et d’analyse, et je pourrais continuer encore longtemps. Heureusement, j’ai de saines lectures : La vie secrète des arbres, d’une part, et The Good Ancestor d’autre part. Nous avons aussi la chance d’être dans un ancien moulin alimenté par une rivière et bordé par une forêt.
Août 2022, étiage
Les rythmes de la nature s’accordent parfaitement avec la finalisation de ce projet :
la rivière souffre des canicules et de la sécheresse mais les libellules sont omniprésentes et les écureuils font plusieurs apparitions par jour ;
en fin de journée, je vais scier du bois, et des petites chauves-souris chassent au crépuscule puis vont dormir dans la cave avant que nous allions observer les étoiles ;
nous avons aussi la chance de voir passer des buses variables et des vols de cigognes migratrices.
Les dernières semaines sont marquées par une mort et une naissance.
Feu Bloozy
Un petit rouge-gorge se cogne dans une vitre et malgré nos soins, ne survit pas à ce choc frontal. Nous enterrons Bloozy sur les bords de la rivière avec une petite cérémonie – et à cette occasion, j’essaie sans trop de succès de jouer la Sonnerie aux Morts au clairon. Mais nous avons aussi une naissance : un petit faon adopté par la famille, et répondant au doux patronyme de Juan.
Les journées passent au rythme de la nature et de la mise en page. Le dimanche 28 août 2022, j’envoie enfin le manuscrit définitif. Trois cent quatre-vingt-quatorze pages au total, c’est un beau bébé.
Liberté éditoriale #4
Le principe de l’auto édition, c’est que l’on fait tout soi-même. Un des chantiers marquants aura été la constitution de l’Index. En pratique, il s’agit d’identifier tous les termes importants et les pages dans lesquelles ils sont cités (y compris les noms des auteurs, des entreprises, les textes réglementaires…), ce qui est déjà un travail de romain.
Puis il faut procéder à des choix d’organisation de l’index : à titre d’illustration, pour la Valeur Actuelle Nette, l’entrée principale d’index doit-elle être « Valeur (actuelle nette) » ou « VAN » ? Idem pour Changement climatique : l’indiquer à « changement » ou à « Climat » ? Il y a aussi beaucoup de cas où l’index se mord la queue. Le coût moyen pondéré du capital durable se retrouve ainsi dans l’entrée « coût », mais aussi dans l’entrée « capital (coût du) » de même que dans « durable (coût moyen pondéré du capital…) ». C’est un peu la variante moliérenne de « belle marquise, vos yeux me font mourir d’amour ».
Au final, cela donne plus d’un millier de références d’index, tout de même… Il était temps que cela finisse.
Et maintenant ?
La vie aux champs
Dans les prochains jours, je vais procéder au tirage au sort des dix exemplaires dédicacés que je vais offrir à dix personnes parmi les inscrit.e.s à la newsletter, comme je vous l’avais promis (Cf. le lien d’inscription vers la newsletter). Si vous n’êtes pas parmi ces dix personnes chanceuses, vous aurez toujours la ressource d’acheter l’ouvrage à un prix somme toute assez modique (vingt-trois euros, hors frais d’envoi, pour presque quatre cents pages), soit sur le site de l’éditeur – ce qui est le plus rapide, mais un peu plus coûteux avec les frais de port – soit sur amazon ou fnac.com – mais les délais sont plus longs.
Enfin, cette newsletter à parution épisodique se transformera en un flux plus ou moins régulier d’analyses et de réflexions autour de l’actualité en rapport avec la finance durable. N’hésitez pas à la partager autour de vous. Vous pouvez aussi déposer un commentaire en bas de la page.
Does my happiness upset you Why are you best with gloom Cause I laugh like I’ve got a goldmine Diggin’ up in my living room
Now you may shoot me with your words You may cut me with your eyes And I’ll rise I’ll rise I’ll rise
Ce sont les paroles de la chanson I’ll rise, de Ben Harper.
J’ai déjà publié deux fois ces paroles, la dernière fois il y a 16 ans. Je viens d’envoyer chez l’éditeur la version définitive de Finance durable (le livre). #financedurable
394 pages, plus de 400 fiches thématiques, bientôt dans toutes les librairies. Je posterai des nouvelles par le biais de ce blog. Mais d’abord, je vais prendre quelques jours off… 🙂
Mes soucis avec une agence immobilière / syndic m’inspirent ces réflexions, en faisant un parallèle entre les mésaventures d’un locataire et celles d’une entreprise – et quelques considérations de finance durable.
Home, sweet home
J’ai été locataire d’appartement plusieurs fois dans ma vie, avec à chaque fois la question lancinante : va-t-on me rendre la caution dans les temps ? Certaines agences que j’ai rencontrées ont été extrêmement correctes, d’autres n’avaient pas calculé les charges de copropriété en 5 ans, et m’ont présenté la facture – fortement en ma défaveur – lors de la sortie des lieux. C’est donc un milieu où le pire côtoie le meilleur.
Ma situation avec la société Casteele (Charenton le pont)
J’ai loué un appartement géré par leurs soins pendant plus de 4 ans, sans anicroche, notamment car je payais mes loyers par prélèvement pour éviter les retards ou les oublis.
En novembre 2021, soit deux mois avant mon déménagement, je les préviens de la fin de mon bail en janvier 2022, et leur pose une question au sujet de la reprise de la cuisine installée par mes soins, que je propose d’imputer sur les loyers restants. Pas de réponse.
J’appelle le 1er décembre, et la gestionnaire me dit n’avoir pas vu mon mail. Je lui renvoie donc, et j’envoie aussi une lettre recommandée AR pour déclarer la fin du bail.
Après un échange de mails courant décembre sur l’état de la cuisine (demande de photos et de factures, que j’envoie), silence radio.
Wait and… wait
Je relance plusieurs fois par téléphone. La gestionnaire me dit que « ah oui, je dois demander au propriétaire ». Je lui rappelle à chaque fois que j’attends une réponse pour savoir ce que je dois régler comme loyer.
L’état des lieux a lieu le 13 janvier 2022, sans observation négative – donc conforme à l’état des lieux d’entrée. À cette occasion, je pose à nouveau la question sur la cuisine installée et le loyer, sans réponse.
Depuis l’état des lieux, j’ai appelé ou envoyé plusieurs mails, demandant le remboursement de mon dépôt de garantie. Voici les types de réponses à mes nombreux appels téléphoniques (les mails étant restés sans réponse) :
« Ah oui, je ne regarde jamais les états des lieux avant 3 semaines »
« Je vais voir avec le propriétaire pour la cuisine »
« Je reprends votre dossier et je vous envoie le chèque dans l’après-midi »
J’ai donc lancé une campagne sur Linkedin et sur Facebook en interpellant cette société. Sans réponse non plus. Ce n’est que lorsque j’ai déposé un commentaire sur la page d’avis Google que j’ai enfin eu une réponse.
Conformément à la loi Alur, la société Casteele (Charenton le pont) me devait le remboursement du dépôt de garantie + 2 x 10% de pénalités correspondant au fait que nous avions dépassé le 2ème mois au-delà du délai légal. Mais visiblement, la société Casteele (Charenton le pont) sait utiliser la loi à son avantage : la loi Alur précise que le dépôt de garantie doit être remboursé dans le mois en cas d’état des lieux conforme – ce qui était le cas – et dans les deux mois en cas d’état des lieux non conforme. J’ai reçu, pile avant la date limite, un chèque amputé de deux prestations pour remise en état, ce qui permettait à la société Casteele (Charenton le pont) de faire d’une pierre deux coups : (1) pratiquer une retenue sur mon dépôt de garantie – petite vengeance pour me punir d’avoir osé demander mon dû en public et (2) se remettre dans le cadre de la loi, prétextant que l’état des lieux de sortie n’était pas conforme. C’est bien joué, parce que les dépenses imputées (80 €) me dissuadent, par leur montant, de contacter mon avocate : en effet, celle-ci va me facturer plus que ça, rien que pour l’explication de la situation. Quant à la solution de la médiation, cela consiste à envoyer le dossier complet en deux exemplaires en lettre recommandée AR, puis à attendre des semaines voire des mois pour une médiation éventuelle. J’ai donc jeté l’éponge (mais je prends la plume).
Gestion de trésorerie et mauvais payeurs
Cette situation, beaucoup de petites entreprises et indépendants la connaissent : une grosse entreprise profite de son pouvoir pour retarder le paiement de ses obligations. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu un responsable financier me dire « Dans notre entreprise, nous ne payons jamais avant la première relance ». Ce genre de culture du mauvais payeur provoque des difficultés financières sans fin pour ceux qui attendent leur argent.
Et c’est très rarement un problème de moyens. Dans le cas de la société Casteele (Charenton le pont), par exemple, les comptes disponibles en ligne montrent qu’elle a depuis des années une trésorerie de 2 à 3 millions d’euros. C’est sûr que toutes ces cautions et tous ces loyers, ça finit par représenter un beau pactole…
Or, pour en revenir aux entreprises, ces retards de paiement occasionnent des difficultés financières chez leurs fournisseurs, comme en attestent les études de l’observatoire des délais de paiement, un département de la Banque de France. Par exemple, dans son rapport publié en 2020 (je ne cite pas le rapport 2021, trop impacté par la pandémie), l’observatoire note qu’un retard de paiement de plus d’un mois augmente la probabilité de faillite de 27% pour les entreprises ayant un CA supérieur à 7,5 M€, et jusqu’à 40% pour les petites entreprises.
Une réflexion en termes de finance durable
La finance durable – du moins telle que je la définis dans mon ouvrage à paraître – se préoccupe d’intégrer les problématiques ESG (environnement, social, gouvernance) dans la gestion financière des sociétés. Le volet social porte par exemple sur le bien-être des salariés, le traitement correct des populations locales ou encore la diversité des profils (minorités…) au sein de l’entreprise, notamment dans les instances dirigeantes. Mais il y a une variable sociale – ou plutôt sociétale – qui concerne les partenaires de l’entreprise : clients, fournisseurs, administrations, collectivités locales… Dans beaucoup d’entreprises, les clients sont valorisés – et pour cause, car ils contribuent aux revenus – tandis que les fournisseurs peuvent être oubliés ou considérés comme une variable d’ajustement.
En effet, en cas de difficultés de trésorerie, l’entreprise sera obligée de payer ses salariés, et elle n’osera pas courir le risque d’interrompre le versement de ses intérêts au banquier. Comparativement, une variable d’ajustement rapide et relativement indolore consistera à décaler les paiements aux fournisseurs. Ceux-ci sont liés à l’entreprise, qui leur assure des débouchés, et ils n’ont pas forcément les moyens de claquer la porte pour un mois de retard dans les paiements. Il s’ensuit que des entreprises sont tentées de jouer à ce jeu du mauvais payeur. Pour certaines d’entre elles, c’est peut-être une question de survie ; pour d’autres, c’est une stratégie systématique pour gérer leur trésorerie. Or, dans une vision élargie de la finance, l’entreprise aurait tout intérêt à soigner aussi bien ses clients que ses salariés ou ses fournisseurs (les fameux stakeholders, ou parties prenantes).
Une approche qui ne serait plus compétitive (moi contre vous), mais coopérative (tous ensemble) conduirait à une meilleure confiance, une meilleure circulation de l’information, et probablement, une meilleure anticipation partagée des conditions du marché – toutes les parties prenantes s’ajustant harmonieusement, plutôt que de se bouffer le nez.
Et pour revenir à l’origine de cet article, à quand un gestionnaire immobilier qui fera un élément de discours, voire de publicité, sur la rapidité avec laquelle il rembourse ses locataires ?
Cela serait tellement différenciant…
Publié dansFinance, Réflexions|Commentaires fermés sur Gestion de trésorerie et stratégies de retard de paiement : une spécificité française ?
TotalEnergies has just published a record profit of 14 billion euros. What about the expected dividend (more than half of the profit)? In a business that is 90% based on the exploitation of fossil fuels, where are the investments to limit climate change or externalities?
Those are excerpts from a detailed analysis (in French) on my blog (limited section in English here) – contrasting classical finance and sustainability, and taking not only figures in their absolute amounts, but showing also orders of magnitude.
Let’s put on our green glasses and look at the situation of TotalEnergies from the point of view of sustainable finance. If this company decides to pay a large dividend to shareholders, this means that they can do without the money. In other words, they feel that their investment needs are amply covered.
Please refrain from smoking
Now, let’s broaden the notion of investment to encompass projects that meet any of the United Nations’ 17 Sustainable Development Goals, or ESG (environment, social, governance) criteria. The question becomes: has TotalEnergies planned enough sustainable investments? Indeed, this company could decide to invest massively – in proportion, not only in amount – in environmental policies: reduction of exploration – especially in the Arctic – and exploitation of fossil resources, major investment in truly renewable energies (not counting gas, then…)
Another way would be to further develop the letter S in ESG – more inclusion and diversity, better parity in decision-making bodies, respect for local populations in exploitation areas. Finally, G for Governance: it is always good to increase the transparency of executive remuneration methods, the independence of board members – why not invite an NGO such as Reclaim Finance to the board? – and the rejection of local corruption practices.
These sustainable investments could be extremely profitable in the medium to long term. Of course, in the short term, they would lower the risk-return trade-off, one of the pillars of traditional finance. Indeed, capital expenditures would probably reduce profitability in the short term. But if these investments contribute to a likewise reduction in the risks of the corporation (climate risks, local risks, reputational risk, lower attractiveness of the company as an employer, etc.), the risk-return ratio might benefit from that change.
We could also leave behind the classic two-dimension risk-profitability trade-off and introduce a third dimension, with a risk-profitability-sustainability tripod. The question would no longer be to maximise profitability for a given level of risk, but rather to optimise the three components of the tripod. Some companies would still continue to give priority to profitability, but at least, their stand would be clear: “We choose to ignore sustainability issues in order to maximise profitability.” Shareholders would then react accordingly: the maximisers (following the risk-profitability trade-off) would all be in favour of this move, while the optimisers (tripod) would take the high road.
TotalEnergies – the heavyweight of the French CAC 40 Index and one of the seven “supermajor” oil companies – has been attracting increasing attention for years. Indeed, it has a few blemishes on its record: 30 years of actively challenging climate change, financing authoritarian regimes, and intensive and aggressive exploration of natural environments that ought to be protected. At the same time, this company is among the best rated in its sector on ESG criteria. Some portfolio managers go so far as to say that TotalEnergies is the greenest of the oil stocks – please appreciate the oxymoron.
Where does such a paradox come from? On the one hand, we know that fossil fuel producers are major contributors to greenhouse gas (GHG) emissions… But on the other hand, an investor will want to know which companies are the most virtuous in a given sector. TotalEnergies is “relatively” well-ranked within its sector.
Finally, there is perhaps a deeper reason for the focus on this group: even today, cities are designed for and around cars; the car, or the SUV, is still, for many, a synonym of social status; logistics are still massively based on road transport (“if you bought it, a truck brought it”), or airplane delivery. Oil is therefore still a commodity of first necessity (but for how long?).
Let’s illustrate this with the yellow vests protests in France. The initial measure that triggered this movement was an increase in the carbon tax in the price of gasoline. Paradoxically, carbon tax is one of the means to reduce the effects of climate change (polluter pays principle).
Gulping gallons
Our relationship to oil is therefore complex, particularly in its human aspects: even though many of us are aware of the climate and biodiversity issues facing our planet, it is more difficult to take action when it impacts on our consumption habits or our leisure activities. TotalEnergies might be on a dark path, but this also reflects the dark side of our own choices.
Let us conclude on a positive note. Admittedly, TotalEnergies is not spending enough on ESG criteria, in comparison to its enormous amounts of GHG emissions (reminder: when communicating on their emissions, most companies « forget » scope 3 – which represents upstream and downstream emissions from their products, for example when they are used by customers. This scope 3 is enormous for TotalEnergies: 400 Megatons of CO2 equivalents, i.e. 90% of total emissions). In absolute terms, if this company were to devote just 1% of its revenues to ESG issues – and we are talking about more than 2 billion dollars here – it would be good publicity, much better than the “greenwashing” campaigns that such companies now regularly bombard us with.
Publication du bénéfice record de TotalEnergies – quelques réflexions
TotalEnergies vient de publier son bénéfice 2021 : 16 Milliards de dollars, soit 14 milliards d’euros. C’est une bonne occasion pour réfléchir d’une part en termes de finance classique, et d’autre part en termes de finance durable sur cette information.
Du point de vue de la finance classique, on peut souligner plusieurs choses. D’abord, c’est une chose de regarder un chiffre dans son montant absolu, c’en est une autre de regarder les ordres de grandeur. On peut rapporter les 16 milliards de dollars au chiffre d’affaires 2021, ce qui donne un taux de marge nette de 7,95% – c’est plus que Carrefour (1,13%), ou Orpea (4,1%) mais c’est moins que Toyota (8,25%), ou Apple (25,89%), par exemple.
Please refrain from smoking
On peut aussi réfléchir en termes de répartition de la valeur : en effet, les premières réactions dans la presse ou sur les réseaux sociaux ne se focalisent pas seulement sur le bénéfice publié, mais aussi sur l’anticipation du dividende qui sera versé aux actionnaires. Les comptes 2021 n’ayant pas été publiés dans leur intégralité, je vais me fonder sur les chiffres de 2020 et 2019. En 2020, TotalEnergies a versé un dividende de 6,69 milliards $. Sur cette même année, le groupe a payé des salaires de 8,9 milliards $. Je ne suis pas compétent en termes de politique salariale, mais je sais qu’une comparaison de deux chiffres bruts peut conduire à des simplifications, et qu’il faut donc creuser un peu. Certes, on a ici une répartition des revenus du travail d’un côté, et des revenus du capital de l’autre, selon la terminologie de Groucho Karl Marx. Encore faut-il rapporter cela en une grandeur par tête. Pour les salaires, c’est assez facile : on a 8,9 milliards $ pour 105 476 salariés, soit un salaire moyen de 84 455 $, soit 73 947 € par an. Mais il est bon de creuser encore : en effet, les salaires contiennent aussi tous les bonus, primes et avantages en nature, mais rien ne dit que ces bonus et primes sont répartis également entre tous les salariés (29,5% sont des cadres, 70,5% sont des non cadres). Le salaire moyen est donc probablement différent du salaire médian (ceux du fond de la classe, allez réviser vos statistiques). Par ailleurs, le rapport annuel 2020 nous apprend que les 11 principaux dirigeants ont coûté au groupe 21,3 millions $, soit une moyenne de 1,9 million $ par dirigeant. Comme on le voit, le montant des salaires (dans l’absolu, supérieur aux dividendes) ne donne pas les mêmes informations au fur et à mesure que l’on creuse.
Passons maintenant aux dividendes. On aimerait bien avoir un effectif des actionnaires, mais ce serait trompeur : un actionnaire peut détenir une action, tandis qu’une banque détiendra 500 000 actions (et même cela ne représenterait que 0,02% du nombre total d’actions), donc on ne peut pas calculer un dividende moyen par actionnaire, seulement un dividende moyen par action, ce qui ne va pas nous servir ici.
Or on sait, toujours en finance classique, que c’est une erreur de ne regarder que le dividende. En effet, ce qui fait la rémunération d’un actionnaire, c’est la somme des dividendes qu’il perçoit d’une part, et des plus-values qu’il réalise d’autre part au moment où il revend ses actions. Une société comme Apple, par exemple, est réputée pour verser peu, voire pas du tout de dividendes, mais les actionnaires d’Apple n’en sont pas frustrés pour autant, car la croissance du cours boursier leur assure des plus-values potentielles qui les rémunèrent suffisamment. Aussi, si l’on veut calculer la rentabilité annuelle pour une actionnaire donnée, il ne suffit pas de regarder le rendement (dividende par action/cours boursier), mais aussi la plus-value potentielle (croissance du cours de bourse sur un an). Pour information, le cours boursier de TotalEnergies a progressé de +61% sur les 5 dernières années.
Une entreprise devrait-elle dégager zéro bénéfice ?
Le bénéfice n’est pas mauvais en soi, il est même nécessaire : sans bénéfice, une société ne pourrait pas investir pour les années futures – ce qui compromettrait sa survie à moyen terme – ou rembourser ses dettes passées – ce qui déclencherait sa faillite à court terme. Plutôt que de critiquer la formation du bénéfice, il importe donc de s’interroger sur la destination de ce bénéfice. En finance classique, il y a 4 ou 5 destinations possibles du bénéfice. Attention, en toute rigueur, on ne prendra pas l’indicateur du bénéfice, mais celui du cash-flow dégagé – les lectrices intéressées et les lecteurs curieux pourront se référer à n’importe quel site de finance ou à des manuels de finance d’entreprise d’auteurs sympathiques. Le bénéfice ( = en toute rigueur, le cash-flow) peut donc être alloué à 4 ou 5 destinations : à l’investissement au sens large – nouvelles machines, bâtiments, rachat de sociétés… – mais aussi au remboursement des dettes, au paiement de dividendes, au versement de bonus aux salariés ou au placement sur les marchés financiers. La question qui se pose alors est celle de l’ordre de priorité. En finance classique, il n’y a pas de réponse tranchée : dans certaines entreprises, la priorité est donnée à l’investissement ; dans d’autres entreprises, ce qui importe avant tout, c’est de se libérer du fardeau de la dette ; dans une 3e catégorie d’entreprises, le versement du dividende aura la priorité, etc.
L’actionnaire est-il un vampire ?
Les actionnaires sont souvent décrits comme l’incarnation du mal et du libéralisme à tout crin. Mais cela dépend de qui l’on range dans cette catégorie. Il y a en effet une différence entre le fonds de pension américain bardé d’exigences sur la rentabilité, et le retraité du Calvados ou la veuve de Carpentras qui ont placé leurs économies sur les bons conseils de leur banquier – sans parler du salarié qui détient des actions de son entreprise. Ce sont tous des actionnaires. De plus, quand je paie une prime d’assurance (habitation, automobile…), je deviens de fait un actionnaire : les primes sont collectées par la compagnie d’assurance et placées sur les marchés financiers – notamment en actions. C’est notamment ce qui permet de couvrir les sinistres sans que les primes d’assurance deviennent prohibitives. Indirectement, j’ai donc intérêt à ce que les placements de la compagnie d’assurance lui rapportent suffisamment.
Le dividende est-il mauvais ?
En finance classique, quand une entreprise décide de verser des dividendes, c’est généralement pour renvoyer aux actionnaires l’argent dont l’entreprise estime ne pas avoir besoin à l’avenir (attention, il y a plusieurs théories sur la politique de dividendes, l’auteur simplifie ici). À l’inverse, une entreprise qui décide de ne pas verser de dividendes envoie le message suivant à ses actionnaires : « chers actionnaires, nous préférons garder cet argent pour l’investir dans des projets rentables, et ainsi améliorer le cours de bourse de notre entreprise. » Ainsi, comme on l’a vu précédemment, la politique de dividendes est le pendant de la politique d’investissement. En simplifiant : il importe peu à l’actionnaire de toucher des dividendes ou de voir le cours de son action monter, pour peu que la performance soit au rendez-vous. Certes, encore une fois, l’auteur simplifie, car il y a des différences de liquidité, de matérialité voire de fiscalité entre les dividendes et les plus-values, donc les 2 ne sont pas totalement interchangeables. Il n’empêche : le dividende versé, c’est de l’argent non investi par l’entreprise.
Que dit la finance durable sur ces sujets ?
Chaussons nos lunettes vertes pour regarder la situation de TotalEnergies du point de vue de la finance durable. Si ce groupe décide de verser une grande partie de son bénéfice en dividendes aux actionnaires, cela signifiera qu’ils estiment pouvoir se passer de cet argent, c’est-à-dire que leurs besoins en investissements sont suffisamment couverts. Mais si l’on élargit maintenant la notion d’investissement à des investissements durables, c’est-à-dire qui respectent un ou plusieurs des 17 objectifs de développement durable de l’ONU, ou encore les critères ESG (environnement, social, gouvernance), alors la question mérite d’être posée : le groupe TotalEnergies a-t-il prévu suffisamment d’investissements durables ? Si ce n’était pas le cas, ce groupe pourrait décider d’investir massivement dans des politiques environnementales (réduction de l’exploration – notamment en Arctique – et de l’exploitation de ressources fossiles, en contrepartie d’un investissement majeur dans les énergies renouvelables – mais véritablement renouvelables, hein, on ne compte pas le gaz 😉 ). Soulignons ici que le terme « massivement » ne devrait pas être mesuré en montant, mais plutôt en proportion de l’activité totale. Une autre voie d’investissement consisterait à développer encore plus la lettre S du triptyque ESG, avec davantage d’inclusion et de diversité, une meilleure parité dans les instances de décision et un respect des populations locales dans les zones d’exploitation. Enfin, pour le G de gouvernance, il est toujours bon de développer la transparence des méthodes de rémunération des équipes dirigeantes, l’indépendance des membres du conseil d’administration – pourquoi ne pas y inviter une O.N.G. comme Reclaim Finance ? – et le rejet des pratiques de corruption locale.
Revenons sur le S de social, avec un ordre de grandeur. Les grands groupes se targuent souvent de créer beaucoup d’emplois, en tant qu’acteurs économiques de premier plan. Comment apprécier cela ici ? On a vu que le groupe TotalEnergies a 105 000 salariés. C’est peu, comparé aux 866 000 enseignants de l’Éducation nationale qui apprennent à nos enfants les bases du changement climatique, ou aux 1,4 millions de salariés du secteur hospitalier qui soignent, notamment les maladies respiratoires dues à la pollution (plus de 40 000 morts par an), et tout cela, rien qu’en France.
C’était un joli jardin (Nino Ferrer)
Ainsi, des investissements durables avec des externalités positives seront probablement extrêmement rentables à moyen ou long terme. Certes, à court terme, ils peuvent éventuellement faire baisser le couple risque-rentabilité cher au financier classique. En effet, des investissements signifient des dépenses, et les dépenses peuvent réduire la rentabilité à court terme. Mais si ces dépenses d’investissement contribuent à faire baisser en parallèle le risque du groupe (risques climatiques, risques locaux, risque de réputation, baisse de l’attractivité de la marque employeur…), le couple risque-rentabilité s’ajustera, voire s’en retrouvera amélioré. On peut aussi quitter le couple risque-rentabilité classique, et raisonner désormais avec un trépied risque – rentabilité – soutenabilité. La question ne consistera plus à maximiser la rentabilité pour un niveau de risque donné, mais plutôt à optimiser les 3 composantes du trépied. Cela n’empêchera nullement certaines entreprises de continuer à donner la priorité à la rentabilité, mais au moins le discours sera clair : « nous choisissons délibérément d’ignorer les enjeux de soutenabilité pour assurer une maximisation de la rentabilité ». Les actionnaires ajusteront alors leur participation : les maximisateurs du couple risque-rentabilité seront attirés, tandis que les optimiseurs (trépied risque – rentabilité – soutenabilité) prendront le large.
Total, tout blanc, tout noir ou tout vert ?
Ce groupe – le poids lourd du CAC 40 – focalise une attention croissante depuis des années. En effet, il traîne quelques casseroles qui ne sont pas du meilleur effet : 40 ans de contestation active du changement climatique (article de Libé ici, article académique là), le financement de régimes autoritaires (article du Monde ici), une exploration intensive et agressive de milieux naturels à protéger (par exemple en Arctique). Dans le même temps, cette entreprise est parmi les mieux notées de son secteur sur les critères ESG. Comment ce paradoxe est-il possible ? C’est que, par nature, toutes les activités économiques ne sont pas égales en termes de développement durable. Les gros contributeurs à l’émission de gaz à effet de serre sont connus : la métallurgie, les matériaux de construction, la chimie, les producteurs d’énergies fossiles… Il s’agit donc, pour un investisseur, de savoir quelles sont les entreprises les plus vertueuses compte-tenu des contraintes de leur secteur, et inversement, qui sont les mauvais élèves. Or, dans son secteur, TotalEnergies est considéré comme une valeur bien notée selon les critères ESG. Certains gérants de portefeuille vont jusqu’à dire que c’est la plus verte des valeurs pétrolières – les littéraires apprécieront l’oxymore. Donc, là aussi, un raisonnement relatif donne un résultat plus contrasté qu’un raisonnement dans l’absolu.
Tout ça pour des routes à 80 km/h
Il y a peut-être aussi une raison plus profonde à la mise en avant de ce groupe : encore aujourd’hui, les villes sont conçues pour et autour des voitures ; la voiture est encore, pour beaucoup, un synonyme de statut social ; la logistique (en France comme aux États-Unis) est toujours massivement fondée sur le transport routier (« If you bought it, a truck brought it»), voire aérien. Le pétrole est donc toujours (mais pour combien de temps ?) ce qu’Internet est devenu : un bien de première nécessité pour les pays développés. Il n’y a qu’à revenir sur les origines de la crise des gilets jaunes. La mesure initiale qui a déclenché ce mouvement, c’était une hausse de la taxe carbone dans le prix à la pompe. Or, la taxe carbone est un des moyens pour réduire les effets du changement climatique (principe du pollueur payeur). Toute cette affaire est donc extrêmement complexe, notamment dans ses ressorts humains : certes, beaucoup d’entre nous sont conscients des enjeux climatiques et de biodiversité auxquelles notre planète est confrontée, mais il est plus difficile d’agir quand cela impacte nos habitudes de consommation ou nos loisirs. En d’autres termes, il serait probablement injuste d’accuser TotalEnergies de noirceur sans pour autant reconnaître la part d’ambivalence sombre qu’il y a dans nos propres choix (c’est pour qui le colis Amazon livré le dimanche à 18h ?).
1% de 200 milliards
Concluons sur une note positive. A plusieurs reprises, dans ce texte, nous avons montré qu’il ne faut pas s’arrêter à des montants dans l’absolu, mais qu’il faut aussi raisonner en relatif. Prenons le contre-pied de cette idée : certes, la part consacrée par TotalEnergies aux énergies renouvelables et aux critères ESG peut apparaître comme étant dérisoire par rapport à ses activités fortement émettrices de gaz à effet de serre (scope 1, 2 et 3, s’il vous plaît). Mais dans l’absolu, ce pourcentage dérisoire pourrait représenter des centaines de millions d’euros, voire des milliards. Si ce groupe ne consacrait que 1 % de ses revenus à ces chantiers (on parle tout de même de plus de 2 milliards), cela ferait de la bonne publicité pour ce groupe, bien meilleure – en termes d’effets – que toutes les campagnes de greenwashing dont les entreprises nous abreuvent désormais régulièrement.
Liberté éditoriale #3
Dans chaque lettre d’informations « finance durable » (n°1 ici et n°2 là), j’explique à chaque fois un choix éditorial que j’ai été amené à faire dans la rédaction de Finance durable (parution imminente, je me sens comme une Dedion-Bouton roulant « à toute allure, à 35 à l’heure », comme le chantait Joe Dassin).
El Professor Panda
Finance Durable est un des plus personnels de mes livres professionnels. J’ai donc opté pour quelques illustrations à l’intérieur du livre, en esclavant deux jeunes artistes talentueux de mon entourage proche (contre rétribution, car « you have to give for what it takes« ).
En avant-première, voici un des premiers crayonnés de « Professeur Panda » (tous droits réservés, copie ou diffusion interdite, et si vous en faites un NFT, puissiez-vous finir englué(e) dans une marée noire).
Mon carburant, c’est vous
Si cette newsletter vous a intéressé(e), n’hésitez pas à la partager autour de vous, ou à donner le lien d’inscription vers la liste de diffusion : https://bit.ly/financedurable (10 personnes de cette liste seront tirées au sort pour recevoir gratuitement un exemplaire dédicacé). Vous pouvez aussi déposer un commentaire.
Claque-fixer :v. i. Lire 12 articles de recherche pour rédiger finalement 2 lignes ; glâner des données en ligne pendant des heures pour faire un tableau qui prendra un quart de page. Peut être utilisé comme substantif : « pour la rédaction de Finance durable, j’ai eu un niveau de claque-fixage rarement atteint ! ».
Par extension : cuisiner pendant des heures un plat englouti en 7 minutes ; prendre des télé-sièges pendant 1 heure pour descendre la piste en 5mn.
Publié dansBatana|Commentaires fermés sur Batana – Claque-fixer
Hier, vendredi 10 décembre, 3 heures avant l’événement, j’apprends que l’association Tribunes ESCP va recevoir Eric Z., candidat aux élections présidentielles, au sein de l’école. Le lendemain de cet événement, je souhaite partager quelques éléments de réflexion et d’analyse sur ce qui s’est passé et ce que je peux en lire sur les réseaux sociaux.
Préambule personnel : je suis diplômé de cette grande école (promo 1989) et suis employé par l’ESCP, en tant que professeur, depuis plus de 29 ans. A ce titre, j’ai contribué à la formation, et assisté à la diplomation, de plus de 20 000 étudiantes et étudiants de la grande école, et au moins 2 000 managers de l’Exec MBA.
Une première observation : l’ESCP est un écosystème. Le nom #ESCP recouvre en fait plusieurs populations qui interagissent et qui constituent l’identité de l’école.
Il y a les élèves actuellement en cours de formation,
Ces étudiant(e)s sont encadré(e)s par les personnels de l’école (corps professoral, équipes administratives et logistiques sans lesquelles rien ne serait possible),
La direction générale de l’école assure la stratégie et la communication, et elle est la voix officielle de l’école,
Les associations étudiantes sont en même temps autonomes, mais pour autant, très reliées à l’école : certes, elles gèrent leurs projets comme elles le souhaitent, mais elles profitent aussi des ressources logistiques de l’établissement (amphis, communication…). Une des ressources est la marque ESCP. Il y a des situations gagnant-gagnant, quand une association porte un projet qui va se révéler bénéfique à l’image de marque de l’école ; il y a d’autres situations où l’initiative – ou la dérive – d’une association va entamer le capital de crédibilité de l’école – le plus souvent, pour le plus grand plaisir des médias.
Les diplomé(e)s (alumni et alumnae) sont une autre composante extrêmement importante de cet écosystème. Ayant suivi cette formation il y a 5 ans, 10 ans ou 20 ans, ils et elles continuent à suivre l’actualité de leur école, et lui gardent un attachement pérenne.
Il y a enfin les entreprises, qui non seulement recrutent nos diplômé(e)s, mais qui participent aussi à la vie de l’école (cours, chaires de recherche, forums et événements, partenariats…)
Dans cet écosystème, tous sont interdépendants les uns des autres. Quand une des parties agit, les autres en sont affectées, plus ou moins directement, plus ou moins rapidement.
Une deuxième observation : une association étudiante décide d’inviter une personnalité dont les discours et le programme politique sont extrêmement clivants. Ce candidat est actuellement crédité par les sondages de 10 à 15% d’intentions de vote au niveau national. Si on suppose que ce pourcentage se retrouve à l’identique dans une promotion de l’école (environ 900 personnes), on aboutit à plus d’une centaine de personnes sympathisantes (sur 900), c’est-à-dire de quoi remplir une bonne partie de l’amphi où aura lieu l’intervention. Il sera alors biaisé d’en conclure que l’école, la direction ou les étudiant(e)s épousent les opinions de ce candidat. Selon moi, l’auditoire était une minorité statistique, bien que majoritairement présente – donc active, bruyante, et donnant l’impression d’être acquise à la cause.
Mon opinion personnelle : il ne fallait pas inviter cet individu. Sur les réseaux sociaux, on voit une citation détournée, injustement attribuée à Voltaire, qui dit en substance « je ne suis pas d’accord avec vos idées, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de les exprimer ». C’est l’argument qui a été utilisé pour autoriser l’intervention de vendredi. Ce genre d’attitude traduit à mon avis une grande naïveté, et c’est ainsi que les démocraties meurent. Donner une tribune à un extrémiste, sous prétexte que c’est l’apanage d’une démocratie et de la liberté de parole, c’est ignorer que cet extrémiste ne joue pas selon ces règles du jeu, car il vise justement à renverser le système démocratique, et il en méprise les institutions et les valeurs. Il aura donc tout intérêt à se réclamer des règles d’un jeu qui joue à son avantage, pour mieux le noyauter, le gangrener, et le détruire. Il n’y a qu’à voir comment cet événement a déjà été bien utilisé par les réseaux sociaux partisans, en utilisant à foison la marque de l’école comme « caution » de leur candidat – sans parler de la vidéo de la conférence, soigneusement coupée sur tous les passages gênants, et rediffusée en version très expurgée sur la chaîne du candidat. On assiste à une vraie instrumentalisation de l’actualité, un travestissement de la réalité de l’événement, dans un exercice extrêmement bien maîtrisé et exécuté en un temps record. Ma conclusion : la seule réponse face à ces personnes, c’est de ne pas leur offrir de tribune. Jamais. No pasaran.
Une troisième observation qui découle de cette opinion : si l’histoire peut nous apprendre quelque chose, autant regarder ce qui s’est passé aux États-Unis lors des élections de 2016. Il y a des analogies frappantes entre la stratégie de Donald Trump d’un côté, et le candidat de vendredi soir. Ces deux individus mettent en œuvre la même mécanique, avec les mêmes effets :
Hommes de télévision, donc maitrisant parfaitement les codes de la communication instantanée et de la capture de l’attention. Si possible, en termes simplistes et binaires : « vous êtes avec moi ou contre moi ».
Sans aucune expérience politique, ce qui leur assure une certaine forme de virginité
Adeptes de la provocation et des prises de positions extrêmes (le plus souvent très conservatrices – misogynes, homophobes, pour dire le moins…)
En tout cela, fascinant les médias, qui leur assurent une plate-forme pour leurs idées et leur audience.
Ces quatre éléments sont plus qu’une liste : c’est un cercle qui s’auto-entretient.
Il nous appartient de rompre ce cercle.
Sinon, nous nous ferons avoir.
Et bien profond.
Comme d’habitude, ce qui est exprimé sur ce blog n’engage que moi.
James Bond doit-il prendre le temps de remplacer son Aston Martin par une Jaguar ?
No time to buy
La sortie du dernier James Bond, film qui clôture l’ère de Daniel Craig dans le rôle de l’espion britannique, est intéressante en termes de gestion des risques en relation avec le temps qui s’écoule. En effet, la date de sortie du film a été décalée plusieurs fois, avec les impacts que l’on peut imaginer sur la profitabilité du projet. La profitabilité, c’est un peu la james bond girl de la finance d’entreprise : on calcule la valeur d’un projet en comparant l’investissement nécessaire d’un côté, et les revenus rapportés de l’autre. Or, comme les revenus sont répartis dans le temps au fil des années d’exploitation, on procède à une actualisation des recettes nettes des dépenses. Après actualisation de ces cash-flows, on obtient la valeur actuelle nette du projet (VAN, ou NPV dans la langue de Ian Fleming). Et comme on ne sait pas deviner l’avenir avec précision, on procède généralement à plusieurs calculs en faisant varier les différents paramètres du scénario : les ventes espérées, les coûts d’exploitation, les dépenses impromptues, et aussi le taux d’actualisation à retenir pour procéder au calcul. Toutefois, dans ce calcul de scénarios, il est beaucoup plus rare de retenir comme variable les retards du projet. Pourtant, la simple question « et si le projet prenait six mois de retard ? » est souvent celle qui a le plus d’impact sur la rentabilité d’un projet.
Dans le cas du James Bond, ce film est un des premiers à avoir subi de plein fouet les conséquences de la pandémie Covid-19. En effet, de report en report, on arrive à un total de 24 mois de décalage, dont 22 mois pour des raisons sanitaires suite à la pandémie Covid-19. Pour éviter un flop dans des salles désertées, les producteurs décalent en effet la sortie d’avril à novembre 2020, puis à mars-avril 2021 et finalement à octobre 2021. Selon The Hollywood Reporter, si la Metro Goldwyn Mayer était restée arc-boutée sur la date d’avril 2020, elle aurait perdu jusqu’à 300 millions de dollars de recettes sur son film. Cela suscite deux interrogations :
Une première question qui est pragmatique et à court terme : « est-ce que ça en valait la peine de décaler la sortie du film de 22 mois à cause de la pandémie ? »
Une seconde question qui est plus du domaine philosophique – « Compte tenu des nouveaux risques (environnementaux, sanitaires…) qui surgissent sur notre planète, doit-on – et comment peut-on – intégrer le supplément d’incertitude dû aux retards dans les décisions d’investissement ?« .
Un calcul de valeur actuelle nette (VAN) – assorti, il est vrai, de nombreuses hypothèses simplificatrices en l’absence de chiffres détaillés – montre que le choix de décaler la date de sortie n’a pas été trop dommageable pour les producteurs. À ce jour (début décembre 2021), et selon mes calculs, le film n’a pas encore été rentabilisé : il lui manque encore 70 à 80 millions $ de profits actualisés pour arriver à l’équilibre, alors qu’une sortie en avril 2020 aurait conduit à un manque-à-gagner estimé au double (soit 140 millions de profits manquants). Mais les profits ne sont pas les ventes. Aujourd’hui, toujours d’après mes estimations, le film a encore besoin de 170 millions $ de recettes pour arriver à l’équilibre, contre 326 millions s’il était sorti en pleine pandémie – pour un coût total à rentabiliser estimé à 800 millions $. (Données : wikipedia, damodaran.com, calculs : votre serviteur). Même si les montants semblent énormes, on peut faire confiance au charismatique espion de Sa Majesté : d’une part, le film est toujours projeté en salle, et d’autre part, il n’a pas encore commencé à engranger les recettes des diffusions en DVD, Blu-ray, streaming ou télévision. Or, selon une étude de Deloitte Insights, les revenus en salle représentent certes la première source de revenus d’un film (46 %), mais si l’on cumule la part à venir des recettes vidéo/DVD (36%) et celle des diffusions télévisées (18%), il y a pas trop de souci à se faire pour la rentabilité de ce blockbuster.
Alors, faut-il prendre son temps en ces temps difficiles pour l’économie ? L’actualité nous apporte une autre illustration en ce début décembre 2021 : la firme Jaguar vient d’annoncer qu’elle ne va lancer aucun nouveau modèle de voiture d’ici 2025 pour mieux se concentrer sur le développement de ses véhicules électriques. Ainsi, au lieu d’adapter progressivement ses modèles actuels à une motorisation électrique, Jaguar fait le pari de l’innovation de rupture : repartir de zéro, investir massivement dans la recherche et développement, et se donner quatre ans pour sortir de nouveaux modèles vraiment nouveaux.
Rowwrrr !!
Cela pose des questions non seulement commerciales (que vont vendre des concessionnaires pendant ces quatre années ? Avec quel manque-à-gagner ?), mais aussi stratégique (Les concurrents vont-ils profiter de ces quatre années pour prendre des parts de marché ? Quel devra être le degré de nouveauté des futures Jaguar électriques pour compenser quatre années d’absence du marché ?) Dans les deux cas évoqués, une société décide de se priver de recettes immédiates pour s’assurer de recettes plus importantes dans le futur. Il ne s’agit pas d’un ralentissement d’activité, mais bien d’un report au lendemain sans contrepartie immédiate. Notre intuition est que ce genre de décision sera prise de plus en plus souvent dans un monde qui doit s’adapter aux problématiques de soutenabilité économique et humaine. D’une part, les entreprises vont être confrontées à des questions de rupture technologique et de risques de transition – or, il n’est pas si simple de remettre à plat tout un processus de production pour le rendre plus vert sans pour autant déclarer une mise à l’arrêt des machines ou un arrêt des processus. D’autre part, des événements extrêmes risquent d’arriver plus souvent qu’auparavant (inondations, crises sanitaires, rupture d’approvisionnement en énergie ou en eau…), ce qui va bouleverser l’activité de quantité d’entreprises et les recettes qu’elles peuvent tirer de leurs marchés respectifs. Pour parler en jargon financier, le Bêta des entreprises de loisirs (dont font partie les studios de cinéma) va probablement augmenter.
Ainsi, le temps, que nous avons pris l’habitude de considérer comme une variable continue, pourrait devenir de plus en plus une variable discrète, avec des problématiques d’arrêt et de redémarrage qui prendront le pas sur nos anciennes problématiques de récession et de croissance. James Bond a beau nous dire que demain ne meurt jamais, force est de constater qu’avec notre besoin actuel en ressources, le monde ne suffit pas.
Liberté éditoriale #2
Le thème de cette lettre d’informations – le temps – n’arrive pas vraiment par hasard, même si l’actualité récente a eu la sérendipité de me fournir les deux exemples ci-dessus. Dans ma liberté éditoriale autoproclamée, une des motivations majeures était mon impatience.
Il faut imaginer un auteur (ou une autrice) qui a sué sang et eau pour sortir son manuscrit et qui le remet avec un soupir de soulagement à son éditeur, un peu comme on passe la patate chaude : « À vous de jouer maintenant ! » Et puis plusieurs semaines s’écoulent, voire plusieurs mois – parce que, autant l’auteur est égoïstement autocentré sur son ouvrage, autant l’éditeur doit mener en parallèle de multiples projets de livres avec leurs calendriers respectifs, ce qui conduit à des goulots d’étranglement dans les ressources. Un jour, l’auteur reçoit enfin les épreuves. Il s’agit alors de relire et corriger très vite, avant de renvoyer le livre expurgé des erreurs les plus criantes. L’auteur se dit alors « chic, c’est la dernière ligne droite ! » D’autres semaines s’écoulent. On peut avoir la surprise d’une deuxième version des épreuves – à relire très rapidement, évidemment, le temps c’est de l’argent. Ou bien il s’agit de rédiger la quatrième de couverture, ainsi qu’une présentation de l’auteur. L’auteur se dit alors « c’est pour demain ! » Et il doit encore ronger son frein (d’Aston Martin) plusieurs semaines avant la mise en production, qui elle-même sera suivie par la distribution et enfin la mise en place dans les rayons. Tout cela prend du temps… Encore une fois, ce n’est pas une critique de mes éditrices et éditeurs – qui font ce métier beaucoup plus souvent par passion que pour des raisons bassement mercantiles. Il s’agit plutôt de témoigner de mon impatience, qui ne semble pas s’être assagie avec les années, bien au contraire (car contrairement à ce que prétend James Bond, on ne vit qu’une fois). Ce long préambule est pour expliquer mon choix de l’auto édition. J’avais l’intuition que ce choix permettrait de gagner du temps, car il me fait endosser à la fois le rôle de l’auteur que je peux fouetter et celui de l’éditeur que je peux houspiller. Il fallait néanmoins tester cette solution : c’est ce que j’ai fait en avril 2021 avec cette œuvre de jeunesse. Les résultats ont été conformes à mes espérances (à défaut des ventes…), mais je ne recommande pas forcément ce choix à tout le monde, car il présente aussi des inconvénients. Avant tout, on se prive de l’œil et des bons conseils des professionnels sur des sujets aussi cruciaux que la mise en page, la structure et l’équilibre de l’ouvrage, les corrections typographiques, les impropriétés stylistiques ou les jeux de mots foireux… Mais comme dit le grand philosophe Peter Parker, avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Aussi, tel un Prométhée dérobant le feu éditorial, j’ai voulu faire cette expérience. Cela offre aussi des avantages qui, je l’espère, se dévoileront avec le temps, quand il s’agira de sortir une 2ème édition, puis une 3ème : l’auto édition réduit drastiquement la durée du cycle de production, et permet donc de coller plus précisément à l’actualité. En revanche, cette solitude glorieuse présente un inconvénient quant à la qualité du réseau de distribution : c’est une chose d’être diffusé et marketé par un éditeur professionnel au niveau national, c’en est une autre que de faire soi-même du porte-à-porte numérique. Là encore, « time is of the essence » comme le dit le dévoué Jeeves au papillonnant Bertie Wooster. Concluons enfin sur le temps et les délais : nonobstant les pénuries de papier annoncées par les éditeurs et la charge de travail non anticipée sur ce semestre d’automne, je confirme que pour l’instant, la date de sortie du livre est toujours fixée à décembre*. * NB : Celles et ceux qui connaissent le modèle très puissant du MBTI savent qu’il y a deux types de comportements face aux échéances à respecter : les personnes pour qui « sortie du livre en décembre » signifie remise du manuscrit en novembre pour être sûr que l’ouvrage soit disponible dès le premier décembre ; et puis l’autre catégorie de la population, pour qui « sortie du livre en décembre » prendra le sens de « si j’envoie le fichier définitif à l’éditeur au 31 décembre à 23 heures 59, je ne suis pas en retard ! » Là encore, le temps nous dira dans quelle catégorie se situe votre serviteur.
Opération Tonnerre
Si cette newsletter vous a intéressé(e), n’hésitez pas à la partager autour de vous, ou à donner le lien d’inscription vers la liste de diffusion : https://bit.ly/financedurable (10 personnes de cette liste seront tirées au sort pour recevoir gratuitement un exemplaire dédicacé). Vous pouvez aussi déposer un commentaire.
Ce livre n’a pas été prémédité, il est plutôt venu comme une surprise. Pendant 30 ans en tant que professeur, tel un petit âne laborieux, j’ai essayé de faire passer les concepts de finance d’entreprise de la manière la plus claire et la plus pédagogique possible, en travaillant notamment sur l’humour et les analogies. C’est le fruit de ce travail qui a abouti en 2012, après 8 ans de rédaction, à la publication de Comprendre toute la finance. À sa sortie en librairie, je me suis juré que c’était mon dernier livre, et je comptais bien tenir parole – les personnes qui ont déjà écrit un livre savent ce que cela signifie en termes de travail et de temps passé. Donc les années passent, j’engrange mes droits d’auteur et mon activité d’écriture se borne à préparer les nouvelles éditions de mes ouvrages. Le point de bascule arrive il y a 2 ans.
En 2019, je décide de me reconnecter avec les étudiants et étudiantes en première année de l’école, avec lesquels j’avais de moins en moins de contacts. En effet, j’étais progressivement devenu un vieux prof expérimenté qu’on envoyait plus vers l’Executive Education – MBAs, managers ou dirigeant(e)s – que vers les cours de 1ère année. Je postule alors pour faire partie de l’équipe qui anime le séminaire d’intégration de la nouvelle promotion qui entre à l’école. Or, l’année où je postule, les collègues responsables sont en train d’opérer une refonte majeure de ce séminaire : il sera désormais focalisé avant tout sur le développement durable et la soutenabilité.
À cette époque, je ne connais pas grand-chose à ces éléments. Certes, j’avais déjà développé une conscience écologique, comme en atteste cette catégorie de mon blog, mais elle se bornait à notre vie familiale (me débarrasser de ma voiture, diminuer notre consommation de viande tout en maintenant notre consommation de produits issus de la vigne, acheter des produits de seconde main…). Or, pour les besoins de ce séminaire « business & sustainability« , je dois aller me former à la Fresque du Climat. A cette occasion, je prends une claque – comme à peu près toutes les personnes qui font une Fresque du Climat – sur l’importance des enjeux climatiques et la situation assez inquiétante des effets de serre additionnels issus de l’activité humaine, notamment les émissions de CO².
Cette prise de conscience durant l’année 2019 va être alimentée par 2 événements extérieurs :
Lady Greta – by European Parliament.
d’une part, la médiatisation croissante des actions de Greta Thunberg ;
d’autre part, les réactions de mes étudiant(e)s – pas tellement plus agé(e)s que Mademoiselle Thunberg – en septembre 2019 lors du séminaire, et leurs nombreuses interrogations sur le rôle et la mission des entreprises pour les années à venir.
Je commence alors à faire des recherches sur la finance verte, qui – dans mon ignorance de l’époque – a l’air de se borner à 2 ou 3 termes : les green bonds, l’investissement socialement responsable, le reporting ESG… Au fil de mes lectures et de mes discussions, quelques idées commencent à se préciser, et celles-ci vont devenir l’épine dorsale d’un nouveau livre.
La première idée est issue d’un paradoxe : en salle de formation et en amphi de cours, j’entends une demande croissante – venant la plupart du temps des jeunes générations – pour des réflexions structurées sur la finance durable, et dans le même temps, le peu d’empressement des auteurs de manuels de finance à remettre en cause les dogmes de la finance classique (« le but d’une entreprise est de maximiser la richesse de ses actionnaires »).
La deuxième idée est plutôt une observation : la majorité des outils développés en finance verte concernent les marchés financiers. L’investissement socialement responsable (ISR) dérive de la gestion de portefeuille d’actifs cotés en Bourse ; les obligations vertes (green bonds) sont une variante des emprunts émis sur les marchés obligataires ; les prix du carbone sont fixés par mises aux enchères ou en gré à gré, à l’instar de quantité d’autres actifs ; quant à la publication des informations extra financières, elle est faite dans une logique de marché, puisqu’il s’agit pour les sociétés cotées d’informer les investisseurs sur la qualité de l’entreprise en tant qu’investissement. Comparativement, je trouve assez peu de choses en finance d’entreprise : comment les modèles classiques d’évaluation des investissements sont-ils impactés par les enjeux de soutenabilité ? Est-ce que l’appréciation des risques a évolué dans les directions financières ? Comment va évoluer la politique financière des sociétés dans un monde à taux d’intérêt négatifs ? Comment concilier les demandes des actionnaires et investisseurs d’une part, et les besoins des autres parties prenantes de l’entreprise (salariés, clients, fournisseurs, collectivités locales…) ?
Enfin, j’ai une troisième idée, sous forme d’une conviction : malgré l’envie de certains de tout réinventer, il faut constater que le système financier actuel est implanté dans les esprits depuis des générations et qu’à ce titre, il est probablement indéracinable. Il ne s’agit donc pas d’évangéliser uniquement les nouvelles promotions qui rentrent aujourd’hui en formation : il faut aussi tenir compte des managers et des dirigeants qui ont fait leurs études en finance il y a 10 ans, 20 ans ou 30 ans… La troisième idée est donc de partir des modèles de la finance classique, tels qu’ils continuent à être enseignés dans la majorité des cours, et de proposer à chaque fois des éclairages pour permettre d’intégrer dans ces modèles des variables environnementales, sociales ou de gouvernance (critères ESG).
En 2020, je crée une option de spécialisation en finance durable à l’ESCP business school, et en parallèle, je commence à inclure quelques notions de soutenabilité dans mes cours de finance d’entreprise. L’arrivée de la pandémie et du premier confinement retardent énormément la conception et la rédaction du livre, puisque toute l’énergie de votre serviteur, comme celle de tous ses collègues, est consacrée – en plein milieu d’un semestre – à faire basculer tous les cours à une version en ligne qui ne soit pas trop catastrophique. Nous sommes maintenant à la rentrée de septembre 2021. Les 3 premières parties du livre sont écrites, et la quatrième partie est bien avancée. Date de publication estimée : décembre 2021.
Liberté éditoriale #1
Pour ce qui est de la forme de l’ouvrage, l’idée générale tient en un mot : Liberté. Au fur et à mesure, je déclinerai quelques choix qui vont tous dans le même sens : le souhait de garder une totale liberté éditoriale, tant dans le fond que dans la forme. C’est pour cela (premier exemple) que je ne vais pas proposer de relecture – malgré les propositions fort sympathiques de plusieurs personnes qui se sont inscrites à la newsletter. Ce n’est pas une posture de monsieur-je-sais-tout, bien au contraire. Dès l’introduction, ce livre indique ce que je ne suis pas : je ne suis ni économiste, ni climatologue, ni juriste ou fiscaliste, ni expert en développement durable. Mon domaine de compétence, c’est la finance d’entreprise. C’est donc de ce point de vue que je souhaite m’exprimer, au risque – assumé – de rater des nuances, de manquer de culture ou d’avoir tort.
Coup de pied à suivre…
Si cette première présentation vous a intéressé(e), n’hésitez pas à la partager autour de vous, ou à indiquer le lien d’inscription vers la newsletter : https://bit.ly/financedurable (10 personnes de cette liste seront tirées au sort pour recevoir gratuitement un exemplaire dédicacé). Vous pouvez aussi déposer un commentaire en bas de la page.
J’ai donc à nouveau atteint l’état de Inbox Zero. Quelques précisions :
Tarif lent
Cela signifie que TOUTES mes boîtes de réception sont vides, soit 4 adresses mail majeures, correspondant à mes 4 activités : l’école qui m’emploie, coaching & formation, l’institut que j’ai co-créé, les messages perso.
Quand je dis « vides », cela veut dire qu’il y a eu un moment (il y a 3 jours) où je n’avais plus aucun mail à traiter dans aucune boîte. Depuis, quelques mails sont tombés (tel le mildiou sur la vigne), mais cela n’a rien à voir avec le Hard Core (voir réflexions ci-dessous).
Pour information, la dernière fois que j’ai atteint Inbox Zero, c’était en 2012, il y a 9 ans ! Et avant cela, en 2011 (deux fois) et 2008. En résumé, uniquement 5 fois en plus de 15 ans.
Depuis 2012, certes, j’avais atteint des points bas (5 mails dans la boîte…), mais jamais zéro. C’est dire si c’est une quête titanesque, un tonneau des Danaïdes, ou comme je l’ai déjà prénommée, une écurie d’Augias.
Cela m’inspire trois types de réflexions : pragmatiques, statistiques, philosophiques.
Quelques réflexions pragmatiques ( = mes trucs & astuces)
Ceci n’est qu’un résumé de tout ce que (1) j’ai écrit depuis des années sur ce sujet et (2) ce que je traite en sessions de formation sur « gestion du temps et du stress ».
(1) Avoir une boîte de réception commune
Thunderbird propose fort opportunément de créer des dossiers virtuels, paramétrés par une recherche donnée. J’ai donc activé un dossier virtuel contenant tous les messages de mes 4 boîtes de réception. C’est assez pratique d’alterner entre cette boîte commune (« voilà tous les messages que je dois traiter ») et les boîtes dédiées à une activité donnée. Le fait d’afficher le nombre de messages de chaque boîte est aussi très utile pour traquer les retardataires.
(2) Utiliser les raccourcis et les templates
Tant qu’on est dans les conseils techniques, vous connaissez mon intérêt pour l’automatisation des tâches, notamment avec des raccourcis clavier. Au risque de me répéter, ces raccourcis me font gagner des dizaines (centaines ?) d’heures par an. Et pour les textes longs, j’ai un dossier contenant des exemples de mails récurrents : ouvrir le fichier, copier-coller les 5 à 50 lignes de message, ajuster à la marge, envoyer.
(3) Une boîte de réception n’est pas une ToDo liste
Inbox (allégorie)
Ah, le réflexe quotidien : ouvrir sa boîte mail, ouvrir un mail déjà lu, se dire « je verrai ça plus tard », le refermer… Grâce à la notion de process popularisée par la méthode Getting Things Done (version FR ici) , et avec l’aide de mon Bullet Journal, j’ai appris de mieux en mieux à vider ma boîte de réception. Vider ne signifie pas forcément « traiter », ça peut être « noter dans un autre système ce qu’il y a à faire, puis archiver le mail ». Cette étape supplémentaire permet justement de prendre un temps de recul, ce qui permet de se poser les bonnes questions sur l’urgent et l’important. Et cela a le mérite de diminuer le nombre de messages restant dans la boîte de réception. Bref, il s’agit de transformer les mails en tâches, et de déporter ces tâches dans un système dédié – car une boîte mail n’est pas un système de gestion de tâches.
(4) Avoir un œil sur le mail le plus ancien
Conformément à la sainte trinité de l’urgent, l’important et le truand, je me méfie des truands, ces mails reçus il y a longtemps et qui contiennent une bombe à retardement. Aussi, de temps en temps, au lieu de faire la technique classique Top-Down (je commence à traiter le mail le plus récent), je passe en Bottom-Up (je commence par le mail le plus ancien). Avec – merci encore à Getting Things Done – la contrainte de Touch Once, pour éviter d’ouvrir le mail et dire « je verrai plus tard » avant de refermer. C’est ici que la technique du hard core est très utile (cf. ci-dessous).
(5) Traiter le hard core différemment
Hard rock
Une fois que l’on a traité le tout-venant, il reste souvent un hard core, c’est-à-dire un magma de quelques (dizaines de ?) mails qui sont rétifs à tout traitement. Ce genre de mails qu’on ouvre-consulte-referme plusieurs fois. Bref, un nid à procrastination. Et comme pour toute procrastination, il faut changer de braquet. Un petit arbre de décision peut aider : dois-je vraiment traiter ce mail ? Se poser vraiment la question (conséquences de ne pas traiter ?). Si la réponse est Oui => Qui d’autre pourrait le faire ? Si la réponse est « Uniquement moi » => technique hard core. La technique hard core est un ensemble de techniques anti-procrastination dont je me suis inspiré dans cet excellent mini-livre par John Perry, maître procrastinateur autoproclamé.
Quelques réflexions statistiques
Depuis 2012, date de ma dernière Inbox Zero, j’ai compilé le nombre de mails traités par an. Attention : ce sont les mails que j’ai archivés, donc cela exclut les spams et ce que j’ai détruit. Il y a aussi eu, brièvement, un comptage des textos / SMS. Cela peut donner une idée du flux des messageries parallèles (whatsapp – maintenant Signal, FB messenger, MP linkedin…)
Ce tableau est instructif, notamment dans ses pics (par exemple l’année 2015, année difficile dans ma vie).
Il y a aussi des effets de brouillage : pour les années les plus anciennes, j’archivais aussi certains messages automatiques, des spam – ce que je ne fais plus du tout. Enfin, dans les temps anciens, j’utilisais mon mail pro pour quantité de choses (coaching, perso…). C’est pour cela que je donne aussi une colonne « Total mails traités ». Je trouve les moyennes vertigineuses. Si l’on couple cela à mes calculs savants de 2009, cela donne, en équivalent annuel :
Un mail à l’endroit, un mail à l’envers…
12 592 mails traités, soit,
à raison de 52 mots en moyenne par mail : 654 000 mots lus ou écrits.
et à raison de 590 mots par page : l’équivalent de 1 110 pages imprimées ( > 2 ramettes de papier)
Il s’agit de volume traité, non pas de volume total. En effet, dans le contenu de chaque mail, seuls 5,5% représentent du texte utile. Le reste, soit 94,5%, sont les citations des mails précédents, les en-têtes et signatures. Ce qui nous amène (je résume) à l’idée suivante : si j’imprimais tous les mails d’une année, cela donnerait plus de 20 000 pages A4, soit 40 ramettes de 500 pages… Surtout, ne pas se poser la question de la valeur ajoutée de ce temps passé, ou de son coût.
Ce qui nous amène en conclusion à quelques réflexions philosophiques
Cool, papa, cool
Je me demande depuis toujours ce qui me pousse à vouloir vider cette boîte. Je rencontre quantité de collègues ou de managers qui ne s’embarrassent pas de cette quête. Et pourtant, j’ai vraiment du mal avec l’idée suivante : si vous avez 1442 mails dans votre boîte de réception, comment êtes-vous sûr d’être « à jour » ? La tactique consistant à traiter les mails les plus récents est dangereuse, car elle donne la priorité à un mode réactif, dans lequel ce n’est pas vous qui décidez ce qui est prioritaire.
Pour être transparent, je pense que de mon côté, il se joue aussi un mécanisme émotionnel : je ne veux pas être pris en flagrant défaut de ne pas avoir répondu – même si le mail date d’il y a plusieurs semaines. C’est une attitude sur laquelle je travaille depuis des années, et qui m’a permis de classer des mails sans y répondre… même si c’est encore une trop faible minorité.
Et vous, quelles sont vos réflexions sur ce sujet ? (Vous pouvez aussi m’envoyer des félicitations !!)
This blog post is part of a series of reflections on the Coronavirus / Covid-19 crisis and the transition I had to operate from my face-to-face courses to online classes.
Fellow professors, look no further: here is the ultimate combination (in my opinion) for teaching online from your computer. For less than a hundred euros (see budget details below), you can regain much of the fluidity of the face-to-face classroom, while still enjoying the benefits of distance learning.
The advantages of the face-to-face course are well known:
better interaction with the students, thanks to a greater proximity.
greater fluidity in the change of medium (Powerpoint, questions-answers, whiteboard…) In two previous posts (here and there), I showed that a simple situation in the classroom (answering a question by writing on the whiteboard) corresponds, in the online world, to a succession of at least half a dozen actions – with the corresponding lag.
Here are some advantages of online courses over their face-to-face counterparts:
« Sam, can you unmute your microphone? »
The online course is done on a computer connected to the Internet. It therefore allows the use of a number of collaborative tools or platforms, for example:
shared documents on which students can work collectively and in real time (e.g. Google Docs, or Padlet), with the possibility of downloading the final document at the end of the session. In comparison, in the classroom, some students take pictures of the whiteboard, which is less practical and less ‘portable’ (in the sense of being easily re-integrated into another medium).
the possibility of accessing all kinds of resources such as videos or images much more quickly than in the classroom. Indeed, in the classroom, the teacher is above all a human being: if he wants to show a video, he has to go to the computer, load the page, check that the sound is correctly transmitted to speakers, etc. In contrast, the online teacher is in an exoskeleton, which is her computer. Everything goes through the computer: the teacher’s face, her voice, and litterally every other resource that you can find on the Internet. Indeed, there is only one teaching channel, which is video with sound. In the same way that a railway can carry passengers as well as helium or cows, here the computer can transmit both the teacher’s messages and other resources.
Dedicated tools can be used to make certain sequences more dynamic and faster. The most telling example is probably that of voting with instant results (Klaxoon, Wooclap) or quizzes (Kahoot). In a classroom, you have to ask for a show of hands, count the votes, take into account the reluctance to vote (impostor syndrome). All of these limitations are overcome online, resulting in faster and more comprehensive results.
Two major disadvantages of distance learning
Lack of fluidity
Anyone who has tried to share a document in Zoom will understand what I mean by « lack of fluidity ». There is always a lag time, and this is amplified when you have to juggle several documents. For example, in Zoom, it often happens that you have to switch between a Powerpoint presentation and the Zoom whiteboard – especially to illustrate concepts. If you add a third document (e.g. a text, a spreadsheet), each change will further reduce the fluidity. Not to mention the questions, which force you to go back to a previous document: cancel the current share + share the old document = a lot of time spent on manipulations.
Dehumanisation
« Whatcha doin? »
On the student side, many leave their cameras off, which confronts us with black screens. But on the professors’ side, it’s not very human either, when the students only see a slide show with a « voice-over » commenting from afar. I challenge my colleagues to pay attention to a slide that doesn’t move for 10 minutes, while someone (sometimes without seeing their face) comments on the important points, before moving on to another slide and another commentary. This problem is combined with the first problem of fluidity: to restore a minimum of dynamism, it should be possible to change media quickly (e.g. switch to the professor’s face on full screen). But the screen-sharing manipulation does not allow for quick switching back and forth between documents.
The ultimate combination: a broadcast software + a second webcam
Mid January 2021, I was lucky enough to discover this article (in French) on The Conversation France, and since then, I’ve been able to refine the method described in its first tip. But a quick (and dirty) video speaks more than words:
Quick video to demonstrate the Open Broadcast Studio software
The budget = 99€.
Studio at home
The camera costs 74€; I count 4 coloured markers at 5€; this leaves 20€ to contribute to the OBS project while staying under 100€ (there is a mistake in the video: the initial donation was 25€, thus bringing the budget a little above 100€). Indeed, it is an open source project whose product (the Open Broadcast Studio program) is free and without advertising. In this case, it seems to me legitimate to make a financial contribution on this page, which allows to pay either for the project or for Jim, the full-time developer/contributor. It would even seem fair to me that institutions contribute as well, given the great interest of OBS. By institutions, I mean universities, colleges, business schools like the one I work in, online education companies…
As usual, all comments and reactions are more than welcome !
Publié dansIn English, Prof|Commentaires fermés sur CovidCampus #9 – The Ultimate Combo for online teaching
Ce thibillet fait partie d’une série de réflexions sur la crise du Corona virus et le passage d’une partie de mes cours en présentiel à une version en ligne.
Cher.es collègues enseignant.e.s, ne cherchez plus : voici la combinaison ultime (à mon avis) pour enseigner en ligne depuis son ordinateur. Pour un coût inférieur à une centaine d’euros (voir le détail budgétaire ci-dessous), vous pouvez retrouver une grande partie de la fluidité de la salle de cours en présentiel, tout en continuant à profiter des avantages du cours à distance.
Les avantages du cours en présentiel, on les connaît :
une meilleure interaction avec les étudiant.e.s, grâce à une plus grande proximité.
une plus grande fluidité dans le changement de medium de communication (Powerpoint, questions-réponses, tableau blanc…) Dans un précédent thibillet, puis un autre, je montrais qu’une simple situation en salle de cours (répondre à une question en se mettant à écrire au tableau blanc) correspond, dans le monde en ligne, à une succession d’au moins une demi-douzaine d’actions séquentielles – avec les temps morts correspondants.
Quelques avantages des cours en ligne sur leur équivalent en présentiel :
« Sam, peux-tu brancher ton micro ? »
Le cours en ligne est fait sur un ordinateur connecté à Internet. Il permet donc d’utiliser quantité d’outils ou de plate-formes collaboratives, par exemple :
des documents partagés sur lesquels les étudiant.e.s peuvent travailler collectivement et en temps réel (Google Docs, ou Padlet, par exemple), avec la possibilité de récupérer tout le document à la fin de la session. Comparativement, en salle de cours, certains étudiants prennent des photos du tableau blanc, ce qui est moins pratique et moins « portable » (au sens de : facilement réintégrable dans un autre support).
la possibilité d’accéder à toutes sortes de ressources comme des vidéos ou des images de manière beaucoup plus rapide qu’en salle de classe. En effet, dans la salle, le professeur est avant tout un être humain : s’il veut montrer une vidéo, il doit aller à l’ordinateur, charger la page, vérifier que le son est retransmis dans la salle, etc. Par opposition, en ligne, la professeure est dans un exosquelette, qui est son ordinateur. Tout passe par l’ordinateur : l’image de l’enseignante, sa voix, mais aussi toutes les autres images et autres sons. Il n’y donc qu’un seul canal d’enseignement : vidéo+son. De la même manière qu’une voie ferrée peut transporter aussi bien des voyageurs que de l’hélium ou des vaches, ici, l’ordinateur permet de transmettre aussi bien les messages du professeur que d’autres ressources.
des outils dédiés permettent de dynamiser et d’accélérer certaines séquences. L’exemple le plus parlant est probablement celui des votes avec résultat instantané (Klaxoon, Wooclap) ou des quizz (Kahoot). Dans une salle de cours, il faut demander de lever la main, compter les votes, tenir compte des réticences à voter (syndrôme de l’imposteur). Toutes ces limitations sont levées en ligne, ce qui donne des résultats plus rapides et plus exhaustifs.
Les deux inconvénients majeurs du cours à distance
Le manque de fluidité
Quiconque a essayé de partager un document sous Zoom comprendra ce que je veux dire par « manque de fluidité ». Il y a toujours un temps de latence, et cela est amplifié quand on doit jongler entre plusieurs documents. Par exemple, sous Zoom, cela arrive souvent qu’on doive alterner entre une présentation Powerpoint et le tableau blanc de Zoom – notamment pour illustrer des concepts. Si on rajoute un troisième document (ex : un texte, une feuille de calculs), chaque changement réduira encore la fluidité. Sans parler des questions, qui obligent à revenir à un document précédent : annuler le partage actuel + partager l’ancien document = beaucoup de temps en manipulations.
La déshumanisation
« Tu fais quoi ? »
Du côté des étudiant.e.s, beaucoup laissent leur caméra éteinte, ce qui nous confronte à des écrans noirs. Mais du côté des professeurs, ce n’est pas non plus très humain, quand les étudiants ne voient qu’un diaporama avec une « voix off » qui commente de loin. Mettons à la place de ces jeunes : je défie mes collègues de rester attentifs face à une diapo qui ne bouge pas pendant 10 minutes, tandis qu’une bande-son (sans voir le visage) commente les points importants, avant de passer à une autre diapositive et d’enchaîner un autre commentaire. Ce problème se conjugue avec le premier problème de fluidité : pour restituer un minimum de dynamisme, il faudrait pouvoir changer rapidement de support. Mais la manipulation de partage d’écran ne permet pas de faire des allers-retours rapides entre documents, à cause de la séquence d’actions à réaliser.
La combinaison ultime : un logiciel de diffusion + une deuxième webcam
J’ai eu la chance de découvrir cet article en janvier 2021 sur The Conversation France, et depuis, j’ai pu raffiner la méthode décrite à l’astuce n°1. Mais le mieux est voir cela sous forme de vidéo (je l’ai faite rapidement, veuillez excuser le côté « mal léché ») :
Une courte vidéo présentant Open Broadcast Studio
Le budget = 99€
Studio à la maison
La caméra coûte 74€ ; je compte 4 feutres de couleur à 5€ ; il reste donc 20€ pour contribuer au projet OBS en restant en dessous de 100€. En effet, c’est un projet open source dont le produit (le programme Open Broadcast Studio) est gratuit et sans publicité. Dans ce cas, cela me semble légitime de leur verser une contribution financière sur cette page, qui permet de verser soit pour le projet, soit pour Jim, le développeur / contributeur à plein temps. Cela me semblerait même juste que des institutions contribuent elles aussi, étant donné le grand intérêt d’OBS. Par institutions, j’entends des universités, des écoles d’enseignement supérieur, y compris la mienne, des entreprises de formation à distance…
Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus !
Publié dansProf, travail|Commentaires fermés sur CovidCampus #9 – la combinaison ultime pour enseigner à distance
Je viens de recevoir par UPS mon propre livre, désormais disponible dans toutes les bonnes librairies. Ce roman, démarré il y a 30 ans, a une histoire que je m’en vais vous conter.
Nous sommes au siècle dernier, je suis jeune et célibataire, encore coincé dans mes études entre Paris 11ème et Chatenay Malabry. À cette époque, tout le monde fume partout, les télés sont des gros cubes encombrants, le mur de Berlin vient à peine de tomber et Nelson Mandela a enfin été libéré. J’ai l’impression de vous dérouler un manuel d’histoire, mais j’y étais, comme tant d’autres.
Je rencontre Adeline. De prétexte en coïncidence, de soirée au théâtre amateur en dîner avec des copains, de discussions sur des livres (beaucoup, tout le temps) à des concerts live dans la salle enfumée de l’Utopia, j’arrive à entrer dans sa vie comme un peu plus qu’un bon copain. Et comme Internet n’est pas encore arrivé en France, pas plus que l’e-mail, je lui écris des lettres sur du papier, je les mets dans une enveloppe, hop, un timbre qu’il faut lécher avant, puis je descends dans la rue pour poster la missive dans une boîte jaune. Quand les étoiles sont alignées, la réponse arrive par le courrier du matin 3 jours après. Et il n’y a pas de « répondre en citant le message original », donc cela donne un décalage digne des grandes correspondances épistolaires entre Carl-Gustav Jung et Wolfgang Pauli. Sauf qu’Adeline émaillait ses textes de petits dessins, tandis que je lui écrivais des mini-poèmes, que j’avais le tort d’appeler haïkus (ils n’avaient pas la bonne métrique). Je doute que Jung et Pauli se soient livré à ces facéties, mais cela serait à vérifier.
Après notre séparation – une histoire bien triste – je commence à écrire ce roman, et j’envoie chaque partie à Adeline dès que je l’ai terminée. Cela dure quelques années, pendant lesquelles je n’ai pas trop de nouvelles d’elle. Puis la vie suit son cours, chacun.e fait de nouvelles rencontres. Un soir, à la suite d’une conversation avec mon ami Guillaume, je me dis qu’il faut que je tourne littéralement cette page. Je termine de rédiger la dernière partie en quelques jours, j’imprime le tout et je l’envoie à Adeline, avec une ultime lettre.
Depuis cette date, il y a plus de 25 ans, le manuscrit est resté au fond d’un disque dur. De temps en temps, j’ai passé le roman à un.e ami.e (une dizaine de personnes, au maximum), et chacun.e a eu la gentillesse de me dire que c’était un livre sympa. Une amie m’a dit « on sent bien que tu étais jeune quand tu l’as écrit », et je n’ai pas osé lui demander ce qu’elle entendait par là : je me doutais qu’entre mon moi jeune et mon moi actuel, l’un des deux allait en prendre pour son grade…
Revenons au XXIème siècle. Le Dieu Internet règne désormais sur la planète, et tout est à portée de clavier. Depuis quelques années, je m’intéresse à l’auto-édition. Non pas au sens de l’édition à compte d’auteur (dont le business model est magnifiquement décrit dans Le pendule de Foucault, d’Umberto Eco), où l’auteur, sûr de son génie, avance les fonds et se retrouve avec des exemplaires qu’il offre à droite à gauche en espérant une gloire qui met beaucoup de temps à venir. Ce qui me plaisait, c’était plutôt le côté « plate-forme de vente », genre Etsy = voilà ma production, ça coûte tant, allez-y (ou pas), commandez (ou pas), bref, c’est le/la client.e qui décide.
Il y avait une autre raison à ce choix : cela me permettait de transformer ce roman en un objet qui accède à l’existence, et idéalement, une existence indépendante de ma personne. À ce point du thibillet, je vais convoquer un de mes artistes préférés, le Boss.
En 1998, Bruce Springsteen sort un coffret de 4 CDs : Tracks. Ce sont des inédits accumulés sur plus de 25 ans de carrière, mais pas des inédits façon Yoko Ono ou Bob Dylan qui raclent leurs fonds de tiroirs pour sortir des bouts d’enregistrement ou des démos incomplètes dans l’espoir de faire encore sonner la caisse enregistreuse. Springsteen l’explique très bien dans le livret qui accompagne les 4 CDs : depuis 1973, pour chaque album, il avait à chaque fois un peu trop de chansons. Toutes avaient été enregistrées, mixées, arrangées, donc elle étaient prêtes à être gravées, mais pour certaines raisons logiques, « ou d’autres raisons moins logiques », ces chansons n’avaient finalement pas été incluses dans l’album final. Le Boss disposait donc de quantité de chansons prêtes, mais inédites, dans lesquelles il n’avait qu’à puiser. Et Springsteen de conclure le livret en disant « Here are the ones that got away » (voilà celles qui s’en sont finalement sorties). De la même manière, voilà donc un roman qui (s’en) est finalement sorti.
Ceci est la continuité de ma rubrique « petits outils informatiques qui me font gagner beaucoup de temps » (je la baptise désormais avec un anglicisme : Mini-hacks, et le premier thibillet historique est là).
Aujourd’hui, l’expanseur de texte (text expander).
De tous mes petits outils, c’est probablement celui qui me fait gagner le plus de temps, et ceci depuis des années. Cela consiste à attribuer un raccourci clavier à des bribes de texte répétitives. J’ai commencé il y a des années avec l’extension Quicktext (sous Thunderbird) pour automatiser mes signatures de mail. Le raccourci Ctrl-1 me permettait d’insérer automatiquement « Cordialement, Christophe T. » tandis que le raccourci Ctrl-2 insérait une signature plus informelle (« À+, Chr. »). Il y avait aussi l’équivalent anglais, donc Ctrl-3 pour « Sincerely, Christophe T. »
Rien qu’avec ces trois raccourcis, je ne sais pas combien de centaines d’heures de rédaction j’ai pu gagner depuis toutes ces années (pour information, je retrouve un thibillet datant d’il y a 13 ans dans lequel je mentionnais déjà les bienfaits de Quicktext).
Il y a aussi la question des majuscules accentuées. Autant les Mac permettent de taper facilement À ou É, autant sous Windows, c’est fastidieux de rechercher le bon code ASCII. Donc hop, un raccourci clavier pour les majuscules accentuées : Ctrl-à, Ctrl-é et Ctrl-è.
Avec le temps, j’ai rajouté des raccourcis, en migrant du pavé numérique aux 26 lettres du clavier. Cela n’a pas été compliqué pour retenir tous les raccourcis, car cela s’est fait très progressivement : de temps en temps, je me disais que j’en avais marre de toujours taper le même texte, et je me trouvais une lettre correspondante sur le clavier, avec le bon moyen mnémotechnique (ex : adresse Skype = Ctrl-y). Je cite en vrac mes raccourcis texte les plus évidents :
mon prénom + nom
mon mail (pro et perso)
mon adresse postale professionnelle / personnelle
mon identifiant Skype, Zoom…
mon numéro de mobile
C’est utile non seulement pour les mails, mais aussi pour tous les champs d’information des formulaires en ligne (tapez votre prénom, tapez votre nom, tapez votre mail, retapez votre mail…).
Aujourd’hui, le bilan est clair : j’ai mappé quasiment toutes les lettres du clavier + les chiffres. Et pour plusieurs lettres, j’ai deux variantes : Ctrl-Alt-a et AltGr-a, par exemple. Je viens de compter : j’ai 52 raccourcis clavier, qui me permettent de lancer des programmes (Word, Excel…), ouvrir des dossiers (Documents, Téléchargements…) ou taper des textes (« Bonjour, j’espère que vous allez bien. »)
Alors, quel est le petit programme qui me permet de faire tout ça ?
Sous Windows, c’est Clavier+, de Guillaume Ryder. Le programme correspond à mes critères (détail ici – en résumé, simplicité, légèreté), et cela explique que régulièrement, depuis des années, je fais un versement Paypal à ce programmeur. N’hésitez pas à faire de même. Sous Mac, à l’époque où j’étais sous ce système, j’utilisais Spark, qui est un daemon à installer.
Souaski : n. m. Une série ou un livre que l’on commence 10 ans après tout le monde, et donc où l’on ne peut pas parler de ses émerveillements et surprises. Par extension : un reste de plat gardé au frigo et dont on se demande (en regardant et en humant) si c’est encore mangeable après tout ce temps.
Mon souaski d’aujourd’hui, qui m’a inspiré cette batana, c’est la découverte de Lou Sonata 1, très jolie tranche de vie d’une jeune adulte. Certes, la BD est toute récente, mais j’avais zappé la série Lou, donc cela va nécessiter de tout lire pour connecter les points après coup.
Sinon, dans mes souaskis précédents, je peux citer :
Prolégomènes (ou cahier des charges fonctionnel, ou le pourquoi du comment) :
Quand je cherche des fichiers dans un dossier, j’aime bien pouvoir rapidement identifier la version la plus récente, et idéalement, avoir les fichiers triés par date.
Certes, je pourrais cliquer à chaque fois sur la colonne « date » pour ré-ordonner les fichiers. Mais c’est bien utile d’avoir la date directement dans le nom du fichier.
La solution que j’ai adoptée est celle qui est souvent utilisée pour les photos : un nom de fichier qui commence par la date inversée (ex : 2021-01-19 Compte-rendu.doc, qui indique que c’est le compte-rendu d’une réunion le 19 janvier 2021). Ainsi, comme les fichiers sont classés par ordre alphabétique, on obtient directement un classement chronologique :
2020-09-12 réunion avec Monica Bellucci.doc
2020-11-29 projet Maître du monde.doc
2021-01-19 Lamentation suite au redressement fiscal.doc
Cela étant posé, comment automatiser la tâche, plutôt que de taper laborieusement deux mille vingt et un zéro deux zéro trois à chaque nommage de fichier ?
Solution
Utiliser un mini-script ( = une suite de commandes du système, ici la console de Windows).
La commande détaillée est :
echo %DATE:~6,4%-%DATE:~3,2%-%DATE:~0,2% | clip
Traduction :
echo : afficher
%DATE : la date d’aujourdhui. Mais par défaut, cet affichage se fera comme ça : 03/02/2021. Or je veux (1) un ordre inversé et (2) des tirets au lieu de / car cela crée des problèmes dans les noms de fichiers.
d’où le propos des ~ et %-% : cela consiste à prendre dans la date du jour (03/02/2021) les 4 caractères en 6ème position (2021) puis un tiret, puis les 2 caractères en 3ème position (02) etc.
enfin, | clip signifie : ne pas afficher le résultat à l’écran, mais l’envoyer dans le presse-papier (clipboard).
Il suffit de copier ce script dans un fichier texte, et de rendre le fichier exécutable (sous windows, changer l’extension .txt en .bat)
Il ne me reste plus qu’à affecter un raccourci clavier à ce script, pour pouvoir l’appeler de n’importe où.
Mise en pratique
Supposons que je fasse un fichier de compte-rendu de ma réunion avec Paul Usul Muad’ Dib Atréides. Pour sauvegarder, je fais Ctrl+S, et Word me demande de nommer le fichier. À ce moment, je tape mon raccourci magique, puis Ctrl+V, et le contenu du presse-papier (c’est-à-dire la date inversée d’aujourd’hui) est automatiquement ajoutée en début de fichier.
Sans raccourci magique
Ctrl+S pour sauver
taper « Réunion Paul Usul »
Enter
Le fichier est sauvé comme « Réunion Paul Usul.doc »
Avec raccourci magique
Ctrl+S pour sauver
Ctrl+Alt+D (mon raccourci magique) puis Ctrl+V = la date est ajoutée au début du nom
taper « Réunion Paul Usul »
Enter
Le fichier est sauvé comme « 2021-02-03 Réunion Paul Usul.doc »
voici une liste des habitudes régulières de vos livreurs :
Sonner à l’interphone en disant qu’il faut descendre chercher le colis, le laisser sur le sol de l’entrée de l’immeuble (au centre de l’entrée, bien en évidence pour tout le monde) et repartir immédiatement ;
Appeler sur mon n° de mobile et me dire « je suis là, descendez », me laissant attendre sous la pluie puisqu’en fait, le livreur n’est pas encore arrivé ;
Appeler sur mon n° de mobile et si je n’ai pas pu répondre (3 sonneries max.), ne pas se donner la peine de livrer à domicile (où je suis présent) : dépôt dans un relais colis à 20mn de chez moi.
Enfin, ce matin, la livraison explosée :
C’en est au point que je ne peux pas transporter le colis sans qu’il s’ouvre de partout.
This blog post is part of a series of reflections on the Coronavirus / Covid-19 crisis and the transition I had to operate from my face-to-face courses to online classes.
Never before have students cheated as much as at the end of this semester of study. The lockdown meant that final exams had to be held remotely, which obviously allowed for widespread cheating. Although many universities require students to sign a declaration of honour, this did not prevent an unusual amount of cheating. This raises the question of the motivation for cheating in the first place. The traditional reasons – i.e. outside of containment – are either unpreparedness or a taste for dangerous play, with cheating seen as a moral shortcut. But in these times of pandemic, we have sees that « non-cheating » students opted this time for cheating, in order to improve their grades. Indeed, in many countries, potential employers ask for details of grades obtained in studies before recruiting. Some students fear that their grades « during lockdown / online classes » are too low for their future employment, or that they will not be able to enter certain specialisation courses. This is exacerbated by the fact that in some courses, professors seem to be unaware of the constraints of distance learning, and they require their students to cram of a lot of knowledge in their heads in a very limited time (i.e. during the semester). In this case, we are not talking any more about learning, the right word being: force-feeding.
This blog post does not seek to understand – let alone excuse – cheating behaviour online, but rather to reflect on ways to avoid cheating in online exams.
Know your audience(s) / market segments 😉
The final exam confronts different populations whose interests are not necessarily aligned.
First, there are the cheaters, who are not necessarily a homogeneous population, as indicated in the motivations given above.
Then there are the non-cheaters, who should not be penalised by anti-fraud strategies. Indeed, the fact of multiplying controls (camera surveillance, firewalls to prevent access to certain sites) automatically leads to technological roadblocks / deadends. As a result, a bona fide student may be penalised by a surveillance system that prevents him or her from taking the exam in good conditions.
One must also think about the proctors (assistants in charge of monitoring the students during the exam): they are officially in charge of checking that participants do not cheat, but their capacity to act is limited. Indeed, they can see that student X was helped by someone who appeared in the camera field; on the contrary, it is impossible to say what student Y was looking at on her screen: was it the exam, or a Whatsapp discussion of a cheating group?
Finally, there is the designer of the online exam, who has his own constraints, and who has to make optimization choices (which we will detail in the following paragraphs).
My 4 golden rules of a good online exam
Here is my magic recipe, or moral compass, for the professor in charge of designing an online exam. Those laws follow a path analogous to the 3 laws of pedagogy. These 4 laws for exams (online or in-class) would be, by decreasing order of importance:
Non-cheating students must not suffer from the anti-cheating system;
Cheating students must be prevented, or severely restricted, in their ability to cheat, without contravening Law #1;
The exam must be easy for the teacher to grade, without contravening Law #1 or #2;
Finally, without contravening Laws #1, #2 and #3, the role of proctors should become incidental. Ideally, there would be no need to proctor / watch the students taking the exam. It is a bit like the notion of strong efficiency in financial markets: in a properly designed examination, it should not matter whether a student can communicate with other people to cheat, because in doing so, they would not gain any more advantage than by doing the work alone.
The main tension: time vs. personnalization
For the person designing an exam, one important variable is time. This is not only the time to design and test the exam beforehand, but also the time to grade the exam afterwards.
At one extreme of this tension is the MCQ (multiple-choice test): for a preparation time that is not too long, the final grading time is very short. This is ideal for the lecturer who does not want to spend too much time on designing and grading the exam.
At the other end of the spectrum, we find the exam with open-ended questions that require an essay from the student. The term essay is broad: it is not just « do you think that Man is good? », it can also be « given the situation presented above, say what you would recommend ». In this case, it takes time to design the exam, but probably less than in the case of a MCQ – one only have to find generic incisive questions. As a counterpart, the grading/ marking will require to read carefully everything the student has written, even reading between the lines. Indeed, even if the student has not necessarily used an important keyword, they may nevertheless have understood the notion, and only a fine analysis of their answer will allow to judge whether the notion is mastered or just learnt by heart without a real understanding. In this second case, the grading / feedback is therefore extremely personalised, as the student really allows us to « get inside his/her head » and see how they think.
This issue of time vs. personalisation will therefore become crucial for many professors when it comes to designing an exam.
We also have conflicts of interest concerning the time that the professor is ready to spend on exams. Let’s take the example of students who failed the exam: in most institutions, this leads to a resit exam. This resit exam therefore represents extra work for the teacher, and this represents an additional time for which the professor is usually not paid. So the professor will have to design a second exam for a handful of students, but they would not have to perform this additional work if all the students have passed the exam i.e. no one failed. Thus, in some cases, the teacher will tend to round up the final exam grades to avoid a resit exam; or they could produce a resit exam that is easy to design, quick to grade, and easy to pass. This question of extra working time is exacerbated because the resit exam might only concern a handful of students: who would want to write a 3-hour resit exam for just one person?
Thoughts and solutions for a an online exam
After these general thoughts, let’s contemplate the different technical solutions for online exams. For the sake of illustration, we will take the BlackBoard integrated examination system, not only because this solution is widespread in the academic world, but also because it offers many possibilities in the construction of online exams.
The wrong solution: MCQs
By MCQs we mean not only multiple-choice questions (MCQs) – with only one possible answer – but also, in general terms, multiple-answers questions (MAQs) – where there are several correct answers to be selected].
Although they appear to be an easy solution, MCQs/MAQs are not a good idea to avoid online cheating, for the reasons detailed below.
Randomizing answers is not a solution
Blackboard allows to shuffle the order of answers within a question, in the hope of reducing communication of answers by some students. But alas, many students type very quickly: when they communicate with each other to exchange correct answers, it takes not much more time to say « answer b. « or « the answer is €12 » or « answer: because of the cost of capital ».
Randomizing questions is not a solution
Blackboard also allows you to mix up the order of the questions, to avoid communication between students. But unfortunately, practice shows us that some students are very organised: instead of asking « what is the answer to question 7 », they ask « what is the answer on oil price? « – so it doesn’t matter that the question is in a different place in the exam. Of course, one can build a very large pool of questions to drown students: for example, 1,000 exam questions, from which the system will randomly draw 100 questions for a given student. But this poses several problems: first, having to write a large number of questions; second, making sure that the questions are of the same level of difficulty and give the same number of points – this is very tedious. The only possibility – which exists – would be not only to put the questions in random order, but also to forbid going back once a question has been answered. But this may contravene law 1: a non-cheating student may wish to go back because question 7 (for example) made him/her think of a better solution for question 3. It would not be fair to prevent them from changing a previous answer.
Most MCQs test knowledge, not ability.
The author of this article has been in confinment with 5 young adults who are studying online. Over weeks, he has then been able to appreciate the assessment systems of different university courses. Most of the time, online exams take the form of MCQs, and most of the time, these MCQs test knowledge, not ability. Professors warn their students: « for the exam, you should know the important dates and the great names of the inventors ». The MCQ thus becomes a test of memorization and speed: for some teachers, proposing 100 questions for 1 hour of examination allows – according to them – to discriminate sufficiently the students. But does this assess their learning, or simply their ability to regurgitate information quickly? Of course, there are courses that require learning by heart (e.g. Anatomy), but these situations are rare: most of the time, courses require students to demonstrate an ability to reason, express themselves and act, and not simply repeat some concepts, like a performing dog act.
There are problems with the scoring of MCQs.
Some courses have a rule that if students have forgotten only one correct answer, they get zero for the whole question. I consider this an aberration. If I tick 3 answers out of the 4 that were right, I should get ¾ of the points, not zero. Otherwise, there will be no discrimination between the student who has worked ¾ of the way through the subject, and the lazy person who has not studied anything – which is deeply unfair. Fortunately, most examination systems offer to give partial marks according to the number of correct answers the student gets. However, the teacher must (1) be aware of this function, and (2) be willing to apply it.
There is also the question of negative points: should a wrong answer reduce the mark for the question? Let’s imagine a question with multiple answers (MAQ): there are 5 possible answers, and the teacher indicates that there « might be » more than one possible answer (without indicating the number of correct answers). If the teacher makes the mistake of not putting negative marks, then the student only has to tick all 5 answers each time: he will be sure to get 100% of the points. So negative marks should be given for wrong answers. But the next question is more complex: how should these negative points be measured? If you tick all 5 answers, should you get a score of 0, an average score (e.g. 2.5/5) or a negative score (which will then penalise the overall score)? Opinions differ, and as is often the case, the absence of a clear-cut answer should help us ponder and reflect on this issue of negative points – and then adapt our exam accordingly.
The answers to an MCQ must be unequivocal.
The MCQ has the advantage of an automated system: read the question, tick one or more answers, be marked automatically accordingly. But it requires questions and answers to be unequivocal. There is no room for nuance, or for finesse in interpretation. It is therefore a rather demanding literary (and logical) exercise to write a ‘good’ MCQ. In practice, I find that even for the simplest and clearest questions, some students really manage to rack their brains out of the most common context. Are they projecting more difficulties than necessary? Are they looking for a hidden trap? Often, behind its apparent operational simplicity, the MCQ underlines that it is really not so simple to test knowledge in a granular way.
Some tips gained from experience
It all starts with the MCQ
The MCQ is not the devil when you look at it in detail. You just have to look beyond the « knowledge test » stage, and try to reach the « test of a skill » stage. Here are some tips from a lot of trial and errors over past years.
Tip 1: forget MCQs and do only MAQs.
Reminder: MCQs offer only one possible answer, whereas MAQs can offer several correct answers. My advice is to turn all MCQs into MAQs – even those with only one correct answer – for several reasons. First, it is not necessary to announce the number of correct answers. If the student is told that there is only one correct answer, he or she can proceed by elimination, or stop thinking as soon as the correct answer is identified, whereas a sentence such as « check all the correct answers » forces the student to really think about each possibility. Second, at least in BlackBoard, MCQs offer « radio button » answers while MAQs offer « check box » answers, which is to the disadvantage of MCQs. Indeed, let’s imagine the following situation: in a MCQ with radio buttons (only one correct answer), the student chooses answer A. But after thinking about it, the student is not sure, and wants to play it safe by not answering this question after all. Well, with radio buttons, it is not possible to un-click an answer: once you have clicked a button (answer A), you can just click another answer (answer B, answer C), but you cannot un-click the whole thing. As a consequence, if a wrong answer causes negative points, then students will choose not to answer questions they are unsure about. But this will only be possible with an MAQ (all boxes can be unchecked) and not with an answered MCQ (once a choice has been chosen, it is not possible to « un-answer » the question).
Tip 2: answers should ideally check for a skill, not only for knowledge.
A MCQ / MAQ quizz is not bad per se. The professor just needs to write the question as a problem to be solved. For example: « You have to make 100 g of white chocolate and 100 g of milk chocolate. You have 200 g of cocoa butter, 100 g of sugar, 100 ml of milk, 200 g of cocoa powder. How much cocoa powder do you have left at the end of the recipe? » In this case, the student’s professional ability is being tested. It is a more subtle assessment than asking them to tick the right recipe between 4 answers. But it does not solve all the cheating problems: once the student has completed the solving process, he/she can communicate the answer quickly (« hey people, the right answer is 75 g of cocoa!! »)
Calculated formulas
This is a variant of the previous question, but with specific calculations for each student. This type of question indeed is generating random numbers. For example, one student will get « you must make 100 g of white chocolate and 100 g of milk chocolate » while another student will have « you must make 70 g of white chocolate and 120 g of milk chocolate », and BlackBoard calculates the correct answer each time. The good point is that it really prevents students from communicating their answers. On the other hand, it only tests the ability to memorise – and then apply – a formula, without judging the ability to interpret the result. Furthermore, it only works with subjects that use formulas or calculations.
Jumbled sentences
These are my favourite questions. Normally, they serve to check concepts that were learned by heart (e.g. the cubitus is [a bone / a nerve / a gland]), but they can be turned into real skills testing tools.
Tip 1. Avoid fill-in-the-blank fields, use drop-down menus instead.
Some ‘fill-in-the-blank’ sentences offer a text field to be filled in, which means the student has to type the correct answer on the keyboard. This is not advisable, as the software only recognises the words that are declared. For example, if the question is « The early bird catches the… », the professor will have declared « worm » as the correct answer, but perhaps not « Worm » with a capital letter. A typographical error is all that is needed for the answer to be considered incorrect (« wurm »), which is not fair, especially when English is not the student’s native language. So the best solution is to use predefined drop-down menus. The advantage of those is that they offer a list of terms to choose from: no problem with typos, misspelling, or even synonyms (« insect » or « food » instead of « worm »).
Tip 2: The answer should ideally test a skill, instead of pure knowledge.
This is the same reasoning as for the MCQs / MAQs: the professor needs to write the question in the form of a problem to be solved. The bonus here is that the sentence makes it possible to validate a set of notions. If I take the example of financial analysis (one of my courses), the problem will take the following form: « Here are the accounts of a company over the last 5 years. Calculate the return on capital employed (ROCE), break it down, and then find the correct elements in the following sentence.
The sentence then offers gaps with a drop-down list, as in this example: « The operating margin (increases; decreases; remains stable; decreases slightly), and at the same time there is an (increase; decrease; stagnation) of the NWC in days of sales which, in the end, is rather (good; bad; neutral) as far as profitability is concerned ».
This type of sentence therefore requires the student to make calculations AND make a diagnosis with causes, consequences and a value judgement on the situation. An additional advantage is that there can be several sentences: one could even imagine a whole paragraph of diagnosis to be formulated. However, there are some limitations to this tool. For one part, the writing of the blank sentences and, above all, the choice of terms in the drop-down list, must give only one possible solution. Since there must be no room for different interpretations (i.e. different sentences that could all be « right » somehow), this usually leads to fairly simple cases. Nothing prevents the professor from writing more complex sentences, but then he/she has to make sure that there is only one winning combination of the words. Additionnally, this does not totally prevent cheating: once a student has done the calculations, they can pass on the correct sentence to classmates (« The operating margin is increasing, and at the same time the NWC in days of sales is decreasing, which, in the end, is rather good as far as profitability is concerned »)
The 5th Law
All of the solutions mentioned here are interesting, because they not only offer much more possibilities than the « simple » MCQ, but above all, they allow the development of a reflection on what the teacher wants to assess.
Now there is one more important aspect: feedback. Many students want more than a grade, indeed they want to understand what they did well, and what they could have done better. A score on a MCQ is therefore not enough. We come back to the tension between the automation of marking (which suits the teacher), and the personalisation of assessment (which is the legitimate demand of the student). We can therefore add Law n°5: an ideal exam should allow students to learn from their mistakes.
Conclusion
Coming back to the objective – i.e. to prevent cheating while respecting Law 1 – no solution is 100% reliable. Once students can communicate with each other, every evaluation system – however subtle and complex – shows its flaws. And no computer system can cut off all the communication means of remote students among themselves. In other words, although the solutions mentioned have their advantages, none of them can meet the requirements of Law 4, i.e. to have an unsupervised examination. In order to have an unsupervised examination, this would require that the communication of information among students becomes useless. This means that there should be a different examination for each student. This poses obvious time problems, not only the time to design multiple exams, but also the time to grade them. As a matter of fact, there are no economies of scale if the professor is confronted with, say, 25 different exams for 25 students.
Actually, this kind of differentiated assessment (each student having their own specific questions) already exists. This is what we call individual assignments, the ones to be handed in during the semester. One solution could be to forgo final exams: evaluation of the student would be done by continuous assessment, in the form of an individualised control of abilities and skills. If we go in this direction, it would be necessary for the professors – and their institutions – to accept the additional time that this represents in the professor’s work. In other words: if we do not want to give the same task to all the students, we must acknowledge that an individualisation of the evaluations means more time to be allocated on this issue of evaluation.
All those reflections finally boil down to one generic advice: if the university / business school really wants to stick to final examinations, they should realise that no online exam is 100% reliable to avoid cheating. The best solution is to organize in-classroom examinations, with someone on site to ensure that no cheating takes place.
Publié dansIn English, Prof, Réflexions|Commentaires fermés sur CovidCampus #8: online exams and cheating – 5 laws, some solutions and many questions
Ce thibillet fait partie d’une série de réflexions sur la crise du Corona virus et le passage d’une partie de mes cours en présentiel à une version en ligne.
Jamais les étudiant(e)s n’ont autant triché qu’à la fin de ce semestre d’étude. Le confinement a nécessité que les examens finaux soient organisés à distance, ce qui a visiblement permis des fraudes de grande ampleur. Même si beaucoup d’universités demandent aux étudiants de signer une déclaration sur l’honneur, cela n’a pas empêché une proportion inhabituelle de triche. Cela pose d’abord la question de la motivation à tricher. Les raisons traditionnelles – c’est-à-dire hors confinement – sont soit l’impréparation, soit le goût du jeu dangereux, la triche étant vue comme un raccourci moral. Mais dans ces temps de pandémie, on constate aussi que des étudiant(e)s « non traditionnellement tricheurs » recourent à cette stratégie pour améliorer leurs notes. En effet, dans beaucoup de pays, les employeurs potentiels demandent un détail des notes obtenues dans les études avant de recruter. Les étudiant(e)s actuels craignent alors que leurs notes « en confinement » soient trop basses pour leur futur emploi, ou qu’elles ne leur permettent pas de s’inscrire dans certains parcours de spécialisation. Cela est exacerbé par le fait que dans certaines filières, les professeurs semblent ignorer les contraintes de travail à distance, et ils demandent la mémorisation de quantité de données en un temps très limité : on quitte alors le domaine de l’apprentissage pour celui du gavage. Ce thibillet ne cherche pas à comprendre – encore moins à excuser – les comportements de triche en ligne, mais plutôt à réfléchir sur les manières d’éviter la triche lors des examens à distance.
Plusieurs populations concernées
L’examen final confronte différentes populations dont les intérêts ne sont pas obligatoirement alignés.
Il y a d’abord les tricheurs, qui ne sont pas forcément une population homogène, comme indiqué dans les motivations données précédemment.
Il y a ensuite les non tricheurs, qui ne devraient pas être pénalisés par les stratégies anti-fraude. En effet, le fait de multiplier les contrôles (surveillance par caméra, pare-feu pour empêcher d’accéder à certains sites) conduit automatiquement à des blocages technologiques. En conséquence, un(e) étudiant(e) de bonne foi peut être pénalisé par un système de surveillance qui l’empêche de passer son examen dans de bonnes conditions.
Il faut aussi penser aux surveillants : ils sont officiellement chargés de vérifier que les participants ne trichent pas, mais leur capacité d’action est limitée : autant il est possible de dire que l’étudiant X a été aidé par une personne qui est apparue dans le champ de la caméra, autant il est impossible de dire ce que regardait l’étudiante Y sur son écran : était-ce l’examen, ou bien une discussion Whatsapp d’un groupe de triche ?
Il y a enfin le concepteur de l’examen en ligne, qui a ses propres contraintes et qui doit faire des choix d’optimisation (que nous allons détailler).
Les 4 lois d’un bon examen
On peut essayer d’énoncer la recette magique, ou la boussole morale, de la personne chargée de concevoir un examen en ligne, en suivant un chemin analogue aux 3 lois de la pédagogique. Dans le cas des examens en ligne, ces 4 lois seraient, par ordre décroissant d’importance :
Les étudiant(e)s non tricheurs ne doivent pas souffrir du système anti triche mis en place ;
Les étudiant(e)s tricheurs doivent être empêchés, ou fortement limités, dans leur capacité à tricher, sans contrevenir à la règle 1 ;
L’examen doit être facile à corriger pour le professeur, sans contrevenir à la règle 1 ou 2 ;
Enfin, sans contrevenir aux règles 1, 2 et 3, le rôle des surveillants devrait devenir accessoire. Idéalement, il n’y aurait plus besoin de surveiller. C’est un peu comme la notion d’efficience forte des marchés financiers : dans un examen correctement conçu, peu importe qu’un(e) étudiant(e) puisse contacter d’autres personnes, car en les contactant, il ou elle n’obtiendra pas plus d’avantages qu’en faisant le travail seul(e).
La tension principale : temps vs. personnalisation
Pour la personne qui conçoit un examen, une des variables importantes est le temps. Il s’agit non seulement du temps de conception et de test de l’examen en amont, mais aussi le temps de correction / notation de l’examen après coup.
À un extrême de cette tension, on peut situer le QCM (questionnaire à choix multiple) : pour un temps de préparation qui n’est pas trop élevé, on a un temps de correction finale très réduit. C’est l’idéal pour le professeur qui ne veut pas y passer trop de temps.
À l’autre extrême, on a l’examen avec des questions ouvertes qui nécessitent une dissertation de la part de l’étudiant. Le terme dissertation est au sens large : ce n’est pas seulement « pensez-vous que l’Homme est bon », cela peut aussi être « compte-tenu de la situation présentée ci-dessus, dites ce que vous recommanderiez ». Dans ce cas, il faut du temps pour concevoir l’examen, mais probablement moins que dans le cas d’un QCM ; en revanche, la correction / notation nécessitent de lire attentivement tout ce qui a été écrit, voire lire entre les lignes. En effet, même si l’étudiant n’a pas forcément utilisé un mot-clé important, il/elle a pu néanmoins comprendre la notion, et seule une analyse fine de sa réponse permettra de juger si la notion est maîtrisée ou juste apprise par cœur sans réelle compréhension. Dans ce deuxième extrême, la correction est donc extrêmement personnalisée, car l’étudiant nous permet de « rentrer dans sa tête ».
Cette problématique temps vs. personnalisation va donc devenir cruciale pour beaucoup de professeurs quand il s’agit de concevoir un examen.
Il y a aussi des conflits d’intérêts qui apparaissent, sous la forme du temps que le professeur est prêt à consacrer aux examens. Prenons l’exemple des étudiant(e)s qui ont été mis en échec à l’examen : dans la plupart des institutions, cela conduit à un examen de rattrapage. Or cet examen représente un surplus de travail pour le professeur, pour lequel il ne touche généralement pas de rémunération spécifique. Donc le professeur devra concevoir un deuxième examen pour une poignée d’étudiants, mais il ne devra pas faire ce travail si tous les étudiant(e)s ont passé l’examen avec succès. On peut imaginer que dans certains cas, le professeur aura tendance à arrondir la note d’examen pour éviter un rattrapage – ou encore, qu’il fera un rattrapage facile à concevoir, rapide à noter, et facile à réussir. Cette problématique de temps additionnel sera exacerbée par le fait que cela peut ne concerner que quelques étudiant(e)s : qui voudrait rédiger un examen de rattrapage de 3h juste pour une personne ?
Réflexions et solutions pour un examen à distance sur ordinateur
Après ces réflexions générales, regardons maintenant différentes solutions techniques d’examens en ligne. Pour l’illustration, nous prendrons le système d’examens intégré à BlackBoard, non seulement parce que cette solution est très répandue dans le monde académique, mais aussi parce qu’elle offre beaucoup de possibilités dans la construction des examens par ordinateur.
La mauvaise solution : les QCM
[Par QCM, on entend ici non seulement les questions à choix multiples (QCM) – avec une seule réponse possible – mais aussi, en généralisant, les questions à réponses multiples (QRM) – où il y a plusieurs réponses correctes à sélectionner]
Bien qu’apparaissant comme une solution facile, les QCM/QRM ne sont pas une bonne idée pour éviter la triche à distance, pour plusieurs raisons détaillées ci-dessous.
Le mélange des réponses ne marche pas.
Blackboard permet de mélanger l’ordre des réponses au sein d’une question, dans l’espoir de réduire la « collecte latérale d’informations » de la part des étudiant(e)s. Mais hélas, certains étudiants tapent très vite sur leur clavier : quand ils communiquent entre eux pour s’échanger les bonnes réponses, cela ne change rien qu’ils disent « réponse b. », ou « le bon montant, c’est 12 € » ou « la réponse : c’est à cause du coût du capital ».
Le mélange des questions ne marche pas.
Blackboard permet aussi de mélanger l’ordre des questions, pour éviter la communication entre étudiant(e)s. Mais hélas, la pratique nous montre que certains étudiants sont très organisés : au lieu de demander « quelle est la réponse à la question 7 », ils demandent « réponse sur le cours du pétrole ? » – ainsi, peu importe que la question soit à un endroit différent dans l’examen. Certes, on peut bâtir un corpus de questions très large pour noyer les étudiant(e)s : par exemple 1 000 questions d’examen, dans lesquelles le système puisera au hasard 100 questions pour un(e) étudiant(e) donné(e). Mais cela pose plusieurs problèmes : d’abord, devoir rédiger un grand nombre de questions ; ensuite, s’assurer que les questions sont de même niveau de difficulté et donnent le même nombre de points – c’est très fastidieux. La seule possibilité – qui existe – serait non seulement de mettre les questions en ordre aléatoire, mais aussi d’interdire de revenir en arrière une fois qu’on a répondu à une question. Mais cela peut contrevenir à la loi n°1 : en effet, un(e) étudiant(e) non tricheur peut souhaiter revenir en arrière, car la question n°7 (par exemple) lui a fait penser à une meilleure solution pour la question n°3. Ce ne serait pas juste de l’empêcher de modifier une réponse avant l’heure finale de l’examen.
La plupart des QCMs testent des connaissances, pas des capacités.
L’auteur de cet article a été confiné avec 5 jeunes qui poursuivent des études à distance, et il a donc pu apprécier les systèmes d’évaluation de différents cursus universitaires. La plupart du temps, les examens en ligne prennent la forme d’un QCM, et la plupart du temps, ce QCM teste des connaissances, et non des capacités. Les professeurs préviennent d’ailleurs leurs étudiants : « pour l’examen, il faut que vous connaissiez surtout les dates importantes et les grands noms des inventeurs ». Le QCM devient alors une épreuve de mémorisation et de vitesse : pour certains professeurs, proposer 100 questions pour 1 heure d’examen permet – selon eux – de discriminer suffisamment les étudiant(e)s. Mais est-ce que cela évalue leur apprentissage, ou simplement leur capacité à régurgiter rapidement des informations ? Certes, il y a des formations qui nécessitent d’apprendre par cœur (par exemple, en Anatomie), mais ces situations sont finalement rares : la plupart du temps, les cours demandent à démontrer une capacité à raisonner, s’exprimer et agir, et non pas à jouer simplement le rôle d’un chien savant.
Le scoring des QCM soulève des problèmes.
Certains cursus ont la règle suivante : si l’étudiant a oublié ne serait-ce qu’une réponse juste, il a zéro à la question entière. Je considère cela comme une aberration. Si je coche 3 réponses sur les 4 réponses qui étaient justes, je devrais avoir droit aux ¾ des points, et non à zéro. Sinon, il n’y aura aucune discrimination entre l’étudiant qui a travaillé les ¾ de cette matière, et le paresseux qui n’a rien étudié – ce qui est profondément injuste. Heureusement, la plupart des systèmes d’examen proposent de donner des points partiels en fonction du nombre de réponses correctes de l’étudiant. Encore faut-il que le professeur (1) connaisse cette fonction, et surtout (2) souhaite effectivement l’appliquer.
Il y a aussi la question des points négatifs : une réponse fausse doit-elle diminuer la note à la question ? Imaginons une question avec réponses multiples (QRM) : il y a 5 réponses proposées, et le professeur a indiqué qu’il « peut y avoir » plus d’une réponse possible (sans indiquer le nombre de réponses correctes). Si le professeur commet l’erreur de ne pas mettre de points négatifs, alors l’étudiant n’a qu’à cocher les 5 réponses à chaque fois : il sera sûr de collecter tous les points. Il faut donc mettre des points négatifs pour les mauvaises réponses. Mais la question suivante est plus complexe : comment doivent être dosés ces points négatifs ? Si l’on coche l’intégralité des 5 réponses, doit-on obtenir un score de 0, un score moyen (par exemple 2,5/5) ou un score négatif (qui pénalisera alors le score global) ? Les avis divergent, et comme souvent, l’absence de réponse tranchée permet de mieux réfléchir à la question.
Les réponses d’un QCM doivent être sans équivoque possible.
Le QCM a l’avantage d’un système automatisé : lire la question, cocher une ou plusieurs réponses, être noté automatiquement en conséquence. Mais cela nécessite de formuler des questions et des réponses sans aucune équivoque. Il n’y a aucune place pour la nuance, ou pour les finesses d’interprétation. C’est donc un exercice littéraire (et logique) assez astreignant que de rédiger un « bon » QCM. En pratique, je constate que même pour les questions les plus simples et les plus claires, certains étudiants arrivent à se triturer les méninges. Projettent-ils plus de difficultés que nécessaire ? Cherchent-ils la petite bête ? Souvent, derrière son apparente simplicité opérationnelle, le QCM souligne que ça n’est pas si simple de tester une connaissance de manière granulaire.
Quelques conseils issus de l’expérience
Tout démarre avec le QCM
Le QCM n’est pas le Diable quand on le regarde en détail. Il suffit de chercher à dépasser le stade « contrôle des connaissances » pour aborder le stade « test d’une compétence ». Voici quelques conseils issus de beaucoup d’essais-erreurs.
Conseil n°1 : abandonner les QCM et ne plus faire que des QRM.
On se souvient que le QCM n’offre qu’une réponse possible, alors que le QRM peut proposer plusieurs réponses justes. Mon conseil : transformer tous ses QCM en QRM – même ceux qui n’ont qu’une seule réponse correcte – et ceci pour plusieurs raisons. Premièrement, il n’est pas nécessaire d’annoncer le nombre de bonnes réponses. Si on dit à l’étudiant qu’il n’y a qu’une réponse juste, il peut procéder par élimination, ou bien s’arrêter de réfléchir dès qu’il a identifié la bonne réponse, tandis qu’une phrase du type « cochez toutes les bonnes réponses » oblige à vraiment réfléchir à chaque possibilité. Deuxièmement, au moins sous BlackBoard, les QCM offrent des réponses « boutons radio » tandis que les QRM offrent des réponses « case à cocher », ce qui est au désavantage des QCM. En effet, imaginons la situation suivante : dans un QCM avec boutons radio (une seule réponse juste), l’étudiant choisit la réponse A. Mais après réflexion, l’étudiant n’est pas sûr, et il souhaite jouer la sécurité en ne répondant finalement pas à cette question. Eh bien avec des boutons radios, ce n’est pas possible d’annuler une réponse : à partir du moment où vous avez cliqué sur un bouton (réponse A), vous pouvez juste cliquer une autre réponse (réponse B, réponse C), mais pas dé-cliquer le tout. Or, si une réponse fausse occasionne des points négatifs, alors certains étudiants préfèreront ne pas répondre aux questions sur lesquelles ils ont des doutes. Cela ne sera possible qu’avec un QRM (toutes les cases peuvent être décochées) et pas avec un QCM auquel on a répondu (il reste toujours une réponse cliquée).
Conseil n°2 : la réponse doit idéalement tester une compétence, pas une connaissance.
Un QCM / QRM n’est pas mauvais en soi. Il suffit de rédiger la question sous forme d’un problème à résoudre. Par exemple : « vous devez faire 100 g de chocolat blanc et 100 g de chocolat au lait. Vous disposez de 200 g de beurre de cacao, 100 g de sucre, 100 ml de lait, 200 g de cacao en poudre. Combien vous reste-t-il de cacao en poudre à la fin de la recette ? » Dans ce cas, on teste une capacité professionnelle de l’étudiant. C’est une évaluation plus subtile que de lui demander de cocher la bonne recette entre 4 réponses. Mais cela ne résout pas tous les problèmes de triche : en effet, une fois que l’étudiant a terminé le processus de résolution, il peut communiquer la réponse rapidement (« c’est 75 g de cacao »)
Les formules calculées
C’est une variante calculatoire de la question précédente, qui présente l’avantage de proposer des nombres tirés au hasard. Ainsi, un(e) étudiant(e) aura « vous devez faire 100 g de chocolat blanc et 100 g de chocolat au lait » tandis qu’un autre étudiant lira « vous devez faire 70 g de chocolat blanc et 120 g de chocolat au lait », et BlackBoard calcule à chaque fois la réponse correcte. Cela permet vraiment d’éviter la diffusion d’informations. En revanche, cela ne teste qu’une capacité à mémoriser – puis à appliquer – une formule, sans juger de la capacité d’interprétation du résultat. D’autre part, cela ne marche qu’avec des disciplines qui utilisent des formules ou des calculs.
Les phrases à compléter
Ce sont mes questions favorites. Normalement, ce sont des outils pour vérifier la mémorisation, mais on peut détourner leur propos pour en faire de vrais outils de test de compétences.
Conseil n°1. Éviter les champs à remplir, privilégier les menus déroulants.
Certaines phrases « à trous » proposent un champ de texte à remplir – c’est-à-dire que l’étudiant(e) tape la bonne réponse au clavier. Cela n’est pas souhaitable, car le logiciel ne reconnaît que les mots déclarés. Si la phrase est « Impossible n’est pas … », le correcteur aura déclaré « français » comme bonne réponse, mais peut-être pas « francais » sans cédille ou « Français » avec une majuscule. Il suffit alors d’une faute de typographie pour que la réponse soit considérée comme étant incorrecte, ce qui n’est pas juste, notamment vis-à-vis des étudiant(e)s dont le français n’est pas la langue natale. L’avantage des menus déroulants est qu’ils proposent une liste de termes à choisir, donc il n’y aura pas de problème de faute de frappe ou d’orthographe, voire de synonymes.
Conseil n°2 : la réponse doit idéalement tester une compétence, pas une connaissance.
On réplique ici le même raisonnement que pour le QCM / QRM : rédiger la question sous forme d’un problème à résoudre. Mais ici, la phrase permet de valider un ensemble de notions. Si je prends l’exemple de l’analyse financière (une de mes matières), le problème prendra la forme suivante : « voici les comptes d’une société sur les 5 dernières années. Calculez la rentabilité des capitaux engagés (ROCE), décomposez la, puis retrouvez les éléments corrects dans la phrase suivante ».
La phrase offre alors des trous avec une liste déroulante, comme dans cet exemple : « La marge d’exploitation (augmente ; diminue ; reste stable ; décroît légèrement), et dans le même temps on assiste à une (hausse ; baisse ; stagnation) du BFR en jours de ventes ce qui, finalement, est plutôt (bon ; mauvais ; neutre) en ce qui concerne la rentabilité ».
Ce type de phrase nécessite donc que l’étudiante fasse des calculs ET pose un diagnostic avec des causes, des conséquences et un jugement de valeur sur la situation. Un avantage supplémentaire est qu’il peut y avoir plusieurs phrases : on pourrait même imaginer un paragraphe entier de diagnostic à formuler. Il y a néanmoins quelques limites à cet outil. D’une part, la rédaction des phrases à trous et surtout, le choix des termes dans la liste déroulante, doit à chaque fois ne donner qu’une solution possible. Il ne doit pas rester de place pour des interprétations différentes, ce qui conduit le plus souvent à sélectionner des cas de figures assez simples. D’autre part, cela ne prévient pas totalement la triche : il suffit qu’un(e) étudiant(e) ait fait les calculs pour transmettre la phrase correcte à ses camarades (« La marge d’exploitation augmente, et dans le même temps on assiste à une baisse du BFR en jours de ventes ce qui, finalement, est plutôt bon en ce qui concerne la rentabilité »).
La 5ème loi
Toutes les solutions mentionnées ci-dessus sont intéressantes, car non seulement elles offrent des possibilités bien supérieures au « simple » QCM, mais par-dessus tout, elles permettent de développer une réflexion sur ce que le professeur souhaite évaluer.
Il reste maintenant un aspect important : le feedback. Beaucoup d’étudiants demandent plus qu’une note : ils veulent comprendre ce qu’ils ont bien fait et ce qu’ils pourraient améliorer. Un score sur un QCM ne suffit donc pas : on revient à la tension entre automatisation de la notation (qui arrange le professeur), et personnalisation de l’évaluation (qui est la demande légitime de l’étudiant). On pourrait donc ajouter une loi n°5 : un examen final idéal devrait permettre à un(e) étudiant(e) d’apprendre de ses erreurs.
Conclusion
Si l’on revient à l’objectif, c’est-à-dire de prévenir la triche tout en restant dans le respect de la Loi n°1, aucune solution n’est fiable à 100%, car il suffit que les étudiant(e)s communiquent entre eux – et aucun système informatique ne peut couper tous les canaux d’information des étudiant(e)s à distance. En d’autres termes, même si les solutions évoquées ci-dessus offrent des avantages, aucune ne permet de respecter la loi n°4, c’est-à-dire d’envisager un examen sans surveillance. Pour avoir un examen sans surveillance, il faudrait que la transmission d’information ne serve à rien, donc qu’il y ait un examen différent pour chaque étudiant. Cela pose des problèmes évidents de temps, non seulement le temps de conception de multiples examens, mais aussi le temps de notation (car il n’y a pas d’économie d’échelle quand on doit noter des examens tous différents).
Notons que ce genre d’évaluation différenciée existe déjà : il s’agit des travaux individuels à rendre au cours du semestre. La solution serait alors d’oublier les examens finaux, pour rester focalisé sur du contrôle continu sous forme d’un contrôle individualisé des capacités. Si nous allons dans ce sens, il faudrait juste que les professeurs – et leurs institutions – acceptent le temps additionnel que cela représente dans le travail du professeur.
Enfin, si l’université ou l’école souhaitent absolument organiser des examens finaux, il faut noter qu’aucune solution d’examen à distance n’est véritablement fiable pour éviter la triche. La solution consiste alors à revenir aux examens en présentiel avec surveillance.
Publié dansProf, Réflexions|Commentaires fermés sur CovidCampus #8 : examens à distance et triche – 5 lois, quelques solutions et beaucoup d’interrogations
This blog post is part of a series of reflections on the Coronavirus / Covid-19 crisis and the immediate transition from my face-to-face courses to online classes.
At the time of writing of this blog post, there are still uncertainties about the start of the new academic year in European business schools and universities.
The least likely – but not impossible – scenario is a « business as usual » scenario: lecture halls full of students, face-to-face classes, and an open access to school facilities (offices, canteen, library, work rooms).
At the other extreme of logistical conditions is a scenario of a courses as they were delivered during the Covid-19 containement, i.e. 100% online classes, alongside with all the other dimensions of the academic profession (online tutoring of dissertations, meetings by videoconference, and a lot of e-mail exchanges – much much more than under normal operating conditions).
And then comes the 3rd way, or rather, all the intermediate ways, consisting of a weighted cocktail of online lecturing and face-to-face courses – with some students being connected online – as well as digitized pre-requisites, all of those operated in a synchronous or asynchronous manner.
At the time of writing, the dice have not been cast, and no doubt that many schools and universities are currently putting a lot of energy and fever, thinking about the organization of the next semester in September. Now, if we take the point of view of the consumer/customer, i.e. the student, what is education?
In other words, what’s in a diploma? What are the components of that piece of paper that Shakespeare (or Humphrey Bogart) might qualify as being of the stuff that dreams are made of?
So, what does a student or a manager look for in an education? In my opinion, 3 different things:
1. Knowledge: delivered by professors & researchers, but also available in textbooks, or co-constructed during group projects. In those processes, we learn, we understand, we develop reflexes (thought and action). It is thus one of the dimensions of the professor’s work to create a consistent pedagogical path, like a game of hopscotch that alternates activities, strong or weak moments and many different bricks, Lego like: examples, concepts, pitfalls, practical applications, discussions, anecdotes, references to current world news, presentations, feedback…
2. Brand & Positioning: Part of the value of the diploma is the business school’s or university’s brand. Some people swear by the rankings, even though rankings have the bad taste of not remaining stable over time, and a school’s good grade might be different, depending on the organization or the newspaper that operates the ranking; other people rely on the long-lasting reputation (La Sorbonne…). In this situation, business schools & universities have taken good care of this intangible asset over the years: there are the leader brands, the ones everyone knows; then there are the specialists, who have managed to create a niche: « the best entrepreneurship training West of Berlin », « the first salesforce school »…
3. Collective experience. An education is not just a set of textbooks stamped with a brand (with a price attached…). Students and managers come to live a collective experience, which takes place outside as well as inside the classrooms. This mix of networking, collective projects and mixing of European and extra-European cultures leads to « thicken the sauce ». Graduate cohorts follow one another without being the same: some sauces are more fluid, others are more spicy, and most of them have a unique taste. Nevertheless, it should be noted that many programmes today offer such an electivity of courses and modalities (alternation, gap year, stay abroad) that it is becoming increasingly difficult to talk about the « spirit » of a cohort of students who will graduate on the same day. In fact, within the global cohort, we can see the formation of several sub-groups where the participants know each other and recognize themselves in the same joint experience.
These three components (diploma = knowledge + brand + collective experience) are the pillars of an education in business, and even though the weighting is probably not uniform (1/3 knowledge, 1/3 brand, 1/3 lived experience), it is difficult to estimate the weight of each of the three components in the value of a given diploma.
But it’s all for the real world, i.e. the world of face-to-face classes and one-one-one tutoring in the professor’s office. What happens when you suddenly switch to 100% online training? Let’s look at the impact on these three components:
1. Impact on knowledge. Facilitating a 100% online class creates frustrations and drawbacks: group discussions are harder to start, participation is lower, and the professor has to invest in a lot of online software and new interaction techniques in order to regain the level of a face-to-face classroom experience. The value of the learning path will therefore be downgraded, compared to what could have been done in a face-to-face environment. Our assumption is that a 100% online course will only reach 80% of the quality of a face-to-face course (i.e. a loss of -20% compared to the face-to-face equivalent).
2. Impact on the brand. This component is little affected by the switch to 100% online courses. A brand consists in rankings, a network of successful alumni, and recognition from companies and other organizations. To take an analogy that may be debatable (I’m not a marketing expert), the value of the Wal Mart brand does not depend on the % of sales made in stores versus the % of sales made online. We can therefore assume that the Brand component will keep the same value when switching to 100% online classes.
3. Impact on the collective experience. Ouch, this is where it’s going to get worse. In the case of contained, or at least isolated students, the collective experience will shrink dramatically. You can’t rely on Whatsapp groups or discussion forums to instill the same spirit as when you are in a physical place. And what about extracurricular activities? Student associations, parties, sports challenges, students’ consulting activities are all opportunities to experience « The fiery crucible in which true heroes are forged », in the words of Master Sergeant Farell. We can thus assum that this collective experience value will be strongly degraded by a switch to online classes. Let’s take the hypothesis of a degradation of -70%, which means that when a course is suddenly switched to an online version, the collective experience from such a course will be 30% of its face-to-face equivalent.
In summary, we can write this down as a formula, first for a face-to-face education:
As a result, we get a comparison in terms of value:
V(face-to-face education) > V(online education)
The difference in value between the two modalities is due, as we have seen, for a small part to the lack of fluidity in the transfer of knowledge (loss of -20%), and to a larger extent, to the difficulty or impossibility to replicate a human experience with the same quality as in face-to-face education (loss of -70%).
Some last thoughts
This model – like all models – simplifies reality. But – as with all models – it is through this simplification that we can begin to establish a basis for understanding and reflection. Your comments or suggestions are therefore welcome.
The degradation mentioned here will only take place if there is an abrupt shift from face-to-face training to full-online training. There will be no degradation – at least we hope not – if online training had time to be designed from scratch by taking advantage of the great richness of online learning, including tools that allow you to do things online that you can’t do as well in a face-to-face setting. But in this case, it takes 6 months to a year (at least?) to design this new type of training.
Professors and lecturers have made an important distinction since the very beginning of containment: as noted in the previous blog posts, most of us did not actually do distant learning during the covid-19 crisis. Rather, we switched abruptly to online emergency teaching. This is not the same thing, particularly in terms of value delivered.
Ce thibillet fait partie d’une série de réflexions sur la crise du Corona virus et le passage immédiat de mes cours en présentiel à une version en ligne.
À la date où ce thibillet est écrit, il existe encore des incertitudes sur la rentrée dans les écoles de management en Europe.
Le scénario le moins probable – mais pas impossible – est un scénario « comme avant » : des amphis remplis d’étudiant(e)s, des professeurs en face à face, et une école en accès libre (bureaux, cantine, bibliothèque, salles de travail).
Le scénario à l’autre extrême des conditions logistiques est celui d’une reprise des cours comme durant le confinement, c’est-à-dire 100% en ligne, de même que toutes les dimensions du métier d’enseignant-chercheur (tutorat de mémoires en ligne, réunions de travail en visioconférence, et beaucoup d’échanges de mails – encore plus que dans les conditions normales d’exploitation).
Et puis vient la 3ème voie, ou plutôt, toutes les voies moyennes, consistant en un cocktail pondéré d’interventions en ligne, de cours en salle – avec certain(e)s étudiant(e)s à distance – et de pré-requis numérisés, le tout envisagé de manière synchrone ou asynchrone.
À la date où ce thibillet est écrit, les dés ne sont pas définitivement jetés, et je ne doute pas que la majorité des écoles et universités sont en train de réfléchir fiévreusement à l’organisation de la rentrée de septembre. Si l’on se place du point de vue du consommateur / du client, c’est-à-dire de l’étudiant, qu’est-ce qu’une formation ?
En d’autres termes, qu’y a-t-il dans un diplôme, quelles sont les composantes de ce bout de papier dont Shakespeare (ou Humphrey Bogart) pourrait dire qu’il est fait de la même étoffe que celle des rêves ?
Qu’est-ce qu’un(e) étudiant(e) ou un(e) manager vient chercher dans une formation ? À mon avis, 3 choses distinctes :
La connaissance : apportée par les professeurs & chercheurs, mais aussi disponible dans les manuels, ou encore, co-construite lors des projets de groupe. On apprend, on comprend, on développe des réflexes de pensée et d’action. C’est une des dimensions du travail du professeur que de créer un parcours pédagogique cohérent, comme un jeu de marelle qui alterne les activités, les temps forts ou faibles et les éléments du jeu de Lego : exemples, concepts, pièges, applications pratiques, discussions, anecdotes, références à l’actualité, exposés, feedback…
La marque & le positionnement : une partie de la valeur du diplôme tient à l’étiquette de l’école. Certains ne jurent que par les classements, mais ceux-ci ont le mauvais goût de ne pas rester stables, et la bonne note d’une formation change suivant l’organisme ou le journal qui opère le classement ; d’autres se fient à la réputation établie depuis des décennies (Ah, La Sorbonne…). Et les écoles & universités ont bien pris soin de cet actif immatériel au fil des années : il y a les leaders, ceux que tout le monde connaît ; puis il y a les spécialistes, qui se sont créé une niche de réputation : « la meilleure formation en entrepreneuriat à l’Ouest du Pecos », « la première école de vendeurs »…
L’expérience collective. Une formation n’est pas qu’un ensemble de chapitres de manuels estampillés d’une marque (et d’un prix…). Les étudiant(e)s et managers viennent pour vivre une expérience collective, qui a lieu autant en dehors qu’à l’intérieur des salles de cours. Ce mélange de réseautage, de projets collectifs et de brassage de cultures européennes et extra-européennes conduit à faire « prendre la mayonnaise ». Les promotions se suivent sans être identiques : certaines mayonnaises sont plus liées, d’autres sont plus pimentées, et la plupart ont une couleur unique. Notons néanmoins que beaucoup de programmes offrent aujourd’hui une telle électivité des parcours et des modalités (alternance, césure, séjour à l’étranger) qu’il devient de plus en plus difficile de parler d’esprit de promo dans une cohorte d’étudiants qui seront diplômés le même jour. On assistera en fait à la formation de plusieurs sous-groupes où les participants se connaissent et se retrouvent dans une même expérience commune.
Ces trois composantes (diplôme = connaissances + marque + expérience collective) sont les piliers d’une formation au management, et même si l’on se doute que la pondération n’est pas uniforme (1/3 de connaissances, 1/3 de marque, 1/3 d’expérience vécue), il est difficile de juger du poids de chacune des trois composantes dans la valeur d’un diplôme donné.
Mais tout cela, c’est pour le monde réel, celui des cours en face à face et des tutorats de mémoire dans le bureau du professeur.
Qu’en est-il quand on passe brutalement à une formation 100% en ligne ? Regardons l’impact sur ces trois composantes :
1. Impact sur la connaissance. L’animation 100% en ligne crée des frustrations et des manques: les discussions de groupe sont plus difficiles à lancer, la participation est plus faible, et l’animateur doit investir dans quantité d’applications et de techniques à distance pour espérer retrouver le niveau d’une animation en salle. On peut estimer que la valeur du parcours pédagogique est dégradée par rapport à ce que l’on pouvait faire en face à face. Posons comme hypothèse qu’un cours entièrement en ligne va atteindre seulement 80% de la qualité d’un cours en face-à-face (soit une perte de -20% par rapport à l’équivalent en présentiel).
2. Impact sur la marque. Cette composante est peu affectée par le passage à 100% en ligne. Une marque, ce sont des classements, un réseau d’ancien(ne)s qui ont réussi, et une reconnaissance des entreprises et autres organisations. Pour prendre une analogie qui est peut-être discutable (je ne suis pas expert en Marketing), la valeur de la marque Darty ne dépend pas du % des ventes réalisées dans les magasins par rapport au % de ventes réalisées en ligne. On peut donc supposer que la composante Marque gardera la même valeur en cas de basculement à des cours 100% en ligne.
3. Impact sur l’expérience collective. Aïe, c’est là où cela va se dégrader. Dans le cas d’étudiant(e)s confinés, ou en tout cas isolés, l’expérience collective va se réduire comme peau de chagrin. On ne peut pas tabler sur des groupes Whatsapp ou des forums de discussion pour instiller le même esprit que lors d’une scolarité dans un lieu physique. Et que dire des activités extra-scolaires ? Les associations estudiantines, les soirées, les défis sportifs, les missions de la Junior Entreprise sont autant d’occasions d’expérimenter « Le creuset ardent dans lequel les vrais héros sont forgés », pour reprendre les mots de l’adjudant-chef Farell. On peut donc supposer que cette valeur d’expérience collective sera fortement dégradée lors d’un passage en ligne. Prenons l’hypothèse d’une dégradation de -70%, c’est-à-dire qu’une formation basculée brutalement en ligne n’apportera, en terme d’expérience collective, que 30% de son équivalent en présentiel.
En résumé, si on écrit cela sous forme de formule, on obtient :
La différence de valeur entre les deux modalités tient, on l’a vu, pour une petite part au transfert moins fluide des connaissances (perte de -20%), et pour une grande part, à la difficulté, voire l’impossibilité, de répliquer une expérience humaine de même qualité (perte de -70%).
Quelques pensées finales
Ce modèle – comme tous les modèles – simplifie la réalité. Mais – comme pour tous les modèles – c’est par cette simplification que nous pouvons commencer à établir des bases de compréhension et de réflexion. Vos commentaires ou suggestions sont donc bienvenu(e)s.
La dégradation mentionnée ici n’aura lieu que si l’on passe brutalement d’une formation en face-à-face à une formation tout-ou-partie en ligne. Il n’y aura pas de dégradation – du moins on l’espère – si la formation en ligne avait le temps d’être conçue à partir de zéro en tirant parti des grandes richesses de l’enseignement en ligne, notamment des outils qui permettent de faire en ligne des choses qu’on ne peut pas faire aussi bien en présentiel. Mais dans ce cas de figure, il faut compter 6 mois à un an (au minimum ?) pour concevoir ce nouveau type de formation.
C’est la distinction importante qui a été faite dès le début du confinement : comme indiqué dans les thibillets précédentes, la plupart d’entre nous n’a pas fait de la formation à distance, mais est passée brutalement à de l’enseignement d’urgence en ligne. Ce n’est pas la même chose, notamment en terme de valeur livrée.
Publié dansProf, Réflexions|Commentaires fermés sur CovidCampus #7 : les trois composantes de la valeur d’un diplôme, et l’impact du basculement à un enseignement en ligne
Sur ce blog, j’avais commencé il y 13 ans (!) une rubrique Productivité dans laquelle je mentionnais – notamment – les petits utilitaires informatiques que j’ai découverts au fil de mes besoins : une horloge en transparence, un utilitaire qui permet de dessiner / annoter en superposition de ce qui se passe à l’écran. Ces utilitaires obéissaient à un cahier des charges (détail ici) qu’on peut résumer en deux idées : simplicité, légèreté. Je n’ai pas continué cette rubrique, alors même que j’ai une petite dizaine de programmes qui me rendent de grands services au quotidien, et qui m’ont fait gagner énormément de temps depuis 10-15 ans que je les utilise.
Venons-en au sujet du jour : un utilitaire de ToDo list. Et j’ai trouvé une solution élégante et légère, que je vais vous détailler ci-dessous (les explications sont pour Windows, mais a priori transposables à Mac ou Linux).
Quelques précisions avant de démarrer
Comme indiqué dans cette série de thibillets sur – notamment – les ToDo listes, je préfère depuis des années un support papier (le Bullet Journal, ou BuJo) pour faire mes listes et noter mes idées. Mais paradoxalement, alors que je transportais sans peine le BuJo entre chez moi, mon travail et mes rendez-vous extérieurs, le temps du confinement m’a fait délaisser cet outil (pour un temps). C’est peut-être parce que toutes les réunions se faisaient en ligne, et que c’était plus pratique pour moi de prendre directement des notes sur l’ordinateur.
Aussi, insensiblement, je me suis mis à faire des ToDo listes informatiques. C’était au format texte avec Notepad, donc parmi les niveaux les plus élevés de frugalité informatique : un éditeur de texte simpliste, un fichier txt dans un coin de l’écran, et c’est tout. Pour info, le programme Notepad.exe pèse 1,1 kilo-octet, un millième de Méga-octet ! 😀
Je sais qu’il existe quantité de programmes et d’applications de ToDo listes, et j’en ai testé plusieurs à l’époque (des outils en ligne, des applis multi-plate-formes) :
La plupart de ces applis permettent une synchronisation entre différents appareils. Or, la synchronisation est vraiment un plus : cela permet d’avoir sa ToDo liste toujours à jour, avec la même version la plus récente sur ordinateur et sur téléphone/tablette. Mais on peut faire ça aussi simplement avec un fichier texte : il suffit qu’il soit dans un répertoire synchronisé avec Dropbox, Google Drive ou pCloud (ce dernier étant mon outil depuis des années, car je ne veux pas que mes données privées soient siphonnées et revendues). L’avantage d’un fichier texte est qu’il est lisible par n’importe quel système ou appareil…
Après avoir testé plusieurs applications à l’époque, je m’étais rendu compte que le mieux est l’ennemi du bien : ces applis proposent des dates limites, des classements par projets, des étiquettes et quantité d’autres fonctionnalités… alors que je ne voulais qu’un utilitaire de liste – ce qu’un fichier texte fait très bien. L’appli la plus frugale que j’avais trouvée (et achetée) s’appelait TaskPaper (sur Mac) et elle avait une jumelle sur Windows (TodoPaper, qui a disparu depuis). La beauté de cette application était que les fichiers de listes étaient au format texte, donc lisibles indépendamment de l’appli (ex: sur mon smartphone).
Résumé et cahier des charges
Confinement = je commence à faire mes listes de tâches directement sur l’ordinateur.
Il me faut une appli légère, qui sauvegarde les listes au format texte, de telle sorte que je puisse consulter ma liste depuis n’importe lequel de mes appareils, en déplacement ou sans connexion Internet.
Cette appli doit pouvoir ré-ordonner mes todo listes en fonction de l’ordre de priorité, et « archiver » les tâches réalisées.
Solution
En fait, après quelques tâtonnements, je suis arrivé à la solution la plus simpliste et la plus élégante : un petit programme dans le Terminal de windows (cmd.exe) avec une icône de raccourci sur le Bureau. NB : les possesseurs de Mac peuvent faire la même chose avec le Terminal du Mac ; quant aux utilisateurs de Linux, ils sont probablement rompus aux tâches élémentaires de la console que je vais détailler ci-dessous.
Voici la démarche, pas à pas. Il y a deux éléments à bâtir : le fichier texte qui servira de Todo List ; le programme qui va ré-ordonner les tâches par ordre de priorité.
Étapes pour le fichier texte « Todo List »
Avoir ma liste de tâches à faire dans un fichier texte, lui-même hébergé dans un dossier synchronisé (ex: C:\Users\Christophe\Nextcloud\Notes\Todo.txt). Ainsi, à chaque fois que je modifie ce fichier, il est automatiquement synchronisé avec un service dans le cloud – et mis à jour sur mon téléphone, mon ordinateur au bureau, etc.
Dans ce fichier, utiliser l’éditeur de texte (notepad.exe) pour saisir à la volée toutes les tâches, sans ordre de priorité. Par exemple :
Rédiger mail à Raoul Volfoni Faire la tournée des compteurs pour encaissement S'inviter à la réunion sur la péniche Rédiger l'éloge funèbre du Mexicain
Les coder alors en suivant une syntaxe simpliste dans le fichier texte :
tâche prioritaire = démarre par « 1 » en début de ligne ;
tâche moins prioritaire = démarre par « 2 » en début de ligne,
etc. avec les numéros suivants
Enfin, tâche terminée = remplacer le chiffre en début de ligne par « X «
dans mon exemple, cela pourrait donner :
3 Rédiger mail à Raoul Volfoni
1 Faire la tournée des compteurs pour encaissement
2 S'inviter à la réunion sur la péniche
1 Rédiger l'éloge funèbre du Mexicain
(il y a donc deux tâches prioritaires, notées au niveau 1)
Quel est l’intérêt de ce numérotage ? C’est qu’il suit le classement alphanumérique du Terminal. Il suffit alors de lancer la commande « sort » : c’est une commande qui prend un fichier texte et qui ré-ordonne ses lignes par ordre alphanumérique : tous les 1 seront en haut, suivis par tous les 2, … et les « X » seront tout en bas. Après lancement de cette commande, le fichier aura cette tête :
1 Faire la tournée des compteurs pour encaissement 1 Rédiger l'éloge funèbre du Mexicain 2 S'inviter à la réunion sur la péniche 3 Rédiger mail à Raoul Volfoni
Évidemment, le but est d’automatiser ce reclassement avec une commande.
Le « programme » de reclassement par ordre de priorité des tâches
Après la syntaxe (simpliste) du fichier texte, voyons maintenant le codage (à peine plus complexe) des commandes dans le Terminal. Je commente chaque commande avec une ligne de $$ commentaires $$. Pour la simplicité de l’exemple, supposons que le fichier de ToDo liste soit à l’emplacement C:\Bureau\Todo.txt
Liste des commandes à enchaîner dans le Terminal :
C:\Windows\System32\cmd.exe /c $$ lance le terminal en mode « sans commentaires » (donc non visible à l’écran) sort C:\Bureau\Todo.txt > C:\Bureau\Todo9.txt $$ trie les lignes du fichier Todo.txt par ordre alphanumérique et copie le résultat dans le fichier Todo9.txt (qui sera un fichier temporaire) copy C:\Bureau\Todo9.txt C:\Bureau\Todo.txt $$ copie le fichier Todo9.txt pour devenir le nouveau fichier Todo.txt del C:\Bureau\Todo9.txt $$ détruit le fichier Todo9.txt
En fait, j’ai commenté individuellement ces 4 commandes pour la clarté, mais elles s’enchaînent avec la commande « & » pour ne faire qu’une seule commande globale, du genre cmd sort & copy… & del…
Il ne reste plus qu’à créer un raccourci sur le bureau : dans la zone « Cible », copier la commande ci-dessus (cmd sort & copy… & del…), et dans la zone « démarrer dans », indiquer « C:\WINDOWS\system32 »
Peaufinage
Dans mon fichier texte, j’ai ajouté deux lignes pour une meilleure lisibilité. Une ligne 0 z————-z (qui démarre par 0, zéro) pour le haut du fichier Une ligne o—————o (qui démarre par O, la lettre) pour le bas
La ligne du haut me permet de mettre au-dessus une tâche répétitive de tous les jours, ou bien un truc vraiment important à faire en tout premier. Cette ligne commence par « 0 « , donc elle est au-dessus de tout le reste, et elle séparera LA tâche niveau 0 de toutes les autres tâches. La ligne du bas permet de faire une séparation entre les tâches restant à accomplir (niveau 3, 4 etc.) et les tâches accomplies (marquées X).
Pour illustrer comment ça fonctionne, voilà un exemple de mon fichier après que j’aie terminé mon thibillet sur la Todo (notez la tâche 1 qui est devenue X :
0 Faire du gainage 0 z-------------z 1 Billet de blog 3 axes X Billet de blog ToDo 1 Déclaration CESU 3 Texte à rédiger pour YY 4 Faire chapitre 6 o---------------o X Admin Callisto X Article ALS
Hop, lancement du programme triage en double-cliquant sur le raccourci, et le fichier devient
0 Faire du gainage 0 z-------------z 1 Billet de blog 3 axes 1 Déclaration CESU 3 Texte à rédiger pour YY 4 Faire chapitre 6 o---------------o X Admin Callisto X Article ALS X Billet de blog ToDo
Ultime peaufinage pour gagner (encore !) du temps
Affecter un raccourci clavier pour ouvrir le fichier Todo.txt. Affecter un autre raccourci clavier pour lancer le triage.
Ma séquence de touches – que j’utilise plusieurs fois par jour – devient alors : Ctrl-Alt-* (ouvre le fichier Todo dans Notepad) => je rajoute des tâches, j’affecte des niveaux de priorités, je coche X pour les tâches terminées Ctrl-W (ferme le fichier Todo, avec sauvegarde) Ctrl-Alt-! (triage)
This blog post is part of a series of reflections on the Coronavirus / Covid-19 crisis and the immediate transition from my face-to-face courses to online classes.
Don’t do what I do, do what I say
Beware: long blog post. This article started from the following idea: in previous posts, I made up a list of rules and tips as I went along. In the religious register, we could talk about 10 commandments of online teaching. But in Matthew 22:35-40, a doctor of the law asks Jesus which is the greatest commandment. So could we make it boil down to one, generic observation that would encompass all commandments? This is what I tried to do in this reflection, and I came up with the following idea: an online course will exacerbate and amplify the characteristics of a face-to-face course. It will go higher, farther, stronger, to quote Gaston de Coubertin, or – to be more realistic – online means more limited, less interactive, more exhausting.
Starting mid-March 2020, ESCP business school decided to close its Paris campus, both for students and professors. In the space of a weekend, all face-to-face classes were to switch immediately to a 100% online format. Faced with this unprecedented situation, each professor was confronted with an alternative: either try to transpose in an online format the exact equivalent of what was happening in the classroom; or assume that everything had to be reinvented, since an online course is delivered through a totally different medium, with different constraints. We can take two analogies to illustrate this alternative.
300 grams of proteins
The author of these lines is old enough to have lived through military service in France, and during the days spent in the field of operations, each soldier received a survival ration. Thus, in the wild, the soldier would take out from his package a cardboard box containing the equivalent of an airplane meal tray. It would be a mistake to compare the quality of this survival ration to a « normal » meal, e.g. one that could be eaten at a restaurant or at home. Indeed, in military life, one was either on the field of operations with survival rations, or hosted at the barracks with meals in the canteen. A good point of comparison is thus to assess to what extent the survival ration is equivalent to a meal in the privates’ canteen (and not the officers’ mess!). The survival ration was indeed a replicate of a military canteen meal, under the constraints of the field in the wild: no possibility of heating, with limitations to weight and size… As a result, the quality had been degraded in this process, but the result still remained in the category of a military meal. This is the same for pivoting abruptly to online teaching. We are in a situation where we tried to replicate an experience while taking into account the new constraints of the environment, therefore degrading the product.
« Dear impatient debtor… »
In contrast, let’s take a second illustration. The author of these lines is old enough to have known a world before e-mail. A long time ago, people from the Mailing Room would show up every morning at our desk to deliver letters in paper format. We would read it, write the reply or have it typed by our secretary, and the reply would be put in an envelope a few days later and sent by post. When e-mail arrived in France, the majority of users mistakenly thought that it was just a change of format: from a paper letter, we switched to an electronic mail. In fact, this led to a lot of deviant behaviour, because the reality was way more complex. Indeed, we were confronted with a completely new mode of communication that should have invented its own rules instead of copying the rules of paper mail by analogy. If this step had been done, perhaps e-mail would be much more effective in the functioning of organizations as of today. These 2 illustrations can be applied to the switch to online courses. First, there was urgency. The idea of survival ration sets the tone: how to get by in the jungle, all on your own, i.e. deprived of all the usual logistics of barracks and headquarters? Should we opt for a strategy to try and copycat the face-to-face experience – with an imperfect result for sure – or try to reinvent the whole course in this new format – a time-consuming strategy, to say the least. After 2 months of practicing online courses, we can establish a comparison with face-to-face courses, and the differences between both modalities can be summed up in a single generic idea: an online course exacerbates and amplifies the characteristics of a face-to-face course. Let’s unroll those comparisons in the remainder of this article.
Before the class – preparation
The ratio of invisible hours to visible hours
While students are sleeping…
In a typical face-to-face course, we know there is preparation: the professor adapts the structure of the session, prepares documentation and exercises, and reviews the major concepts that he or she wishes to convey both in substance and in form. But in addition to these hours of “classical” preparation, online teaching requires additional hours. Indeed, if one decides to do his or her lecture exactly as he or she used to do in the classroom, the outcome is bound to have a degraded quality: some actions are impossible to perform, such as moving closer to some students; other actions are possible, but with much less fluidity, such as grabbing a marker and writing key words or a diagram on the board. In order to obtain the same results, it is then necessary to plan alternative ways, i.e. search for numerical tools, train and practice with those tools, and design teaching sequences that are specific to the online course. This additional time corresponds to invisible hours: in fact, the only hours visible to the students are the class hours (face-to-face or online), while the hours of preparation are invisible to them. But in the case of an online course, this ratio will be exacerbated. Indeed, for a face-to-face course, let’s assume that it takes one hour of preparation to provide 3 hours of class time; the same course, if done online, will instead require between 3 and 10 hours of preparation for those same 3 hours of class time. The ratio of invisible hours to visible hours is therefore multiplied by 3 to 10 when going online. Those numbers might vary, but the online class will always require much more invisible hours to invest in.
The question of quality
All this extra preparation does not even guarantee that the course will have the same level of quality. The metrics we propose here are much more intuitive than measured, but they give an order of magnitude: if a professor decided to do her online course exactly the way she used to do her face-to-face course, she would probably have a course quality degraded by 40% when compared to the face-to-face experience. In other words, the quality of the online course would be at 60% of the quality of the face-to-face course. For sure, hours of preparation dedicated specifically to the online course will help reduce this gap in quality, but in our experience, they will not cancel it completely. In fact, according to our estimate, the 3 to 10 hours of digital preparation that we mentioned will bring the quality of the online course from 60% to 80-90% of the quality of the face-to-face course. To reach an equivalent level of quality (100%), we would have to invest a lot of extra time on top, or decide that we don’t want to make a clone of the face-to-face class: the online course then becomes another product, another promise, another experience…
During the class
Interacting with black screens
Hello, anybody out there?
One point should be made clear from the outset: in all the online courses we delivered, the students not only muted their microphones (at our request, to avoid background noise), but they also turned off their cameras. In spite of several strategies (e.g. asking to start the class with a round of greetings where each student in turn switches on their camera and microphone to say hello), the students kept their cameras off during whole classes[1]. Even though the professor reminded them that they had 3 ways to react and participate (click on « raise your hand », type in the chat, activate the microphone), the interaction was much weaker than in the classroom. Indeed, in a classroom, a student who does not wish to participate knows some tricks very well: he will keep his eyes down when a question is asked or she will wait for the teacher to focus on some students who point out themselves by their micro movements (nodding, chatting, direct look…). In the case of an online course, each student feels protected by his black screen: he is doubly at a distance – physical distance for sure, but also distant from the senses, since he is literally invisible to the teacher’s eyes…
Transmitting and receiving signals: an energy issue
Those black screens point to our first observation: pivoting to an online course encourages more pure lecturing. As an example, if in face-to-face class, a professor’s performance is a mix of 60% lectures (the professor talks and answers questions) and 40% animations / exercises / discussions, then it is likely that switching to an online course will increase the lecturing part (in our example, from 60% to 80% maybe more), simply because the animation part will be much harder to maintain – because of technical issues for a part, but also because of lower student participation.
Let’s take a break
Another related problem is interaction fatigue. Anyone who has ever taught knows that this activity takes a toll on energy on 3 levels at least: physical energy; mental energy; nervous / emotional energy. This can be partly compensated by energizers: a good atmosphere in a group of students, a successful interaction, stimulating exchanges, all this helps to recharge the professor’s energy battery. If we do now the comparison, we will realize that in an online course, energy drainers will be exacerbated while energizers will be more limited than in face-to-face interaction. Indeed, in a classroom, the professor relies on a multitude of senses: she uses the visual, auditory and kinesthetic channels simultaneously, and she feeds off all these signals to direct the rhythm and allocate her energy. All our colleagues know this: we professors have a form of 6th sense that allows us to detect a drop in attention, increasing boredom, or even realize that we are losing control over what is happening in the classroom… By contrast, when we are in an online course, faced with black screens, we lose a very large part, if not all, of this ability. In addition, even if the students switched their cameras on, this problem would probably not be solved: our mirror neurons feed on all the micro-expressions on the students’ faces, and even though this is done unconsciously, it participates globally in our reception of messages and signals. During a communication by camera, we lose a very large part of these micro signals. Our brain will then try to compensate frantically for this lack of information that it is used to in real life. During this confinement, how many times have we heard colleagues say that a day of videoconferencing meetings tires them much more than a day of face-to-face meetings? Well, the exact same thing happens for an online course…
What about fluidity?
All this done while drinking my coffee
When we are in a classroom, we are used to doing things in an extremely fluid way: starting to answer a student’s question while walking to the whiteboard, grabbing a felt tip pen, starting to draw while talking, grabbing the eraser then rewriting, while at the time, from the corner of our eyes, we check that the student and his classmates are following our reasoning. In comparison, the same sequence in an online course will require juggling different tools, clicking on icons or activating keyboard shortcuts (that we had to memorize), and the fluidity will never be the same as in a classroom. Another disrupter of fluidity is alerts and notifications: in a classroom, when a student raises his hand, he usually does it silently and we automatically record this visual signal without stopping our presentation. Now, let’s imagine that during one of his lectures in the classroom, a professor had to check his e-mails – and answer them on the fly! Each time a new email arrives, an alert sounds, forcing the professor to read the email and then decide whether or not to answer it, while continuing to lecture. It is very likely that this professor would lose a lot of his concentration and thus, his fluidity. This is exactly what happens with online courses: we are explaining a concept by sharing the screen, and we hear a « ding » which means that either a student has raised her hand or someone has posted a message on the chat. In our brain, the « lecturing » zone must go on while the « reading » zone reads the message and the « decision » zone selects the answer to adopt: ignore, process later, answer now… No wonder that the brain can be overwhelmed.
Technology, savior or burden?
In a conventional classroom, technical problems have recurring characteristics. Firstly, these problems are limited to the equipment used: the computer, the video projector and possibly the microphone. Then, when a problem arises, we can rely on dedicated support services. Finally, we always have a plan B, or even a plan C: if our USB key doesn’t work, we can retrieve slides from the cloud; if we really can’t access our slides, we can tell students to follow the class on their paper handouts; in the worst case, we can even improvise a class using only the whiteboard and felt tip pen. In comparison, in an online course, technical problems will be exacerbated alongside those 3 axes. Firstly, an online course generally uses many more tools than just a computer: the video capture platform with document sharing, a drawing software, an online survey application, not to mention shared documents for collaborative work… There is probably a computer law somewhere that postulates that the more tools you use, the greater the likelihood that a technical problem will arise: this is a simple common sense observation. When it comes to troubleshooting, the online professor will then be on his own. This means that the professor now has a double hat: in addition to his historical professor / researcher / animator hat, he now has to put on the outfit of Mario the digital plumber, with a necessity to be really swift, because everything happens live. This implies additional stress, since we are outside our area of expertise, but in the eyes of the participants, we are in charge of restoring good teaching conditions whenever a problem arises. This digital stress will be all the more amplified since there are very rarely plans B in case of technical problems: either the online tools work seamlessly, or we have to abandon a whole section of what was planned when some tools get dysfunctional. As a consequence, we lose a great deal of granularity in our response to technical problems online, and it becomes binary: fix it or lose it.
A modified relationship to time
Be still, my beating heart
In an online course, everything happens more slowly. When the professor asks a question, there is a lag before the question reaches the students (it can take several seconds), then the students have to think it and decide whether they want to answer; if so, then they have to type their answer in the chat or click on “raise your hand”; and once again, there is a time lag before these signals are transmitted to reach the professor’s computer. All in all, between the moment the teacher asks the question and the moment he gets a reaction from the audience, silence looms for a time that is doubled or tripled as compared to the same situation in face-to-face classes. Considering that, in real life, some colleagues already are uncomfortable at waiting for 10-15 seconds before students react, then what about the experience of an online course, when after one of our questions, we have to stare during 20-30 seconds at a black (and silent) screen, waiting for a signal from the Outback.
This warped time also triggers a new relationship to silence, exacerbated by the fact that we are like those blind fishes in the dark depths of the oceans, i.e. very limited in our perception. Let us illustrate that with a typical event: coming back after a break. In the real world, the professor announces a break, and gives a time to be back. When the time is over, she can actually see how many students are back to the classroom. In contrast, in an online course, we usually specify that students should not disconnect their computers, so at the end of the break, we find ourselves staring at those black, silent screens, not knowing whether the students are actually back. One solution is to make a chat call (“please type ‘back’ when you have returned to your computer”). At times, it really feels like we are in a Turing test: the remote correspondent answers us, but we’re not sure whether it is a human being or a chat-bot (i.e. an artificial intelligence programmed to respond to chat messages)!
Scripting, in order to control time and uncertainty
Real-life multi-task improvisation
In the case of an online course, we need to do much more detailed scripting. Indeed, in a face-to-face class, we can rely on our competence as experts in our field, allowing for digressions and improvisations. In other words, we are like jazzmen, relying for a part on their sheet music, but also mastering our instrument so well that we can improvise an exercise on the fly, or set up a situation or an explanation that are contingent to whatever is happening in the room at that moment. Comparatively, and for all the reasons mentioned above, the online course will make us run many more risks when we try to improvise. Teaching online then becomes a strategy for managing – and in this case, minimizing – the risks of a failed experiment.
Here are some metrics that we have observed. In a face-to-face course, a 3-hour session is generally broken down into 3 to 5 parts, with elastic timing: nothing is really written down, it really depends on the interactions with the students, and the key priority is to finish on time, having dealt with all the parts that we had planned. In comparison, a 3-hour online course session is usually scripted with at least fifteen different sequences: instructions on the online tools that will be used, round table to greet each other, a first survey to test the level of knowledge of a concept, then lecture on a concept with 3-4 shared slides, then work in small groups for 10 minutes followed by a collective debriefing, etc. In fact, the same happens in the real world: if an observer were present during a face-to-face class, she would probably identify between 15 and 30 distinct sequences in the 3 hours of the class. But the major difference lies in the scripting: in real life, sequences just happen, some of them being improvised on the fly, whereas in an online course, sequences have to be neatly planned and prepared, with the associated tools (survey application, shared documents, links to videos…), and this requires a much more detailed written script.
We can conclude on a positive note: of course, online courses will exacerbate the characteristics of the classroom courses, but this exacerbation does not always go in a negative direction. Co-teaching, for example, leads to a positive amplification in an online course. Co-teaching in a face-to-face course represents a very pleasant moment of sharing between colleagues, but when it comes to online teaching, doing the course together with a colleague will definitely change a lot of things for the better: we can literally unload some of our burden on our colleague for certain parts of the course; it allows us to work in parallel on side issues (answering the chat, preparing a survey), and students benefit from a live broadcast of the discussion between 2 experts, a bit like when attending a TV show. Not only is it an enriched experience, but it is also an opportunity to consume much less energy than being alone in front of the screen.
After class
After hours
Once a class is over, there are usually many things to do. As for face-to-face courses, this means answering questions by e-mail, posting additional documents or even writing clarifications and guidelines. In the case of online courses, there are at least 2 additional elements that will add service time. First, it will be necessary to retrieve and format the fruit of the students’ work online: whether it is the results of surveys, contributions made in collaborative documents or the structuring of ideas made by the teacher in the form of a mind maps, all the elements that have been produced live during the class must be retrieved, formatted, and delivered electronically to the students. Comparatively speaking, in a face-to-face class, each student is responsible for the notes he decides to take (or not to take), and the professor is not a notes provider. In other words, for a face-to-face class, the professor only needs to write a PowerPoint presentation before the course; in an online course, the professor will need to write two PowerPoint presentations: one before the course, and one after the course. The second service element specific to the online course has to do with time, in the form of asynchronicity. Indeed, while many students will attend the online course live (synchronous), other students can choose to view the recorded video of the course. Some may do this the day after the live session, others may take a week or more before logging in and watching the course. This means that service requests (questions, clarifications…) will take a longer period of time, depending on when the student actually watched the course video.
You are my best Self
Conclusion
We started this article on a tensional question: should we strive to make an online course as a carbon copy of its face-to-face equivalent, or should we instead shift the frame of reference, considering that the online course is a separate product with different codes and expectations? In short, identical twins or siblings? Our angle of analysis has been to show that, from experience, online courses tend to increase / exaggerate / amplify the problems of face-to-face courses. In our opinion, those are really two different mediums that no longer need to be compared point by point, but rather appreciated in their differences. The face-to-face class is similar to a theater play (for lecturing) or a board game (for animation / discussion / experience). The online course finds its analogies rather in a radio show (for lecturing) or in a music festival like Woodstock: the precise planning is decided in advance, the timing is rigorous… and even if we don’t know exactly which technical problems will arise or which pieces the different musicians will play, the performance will be recorded and preserved. After theatre (the 3rd art), rhetoric (the 5th art) or cinema (7th art), will the online courses also become an art in their own right?
[1] Interestingly enough, when the students were sent in small groups to « private rooms », they would switch their cameras on for each other – and they would switch them off again when regrouped in the whole class.
Ce thibillet fait partie d’une série de réflexions sur la crise du Corona virus et le passage immédiat de mes cours en présentiel à une version en ligne.
Don’ do what I do, do what I say
Attention, thibillet assez long. L’idée d’où est parti ce thibillet était la suivante : lors de thibillets précédents, j’ai établi une liste de règles et conseils empilés au fur et à mesure. Si l’on était dans le registre religieux, je pourrais parler des 10 commandements à respecter. Mais dans Matthieu 22 35-40, un docteur de la loi demande à Jésus quel est le plus grand commandement. La question consiste donc à passer de 10 commandements à un seul, générique, qui les engloberait tous. C’est ce que j’ai essayé de faire dans cette réflexion, et j’ai abouti à l’idée suivante : se rendre compte qu’un cours en ligne exacerbe et amplifie les caractéristiques d’un cours en salle. Cela ira plus haut, plus loin, plus fort, si l’on est dans le registre positif de Gaston de Coubertin, ou – si l’on est plus réaliste – plus limité, moins interactif, plus épuisant.
À la mi-mars, l’ESCP décide de fermer son campus de Paris, tant pour les étudiants que pour les professeurs. En l’espace d’un week-end, il est donc décidé de basculer immédiatement tous les cours en présentiel en un format 100 % en ligne. Face à cette situation sans précédent, chaque professeur était confronté à une alternative : soit essayer de transposer en ligne l’équivalent exact de ce qui se passait dans la salle de cours ; soit partir du principe qu’un cours en ligne se faisait selon un autre médium, avec d’autres contraintes, et qu’il fallait donc réinventer les pratiques.
200g de protéines
Illustrons ces extrêmes par deux analogies. L’auteur de ces lignes est suffisamment vieux pour avoir vécu le service militaire en France, et lors des journées passées sur le terrain, chaque soldat recevait une ration de survie. Ainsi, lors du bivouac, on sortait de son paquetage une boîte en carton qui contenait l’équivalent d’un plateau repas d’avion. L’erreur consisterait à juger cette ration de survie par rapport à un repas « normal », par exemple celui que l’on peut prendre au restaurant ou chez soi. En effet, dans la vie militaire, soit on était en opération sur le terrain avec des rations de survie, soit on était cantonné à la caserne avec des repas à la cantine. Le bon point de comparaison serait donc d’évaluer dans quelle mesure la ration de survie est équivalente à un repas à la cantine des troufions. En l’espèce, l’état-major avait essayé de répliquer à l’identique un repas de cantine militaire, sous contrainte des réalités du terrain : pas de possibilité de faire chauffer le repas, poids et encombrement à limiter… Certes, la qualité avait été dégradée, mais on restait toujours dans la catégorie d’un repas militaire. On est donc dans une situation où l’on a essayé de répliquer une expérience à l’identique tout en tenant compte des réalités du terrain.
« J’ai bien reçu votre courrier du 23 courant »
Par opposition, prenons une 2ème illustration. L’auteur de ces lignes est assez vieux pour avoir connu un monde avant l’e-mail. Autrefois, un service du courrier passait dans les entreprises chaque matin pour distribuer des lettres au format papier. On en prenait connaissance, on rédigeait soi-même la réponse ou on la faisait taper par sa secrétaire, puis la réponse était mise sous enveloppe quelques jours après, et elle était envoyée par le courrier postal. Quand l’e-mail est arrivé en France, la majorité des utilisateurs a commis l’erreur de penser que c’était juste un changement de format : d’un courrier papier, on passait à un courrier électronique. En fait, cela a conduit à beaucoup de comportements déviants, car la réalité était plus complexe. En réalité, il s’agissait d’un tout nouveau mode de communication qui aurait dû inventer ses propres règles au lieu de copier celle du courrier papier par analogie. Si cela avait été fait, peut-être que l’e-mail aurait été plus efficace dans le fonctionnement des organisations. Ces 2 illustrations peuvent être appliquées au basculement à des cours en ligne. D’abord, il y avait urgence. L’idée de ration de survie donne le ton : comment se débrouiller dans la jungle, privé de toute la logistique habituelle du quartier général ? Par ailleurs, faut-il opter pour une stratégie de copie à l’identique – forcément imparfaite – ou une stratégie de réinvention – forcément consommatrice de temps. Après 2 mois de pratique de cours en ligne, la comparaison avec les cours en face à face s’impose, et on peut résumer les différences à une seule idée générique : un cours en ligne va exacerber et amplifier les caractéristiques d’un cours en face à face. Comparons donc ces deux systèmes pour nous en assurer.
Avant le cours – la préparation
Le ratio heures invisibles / heures visibles
Pendant que vous dormez…
Dans les cours en salle, il y a bien évidemment de la préparation : le professeur adapte la structure de la séance, il prépare de la documentation et des exercices, il révise les concepts majeurs qu’il souhaite faire passer tant dans le fond que dans la forme. À ces heures de préparation classique, il faut rajouter des heures supplémentaires dans le cas d’un cours en ligne. En effet, si un professeur décide de faire son cours exactement comme il le faisait en salle de cours, il obtiendra forcément une qualité dégradée : certaines actions sont désormais impossibles, par exemple le fait de se rapprocher ou de s’éloigner des étudiants ; d’autres actions sont possibles, mais avec beaucoup moins de fluidité, par exemple saisir un marqueur et noter au tableau les mots clés ou un schéma sur ce qu’on est en train de présenter. Il faut donc prévoir des manières alternatives d’obtenir les mêmes résultats, rechercher les outils numériques correspondants, se former et je s’entraîner, et enfin concevoir des séquences pédagogiques spécifiques à un cours en ligne. Ce temps additionnel correspond à des heures invisibles : en effet, les seules heures visibles par l’étudiant sont les heures de cours, tandis que les heures de préparation sont invisibles à ses yeux. Mais dans le cas d’un cours en ligne, le ratio est exacerbé. Prenons le cas d’un cours que l’auteur connaît bien, car il l’enseigne depuis des années. Pour un cours en face à face, supposons qu’il faut une heure de préparation pour assurer 3 heures de cours ; le même cours, s’il est fait en ligne, nécessitera plutôt de l’ordre de 3 à 10 heures de préparation pour ces mêmes 3 heures de cours. Le ratio heures invisibles/heures visibles est donc multiplié par 3 à 10 lors du passage en ligne.
Une problématique de qualité
Toute cette préparation supplémentaire ne garantit même pas que le cours aura le même niveau de qualité. Les métriques que nous proposons ici sont beaucoup plus intuitives que mesurées, mais elles donnent un ordre de grandeur : si un professeur décide de faire son cours en ligne exactement comme il faisait son cours en salle, il atteindra probablement une qualité de cours dégradée de 40 % par rapport à l’expérience en salle – en d’autres termes, le cours en ligne sera à 60 % du niveau de qualité du cours en salle. Bien sûr, chaque heure de préparation dédiée spécifiquement au cours en ligne permettra de réduire cette dégradation de qualité, mais sans toutefois l’annuler. En effet, selon notre estimation, les 3 à 10 heures de préparation numérique nécessaire permettent de passer d’une qualité de 60 % à une qualité de 80 – 90 % par rapport au cours en présentiel. Pour atteindre un niveau équivalent de qualité (100 %), il faudrait soit investir beaucoup d’heures supplémentaires, soit décréter que l’on ne cherche pas à faire une copie à l’identique : le cours en ligne devient alors un autre produit, une autre promesse, une autre expérience…
Pendant le cours
Enseigner face à des écrans noirs
Dans le cyberespace, personne ne vous entend crier…
Un point mérite d’être précisé d’entrée de jeu : dans tous les cours que nous avons animés en ligne, les étudiants avaient non seulement éteint leur micro (à notre demande, pour éviter les bruits de fond parasites), mais ils avaient aussi désactivé leur caméra. Malgré plusieurs stratégies mises en place (par exemple, demander à démarrer le cours par un tour de salut où chacun à son tour branche sa caméra et son micro pour dire bonjour à tout le monde), les étudiants sont restés pendant tous les cours avec leur caméra débranchée. Le professeur a eu beau rappeler aux étudiants qu’ils avaient à leur disposition 3 manières de réagir et de participer (cliquer sur « demander la parole », taper dans le tchat, activer le micro), l’interaction a été plus faible qu’en présentiel. En effet, dans une salle de cours, un étudiant qui ne souhaite pas participer connaît très bien quelques trucs : il va garder les yeux baissés quand une question est posée ou il va attendre que le professeur se focalise sur certains étudiants qui s’auto désignent par leur micro mouvements (hochement de tête, discussion, regard franc…). Dans le cas d’un cours en ligne, chaque étudiant se sent protégé par son écran noir : il est doublement à distance – distance physique, bien sûr, mais aussi distance des sens, puisqu’il est littéralement invisible aux yeux du professeur…
Émission et réception des signaux : une problématique d’énergie
Ces écrans noirs pointent vers notre première observation : le passage à un cours en ligne encourage à aller vers plus d’enseignement magistral. Par exemple, si un professeur a l’habitude de mener ses cours physiques avec un mélange de 60 % de cours magistral (le professeur parle et répond aux questions) et 40 % d’animations / exercices / discussions, alors il y a fort à parier que le passage au cours en ligne augmentera la partie de cours magistral (dans notre exemple, elle pourra passer à 70 %, 80 % ou plus), tout simplement parce que la partie animation sera beaucoup plus difficile à maintenir (à cause de questions techniques d’une part, mais aussi à cause de la plus faible interaction des étudiants).
Grosse fatigue
Un autre problème, qui est lié, tient à la fatigue de l’interaction. Toute personne qui a déjà enseigné sait que cela représente une grande dépense d’énergie sur au moins 3 niveaux : dépense d’énergie physique ; dépense d’énergie mentale ; dépense d’énergie nerveuse / émotionnelle. Mais il existe aussi des apporteurs d’énergie : une bonne ambiance dans un groupe d’étudiants, une animation réussie, des échanges nourris et stimulants, tout cela contribue à recharger la batterie d’énergie du professeur. Comparativement, dans un cours en ligne, les dépenses d’énergie vont être exacerbées tandis que les recharges d’énergie vont être limitées. En effet, sans forcément s’en rendre compte, le professeur s’appuie sur une multitude de sens dans sa salle de classe : il utilise simultanément les canaux visuels, auditif et kinesthésique, et il se nourrit de tous ces signaux pour diriger le cours et allouer son énergie. Tous nos collègues le savent : nous avons une forme de 6ème sens qui nous permet de détecter les baisses d’attention, l’ennui croissant, voir une certaine perte de contrôle de ce qui se passe… Dans un cours en ligne, face à des écrans noirs, nous perdons une très grande partie, voire la totalité, de cette capacité. Et même si les étudiants branchaient leur caméra, le problème ne serait pas résolu pour autant : en effet, nos neurones miroirs se nourrissent de toutes les micro-expressions du visage de notre interlocuteur, et même si cela se fait à un niveau non conscient pour nous, cela participe globalement à notre captation des messages qui nous sont envoyés. Lors d’une communication par caméra interposée, nous perdons une très grande partie de ces micros signaux, ce qui conduit notre cerveau à essayer de compenser frénétiquement cette absence d’informations qu’il a l’habitude de collecter. Lors de ce confinement, que de fois avons-nous entendu des collègues indiquer qu’une journée de réunions en visioconférence les fatiguait beaucoup plus qu’une journée de réunions en physique. Il se passe exactement la même chose pour un cours…
Quid de la fluidité ?
Multi-tâche
Quand nous sommes dans une salle de cours, nous avons l’habitude de faire des choses de manière extrêmement fluide : commencer à répondre à une question d’un étudiant tout en se dirigeant vers le tableau blanc, saisir un feutre et le déboucher, commencer à dessiner tout en parlant, saisir le tampon effaceur pour supprimer une erreur et réécrire, tandis que du coin de l’œil, nous vérifions que l’étudiant et ses camarades suivent bien le raisonnement. Comparativement, la même séquence dans un cours en ligne va nécessiter de jongler avec différents outils, de cliquer sur des icônes ou d’activer des raccourcis clavier que nous aurons préalablement mémorisés, et la fluidité ne sera jamais la même que dans une salle de cours. Un autre perturbateur de fluidité porte sur les alertes : dans une salle de cours, quand un étudiant lève la main, il le fait généralement silencieusement et nous enregistrons automatiquement ce signal visuel sans pour autant nous arrêter dans notre présentation. Pour prendre une image, imaginons que pendant un de ses cours en salle, un professeur soit obligé de consulter ses mails – et d’y répondre ! À chaque fois qu’un nouveau mail arrive, une sonnerie retentit, forçant le professeur à prendre connaissance du mail puis à décider s’il y répond ou pas, tout en continuant de faire cours. Il est fort probable que le professeur perdrait une grande partie de sa concentration et donc de sa fluidité. C’est exactement ce qui arrive avec les cours en ligne : nous sommes en train d’expliquer un concept en ayant partagé l’écran, et nous entendons un « ding » qui signifie que soit un étudiant a demandé la parole, soit quelqu’un a posté un message sur le tchat. Il s’agit alors d’activer simultanément diverses parties de notre cerveau : la partie « enseignement oral » doit continuer son travail pendant que la partie « lecture » prend connaissance du message et que la partie « décision » sélectionne la réponse à adopter : ignorer, traiter plus tard, répondre maintenant…
La technique, aide ou fardeau ?
Dans une salle de cours classique, les problèmes techniques présentent généralement des caractéristiques récurrentes. D’abord, ces problèmes sont limités au matériel utilisé : l’ordinateur, le vidéoprojecteur et éventuellement, le micro. Ensuite, en cas de problème, il y a des services d’assistance dédiés. Enfin, si un problème technique surgit, on a toujours un plan B, voire un plan C : si ma clé USB ne marche pas, je peux récupérer mes diapositives depuis le cloud ; si je ne peux vraiment pas récupérer mes diapositives, je peux proposer aux étudiants de suivre le déroulé sur leur support papier ; au pire, je peux rebâtir un cours improvisé en utilisant le tableau blanc et les marqueurs. Comparativement, les problèmes techniques dans un cours en ligne vont être exacerbés selon ces 3 axes. Premièrement, un cours en ligne utilise généralement beaucoup plus d’outils : la plate-forme de captation vidéo avec partage de documents, un utilitaire de dessin, une application de sondage en ligne, des documents partagés pour travail collaboratif… Or, il y a probablement une loi informatique qui a postulé que plus on utilise d’outils, plus grande est la probabilité qu’un problème technique surgisse, car c’est une simple observation de bon sens. Pour ce qui est des services de dépannage, le professeur en ligne ne peut guère compter que sur lui-même. Il a donc désormais une double casquette : en complément de sa casquette historique d’enseignant / chercheur / animateur, il doit désormais enfiler la salopette de Mario le plombier numérique, avec une exigence de rapidité, car tout se passe en live. Cela implique un stress supplémentaire, puisque nous sommes en dehors de notre domaine de compétence, mais aux yeux des participants, nous sommes responsables du rétablissement de bonnes conditions d’enseignement. Ce stress numérique sera d’autant plus exacerbé que dans un cours en ligne, il y a très rarement des plans B en cas de problèmes techniques : soit ça marche, soit on abandonne un pan entier de ce qui avait été prévu. On perd donc grandement dans la granularité de la réponse qui est faite aux problèmes techniques.
Un rapport au temps modifié
Ô temps, suspends ton vol…
Il faut s’habituer au fait que dans un cours en ligne, tout se passe plus lentement. Quand on pose une question, il faut le temps de latence pour que la question arrive aux étudiants (cela peut prendre plusieurs secondes) ; puis l’étudiant réfléchit à la question et décide s’il souhaite y répondre ; si c’est le cas, il faut alors que l’étudiant tape sa réponse dans le tchat ou qu’il clique sur la demande de prise de parole ; enfin, un temps de latence s’écoule avant que ces signaux soient transmis à l’enseignant. Au total, entre le moment ou le professeur pose sa question et le moment où il obtient une réaction de la part de son auditoire, le temps de silence est facilement doublé ou triplé par rapport à la même situation dans une salle de cours. Or, dans une salle de cours, quand il s’agit d’attendre 10 – 15 secondes avant que les étudiants réagissent, cela représente déjà un délai inconfortable pour certains professeurs. Que dire alors de l’expérience d’un cours en ligne, quand il s’agit plutôt de 20 à 30 secondes à fixer des écrans noirs et silencieux en attendant qu’il se passe quelque chose (ou pas) suite à notre question ?
Ce rapport au temps est aussi un rapport au silence, exacerbé par le fait que nous sommes un peu comme ces poissons aveugles dans les profondeurs obscures des océans, c’est-à-dire très limités dans notre perception. Prenons un exemple : le retour de la pause. Dans le monde réel, nous fixons une heure de retour de la pause, et nous pouvons constater visuellement le nombre d’étudiants qui est revenu à l’heure. Par opposition, dans un cours en ligne, comme on a spécifié que les étudiants ne doivent pas se déconnecter pendant le temps de pause, on se retrouve à la fin de la pause face à des écrans noirs et silencieux, tout en ne sachant pas si les étudiants sont effectivement revenus. Il s’agit alors de faire un appel par tchat pour demander aux étudiants de signaler qu’ils sont effectivement à nouveau là. Par moments, on a vraiment l’impression d’être dans un test de Turing : le correspondant distant nous répond, mais nous ne sommes pas sûr de savoir si c’est un être humain ou un tchat-bot (une intelligence artificielle programmée pour répondre à des messages de tchat) !
Scénariser pour dompter le temps et l’incertitude
Il y a une nécessité de scénarisation beaucoup plus poussée dans le cas d’un cours en ligne. En effet, dans une salle de cours, et forts de notre compétence d’enseignant dans notre domaine, nous pouvons nous autoriser des digressions et des improvisations : même si cela n’était pas inscrit sur la partition, nous maîtrisons suffisamment l’instrument pour pouvoir inventer à la volée un exercice, une mise en situation ou une explication qui permette de coller à ce qui est en train de se passer dans la salle à ce moment. Comparativement, et pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, le cours en ligne va nous faire courir beaucoup plus de risques dans ces situations d’improvisation. Enseigner en ligne devient alors une stratégie de gestion – et dans le cas présent, de minimisation – des risques.
« Et avec les oreilles, qu’est-ce que vous faites ? »
À titre illustratif, voici quelques métriques que nous avons pu observer. Une séance de 3 heures en salle est généralement décomposée en 3 à 5 parties, avec un timing élastique : rien n’est vraiment écrit, cela dépend des interactions avec les étudiants, l’objectif central étant de terminer à l’heure en ayant traité correctement toutes les parties. Comparativement, une séance de 3 heures de cours en ligne est généralement scénarisée avec au minimum une quinzaine de séquences différentes : des consignes de début de cours sur les outils en ligne, un tour de table pour se saluer, un premier sondage pour tester le niveau de connaissance d’une notion, la présentation d’un concept sur 3-4 diapositives partagées, du travail en petits groupes pendant 10 minutes puis un débriefing collectif, etc. En fait, si un observateur avait été présent lors des 3 heures de cours en salle, il aurait probablement identifié bien plus que les 3 à 5 parties mentionnées : il est probable qu’un cours de 3 heures en salle se décompose aussi en 15 à 30 séquences distinctes. Mais la différence majeure réside dans la scénarisation : les séquences en salle arrivent quand elles arrivent, certaines étant improvisées à la volée, tandis que les séquences du cours en ligne ont été planifiées, préparées, avec les outils associés (application de sondage, documents partagés, liens vers des vidéos…) selon un script beaucoup plus détaillé.
Concluons enfin cette partie sur une note positive : certes, les cours en ligne vont exacerber les caractéristiques des cours en salle, mais cette exacerbation ne va pas toujours dans un sens négatif. Un exemple d’amplification positive porte sur la co animation : autant une double animation dans une salle de cours représente un moment très agréable de partage entre collègues, autant en ligne, le fait de faire le cours à deux va changer énormément de choses en positif : on peut littéralement s’appuyer sur son collègue pour certaines parties du cours, cela permet de travailler en parallèle sur les éléments de communication annexes (répondre au tchat, préparer un sondage), et les étudiants bénéficient d’une diffusion en live de la discussion entre 2 experts, un peu comme ils assisteraient à une émission de télévision. C’est non seulement une expérience enrichie, mais c’est aussi une occasion de consommer beaucoup moins d’énergie que lors d’un cours en ligne tout seul face à l’écran.
Après le cours
After hours
Une fois que le cours est terminé, il reste toujours des choses à faire. Dans le cas des cours en présentiel, cela consiste à répondre à des questions par e-mail, à poster des documents annexes ou à rédiger des précisions par rapport à certaines questions évoquées en cours. Dans le cas de cours en ligne, il y a au moins 2 éléments supplémentaires qui rajoutent du temps de service après-vente. D’une part, il faut très souvent récupérer et mettre en forme le fruit du travail des étudiants en ligne : que ce soient des résultats de sondages, des contributions réalisées dans des documents collaboratifs ou encore de la structuration d’idées réalisées par le professeur sous forme de cartes mentales, tous ces éléments doivent être récupérés après le cours est transmis par voie électronique aux étudiants – tandis que dans une salle de classe, chaque étudiant est responsable des notes qu’il décide de prendre ou de ne pas prendre. On pourrait simplifier en disant que dans une salle de cours classique, le professeur a besoin de rédiger une présentation PowerPoint avant le cours, tandis que dans un cours en ligne, le professeur doit rédiger 2 présentation PowerPoint : une avant le cours, et une après le cours. L’autre élément de service après-vente spécifique au cours en ligne tient au décalage dans le temps (asynchronicité). En effet, alors que certains étudiants peuvent assister en direct au cours en ligne (synchronicité), d’autres étudiants choisissent de bénéficier de la lecture de la vidéo enregistrée du cours. Certains vont regarder / écouter le lendemain de la séance live, d’autres pourront prendre une semaine ou plus avant de se connecter et de regarder le cours. Cela signifie que les demandes de service après-vente (question, précisions…) vont s’étendre sur une période de temps plus longue, qui sera notamment fonction de la date à laquelle l’étudiant a effectivement regardé la vidéo du cours.
Tu es la meilleure partie de moi
Conclusion Nous avons démarré ce thibillet sur une question en forme de tension : faut-il s’évertuer à ce qu’un cours en ligne soit la copie conforme de son équivalent de salle de classe, ou convient-il au contraire de décaler le cadre de référence, en considérant que le cours en ligne est une entité distincte avec des codes et des attendus différents ? En bref, vrais jumeaux ou frères et sœurs ? Notre angle d’analyse a été de montrer que par expérience, les cours en ligne tendent à augmenter / exagérer / amplifier les problématiques des cours en salle. À notre avis, il s’agit vraiment de 2 médiums différents qui demandent à ne plus être comparés point par point, mais plutôt appréciés dans leurs différences. Le cours en salle est analogue à une pièce de théâtre (pour sa partie magistrale) ou à un jeu de société (pour sa partie animation / discussion / expérience). Le cours en ligne trouve plutôt ses analogies dans une émission de radio (pour sa partie magistrale) ou dans un festival de musique façon Woodstock : le planning précis est décidé à l’avance, le timing est rigoureux… et même si l’on ne sait pas exactement quels problèmes techniques vont surgir ou quels morceaux les différents musiciens vont jouer, la performance sera enregistrée et conservée. Après le théâtre (3ème art), la rhétorique (5ème art) ou le cinéma (7ème art), le cours en ligne deviendra-t-il lui aussi un art à part entière ?