Depuis la fin de 5 marathons sur 5 campus (le dernier a été le Marathon de Paris, avril 2010), j’ai presque totalement arrêté de courir. Les courses que j’ai faites (Marathon de Dublin, octobre 2010, Saintélyon en relais, décembre 2010) ont été mal préparées, et j’ai souffert sur les 10 derniers kilomètres de chacune. Il était donc temps de reprendre tout cela en main. Deux semaines de Corse ont donné 6 entraînements : 10 km, 10 km, 20 km, 10 km, 10 km, 20 km, puis un nouvel arrêt, jusqu’à avant-hier (10 km avant-hier, 12 km ce soir).
Le programme des courses prévues est le suivant :
Le Marathon de Vannes (15 octobre 2011). Eh oui, j’avais dit que j’arrêtais à 10 marathons, eh bien ce sera le onzième… sans préjuger d’une quelconque suite. Mais cela sera bienvenu comme « sortie longue » avant… :
La Saintélyon (décembre 2011), 68 km de route et chemins entre minuit et… 10h du matin (?), départ à la lampe frontale avec couverture de survie au cas où, bref, l’Aventure. (Malgré mon très mauvais souvenir, et mon intention de ne plus jamais approcher ce parcours).
Mon premier triathlon l’été prochain ? Le Tri d’Annecy ? Histoire de (1) rentabiliser mes cours de natation et (2) passer à autre chose que des marathons ou des 20 km.
Nous étions plusieurs à souhaiter deux choses : – continuer sur cette lancée de « courir pour une cause » – ouvrir ce type de course au plus grand nombre, donc ne plus proposer des marathons de 42 km, mais plutôt des courtes distances, genre 5 ou 10 km.
Course pour les enfants hospitalisés de l'hôpital Robert-Debré qui aura lieu Dimanche 29 mai 2011 au parc des Buttes Chaumont (à 10 mn de l'école)
Les bénéfices de la course seront intégralement reversés à l'association Robert-Debré.
L'école qui m'emploie est officiellement co-organisatrice de cette course, et nous avons besoin de toutes celles / ceux qui le souhaitent :
comme coureurs (deux distances : 4 km ou 7,8 km) (+ des courses pour les enfants)
comme bénévoles (créneau 7h-14h dimanche 29 mai).
Les coureurs peuvent télécharger le bulletin d'inscription sur www.association-robert-debre.net (FaceBook : http://tinyurl.com/6j7h4u7) ou sur le site http://robertdebreparis.aphp.fr/fr/accueil.php
Les bénévoles peuvent me contacter et je les orienterai. Évidemment, si vous ne pouvez ni courir, ni vous déplacer pour être bénévole, vous pouvez toujours donner... :-)
Nous sommes donc partis à 6-8 pour courir la 57ème édition de cette course particulière, de nuit, dans des paysages enneigés : rallier Saint Etienne à Lyon en relais (17km-30km-22km) ou, pour les plus valeureux, en solo (68 km)…
Samedi soir, après une pasta party chargée en ail, nous avons vu le départ des solos : une ambiance hivernale (-4°), nocturne (minuit) et magique, avec tous ces coureurs qui avaient allumé leur lampe frontale pour former un long fleuve lumineux. Noël et ses décorations, avant l’heure.
Une fois les solos partis, nous avons comaté sur les bancs du gymnase de départ, en attendant notre heure. La répartition des équipes était la suivante : – Didier (dossard 3136) et Hervé (dossard 3137) devaient démarrer à 2h du matin pour courir ensemble les 17 km du premier tronçon, à la frontale, puis passer le relais (en fait la puce électronique) vers 4h du matin à – Corinne (deuxième dossard 3136) et Laurent (deuxième dossard 3137), qui devaient courir les 30km du deuxième tronçon, toujours à la frontale, pour rallier le deuxième point de relais vers 7h du matin et transmettre le relais à – Christian (troisième dossard 3136) et votre serviteur (troisième dossard 3137), qui devaient parcourir la distance restante (22 km) avant de rejoindre le Stade Gerland à Lyon au matin.
Enfin, c’est comme ça que c’était marqué.
Avant ma course
Nous avons laissé les deux premiers dans leur attente dans le gymnase, et sans attendre leur départ, avons déplacé les voitures pour aller nous poser au premier point de relais. Route tortueuse dans les étendues enneigées. Par moments, du côté droit, on voyait le ruban lumineux des coureurs solos qui progressaient de vallon en côte, de ruisseau en butte, parallèlement à notre route.
Arrivée vers 1h30 du matin. Nous nous installons vaguement pour dormir dans la voiture, mais peu d’entre nous y arrivent. Au loin devant nous, le serpentin lumineux des coureurs descend en zigzag dans les champs enneigés, c’est superbe de voir cette petite chenille qui s’étire en clignotant dans la distance, dans une nuit noire et glacée. Un demi-verre de thé, un aller-retour pour voir comment ça se passe dans l’autre voiture, puis l’attente. Vers 4h du matin, on reçoit un SMS des premiers : ils sont à 5 km du point de relais, il est temps pour les deuxième relais de s’équiper. Nous sommes tous déjà habillés en tenue de guerre, mais il faut enlever les couches en trop, lacer correctement les chaussures, installer le bonnet, la lampe frontale, prendre la couverture de survie (obligatoire) et vérifier qu’on n’oublie rien.
Nous partons tous dans la nuit pour rejoindre le point de jonction. Une tente au bout d’un terrain de football, une foule massée à l’intérieur, et les coureurs qui arrivent par un couloir, qui cherchent leur deuxième relais, font la jonction, et commentent leur montée tout en se passant la puce électronique. Super ambiance, comme toujours sur ces courses. De toute façon, prenez des personnes qui ont décidé de faire une nuit blanche et de courir en équipes : l’ambiance ne peut être que collective, rigolarde, bon enfant. Nous attendons longtemps, semble-t-il, le flux des coureurs ne s’arrête pas, on guette dans la foule, enfin, après une vingtaine de minutes, on les voit, Hervé et Didier, bien transpirants, bien glacés, qui arrivent. La montée a été dure, ils ont fait comme tous les autres : quand on ne pouvait plus courir dans la montée, on marchait. Laurent et Corinne s’équipent vite, une tape sur l’épaule, et les voilà partis dans la nuit pour l’étape la plus longue, 30 km dans les sentiers et la forêt.
Nous faisons un arrêt à la tente-ravitaillement pour restaurer les deux coureurs (et chouraver des gâteaux pour les autres), ils nous racontent leur départ, le flot des coureurs, les 8 km sur terrain à peu près plat, et puis tout-à-coup, la côte, celle qu’on ne peut monter qu’en marchant. Tout cela semble irréel, ou plutôt, un coureur comme moi qui n’a pas encore couru ne peut pas visualiser les choses comme eux les ont vécues.
Nous reprenons les voitures. Routes encombrées (à plus de 4h du matin !) par toutes les voitures qui rallient le deuxième point de relais. Je mange un dernier muffin au chocolat et sans vraiment m’en rendre compte, je sombre. Mon gène Clock faisant correctement son travail, je m’éveille un peu avant 7h. La voiture est froide, noire, les 3 autres dorment. Un petit coup d’oeil au tél portable : pas de nouvelle des coureurs. Peu à peu, les 3 autres émergent, on se prend un peu de thé, on va voir l’autre voiture. Ils ont eu des nouvelles de Laurent et Corinne : trajet dur, ils sont tombés une dizaine de fois, ils ont aussi dû passer des passages en descendant sur les fesses, donc ce n’est pas une course sur bitume tout plate, non Monsieur, c’est de l’Aventure et de la Souffrance, yes.
Le point de jonction prévu initialement à 7h s’achemine plutôt vers les 8h du matin, au mieux. Réveillés pour réveillés, nous nous équipons. J’enlève deux couches en haut (pull et manteau) ce qui fait qu’il m’en reste 3 (t-shirt technique, polaire, coupe-vent) ; en bas, j’enlève le pantalon de k-way, reste donc le fuseau en tissu respirant et la polaire (et les trois couches de chaussettes). Une des voitures doit aller récupérer le fou furieux soixante-huitard au stade Gerland à Lyon, arrivée prévue vers 8h, elle nous quitte.
Nous allons à pied vers le point de relais. Le ciel est bleu nuit, on sent que la nuit noire se lève peu à peu, mais rien ne laisse penser que le soleil va se lever, il s’agit plutôt d’une clarté diffuse, à peine perceptible, qui commence à se répandre. Il fait super froid, les -1° que l’on avait au relais précédent se sont retransformés en -4°, il y a un peu de vent, c’est frigorifiant. Nos accompagnateurs Hervé et Cathy n’ont pas le droit de se joindre à nous dans la tente relais, on se claque la bise et Christian et moi allons nous installer pour l’attente. Nous alternons des stations debout dehors, et quand le froid ou le vent nous délogent, nous rentrons sous la tente. Le temps passe, l’aube se lève doucement, tandis que les coureurs arrivent toujours, passent leur puce à leur compagnon, et commentent leur course. Quelques textos plus tard, nous sommes prêts à voir arriver Laurent et Corinne. D’abord Laurent, en forme, mais nous le confirme : ça a été dur, un terrain très technique, des glissades, de nombreuses chutes, bref, un Vietnam. Corinne arrive aussi, elle n’en peut plus mais elle sourit, ça y est, c’est terminé pour elle. Échange des puces, une dernière photo, et nous voilà partis.
Ma course
L’aube est quasiment levée, les frontales ne serviront pas. Descente dans le village, nous passons les coureurs solos qui marchent (ça fait plus de 8h30 qu’ils sont dans la course), en revanche, les relais comme nous (reconnaissables à leur chiffres rouges sur le dossard) nous passent à bonne vitesse, ils sont comme nous, avides de courir après cette attente de plus de 14h (nous étions à 18h dans le gymnase de Saint Etienne). Très vite, nous débouchons dans la campagne, un chemin de terre (enfin, de neige glacée) qui serpente entre les arbres dénudés. Il fait très froid, nous ne le sentons plus trop, mais l’air est glacé dans le nez et la gorge. Très vite, nous passons le panneau « 20 km », allez, c’est une distance raisonnable à courir. Je découvre des nouvelles sensations, et pour tout dire, ça n’est pas très agréable. Je me rends compte en effet que cela n’a rien à voir de courir sur bitume sec, et de courir sur neige tassée et glacée. Sur bitume sec, on tape du talon, on déroule le pied, et hop, d’une impulsion des orteils, on relance la foulée. Tout est en fait un processus de réaction par rapport à sol : on prend fortement appui sur le sol pour se relancer. Sur la glace, inutile de rêver faire cela : tout appui un peu fort se transforme en glissade. Il faut donc courir le pied léger, la foulée raccourcie, en frôlant la surface plutôt qu’en s’appuyant dessus. C’est rendu compliqué par le fait que le sol alterne entre de la neige molle, de la glace, et du bitume : les appuis ne sont pas les mêmes, et d’autres coureurs « monopolisent » le tracé le plus sec, bref, il faut zigzaguer. Le sol est irrégulier aussi, avec des petits tas de neige qui tordent les pieds, il faut donc faire attention, je n’ai pas envie d’une nouvelle entorse.
Un plateau nous donne l’occasion d’avoir une vue sur le paysage, tout est blanc, on voit les vallées au loin, et la forêt qui descend devant. Nous passons par des chemins forestiers bien pentus, mélange de neige et de gadoue, certains marchent prudemment, d’autres trottinent en espérant se rattraper en cas de glissade (scénario inévitable). Tout cela donne des cassures de rythme, des essouflements dont je ne mesure pas encore les conséquences futures. Les jambes sont lourdes, et je me dis plus d’une fois « tu sens dans ton corps le manque d’entraînement et de sorties longues ». A la sortie d’une forêt, un homme nous promet un ravito dans 2 km. Cela me semble durer une éternité, les cuisses sont fatiguées, et on n’en est même pas à la moitié (et bon sang, c’est censé n’être qu’un 22 km !) On descend dans un village, une grande tente sur un parking, c’est la pause, on est au km 12. Deux verres de thé bouillant, très parfumé, très sucré, des pâtes de fruits, une demi-banane. Un petit texto aux copains (qui viennent d’arriver au stade de Gerland) et on repart dans les rues du village, puis une côte bien pentue : Christian continue à mouliner des guibolles, il grimpe régulièrement, mais moi, je marche. Au ravito, je lui ai dit « Mes sensations, c’est presque comme si j’étais au 30ème km d’un marathon ». Manque d’entraînement, clairement, mais aussi, je pense que j’ai brûlé beaucoup de mon glycogène (= carburant) dans la première partie. Je mets ma musique et ça commence par Abacab tandis que je grimpe en marchant toujours. En haut de la côte, on redémarre, Christian est clairement en meilleure forme (et puis l’âge, mon bon monsieur…), nous abordons le relief dans des villages endormis, en passant toujours régulièrement des dossards à chiffres noirs, avec ou sans bâtons de ski. Puis vient un sentier forestier à nouveau, en sortie d’un virage. Descente vers des ruisseaux, une passerelle métallique sur une petite rivière, des chemins blancs et beiges, des feuilles mortes mélangées à de l’herbe piétinée, de la boue et des flaques d’eau.
Je le sens, dès qu’on a un faux-plat ou une vraie montée, je ralentis, j’ai du mal à garder ma cadence. Je me guide à ma fréquence cardiaque : essayer de ne pas dépasser 92% de ma FCmax, même si je dois ralentir fortement. Par moments, ça ressemble à de la marche sautillante, tellement c’est lent. Christian toujours devant, à m’encourager. On arrive à des marches en descente, c’est-à-dire que tous les deux mètres, on descend une marche de +/- 60 cm. Il y a des grosses pierres qui peuvent rouler sous les pieds, avec la fatigue accumulée (nuit blanche + temps de course), il s’agit de rester attentif. Descente technique, fatigante, ça tape dans les cuisses et le dos. Puis c’est la pente avec au loin une route en descente. Et derrière, une remontée en forêt à nouveau. Les pressés essaient de passer vite, les chemins sont étroits, on se faufile ou on se range.
Puis on arrive enfin dans la pente, c’est une route qui descend sur Lyon, et j’en profite à mort : dans mes écouteurs, c’est successivement un des morceaux de Chicken run (building the crate ?) puis Butkus (B.O. de Rocky). Certains se ralentissent, limitent leur descente en amortissant avec les genoux et les cuisses, moi je me laisse aller au rythme de la musique et de la pente, toute seconde gagnée ici est une seconde gagnée pour plus tard. Grand sentiment d’exaltation, je garde cette longue descente comme un excellent souvenir de cette course.
Et l’arrivée à Lyon, on bifurque à droite le long du fleuve, c’est du plat à nouveau, et de la neige mélangée à de la glace et du sable sur les quais. Depuis avant le ravito, j’ai une ampoule à chaque pied. Quand on pose le pied à plat, on ne sent presque rien. Mais là, le pied est toujours un peu déporté, un peu tordu, et la peau frotte, et la douleur des ampoules me minent le moral. Le vent s’est levé (comme toujours, le long d’un fleuve) et la progression est lente, fatigante, déprimante, il reste 5 km et c’est en même temps tout proche et l’autre bout du monde. La remontée le long des quais se fait dans un brouillard de fatigue et de musique, les bourrasques nous font nous pencher en avant, et je fixe les graviers devant pour éviter les chutes ou les pertes d’équilibre. Arrivé au bout d’un quai, nous découvrons… qu’il faut tourner à gauche et repartir en sens inverse de l’autre côté, c’est le confluent de la Saône et du Rhône, on a le sentiment de s’être fait avoir avec ce demi-tour.
Un pont, escaliers à gravir, le fleuve à traverser avec des bourrasques qui nous déséquilibrent, j’ai l’impression qu’il suffirait de peu pour que je bascule vers l’eau, 30 mètres plus bas.
On arrive sur l’autre rive, petit chemin de hâlage avec une alternance de boue, de sable, de glace, d’herbe gadouilleuse. Et quelqu’un qui dit « Courage, 900 mètres ! » Nous savons ce que c’est : les spectateurs croient nous faire plaisir, mais la plupart du temps, ils croient que c’est 900 mètres, mais ils n’ont aucun moyen d’en être sûrs. Là, à 5 minutes de distance, j’entends deux fois « 400 mètres », et c’est démoralisant la deuxième fois…
Nous croisons de plus en plus de promeneurs du dimanche, il est plus de 11h, c’est une matinée comme une autre pour les Lyonnais, il y a juste dans leur champ visuel quelques joggeurs portant, tiens c’est original, des dossards.
Je n’en peux plus, chaque pas est douloureux, je me sens comme au 39ème km d’un marathon, pas mieux. On cherche le stade des yeux et on ne le voit pas, c’est déprimant. Un tournant à gauche, une longue ligne droite, et rien à part des poussettes et des retraités. Et puis au fond, là-bas, on voit des coureurs qui tournent à gauche. On y arrive. Tournant à gauche. Une autre ligne droite, et au fond, une arche gonflable rouge. Encore une fois, nous avons notre expérience des courses : l’arche annonce l’arrivée prochaine, elle n’est pas la ligne d’arrivée. Un panneau annonce « 100 mètres » et Christian, qui en a marre autant que moi, me crie « Allez !!! Allez !!! » et commence à accélérer. Avec mon expérience, et ma fatigue, je sais que 100 mètres, ça peut être très long. J’accélère, mais pas à fond, disons que j’allonge la foulée. 75 mètres. Christian est déchaîné, il crie comme un boeuf, on sent que la délivrance va être au bout de la ligne droite, j’accélère encore, 50 mètres. Christian ralentit un peu dans le virage, il se tourne vers moi, j’arrive au pas de course, on s’attrape la main et on accélère encore dans le virage, nous déboulons comme deux fusées devant les photographes avant la ligne, dernière ligne droite, celle-là je ne la vois pas passer, on passe la ligne en trombe, et vite vite, décélérer pour ne pas percuter les coureurs massés à 10 mètres de là, un peu étonnés de voir ces deux fous furieux arriver comme des comètes. Un coup de sifflet au loin, je lève la tête : Laurent et les copains derrière les barrières, je rejoins Christian et je m’effondre dans ses bras, ça y est, c’est fait.
Au final, notre équipe est 150ème sur 300, et nous avons mis, à trois coureurs en relais, plus de temps qu’Alex qui lui a couru seul les 68 km… Rétrospectivement, je ne sais même pas comment ceux qui ont couru les 30 km ont réussi à faire cette distance. A leur place, je serais mort dix mille fois.
Dans cette période, il y a les courses de Noël (que j’abhorre), il y a aussi la course après le temps qui va crescendo de septembre à décembre, les travaux des étudiants, les cours auprès de différents publics, les mémoires à lire, les e-mails dont le flot ne tarit jamais (sauf, un peu, entre 12h30 et 13h30, et entre le 20 décembre et le 2 janvier). Et puis il y a les courses (à pied) de Décembre. Demain, je participerai à la Saintélyon, avec mon acolyte de corrida ainsi qu’une poignée de fondus.
Cette course très particulière (69 km entre Saint-Etienne et Lyon, à courir dans la nuit de samedi à dimanche, en solo ou en relais) prend cette année une saveur particulière. En effet, il y aura les ingrédients habituels (course de nuit, départs échelonnés entre minuit et 2h30 du matin, coureurs avec lampe frontale obligatoire, sentiers de forêt et chemins de campagne), mais aussi… la neige et le froid.
Je joins les photos des sentiers de la Saintélyon tels qu’ils ont été arpentés par les organisateurs hier.
Bref, que du bonheur, une nuit blanche, mais blanche…
Le 25 octobre 2010, j’aurai couru mon 10ème et dernier marathon. C’était Dublin, hier, et c’était un super moment pour terminer une aventure commencée en 2002 (Marathon de Paris), mais réellement enclenchée en 2006 (Marathon de Paris again), avec une moyenne de deux marathons par an.
La boucle est bouclée : les deux seuls marathons que j’aurai couru en binome auront été le premier et le dernier, dans ce paradoxe d’une épreuve qui est très collective, mais qui revient toujours à un défi individuel, à une forme d’introspection dans la douleur, yeah man.
Tout commence par la main de Thierry Henry. Mon ami Laurent est tellement catastrophé par ce geste, et tellement impressionné par le fair play des supporters irlandais, il y a maintenant 1 an, qu’il décide de courir le Marathon de Dublin en remerciement à ce pays sympathique. Sur 6 copains inscrits, la vie nous en retire progressivement 4 : blessures, fatigue, manque d’entraînement et/ou de motivation (les deux sont liés). Je ne suis pas loin d’être le 5ème, les mois de septembre et octobre ayant fait l’objet d’un entraînement qui a bien commencé, mais qui s’est étiolé au fil des semaines. Je partais donc peu (et mal) entraîné.
Mais Laurent (record 3h04mn à Paris) m’a proposé une équipe : il m’accompagnera sur toute la distance, et nous viserons 6mn au kilomètre, c’est-à-dire un objectif loin de mes records (4h33, contre mon meilleur temps de 3h36), et abyssalement éloigné des temps habituels de Laurent. Autant dire qu’il sera à la balade. Paradoxalement, sa question sera : puis-je courir aussi longtemps, moi qui suis habitué à courir maximum 3h30 🙂
La nuit est encore sur Dublin quand nous quittons l’hôtel, habillés en coordonné : bandeau pirate rouge, tenue bleue, chaussettes-bas rouges. Le tout recouvert d’une couche supplémentaire (gants, bonnet, polaire, puis couverture de survie) pour attendre le départ dans de bonnes conditions. Les 13 000 coureurs sont rassemblés en une foule compacte, canalisée le long de Fitzwilliam Street, tandis qu’un hélicoptère survole en stationnaire. Le ciel s’est éclairci, le soleil n’est pas encore là, mais le temps est superbe : frais (froid même), clair, avec un ciel dégagé.
Et c’est le départ. Le peloton est dense, on a du mal à prendre la vitesse de croisière, les rues sont relativement étroites et il y a quelques points de ralentissement, là où la foule des coureurs se tasse avant de redémarrer. Nous passons O’Connell bridge, non loin de notre hôtel. La Liffey est un petit fleuve sympathique enjambé par des ponts sans prétention, cette ville est un jouet charmant, presque provincial, loin du stress pollué d’un Paris.
Je vois le 2ème mile, le rythme est enfin à la vitesse de croisière, j’ai choisi d’être un peu ambitieux : 5mn40 au km, ce qui devrait nous amener, si je tiens ce rythme, à 4h au final. Mais la question ne trouvera sa réponse qu’au semi-marathon (13,1 miles, 21,1 km), et encore plus, au Mile 20 (km 32).
4ème mile, nous entrons dans la très grande étendue de Phoenix Park. J’attends Laurent qui marque son territoire sur un mur du parc, puis nous suivons la foule des coureurs, le peloton s’est distendu, le rythme est fluide. Ce parc est très beau. Des étendues d’herbe verte poudrées d’une fine couche de gel. De belles frondaisons nous surplombant. A un moment, à droite, j’ai une vision de savane : un arbre isolé au milieu d’étendues d’herbe sauvage, le soleil rasant, quelques brumes dans le lointain. La route se met à descendre, le soleil est de face, assez aveuglant car encore bas sur l’horizon. 1er gel énergétique absorbé aux alentours du mile 7. Le peloton devant nous lache des buées de respiration, quand on passe à l’ombre, on sent le froid. Après 4 miles de parc, nous sortons par une toute petite grille qui ralentit tout le monde, et c’est reparti pour le macadam, et on retrouve la foule des supporters.
Le soleil est toujours de face, les coureurs devant moi sont à contre-jour, toutes les couleurs gommées en un noir et blanc surexposé par la lumière. C’est difficile de regarder loin devant, à cause de cet aveuglement, on regarde donc les pieds qui courent devant. Le macadam brille comme des écailles de lézard des enfers.
9ème mile, 3ème ravitaillement en eau + en boisson énergétique. J’en prends une bouteille, mais je le regrette vite : c’est sucré, acidulé, et ça donne soif après quelques minutes.
Les façades des maisons sont charmantes, alternant brique rouge ou crépi, avec de temps en temps une église en pierres grises, très belle dans sa simplicité austère. Dans certains quartiers, il y a des jardins devant les maisons avec des petites grilles peintes de couleurs vives. Dublin doit être une ville où il fait bon vivre.
Les côtes commencent. Certaines sont des faux-plats, extrêmement traîtres pour les coureurs non aguerris (mais n’avons-nous pas 9 marathons d’expérience derrière nous ?), et Laurent me pousse à chaque fois à ralentir pour ne pas brûler tout mon glycogène, carburant dont j’aurai terriblement besoin dans la seconde partie de la course. Et puis il y a les vraies montées qu’on aborde tout lentement, en se faisant dépasser par quelques fusées qui paieront plus tard le prix de leur enthousiasme : quelques secondes gagnées ici, des poignées de minutes perdues là-bas.
11ème mile. Nous passons le Grand canal, qui est en fait tout petit, un canal façon amsterdam, avec de l’eau recouverte de feuilles mortes.
13ème mile, 2ème gel. Nous passons le portail marquant le semi-marathon à 1h58mn de temps. Laurent me filme et me demande comment ça va. Je réponds « ça va être dur ». Ce qu’il ne sait pas, c’est ce que je sens dans les cuisses : rien de dramatique, mais une fatigue de semi-marathon qui me fait penser que ça va être de plus en plus difficile de tenir cette vitesse. Et pourtant, je suis en dessous de ma vitesse marathon habituelle. Mon entraînement a péché sur deux points : pas assez de distances longues, pas assez de vitesse. Je suis en train de voir comment je vais le payer.
Ma cheville droite me fait un peu mal : une entorse d’il y a deux étés me rappelle que la vie nous marque, et qu’elle réclame régulièrement son dû. Laurent me conseille de respirer vers cette cheville : je visualise ma respiration comme un tuyau bleu de liquide frais qui descend dans mon corps et va rafraîchir cette zone rouge, et c’est vraiment étonnant, la douleur s’estompe et disparaît progressivement.
La foule n’est pas très dense, loin des assemblées qu’on a pu voir à Madrid, Londres, ou New York, mais il y a des points où il y a de la foule, et l’ambiance est très dynamique, on se sent vraiment encouragés. Laurent et moi passons souvent le long des spectateurs pour taper dans les mains des enfants. Avec nos tenues identiques, j’entends plusieurs fois « they are brothers ». Et c’est un fait, frères de course, frères dans la même histoire depuis 6 ans, brothers in arms.
20ème mile. J’annonce : « C’est là que la course commence vraiment ». A ce moment, je sens que ça va être dur. Les cuisses sont fatiguées, ce ne sera pas un problème de souffle (ça n’est jamais un problème de souffle) mais plutôt de jambes (à partir de ce moment-là, c’est toujours un problème de jambes).
Je décide de me mettre de la musique pour la motivation. Catastrophe : j’ai pris mon casque de course, pas le casque habituel de l’iPod Shuffle, ce qui fait que je n’ai aucune commande du baladeur. Ainsi, le son est beaucoup trop bas et je ne peux pas le régler, et quand je souhaiterais changer de morceau, je ne peux pas non plus. Ainsi, je n’entendrai aucun titre
de la B.O. de Rocky, ce qui a pourtant toujours été mon gimmick d’entraînement et de tous mes marathons. Par défaut, je me remémore les parties du monologue de Rocky à son fils dans Rocky Balboa, ce film simplement humain.
Ça devient de plus en plus dur. A partir du mile 20, j’ai commencé à ralentir imperceptiblement. Dans les plats, dans les descentes, Laurent me dynamise « Allez ! » et je reviens à la vitesse de 5mn40 au km, mais c’est de plus en plus dur à tenir. Lui est en pleine forme, il court à une vitesse qui lui permet de profiter vraiment de la course, de l’ambiance. Il est aussi d’une grande aide, allant attraper des petits bonbons gélifiés, de l’eau, me passant des ravitaillements que j’ai du mal à mâcher et avaler.
22ème mile. Je l’ai guetté, je le vois au loin, je le passe. Et je me dis « encore 4,2 miles, presque 7 km », cela me paraît très lointain. Je fais bonne figure devant Laurent, mais il voit bien que je ne suis pas à la fête. Mais les intermèdes vidéo ou photo, les passages le long des supporters, tout m’aide à faire passer ce temps qui passe si lentement, au rythme de mes foulées qui se raccourcissent de plus en plus.
Je guette le mile 23 depuis longtemps. Je le vois enfin au bout d’un temps qui me paraît très long. Je le passe. Je guette le mile 24. J’ai l’impression de mettre des heures à le voir, et à chaque fois, je préviens Laurent : « je vois le mile 24 ! »
Il y a encore des faux-plats, et c’est vraiment dur à ce niveau de la course, j’aimerais du plat ou de la descente. Une simple inclinaison, aussi faible soit-elle, me pompe toute l’énergie qui me restait encore. De plus, nous passons souvent le long de voies express ou de rues dans lesquelles il y a du traffic de voitures et bus. Nous ne sommes plus entre nous, entre coureurs qui sont les rois de la rue, nous sommes tolérés à la marge dans un monde de voitures.
Mile 25. je prends mon dernier gel, censé être le booster au guarana. Laurent me décompte régulièrement les kms restant, ça me paraît toujours trop, trop loin, trop dur. Un muscle se met à tressauter dans l’arrière de ma cuisse droite, les crampes sont tout proches, je me tiens la cuisse tout en continuant à avancer. C’est dur pour tout le monde, nous sommes tous ivres de fatigue (sauf ce cabri de Laurent qui a la grande pêche !)
La foule se densifie, la voie devient de plus en plus étroite, on pourrait presque toucher la foule des deux côtés à la fois. Notre binome coloré déclenche des encouragements chaleureux et ça fait énormément de bien. Laurent nous filme cote à cote, la foule crie c’est presque fini, Laurent dit « 500 mètres ».
Nous remontons la dernière avenue (encore un faux-plat…), nous sommes bras dessus – bras dessous, et nous en profitons, en ralentissant même, en saluant la foule qui applaudit ces deux frères d’épreuve qui finissent ensemble. Je vois la ligne d’arrivée qui s’approche, nous ralentissons encore, et nous passons ensemble le portique. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre.
10ème et dernier marathon, très belle journée, très belle aventure.
Lundi 25 octobre, je courrai mon dernier marathon, le 10ème.
Probablement au son de Bruce Springsteen, mais pas seulement, j’arpenterai les rues de Dublin sur les 26,2 miles (je préfère le calculer dans le système impérial) du parcours.
Pas eu le temps de m’entraîner correctement. Ce sera donc un dernier tour de piste, à vitesse réduite, et non pas la quête d’un nouveau dépassement. Je resterai donc à mon temps historique, mon meilleur temps sur marathon, de 3h36′ à Paris 2010.
Et l’état d’esprit est loin de toutes ces angoisses des dernières épreuves, peut-être (en fait, probablement) parce que je pars sans objectif, sinon de profiter de la ville et de passer la ligne d’arrivée. Un état d’esprit illustré par le morceau Cavan potholes.
Voici mon compte-rendu du Marathon de Paris 2010, le dernier marathon que nous courions pour 5marathons.com [edit : je ne pointe plus sur le site… Nous avons annulé l’abonnement, et aux dernières nouvelles, ce n’étaient pas des photos de coureurs qu’on voyait sur la page d’accueil…]
« C’était dans l’horreur d’une profonde nuit »
Tout a commencé par une mauvaise nuit. Toute personne qui a déjà couru ce genre d’épreuve sait qu’il ne faut pas compter sur le sommeil de la dernière nuit, et qu’il faut donc faire des provisions de repos auparavant. Mais là, imminence de l’épreuve ou anticipation angoissée, nous sommes nombreux à n’avoir dormi que 2 ou 3 heures dans la nuit. Réveil 6h15, je mange mon gâteau WeightExplosers en le faisant passer avec du thé déthéiné, et je passe une bonne 1/2h à me préparer (le nombre de choses à prévoir, la crème anti-frottements, la puce électronique, la ceinture de gels au glucose, les piles de rechange, cf. check-list).
Départ 7h du matin. Nous avons RV pour une photo de groupe, et deux interviews. Paris est désert, mais plus j’approche de l’Etoile, plus je vois des silhouettes imprécises, jambes nues sous leur poncho en plastique : les coureurs commencent à se rassembler. Je rejoins le lieu de rendez-vous avec mes deux bouteilles de solution HyperGlucidoSpatialBooster (affectueusement surnommé SpermBull par mes amis, ils sont poètes). Il fait 4°, et ça se sent, nous tremblons tous de froid. Les coureurs arrivent par petits groupes, je vois notamment Christophe N, qui a eu une gastro-entérite terrible la veille, et qui va essayer de faire ce qu’il peut ce matin, sans grand espoir. Nous enchaînons une interview pour BFM TV (d’ailleurs, si quelqu’un a une capture vidéo…), la photo de groupe, puis une interview France 3 (nous sommes visibles aux alentours de la minute 12 (2 séquences), ici (édition du dimanche 11 avril)).
Puis nous rejoignons les sas de départ. L’attente dans le peloton se passe bien, nous nous sommes bien placés, Alex (dit Barbe Bleue), P-A (dit La Chose) et moi. Les toilettes sont pris d’assaut, alors j’utilise la tactique de notre gourou, Pierre C (25 ans de Marathons…) et je fais pipi dans ma bouteille, je l’ai dit, nous sommes tous des poètes.
Des kilomètres et des erreurs d’appréciation
Et c’est le départ. De tous les marathons, c’est probablement le plus beau, et le meilleur départ : toute la largeur des Champs-Elysées se retrouve couverte de coureurs, cela descend légèrement vers la Concorde, dans le soleil qui apparaît en face. C’est parti, nous sommes doublés de part et d’autre, mais un maître-mot : ne pas partir trop vite. Un coup d’oeil à la montre : 5’15 » au kilomètre, c’est parfait, il faut maintenir cela sur toute l’épreuve pour éviter d’exploser en vol. La Concorde, puis la rue de Rivoli, à l’ombre. J’ai des soucis avec ma montre : je suis perturbé par les fréquences des autres coureurs, et j’alterne entre des vitesses affichées de 2’50 » au km (21 km/h !!) et 5’30 » (11 km/h). Les deux autres me disent que je suis en train d’aller trop vite, pourtant je me maintiens à 5’15 » au km, c’est bizarre. Et puis je comprends en passant les bornes kilométriques : ma montre me donne une vitesse affichée qui est inférieure à ma vitesse réelle. Alors que je crois courir à 5’15 » / km (affiché par ma montre), je suis en fait à 5′ au km (12 km/h) quand je regarde mes passages aux bornes kilométriques. D’où vient la différence, alors que je croyais que mon cardio-fréquencemètre était parfaitement étalonné ? En fait, étant donné que ma vitesse d’entraînement a augmenté au fil des mois, il est probable que mes foulées sont plus longues… et donc qu’il aurait fallu ré-étalonner mon cardio-fréquencemètre. Maintenant, c’est trop tard, mais il faut choisir : ralentir ou pas ? Je me suis entraîné ces derniers mois sur la foi d’une montre pessimiste. Donc j’ai couru plus vite que prévu à l’entraînement. Eh bien c’est parfait, on va continuer à se baser sur la montre. Donc je maintiens 5’15 » sur ma montre, soit 5′ (12 km/h) dans le monde réel. On commence à apercevoir la tour de la Bastille. Pour ma part, j’avais le nez dans la montre, mais P-A me prévient : « regarde comme c’est beau ». Il a raison, c’est aussi l’intérêt de courir à Paris, je lève le nez et profite. On approche du KM 5, j’avale mon premier gel. Petit couac au premier ravitaillement : il arrive trop tôt et il est trop court, je suis obligé de faire 1/2 tour (un comble) pour aller chercher une bouteille d’eau. Las ! Nous débouchons Place de la Bastille où se trouve… un deuxième stand de ravitaillement. Je continue vaillamment en essayant de rejoindre mes deux cénobites. Je rejoins finalement P-A, Alex étant à 30 mètres devant. Quelques faux-plats, je ne renouvelle plus l’erreur du Marathon de Turin, et je ralentis, l’oeil sur ma montre : ne pas dépasser une fréquence cardiaque de 82-83%. Quand je pense que je courais mes premiers marathons à 85-90% ! Pas étonnant que j’aie tant explosé, tant souffert ! Avenue Daumesnil, longue, longue avenue. Entrée dans le Bois de Vincennes, on voit au loin la tour du Chteau de Vincennes, et puis ma foi, on y passe et on le laisse derrière nous. Je commence à ressentir une fatigue dans les genoux, bon sang, on n’en est qu’au KM 12, mauvais signe !
La solitude du coureur de fond
Au KM 14, en plein Bois, P-A me dit de continuer à mon rythme, lui va ralentir. On s’échange des derniers encouragements, et c’est parti, je suis seul au milieu de la foule. Alex est 50 à 100 mètres devant. Il y a du soleil, des familles sur les bords du chemin, mais on est loin des ambiances déchaînées de Londres ou New York. Il y a si peu de coureurs qui courent pour une cause, c’en est triste. Soleil sur les frondaisons. Et allez, encore quelques faux-plats (82%, pas plus !!) avant de rentrer à nouveau dans Paris. Rue de Charenton, encore des faux-plats, je bois régulièrement (une bouche pleine d’eau toutes les 5-10 mn) et je prends mes gels tous les 5 km. Le rythme est bon, mais je me freine. 5’15 », toujours, au moins jusqu’au semi, voire jusqu’au KM 30.
Passage du semi à 1h47 (contre 1h43 lors du Semi d’Elbeuf, il y a 1 mois, mais j’avais fini cramé, et je n’avais pas 21 km restant à courir derrière). Contrairement aux autres marathons depuis Berlin, je ne mets pas ma musique à partir du semi : je veux rester dans l’ambiance tant que je ne ressentirai pas le besoin d’un supplément de motivation. KM 23, voilà les berges de la Seine. Un point difficile, démotivant : c’est là où je m’étais effondré aux marathons de Paris 2002 et 2006, c’est une longue bande de tunnels qui semble interminable. Toujours seul (façon de parler…), je passe sous les tunnels, notamment un long souterrain étouffant qui me rappelle le pont de Queensboro avec son côté claustrophobe. La foule est présente au-dessus de nos têtes, mais je ne sais pas, cette longue étendue de quais grisâtres donne vraiment un sentiment de paysage encaissé, façon Défilé des Thermopyles. Et cela s’enchaîne avec les souterrains, c’est-à-dire remonter depuis les quais, redescendre dans un tunnel, remonter au bout, plusieurs fois en quelques kilomètres. J’entends une fille qui crie « Allez, plus vite ! ». Non, Mademoiselle, vous avez le droit de crier Bravo, de nous encourager, de dire Courage, il reste X km, mais ce « Plus vite », c’est se moquer du monde. (Le marathonien commence à manquer d’humour vers le km 25 ; quant aux personnes qui traversent la rue au milieu d’un peloton, elles ne se rendent pas compte de la souffrance accumulée dans ces jambes, de l’épuisement nerveux qui nous mine, et du fait que ces choses-là, non, vraiment, ça ne se fait pas). Une petite angoisse : mes pieds chauffent, j’espère que mes nouvelles semelles ne sont pas en train de me déclencher des ampoules, hélas ça en a tout l’air. (en fait, je n’aurai eu aucune ampoule, mais je ne le découvrirai qu’après coup). KM 28, on a passé la Maison de la Radio, allez, je n’attends pas le KM 30, je mets ma musique.
Hasard de la lecture, je tombe sur une musiques de Rocky et cela me fouette les sangs. Bon sang, on va y aller ! J’attaque, donc. (En relisant le graphique de ma course, je découvre que « attaquer » a consisté surtout à »me maintenir » dans les mêmes vitesses. Même si cela va nécessiter une analyse plus approfondie, puisque mes vitesses « montre » ne sont pas les mêmes que les vitesses « réelles »). Je rejoins Alex, qui continue toujours de la même foulée ample. Il s’accroche, on passe les kilomètres ensemble. 30ème kilomètre. « C’est là que la course commence vraiment », d’après Pierre C. Ce sont des lieux que je connais (Roland Garros, Porte d’Auteuil, allées de Longchamp) et que je ne reconnais pas, ou à peine, tant la course se vit à un rythme intérieur, oublieux des réalités du monde extérieur. Dans mes oreilles, l’intro de « Hold the Line » (Toto) me poursuit et me relance.
Band of brothers
Et on rentre dans le Bois de Boulogne. Cet asile de verdure est en fait un passage noir du Marathon de Paris : beaucoup moins de monde, beaucoup moins d’encouragements, une solitude ensoleillée au milieu du cloc-cloc rythmé de centaines de semelles autour de moi. J’enchaîne les musiques sympa, Bruce Springsteen, Sting, Paul Personne, plusieurs B.O.s, et je zappe impitoyablement les morceaux un peu mous. KM 35. Dans deux bornes, notre lieu de rendez-vous avec les 70 supporters d’Autour des Williams. Courage, plus que 2 petits kms avant de pouvoir taper dans les mains, faire des coucous à tous. Alex peste à côté de moi, nous avons les cuisses tétanisées, en bois, en carton. Mais nous avançons toujours, têtus, rigoureux, et la vitesse se maintient tant bien que mal. Et les voilà, je les vois au loin dans leurs T shirts bleu ciel, dans un virage.
Nous nous détachons du peloton et faisons la jonction, Alex joue les stars américaines tandis que je pratique le bain de foule, j’embrasse mes ami(e)s, ma famille, les collègues… Ce sont toujours des moments remplis d’émotion, si intenses, et en même temps, extrêmement brefs.
Et c’est reparti, déjà ! Dans mes oreilles, Daft Punk me relance tandis que nous empruntons un petit chemin forestier. Courage, à partir de là, plus que 5 km. Je rejoins Alex, il se cale dans ma roue.
KM 39, avec le Palais des Congrès dans le lointain. Le ravitaillement du KM 40, auquel je ne m’arrête pas : à ce stade-là, l’eau n’a plus le temps d’être assimilée, elle est tout juste bonne à chasser le goût du dernier gel « coup de fouet » (imaginez un gel très sucré, au goût mélangé de menthe poivrée et de caféine…). Et toujours ce train d’enfer, nous sommes montés à 13 km/h ou pas loin, tout le corps est douloureux, les cuisses, les pieds, le dos, les bras. KM 41, dans un virage. Je dis à Alex : « Voilà maintenant le km le plus dur ». Et pour cause : il fait 1 km et 195 mètres. Nous dépassons des marcheurs, des épuisés, des éclopés. Sans me retourner, je sais qu’Alex est juste derrière moi, ou à mes côtés. La foule commence à se densifier, le bruit aussi. Je devine la Porte Dauphine avant de la voir, nous ne voyons même pas le panneau KM 42 car nous avons repéré, là-haut, au milieu de l’avenue Foch, l’arceau de la ligne d’arrivée. Et c’est notre dernier faux-plat, que nous avalons (presque) sans nous en rendre compte, pour passer, les bras levés en l’air, la ligne d’arrivée à la même seconde.
Temps officiel : 3 h 36 minutes 01 seconde. Mon meilleur temps à ce jour. Mes records de New York et de Londres battu de presque 19 minutes. Et malgré la grande fatigue et la tétanie des muscles (personne ne peut imaginer ce que c’est sans l’avoir fait), je me sens mieux que lors de mes précédents marathons. Une course que j’ai gérée de bout en bout.
Nous nous retrouvons dans l’après-midi pour un pot, et les coureurs égrènent leurs arrivées en fonction de leurs chronos respectifs. Il y a les bénévoles d’Autour des Williams, les familles, le Directeur Général d’ESCP Europe.
Dans un petit discours où j’essaie de remercier tout le monde, je mentionne le discours de la bataille d’Azincourt, dans Henry V, parce qu’un petit groupe fraternel peut changer – un peu – le cours de nos vies.
D’où ma petite tristesse.
Nous avons vécu, et nous sommes battus, au rythme de ce projet, durant 5 ans (le premier tour de chauffe date du semi-marathon de Paris de mars 2005). Les résultats, non encore arrêtés, établissent que nous avons collecté au moins 50 000 euros de dons pour la recherche sur le syndrome de Williams-Beuren. Mais ce n’est qu’une partie des résultats : l’expérience humaine, les relations que nous avons nouées, l’intensité des engagements personnels, sont notre meilleure récompense. De toutes les choses que j’ai faites dans ma vie, c’est une des réalisations dont je suis le plus fier.
Merci à tous et à toutes pour vos encouragements, vos dons, votre temps.
3:36:06 au Marathon de Paris, temps non officiel, récupéré sur ma montre.[edit] temps officiel 03:36:01 [/edit]
Mes records des marathons de Londres (avril 09) et New York (novembre 09) sont donc battus de presque 20 minutes.
Beaucoup de bonnes choses, un peu de tristesse, debrief à venir… plus tard.
Pour préparer le Marathon de Paris, je reprends ma check-list du Marathon de New-York et je l’améliore. Je vais modifier ce thibillet en live jusqu’à mon départ (dimanche matin, vers 7h AM, à vérifier)
Samedi :
Playlist pour le lecteur MP3 – check
Imprimer les différents rendez-vous et préparer la logistique voitures – check
Envoyer un mail aux 70 coureurs sur le RV avant marathon – check
Prévenir journalistes – check
Sieste – check
Téléphone rechargé – check
Appareil photo rechargé – check
huile de massage à l’arnica – check
Aller aider Chou pour préparer la Pasta Party – check
Prévoir quelques mots inspirants pour les 30 convives et la fin de 5 marathons sur 5 campus
Brassard / ceinture pour mettre les gels pendant la course – check
Sparadrap pour mettre sur les tétons !! – check
Crème pour les pieds et les parties délicates (Nok) – check
8 doses de gel au glucose pour les kilomètres 5, 10, 15, 20, 25, 30, 35 et 40 – check
4 épingles de sureté pour le dossard – check
Cardio-fréquencemètre et accéléromètre – check
Lecteur MP3 + écouteurs Sennheiser qui vont bien ! – check
piles chargées – check
Bandana (car il va faire beau) – pas trouvé 🙁
Tenue pour l’attente dans le froid – check
Conseils pour avant la course :
Boire beaucoup (de l’eau), 2-3 litres par jour avant (Si pipi pas transparent, Toi boire encore des torrents) – Rooibos, Chicorée (pas de caféine), eau, pastis sans alcool – check
Manger des pâtes, des pâtes, des pâtes (et d’autres sucres lents) – check
Ce soir sur M6, à partir de 18h50, l’émission « 100% Mag » traitera de différents sujets, dont… les testeurs de chaussures de running. Et devinez quelle équipe sera filmée ? Celle des coureurs des 5 marathons sur 5 campus, dont votre serviteur.
Et en attendant le Marathon de Paris, dimanche, il n’est pas trop tard pour donner pour la recherche génétique.
En 5 ans,
J’ai envoyé des milliers d’e-mails
J’ai co-créé deux sites web (le site actuel est là)
J’ai rencontré des centaines des coureurs, des familles dont les enfants sont atteints de cette maladie génétique, des bénévoles, des êtres humains, quoi.
J’ai argumenté avec sponsors, partenaires, fournisseurs, tout cela pour « la plus grande gloire de Dieu » comme disent les jésuites.
Et j’ai couru, mazette. (Comme en atteste la rubrique Courir de ce blog).
Et voilà la dernière ligne droite. Dimanche 11 avril, je courrai le Marathon de Paris en essayant de battre mes deux records : record de temps (mes 3h 54′ 43″ du Marathon de New York), et record de dons.
Alors si vous avez quelques euros, laissez-vous attirer par le bon Karma que représente le fait de donner (le bouton en haut à gauche…)
Et si vous avez du temps, venez donc dimanche matin 11 avril au KM 37,2, vous devriez trouver quelques dizaines (centaines ?) de T shirts bleu ciel avec nos supporters dedans.
Y a plus qu’à…
Mardi : 8,6 km Mercredi : 10,9 km Vendredi : 7,6 km Dimanche : 19,8 km Total semaine 1 = 46.9 km
Mardi : 9,5 km Mercredi : 8,6 km Vendredi : 7,9 km Dimanche : 17,7 km Total semaine 2 = 43.7 km
Mardi : 9,3 km Mercredi : 10,8 km Vendredi : 7,9 km Dimanche : 18 km ? Total semaine 3 = 46 km ?
« essayez d’aller jusqu’à 60 km par semaine », qu’il me disait, mon médecin du sport. Déjà que là, j’ai l’impression que mes rotules s’effritent…
Allez, on va essayer de passer tous les mercredis à 10 km (3 tours des Buttes-Chaumont) et le vendredi à 10 aussi.
Fin de journée de ski, je n’aspirais qu’à me liquéfier sur le canapé. Et puis là, mon archange tentateur, mon alter ego (en mieux) lâche juste comme ça « pour ma part je vais courir ». Deux secondes de réflexion, un peu plus de temps pour oublier ma fatigue et mon manque de motivation, et nous voilà partis sur la route enneigée.
Le soleil nappe encore les montagnes de quelques milliards de Lux, mais la nuit tombe sur les sapins, les voitures ont allumé leurs phares. On se range au passage des navettes, l’air est glacé. Après la descente, une remontée qui assèche les poumons, on commence à entendre les respirations laborieuses. On fait un tour par le village. Petites boutiques illuminées qui envoient de la lumière sur la neige bleue, zig-zags entre groupes familiaux et groupes de copains. J’entends plusieurs fois « ils sont fous », mais aussi, une fois « Si ça c’est pas de la motivation… » Sourire intérieur. Et puis le baroud : un chemin dans la neige qui descend dans la nuit. Le bruit des foulées qui crisse dans la neige. C’est d’abord la descente, où il faut faire attention à ses chevilles. Et puis c’est le retour, la montée. Au bruit froufroutant de la neige se superpose le bruit des respirations qui souffrent, soufflets de forge dans la nuit silencieuse. Retour sur la route, pour la dernière partie. Jorge m’encourage, au moment où je commençais à lâcher. Je remonte à son niveau. Quelques centaines de mètres plus loin, il me dit qu’il va marcher : je le relance à mon tour. Nous finissons dans la souffrance, mais aussi dans le plaisir : allez, encore un entraînement accompli, une petite victoire pour le mental et la motivation. 50 minutes, 7 km (mais avec des dénivelées), -15° C. Et après, 20 mn de Hammam, repos des guerriers. La vie est dure.
Mon ami Laurent avait lui aussi rédigé un compte-rendu. C’est différent, dans la mesure où lui court plutôt en 3h15 (mais il ne prend pas de photos, voilà, ça explique la différence).
Son récit est ici.