Daily Archives: 30 mars 2007

Magnolia Express – 2ème partie – # 17

Rendez-vous au paddock
 
Nous sommes sortis, une petite pluie fine tombait dans la nuit, Aline s’est pelotonnée contre moi et nous avons marché le long des réverbères entourés d’un halo brumeux. Au coin de la rue se trouvait le bar où était resté Conrad, quand nous sommes entrés on aurait dit une étable tellement il y avait de vapeur, de chaleur, de lumière chaude et de fumée. Conrad était assis à une table au fond, devant lui il y avait une chope de bière à moitié remplie, et il avait sorti sa pipe de maïs et fumait en rêvant. Sur la table de bois ciré, juste en face de sa chope de bière à moitié remplie se trouvait une autre chope de bière, elle aussi à moitié remplie. Deux petites sœurs, une blonde et une ambrée, qui se tenaient bien sagement l’une en face de l’autre. « Tu as trop bu, tu vois double », ai-je dit à Conrad en m’asseyant en face de lui, tandis qu’Aline se mettait sur la banquette à côté de lui. Il hocha la tête, le regard perdu dans la fumée de sa pipe, à construire des châteaux de fumée dans l’air opaque. Et puis une voix m’interpella par derrière : « Alors p’tit gars, tu profites de mon absence pour siroter ma bière ? »
J’ai vu Aline qui regardait par-dessus mon épaule, les yeux rêveurs de Conrad qui se posaient dans l’espace derrière moi, qui souriaient, hochaient la tête, je me suis retourné. Une chemise à carreaux débraillée sur le pantalon, et une fille brune comme une jument dans la chemise. La fille m’attrape par le col, me soulève de mon tabouret en me regardant avec des yeux de cheval sauvage. Je dis juste « Bonjour Madame ».
Si j’avais un chapeau, je le soulèverais.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Frugalité

J’ai un abonnement de téléphone mobile. 2h par mois, et c’est tout. La société de téléphonie mobile, dont j’ai déjà parlé, pousse la délicatesse jusqu’à m’envoyer un SMS pour me dire quand j’ai consommé tout mon forfait, et que je commence donc à flirter avec la délinquance de la sur-consommation.
Ce SMS arrive invariablement le 29 ou le 30 du mois. Sentiment d’ajustement parfait. Il suffit de peu pour éclairer ma fin de journée (et de semaine)(et de mois).

Projets

Quand j’étais plus jeune, je faisais des projets (impétueux que j’étais !) et j’en parlais autour de moi (naïf que je fus !). Cela se soldait régulièrement, quelques semaines après, par un retour régulier des copains / collègues : « alors t’en es où dans ce projet ? » Et moi de répondre que je n’avais pas avancé. Une semaine passait, et un autre quidam, bien intentionné, et sincèrement intéressé, me posait la même question. Un peu honteux, j’avouais n’avoir rien fait. Les questions s’enchaînaient au fil des semaines, et anéanti, vidé de toute substance, j’avais l’impression de les avoir tous trahis. Je me rends compte aujourd’hui que je m’étais surtout trahi moi-même, en dévoilant aux autres mes rêves les plus intimes. Qui plus est, je les avais conforté dans leur étiquetage scrupuleux : Christophe = projet X ; voir Christophe => ask question projet X ; shoot again, start again, goto begin.
Désormais, fidèle à quelques principes chèrement acquis, je ne parle plus de mes projets que quand ils sont sur des rails assez bien posés, voire quand le train quitte définitivement la gare. Mais ça ne m’empêche pas de les nommer, ni d’en faire la liste.

  • Projet Magnolia : sur des rails, pas de souci.
  • Projet Prométhée (« dérober le feu aux dieux ») : pas assez avancé à mon goût, même s’il a 3 ans d’âge. J’espère le terminer avant 3 ans.
  • Projet Phenix (« renaître de mes cendres, me réinventer ») : lancé sérieusement la semaine dernière. En cours, mais les quelques rails posés ne sont pas suffisants pour que j’en parle.
  • Projet Augias (« pelleter ») : mini-projet, au regard des autres, mais maxi impact. Entrée en gare la semaine prochaine, ou dans deux semaines (plouche ou moinche).
  • Projet Mercure (« des ailes aux pieds ») : alive and kicking, manque plus que les dons.
  • Projet Biblos : je le garde pour faire plaisir à une collègue, qui a foi en moi, mais j’ai pas posé le premier trait de crayon sur le premier plan du premier tracé de la voie ferrée…

Il n’empêche, des choses arrivent. Finance, 2ème édition vient de sortir, avec une mise à jour (données : janvier 2007). Un livre dans lequel j’ai écrit un chapitre sémillant sort en mai. Je prépare ma déclaration d’impôts, qui sera une publication majeure. La vie avance…

Magnolia Express – 2ème partie – # 16

Rhapsody in Wood
 
La salle de concert était bien remplie, nous n’étions pas assis l’un à côté de l’autre, les lumières ont baissé et je voyais Aline à quelques rangs devant. Les musiciens commencèrent à jouer une de ces œuvres lentes et pénétrées, tout le monde avait l’air très sérieux, le chef d’orchestre fronçait les sourcils en recherchant le Son Juste, les spectateurs eux-mêmes avaient un air de gravité douloureuse, comme ça arrive en cas de problèmes intestinaux.
Je regardai Aline, Aline se retourna, me regarda, me sourit. Bon. Ça au moins, ça n’était pas perdu, Aline reste toujours Aline. Et puis elle se retourna vers l’orchestre et continua à écouter. Alors je me suis endormi.
 
Quand je me suis réveillé, le combat faisait rage. La grosse caisse envoyait de la mitraille sonore BAOUM BAOUM tandis que les violons cédaient, pliaient puis remontaient à l’assaut en tricotant de leurs archets, les cuivres sonnaient la charge et il n’y avait guère que les bois pour se tenir à peu près tranquilles. Les violons faisaient preuve de beaucoup de vigueur, ils se dépensaient sans compter pour contenir l’ennemi et ses vibrations sonores. Les archets zigzaguaient à toute vitesse, les violons s’inclinaient, une fine poussière de bois, une sciure légère commençait à flotter autour des violons. Mais il fallait bien qu’ils se défendent, les grosses caisses étaient toujours menaçantes, alors ils ont continué à scier, maintenant la sciure commençait à tomber sur le plancher et les violons jouaient toujours. Ça n’était plus un concert, ça devenait une entreprise familiale au Canada, où l’on débite des bûches toute la journée. Un des violons s’est arrêté, a enlevé sa veste de smoking, en dessous il avait une chemise rouge à carreaux, et il a recommencé à jouer tandis que son collègue faisait de même, on voyait qu’ils avaient tous chaud, et bientôt tous les violons étaient en chemises à carreaux, et puis les cuivres se sont mis en bleus de travail, tout en continuant à jouer (il fallait bien entretenir la machine).
Désormais, un nuage de sciure de bois les entourait tous, les hautbois et clarinettes avaient recommencé à jouer sur un ton très doux, comme des chants d’oiseaux qu’on ne verrait pas parce qu’ils sont cachés derrière le feuillage. Les grosses caisses tapaient sur un rythme travailleur, comme des marteaux qui enfoncent des clous, et on y était enfin, au Canada, au milieu d’un scierie familiale, la sciure jonche le plancher et une bonne odeur de bois frais flotte dans l’air. Les bûcherons et les mécaniciens travaillent en rythme, en écoutant les oiseaux qui chantent dehors dans le feuillage, et puis il se mettent tous à chanter ensemble l’Hymne Du Bûcheron Travailleur :

Hi Yo Hi Yo
on débite du bouleau
tout le peuplier
c’est sûr y faut travailler
on travaille en chêne,
y a pas vraiment d’ problème
Hi Yo Hi Yo

Et la baguette du chef d’orchestre est devenue un brin d’herbe,
et comme on ne peut pas diriger des gens avec un brin d’herbe,
il se le met à la bouche,
et les mains dans les poches,
il va faire un tour
parmi les bûcherons et les mécaniciens
qui continuent à chanter
en chœur.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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