Daily Archives: 6 mars 2007

Magnolia Express – 2ème partie – # 8

Papillons de nuit
 
Au fur et à mesure que la nuit avançait, la densité de l’air changeait dans la voiture-cargo-transport spatial. J’avais apporté le premier changement en ouvrant la bouteille Thermos argentée, et l’odeur de bon café brûlé avait rempli l’habitacle. Puis on avait bu, et Conrad avait ouvert sa fenêtre pendant un moment. Dans les champs autour de nous flottait une odeur de nuit, une bouffée un peu sucrée d’herbe fraîche et verte (oui oui, l’herbe bien verte a une odeur particulière, même la nuit. Surtout la nuit).

Et puis Aline s’est endormie doucement, pelotonnée à l’arrière, on voyait juste une touffe de cheveux sous les couvertures. A chaque fois qu’Aline dort comme ça près de moi, j’ai une impression bizarre : j’ai l’impression de la perdre, elle part dans son petit royaume coloré, et en même temps, je ne sais pas pourquoi, elle n’est jamais plus proche, jamais je ne pense autant z-à elle.
Quand Aline s’est endormie, l’atmosphère a encore changé progressivement. D’abord, nous nous sommes mis à parler plus doucement avec Conrad, attentifs au petit animal qui dormait sans bruit, là derrière. Et puis Aline s’est mise à rêver, à distiller des pensées chatoyantes tout autour de nous. L’habitacle du paquebot-taxi devenait un cocon chaud et douillet, c’était comme une petite ivresse, on se laisse aller à une pensée, et puis une autre, et puis un bout de rêve d’Aline vient vous chatouiller l’oreille, apparaît dans un coin de votre regard. Au bout d’un moment, Conrad et moi nous sommes tus.

Aline a rêvé ainsi jusqu’au petit jour, et nous étions un vaisseau spatial au carburant un peu spécial, une brouette pleine de pétales qui glissait sans bruit sur la route couverte de rosée.

Creative Commons License
Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Livre lu : Dennis Lehane – Mystic River

C’est donc un livre de Dennis Lehane, dont a été tiré le film éponyme de Clint Eastwood. J’en avais parlé ici.

Dennis Lehane, Mystic River, Rivages / Noir, 2004, 290 p.

Je n’ai que quelques mots à dire, car j’ai beaucoup aimé, et que le film de Clint Eastwood était très peu présent dans ma tête (mais Jimmy était Sean Penn, Sean était bien Kevin Bacon, Dave Boyle était Tim Robbins, et Lawrence « Matrix » Fishburne campait un Whitey tout à fait acceptable). Ceci est un superbe livre, et Dennis Lehane est bien plus qu’un écrivain de polars. Malgré mon plaisir à retrouver ses deux héros, Patrick Kenzie et Angelina Gennaro, je me rends compte que les meilleurs romans de Lehane sont ceux où il a des personnages « juste pour une fois ».

Tout peut être résumé dans cette Correspondance :il y a du Steinbeck dans ce roman, celui de A l’est d’eden, ou de Dans un combat furieux, et probablement aussi du Sergio Leone, celui d’Il était une fois en Amérique. Des personnages qu’on ne connaissait pas hier, mais qui nous sont frères de misère et d’incertitude. Si je me lâchais (mais je ne me lâche pas), je dirais : écrivain métaphysique.