Daily Archives: 14 mars 2007

Magnolia Express – 2ème partie – # 13

Maîtriser sa vie
 
Pendant que Conrad prenait de l’essence, nous sommes partis acheter des victuailles, des provisions de bouche. Aline se chargeait du pain de mie, des pommes vertes, du jambon et du beurre frais. Ma responsabilité portait sur le fromage, le lait frais, deux-ou-trois légumes et un-peu-plus-que-le-nécessaire-à-boire. Nous nous sommes retrouvés à la caisse, la synchronisation était parfaite, nous sommes les rois de l’organisation.
Aline s’est mise dans une queue, je me suis mis dans l’autre. Dans ces cas-là, ça ne rate pas, je suis toujours dans la queue où il y a un problème. Je crois que jamais au grand jamais je n’ai eu la chance d’être dans une queue normale, où chacun paie pour ce qu’il a acheté, et on se retrouve vite devant la caissière, on dit bonjour et à peine le temps de sortir son argent, elle a déjà tout compté, comptabilisé, empaqueté, on retrouve sa vie bien emballée dans des sacs en plastique. Non non non, toujours il y a un problème, et Aline se retrouve toujours à m’attendre en fronçant les sourcils (c’est pour rire) et j’ouvre les bras d’un air résigné, pour lui faire comprendre que ce n’est point ma faute. C’est ahurissant ce qu’une queue peut créer comme problèmes, à partir du moment où je suis dedans : la caisse enregistreuse se met à fumer, ou elle explose et saute au plafond, il n’y a plus de sacs plastique, ou un client prend la caissière en otage. Une fois, j’étais arrivé devant la caissière sans anicroche, je regardais à droite, à gauche, je cherchais où pouvait bien être le problème, mais non, elle commençait à compter comptabiliser empaqueter ma vie et rien ne se passait. J’étais de plus en plus nerveux, je guettais la caisse-enregistreuse (62% des problèmes, vous pensez bien si j’ai eu le temps de faire des statistiques), les clients derrière, le sol glissant. Rien, il n’arrivait toujours rien. La caissière a levé les yeux, et m’a demandé :
 
– Vous payez par chèque ?
 
Là je savais qu’il ne pouvait pas y avoir de problème : j’avais déjà l’argent à la main, du bon argent sans problème, et je me suis enfin risqué à sourire. C’est à ce moment-là qu’un grand morceau de plafond s’est détaché et m’est tombé sur le crâne. Le docteur qui m’a soigné m’a dit qu’il n’avait jamais vu ça, le Directeur du magasin s’est excusé, a dit qu’il ne comprenait pas. Je souriais béatement pendant qu’ils m’entouraient, je leur disais que tout allait bien, que c’était normal, je connaissais ma place dans la vie.
 
Alors aujourd’hui, j’attendais patiemment mon problème, il était loin le temps où cette déveine m’énervait, où je cherchais le Responsable, maintenant j’attendais mon problème comme d’autres attendent leur bus, celui qui arrive toujours, même s’il a une ou deux minutes d’avance, ou cinq minutes de retard. Mon problème arrive toujours, et même de temps en temps il s’excuse : « Excuse-moi, vieux, je suis un peu en retard, j’ai mis du temps à trouver une place dans le Parking des Problèmes ». Alors je réponds « C’est rien vieux, c’est rien, je savais que tu viendrais, je n’étais pas impatient… ».
J’en étais là à méditer, tandis que la queue lentement me rapprochait de la caisse, et deux personnes devant moi, j’ai vu soudain mon problème. C’était une jeune maman enceinte, elle a soudain lâché ses paquets et elle a fait Oooooh parce que le bébé devait lui donner des coups de pieds. La dame qui était devant moi s’est retournée, et m’a dit « Espérons qu’elle ne va pas accoucher ici ! ». Je lui ai souri sans rien dire, il fallait bien lui laisser un peu d’espoir, elle ne savait pas qu’elle était dans la Queue Qui A Toujours Des Problèmes…

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Finance durable et développement tenable, quelques idées

Ceci est un brouillon d’un réflexion plus générale, qui nécessitera plusieurs thibillets, à parution évidemment aléatoire (voire improbable).
En fait, il y a deux idées, apparemment dissociées, mais que je pense être liées à terme.

1. La crise écologique, et les actes réalisés

  • La grande Loulou m’a prêté un livre qui essaie d’analyser le phénomène actuel. J’en ferai une analyse plus détaillée quand je l’aurai terminé, mais si l’on passe son titre à mon avis mal choisi (« comment les riches détruisent la planète ») on trouve quelques idées que je vous résume :
  1. Notre planète connaît actuellement la 6ème grande extinction animalière de toute son histoire. La cinquième a eu lieu il y a 65 millions d’années (disparition des dinosaures).
  2. Depuis le XIXème siècle, les entreprises et les pays ont émis quantité de gaz dans l’atmosphère, la particularité de ces gaz (dont le CO2) étant de rester longtemps dans l’atmosphère terrestre, et d’empêcher que la terre renvoie les rayonnements du soleil. Donc la terre se réchauffe.
  3. Un réchauffement apparemment bénin (quelques degrés) peut déclencher des catastrophes majeures : thermiques bien sûr, mais aussi maritimes (fonte des glaces), épidémiologiques (les moustiques du palu venant s’implanter en Europe), humaines (déplacements majeurs de population) et évidemment climatologiques (canicules, ouragans).
  • Cela n’est pas très éloigné de l’analyse de Tristan Nitot, qui souligne que cela tient essentiellement à une augmentation régulière de la consommation, érigée en valeur culturelle (j’achète un 4×4 donc j’existe).
  • Quels sont les acteurs qui tentent d’enrayer ce processus ? Quantité de personnes. Des individus, des associations, des scientifiques qui essaient d’expliquer pédagogiquement les enjeux, et des entreprises. J’en ai deux exemples en tête. Yvon Chouinard, dont je viens de finir le livre, contribue depuis 1985 au club « 1% pour la planète », qui regroupe les entreprises qui donnent 1% de leurs ventes (ou plus) à des causes environnementales. Par ailleurs, dans La Tribune du 8 mars 2007, on apprend que Bank of America va consacrer 20 milliards de dollars à un fond vert d’aide aux projets personnels favorables à l’environnement (géothermie, énergie alternatives, isolation etc.).
  • Je reviendrai sur ces différents éléments, notamment en citant différents passages du livre d’Yvon Chouinard, dans ma rubrique Verts de Terre.

    2. Le court-termisme financier, ou après moi le déluge

    • Ce n’est pas parce que je suis professeur de finance que je dois adhérer à tout ce qui fait la sphère financière. Il y a des bons comportements, des comportements rationnels (ce ne sont pas forcément les mêmes) et des comportements pervers.
    • Un des thèmes sur lesquels je me suis déjà exprimé, c’est la mutualisation des coûts : une entreprise qui licencie renvoie le coût à la communauté (agences ANPE, prestations sociales) ; une entreprise qui pollue mutualise les coûts sur la communauté (augmentation de l’asthme des enfants, des angines, des allergies, augmentation des coûts de retraitement, réchauffement global, cancers de la peau, etc.). Or, qu’est-ce qui favorise ces comportements ? Certes, il s’agit d’abord d’une dissociation entre les gains (privés) et les coûts (publics), d’où la volonté de certains législateurs d’imposer une notion de pollueur-payeur. Mais il y a aussi un problème de relation au temps.
    • Quand on dit développement durable, on utilise un terme trompeur. Sustainable development, c’est le développement tenable, comme on parle de croissance tenable en finance (par opposition à une croissance intenable). L’analogie en course à pied, c’est le rythme anaérobie lactique, où l’on produit plus d’acide lactique qu’on ne peut en éliminer, donc on a des crampes, on ralentit, on s’écroule (exemple ici, notamment le graphique)… Le problème, c’est que les dirigeants de sociétés cotées ont une « durée de vie » trop courte dans leur fonction pour avoir des incitations à des politiques durables, ou tenables. Les papiers de recherche ne donnent pas tous les mêmes chiffres, mais en moyenne, 15% des dirigeants changent chaque année. Et ces 15% peuvent concerner uniquement certaines entreprises : plus d’un quart des dirigeants « remerciés » étaient en poste depuis moins de 3 ans. Rien d’étonnant à ce que les directeurs financiers raccourcissent les délais de retour à la rentabilité imposés aux projets, pour que ceux-ci soient en ligne avec leur propre durée de vie dans la société (via FinanceProfessor). Exit la politique de long terme, les grandes visions stratégiques, la volonté de léguer la terre à nos enfants…

    Je sais, je l’ai déjà dit… mais la répétition est pédagogique !

    Doppelgänger numérique

    A propos d’identité numérique, le moment où l’on commence à passer de l’autre côté du miroir, à se dédoubler, voire, à disparaître du monde réel, c’est quand on passe plus de temps à poster des billets, commenter des billets, lire des fils RSS et répondre à des e-mails (ce dernier point me prend plusieurs heures par jour actuellement), plutôt que de prendre soin de sa santé physique (courir !), voir des amis, voir des collègues, assister à des réunions productives avec des gens réels. Hier j’ai déjeuné avec un entrepreneur, c’était bien de voir qu’il existait encore un monde réel, avec des personnes passionnées et désireuses de créer, développer, lancer, des projets réels.