Daily Archives: 2 avril 2007

Magnolia Express – 2ème partie – # 18

Eileen
 
Elle a dû sentir que je soulevais un chapeau imaginaire, car elle s’est détendue un peu, a souri, j’ai eu l’impression de voir un poulain gambader dans l’herbe verte.
– Laisse, dit Conrad-le-rêveur-fumeur-de-pipe, ce sont les amis dont je t’ai parlé…
Elle m’a reposé sur le tabouret, j’étais content d’être à nouveau assis, elle se pencha par dessus la table, tendit la main à Aline :
– Eileen (air sérieux, regard volontaire).
– Aline (air espiègle, regard-sourire). Ne me l’abîmez pas, il peut encore servir.
Puis elle me tendit la main :
– Eileen. Excuse-moi, il y a tellement de malotrus qui abusent d’une faible femme…
– …
Elle s’assit sur mes genoux et recommença à parler avec Conrad, je regardais Aline d’un air effaré (ce n’est point ma faute), il fallait tout de même reprendre la situation en main…
Eileen demandait à Conrad : « Alors tu ne veux pas m’expliquer pourquoi vous faites le taxi de nuit tous les trois à 300 miles de ton port ? »
Conrad hochait la tête, le regard un peu vague. Et je répondis :
– il ne peut pas le dire, parce qu’il ne le sait pas. De nous trois, il n’y a que moi qui sache.
Eileen me regarda, ça y est, j’existais, je n’étais plus simplement un coussin pour boire de la bière. Conrad me regardait en tirant une ou deux bouffées de sa pipe de maïs. Et Aline me regardait aussi, l’air interrogateur. Les yeux d’Eileen trottèrent de mon visage à celui de Conrad, firent un détour par Aline, revinrent sur moi.
– Alors ?
– Je ne sais pas si je peux te le dire, tu comprends, on ne te connaît pas vraiment…
Je jouais le jeu, il fallait bien qu’elle comprenne l’Enjeu. Elle me regarda en fermant un œil, allait-elle me tire-bouchonner à nouveau le col de chemise, me soulever de ce tabouret reposant, allait-elle me faire subir un interrogatoire troisième degré ? Elle racla du sabot sous la table. Allez, elle avait l’air vivante après tout, je pouvais bien lui en parler, même si je ne savais pas encore ce que j’allais dire. Je respirai et puis :
– Nous sommes des Pèlerins allant vers la Frontière.
C’est notre Mission, c’est notre Vœu. A tous les trois.
Silence.
Et puis Conrad se racla la gorge, réfléchit, et dit « Oui, c’est bien ça, le petit a raison ». Aline ne dit rien mais Aline n’a jamais besoin de parler, c’est sa magie à elle.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Pensée américaine – pédagogie

Le prof américain est très interactif : il interroge la salle, fait intervenir, répond. Il a l’air malheureux quand la salle ne réagit pas. Cela a des avantages certains. Par exemple, le fait de faire préparer une présentation à l’avance est un plus : les étudiants qui doivent présenter mouillent la chemise, la salle écoute (ce sont leurs camarades) et l’interaction qui suit est généralement intéressante. Le prof n’est alors plus un transmetteur de concepts, façon enseignement magistral à l’européenne, mais plutôt un facilitateur de discussion.
Inconvénient, perçu par certains : une certaine dilution des propos, on ne va pas forcément loin en profondeur.
L’inconvénient majeur, que j’ai bien perçu lors de ma semaine à Austin : le professeur arrive avec des questions, et dès les premières minutes, il essaie d’interagir avec la salle. Mais la salle est composée d’Européens, dont la logique, la culture, sont différentes. L’étudiant européen (et je parle de cadres en MBA Exec, pas de jeunes de 20 ans) attend d’abord, il veut prendre ses marques, en écoutant un professeur, avant d’intervenir. Il faut au moins 20-30 mn de conférence du prof pour chauffer l’ambiance, au minimum. Le problème est que le professeur américain n’est pas habitué à celà : il prend ce silence pour de la torpeur, de la stupidité, ou un manque d’intérêt.
J’ai notamment vu un intervenant essayer de secouer la salle, en disant des choses du type « allez, enfin, je vous pose des questions vraiment très très simples… » et s’étonner de l’absence de réponses : l’audience en était d’autant plus crispée, parce qu’elle avait le sentiment d’être forcée. On ne change pas sa culture facilement.

  • Conclusion 1 : à chaque culture, sa pédagogie. Le one best way ne marche que pour one (best?) country.
  • Conclusion 2 : je pense que les Européens sont plus intériorisés, et qu’ils limitent volontairement leurs interventions en public (peur d’être ridicule, mais aussi respect du groupe) tandis que les américains sont plus ouverts, quitte à parler trop. Encore une fois, pas de système absolu…