Fin de nos émissions. Vous pouvez rester à l’antenne, au cas improbable, mais pas impossible où un signal intermittent serait émis. Ou vous pouvez vous repasser les extraits passés, ou encore changer de fréquence. Mais revenez, par pitié…
Daily Archives: 20 juillet 2006
Et dire…
Et dire que je n’ai toujours pas vu OSS 117, ni X-Men 3. Il ne doit plus y avoir aucun cinéma qui passe encore ces pellicules antédiluviennes d’il y a quelques mois…
Confort vs. Esthétique
Je déteste ces tongs que portent les filles l’été, en pleine ville,
démarche en pattes de canard,
clac-clac dans les escaliers
schlip-schlip sur l’asphalte.
L’oeil graphique
Lundi, pour la première fois, j’ai emporté mon appareil numérique pour aller au boulot. Cela change la vie. On a l’oeil graphique : on regarde mieux, tout, à l’affût de toute géométrie, construction, idée, mise en scène que l’on pourrait capturer, figer sur le capteur numérique. Il y a quelques années, j’avais formulé et mis en pratique un aphorisme qui était On regarde souvent ses pieds, on ne regarde jamais en l’air. Depuis, je regarde souvent vers le ciel, on découvre toutes sortes de choses qui nous surplombent, des trucs sur des toits, des fenêtres ouvertes, sans parler des nuages. Il y a un dicton aux échecs qui dit si tu ne sais pas quoi jouer, joue tes cavaliers. Mon diction serait Si tu ne sais pas quoi regarder, regarde les nuages.
Avoir l’oeil graphique, c’est regarder mieux, ne plus se contenter de voir passivement, mais rechercher activement ce qui pourrait mériter une (bonne) photo. Évidemment, j’en ai déjà parlé avec plusieurs ami(e)s, on peut facilement tomber dans la compulsion :
- tout regarder à travers un cadrage mental
- trafiquer la réalité, déranger la nature
- ne plus regarder vraiment, et ne découvrir ce qu’on a « vu » qu’au moment où l’on visualise les photos
Bref, trop d’oeil graphique tue l’oeil graphique. Je n’en suis pas encore là, heureusement.
Livre lu Andrea Camilleri : la démission de Montalbano
Rien à signaler. J’ai déjà dit le bien que je pensais de cet écrivain et de son héros. J’aime bien, dans La démission de Montalbano (Pocket, n° 12 473, 2005, 340 p.) le fait que ce soit une succession de nouvelles (comme cet autre recueil, La peur de Montalbano), j’apprécie toujours autant les sicilianismes très subtilement traduits par Serge Quadruppani, les états d’humeur (souvent noire) du commissaire, ou les délires verbaux de Catarella. Mais j’aimerais bien qu’Andrea Camilleri nous mette un peu plus de bonne nourriture, des plats, des descriptions, je sens que ça s’essouffle un peu par rapport à la grande époque. Cela dit, il se rattrape avec Les arancini de Montalbano, intrigue où Montalbano a 24h pour jouer les Jack Bauer, sinon un plat d’arancini va lui passer sous le nez.
Pas de citation.
Correspondances : déjà faites. Mais depuis que Camilleri m’en parle, je vais peut-être tester un jour les écrits de Sciascia.
Livre lu Herman Melville : Moi et ma cheminée
D’Herman Melville, j’ai lu deux ou trois fois Moby Dick, superbe roman et quête furieuse du Capitaine Achab, et deux ou trois fois Bartleby, qui est probablement pour moi LA nouvelle. J’avais cité « une intrigue à la Paul Auster« , car il me semble que La chambre dérobée, dudit Paul Auster (dans Trilogie New Yorkaise) reprend un peu le même thème.
Bref, cette fois-ci, il s’agit de Moi et ma cheminée (Seuil, R140 hors commerce, 1984, 160 p.). Ces trois courts récits sont intialement parus entre 1854 et 1856 dans des revues, et n’ont été traduits en français qu’en 1984.
Pourquoi ai-je acheté ce livre ? Parce que Philippe Delerm en parlait dans Mr. Mouse ou la métaphysique du terrier, en citant les premiers mots de Moi et ma cheminée, que je vous cite à nouveau :
Moi et ma cheminée, tête grise et vieux fumeurs, nous habitons à la campagne. J’ose même dire que nous y devenons d’authentiques autochtones ; et particulièrement ma cheminée qui s’y enfonce un peu plus chaque jour.
Herman Melville, Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 21.
Ce livre m’a énormément plu, par ce que j’y ai retrouvé de style Melvillien, mélange difficilement imitable d’humour flegmatique, d’observations humaines et de maîtrise parfaite de la langue et des constructions de phrases. Lire du Melville, c’est presque comme lire du Jules Romains : on a l’impression d’être intelligent, et l’humour est toujours sous-jacent.
…je commençai par mener Monsieur Scribe à la cave, à la racine de toute l’affaire. Lampe en main, je l’y précédai : car si, en haut de l’escalier, il était midi, en bas c’était la nuit.
On se serait cru dans les pyramides ; et moi, levant haut ma lampe d’une main et désignant de l’autre, dans l’obscurité, la masse de la cheminée blanchie par la vieillesse, je ressemblais à un guide arabe montrant les vétustes poussières du mausolée du grand dieu Apis.
Herman Melville, Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 63-64.
Et puis on y trouve une sagesse que j’aurai peut-être un jour, sur le tard, quand je me serai débarrassé de ma pharmacodépendance aux fils RSS, e-mails et autres nouveautés papillonnantes qui découpent certaines de mes journées en zapping permanent.
Vieux moi-même, je suis sensible à l’ancienneté des choses ; et c’est pourquoi principalement j’aime le vieux Montaigne, le vieux fromage et le vin vieux ; pourquoi j’évite la jeunesse, les petits pains chauds, les livres à la mode et les pommes de terre nouvelles.
Herman Melville, Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 51.
Correspondances : Je pense que, qui aime Herman Melville aime John Steinbeck, et réciproquement. Les deux auteurs sont américains, ils ont oscillé entre des oeuvres profondes, mystiques ou métaphysiques, et des amusettes, des textes courts, qui ne sont pas inférieurs en qualité pour moi. Ces textes servent au contraire à souligner l’exceptionnel travail humain d’observation de leurs semblables, qu’ils appliquent leurs observations à écrire des pavés comme Moby Dick ou Les raisins de la colère, ou des récits plus courts et plus légers comme Moi et ma cheminée ou Rue de la sardine.
[Jimmy Rose] était par nature un homme à femmes. Et comme la plupart des profonds adorateurs du beau sexe, il n’avait jamais aliéné sa liberté de s’adonner au culte général, en accomplissant le sacrifice volontaire de sa personne sur l’autel.
Herman Melville, Jimmy Rose, in Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 108.
Livre lu Philippe Labro : Franz & Clara
Dans son écriture fluide, Philippe Labro est facile à lire. J’ai lu Franz & Clara (Albin Michel, juin 2006, 190 p.) en deux heures, ou moins. C’était un cadeau, et je pense que je ne l’aurais pas lu (encore moins acheté) s’il ne m’avait pas été offert.
Cela dit, une fois cette descente en flammes faite, Philippe Labro écrit bien, et tant qu’à écrire fluide, il évite au moins les rodomontades d’un Alexandre Jardin. L’histoire qu’il décrit, vue essentiellement par les yeux d’une violoniste de 20, puis 30 ans, parle d’amour et de coeur brisé, d’enfance et de philosophie de la vie. Sa rencontre avec Franz (un enfant de 12 ans) agit en même temps comme un calmant, et comme un catalyseur d’une nouvelle existence. J’aime bien ce thème du phénix, dont il faudra que je vous reparle. Leurs dialogues tiennent de la philosophie de la vie. C’est, finalement, un livre qui a peut-être autant de profondeur, sinon plus, que L’Alchimiste, de Paulo Coelho. Mais ça ne veut pas dire grand chose : je n’avais pas tellement aimé ce livre. Mes amis me disaient « ce livre a changé ma perception de la vie » et je répondais « oui, m’enfin, c’est juste un gars qui a réécrit Le Petit Prince pour des adultes… »
Pas de citation.
Pas de correspondance, sinon une correspondance générale : tous ces auteurs grisonnants, parfois académiciens, qui publient sous de belles couvertures des histoires d’enfance, de femmes, de bonheur de vivre et de menus incidents. On est loin de Jack London…
Pensées du 20 juillet 2006
Je profite d’un trajet en train pour mettre à jour mes pensées, et comme je pense à vous, mes lecteurs chéris, je vous livre dans les billets qui vont suivre une mise à jour, ainsi que du stock de victuailles, avant de vous la souhaiter bien belle, et de me taire pendant plusieurs semaines (probablement à partir de la dernière semaine de juillet, assurément les 3 premières semaines d’août, et peut-être aussi la 4ème). Vous voilà prévenus.
Si vous avez des fringales de lectures, allez sur les blogs des commentateurs, regardez les blogs qu’ils lisent, et back-lisez les messages (vous pouvez aussi tester les produits délirants, comme la broche à guimauve rotative). On trouve des merveilles, par exemple je viens de découvrir Bon pour ton poil (grâce au blog de Mitternacht), qui est un joyeux délire très bien écrit. Je pourrais presque écrire ça, si j’étais plus doué. C’est dire…
