Daily Archives: 22 novembre 2010

Cinétique du Pékin – Chevaucheur de courants

Après la survie façon boule de billard dans une agora libre de tout graillon (thibillet à venir) ou grumeau, passons à un autre aspect de la mécanique des fluides urbains, souterrains et sociaux.

Un petit croquis vaut mieux que 10 lignes d’explication, donc, dans le déroulé à droite, nous avons le pékin lambda (point rouge) qui cherche à atteindre la chèvre sur l’autre rive (croix rouge) mais pour cela, il faut traverser le flux de pékins en mouvement (billes bleues qui roulent sur elles-mêmes dans un flot moléculaire relativement visqueux).

Pour ceux qui connaissent mes vicissitudes, le point rouge sort du métro, la croix rouge, c’est le quai du train de banlieue, et l’annonce « 19h47 pour Ménil-le-Glôt, départ dans une minute, voie 97 » vient de déclencher le flot de pékins bleus. Ils sont stressés, les pékins bleus, parce que la voie 97, c’est à l’autre bout du bout.

La première intuition (forcément la mauvaise) consiste à y aller avec une stratégie mathématique, du genre « le plus court chemin entre deux points étant la droite, je vise la croix rouge (en terme nautiques, on prend un amer) et je trace ».

Alors voilà (schéma de gauche), ça fait :

bonk,

pock,

bünk,

et finalement, dérive par rapport au cap. Mais cette dérive n’est pas le pire. Le pire est : perte d’énergie cinétique, ralentissement, ballottement. Les chocs successifs ont érodé votre capacité de fer de lance, et vous n’êtes plus qu’une poupée de cire, poupée de son, sans même la consolation d’une sucette à l’anis.

Et si en plus, vous avez été élevé dans une bonne famille, vous ponctuez chaque choc d’un « oh pardon ! » que les dos bleus ignorent superbement, ils sont déjà loin.

Après avoir soigné ses ecchymoses, le point rouge se dit « I know better » et aborde la stratégie de physique anticipative, dite aussi stratégie de la chambre à bulles (schéma à droite). Le discours devient alors « soit un point rouge qui sait qu’il doit rejoindre la croix, mais qu’il aura de la dérive. Autant anticiper cette dérive en attaquant la trajectoire avec un angle aigu. »

Pauvre point rouge.

Là, ce n’est plus bonk, pock, bünk,

mais plutôt

BONK !!

POCK !!!

BÜNK !!!

SCHTAK !!!

Abrégeons ses souffrances : il se retrouve, exsangue (vitesse cinétique nulle), sur le même bord que précédemment, expulsé sans pitié d’un monde qui en est dénué (de pitié), vae victis et tant qu’à faire, precium pretium doloris.

A ce point, le point rouge mûrit, et devient, soit un point noir, soit un point-à-qui-on-ne-la-fait-plus. Il se souvient du Messager de la grande île, ce roman d’anticipation de Christian Léourier dans la Bibliothèque Rouge (1981 ?) et va adopter la tactique de Jarvis.
Je vous la fais courte, vous avez un train à prendre. Jarvis est harponneur sur la planète Thalassa, une planète recouverte à 90% d’océans, et tumultuée de courants océaniques puissants. Quand un bâteau part du point A, il virevolte, tourbillonne, dégueule tout ce qu’il peut dans les courants et autres vortex et met deux mois à rejoindre la rive d’en face, éventuellement en ayant fait 3 fois le tour de la planète auparavant.
Mais pas Jarvis, qui sera vite surnommé le Chevaucheur de Courants. Grâce à l’aide d’un animal géant et tentaculaire, il apprend à maîtriser les courants pour gagner du temps.

Ce que, dans notre jargon de cinétique du pékin, nous appellerons Go with the flow (schéma de gauche). Cela donne ceci :

insertion dans le flot

papillonnement discret des nageoires, orientation nord-est

évitage des bleus

toujours aller dans la même direction qu’eux, la distance perdue c’est de la vitesse gagnée

autolargue / sortie du nuage de poissons / rétropédalage, vitesse maintenue en courbe, attention, un coup d’oeil dans le rétro, double-axel, une dernière ligne droite où l’on peut enfin gazer sans stress, et la croix rouge brille devant nos yeux comme un steak aztèque.

Conclusion :

  • Homme libre, toujours tu chériras la vitesse.
  • Entre courte distance et chocs, et longue distance sans chocs, va sans chocs.
  • ou alors, envisage d’habiter à Ménil-le-Glôt.