Daily Archives: 26 septembre 2006

Neuneuil

Il y en a qui célèbrent leur alliance contre nature avec des motocyclettes (mais n’est-ce pas ce que prône Robert Pirsig dans Zen and the art of motorcycle maintenance ?), je veux rendre hommage à mon investissement à moi : mes yeux.
Je vous la fais aussi courte que ma vue était basse :

  • Rendez-vous de ce matin avec mon ophtalmo, pour tirer les leçons de l’opération des yeux que j’ai subie il y a un an et quelque.
  • Moi : « Euh, rappelez-moi, quelle était ma vue, sans correction, avant l’opération ? » Lui, professionnel, donc informatisé : « Oeil droit (l’astigmate) : 1,5 / 10, œil gauche (le myope) : 1 /10. Autant dire que vous étiez une taupe derrière le rideau de fer, comme dirait Ludlum ! »
  • Moi : « Et maintenant, sympathique charcuteur, où en suis-je, toujours sans correction ? » Lui, professionnel, donc équipé de trucs qui balancent des lumières aveuglantes dans le fond de l’oeil : « Oeil droit (l’astigmate) : 9,5 / 10, œil gauche (le myope) : 10,5 /10. C’est pas pour me vanter, mais t’as de beaux yeux, tu sais ! »

Je sais que cette opération n’est que physique, et que ma clairvoyance sur les êtres humains, les jeunes filles et femmes en particulier, n’aura pas été améliorée. Je n’ai pas trop d’illusions sur ce point. Mais je suis bien content quand même.

Livre (re) lu – Erri De Luca : Montedidio

J’en ai déjà donné une citation, et en plus c’est un livre que je relis, alors que j’ai 4 livres lus à commenter, mais Montedidio, d’Erri De Luca (Gallimard, 2002, 208 p.) est une merveille.
L’auteur est étonnant : c’est un manuel, un ouvrier, qui a tour à tour été jardinier (son premier roman connu, Trois chevaux, contient probablement une part autobiographique), chauffeur routier, menuisier. Par ailleurs, c’est un homme profond, très sensible, qui rabote doucement ses phrases pour leur donner un poli intemporel. On n’est pas loin de la Bible. On n’en est tellement pas loin qu’il passe son temps (dans d’autres livres) à commenter des textes en hébreu ancien, langue qu’il apprend doucement, avec humilité et ténacité. C’est donc un homme étonnant, exceptionnel.
Montedidio, c’est un faubourg de Naples vu par les yeux d’un enfant qui devient un homme en 200 pages. Par les yeux, et l’écriture de l’enfant, on voit tout un monde, une famille, un immeuble, un quartier, une langue (l’italien) et un dialecte (le napolitain).

A midi, je m’aperçois qu’une plume est tombée sous la caisse de Rafaniello, je la ramasse, elle est légère, dans ma paume je ne la sens pas. Don Rafaniè, celle-là, je la « tiens » en souvenir de vous. « Tu as raison de dire tenir au lieu de garder. Garder est présomptueux, en revanche tenir sait bien qu’aujourd’hui il tient et demain qui sait s’il tiendra encore. Tiens la plume en souvenir ».
Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, 2002, p. 125.

Cette citation m’a fait penser à une citation de Rainer Maria Rilke. Si j’en ai le courage, je vous posterai une nouvelle autobiographique sur ce sujet.

Correspondances : j’avais déjà établi une correspondance avec Gustav Meyrink, il y a aussi du Jean Giono dans cet écrivain, ce côté poète ouvrier qui rend sa noblesse à l’ouvrier (encore mieux, l’artisan), le Giono glaiseux, âpre, face au vent, qui réserve ses mots pour mieux les cristalliser.

Et peut-être le plus beau compliment que je puisse faire à un écrivain : quand j’ai envie de me laver de ma journée, je lis du Erri De Luca.