Hier soir en sortant de la piscine, je repensais à Maître Yoda, la première fois qu’on le voit (dans l’épisode 5, l’empire contre-attaque).
Il a piqué une barre de céréales dans le sac de Luke Skywalker, et comme R2D2 veut récupérer la barre de céréales (mais que peut faire un droïde d’une barre de céréales ?) , Yoda lui donne des coups de canne. Et je me disais « pourquoi un Chevalier Jedi, qui maîtrise l’espace et le temps, qui peut influencer les esprits faibles rien qu’en faisant des petits gestes avec les mains, qui peut soulever les pierres et les vaisseaux un peu comme Jane Grey dans X-Men, donc, pourquoi il donne des coups de canne à R2D2 ? »
Je trouve cette scène un peu pathétique, ou attendrissante.
Bon, il y a la première explication, sans fantaisie, qui est de dire « dans le scénario, les gars ne savaient pas que 20 ans après ils allaient tourner l’épisode 1, puis 2, là où Yoda fait le Yamakasi en combat singulier contre le Comte Do(o)ku(u). »
Et puis, il y a la réflexion plus avancée. Les humains se défient des machines. Les vrais, bons, êtres humains, « ceux qui marchent debout », ont compris très tôt que la seule matière malléable, c’est l’être humain et son cerveau. Ainsi, Yoda travaille sur lui-même, et il n’est pas interdit de penser que quand il soulève un rocher, en fait, il influence notre perception de la réalité (un peu comme le ferait un hypnotiseur), plutôt que de pratiquer réellement la télékinésie. Cf. dans Matrix : quand le cerveau croit que l’on reçoit des impacts de balles, le corps meurt.
Je préfère encore une troisième version. Yoda peut manipuler les objets à distance. Il pourrait donc éteindre R2D2 et consommer sa barre de céréales tranquilou. Mais il est à ce point « anti-machines » que sa réaction est viscérale (je vais taper cette boite de conserve) plutôt que raisonnée.
On retrouve la défiance des machines qu’on avait dans Dune (les mentats, ordinateurs humains, remplacent les machines calculatoires) ou encore dans cette nouvelle de Philippe K. Dick, l’homme variable.
