Daily Archives: 18 janvier 2007

Magnolia Express – 1ère partie – # 16

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Preludin Fugue, par Eric Clapton, sur le CD Rush (B.O. du film), Warner Bros, 1992. Le disque est en vente ici.

Prélude en fugue (2)
 
Un soir, nous étions assis sur les marches de la terrasse, on voyait le vent qui courbait un peu les grandes herbes, emportant un petit nuage de poussière dans le soleil. J’avais un bras autour de son épaule, sa tête reposait sur la mienne et nous regardions les martinets qui cerclaient dans le ciel.
 
– Tu sais, quand ils veulent dormir, il leur suffit de monter à plusieurs milliers de mètres, et puis de se laisser planer toute la nuit, dans le vent. Et au petit matin, ils sont réveillés les premiers, le soleil s’occupe d’eux avant de s’occuper de nous.
– …Mmm.
 
On était bien, joue contre joue, la joue d’Aline c’est comme une douceur tiède, une sensation de Floride contre ma peau, mais bon il fallait bouger, de ce Geste dépendait – qui sait – le bonheur d’Aline et son Apaisement. Je me tortillai un peu et sortis un bout de journal de ma poche, je l’avais trouvé ce matin, l’avais soigneusement découpé, et l’avais porté avec ma jubilation durant toute la journée, en me disant que j’avais trouvé ce qui ferait plaisir à ma rêveuse. Maintenant j’avais un peu peur, alors je lui ai tendu comme ça, en regardant le champ d’herbes dorées pendant qu’elle le prenait, le lisait, le retournait.
Puis me souriait. Un sourire d’Aline c’est comme une certitude qu’il ne peut rien nous arriver, assis sur les marches face au soleil déclinant, tandis que les grillons attaquent le Prélude en Fugue.

Creative Commons License
Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
.

Et allez donc, un coup d’oeil sous le capot…

C’est reparti pour les misères blogiques. Hier, comme un petit apprenti sorcier, j’avions viré des plugins (brrr que ce terme est odieux, disons des cramplogiciels) de mon DotClear, car je ne m’en servais pas (comback) ou que je souhaitais tester ma bravitude sans eux (spamplemousse. Mieux vaut un blog sans spamplemousse, mais avec les commentaires de Lili et la Grande Loulou, que l’inverse).
Las, Monsieur Jean revenu des morts, et Lili, ne peuvent plus visualiser mon bleug. La faute doit en être à un bidouillage aphteux dans un des fichiers PHP de config du bouzin, il fallait mettre des lignes abstruses dans des paragraphes abscons, et maintenant, ces lignes sont orphelines de leur cramplogiciel, alors elles plantent tout le bleug.
C’est assez perso, comme comportement.
Le plus poilant, c’est que je ne suis pas affecté par tout ça. Le bleug tourne toujours, pour moi, sous Opera, Firefox, et même, surprise, sous Internet Explorer.
Néanmoins, comme je tiens à la présence électronique de Monsieur Jean et Lili, je rétablis le cramplogiciel comback. Tenez-moi au courant, mes soeurs Anne : ne voyez-vous rien venir ?
Edit, mise-à-jour et autres pestouilles : Je n’ai pas réussi à réinstaller ComBack, car le site du concepteur est dans les nouilles. M’en fous, j’ai supprimé la ligne 95 de post.php dans DocTheme, j’espère que ça rétablit les compteurs. D’autant plus que Camille est aussi tombée dans la marmite à malices. Rah !

Livres lus – Dennis Lehane : Shutter Island et Prières pour la pluie

Je n’ai jamais fait qu’effleurer mon plaisir à lire Dennis Lehane. J’ai rencontré l’individu à deux reprises, avec deux media différents. D’abord, je suis allé voir au cinéma Mystic River, réalisé par Clint Eastwood, avec Sean Penn et Tim Robbins. Le film était une tragédie antique, qui aurait pu dériver d’une chanson de Bruce Springsteen (je pense à The Indian Runner). Or, sans que je le sache à l’époque, le film était tiré d’un roman de Dennis Lehane.
Ma seconde rencontre avec Dennis Lehane a eu lieu avec un roman. J’étais en vacances (?) à un endroit où j’essaie souvent de fuir certaines personnes, par exemple en me réfugiant aux goguenots. Dans cet endroit, j’avais non pas une de mes lectures habituelles (celles-ci sont plutôt réservées aux gogues de mon lieu de travail), mais Ténèbres prenez-moi la main (Rivages, 2005, 512 p.).
J’aime bien les romans noirs, c’est une évasion somme toute assez commune, partagée par tous les voyageurs de trains de banlieue. Mais là j’ai eu peur. Ce qu’écrit Dennis Lehane est troublant, inquiétant, ça laisse des images en tête. Et j’avoue que cela m’a bien plu, avec un cocktail que je serais infoutu de décomposer : ce sont des images frappantes, des situations de poursuite ou d’attente angoissée, mais rien de racoleur, rien de gratuit. Je déteste, par exemple, les outrances, que ce soit du sexe ou de la violence, cette complaisance à décrire de manière malsaine des compulsions négatives. Ici, rien de celà, il s’agit le plus souvent d’un ennemi inconnu, dangereux (vraiment dangereux), insaisissable, face au détective privé et sa collègue.
De même que j’avais dit d’Erri De Luca qu’il me nettoyait la tête, je dirais la même chose de Dennis Lehane, mais dans un sens différent évidemment : Dennis Lehane, c’est le bain d’eau glacée après le sauna.
Depuis, j’ai lu Un dernier verre avant la guerre (Rivages, 2005, 343 p.), qui est en fait le premier de la série, puis Sacré (Rivages, 2005, 410 p.) – les esprits sagaces auront remarqué que l’auteur a publié 3 romans en 2005, meuh non, c’est l’éditeur français qui les sort en salves.
J’arrive aux deux derniers. Shutter Island, à l’instar de Mystic River, délaisse le tandem Patrick Kenzie – Angela Gennaro, pour se focaliser sur une autre histoire, d’autres personnages. Shutter Island (Rivages, 2006, 392 p.) est inquiétant au possible. Très peu de violence comme dans les autres romans, mais toute une analyse intérieure. L’enquête d’un agent du gouvernement dans un hôpital psychitrique coincé sur une île devient un parcours obsédant vers la vérité. Tout est chausse-trappe, tout est mensonge, et l’ambiance est franchement inquiétante. Un de ces livres qui m’a fait rater ma station plus d’une fois (et pourtant, le coucou dans ma tête est habituellement réglé à l’heure atomique). Et le dénouement en vaut vraiment la peine.
Que dire après de Prières pour la pluie (Rivages, 2006, 477 p.) ? On retrouve avec plaisir le tandem Kenzie-Gennaro, avec en sus ce psychotique de Bubba, pour une histoire encore une fois très inquiétante, qui met mal à l’aise, et ne laisse personne indemne. Du vrai polar bien noir. Et puis, une fois n’est pas coutume, j’y ai déniché une citation :

« Les bestioles nous en voulaient. C’était encore une journée humide, suffocante ; l’eau s’évaporait sous la chaleur à la surface du marécage et les canneberges sentaient plus que jamais les fruits pourris. le soleil cognait fort et les moustiques attirés par notre odeur devenaient fous. […]
Pendant un moment, j’ai moi-même opté pour une attitude zen consistant à les ignorer, à faire comme si mon corps ne présentait aucun intérêt pour eux. Mais au bout d’une centaine de piqûres environ, j’ai renoncé. Confucius n’avait jamais connu de journées à trente-cinq degrés présentant un taux d’humidité de quatre-vingt-dix-huit pour cent. Dans le cas contraire, il aurait probablement coupé quelques têtes et dit à l’empereur qu’il ne lui offrirait plus de petites phrases bien tournées tant qu’on n’aurait pas installé la clim’ dans le palais. »

Dennis Lehane, Prières pour la pluie, Rivages, 2006, p. 435-436.

Correspondance : sans grande originalité, je dirais que cela m’évoque Michael Connelly, dont je n’ai lu pour l’instant que Le Poète (Seuil, Points policiers, 2004, 541 p.).