Daily Archives: 16 juillet 2008

Cinétique du pékin – 3

J’ai déjà écrit sur la cinétique du pékin, et je vais continuer. Mais la vie est courte, et je ne fais pas tout ce que je voudrais. Mes idées sur la cinétique du pékin sont notées dans un petit carnet noir, j’en livre ici quelques extraits :

  • Il y a la cinétique, et il y a la statique. Ce que j’ai publié (2 thibillets), par référence au jeu de go, concerne la statique. Les thibillets suivants concerneront la cinétique, qui prendra pour référence la mécanique des fluides, ou la cinétique des gaz
  • Dans la cinétique proprement dite, la mécanique des fluides (visqueux ou pas) gagne en profondeur quand on rajoute de la sociologie. Autant une particule n’obéit qu’à la mécanique des fluides (et encore), autant un individu obéit à cette même mécanique, mâtinée d’une conscience sociale, qui interagit avec le phénomène. En résumé pédagogique, pour les neuneus du dernier rang : un individu dans une foule se meut un peu différemment d’une molécule dans un gaz, car il a une psychologie (ce que n’a pas une molécule).
  • J’en ai déduit quelques observations, qui feront l’objet de quelques thibillets, nous en reparlerons.

Magnolia Express – 4ème partie – # 8

Cailloux blancs
 
Le guichetier nous regardait alternativement, Conrad et moi, l’air incrédule.

– Vous voulez prendre un train à partir d’ici ?
– Oui, a répondu Conrad, c’est ce que je fais habituellement dans une gare.
– et … vous voulez embarquer votre taxi sur le train ?
– C’est bien une gare, non ?! Et il passe bien des trains par cette gare, non ?! Et sur ces trains, on peut embarquer des taxis, non ?! a grincé Conrad.
– … ben, techniquement parlant, c’est une gare, vous avez raison …

Conrad se tourna vers moi en faisant « Aaaaah, tu vois, petit, Monsieur est compétent, on est sauvés ».

– … mais il n’y a qu’un train qui peut faire ça, je veux dire, il n’y a qu’un train qui s’arrête ici : c’est le Fantôme.
– C’est bon, a dit Conrad.
– Il passe ici juste avant l’aube, et après ça, il ne s’arrête plus pendant cinq cents miles …
– ça nous va, on vous dit, vous pouvez l’emballer.
– … mais bon, c’est un peu spécial …
 
Conrad l’a regardé d’un œil mauvais, a enfoncé sa casquette sur ses yeux. Le guichetier m’a jeté un coup d’œil éperdu, ses yeux clignotaient S.O.S. en morse, il m’appelait à l’aide, c’était manifeste.
Je souris, il me rendit mon sourire avec un rictus un peu nerveux, et je lui demandais gentiment :

– Les toilettes, c’est par où ?
– … (… !) … au fond à droite …

Il m’a lancé un dernier regard suppliant tandis que je m’éloignais. Avant de quitter la salle, je vis Conrad qui s’était penché en avant, les doigts tambourinant un petit rythme sec sur le comptoir, les yeux dans les yeux avec le guichetier qui parlait nerveusement.

Comme je n’avais rien, mais alors rien à faire du tout aux toilettes, je sortis et m’assis sur les marchés en bois usé. Pourquoi donc avoir abandonné ce guichetier clignotant à la vindicte d’un Conrad grognon ? Pourquoi n’avoir point volé à son secours, afin qu’il me remercit désormais chaque soir, en faisant sa prière au pied de son lit ? Parce que c’était pour son bien, la vie est faite de petits cailloux blancs que l’on se prend sur le nez, et je n’y peux rien.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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