Daily Archives: 6 février 2009

En vrac

  • Pendant très longtemps, voilà ce que je pensais, et que je disais : certains d’entre nous ont besoin d’un moyen d’expression. ça peut être la musique, la peinture, la sculpture, l’écriture, mais c’est quelque chose où l’on a envie de projeter nos… désirs, projets, idées. Certains n’ont pas de moyen d’expression. D’autres en ont un. Comme moi : l’écriture (et un peu la photo et la vidéo). D’autres encore en ont plusieurs en même temps, et je les envie. Un Charlélie Couture ou un Paul Personne provoquent mon admiration, avec ce côté homme-orchestre. Et puis, tout ce que je disais vient de connaître un changement majeur. Nous avons des moyens d’expression, mais nous avons aussi des moyens de réception. Des moments où nous ne sommes pas producteurs, mais consommateurs. Définition rapide : un moyen de réception, c’est un domaine où l’on est passif, mais on se sent transporté. Certains n’ont pas de moyen de réception (je ne compte pas la télé, elle ne transporte pas, elle déporte). D’autres en ont un. D’autres encore (la plupart je pense) en ont plusieurs en même temps. Les miens : la lecture, évidemment, la musique, depuis toujours, le cinéma, depuis très longtemps.
  • Discussion avec une collègue. Je lui demande un Kleenex. Elle me dit « j’en ai un, mais usagé ». Je lui réponds que c’est pas génant, nos ADNs vont se mélanger, et j’aimerais bien voir le résultat, j’imagine un Blob surgissant, enfant tératogénéré de la morve de deux professeurs sur-diplômés, ça pourrait être dégoûtant, mais le monstre se met à asservir le monde, et Bill Murray vient le combattre avec Sigourney Weaver, et il finit comme bloc en résine pour saluer les performances pédagogiques exceptionnelles.
  • Discussions avec des copains le lendemain d’une soirée très arrosée. Eux : « t’as l’air très songeur ». Moi : « Non, mais j’ai juste deux neurones qui jouent au ping-pong, je suis pas très opérationnel ». Après un temps, eux : « ça va mieux ? ». Moi : « Nan. Mes deux neurones sont collés. Ils essaient d’en faire un troisième. »
  • Dans la rubrique « analogies de gros con », j’en ai pondu une en courant : voir un film au cinéma ou voir un film sur son ordinateur, les deux ont leur avantage, mais c’est pas la même chose. C’est comme participer à une partouze, ou regarder une vidéo d’une partouze sur son ordinateur. Fin de l’analogie de gros con.

Reprise des hostilités

Après deux mois et plus de repos et d’excès gastronomiques et oenologiques, je me suis remis, péniblement, à courir la semaine dernière. Et puis il y a eu 3 jours de ski, ça fait jamais de mal. Et là, mercredi, 1h aux Buttes Chaumont avec deux collègues, et aujourd’hui, 1h seul, 20 mn échauffement, 25 mn à 5’30 » au km (dur) dont 3 mn à 5′ au km (très dur), puis retour au calme pendant 20 mn, étirements, retour, douche.
Bien cassé, ce soir.

Bourré

Dans un dessin de Peanuts, la maman de Linus lui donne une pile de chaussettes pliées, elles sortent juste du séchoir, et elle lui demande d’aller les ranger dans son tiroir. Il porte donc ces chaussettes encore tièdes, et les range. Puis, avec un sourire réjoui, il dit : « Security is a drawer full of warm socks » (la sécurité, c’est d’avoir un tiroir rempli de chaussettes tièdes).
Comme on peut le voir dans la photo ci-contre, les variantes sont nombreuses.
Ce qui m’amuse là-dedans, c’est que ce sentiment de sécurité est – pour moi – parfaitement distinct d’un sentiment de satisfaction, de réplétion, de possession. Je ne me dis pas « je vais boire tout ça, yo ! » pas plus que Linus ne se dira « Je vais enfiler toutes mes chaussettes, yo ! »

C’est vraiment le sentiment d’avoir un backup, de ne jamais être pris à court. J’éprouve le même sentiment de sécurité avec un frigo ou un congélateur plein. Mais, de moins en moins, avec ma bibliothèque, pourtant remplie de 2 500 bouquins dont 10% n’ont pas encore été lus.
Dans cette pulsion vers la sécurité, le pas est vite franchi : l’accumulation. Je me sens souvent comme l’écureuil qui remplit plusieurs arbres de noisettes en prévision de l’hiver, mais (1) qui remplit trois à dix fois plus que nécessaire à sa consommation ; (2) qui oublie de toute façon la moitié de ses cachettes.

Je comprends totalement cette quête de Zen qui anime certaines couches de la population (les intellos ? les bobos ? les simples ? ceux qui ont encore du bon sens paysan ?), pour aller vers moins de choses, moins de possession.
Vider mon frigo…
Oui, c’est cela, aller vers un grand vidage…