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La pensée de Jung sur les types psychologiques – résumé

JungDu propos de ce texte (explication que le lecteur impatient pourra sauter sans perdre grand chose) : comme on le sait, je m’intéresse suffisamment au MBTI pour en avoir passé la certification de praticien, et l’appliquer autant que je le peux. Je voulais revenir aux origines du modèle. On sait que le MBTI vient des travaux de Jung sur les types psychologiques. Mais ça m’intéressait de voir la pensée initiale de Jung, avant que deux américaines très douées ne transforment les découvertes de Jung en un combinat de 4 axes (E-I, S-N, T-F, J-P), permettant ainsi d’identifier et de codifier beaucoup plus facilement les 16 types de personnalité découverts par Jung.

Le problème est que Jung a énormément écrit, sur quantité de sujets de psychiatrie et psychologie, dans les 60 années où il a été en activité et que, impatience oblige, je ne me voyais pas lire son oeuvre in extenso : sans même évoquer la myriade des autres sujets traités par cet auteur majeur, le seul ouvrage Les types psychologiques fait plus de 500 pages en français, et 630 pages en anglais  sans compter les échanges de correspondances de Jung avec ses collègues sur ce sujet.

Mais je viens de trouver dans un livre déjà imposant (1 200 pages) une conférence de Jung au congrès des médecins aliénistes de Suisse (1928) dans laquelle il résume et détaille la genèse de sa typologie. Je résume donc le résumé, et note ci-dessous les idées qui me semblent importantes, pour référence future.

Genèse de la théorie des types psychologiques de Jung – quelques réflexions et informations.

  • De ses années de pratique psychiatrique, notamment en conseil de couples, Jung a fait émerger progressivement des axes de personnalité. Le premier qui ait émergé, selon lui, est la distinction entre les personnes actives et les personnes réfléchies. Les premières (extraverties) ont suffisamment confiance en elles pour se jeter immédiatement dans l’action, et la réflexion suivra. Les secondes, confrontées à une situation, ont  » un léger recul  » qui est sans conteste une activité, mais une activité d’abord mentale (introverties). Ces distinctions, Jung reconnaît qu’elles sont triviales et guère nouvelles. En revanche, il souligne qu’elles permettent d’identifier l’habitus réactionnel : le mode de comportement typique face à une nouvelle situation, et le  » monde  » dans lequel la personne agit en premier : extérieur pour les extravertis, intérieur pour les introvertis. Voilà pour l’axe E-I.
  • Cette première distinction était trop sommaire, et Jung a mis une dizaine d’années à la raffiner. Il a fondé sa quête sur la recherche de termes de la vie réelle, compréhensibles et utilisés par tous. Or, dans ses patients ou clients, il avait noté une opposition entre ceux qui utilisaient beaucoup la pensée (thinking), et ceux qui la négligeaient au profit presque exclusif de leur sentiment (feeling) : il cite par exemple des oppositions entre des associés, ou dans un couple. Jung insiste bien sur le fait que ces deux fonctions sont en fait rationnelles : oui, les personnes qui agissent selon une  » politique sentimentale  » ne le font pas moins raisonnablement ou logiquement que les types-pensée. C’est juste que les types-pensée, n’ayant pas autant développé leur fonction sentiment, la voient contaminée par d’autres fonctions non rationnelles (cf. plus bas) et la jugent donc comme peu fiable… et donc non rationnelle. Voilà pour l’axe T-F.
  • Le terme  » sentiment  » a donné à Jung  » bien du cassement de tête  » (ibid., p. 273). Il en arriva à distinguer les termes de sentiment et de sensation. Dans l’acception de Jung, le sentiment est une fonction rationnelle fondée sur une hiérarchie de valeurs, et dans le but d’aboutir à un résultat (par ex : aboutir à un consensus, une harmonie intérieure, éviter les conflits, obtenir la reconnaissance). Par opposition, la sensation est une fonction de perception qui s’intéresse à ce qui se produit et non à ce que l’on pourrait en faire. Ainsi, autant les précédentes fonctions T-F sont des fonctions rationnelles d’évaluation et de jugement (qu’est-ce que je vais faire ?), on aboutit ici à des fonctions irrationnelles de perception : il n’y a plus de finalité ni d’objectif, il n’y a plus de direction imprimée, la personne se contente de vivre la situation présente, selon deux pôles opposés. Ces pôles sont opposés dans la mesure où une personne donnée n’utilise qu’un des pôles à la fois : soit elle recourt à sa sensorialité, c’est-à-dire qu’elle collecte les informations obtenues par ses 5 sens (sensorialité consciente), soit elle fait confiance à ses impression, à son intuition, ce que Jung appelle la sensorialité via l’inconscient. Une personne ne peut faire les deux en même temps : soit elle se concentre sur ce qui est appréhendable par ses 5 sens à ce moment même (sensorialité), soit au contraire, elle se met  » les yeux dans le vague « , elle se déconnecte du réel et laisse venir des idées et intuitions. Et voilà pour l’axe Sensation-iNtuition, les fonctions irrationnelles selon Jung. (Le lecteur l’aura compris, Jung les appelle irrationnelles non pas pour leur souligner un quelconque côté foutraque, mais pour les opposer aux fonctions rationnelles de décision. En fait, parler de rationalité des 5 sens ou des intuitions, c’est comme parler d’un poisson soprano : ces termes appartiennent à deux mondes totalement distincts. On en déduit que le terme fonctions irrationnelles n’est pas un jugement de valeur, mais plutôt une constatation de la nature de leur monde).
  • On sait que ce sont Myers et Briggs qui ont introduit le 4ème axe, qui était présent en sous-jacent dans les écrits de Jung, mais qu’elles ont contribué à mettre au jour en tant que 4ème dimension de la personnalité. Pour reprendre le texte de Jung,  » il y a beaucoup de gens qui fondent leur habitus réactionnel sur l’irrationnalité « , ce qui veut dire  » donnent la priorité aux fonctions irrationnelles de perception (consciente ou inconsciente) « , d’où le P de perception ; à l’opposé, d’autres personnes estiment que leur priorité est d’évaluer et de décider, que ce soit par la pensée ou par les sentiments. Ces personnes fondent leur habitus réactionnel sur la décision et l’évaluation, en un mot, sur le jugement, d’où la lettre J. Et voilà pour l’axe J-P.
  • Enfin, Jung décrit de manière assez précise les notions de fonction Dominante et Inférieure dans la personnalité. Pour la fonction Dominante  » on la reconnaît aisément à sa force, à sa fermeté inébranlable, à sa conséquence, sa sûreté, son adaptation « . Sur la fonction inférieure,  » il n’est pas aisé de [la] décrire ou de [la] reconnaître. Comme critère essentiel nous avons son manque d’indépendance, et comme conséquence, la soumission à des gens et des circonstances, puis sa sensiblerie capricieuse, l’incertitude de son usage, sa suggestibilité et son caractère diffus. Dans la fonction inférieure, on a toujours le dessous, parce qu’on ne peut lui donner des ordres ; on en est au contraire toujours la victime « .

Pour les lecteurs qui ont tenu jusqu’au bout, la série Typewatching the stars offre une illustration probablement plus appliquée et concrète de ces idées.

Typewatching the stars – Si Francis Cabrel n’est pas I, je veux bien être la Dame de Savoie

CabrelDans cette rubrique Typewatching the Stars, j’essaie de deviner les principaux axes de personnalité de personnes connues.

Mais aujourd’hui, je ne me livre pas à l’exercice en entier pour Francis Cabrel, faute de données. C’est juste qu’en écoutant sa chanson Quelqu’un de l’intérieur, je me suis dit que cela pourrait servir de description assez frappante pour les personnes de type I (qui ont toute mon affection).

Extraits choisis (et mes commentaires en dessous) :

Je les regarde qui dansent
Et qui parlent et qui parlent
Et qui disent plus que ce qu’ils pensent
Qui se séduisent à coup de phrases de rien du tout
Qui parlent tellement
Qu’ils trouvent que je parle pas beaucoup

L’opposition classique – et bien vue, par les yeux d’un I – entre les personnes I et les personnes E.

Peut-être ils croient que je suis calme
Et que je compte les étoiles
Au milieu de leur vacarme
Mais si un jour je dévoile
Les secrets de mon âme…

I : le monde intérieur, le monde des idées. E : le monde extérieur, parler, agir.

Alors ils croient que je suis triste
Mais si je mettais mon cœur là juste
Au milieu de la piste
Ils verraient des couleurs
Ils savent même pas qu’elles existent

La confusion classique : croire que parce qu’ils sont extérieurement réservés, les I ont une existence intérieure aussi réservée. Erreur dramatique – le feu sous la glace.

C’est pas le courage qui me manque
Qui m’empêche de sourire
Y a des moments tellement beaux
Y a que le silence pour le dire
J’en ris plus souvent que j’en pleure
Je suis quelqu’un de l’intérieur

Et c’est pour ça que je t’apprécie, Francis…

Typewatching the stars – James Bond

CraigCette rubrique a démarré par le Commissaire Maigret, et consiste à essayer de deviner le Type de personnalité d’un personnage, réel ou de fiction, en m’appuyant sur l’indicateur MBTI (voir cette catégorie sur ce bleug) dont je suis désormais praticien certifié (MBTI niveau I). En sus de Jules Maigret, j’ai ainsi essayé de typer Sherlock Holmes ou Eric Tabarly.

James Bond, comme le commissaire Maigret, est un personnage de fiction. Je m’appuie ici autant – sinon plus – sur les films, notamment les 3 derniers avec Daniel Craig, que sur les romans de Ian Fleming.

Les deux premières caractéristiques qui me sautent aux yeux sont : Se et T, qui sont donc probablement la paire de fonctions centrales, c’est-à-dire que l’une est la Dominante, et l’autre l’Auxiliaire.

Se : fonction sensorielle extravertie. Les personnes qui ont la Se en dominante accumulent les expériences sensorielles (les 5 sens) – par exemple des bons vivants – et parfois dans l’extrême – la recherche de sensations fortes comme le parachutisme ou la course automobile. On reconnaît là les caractéristiques essentielles de James Bond : buveur, fumeur (dans les romans), adeptes de sensations fortes (déjà dans les romans, il aime conduire vite, et puis c’est un espion de terrain, quasiment un homme de main). Si l’on visite la préférence opposée (Ni), on ne peut pas dire que James Bond soit dans le symbolique, qu’il cherche des sens sous-jacents, ou qu’il soit intéressé par le monde des idées : il est factuel, concret, et tourné vers l’action. Donc Se.

T : aussi bien dans les romans que dans les films, James Bond ne se caractérise pas par sa fibre humaine. Bien sûr, les T ne sont pas des êtres inhumains : si l’on veut parler de ce profil de façon positive, il suffit de dire que les T ne souffrent pas, comme les F, d’une recherche (parfois obsessionnelle) de l’harmonie humaine ou du consensus – les T prennent des décisions objectives et logiques. Pour les T, l’humain fait partie de la décision, mais n’est pas l’unique critère de décision.

Là se pose le problème de l’orientation de cette fonction de décision. Si c’est Ti, cela veut dire : conception de systèmes intellectuels, la mise en production étant accessoire – voire perçue comme non nécessaire. À l’opposé, Te : agir sur le monde pour changer les choses, apporter des solutions. Dans ce sens, on voit bien plus James Bond comme acteur (j’apporte des solutions) que comme penseur (j’échafaude des systèmes et des théories qui permettent de mieux comprendre le monde qui nous entoure).

On se trouve face à un problème : deux fonctions tournées vers l’extérieur. Donc ce ne peuvent être la Dominante et l’Auxiliaire, l’une des deux étant obligatoirement tournée vers l’intérieur. Si on retient par exemple Te, cela donne comme complémentaire Si = indexation précise de sensations pour son usage propre, sans volonté de partager. Mais ça ne cadre pas avec le côté jouisseur et extrême de James Bond. Donc Se, clairement. Mais Se impliquerait une auxiliaire en Ti, dont on a vu qu’elle ne cadre pas avec le côté  » en action  » du personnage.

La seule possibilité : ces deux fonctions sont la Dominante et une Tertiaire très développée, toutes deux tournées vers l’extérieur. C’est très intéressant, car cela illustre bien le fait que les observateurs ne voient jamais que les fonctions  » e « . Il y aurait donc une fonction cachée (cachée, car en i, monde des idées, monde intérieur), mais néanmoins fondatrice dans la personnalité de James Bond.

JB - ENTJOn aboutit à deux possibilités : Dominante en Te ou dominante en Se. Regardons les deux croix possibles, ci-contre. JB - ESFP

J’avoue qu’intuitivement, je sens la Se tellement présente que j’ai envie d’en faire la Dominante.

Ayant à l’esprit l’analyse façon Sherlock Holmes, essayons de procéder par élimination. Une Auxiliaire en Ni se matérialiserait par une tendance à rechercher des liens, des symboles, dans le monde des idées. Se reconstruire, mentalement, une représentation du monde dans une quête qui n’en finirait jamais, chaque nouvel élément s’intégrant dans la réflexion en l’enrichissant ou en la modifiant. Même si c’est une fonction du monde intérieur, donc a priori peu visible à l’observateur extérieur, je ne la vois nulle part, ni dans les romans ni dans les films. Il suffirait peut-être de quelques réflexions de James Bond, du type  » voyez comme les situations comme celle-ci s’apparentent à d’autres contextes  » ou bien  » on voit un courant d’événements qui aboutit clairement à cette conclusion  » : je n’ai jamais lu ou entendu ce genre de pensées chez le flegmatique espion anglais.

Passons à l’hypothèse qui a ma préférence intuitive : Se en dominante, Te en tertiaire, soit ESFP.

Fi en Auxiliaire contient des arguments positifs, mais en contre-poids, autant de choses étonnantes.

  • Du côté correspondant à James Bond, on peut voir dans Fi une grille de valeurs personnelles extrêmement fortes, et qui guident ses décisions, quitte à récuser un règlement ou une procédure. Un T pourrait faire de même, mais il ne serait pas guidé par des valeurs personnelles : il récuserait le règlement ou la procédure qui lui sembleraient illogiques ou mal conçus. Alors que James Bond, avec un entêtement parfois énervant pour  » M « , se fie à ses propres valeurs, et contrevient souvent aux règles du système.
  • Du côté étonnant chez James Bond, on a cette fonction F en auxiliaire, qui signifie une prééminence des valeurs humaines et du consensus. Heureusement pour mon analyse, ce n’est pas une Fe (aider les autres, s’exprimer sur ses sentiments) mais bien une Fi, qui est plus orientée vers l’harmonie intérieure. Certes, cela reste du domaine du mystère : on n’entend jamais parler d’un James Bond qui rechercherait un équilibre personnel, et qui utiliserait sa vie comme quête de cette harmonie interne. Mais j’ai deux arguments de plus pour justifier ce choix.
  •  Un argument MBTI. Le Se signifie une préférence accordée à la Perception sur la décision, donc P en dernière lettre. Et les personnes de type P sont réputées adaptables, flexibles, prêtes à changer de décision en fonction des événements : or, quand on voit la réactivité de James Bond (dans les situations  » où il faut décider en quelques secondes « ), j’y vois bien un SP : souple, non bloqué sur une voie à suivre, et qui va se décider en fonction des informations sensorielles qui lui parviendront (exemple typique : les poursuites en voiture, ou les combats). Un J serait plutôt fondé sur l’anticipation, la préparation, et l’improvisation n’est sa préférence naturelle. Or, même si je n’ai pas vérifié dans les films, ça ne m’étonnerait pas qu’il existe des scènes où Daniel Craig sourit face à M ou Vesper Lynd en lui disant  » j’improviserai  » ou  » je verrai bien « .
  • Un argument personnel. Il reste l’histoire problématique de cette Fi, qui tendrait – normalement – à pousser James Bond à avoir plus d’égards pour le consensus et l’harmonie entre êtres humains. J’ai un argument qui n’est en fait qu’une hypothèse fondée sur les éléments de son histoire personnelle. James Bond est orphelin, et élevé dans un milieu dur (orphelinat puis bizutage de la part de personnes mieux nées que lui – cf. la discussion dans le train dans Casino Royale). J’y vois que cela aurait pu étouffer la fonction F dans son côté  » je fais attention aux autres « , aux dépens d’une activation précoce de la Tertiaire (Te, bien adaptée à la survie dans ces conditions), qui devient alors une auxiliaire bis. La Fi reste, mais devient égoïste : elle se bâtit des valeurs internes, et les suivra avec entêtement, sans se préoccuper des sentiments des autres.

En conclusion, je penche fortement pour ESFP, avec des choses apparemment étonnantes chez James Bond, mais qui pourraient s’expliquer. Il reste une ligne d’enquête possible : voir ce que l’Inférieure déclenche en situation de stress. Mais cela me semble difficile avec un personnage comme James Bond : comme indiqué dans Goldfinger (le livre), il est habitué à vivre des situations de forte tension, ce qui fait qu’il aborde des tournois (poker, golf) avec beaucoup moins de tension qu’un individu moyen. Dans ce cas, cela voudrait dire que l’Inférieure ne surgit pas souvent – ou pas du tout – en cas de stress, car elle a été  » dressée « . Cela mériterait quand même d’analyser la réaction de Bond quand il est mis hors circuit au début de Skyfall, car même pour lui, c’est probablement un stress majeur : dans sa réaction excessive (disparition, beuveries, rancœur), on pourrait peut-être voir l’irruption de l’Inférieure… Je creuserai cela plus tard, éventuellement.

Des réactions à cette analyse ?

MBTI (Myers Briggs Type Index) – quelques réflexions d’un praticien (très) fraîchement certifié

À l’issue d’un programme de formation chez OPP, je viens d’être certifié aujourd’hui, avec le titre – je crois officiel – de « Praticien Certifié MBTI niveau I ». Les quelques lignes qui suivent sont rédigées pour servir d’aide-mémoire personnel, mais aussi pour donner mon ressenti sur cette formation, à toutes fins utiles.

  • J’avais déjà une certaine connaissance des modèles et théories sous-jacents. Mon premier thibillet sur le MBTI date d’il y a un an, mais cela fait 2-3 ans que je lis et me forme sur le modèle. Plus récemment, j’en ai fait des amusettes bloguesques comme la rubrique Typewatching the stars ou un dazibao enflammé sur les introvertis.
  • Je ne me définis donc pas comme un débutant total : j’abordais ces 5 jours de formation à la certification MBTI avec une détente amusée, parce que j’avais le sentiment que je connaissais, ma foi, 80% du contenu. Or, en fait, malgré ce bagage, j’ai énormément appris, et énormément corrigé ce que je croyais savoir, et qu’en fait, j’avais mal assimilé. J’en retire donc une première idée fondamentale : le MBTI ne peut pas s’apprendre uniquement en lisant un livre (ni même plusieurs livres). Les livres, les discussions avec des coachs, les lectures sur Internet : tout cela est bel et bon pour dégrossir le sujet, mais ça ne suffit pas, et c’est vite dangereux. Je croyais savoir, alors que même sur certains éléments assez basiques, je faisais mal (tout en étant persuadé de maîtriser le modèle).
  • La formation à la certification, et les examens finaux, peuvent apparaître très formels, procéduriers, voire ttillons, mais il faut voir aussi l’environnement dans lequel on baigne : quand on a suivi la formation de façon sérieuse, on ne peut être qu’étonné (pour ne pas dire plus) par tous les à peu près que l’on peut entendre dans les entreprises. Non, l’indicateur MBTI n’est pas un test. Non, on ne peut pas l’utiliser en recrutement, il n’a pas du tout été conçu pour ça. Non, un questionnaire en ligne ne peut pas remplacer un entretien de découverte du type : ce n’est pas seulement incorrect, c’est aussi dangereux. Non, les types de personnalité ne sont pas des stéréotypes, et un extraverti n’est pas forcément quelqu’un qui parle fort. En fait, je trouve que ces fausses images sont tellement implantées dans le milieu professionnel qu’il n’est pas mauvais d’avoir une vraie présentation objective et en profondeur du modèle, de sa genèse, de sa validité statistique et de tous les efforts qui ont été faits pour que ce modèle soit correctement construit. Et j’ai pu mesurer combien il était facile de revenir à la pente facile, celle des raccourcis, des stéréotypes et des facilités que l’on prend avec le modèle, même quand on est certifié ou en passe de l’être.
  • Enfin, sur une note plus positive, c’est un vrai plaisir de partager avec des personnes passionnées, qui voient les différences de manière positive. Quand je regarde ma conception du modèle – et ce que je croyais en savoir et comment je l’appliquais – avant la formation, puis que je compare avec aujourd’hui, j’en rougis rétrospectivement. C’est si amusant de jouer à l’apprenti sorcier. Mais je viens de découvrir que « apprenti » et « sorcier » sont deux mots qui ne vont pas bien ensemble…

Je vais maintenant souffler un peu, et laisser décanter toutes ces connaissances, ou pour reprendre les termes de ma formatrice, je vais « nourrir ma Dominante » 🙂

Typewatching the Stars – Eric Tabarly

Toutes les citations qui suivent sont tirées de Mémoires du large, d’Éric Tabarly (Livre de Poche n° 14 448, Éditions de Fallois, 1998, 285 p).

Eric Tabarly : un homme entier, qui a été un l’inspirateur de plusieurs générations de navigateurs, et qui par nature (on vient insensiblement au MBTI) était peu loquace.

D’abord, une citation qui donne une intuition du Type :

(en parlant d’un ami navigateur en course) « … tout est, chaque fois, décidé avec tranquilité et sans précipitation. J’aime et j’apprécie dans la vie ce genre de comportements. Les grandes manifestations, les débordements caractériels, les imprécations, bref, toute manifestation exubérante ou bruyante, me paraissent des dépenses d’énergie inutiles ».

Mémoires du large, op. cit., p. 129.

Dans cette citation, il y a du I?TJ. Le côté réfléchi, non orienté vers le monde extérieur = I. Un côté logique, structuré, éloigné de l’humain (« dépenses d’énergie inutiles ») = T. Enfin, une logique de l’anticipation et de l’action = J.

Affinons.

A propos d’Olivier de Kersauson : « C’est un pitre-poète, un provocateur toujours en quête d’une tête de Turc pour défouler son ironie, ses rognes, ses insatisfactions. Sur le pont, rien ne lui échappe, il voit venir l’erreur, le geste maladroit et dangereux. Alors que moi, j’interviens sans bruit, Olivier, lui, éprouve le besoin de vitupérer – sans doute pour se libérer d’un excédent d’adrénaline. »

Id., p. 166-167.

Donc Olivier de Kersauson = E, Eric Tabarly = I.

Maintenant, Sensoriel ou iNtuitif ? Toujours dans l’action (J) mais pas forcément bon vivant (toute personne qui a vécu pendant des semaines dans un carré de voilier me comprendra), il a surtout été un formidable concepteur de bâteaux, inventant et testant régulièrement de nouveaux procédés (coques en alu, trimarans de course, hydrofoils, chaussette à spi). Donc N, comme en rend compte cette citation :

« Mais le bateau est vraiment le seul domaine qui me captive, qui alimente mes idées novatrices et donc mes projets. Tout ce qui peut accélerer la vitesse et améliorer les performances d’un voilier dans n’importe quelle mer et avec toute sorte de vent me passionne. »

Id., p. 145.

Enfin, sur T ou F. On sent du F chez Olivier de Kersauson, et du T chez Tabarly. Il a un discours convaincu – et ma foi, convaincant – sur le respect de la parole donnée, le sens de la justice. Mais c’est une anecdote de sa vie de couple (à ma connaissance, la seule qui soit mentionnée dans ces Mémoires) qui est éclairante. Le contexte est le suivant : Eric Tabarly a été absent 3 mois, et revient passer un week-end (du vendredi soir au lundi matin) avec sa femme et sa fille. Le vendredi soir, il reçoit un appel d’un ami pour essayer un bâteau, et décide d’aller passer tout le samedi avec lui. Le samedi matin, quand sa femme se réveille et le voit en train de partir, il lui explique et voici son compte-rendu :

 » – ça me fait plaisir de naviguer avec lui. Je te revois dimanche…
Que n’avais-je pas dit là ! C’est une furie qui se dresse sur son lit, me reprochant de ne pas consacrer le moindre temps à ma famille. Je dois faire mon « mea culpa » et reconnaître, à cet instant, mon manque de psychologie. »

Id., p. 273.

Et la suite est encore meilleure :

« Je n’aurais jamais dû, en plus, lui demander de m’accompagner à Brest pour ramener, seule, la voiture chez nous. Cela me paraissait pourtant logique. Mais les hommes et les femmes n’ont pas toujours une logique concordante. »

Ibid.

Si ça c’est pas du T, raisonnant « en toute logique » 🙂

Donc INTJ.
Concepteur, rumineur, visionnaire, peu loquace, il a vécu son rêve. Il ne s’est jamais enrichi (entre sa paie de militaire et ses dettes, il avait plutôt perpétuellement du mal à joindre les deux bouts), mais ses Mémoires offrent un grand bol d’air salé, comparativement au magma médiatico-parisien qui fait habituellement les étalages des librairies.

Ce que je voeux

Voici à nouveau ce temps de l’année, avec son déferlement de voeux (mails, SMS, et même, c’est dingue, cartes de voeux par la poste). Je me suis déjà exprimé à ce sujet. J’en rajoute une couche : ce qui fait fureur, c’est le SMS-envoyé-à-250-personnes-mais-que-tu-crois-que-tu-es-le-seul-à-le-recevoir, ou comment lyophiliser la sincérité.

Avec les voeux viennent les résolutions (cf. le même thibillet). Alors à défaut de résolutions, une même idée, déclinée de 3 manières différentes.

Présentation 1, ou « de la sagesse des tortues supposément ninja »

Hier, c’est déjà de l’histoire. Demain est un mystère. Mais aujourd’hui est un cadeau, c‘est pourquoi nous le nommons le Présent.

Maître Oogway, dans Kung Fu Panda.

Présentation 2, ou « du lien entre le conseil en management et le dernier samouraï »

Suivant le conseil de Peter Bregman, je saisis chaque instant où je bois du thé (et cela arrive souvent dans une journée) pour me recentrer sur le présent, les sensations du moment, et ainsi, m’extirper de cette fuite en avant qui consiste à ne pas vivre le présent, trop occupé qu’on est par l’avenir.

Présentation 3, ou « le MBTI est partout dans ma vie actuellement »

L’inconvénient d’être N, c’est justement de vivre totalement dans le potentiel, de fantasmer des scénarios, ce qui va jusqu’à ignorer / abolir la situation présente. Avec une Ne en Dominante, j’ai tout intérêt à entraîner ma Si (en Inférieure) avec tout ce qui est détail, instant présent, concentration sur une seule chose à la fois. Exemple du jour : reconstruire le Chteau de Poudlard (pardon, de Tygrelis) en Lego. 2 heures à nouveau à chercher des petites pièces, consulter des plans, et monter très progressivement cette merveille architecturale qu’un anniversaire de garçons décomposera à nouveau en éléments simples.
C’est important, d’entraîner son Inférieure : je sors de plusieurs jours où j’ai pu voir une personne totalement sous l’emprise de son Inférieure (non éduquée, non maîtrisée) : ça fait vraiment peur à voir…

Plaidoyer pour l’introversion

Ce thibillet se fonde sur les théories de la personnalité de Jung, et leur mise en application par Katharine Cook Briggs et Isabel Briggs Myers (intro ici).

Jung définit deux modes de relation au monde : l’introversion, l’extraversion. Je n’aime pas ces termes, car ils ont des connotation exagérées dans le langage courant. Un extraverti n’est pas obligatoirement une personne qui parle fort et qui danse sur les tables ; un introverti n’est pas forcément un asocial mutique et tourmenté. Simplement, un extraverti est une personne qui a une inclination naturelle vers le monde extérieur : objets et individus orientent – et alimentent – son énergie. Ainsi, un extraverti aimera la compagnie des gens, ou bien il déprimera s’il est laissé seul trop longtemps, il appréciera les discussions à bâtons rompus, et il préfèrera organiser ses week-ends en « sorties ». Par opposition, un introverti aimera avoir du temps à lui, pour se ressourcer dans le calme (lecture, prise de notes…), car c’est dans son monde intérieur (les idées, les concepts) qu’il puisera son énergie à lui.
Il ne s’agit pas d’un mode unique de fonctionnement, plutôt d’une préférence naturelle pour l’un ou pour l’autre penchant. Cette préférence peut d’ailleurs avoir été contrariée au cours du développement de l’individu, en fonction des valeurs familiales ou sociales dominantes à cette période.

Or, nous vivons dans un monde d’extraversion.

Nous sommes sollicités par des stimuli extérieurs incessants. Appels téléphoniques, émissions télévisées, e-mails, publicités, démarchage à domicile, c’est un flot permanent d’informations que nos sens doivent traiter. Ils diffusent même de la radio dans les parkings souterrains, c’est dire… Dans ce monde, un extraverti (70% de la population) sera à l’aise, parce que ce monde a été créé pour lui, il lui envoie de l’énergie sous la forme d’images, sons et demandes d’interaction. Les valeurs présentées par nos sociétés exacerbent d’ailleurs les valeurs de communauté (fut-elle virtuelle), d’esprit d’équipe, et le côté « branché » (sur la nouveauté, sur l’information, sur les tendances…). Par opposition, la solitude est connotée négativement : une personne laissée seule, c’est pas bien pour elle, elle va être malheureuse.

Dans ce monde, les introvertis souffrent. Les musiques de leur monde préféré sont couvertes par le vacarme incessant du monde extérieur.

Dans une BD que j’ai bien aimée, Pilules bleues, le dessinateur-narrateur cotoie un jeune enfant, et il se dit « C’est marrant, les gosses, ils te posent une question, tu réponds, et là, il y a un moment de silence, tu peux voir qu’ils mettent en marche leur disque dur (crrrr, crrrr…) pour intégrer ta réponse ».
Ce que ce narrateur n’a pas compris, c’est que seul un enfant introverti procède ainsi. Un enfant extraverti va reposer une autre question immédiatement derrière, ou bien se mettre à parler car c’est par l’échange constant qu’un enfant extraverti réfléchit et apprend.

Si, quand vous posez une question à un enfant, vous voyez le disque dur se mettre en marche (crrrr, crrrr…), c’est probablement un introverti. Ce n’est pas du tout un défaut, et cet enfant donnera (si on lui en laisse l’occasion) des choses bien plus profondes et mieux pensées que celles que produira un extraverti. Mais l’extraverti a de la répartie, et ça, c’est valorisé socialement. Pour l’enfant introverti, ce sera difficile de grandir dans un monde qui ne respecte pas son mode de fonctionnement propre. Il devra s’adapter, car ce n’est pas le monde qui va s’ajuster. Voire, cet enfant sera perçu comme (en variant le ton) : rêveur, solitaire, renfermé, lent, asocial. Et le monde extérieur se chargera bien de lui faire comprendre qu’il n’a pas la bonne orientation.

Je suis, par orientation naturelle, extraverti. Mais je traverse depuis quelque temps une grande période d’introversion (ces choses-là peuvent alterner régulièrement au cours d’une existence). Et j’avais rarement autant mesuré la violence avec laquelle le monde extérieur s’impose aux introvertis, minorité statistique et culturelle.

[edit] Je ne l’ai pas mentionné, mais quand je dis « le monde extérieur s’impose aux introvertis », dans « le monde extérieur », j’inclus les extravertis. Ceux-ci, les pauvres, ne savent pas forcément que leur comportement – naturel, rappelons-le – est très intrusif pour un introverti. Poser une question, ne pas attendre (crrrr, crrrr…) la formulation d’une réponse pour en poser une deuxième, ou encore intervenir pour préciser la première question (en se disant « s’il est silencieux, peut-être ai-je mal posé ma question »), jouer au ping-pong verbal (interrompre, finir les phrases, parler en même temps), sont autant de pratiques « naturelles » des extraverti(e)s qui désarçonnent l’introverti, le déstabilisent voire le secouent fortement… retardant d’autant, voire annulant, les réponses que celui-ci préparait.[/edit]

Typewatching the Stars – Sherlock Holmes

Bon, alors avec celui-là, j’ai galéré. Le début avait l’air simple : autant le Commissaire Maigret affiche des intuitions apparemment non logiques (ce qui ne veut pas dire fausses), autant Sherlock est gouverné par la logique pure. Mais c’était l’ordre des préférences qui me turlupinait. Résumons ce qu’on en sait de lui par les écrits, en fonction de chaque lettre :
– Un être très logique, qui estime que « When you have eliminated all which is impossible, then whatever remains, however improbable, must be the truth » (the blanched soldier). Donc une T en Dominante ou Auxiliaire ;
– Pour ce qui est des intuitions, ma foi, c’est un enquêteur, il doit avoir de l’imagination. Mais en fait, je ne suis pas sûr : sa froide logique lui fait envisager toutes les possibilités, puis il élimine celles qui sont impossibles : à une machine calculatoire, on ne demande pas d’être imaginative… Donc la fonction N peut être peu affirmée ;
– Nous savons par ailleurs qu’il est attentif aux détails (dans Le chien des Baskerville, il retrouve – de mémoire – l’article dont ont été tirés les mots de la lettre anonyme) et occasionnellement adepte de la cocaïne quand il n’y a pas d’enquête intéressante à l’horizon. Donc une S bien développée, probablement son Auxiliaire.
– Il a une incapacité certaine aux relations humaines. Son seul « ami », le Dr Watson, se réjouit quand – dans une seule aventure, je crois – Holmes montre de l’inquiétude au fait qu’il ait été blessé. T en Dominante implique F en inférieure, ça se tient.

Et c’est là où ça devenait difficile. Si Te est en dominante, Si est en auxiliaire, or Si, c’est le monde des idées, des concepts, pas du tout le genre à mémoriser un article de journal mot à mot.
Il me fallait une Se. Donc, Eurêka, on dit Te en Dominante, Ni en Auxiliaire, Se en Tertiaire (bien développée, mais Sherlock doit avoir au moins 40 ans, ça se tient) et une Fi en Inférieure.

Cela nous donne donc ENTJ.

Réfléchissons maintenant pour valider.
– E : cela n’apparaît pas en tant que tel, car Sherlock est un homme mur, posé, qui écoute beaucoup, pas vraiment le type à rechercher la société et les échanges. Mais il n’est plus un ado bouillonnant : la Ni a besoin de calme pour fonctionner. Il a aussi des périodes où il se retire du monde mais c’est quand il s’ennuie, et qu’il attend un stimulus extérieur. En fait, je pense que ses enquêtes (aller sur le terrain) sont son moteur, son énergie. Et il a besoin d’un alter ego (Watson) à qui démontrer ses réflexions pas-à-pas. Cela peut justifier le E.
– J : orienté vers l’action, l’obtention de résultats, et l’anticipation (il prévient souvent Watson à la dernière minute, mais il a pris soin de réserver à l’avance un train ou une calèche).

J’ai encore des doutes, mais dans le Rubik’s Cube des possibilités, aucune ne sonne aussi bien que celle-là.

Typewatching the Stars – Jules Maigret

Je suis toujours dans mon intérêt pour le MBTI (je viens d’en créer la rubrique), je lis des livres, je me forme peu à peu.
Normalement, le MBTI consiste à essayer de découvrir son propre type de personnalité. Certes, c’est réalisé avec l’aide d’un praticien certifié MBTI, mais c’est le candidat qui va décider finalement de son positionnement.
Il existe cependant une variante bien utile : le Typewatching. Dans ce cas, cela consiste à essayer de deviner quel est le Type d’une personne (par exemple un client potentiel, ou un partenaire de négociation). J’inaugure donc ici une nouvelle rubrique, qui va me servir de TD : essayer de typewatcher des personnes connues (fictives ou non, plutôt fictives, car c’est le monde que je préfère).
Notre grand débutant du soir est Jules Maigret, dit le Commissaire Maigret, personnage récurrent des romans de Simenon (dont ce bleug a déjà entendu parler).

Tout a démarré par cet échange entre le directeur de la PJ et Maigret :

« – J’avoue qu’hier j’aurais facilement pensé que vous aviez affaire à un farceur, ou à un détraqué…
– Moi, non… J’ai cru ce qu’il me disait dès son premier coup de téléphone…
Pourquoi ? Il n’aurait pu l’expliquer. Ce n’était certainement pas parce que l’homme avait fait appel à lui personnellement.
[…]
– Enfin !… Faites pour le mieux… Sans doute quelqu’un ne tardera-t-il pas à le reconnaître ?…
– Cela m’étonnerait…
Encore une impression qu’il aurait eu du mal à expliquer. Dans son esprit, cela se tenait. Mais, dès qu’il essayait de préciser, fût-ce pour lui-même, cela devenait confus. »

Georges Simenon, Maigret et son mort, Livre de poche n° 14 243, p. 42.

Donc, nous avons affaire à un iNtuitif, qui se fie à ses intuitions, sans pouvoir les expliciter, donc un N, à l’opposé du S, féru de détails et de sensations réelles.
Néanmoins, Maigret remarque des choses, des détails, que les autres ne voient pas. L’intuition est primordiale, mais le souci des détails n’est pas loin. Par ailleurs, il fume, il est toujours à boire un demi ou un calva, il adore recharger son poële à ras-bord pour avoir chaud : un homme qui aime les sensations réelles, qui utilise ses sens. Donc on ne peut pas avoir N en Dominante, car S serait en inférieure (trop bas, pas assez présente). Par déduction, N est Auxiliaire et S est Tertiaire (une Tertiaire bien entraînée, ce qui est plausible pour un commissaire de 50 ans, c’est-à-dire assez avancé en âge pour avoir une Tertiaire bien développée).

Quelle est la Dominante alors ? T, la logique, ou F, la grille de valeurs personnelles, T l’impersonation ou F la composante humaine ? F, indéniablement : Maigret ne cherche pas à résoudre les énigmes comme Rouletabille « en suivant le bon bout de sa raison », encore moins comme Sherlock Holmes qui fait preuve d’une logique excluant – quasi totalement – les sentiments humains. Maigret cherche à comprendre les gens, les situations. Il se met à la place des victimes, il observe, et avouons-le : cela le passionne de comprendre ses frères humains. Donc F en Dominante, ce qui nous donne T en inférieure.

Reste à déterminer si Maigret est Extraverti ou Introverti. Pas facile de juger de cela à l’âge adulte, même si :

« Cela lui arrivait de temps en temps, comme ça, quand une enquête n’avançait pas à son gré, de se mettre au lit ou de garder la chambre. On le dorlotait. On marchait à pas feutrés. Il échappait au va-et-vient, au vacarme de la P.J., aux questions des uns et des autres, aux cent tracasseries quotidiennes. »

Ibid., p. 67.

Donc besoin de se ressourcer loin du monde, nécessité de donner un espace à ses voix intérieures loin des sollicitations qui le perturbent : I(ntroverti).

Voyons ce que ça donne.

Il est I, donc la Dominante est tournée vers l’intérieur, et l’Auxiliaire vers l’extérieur, ça fait donc Fi en dominante et Ne en Auxiliaire, la fonction tournée vers l’extérieur est une fonction de perception, donc il est P.

Donc le Commissaire Maigret serait INFP.

Le MBTI pour les nuls : qu’est-ce qu’un P ?

Un type de personnalité « J » est orienté vers l’action. Il aime bien planifier, anticiper. C’est une personne qui n’aime pas le(s) retard(s). Tout imprévu peut être source de stress. Tout a été fait dans les temps, voire avant.
Par opposition, un type de personnalité « P » est orienté plutôt sur la contemplation, décider est toujours douloureux. Le P aime garder ses options ouvertes jusqu’au dernier moment. Il sait qu’il ne fonctionne bien que sous la pression de la deadline (nuit blanche…).
C’est souvent difficile d’expliquer le fonctionnement d’un P, notamment à un J, qui prend les Ps pour des rêveurs pusillanimes.

Voilà, j’ai trouvé sur BashFR (DansTonChat) aujourd’hui une méga-attitude P :

[hik] tu fais quoi ?
[dwane] j’attends que mon appart se range tout seul.
[hik] y’a peu de chance que ça marche …
[dwane] je sais mais je me dit que si je le range maintenant je pourrai pas être sur qu’il se serai pas rangé tout seul dans une heure, et donc j’aurai peut être fais tout ça pour rien.
[hik] t’as raison, vaut mieux attendre encore un peu.

Respect !

Indicateur MBTI (Myers Briggs Type Index) – quelques remarques qui peuvent intéresser d’autres personnes

Ce blog a déjà parlé du MBTI, de manière incidente, dans les commentaires.
Je ne vais pas décrire ce test ou ses fondements en détail, je me donne juste, allez, 4 phrases pour le faire :

  1. Issu des travaux du psychiatre et psychologue Carl Jung et adapté par Isabel Briggs Myers et Katherine Cook Briggs, l’indicateur MBTI sert à identifier le « type » de personnalité d’un individu donné.
  2. Il y a 16 types de personnalités, fondées autour de 4 axes (2 valeurs possibles par axe) : E/I, S/N, T/F, J/P.
  3. Connaître son propre type de personnalité, et identifier celui des autres, aide à clarifier les incompréhensions et les dysfonctionnements – y compris vis-à-vis de soi-même.
  4. Ce test est utilisé depuis des années dans la majorité des formations au management, notamment sur les populations en MBA.

J’ai « passé » un entretien de découverte du type il y a deux semaines, après avoir lu quelques livres et navigué sur des sites Internet pendant plusieurs mois. Et mon propos est de rédiger un rapport d’étonnement sur ce domaine que je découvre, et que je vais probablement approfondir (« Connais-toi, laisse à Dieu les secrets qu’il veut faire ; L’homme est la seule étude à l’homme nécessaire », Alexander Pope, Essai sur l’homme).

Rapport d’étonnement en 4 actes :

  1. Le MBTI est utilisé à tour de bras par les coachs, consultants en management, gens de RH et autres psychothérapeutes sur le lieu de travail. Je trouve que cet indicateur est très souvent réduit à sa plus simple expression, et donc frustrant. En gros, il se borne à dire « nous n’avons pas tous la même personnalité, voilà la vôtre, vous êtes bon là-dedans, moins bon ici, et une personne qui n’a pas le même type de personnalité ne fonctionnera pas de la même manière ». C’est déjà pas mal, mais cela rend cet indicateur difficile à distinguer des autres tests plus ou moins en vogue (êtes-vous cigale ou fourmi, analytique ou syncrétique, dauphine ou casoar, etc. Le bestiaire des types de personnalité est un zoo fantastique dans les séminaires de management). Mais l’entretien de découverte n’est censé être que la première étape, et il devrait normalement être suivi par un travail personnalisé avec le coach.
  2. En fait, cet entretien offre un diagnostic instantané (voilà votre type de personnalité à la base), mais aussi évolutif : voilà comment vous utilisez votre cerveau pour collecter des informations et prendre des décisions, voilà comment cela a évolué depuis votre enfance, et voilà comment cela risque d’évoluer. Si l’on devait prendre une analogie, c’est beaucoup plus qu’une photo. C’est un film qui décompose le mouvement, que le sportif peut lire (avec l’aide de son entraîneur…) pour comprendre d’où viennent ses gestes, et comment les améliorer.
  3. S’il y a 16 types de personnalités, alors cela réfute les conseils universels sur l’éducation ou sur la psychologie. « Un enfant a besoin d’être cadré, sinon il sera malheureux », « écoutez votre coeur », « reprenez du temps pour vous-même, défendez-vous des Autres », « Les enfants ne doivent pas interrompre la conversation »… Tous ces dictons ou conseils dont nous avons hérité dans nos schémas mentaux, ou qu’on peut lire dans les magazines à positionnement « psychologie grand public » cachent en fait la forêt : s’il y a 16 types de personnalité, il y a 16 familles de conseils. Ou comme l’illustrait Kate dans son commentaire : « si un S suit son intuition (fonction opposée à sa préférence naturelle, donc peu efficace car rarement utilisée), ou si un T s’amuse à décider de façon subjective, sauf dans le cas précis d’un travail conscient et encadré de développement personnel, ça va tourner assez vite au bordel généralisé. »
  4. De la même manière, s’il y a 16 types de personnalité, alorscela réfute les conseils universels pour travailler efficacement. Or, qu’est-ce qu’écrivent la plupart des manuels de « productivité personnelle » ? Ils disent « voilà ma méthode, elle est adaptable à tous, universelle, suivez mes conseils et achetez mon livre ». Certes, je ne vais pas aller jusqu’à dire qu’il y a 16 systèmes de gestion de la productivité personnelle, mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’y en a pas qu’un seul. Je vais lister, pour l’exemple, quelques credos analogues aux credos généraux sur l’éducation ou la psychologie, mais cette fois adaptés au monde du travail : « un bureau doit être rangé (voire vide) » ; « la procrastination est une mauvaise chose et il y a des moyens pour combattre cela » ; « anticiper permet de gagner du temps » (ou variante : on fait plus de choses quand on les anticipe).

Je m’arrête là. J’ai conscience du fait que certains points ne sont des découvertes que pour moi. Et le tout mérite d’être dégrossi, clarifié, décanté au fil du temps et de l’expérience. Je m’y emploie.