Daily Archives: 23 juillet 2008

Magnolia Express – 4ème partie – # 13

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de If you’re ever in Oklahoma, par JJ Cale, sur le CD Really, Mercury, 1972. Le disque est en vente ici.

Si tu passes un jour en Oklahoma
 
Conrad grattait le sol du pied, il nous regardait par en-dessous Aline et moi, visiblement il ne savait point par quoi commencer.

– on s’est dit …
– (Aline) que vous aviez bien envie d’accompagner Bob Brozman ?
– ben oui et …
– (moi) Vous voudriez faire un bout de chemin ensemble, comme des joueurs de blues aventureux, advienne que pourra ?
– ben oui, c’est à dire …
– (Aline)… éventuellement vous occuper d’un bar ou d’une boutique de brocante d’instruments avec Bob et Eileen ? Enfin quelque chose qui tourne autour de la musique ?
– mais comment …
– (moi) … fait-on pour savoir tout ça ?
– ben oui, enfin …
– (Aline et moi, souriant) ça-se-lit-sur-ton-vi-sage !
– … ?! … Mmmgreummm… Pfffvisagenonmaispffff…
 
Aline l’a dépêtré de là :

– Allez Conrad, fais pas cette tête-là. Je vous laisse, je vais dire au revoir à Eileen…

Nous l’avons regardée tous les deux, Conrad fronçait le sourcil en la fixant, puis en me jetant des coups d’oeil en coin.

– Qu’est-ce qu’elle a, la petite ?
– Je crois qu’elle n’a pas encore trouvé ce qu’elle cherche. Et ça n’est facile pour personne…

Conrad s’approcha de moi, m’attrapa par la nuque. Je me retrouvai face à son visage souriant, à ses yeux plantés dans les miens. Il me dit, en détachant bien ses mots :

– Un loup normalement constitué attrape sa proie une fois sur dix. Prétendrais-tu être meilleur que le loup ?

Puis il ajouta en grimaçant :

– Toi et moi, on a beau faire des efforts, on leur arrivera jamais à la cheville…

Je passai mon bras autour de ses épaules, ils allaient bientôt partir ensemble, je n’avais pas imaginé une fin comme celle-là. Ils allaient me manquer. Conrad se dégagea doucement, et se dirigea vers le petit groupe de pèlerins. Il se retourna :

– … et quoi qu’il advienne, ajouta-t-il, bénis toujours le jour où tu l’as rencontrée…

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Caillou – Y


Je suis le pélerin sur le chemin,
Perdu, évidemment, comme tout homme limité.
Tu es le gong dans le brouillard,
La lumière derrière le papier de soie
Dans la nuit.

Kung Fu Yoda, une réflexion sur le film

Je suis allé voir Kung Fu Panda, en toute séductitude. J’ai débriefé avec mes enfants, et nous sommes arrivés aux quelques idées suivantes, pour les adeptes du Zen, les Script doctors et autres personnes qui recherchent ce qui est Caché derrière (merci Laurent Voulzy).

Donc, dans le film Kung Fu Panda :

  • Le grand maître, Oogway, est une tortue. Mais il est rapide quand il veut. Donc la carapace, c’est dans ta tête. Un parallèle évident avec maître Yoda, et sa canne, jusqu’à ce qu’il se batte avec le Comte Dokuu (je ne sais jamais le nombre de oo et de uu). Ou, pour reprendre Jean-Philippe Toussaint avec sa théorie de l’olive et de la fourchette, l’important, c’est d’attendrir l’olive doucement, patiemment, et quand vient le moment, TCHAC, le zen est là, et tu parles avec la foudre.
  • Le maître Shifu apprend à ses élèves. Mais Shifu se fait battre par Taï Lung, son élève. Et Po, son élève (à Shifu), bat Taï Lung (l’élève de Shifu), qui avait pourtant battu Shifu (son maître). La conclusion est évidente : on peut toujours apprendre de ses élèves. C’est à méditer.
  • Po n’est jamais meilleur que quand il ne réfléchit pas à ce qu’il fait. C’est une référence évidente au « No mind » du Dernier Samouraï. Donc : c’est notre cerveau qui fait des noeuds, laissons le corps s’exprimer.
  • Po est gentil, il n’est pas très intelligent, mais il est motivé. Quand il se fait tabasser / attendrir (au sens de la viande qu’on attendrit) / rejeter / brûler / attaquer, il revient, toujours. Parce qu’il est enthousiaste, il a tellement visualisé tout qu’il est heureux de faire partie de ce film. Donc : la vraie valeur, c’est l’enthousiasme. La technique est importante, on le voit bien, mais la vision reste au centre de la motivation.

Sur la technique du doigt mouché, je ne sais que penser. On n’est pas loin d’Anakin qui décapite le Comte Dooku. Je pense que c’est la signature américaine de ce film à vocation asiatique : au final, il faut que le méchant disparaisse. Cela n’est pas très Zen.

Magnolia Express – 4ème partie – # 12

Union Station
 
Nous sommes arrivés au soleil couchant, le train ne reprenait sa magie qu’à la nuit tombée, quand le silence est descendu sur le monde. Le Solitaire est venu nous rejoindre tandis que Conrad finissait de charger à nouveau nos bagages dans le taxi. Bob Brozman fredonnait doucement un air, à part ça le paysage était attentif alentour. Conrad revint vers nous, sortit un petit cigare de sa poche de poitrine, et le tendit au Solitaire.

– Merci, Solitaire, je suis content d’avoir parlé avec toi…

Le Solitaire prit le petit cigare en souriant d’un air entendu, ça oui, il comprenait la plaisanterie. Il donna une petite tape sur l’épaule de Conrad, nous fit un signe de tête, puis repartit vers sa locomotive essentielle, son grand manteau battant ses longues jambes.
Et nous ne le revîmes plus jamais.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Cinétique du pékin – 1bis et 2bis : erratum et addendum

Visiblement, il n’y en a pas beaucoup qui prennent le métro, dans les lecteurs de ce blog. Je me suis gouréje : contrairement à mes précédents crobards, il n’y a pas UN, mais DEUXE poteaux dans les rames traditionnelles. Entre les deux poteaux, le no man’s land, l’espace intersticiel abominé, mais en même temps, la sécurité car sur les 4 degrés de liberté (cf. à nouveau le Jeu de Go), deux sont protégés par les poteaux. Bref, il s’agit juste de se remémorer « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! »

Cela mérite donc un erratum sur les stratégies de placement, même si vous m’aviez compris :
(1) Placement en montée de rame, pour laisser s’écouler le flot de droite et de gauche ;
(1bis) Transition éventuelle par le No Man’s Land, position protégée mais sensible aux traverseurs de rame ;
(2) Symétrie de (1), face au poteau, prêt à reculer ;
(3) le paradis perdu, idéalement au centre, mais par défaut sur un côté, en attendant de se rabattre, le dos bien calé, les pieds plantés en triangle isomorphe, de là vous défiez les pékins.

Voilà pour l’erratum, reste l’addendum.

Je disais, jeune fou que j’étais, que la position (9) était pour les risque-tout, étant donné qu’elle était dans le passage, donc dramatiquement sous-optimale. J’y crois toujours, mais ma prof d’espagnol (holà Magdalena !) m’a signalé que c’est un placement idéal pour une personne souhaitant s’asseoir sur une banquette : dès qu’une personne se lève, hop, la personne en (9) est la plus proche, elle n’a plus qu’à exercer son option.