Daily Archives: 16 octobre 2006

Le lièvre antique et la tortue amnésique

Préambule ô combien approprié

Conversation ce soir avec mon fils, au sujet de son épreuve sportive de l’année (courir 7 minutes d’affilée) :
– Dis donc, c’est super que tu aies couru 7 minutes !
(il ne réagit pas)
– Et moi, est-ce que tu sais combien de temps j’ai couru, hier ?
– Non, combien ?
– J’ai couru 1 heure et 58 minutes !
– … et combien de secondes ?
– ?! Euh, 20 secondes…
– Ha ! C’est rien du tout ! Moi je peux compter jusqu’à 20 !

Je vais donc vous parler de mes 20 secondes d’hier.

(la ligne rouge représente la vitesse que j’aurais dû maintenir sur toute la distance pour faire péter un chrono à 1h 50′)


La course s’est passée dans la vitesse (au début) puis l’essoufflement (très vite) puis l’allure de croisière, confiante et concentrée, avant la chute de performance à partir du KM 13.

L’impression de voir un compte-tours dont l’aiguille tombe, et on a beau se dire « il faut que j’accélère, que je remette la gomme », les jambes ne répondent plus, et il ne s’agit plus que de mouliner des mollets avec ce qui reste d’énergie et de motivation.

Malgré la liste des avanies que nous avons subies (en rigolant pas mal), c’est-à-dire :
– un trajet en voiture avec multiples plantages, qu’un poivrot en zigzaguant il aurait fait moins de distance
– la présence d’un membre satanique, tentateur et sulfureux, aux assauts empressés duquel j’ai dû résister de toute ma candeur et ma probité, moi qui ne connais pas le mal (le mâle non plus)
– une virée nocturne dans Amsterdam où on a marché pendant des vingtaines d’heures (au moins) en observant des mannequins dans des vitrines, bien mieux qu’au musée Grévin, ce sont des figurines animées (et dénudées), pour un peu, on jurerait qu’elles sont vraies
– un départ des courses depuis le stade situé en périphérie, mais aucun tramway ne marche le dimanche, c’est pratique…
– une pelade que rarement on a pelé comme ça, d’abord en attendant de voir passer les marathoniens, puis de les voir repasser, dans un vent coulis glacial, puis le deshabillage sur le trottoir, brrrr, mon épiderme de délicat bébé se garnissant de givre
– un accéléromètre dont j’avais oublié de vérifier la pile, et qui m’a lâché 1mn avant le départ. L’accéléromètre, c’est ce qui me permet de vérifier que je cours à la bonne vitesse, régulière, ni trop élevée, ni trop lente. Je me suis dit « ça fait rien, on va le faire comme un trappeur du Saskatchewan, tous les kilomètres je vérifierai mon temps, et j’ajusterai à chaque borne kilométrique ». Las,
– les bornes kilométriques étaient au ras du sol, donc je n’ai vu que le KM 5, puis le KM 10. Un peu difficile de s’ajuster, quand on n’a que 2 points de référence sur la première moitié du parcours

Le pire arrive.
J’ai passé la première moitié de la course à une vitesse qui aurait dû me permettre de finir en 1h45, mais les présomptueux oublient toujours qu’après la première moitié, il y a une deuxième moitié. Au KM 17, j’étais plutôt calé sur 1h50. Au final, j’ai fait 1h 58′ 20″.
Et tout le monde de me féliciter, moi le premier me disant « allez, j’ai un peu cramé des muscles au début, mais bon, nouveau record personnel, je passe sous les 2h ».
Jusqu’à ce que, ce soir, je revienne à mon compte-rendu du semi-marathon de Paris, il y a 6 mois. Et que je me rende compte qu’il y a 6 mois, j’ai fait 1h 56′ 53″, presque 2mn de mieux que ma performance d’hier.
Je me sens vieux.
Je hais mon blog.
Je hais ma mémoire à trous et mon optimisme inoxydable.
Je vais me coucher comme une serpillière moisie.

Short note, long run

Oui, je sais, vous n’êtes pas tous intéressés, mais pour ceux qui suivent de loin, du coin de l’oeil : 1h 58′ 20″ au semi-marathon d’Amsterdam. Mon meilleur temps à ce jour sur cette distance (Repentir : eh non, ce n’est pas mon meilleur temps, finalement…). Debriefing détaillé plus tard… ici.