Ce soir, mon fils (6 ans, 39°6) me dit d’une voix faible, mais ferme :
– Papa, moi je ne veux pas qu’on chasse les tigres roux (car il connaît aussi les tigres blancs)
J’ai beau le rassurer en lui disant qu’ils font partie d’une espèce protégée, je sais que cet argument n’aura jamais de poids dans la tête d’un indigène qui espère se faire quelques dollars (soit, son salaire mensuel) en tuant un tigre pour le compte de quelque poussah luisant. Comme le dit (je cite de mémoire) Romain Gary dans Les racines du ciel,
« un éléphant, cela représentait plusieurs semaines de viande qu’un coup de sagaie heureux pourrait procurer à la tribu. La noblesse de l’éléphant, c’est une pensée d’homme rassasié ».
Et je me dis que l’évolution des esprits ne passera pas par les sanctions (les garde-chasses touchent quelques dollars de plus par mois, mais pas beaucoup plus) mais plutôt par l’éducation. S’il n’est pas trop tard.
L’analogie est bonne pour certains actionnaires – et analystes – sur les marchés financiers. Avoir l’oeil rivé sur le résultat du prochain trimestre, c’est vivre à très court terme, c’est tirer des tigres tant qu’il y en a, pour un petit profit. En revanche, permettre à un dirigeant de créer un projet d’entreprise, de motiver et rémunérer tous ses employés, et d’investir intelligemment, c’est comme de créer un parc zoologique de tigres : les recettes deviendront bien supérieures à celles obtenues en braconnant. Et le monde sera meilleur, oui, oui.
Mais qui sera assez éduqué pour avoir la patience d’attendre ?
