J’avais écrit le caillou, et Yann en a fait la photo. Sa photo me rappelle un album BD de Cosey, L’espace bleu entre les nuages (Editions du Lombard, janvier 1983), notamment les pages 29 et 34. Comme disait Charlie Baudelaire, tout est correspondances…
Daily Archives: 19 juin 2006
Livre lu Paul Auster : La nuit de l’oracle
J’aime beaucoup Paul Auster, que je tiens pour le plus grand écrivain américain contemporain. (et John Steinbeck, pour le plus grand écrivain américain du XXème siècle, cf. thibillet).
La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006, 236 p.) est paru récemment, après Le livre des illusions, qu était du grand Paul Auster, de la veine inventive et voyageuse de son premier roman connu, Moon Palace.
La nuit de l’oracle a beaucoup des ingrédients de Paul Auster : mise en abyme (un roman qui parle d’un écrivain qui écrit un roman sur un roman…), histoires qui s’enchevêtrent, personnages et situations qui dérivent peu à peu vers une fatalité insidieuse, fantasme de réiventer sa vie et repartir de zéro. Dans l’ensemble, toutes ces choses me plaisent, chez un écrivain qui travaille énormément ses textes, et que j’ai toujours autant de plaisir à lire.
Alors quoi ? Malgré tout cela, qu’est-ce qui a cloché ici ? La redite, le sentiment de déjà vu dans d’autres romans du même auteur ? Mais n’est-ce pas inéluctable, quand on a (presque) tout lu d’un auteur, y compris ses essais et récits autobiographiques : on a l’impression de le connaître très bien, et à chaque rebondissement, moitié surpris, moitié averti, on se dit « c’est tout lui, ça ! ».
Dans l’ensemble, j’ai passé un bon moment. Dans ma misère de lecture actuelle (j’y reviendrai, ou pas), Paul Auster serait un des seuls auteurs vers lesquels je reviendrais régulièrement.
Voilà, je crois que j’ai mis le doigt dessus : les histoires de Paul Auster contiennent très souvent des passages durs, ou noirs, mais il y a toujours cette fibre d’optimisme, ou de fascination, qui nous fait aller de l’avant. La musique du hasard , par exemple, allait d’étonnement en mystère, de mystère en fantastique, de fantastique en fataliste. C’était superbe. Ici, cela m’a trop rappelé le livre de Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais. Ironie du sort : je lui reprochais, à elle, de copier son mari Paul Auster, et là, je retrouve dans son roman à lui des analogies. Jusqu’à ce personnage de fils menteur et dangereux, ce Mark enigmatique et effrayant du roman de Siri Hustvedt, qui a un avatar ponctuel, mais crucial dans le roman d’Auster.
Correspondances : je n’ai pas vu Barton Fink, mais je me demande s’il n’y aurait pas une similitude (l’écrivain seul, l’irruption du fantastique, le décalage des vies). Sinon, comme souvent avec Paul Auster, j’ai du mal à établir des correspondances, car je le trouve unique. Il y a toutefois un livre qu’on m’avait prêté qui était redoutable : Tattoo Girl, de Brooke Stevens, qui a des résonances austeriennes (Amazon.fr dit, en parlant de l’auteur, « le David Lynch de la littérature », mazette !)
Et la citation qui va bien :
Que le sang paraît rouge sur le blanc du lavabo de porcelaine, me disais-je. Quelle vivacité elle a, cette couleur, et esthétiquement, qu’elle est choquante. Les autres fluides issus de nous sont ternes en comparaison, de pâles giclées. Salive blanchâtre, sperme laiteux, urine jaune, morve brun-vert. Nous excrétons des couleurs d’automne et d’hiver tandis que court, invisible, dans nos veines, l’écarlate d’un artiste fou – aussi rouge et aussi brillant que de la peinture fraiche.
Paul Auster, La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006), p. 48-49.
