Daily Archives: 23 mai 2008

Ubuntu – Réplumer

Réplumer (forme désuète : péplumer) : v.i. Apprendre quelques jours avant que tel rendez-vous gonflant a été annulé par le gonfleur. Que la réunion n’aura finalement pas lieu. Que tel cours pénible est supprimé. Contempler ce vide qui apparaît dans l’agenda, et sabler mentalement le champagne.
Par extension : passer quelques jours seul, tout seul.

Magnolia Express – 3ème Partie – # 24

Gloire à nos courageux pilotes
 
Ma machine toujours sur les bras, j’allai voir du côté de chez Conrad et Eileen. Vieux Bill avait vaguement idée de l’endroit où il pourrait trouver un pare-brise, mais c’était dans un coin reculé du parc, et pour y accéder il fallait soulever au moins deux tonnes de ferrailles. Conrad y avait travaillé depuis quelques jours avec Vieux Bill, et il restait encore une bonne pile à déblayer. Quand je tournai au coin de l’allée, Vieux Bill était en haut d’une pile et guidait Conrad qui attrapait les ferrailles avec une petite grue.
 
Eileen était en train de venir vers moi. Elle me dit :

– Je vais acheter quelques victuailles, vous voulez venir ?

J’hésitai un moment.

– Aline est occupée. Je vais venir.

Eileen répondit Mmmm tout en marchant, elle avait sa liste de commissions en tête, et n’écoutait pas vraiment, elle était toute à ses préoccupations alimentaires. C’était bien.
Nous arrivmes au taxi, et j’eus une sorte de doute, dont je fis part à Eileen :

– Hey …
– Mmmm ?
– Il n’y a plus de pare-brise au taxi…
 
Elle s’arrêta, me regarda, elle avait l’air de me découvrir. Puis elle me sourit, et me dit qu’elle aussi l’avait remarqué, et qu’elle contrôlait la situation. Je m’installai donc sur le siège du passager, claquai la portière, levai les yeux : pas de doute, on voyait bien le capot, la route là-bas, et à moins de rouler à 10 miles à l’heure, nous allions pleurer comme des crocodiles enfumés dans une valise. Je m’abandonnai au désespoir : Eileen venait de s’asseoir, comment lui annoncer la Réalité, comment lui annoncer que ce monde cruel ne pardonnait rien à ceux qui n’avaient point de pare-brise ?

Je me lançai :

– Eileen, avant que tu démarres, il faut que je te parle …
– Bien, dit-elle, mais que cela ne t’empêche point de mettre tes lunettes.

Je me tournai vers elle : elle avait revêtu des lunettes d’aviateur, ces lunettes de verre-cuir-acier que portent tous les aviateurs de légende, et elle m’en tendait une paire. Je les revêtis : j’avais désormais un pare-brise personnel. On pouvait y aller.

– Alors ? me demande Eileen
– On peut y aller, dis-je. Le monde a eu pitié.

Creative Commons License
Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Citation – A quoi tu penses ?

Mon éditeuse, qui n’a pas daigné venir me voir hier alors que je sortais de 30h de cours en 4 jours (futile excuse de problème de Vélib’ un jour de grève, pfff, tous des feignasses dans l’édition) m’a offert un livre pour cabinets. Mais je l’ai lu dans le métro. Un de ces bréviaires façon « les miscellanées de Mr. Schott » ou « Je me souviens » de Perec. Ici, il s’agit de 1 000 réponses à la question « A quoi tu penses ? ». Réponses personnelles, absurdes, énervées, autobiographiques, obsessionnelles, humaines, traits de génie du langage, délires.

Si je ne devais en citer qu’une parmi mes favorites :

A quoi tu penses ?
Je pense que Dieu n’a jamais eu le temps de finir complètement l’ornithorynque, parce qu’il lui manque des ailes et une hélice.
Hervé le Tellier, Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable, Le Castor Astral, p. 47.

Livre indisponible sur Amazon (edit : si, il y est, mais – honte à moi – j’écrivais Le Tellier sans L majuscule..), qui propose tout de même aussi l’Encyclopaedia inutilis, du même auteur, ainsi que les Sonates de bar, que j’avais bien aimées (tu m’étonnes…)