Daily Archives: 22 janvier 2007

Magnolia Express – 1ère partie – # 18

De pancartes jalonner notre vie
 

Ça c’était vraiment un problème. Ça n’est pas facile d’abandonner quelques lecteurs fidèles, qui viennent vous voir régulièrement, avec dans les yeux une petite attente. Ils vous posent des questions, expliquent leur recherche, et puis on se retrouve penchés ensemble à réfléchir, on tâtonne un peu, c’est très délicat, à la fin on tombe d’accord sur un livre et ils l’emportent, un peu rassurés, un peu anxieux. Certaines fois ils reviennent souriants « Oh oui vraiment, il était bien, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit pour le finir ». Ou bien ils ne disent rien, ou bien, avec un petit ton désolé « Non, je n’ai pas tellement aimé, je suis peut-être un peu difficile, j’imaginais autre chose ». Souvent, ils réinventent le livre qui leur aurait plu, puis on cherche à nouveau ensemble.
Alors c’était vraiment un problème de savoir quoi leur dire sur la pancarte. Nous sommes rentrés à la maison, et on discutait, nous n’avions pas les mêmes idées.
 
Voilà ce qu’Aline proposait :

Fermé pour un mois
Fermé pour cause de recherche d’identité
Fermé pour travaux intérieurs
Fermé pour cause d’inventaire
Fermé pendant la mousson (elle aimait bien celui-là, et ses yeux pétillaient quand elle me l’avait dit)
Fermé
 
Pour ma part, je pensais plutôt à :

Fermé pour un mois, peut-être moins
Fermé pour cause de mission
Nous ne sommes pas partis définitivement
Fermé temporairement
Fermé pendant les vacances libraires

Nous étions au moins d’accord sur un point : le point justement. Il ne fallait pas mettre de point après l’inscription, même pas trois petits points. Juste une pancarte ouverte sur l’avenir.

Creative Commons License
Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
.

Aïeuh

Il y a deux types de personnes dans la vie : ceux qui ont déjà couru un marathon, et les autres ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu une crise de calculs (rénaux, hein, pas financiers) et ceux qui ne savent pas ce que c’est ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu un lumbago, et les autres. Je fais partie de ce Grand Chelem tant envié, de connaître / avoir connu les 3 situations.
Les points communs, évidemment, sont :

  • la douleur
  • l’impotence / l’incapacité à se mouvoir
  • la douleur
  • l’impression que ça n’en finira jamais
  • avoir mal à des endroits qu’on oubliait tous les jours, qu’on savait même pas qu’il y avait des veines des artères des globules qui pulsaient dans ces coins-là du corps

(et ai-je mentionné la douleur ?)
Je me disais « chic, chic, je suis comme Gurney Halleck dans Dune, jamais à court d’une citation appropriée » et paf, je me rends compte que j’ai prêté Echine (de Philippe Djian) et que je n’ai donc pas accès à ce passage sur le lumbago du narrateur.
Le plus marrant (oui, je suis joueur), c’est l’ensemble des postures :

  1. allongé sur le canapé, 112 coussins sous les jambes, ça va, royal, sauf quand il faut changer le CD
  2. pivotation tel le cloporte moyen, jambes repliées, basculer sur le côté
  3. instant délicat où on reste à l’affût de son corps, tout en se disant « faut pas que je reste trop longtemps dans cette position ». Le grand paradoxe. Par exemple, ce matin, j’ai eu droit 4 fois au Glong, ça mériterait une batana, mais c’est trop compliqué à expliquer.
  4. se relever raide comme une planche à pain inclinée à 20°
  5. marcher comme un petit (vraiment petit) vieux (vraiment vieux)
  6. de temps en temps je croise mon reflet dans un miroir, j’hésite entre m’apitoyer et me foutre de ma gueule. Mais si je rigole de moi, ça va me déprimer, ou me reprimer, je ne sais plus. Paradoxe de nouveau.

Glong : n.m. lors d’un lumbago, sentir tout à coup un muscle dans le bas du dos qui se déplace brutalement (idéalement, en laissant une sensation de brûlure), et ressentir comme si une corde à piano avait donné un bon coup dans la vertèbre S2. Vivre un moment qui semble éternel, une infinité de temps compactée en un seul atome. Avoir le sentiment que si on éternue, les vertèbres vont dégringoler sur le plancher. Illusion d’être un squelette de Brachyosaure dans la Grande Galerie du Jardin des Plantes.
Se fendre d’un « Ayeuh » propitiatoire (à défaut d’adopter une attitude hiératique, j’essaie d’attendrir les dieux avec quelques rites).

Et puis tout ça, c’est sauter de la poële pour retomber dans le feu : je vais enfin avoir le temps de répondre à mes mails (plus de 260 au compteur), ayeuh, et de mettre à jour le livre numéro 1 (ayeuh), en attendant de m’attaquer au passage du livre numéro 2, vingt pages, une paille (ayeuh), une payayeuh.

‘Reusement que j’avais eu une frénésie d’achat de CDs : Chris Réa, Arthur H, Higelin, Bill Deraime, les Notting Hillbillies, Jamiroquai (bon, pas tout, il est un peu énervant), Paul Personne, Coco Robicheaux…