Des nuages et des chats
Depuis quelques jours, je sentais qu’Aline ruminait quelque chose. Elle restait de temps en temps les yeux dans le vague, ni gaie ni triste, un peu pensive, et puis soudain elle s’ébrouait et je la retrouvais, un peu comme si un petit nuage floconneux était passé dans sa tête. Ça n’est pas très facile, quand on est un peu pataud, de savoir comment réagir avec ce genre de nuages, s’il faut attendre tout simplement, ou bien quoi.
Je me souviens d’une petite dame au yeux clairs, elle avait eu un chat comme ça, elle me disait : « Vous comprenez, il était bien chez nous, et pourtant, de temps à autre, il partait dans les bois, on ne le revoyait pas pendant une semaine, il ne pouvait pas s’en empêcher. Pourtant, il avait tout chez nous, il aurait pu être heureux comme ça… « .
Puis sa voix s’était un peu brisée : « Et quand il revenait, il était si affectueux… ».
Elle restait les yeux dans le vague, avec une petite ombre de larme au bord des cils, parce qu’elle l’aimait trop pour l’enfermer, elle comprenait qu’il avait malgré tout besoin de sa liberté, et qu’il ne lui appartiendrait jamais entièrement.
– Aline ?
– … moui ?
– Tu es libre. Je ne te tiens pas.
Elle a souri, puis elle m’a ébouriffé les cheveux en riant, elle fronçait son petit nez en me regardant, en riant toujours. On peut toujours poser des questions, les mots les plus importants sont ceux qu’on ne dit pas.
Si, si.

Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.
Le roman, dans l’ordre, est là.
