Caillou – Klondyke

Je rêve d’un pays nu,
avec des montagnes, des arbres, quelques prairies
et une petite maison de bois.
Une maison en rondins dont les murs seraient rugueux
et sentiraient la résine.
En automne, la forêt serait dorée
comme un instrument de culte
et le silence religieux ne serait rompu
que par le bond effaré d’un chevreuil.
Il y ferait frais, avec un air bleu et glacé
et quelques brouillards le matin.
Le soleil y serait vu comme une bénédiction.
Là-bas, j’irais chaque matin à la rivière et,
passant le tamis toute la matinée,
je chercherais des pépites dans mon âme.

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Mare à thons, ou le marché à terme des poissons volants

Nous sommes une bande de joyeux fondus à nous être inscrits à la loterie du Marathon de New York. C’est une loterie, avec les règles suivantes : 35 000 places pour 121 759 845 622 postulants

  • si toi membre d’une charity, d’un club qui a payé des pots de vin respectable, si toi père d’une créature sculpturale et peu farouche, toi sélectionné, bravo
  • si toi américain mais pas membre des happy few ci-dessus, toi tiré au sort. Une chance sur deux.
  • Si toi pas américain, et pas happy few, toi tiré au sort. Une chance sur quatre.

Et c’est là où c’est beau, the american dream, yes man, god bless you all :

  • si toi pas tiré au sort 3 années de suite, toi automatiquement sélectionné la 4ème année. Yeah.

Avec les copains, on a tenu le même raisonnement que pour le placement par capitalisation : plus tu pars tôt, plus que t’as de pognon de chance à l’arrivée. Donc on s’est tous inscrits à la loterie. Les résultats viennent de tomber. La bonne nouvelle, c’est qu’aucun d’entre nous n’est cocu. La mauvaise, c’est qu’on a tous été recalés. Donc ça fait 1 au compteur de la loterie. Voici maintenant le dilemme (2 M, coco) et sa formalisation financière.

  • Nous être 5 à faire joujou avec la loterie
  • objectif affiché : être tous recalés 3 fois, pour pouvoir courir le même marathon de New York, la même année (c’est-à-dire 2009, on est jeunes)
  • Mais chaque année, chaque pékin a 1 chance sur 4 d’être sélectionné. Quid si un est tiré au sort ?
  • Et c’est là qu’arrive le Joker : quand on est tiré au sort, on peut demander à reporter d’un an.

Donc la config est la suivante :

  • 2007, personne tiré au sort : peinardos, si certains tirés au sort en 2008, reportent à 2009, et tout le monde court ensemble
  • 2007, tous tirés au sort : peinardos, on se fait le Pont du Verrazzano ensemble en 2007, on est jeunes.
  • 2007 : un ou deux sont tirés au sort, et les autres recalés. Si les tirés reportent, rien ne dit que les recalés seront tirés l’année suivante. La seule année sure, c’est 2009, mais les tirés ne peuvent reporter que jusqu’en 2008.

Bref, la possibilité de reporter, c’est une option financière, à l’américaine (à date fixe, contrairement à une option à l’européenne). Et là, on n’est même plus dans la finance, avec la formule de Black-Scholes pour évaluer les options : on est dans le psychologique, dans le comportemental, le non-dit, le mystique, caché derrière comme dit le philosophe Laurent Voulzy, bref, dans le Da Vinci Code.
Soupir désabusé. La grande pomme est encore loin…

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Caillou – A l’abri au Café

Paris, soleil et pluie.
Les gouttes font des explosions
dans les lacs des guéridons de marbre.

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BD lue – Convard et al. : Le triangle secret (7 tomes)

Je me suis appuyé la lecture des 7 tomes du Triangle secret (Le testament du fou, Le jeune homme au suaire, De cendre et d’or, L’évangile oublié, L’infme mensonge, La parole perdue, L’imposteur), ouvrage fruit d’un unique scénariste (Convard) mais de multiples dessinateurs, à ne pas confondre avec sa « suite » (qui le précède), Le triangle secret – INRI : tome 1 et suivants… Oui, je sais, c’est compliqué, c’est comme Star Wars, la fin arrive avant le début, qui lui même a été tourné après la fin, mais l’important, c’est que moi je m’y retrouve (parfois).

Mes réactions :

  • Sur le fond : l’intrigue est bien étayée, on se laisse entraîner, en se demandant quel peut être le dénouement de cette énigme qui a commencé il y a 2 000 ans, et dont le dénouement aura lieu de nos jours.
  • Sur la forme : je n’ai pas aimé les dessins. C’est d’autant plus étonnant que je lis que plusieurs dessinateurs ont collaboré aux 7 tomes. Cela n’a pas le charme de la ligne claire de Tintin ou du Tueur, et c’est loin derrière – à mon avis – les superbes dessins de De cape et de crocs ou de Blacksad (je relisais ces derniers jours les deux premiers, c’est superbe).

Et surtout…

Je trouve que nos temps sont empreints de mysticisme à gogo, c’est la thèse du Grand Complot revisitée, et tous les scénarios tournent autour de la même recette. Donc, si demain je veux écrire un scénario ou un roman à succès (à Dieu ne plaise…), j’y mettrai :

  • Un début qui commence, comme de bien entendu avec la secte des esseniens (contemporains du Christ) et un manuscrit/trésor caché. Variantes possibles, et déjà vues : Sumer et « le berceau de l’humanité », les manuscrits de la Mer Morte, voire la Kabbale.
  • Des templiers, ou des rose-croix, des franc-maçons ou une secte occulte, gentille mais hermétique, bref, des « gardiens du secret ». Un petit coup de croisade au passage, juste pour faire exotique.
  • Des chercheurs en égyptologie, documentalistes ou journalistes, des gens comme vous et moi, avec leurs petites préoccupations et leur café au comptoir qui tout-à-coup basculent dans le Grand Mystère, « bon sang, on nous a menti, nous allons mettre au jour un terrible secret »
  • Des militaires en quête de l’arme absolue, mais bornés et désespérément cartésiens (« ces choses-là ne peuvent exister, ça doit être un coup de paludisme »)
  • Des meurtres, forcément, avec énigme policière à la clé, et tout le monde qui met du temps à comprendre que Les Autres sont en route pour exterminer les audacieux chercheurs de vérité
  • Une intrigue amoureuse, pour mettre du sexe. Idéalement, une intrigue à connotation d’interdit (voeu de chasteté, divorce, deuil, religion différente…)
  • Le Vatican, l’Opus dei ou l’Inquisition
  • Le dénouement serait, le plus souvent : « on enterre » (dans tous les sens du terme)

Exemples en vrac dans ce que j’ai pu voir / lire :

  • Le pendule de Foucault, d’Umberto Eco
  • Le troisième testament, BD (scénario de Dorison, dessins d’Alex Alice, pseudo qui cache un ancien de l’escp)
  • Sanctuaire, BD (scénario de Dorison)
  • et, pour autant que je sache, plusieurs autres BDs dont Dorison a fait le scénario
  • Uruad, les américains ont-ils envahi l’Irak pour protéger un secret… de Jean-Christophe Issartier
  • et l’omniprésent Da Vinci Code de Dan Brown / Ron Howard, qui a vraiment atteint la célébrité depuis que sa bande-annonce est parodiée (vu sur le blog de Tristan Nitot)
  • (Mise à jour) ce matin, sous la douche, j’ai pensé aussi à ce merveilleux navet avec Nicolas Cage, Benjamin Gates et le trésor des templiers

Avec des variantes plus éloignées, qui peuvent n’avoir qu’un parfum lointain :

  • La peau du tambour, d’Arturo Perez-Reverte (polar avec l’Inquisition version moderne)
  • L’anneau du pêcheur, de Jean Raspail (superbe enquête documentaire sur les antipapes et leur survivance récente)
  • Les aventuriers de l’arche perdue, de Steven Spielberg, avec ce dialogue halluciné : « l’Arche est un émetteur-récepteur pour parler avec Dieu ! »

Ce n’est pas que je sois lassé, mais quand on a lu Le pendule de Foucault, on a du mal à retrouver un équivalent en terme de recherche et de qualité. Comme le dit la citation attribuée à Paul Newman :
– le journaliste : « Vous avez été régulièrement nommé comme l’un des hommes les plus sexy du XXème siècle, comment se fait-il que vous soyiez marié depuis 25 ans à la même femme ? »
– Paul Newman : « Je ne vois pas pourquoi j’irais manger du paté ailleurs, quand j’ai du foie gras à la maison ».

Et moi, je ne vois pas pourquoi je lirais ou j’irais voir le da Vinci code quand j’ai Blacksad à la maison.

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Le Brealey nouveau est arrivé

Voilà, après quelques mois (presque 12) de travail, la nouvelle édition du Brealey, Myers, Allen, Principles of corporate finance, sort en français, sous le titre éminemment original de Principes de gestion financière. C’est la 8ème édition américaine, la 4ème francophone, la deuxième sur laquelle je travaille, et la première sur laquelle j’avais toute responsabilité (relecture et mise en forme, adaptation, suppressions/ajouts, jeux de mots foireux…)
De la même manière que, dans mon ouvrage récent, j’ai réussi à caser « personne ne sait ce qu’il est advenu du petit pot de beurre » (p. 114), ici, j’avais 1 084 pages pour m’exprimer. Je suis assez content du slogan de l’entreprise Guano SA (« il jouait du guano debout »), ou de l’en-tête de l’exercice portant sur le renouvellement d’un bateau de pêche (« encore du bulot ! ») Comme vous le voyez, on s’amuse quand on n’a rien à faire. Pour les 117 852 jeux de mots restants, il faudra acheter le livre (teasing, teasing, buzz, buzz !).

Voici maintenant le petit calcul financier qui s’impose :

  • sachant qu’on a dû vendre 2 000 exemplaires sur l’année 2005
  • sachant que j’ai dû passer, en temps plein, quelque chose comme 3 mois de travail sur cette nouvelle édition
  • sachant que je touche 55 centimes par exemplaire vendu
  1. En supposant un même chiffre de ventes pour cette édition, cela représente combien de droits d’auteurs ?
  2. En supposant que mon coût horaire est au SMIC (8,03 euros bruts de l’heure), et que les jours ouvrés comptent 7 heures de travail effectif (je suis prof, n’exagérons pas), cela fait quel coût pour 3 mois (20 jours travaillés par mois) ?
  3. En faisant 1. – 2. aboutit-on à un chiffre
  • exagérément positif (il s’en met plein les fouilles, ce nanti !)
  • raisonnablement positif (c’est toujours ça de pris…)
  • nul (manquerait plus qu’il y gagne !)
  • raisonnablement négatif (de toute façon, c’est pour la réputation)
  • Abominablement négatif (arrête de nous faire pleurer)

  • Combien d’exemplaires faudrait-il espérer vendre en 2006 pour arriver à un résultat nul ? Est-ce plausible ?
  • Si on suppose qu’une séance de psychanalyse coûte 50 euros, à combien de séances de psychanalyse (thème : pourquoi est-ce que je fais ce genre de choses ?) ce déficit correspond-il ?
  • Je ramasse les copies dans 3 jours.

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    Livre lu : Bernard Mourad – Les actifs corporels

    Attention, thibillet assez long, à la dimension de mon enthousiasme.

    J’étais dans la lecture du dernier Fred Vargas, Les bois éternels, quand j’ai arrêté pour lire Les actifs corporels, de Bernard Mourad (JC Lattès, 2006, 322 p.)

    Cela devrait faire réagir ceux qui me connaissent un peu, ne fut-ce que par thibillets interposés : que j’arrête de lire du Fred Vargas, après tout le bien que j’en ai dit, signifie que j’ai rencontré un Olni.
    J’ai donc lu Les actifs corporels, sur le conseil d’une collègue, en moins de 3 jours. Je n’ai à en dire que du bien, et Bernard Mourad est un sacré écrivain. Pour une fois, je vais déroger à ma règle, et livrer un tout petit fragment de l’intrigue, le fondement du roman : une loi passe en France, et des êtres humains (y compris le principal personnage) peuvent s’introduire en bourse et être cotés à titre personnel. Voici, en quelques idées égrenées ci-dessous, pourquoi j’ai énormément apprécié ce roman, et je le recommande chaudement :

    • Bernard Mourad a un vrai style. Incisif, illustré, c’est un style qui manie les mots, tous les mots, avec une très grande précision, une force percutante. Ce gars-là est intelligent, et il sait fichtrement bien écrire. Je vous en donne deux exemples. S’ils ne sont pas à votre goût, le livre en contient des milliers d’autres…

    « Un duplex immense décoré dans ce style épuré et polaire, qui fit d’abord fantasmer les yuppies new-yorkais, avant de s’épanouir dans toutes les cantines branchées du globe. »
    Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 69.

    « Et puis il y avait aussi, bien sûr, de grandes tablées de cadres des cadres supérieurs. Mâles et femelles pour la plupart cotés. Des groupes de bavards instruits, souriants et bien sapés, ravis du bruissement de leur perspicacité. »
    Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 209.

    Pour cela, en terme d’analogie, cela me fait penser à certaines constructions de style de Jorge-Luis Borges (« des étudiants épuisaient les vastes gradins »), mais on retrouve cela chez beaucoup de bons écrivains contemporains.

      • Bernard Mourad connaît bien la finance, les mécanismes d’évaluation et de fonctionnement des marchés financiers, la vie des institutions financières. Sa force ne tient pas dans la puissance documentaire, mais le côté « analyse d’un système » : la fiction qu’il décrit et développe au fil de ces 300 pages a la puissance évocatrice et réaliste d’une histoire qui pourrait parfaitement être réelle. Cela me rappelle le livre de Romain Gary qui s’appelait Charge d’âme, où le monde moderne apprenait à capter les âmes des mourants pour les transformer en une énergie nouvelle qui venait alimenter les lampes, les automobiles, la société. Le discours était en même temps métaphysique et cruellement humain, avec le style mordant de Romain Gary (mais qui lit encore Gary aujourd’hui ?).

     

    • Enfin, Bernard Mourad a un côté vachard qui est particulièrement réjouissant. C’est le vilain petit canard qui est passé par un système, en a probablement (?) été l’un des pions, voire un cavalier ou un fou brillant, et là, c’est l’heure de l’addition, fort salée, qu’il présente. Cela me rappelle cet autre livre mordant, beaucoup plus court, moins abouti, mais qui a l’avantage d’être téléchargeable gratuitement : Devenez beau, riche et intelligent grâce à Word, PowerPoint et Excel, de Rafi Haladjian.

    Vous le devinez, c’est un roman que j’aurais aimé écrire et signer, mais je sais honnêtement que je n’aurais pas « articulé le quart de la moitié du commencement » (Cyrano de Bergerac, tirade du nez) des idées de Bernard Mourad :

    « Décidément, le marché n’appréciait ni les surprises ni les communiqués intempestifs… Le marché, au fond, était un petit être hypersensible ; vite perturbé par le plus infime des changements dans ses habitudes immuables, dans son petit train-train minuté, dans ses anticipations. On pouvait sans doute le rendre fou, ce marché, en changeant l’emplacement d’un vase, ou la place du pot de beurre dans la porte du frigo… »
    Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 205.

    Si je devais formuler quelques critiques, elles seraient de ce type :

    • Le style est riche, mais peut créer un effet de lassitude vers la fin du roman, qui ne va toutefois pas jusqu’à l’overdose. Et je n’ai pas de solution.
    • La fin ne m’a pas franchement déçu, contrairement à ce que disait ma collègue, mais il est vrai que j’aurais des idées d’autres fins, ou de raffinements d’intrigue. M’enfin, je ne suis que le critique de service, pas le scénariste.
    • Le roman ne distille pas la joie de vivre. Mais Il faut sauver le soldat Ryan non plus, il n’empêche, c’est un superbe film.

    Enfin, si je me suis permis de citer à outrance ce qui n’est pas conforme au pur droit d’auteur, malgré mon adoption du style « citation » dans ma feuille de style c’est pour vous donner envie de lire ce livre, et idéalement de l’acheter pour rendre sous forme de droits d’auteur à Bernard Mourad ce qui lui revient. Allez, pour me faire pardonner, une dernière citation 😉

    A propos d’une salle de réunion dans une banque d’affaires :
    « Tout cela relevait largement du fantasme, Guyot en avait conscience. Cette pièce destinée à impressionner les visiteurs de prestige constituait surtout un espace de convivialité appréciable pour le petit personnel de Golley Dean. Une salle à manger luxueuse et austère où les salariés pouvaient, le soir venu, partager avec alacrité leurs repas remboursables. Alex se figurait l’attente fébrile qui devait sans doute précéder les livraisons de victuailles. Puis la liesse des jeunes analystes financiers, tapant des mains et des pieds à l’arrivée d’une kyrielle de sacs plastique, bourrés de sushis et de brochettes, de pizzas et de homos, de lasagnes et de viandes en barquettes dont le jus, rafraîchi par le trajet à l’arrière d’une mobylette, commençait à se mélanger aux molécules de polyéthylène. On était sans doute bien entre soi, à mastiquer mollement. A déglutir ensemble en comparant la noirceur des cernes, entassés dans un coin de cette table colossale, désertée par une famille fictive indigne ou délaissée. »
    Bernard Mourad, Les actifs corporels, p. 43-44.

    En conclusion, et pour reprendre Cyrano, je ne connais pas personnellement Bernard Mourad « mais je lui serrerais bien volontiers la main ». (Je radote, j’ai déjà dit ça à propos d’Ayroles et Masbou…)

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    Ballast – Télémessagerie

    Elle avait tout pour me prendre et me garder,
    Sur le quai d’en face, elle me fixait intensément, effrontément, sans ciller.
    Je n’allais pas rater cette chance, je me suis dirigé vers la sortie pour aller la retrouver.
    Mon oeil a été attiré par une tache de couleur, derrière moi.
    Je me suis arrêté, le coeur vidé.
    Elle, sans avoir rien remarqué,
    continuait à fixer
    l’affiche vantant la sortie d’un nouveau téléphone portable.

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    Ballast – 22h40 en semaine

    Une qui monte l’escalier de la gare,
    elle porte un sac lourd et on voit sa culotte.

    Une autre qui sort du train avec son portable,
    elle marche dans la nuit en parlant trop fort.

    Une qui est dans une cabine téléphonique,
    elle essuie les pleurs de ses yeux, tout en tenant le combiné,
    et le fil de la conversation mourante.

    J’y étais,
    fatigué.

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    Livre lu : Haruki Murakami – Kafka sur le rivage

    De Haruki Murakami, j’avais lu Après le tremblement de terre (de Kobé), une série de nouvelles que j’avais trouvées très bien écrites, mais j’avoue que je n’en avais pas gardé tellement de souvenirs, à part le fait que, selon mon libraire, l’auteur « était le futur prix Nobel de littérature ».
    Il y a quelques semaines, on m’a offert, pour mes 35 ans, Kafka sur le rivage (Belfond, 2006, 619 p.), que j’ai lu depuis. C’est donc un long roman, qui a nécessité plusieurs semaines de trajets pour être consommé. J’en ressors avec des difficultés à classer, voire à décrire, l’ambiance. Les termes « fantasmagorique » ou bildungsroman me viennent à l’esprit. Je vais expliciter bildungsroman, non pas pour les incultes, mais pour dire ce que j’entends par là : c’est un roman où l’on voit l’évolution d’un jeune, qui se construit à la faveur d’événements qui lui arrivent.
    Bon, on raye et on recommence.
    C’est un roman très poétique, qui mélange du fantastique et du réaliste, avec des personnages tour à tour énigmatiques et attachants. Le vieux Nakata est probablement le summum de la perfection bouddhiste. Oshima-san et Mademoiselle Saeki sont en même temps très humains, et désespérément lointains. Avec ses histoires imbriquées, ce roman m’a fait penser aux Paul Auster que j’ai lus (quasiment tous), où plusieurs histoires sont imbriquées. Mais il y a ici une irruption du fantastique qu’il n’y a quasiment jamais chez Auster. Cela flirte avec la science-fiction, voire avec des écrits psychédéliques. Mais tout cela est extrêmement bien écrit, précisé, on est loin d’un flux de paroles sans ponctuation ni linéarité.
    J’ai beaucoup aimé de pouvoir rentrer un peu dans « l’âme japonaise », même si j’ai cru comprendre que Murakami est à la littérature ce que Kurosawa est au cinéma : un artiste essentiellement apprécié en dehors de son pays.
    Je laisse la parole à Oshima-san, qui est parfois un peu trop intellectuel à mon goût, mais toujours intéressant :

    Ce qu’on nomme l’univers du surnaturel n’est autre que les ténèbres de notre propre esprit. Bien avant que Freud ou Jung fassent au XIXème siècle la lumière sur le fonctionnement de l’inconscient, les gens avaient déjà établi une corrélation entre l’inconscient et le surnaturel, ces deux mondes obscurs. Ce n’était pas une métaphore. D’ailleurs, si on remonte encore plus loin, ce n’était même pas une corrélation. Jusqu’à ce qu’Edison découvre la lumière électrique, la majeure partie de la planète était plongée dans un noir d’encre. Aucune frontière ne séparait l’obscurité physique, extérieure, de l’obscurité intérieure de l’âme. Elles étaient mêlées sans qu’il soit possible de les distinguer. […] Aujourd’hui, il en va autrement. Les ténèbres extérieures se sont dissipées, mais les ténèbres intérieures demeurent. Ce que nous appelons ego ou conscience est la partie émergée de l’iceberg : la partie la plus importante reste plongée dans le royaume des ténèbres et c’est là que gît la source des contradictions et des confusions profondes qui nous tourmentent.
    Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, p. 299.

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    Comment être vraiment, vraiment branché, ou Idée d’un nouveau business

    Je compte monter une startup (ça ne doit pas être bien français tout ça, monter et up, ça fait redite. Est-ce qu’on descendrait une startdown ?)

    Il s’agirait d’un club d’exception, qui permettrait de se distinguer de son voisin, d’épater son patron et d’augmenter le volume de son CV. Voilà le business model : vous m’envoyez 1 000 € (pour créer l’exception, il faut créer des tarifs dissuasifs) et je vous transmets un listing réputé vrai qui établit que vous avez un compte chez Clearstream. Vous cotoierez des gens connus, des qui disent qu’ils y sont pas, des qui aimeraient y être. Pour une prestation plus personnalisée, il y a plusieurs formules :

    • La super VIP : c’est la formule de base. 1 000 €, votre nom, un listing.
    • La Top of the Parveniou : formule enrichie. 2 500 €, un pseudo à consonance cryptée (PokerDAs, Albert2M, DSK-DST etc.), un listing sur parchemin du XVIIIème siècle.
    • La Incredible List of Exception : 10 000 €. Garantie que dans les 3 lignes au-dessus ou en-dessous, il y a au moins un(e) présidentiable, un évêque papable, un président ou un ministre.
    • La Total Package of Jet-Set : 50 000 €. Lancement commercial (lettres de dénonciation à amis et collègues, pigiste de La Voix du Nord qui fait un article), location d’un juge d’instruction pour une demi-journée.
    • La President of The United States : réservée uniquement aux 100 000 premiers abonné(e)s. 100 000 €. Descente de police, enlèvement par un contre-commando « à l’accent étranger prononcé », fausse exécution avec balles à blanc et ketchup rouge, photo, enterrement, résurrection le troisième jour. Listing gravé sur une pierre tombale en sucre glace, pour la manger avec les amis à la fin de ce calvaire.

    SA au capital intellectuel solide, Siret : inscription en cours, règlement par chèques accepté.

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    La valeur temps

    Discussion avec le Président après mon cours de MBA. Le seul que j’appelle Président, parce qu’il est président d’une institution qui a instauré la Romain Millet (à ne pas confondre avec le Romain Millet, que j’ai connu, et qui est le créateur génial de la Romain Millet).
    J’avoue au Président que j’essaie de publier un thibillet chaque jour. Il me dit « wahou, il faut avoir des choses à dire ». Non, ce n’est pas mon problème. Il faut plutôt le temps pour les dire. Mon problème – chronique, et historique – n’est pas d’avoir des idées déconnantes, mais de prendre le temps de les retranscrire. Mais c’est vital pour moi, et c’est un des objectifs de ce blog, tel que je l’expliquais au Président hier soir :

    • servir de soupape à idées : j’ai trop d’idées dans la tête, paf, un thibillet, ça va mieux, ça allège la pression (15 bars dans le cerveau, en période prolifique)
    • servir de base de données : l’autre jour, en rentrant la poubelle, je voyais le gazon que j’ai planté, et je me souvenais d’une obscure phrase sur les chinois, le taoïsme, et le fait que les paysans entendent l’herbe pousser. Et tout à coup, souvenir : j’avais écris un thibillet là-dessus ! Voilà, c’est une base de données en ligne, que je peux consulter (cf. lien « recherche ») et qui m’aide à ne pas réinventer la roue.

    Si l’on m’en donne le temps…

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    H5N1 (bis)

    Et comme il faudra bien que nous rechargions notre batteries, rien de tel qu’une prise USB.
    PS : et aucun risque de dégagement d’H2S…

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    H5N1

    H5N1

    A force de manger du E330 dans des emballages PVC
    Des OGM enrichis en vitamines et regazéifiés au H2S
    Nous développerons un exosquelette de couleur vive
    et nous emprunterons les canaux de la Seine
    pour rejoindre notre travail.

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    Armes de destruction massive

    C’est la guerre. The ultimate war, my friend. Nerik, un jeune escroc, formé dans une école d’escrocs, par un escroc, a publié un article diffamant.

    Sachant que le ridicule ne tue pas, dans cette escalade de la violence (b)logique, je réponds :

    Parmi les quatre personnes suivantes, qui ressemble le plus à Albert de Monaco ? Et je donne quelques indices. Sur ces 4 personnes :

    • 3 vivent en couple
    • 2 sont très riches
    • 3 vivent en France
    • 1 a joué dans l’armée des 12 singes
    • 1 doit écrire un billet sur les singes
    • 2 ont écrit des romans
    • 2 sont mariés
    • 1 est divorcé
    • 2 enseignent la finance
    • 4 sont adulés par les foules

    Voila, Nerik et ses âmes damnées, ça c’est de l’étude scientifique…

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    Une araignée dans le bocal

    Quand je travaille chez moi, j’ai faim très tôt. Donc je fais bouillir de l’eau vers 11h30, et j’avise les bocaux à riz : y a pus de riz dedans. Rusé comme l’indien comanche francilien, j’ouvre en sifflotant le-grand-tiroir-coulissant-bordélique-du-bas et pêche dans ses profondeurs obscures un paquet de riz basmati équitable, du genre « comme on fait dans l’équitable, on va faire un emballage pourri ». J’ouvre, j’extirpe le sachet, et je pare au plus pressé : verser le riz (équitable) en pluie fine dans mon eau (communale) bouillante. Et là, comme je suis débonnaire et de belle humeur, je me dis « allez, un bon geste, je vais remplir le bokalari (le bokalari basmati, car il y aussi un bokalari complet et un bokalari thaï. Tous trois sont vides).
    Dévissage du petit couvercle, et surprise : une petite tache blanche qui bouge. Une araignée commune, mais blanche comme un navet, a son petit cœur qui bat la chamade, au fond de mon bokalari. Je m’en vais la colloquer dehors, avec son teint d’albinos, elle file sous une marche pour éviter le soleil, voilà ça c’est fait.
    Maintenant, les deux questions cruciales, et la sous-question qui va avec :

    • Comment a-t-elle fait pour rentrer dans le bokalari vide, et fermé ? Je sais qu’il était fermé, puisque je l’ai ouvert. Bon, je passe cette question, on va dire que l’araignée était un petit œuf qui a éclos dans le bocal, et ne me demandez comment le petit œuf est arrivé là, ça va devenir torride. Comme le dit Guy Bedos « quand Papa a mis la petite graine dans le ventre de maman, Papa était loin de se douter que quelques années plus tard, la petite graine chausserait du 46 et mangerait un bâtard pour son goûter ».
    • Combien de temps ça vit, une araignée ? Vous allez me dire, « va voir sur Wikipedia, toi qui n’as que ce mot à la bouche ». Je répondrai « j’en ai d’autres en l’occurrence, là, tout de suite, lecteur éméralope (repentir : on écrit héméralope, merci Nerik et Julien T) », mais je précise ma question avec une sous-question :
      • Combien de temps ça peut vivre, une araignée, sans manger ?

    Parce que le bokalari, ça doit bien faire 1 mois qu’il est vide, et fermé. (entendons-nous : ça fait un mois qu’il est fermé. Vide, non, puisque qu’il y avait l’araignée, ou l’œuf. m’enfin, y avait pas de riz qu’elle aurait pu bâfrer).
    Ou alors, il y avait aussi quelques œufs de mouches, moustiques et autre provende dans le bocal, et l’œuf éclos d’araignée s’est boulotté les œufs éclos de mouche, moustique et autre provende. Mais il n’y avait aucune coquille au fond du bocal. Si c’est pas une preuve…
    Bon, donc voilà, au turbin. Je sais que la tique peut vivre des années sans manger, mais c’est-y possible qu’une araignée basique (arachnea domestica albinosa) vive et croisse pendant un mois sans boulotter ?
    M’étonne, quand même.

    Repentir : autre hypothèse qui me traverse l’esprit, en attendant que la température du riz basmati baisse : peut-être qu’il a des œufs d’araignée dans le liquide vaisselle qui m’a servi à nettoyer le bocal il y a… quelques années ? Ne riez, bande d’ineptes : si une tarentule peut se loger dans une oreille (et c’est TF1 qui le dit, donc c’est forcément vrai), tout est possible. (lisez notamment les commentaires…)

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    BDs lues – Jacamon et Matz – Le tueur (5 tomes)

    Je me suis lu d’une traite les 5 BD de la série Le Tueur (Long feu, L’engrenage, La dette, Les liens du sang, La mort dans l’me), série qui hélas m’a l’air d’avoir été mise en sommeil (dernier tome paru en 2003).

    J’ai beaucoup aimé, avec des points positifs et (quelques) points plus discutables :

    Points positifs :

    • C’est très bien dessiné, en tout cas, le type de dessin que j’aime : de la ligne claire, sans bavures ni à peu près pour se la jouer branchouille. Ce qui n’exclut pas de l’inventivité : il y a des effets très graphiques, des découpages d’images très cinématographiques. Et puis les couleurs, riches, et les surimpressions, les effets de transparence, donnent beaucoup de qualité à l’ensemble. Pour prendre une analogie cinématographique, je dirais que c’est le fruit d’un travail entre un metteur en scène, un directeur de la photographie, et un chef-op pour la lumière. Ce que j’aime par exemple dans les films de Steven Soderbergh.
    • Le personnage central, le tueur, est très plausible, et malgré son amoralité (au sens littéral du terme, il choisit de ne pas avoir de jugement moral), il est… non pas attachant, mais plausible, compréhensible. Je trouve son itinéraire pas si délirant que cela, il aurait pu devenir cadre-sup, avocat, non, il est devenu tueur à gages, cela s’est joué – comme cela arrive plus souvent qu’on ne le pense dans la vie – à être dans un certain endroit, à un certain moment.
    • La plupart des personnages sont bien esquissés, on n’en sait pas trop sur eux, mais le dessin de leurs visages, avant même les mots qu’ils disent, donnent le sentiment de bien les connaître. On n’est pas loin de la morphopsychologie (mais ça, c’est mon délire), je veux dire que quand Jacamon dessine un personage, on se dit par exemple « Tiens, voilà un vieux beau dangereux ». Dans ce travail, cela n’égale probablement pas les animaux humanisés de Blacksad (superbe série), mais il y a une vraie recherche de « gueules ».

    Points plus discutables :

    • Je n’apprécie pas forcément cette BD centrée sur un personnage amoral. Quoiqu’on en dise (oeuvre de fiction, distanciation) rappelons-le : tuer, c’est pas bien. Même si je peux entendre les circonstances vaguement atténuantes du « héros » (en gros, il nettoie la planète de quelques salauds), je suis mal à l’aise. D’abord parce qu’il y a une opposition entre deux leitmotivs du héros (« je ne cherche pas à savoir pourquoi je dois tuer telle personne » / « Je (ne) supprime (que) des salauds »). Ensuite, parce que son cynisme sur notre monde (que je partage, pour partie) est assorti d’un choix, qui est de se défendre seul et de se désintéresser du reste. Il y a un côté « je m’en lave les mains », que je ne condamne pas (après tout, chacun sa vie), mais que je trouve incompatible avec des discours du type « j’ai des valeurs (amitié, liens) ». Enfin, parce que c’est trop facile, et idéologiquement dangereux, de faire un mélange des genres, du type « je suis payé, mais en même temps, j’ai une mission d’utilité publique, je suis un nettoyeur de la lie de l’humanité ». Non, coco, tu es un tueur sans valeurs. Je peux comprendre tes motivations, mais ne me demande pas de t’admirer.
    • Les BDs se lisent vite. Je pense que c’est parce qu’elles sont fluides, bien dessinées, mais il y a aussi, peut-être, une trame un poil trop simplifiée. C’est difficile à mesurer, parce que c’est un vrai travail graphique, et c’est toujours frustrant d’imaginer que le dessinateur a passé des mois à construire un volume que l’on s’est avalé en 20 minutes…

    En conclusion, une bonne série, qui m’a bien plu. Mes bémols pourraient de toute façon être appliqués à d’autres séries, où ce que j’ai reproché ici est d’autant plus pernicieux, que dans ces autres BDs, il n’y a pas le discours assumé du héros comme ici.

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    Ballast – Le matin dans la rame

    le matin dans la rame
    Tous ces gens avec des walkmans
    qui font des bruits de machines à coudre

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    Magnolia

    La semaine dernière, discussion arrosée autour d’Ernest Hemingway (c’est parti de la mention du Hemingway Bar, un lieu que j’affectionne), et j’apprends à cette occasion que Papa Ernest aurait inventé plusieurs cocktails, dont le « Ernest » (ou Daïquiri amer ?), qui se décrit comme suit : « c’est un daïquiri avec double dose de rhum ». Pour qui ne sait pas ce qu’est un daïquiri, passez votre chemin, mon propos n’est pas là.
    J’étais déçu qu’un grand écrivain, créateur de cocktails, donne son nom à une variante. C’est comme si je disais « j’ai inventé le Bloody Chris, c’est comme un Bloody Mary, mais au lieu de mettre de la vodka, on met du gin… » Bonjour l’originalité.

    Et donc, la semaine dernière, dans le feu de l’action, j’ai composé la recette (théorique, je n’ai pas encore testé) de mon premier cocktail, que j’appellerai Magnolia.

    • Pilez du gingembre confit
    • Délayez du jus de citron vert
    • Touillez avec élégance, ou furie barbare, suivant l’humeur et vos convives
    • Ajoutez trois glaçons
    • Versez doucement du Gin, jusqu’à recouvrir le glaçon le plus haut (ou arrêtez-vous 1 cm avant le haut du verre)
    • ajoutez deux feuilles de menthe fraiche

    Prévoyez un dip (ex : crudités à tremper dans un bol de fromage blanc aux fines herbes) pour rafraichir tout cela, ou bien un méchant vieux Chorizo pour attaquer les papilles. Et demandez à Firmin de mettre en marche le ventilateur au plafond.

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    Polissons

    Depuis quelque temps, j’ai l’impression de perdre du sens, et des auditeurs, dans mes cours. Un sentiment de redite – classique chez un prof – m’étreint. Ayant l’impression d’être moins intéressant, je suis moins motivé, donc moins intéressant, etc. Alors je me dis, tel le Phénix moyen : réinventons-nous. Si en 13 ans, je n’ai pas réussi à avoir le même support de cours pendant plus de 6 mois, ça veut dire qu’il y a toujours quelque chose à améliorer, changer, supprimer. Surtout supprimer. Je me souviens d’un manuel américain qui, dans sa 2ème ou 3ème édition, se vantait d’avoir réduit son nombre de pages. Il avait entièrement raison (et pas seulement parce que c’était un manuel de compta).
    Je liste donc ici quelques points, quelques pistes de réflexion :

    • plus le temps passe, plus je deviens adepte du learning by doing (l’apprentissage par le faisage, ou l’apprentissure par la facture. plus celle-ci est salée, plus on apprend). Maintenant, le teaching by doing (l’enseignance par faisance) est difficile à développer, car il présuppose une certaine liberté (celle de laisser l’étudiant se tromper, ou errer) tout en gardant à l’esprit un fil, non, pas bon, un ensemble de concepts qu’on veut faire passer. C’est ça, il n’y a pas de chemin absolu, mais clairement, des points de passage.
    • mes séances d’intro à la finance, autrefois unanimement (c’est-à-dire, par ma seule voix) considérées comme des modèles de clarté et de synthèse, deviennent, à mes yeux au moins, une suite de sentences assénées et d’exemples desséchés usés jusqu’à la corde. De plus, et c’est là où le couteau virevolte dans la plaie, cela m’a l’air complètement déconnecté de la séance 2, où l’on se mange direct des Mathématiques Financières.
    • Hier soir en live, j’ai été défié sur l’efficience des marchés, et – probablement parce que j’en ai beaucoup parlé, en cours et ailleurs – je n’ai pas été très bon à la réponse. Je veux dire, bien sûr que j’ai été incroyablement bon, excellent, et tout et tout, mais en me mettant à la place du questionneur, je me dis « ce n’était pas convaincant ». Ce matin aux lieux d’aisance, j’ai mis le doigt sur le problème : plutôt que de partir bille en tête sur la création de valeur, on devrait commencer par l’être humain, la rationalité (supposée, et de toute façon limitée) et l’efficience. Si j’arrive à montrer que l’efficience des marchés est une conséquence logique de ce que l’on sait sur la manière de raisonner de l’être humain, je pense que je retrouverai mon état de Phénix aux ailes dorées.

    Donc je commence à glaner des articles sur les singes (les vrais, pas certains de mes collègues) pour appuyer ma réflexion future.

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    Caillou – Café

    Mousse dorée sur un flot brun
    Grains torréfiés, concassés, filtrés sous pression,
    breuvage substrat, concentré, entier.
    Remuer son café, pour le plaisir de casser le reflet en une multitude de miroirs
    Un tissu de soie sous la pluie.

    Café en bouche, liqueur de bois acidulé,
    cigare doux humidifié.

    J’aime boire du café, car cela me rappelle tous les cafés que j’ai bus.

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    Cela faisait déjà quelques jours…

    … que je voulais citer Nougaro, qui est – une fois de plus – d’actualité.

    Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque.

    Claude Nougaro, dans Plume d’ange, musique de J.-C. Vannier, 1977.

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    Oxymore oxygène

    Voilà, ça y est, ce blog a atteint sa vitesse de croisière. Je ne parle pas des quelques 80 thibillets déjà pondus, ou des 6-10 dans les tiroirs, ni des apports futurs si les petits piranhas ne me mangent pas (changer la cosmétique, publier mes nouvelles voire mon roman, passer sur une plate-forme dans l’espace et coloniser Callisto, satellite de Jupiter…).
    Je parle de la reconnaissance absolue, éternelle, absolument pas éphémère, d’un billet sur un autre blog. Voué, voué, y en a un qui m’a trouvé, comme ça, hop, par hasard.
    Par delà 13 ans (?), un ancien élève – euh, comment dire – « pas spécialement intéressé par la finance, et peu regardant sur les horaires et les présences en cours » (ces deux points montrant la maturité qu’il possédait déjà, il était affranchi d’un système dans lequel nous courons tous comme des hamsters dans leurs petites roues en nous disant « cours, camarade, le vieux monde est derrière toi »), donc, bref, arrêtez de m’interrompre dans ces ouvertures de parenthèses, lui, là, il m’a trouvé et m’a croqué. Tel le grand méchant loup face au petit chaperon rouge que je suis, il m’a ramené 13 ans en arrière, quand je n’avais pas de doctorat, mais encore des cheveux, et quand on avait – ô grand luxe – une messagerie électronique interne à l’école, un truc complètement dingue, on pouvait envoyer un message électronique (pas un fax, non, un texte écrit sur ordinateur) à n’importe quelle personne de l’école, c’était fou, pour nous, le summum de la communication. Internet ? Euh, on aurait dit que c’était une marque de lessive, du genre : (musique pimpante, avec des trompettes)

    Il passe entre les mailles, et rend les chemises proprettes,
    en poudre ou bien liquide, je chéris Internet

    Et maintenant, le petit Ari est devenu un bloggueur, il a bossé pour des dot com (comme tout le monde) mais c’est fini (comme tout le monde), il aime bien Brice de Nice, il a même son permis de conduire, c’est dire s’il a réussi dans la vie. Content de t’entendre par la voie cyber, amigo.

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    Over-danaïdes

    L’heure est aux néologismes. Entre chien et loup, dans un lieu improbable, Vanessa m’a avoué que Robert prônait le terme « Fondamentaux » comme substantif (« cette maison a des bons fondamentaux », « les fondamentaux de cette société se sont dégradés »). J’ai déjà dit, en évoquant ce couple maudit, pacsé contre nature, que tout cela c’est de la paresse : là où Vanessa défend la langue française, Robert, tel le Caterpillar moyen, va au plus simple. La vie humaine moderne est faite de telle manière que Robert, têtu et bas du front, gagnera toujours. Pourtant, au détour d’une pensée, me vient le terme « fondement ». N’est-ce pas plus poétique de dire « cette maison à de beaux fondements » ? Cela me rappelle un inspecteur irlandais, dans un roman noir américain des années 50, qui rencontre une jeune créature comme on n’en fait plus (90-60-90, blonde et fraiche) et qui dit « Vingt dieux, la belle église ! »
    Comme quoi, entre architecture et harmonie voluptueuse, il y a des connivences. Sans parler de la quête spirituelle. Et cela a tout de même plus de gueule que « cette jeune fille a de bons fondamentaux », on aurait l’impression d’un expert-comptable qui drague.

    Mon propos d’aujourd’hui n’est pas de résoudre la querelle sémiologique entre Vanessa et Robert, mais de souligner que l’on a le droit de créer de nouveaux mots, pour peu qu’ils sonnent bien. Il y a deux ouvrages qui me plaisent, et qui vont dans ce sens : Le Mokimanké et Le Baleinié (tome 1 et 2).
    Je m’y essaie donc aujourd’hui, car il y a urgence.

    Je suis littéralement assailli. Ma boite mail reçoit 40 mails par jour. Je m’absente pour faire 7h de cours, paf, 40 mails. Je rentre chez moi le soir, et dans la boite aux lettres physique, paf, 10 lettres. A la fin de la semaine, il y a 50 lettres sur la table du salon, et 200 mails dans ma boite mail. Je recherche donc le terme approprié pour décrire cette situation, qui pourrait se décrire par « plus que tu en expédies, plus qu’y en a qui arrive ». Un brainstorming rapide me donne comme images :

    • l’hydre de Lerne, dont chacune des multiples têtes repousse dès qu’on la coupe
    • le tonneau des Danaïdes, châtiment sysiphien
    • Gaston Lagaffe qui, ayant mis en marche la photocopieuse moderne, se retrouve expulsé par un flot de feuilles, et qui crawle pour remonter le courant
    • les cadres stressés qui sont en overburn [edit: burn-out], c’est-à-dire tellement fatigués qu’ils ne peuvent plus récupérer en une nuit de sommeil, il leur faut au moins une semaine de vacances. Le problème est qu’au retour des vacances, ils auront 5 445 mails et 741 post-its qui les attendent, sans parler du Blackberry qui leur grelotte dans la culotte et du portable qui joue à plein volume « La marche turque » toutes les 10 minutes.

    Je propose donc le terme over-danaïdes. Depuis plusieurs semaines, je suis en over-danaïdes, ça dégueule de partout, mon bureau ressemble à un mélange de Beyrouth Ouest en 1990 et de la Bibliothèque de Babel, façon Borges.

    Mais je m’attaque au problème, plutôt que de vagir. Là où le tâchon de bâse essaierait de réduire le flot (« je remplis plus vite le tonneau sans fond, on sait jamais, des fois qu’il se bouche »), moi j’attaque à la source : je cherche le substantif qui va bien. Car circonscrire le phénomène, c’est l’enfermer, voire l’annuler.
    J’aime bien « je suis en over-danaïdes », mais si quelqu’un a mieux, je suis preneur… (ceci est un appel au peuple).

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    De la correction des copies comme métaphore de la vie

    Je n’aime pas jardiner, et j’aime rarement bricoler. Cela ne veut pas dire que je suis un manche, mais c’est une question de motivation. Et puis de temps en temps, l’éclair, la force indomptable, ça peut arriver le dimanche midi alors que je suis encore en guêpière, hop, j’abats de l’ouvrage. Hier par exemple, des amis étaient encore là, on venait à peine de quitter la table (à 17h, ça vaut mieux) et le jardin (dieu sait si je m’en fous habituellement) m’a semblé être à point, la lumière de fin d’après-midi dorait des zones de terre grasse, avec quelques pousses qui osaient pointer leurs petites feuilles aventureuses, on est naïf à cet ge-là.
    J’ai attrapé le scarificateur et ai retourné la terre puissamment, tel Auguste le Semeur. Hop, la boite de gazon pour faire pousser à l’ombre (une escroquerie du marketing, paraît-il) et en avant Auguste, vas-y comme je te pousse, comme le dit le grand philosophe Francis Cabrel « Moi je voudrais que l’on s’aime… des graînes de folie ».

    Il en va de même pour la correction de copies. Travail peu noble, fastidieux, ultime, celui qu’on repousse jusqu’à la dernière minute. Celui qu’on accouche dans la douleur, ou dans la sérénité. Tout est question de decorum et de préparation. Voici ma check-list :

    • une sieste dans l’après-midi, avec cette arithmétique paradoxale, mais juste, que le temps perdu à dormir dans l’après-midi permettra de passer une partie de la nuit à corriger
    • personne dans l’entourage, tout le monde est au dancing, ou couché
    • de la musique, préférentiellement le coffret Tracks de Bruce Springsteen (avec 4 CDs, j’ai de quoi avaler des paquets de copies)
    • quelque chose à boire, ou à manger, à portée de main
    • un bon siège (ce soir, c’est par là que ma sérénité est entamée, en même temps que mon fondement)

    Tout est dans l’harmonie : dans les bonnes conditions, c’est un plaisir de planter du gazon… ou des étudiants.

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    Livre lu : Sébastien Japrisot – La dame dans l’auto

    Je me suis livré, il y a peu, à une taxonomie foutraque sur le roman noir, dans laquelle je mettais dans la même case George Simenon et Sébastien Japrisot. Eh ben non. J’ai lu La dame dans l’auto, du dit Japrisot (édition de 1966, celles d’après titrent « La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil »), et ce n’est pas comparable à Simenon, mais c’est très bien. L’écriture est superbement angoissante, humaine, l’intrigue est vraiment prenante, avec son héroïne qui semble vivre dans un monde de rêves éveillés, qui ne sait plus qui elle est. Le dénouement est à la hauteur de l’attente, et la pirouette finale est bien sympathique. Au delà de l’histoire, très bien construite, j’ai (re)découvert un auteur très observateur, qui croque des attitudes, des situations, très bien observées. Alors oui, je persiste, Simenon et Japrisot marquent un tournant entre les romans noirs à la papa (argot, hommes, souris, casses) et la déliquescence des années 70 (sexe, zone, déprime). Même si je trouve que Simenon est l’installeur d’ambiances par excellence, celui qui fait sentir en quelques phrases un brouillard humide, une lumière dans la nuit, ou une atmosphère de bistrot, je reconnais à Japrisot de savoir s’installer dans les têtes, et trouver le ton de la musique mentale de chacun.

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    Où vont les stylos-bille ?

    Hier matin, en pleine discussion en espagnol avec Magdalena, j’évoque tout-à-coup (en espagnol, excusez du peu) un de mes drames intellectuels : je n’ai jamais vu un stylo-bille arriver à bout de son encre. Cela fait plus de 30 ans que j’utilise des stylos-bille, je préfère de loin le stylo-plume, mais ce n’est pas facile d’être un raffiné dans un monde de brutes en plastique. Donc des stylos-bille, j’en ai vu des floppées me passer par les pognes, et de l’encre, ils en avaient, si toutes les taches remontaient à la surface de ma peau, tel un MacBeth inversé, je serais plus léopard qu’humain.

    Mon drame : malgré cette utilisation effrénée de stylos-bille, je ne suis jamais arrivé à bout de leur encre. Une situation du genre « je suis en train d’écrire, tiens, ça n’écrit plus, je gratouille le papier, non, vraiment, y a pus d’enc’, je regarde, bon sang, le petit tube en plastique est tout transparent, l’encre elle a parti ». Jamais ça ne m’est arrivé.

    Je sais ce que me diront certains lecteurs sagaces, certaines lecteuses ratiocinantes : « c’est parce qu’on te les pique, tes stylos, eh abruti ! » Je réponds : d’abord, parle-moi meilleur, roulure, et ensuite mais moi aussi je pique les stylos des autres, les guichetiers, les collègues, les marchands de quatre saisons, les employés de l’Urssaf, dès que je peux, je chourave.

    Je m’en ouvre (en espagnol, disculpe me) à Magdalena, et l’interroge sans forfanterie : dites, estimada Magdalena, ça vous est-y arrivé de voir un stylo-bille se vider de son encre ultime sous vos yeux ? Réponse de l’interrogée, après réflexion : « une fois ». Une fois, c’est peu (Magdalena a à peu près mon âge, à quelques poussières près). Et de surcroît, si elle s’en souvient, c’est bien que la situation était exceptionnelle !

    Où disparaissent donc les stylos-bille avant qu’on ne les voie agoniser ?

    Ma réponse : il existe quelque part, dans un pays lointain, un cimetière des stylos-bille. Quand un stylo-bille se sent sur la réserve, qu’il n’en a plus pour longtemps, il s’achemine, furtivement, de nuit, par les sentiers désolés, bavant une encre qui s’éclaircit sous sa petite bille au carbure de tungstène, vers le Cimetière des Stylos-Bille. C’est un endroit mythique, que quantité d’explorateurs ont cherché sans jamais le trouver, ils ont terminé chez les réducteurs de têtes chercheuses, ou sous le coup d’un redressement fiscal. Il existe quelque part sous la lune une vallée primitive, où les ossements de plastique des stylos-bille brillent d’un éclat argenté.
    Le recyclage n’est qu’une fable assénée par nos hommes politiques pour nous faire croire que nous vivons dans un monde rationnel, mais ils n’arrivent plus à masquer leur incompétence, eux non plus ne savent pas où se trouve le cimetière des stylos-bille…

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    Caillou – 2h du matin

    C’est le printemps.
    Retour de virée.
    La rue sent le pain d’épices.

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    Vanessa et Robert

    Pendant ces vacances, j’ai rencontré Vanessa, qui est redoutable. Elle traduit des oeuvres de haute qualité culturelle, avec un souci des barbarismes, solécismes et autres impropriétés qui me laisse pantois (et pour tout dire, plutôt jaloux). Elle travaille aussi avec Robert, qui est un gars (je n’en sais pas plus). Robert est partisan de s’adapter aux nouveaux mots, voire, de les introduire dans le vocabulaire. Vanessa est plutôt contre, mais quand elle prend un dictionnaire pour soutenir son propos, il n’est pas rare qu’elle soit déçue : le mot, dans son acception actuelle, existe déjà.
    Exemple : normalement, une alternative est composée de deux choix possibles, ou deux options (Non, on ne parle pas de finance). « J’ai deux alternatives », comme on l’entend parfois, signifie précisément « j’ai quatre choix ». Hélas, dans le français parlé, « alternative » devient synonyme de « choix ». Vanessa s’est battue, Vanessa a perdu (mais connaissant sa mauvaise foi patente, elle a dû refuser de l’admettre). Tous les dictionnaires qu’elle a consultés (Littré, Larousse, … et Robert) proposaient notamment le sens « choix ».

    Je suis farouchement contre toute progression irraisonnée du vocabulaire, toute anglicisation à outrance, car dans la majorité des cas, le mot français correct existe. Et puis je trouve plus gratifiant d’élargir son vocabulaire en puisant dans le Littré, plutôt que d’essayer de battre son record à Total Doom Predator. Par exemple, hier, en formation permanente, j’ai un participant qui a parlé de « cafuter un stock ». N’est-ce pas beau ? (j’espère que c’est dans mon Littré antédiluvien). Repentir : arh, ce n’est pas dans le Littré en 5 volumes (1920 ?), ni dans le Larousse encyclopédique en 4 volumes (1908), je suis au désespoir ! Heureusement, le Wiktionaire sait tout

    J’en reviens à Vanessa, elle se délecterait d’apprendre ce qui suit. Comme vous le savez, lecteurs assidus, je me suis acheté un appareil photo numérique qui fait des photos numériques. Comme je suis un nain technophile, je l’ai pris en main sans ouvrir le manuel. Ce week-end, sur la route, je potassais enfin le dit manuel. Et là, je dis chapeau, voilà comment Nikon crée du vocabulaire. Ils nous ont forgé un petit verbe de derrière les fagots, simple, efficace, et qui manquait tellement. Photor.
    Exemple 1 : « si vous voulez photor un sujet en mouvement, … »
    Exemple 2 : « quand vous photose un sujet éclairé … »

    J’ai donc, pour une fois, une motivation pour lire entièrement un manuel d’instructions : j’aimerais bien percer à jour le mode de conjugaison du verbe photor (« vous photose » me plaît énormément).

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    Retour de flamme

    Bilan de cette semaine de vacances :

    • 38 ans sonnés lundi
    • un fut de 20 litres de bière éclusé (ça ne pardonne pas, de louer un ancien hôtel restaurant avec une tireuse à bière et un percolateur)
    • plus de 1 280 photos numériques prises (je vous rassure, j’ai dû en jeter… 10%)
    • 18 personnes en phase haute, 10 personnes en phase basse
    • deux montages de deux vidéos numériques (durée totale : 17′, Lawrence d’Arabie n’est pas loin)
    • 48′ de jogging (en une seule fois)
    • des nuits de 10h (sauf celle où mon fils a tartiné son pyjama et son lit de ses humeurs)
    • 8h de route à l’aller, 10h de route au retour (pause à Poitiers)
    • 600 € pour un Toyota Corolla 2 000 km, chez Rent A Car

    Et au retour (soupir)

    • 4 message sur le répondeur
    • 200 mails dans ma boite (sans compter les 500 mails sur les mailing-listes d’openoffice)
    • 28h de cours à faire cette semaine
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    Vacances j’oublie tout

    Je ne sais pas si c’est l’effet du marathon, de la fin de mon cours d’analyse financière et boursière ou de la présence de certains pénibles à mon travail, mais je me sens un peu flappi. Le ludion hystérique en salle de cours est loin, le philosophe débonnaire est aux abonnés absents, reste juste un être humain, pétri de contradictions, et aspirant à la simplicité. C’est pas donné. Donc il faut recourir aux grands remèdes : une location de vacances dans un lieu déserté mais face à la mer ; une maison de 7 chambres doubles (oui, sept, sans compter les lits individuels) ; une tireuse à bière (j’ai commandé un fût de 20 litres de 1664, on verra au bout de deux jours s’il y a besoin de passer aux fûts de 30 litres) et un percolateur pour les expressos. J’oubliais le plus important : une floppée de copains débarquant en train, chignole, monospace, twingo, ludospace, ford fiesta, coccinelle volkswagen, tricycle. Et tout cela tombe bien, même si je ne leur ai pas dit : lundi, j’aurai 38 ans. Voui, voui, je sais, je ne les parais pas, je me mets des masques de concombre sur le visage chaque matin comme le fêlé d’American Psycho (film que je viens de voir, juste avant L’ge de glace II, et autant L’ge de glace II m’a plu, autant American Psycho m’a semblé enflé et nauséeux comme un pudding cuisiné avec des oeufs de cane atteinte du H5N1). Bref, dans le monde réel des personnes qui ne travaillent pas à Wall Street, on va se boire unes bières à ma santé, et je m’en réjouis d’avance.
    J’emporte aussi l’ordinateur portable (enfin, le transportable, celui qui pèse 3 kg), le Nikon D 100, un carnet de notes, le Palm Vx que m’a offert une collègue adorable, et quelques livres, dont le Sébastien Japrisot que je suis en train de lire avec plaisir.
    Je sais bien que vous êtes tous/toutes en train de pleurer à grosses bulles, mais il n’y aura pas de thibillet pendant une semaine. Cela vous reposera, et moi aussi. Essayez de vous sevrer, comme j’essaierai de le faire. Hasta la vista.

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    BD lue – Ayrolles et Masbou : De cape et de crocs – tome 7 – Chasseurs de chimères

    Merci à Pepita de m’avoir fait découvrir, il y a plusieurs vies, une saga de BD comme je n’en ai jamais vu. Exit les Garulfo ou Lanfeust, je trouve que là, on est bien au-dessus. Etant un fan d’Edmond Rostand, tombé dans Cyrano quand il était petit (pas si petit, mais bon, c’était dans le bibliothèque de ma grand-mère, je l’ai lu juste après Le Salteador de Victor Hugo), je ne pouvait que vibrer à cette BD qui est un monument de déconne, de références et de dessins superbes. Non, je ne touche pas de commission.
    Cela ne dira probablement rien à vous tous, qui avez des cerveaux de poulpes adolescents, mais quand le Captain Boone parle à son second, Mr. de Cigognac, j’y vois immédiatement la référence aux titres de Cyrano, Baron de Sigognac… et autres états et empires du soleil.
    Un site amateur (littéralement, « celui qui aime ») recense les références et autres correspondances de la saga De cape et de crocs. Je ne saurais dire le plaisir que j’ai eu, que j’ai, à lire ces BDs. Certes, il y en a d’autres qui me plaisent, depuis des années : Corto Maltese, Blacksad, toutes les BDs de Cosey, Sillage, les BDs de Bilal, et je ne veux pas oublier les délires du Génie des Alpages ou même Tintin ou Lucky Luke, dont j’ai des exemplaires originaux et historiques des premiers albums (La mine d’or de Dick Digger, Rodeo, Arizona).
    Je veux juste dire qu’il y a une BD qui m’a fait éclater de rire la première fois que je l’ai lue, et c’est tellement bon d’avoir un fou-rire qu’il ne faut pas l’oublier. Je veux remercier Jean-Luc Masbou et Alain Ayroles à qui, pour reprendre les derniers vers de Cyrano de Bergerac, « je serrerais bien la main ».

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    Caillou – ô combien

    C’est le printemps au jardin.
    Mon cerisier en fleur
    Convoque le Fuji-Yama.

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    Livre lu – Ben Schott : Les miscellanées de Mr. Schott

    Sur les conseils de Nerik, qui pointait aussi vers la critique d’une jeune créature, j’ai commandé et lu Les miscellanées de Mr. Schott, de l’éponyme (oui, je sais, ce n’est pas utilisé dans son sens correct) Ben Schott (éditions Allia, 2006, 162 p.). Ce petit livre OLNI a des côtés sympathiques, mais peut-être parce que l’on me l’avait sur-vendu (sacré Nerik), je suis resté un peu sur ma faim.

    Points forts

    • Un côté fourre-tout amusant. Oui, c’est vrai, ces miscellanées sont divertissantes, d’autant plus que l’on se surprend de temps en temps à se dire « mais oui, c’est utile d’avoir mis cette information, elle me servira » (mais je vous avoue que la liste des fournisseurs de la Reine d’Angleterre, je ne vois pas comment je vais réussir à le caser…) Cette idée d’arbitraire choisi et ordonné, je la trouve particulièrement puissante.
    • Un jeu de société. J’ai testé de laisser traîner ce livre sur un de mes nombreux canapés dans un de mes nombreux salons : ça marche, quelqu’un s’en empare, et cela lance une discussion amusée, à mi-chemin entre la lecture, le débat, et l’amusette.
    • Une forme à part. Tout, dans le format, la mise en page, le choix de la police, la disposition des textes et figures, est le fruit du choix de l’auteur. C’est une véritable oeuvre, au sens où l’on n’a pas la dichotomie traditionnelle « l’auteur s’occupe du fond, l’éditeur de la forme ». L’ensemble y gagne énormément en crédibilité / qualité / authenticité.

    Point faible

    • Trop anglais. Bien qu’il ait été adapté (une partie des articles a été transposée au contexte français, une autre partie supprimée, d’autres articles ajoutés), le livre est très anglo-saxon, et cela me gêne. Même si j’apprécie les informations sur Shakespeare, les fournisseurs de la Reine ou les pensées de Jonathan Swift, que faire de la liste des astronomes royaux, du parcours du labyrinthe de Hampton Court ou de la position des joueurs de cricket ?

    Je le reconnais, cela fait un point faible pour trois points forts, mais ce point faible recouvre plusieurs articles. Allez, je suis un peu dur. J’étais en train de feuilleter ce bréviaire, et je tombe, p. 146, sur les combinaisons et probabilités au poker. La boucle est bouclée, Nerik a été le moteur premier de ce message, et un de ses thèmes d’intérêt le finit.

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    Ballast – Métro

    j’ai marché dans tes couloirs,
    La nuit,
    A l’heure où tout n’est que fatigue.
    Guettant la rame illuminée
    au bout du tunnel.
    J’ai vu des visaqes fatigués,
    par millions,
    des querelles,
    par centaines.
    J’ai vu les affiches et les graffiti, les poubelles et les mendiants, jour après jour.
    J’ai voyagé seul, allant vers toi.
    J’ai voyagé heureux, revenant de toi.
    Aujourd’hui je voyage seul,
    souvent avec toi.

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    Oeil d’aigle, jambe de cigogne, Moustache de chat, dents de loups

    Merci à Cyrano pour le titre de ce thibillet. Merci à Yann pour l’info : les photos du calvaire sont dispos sur le site de Maindru Photo. Hélas, saturation du serveur (35 000 personnes qui se connectent, ça fatigue…). Donc, dès que j’arrive à me faufiler dans une fenêtre espace-temps, hop, je chourave et poste.
    MàJ : ça y est !
    Flapi et Flapo .

    En attendant les photos de Laurent N.

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    Marathon Man (ou Voyage au bout de l’enfer)

    Et voilà, pour la deuxième fois, je suis marathonien.

    Les faits bruts

    • 4h 52′ 07″ ce qui me place
    1. moins bien qu’en 2002 (4h 40′ 54″)
    2. 27 743ème sur 35 000 (mais combien d’abandons ?). Une petite recherche me donne 30 744 arrivants. La dernière est Andrée Degoumois, en 6h 25′ 45″. Bravo Andrée, tu es la dernière des premiers. Après cette arrivée, ils ont arrêté les chronos, mais il y a probablement (sûrement) des participants qui continuaient à arriver…
    3. 8ème sur 10 ESCP / ESCP-EAP répertoriés pour l’instant

  • J’ai vécu ce que je vais appeler Le syndrôme classique, étant donné que tous ceux à qui j’ai parlé ou dont j’ai entendu parler (Laurent, Damien, Christian, Sébastien, Jean-Philippe) l’ont eu aussi : départ bien motivé, vigilant mais optimiste, passage du semi-marathon (donc, la moitié de la distance, à 21,1 km) en se disant « bon, jusque là, ça va » et après, effondrement. Suivant les interlocuteurs, l’effondrement n’a pas lieu au même kilomètre, pour ma part, en précurseur, cela a été dès le 26ème kilomètre. Et après cela, l’enfer. Et pour paraphraser Anna Gavalda dans une des nouvelles de Je voudrais bien que quelqu’un m’attende quelque part, « tu l’as sûrement lu rapidement, donc je te le réécris pour que tu t’en rendes bien compte : j’ai vécu l’enfer pendant 16 km« .
  • Remerciements

    Je souhaite remercier

    • mes jambes, pour avoir accepté cette connerie pendant presque 5h (sans compter l’after : la remontée de l’avenue Foch, le métro avec escalator en panne, la voiture…)
    • les amis qui sont venus nous encourager : Marie-Cécile au km 20 qui m’a accueilli avec « Tu peux le faire, Christophe ! » et a couru à mes côtés ; Laurent au km 29, après quelques méchants tunnels ; et Angelika, qui a eu la patience d’attendre à l’Etoile plus d’une heure, entre l’arrivée de Laurent et la mienne.
    • les anonymes qui nous ont encouragés sur tout le parcours. Des enfants à qui on tape dans la main, de jolies femmes, des jeunes papas, des pépères casquettes, des beurs survêt, tout ce Paris qui a certes des défauts, mais aussi des qualités dans les fêtes populaires. Je salue la nonyme (quel est l’antonyme d’anonyme ?) Madame Raymonde, dite Ray (photo ici), la patronne de La boutique du Marathon, 100 marathons à son actif, et qui était présente au km 40 à nous encourager.
    • les bénévoles de l’organisation qui distribuaient les bouteilles et aliments, la Croix-Rouge et ses tentes et ses blessés, les pompiers de Paris qui sont toujours encourageants, tout au long du parcours, les orchestres (Satisfaction m’a trotté dans la tête pendant quelques kilomètres)

    Déroulé (rapide) et analyse de la course

    • Départ et premiers kilomètres : bonne ambiance, nous sommes tous avec nos bobs jaunes, et c’est impressionnant de voir cette étendue de foule qui couvre les Champs-Elysées jusqu’à la Concorde (et au-delà, bien sûr, les premiers doivent déjà être rue de Rivoli…). J’hésite alors entre me fixer 5’30 » au kilomètre (objectif 4h00) ou la jouer plus raisonnable : 6’00 » au kilomètre (objectif 4h20), en attendant de voir comment je serai au semi. Comme je suis stupide et optimiste (synonyme ?), je me cale à 5’30 ». A côté de moi, un gars dit « Quand même, c’est beau ». Il a raison, il fait beau, et de la rue de Rivoli, on voit la colonne de la Bastille au loin, si loin, si proche.
    • Ravitaillements : tous les 5 km, je prends de l’eau à chaque fois, et en trottinant, je vide la bouteille consciencieusement, puis retour à la vitesse de croisière, coup d’oeil au cardio-fréquencemètre, moyenne à 5’40 » au kilomètre, mes jambes savent ce qu’elles font.
    • Entrée dans le bois de Vincennes au km 10 (déjà 1h de course), on dépasse un fauteuil roulant Handisport, qu’on applaudit.
    • Km 20 : Marie-Cécile surgit comme un lapin blanc hors du chapeau du bitume, et court à mes côtés. Rhhaaa, remotivé je suis.
    • Passage du semi (21,1 km) en 2h07′, là je me dis « tiens, je pourrai peut-être faire 4h20 ? » Hahaha, j’en ris encore.
    • Arrivée à Bastille (un peu avant km 25), je me souviens que je ne voyais pas grand chose, au même endroit, il y a 4 ans. Je me re-dis « Je suis plus frais qu’il y a 4 ans, vas-y jojo, attaque… »
    • A partir des quais de Seine (km 25-26), ça part en déconfiture. J’ai beau me houspiller, les jambes ne suivent plus, et marchent au ralenti. Le graphique ci-après illustre ce qui va être ma souffrance sur les 16 km suivants : alors qu’en 2002, j’étais parti plus lentement, puis j’avais accéléré, cette fois-ci, cela n’a été qu’une lente descente vers l’enfer.
    • Je convoque mon Loup, vers le km 26, il m’aide pendant un petit kilomètre, je me sens carnassier et sauvage, je le sens galoper à mes côtés, grogner avec moi, aspirer l’air glacé, et puis il s’en va, ou s’enfonce à nouveau au plus profond de mon être
    • Une pensée à la volée, vers le km 27 : si l’énergie pouvait être dérivée de la souffrance, un Marathon de Paris suffirait à éclairer Paris pendant un an. Mais n’importe quelle journée d’une Maternité ferait le même boulot, après tout, nous autres, les hommes, nous sommes ben douillets…
    • Rencontre avec Laurent, km 29, après quelques tunnels éprouvants. Petit papotage pendant que je fais des étirements, et puis re-départ. Nouveaux tunnels. ambiance sombre et confinée : vers la fin d’un tunnel, j’avais l’impression de ne respirer que le gaz carbonique des concurrents. Arrivée à l’air libre – et montée – perçue comme un soulagement.
    • Aux ravitaillements de 30, 35 et 40 km, je marche, je mange de la banane, je bois ma bouteille. Chaque kilomètre arrive de plus en plus lentement, les crampes menacent, je les sens tapies au fond des muscles, prêtes à bondir. Je masse les endroits où les crampes palpitent, courbé en deux, tout en continuant à trottiner comme un hérisson blessé. Grosse souffrance.
    • Km 39, je prends ma dernière dose de glucose, celle estampillée « Coup de fouet« . cela ne suffit pas : même si je m’étais juré de ne pas marcher en dehors des ravitaillements, je craque : à 39,500 je me mets à marcher, en attendant le ravito de km 40. Arrivé là, je bois, je me tape une banane entière, et puis je me remets à courir, c’est tout un effort, il faut marcher un peu vite, balancer les épaules, oser soulever le premier pied pour faire une foulée, ressentir le choc, serrer les dents, continuer, et on se retrouve à carapater… comme un ragondin agonisant.
    • La fin n’est pas descriptible. Gros effort pour maîtriser mon visage et mes sentiments. L’avenue Foch, où j’avais bien accéléré il y a 4 ans, pour finir en beauté, me semble une montée morne et gristre. Pas la force ou l’envie de sourire aux photographes officiels.
    • Et voilà, ça c’est fait.
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    J

    • Bien dormir – Check
    • Ecouter la B.O. de Rocky en me préparant – Check
    • Ecrire mes dernières volontés – Not Yet
    • Partir – Check
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    Check-list avant décollage

    C’est J-2 J-1, donc je poste la check-list qui va bien, et que je vais éditer au fil de mes oublis (rhoooo, c’est pas bien, dans la Blogosphère, d’éditer des billets après coup, méchant, méchant).

    • short moule-à-gaufres – Check
    • T-shirt respirant rouge pétard aux couleurs de l’écoleCheck
    • Chaussures, chaussettes (propres), semelles orthopédiques, slip sans coutures (propre) – Check
    • Sparadrap pour mettre sur les tétons – Check
    • Boire beaucoup (de l’eau), car comme dit le proverbe que j’invente à l’instant :
    • Si pipi pas transparent,
      Toi boire encore des torrents

    • Manger des pâtes, des pâtes, des pâtes – Check (soupir)
    • Ne pas boire d’alcool – Check
    • Prendre la température des copains qui courent, échanger conseils et insultes – Check permanent
    • Gâteau qui bourre la gueule pour le petit-déjeuner de dimanche – Check
    • 3 doses de gel au glucose pour les kilomètres 20, 30 et 40 – Check
    • 4 épingles de sureté pour le dossard – Check
    • Cardio-fréquencemètre et accéléromètre – Check
    • Copains sur le parcours – Check (3 à ce jour, merci Angelika, Marie-Cécile, Laurent)
    • Faire testament – Not Yet
    • Répondre patiemment à la question « et quel temps tu comptes faire ? » – Check permanent
    • Fixer rendez-vousCheck
    • Retrouver le livre de Michel Delore et mes numéros de Jogging InternationalCheck
    • Lire tout ce qui a trait au Marathon – quasi Check
    • Faire transmettre mes temps par SMS à deux personnes – Check
    • Repérer un endroit à Neuilly pour garer la chignole – Check
    • Trouver la crème pour les pieds et les coucougnettes – Check
    • Vérifier la météo (merci Nerik) – Check et merde, c’est de la pluie, ce qui est OK pour la course (rafraichissant), mais qui alourdit les chaussures 🙁
    • Préparer toutes les affaires – Check
    • Sac poubelle pour m’enrober avant la course (super pour la motivation, « je suis une ordure, un résidu, un déchet ») – Check
    • Calculer mon temps moyen au kilomètre, en fonction du chrono – Check… c’est là où l’électronique va m’aider
    • Me coucher avec le tome 6 et 7 de De cape et de crocsCheck
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    Livre lu : Philippe Delerm – Les chemins nous inventent

    Superbe compte-rendu poétique des balades de l’écrivain Philippe Delerm, en compagnie de sa femme : lui écrit de petits textes ramassés et lumineux, elle prend des photos, et chaque promenade, chaque lieu, est décrit(e) en 2-3 pages, et autant de photos.
    Cela n’a pas le caractère de bonheurs minuscules de La première gorgée de bière, mais on s’en rapproche…

    Ce Lyons à déguster en flâneur, en touriste, donnerait bien envie d’y vivre, simplement. Les habitants prennent le temps de se montrer aimables. Témoin ce petit dialogue, à la Maison de la Presse-Mercerie-Librairie :
    – Auriez-vous une enveloppe matelassée ?
    – Non, mais attendez, je vais vous arranger ça.

    Voilà, avec de petites feuilles de carton, un peu de papier bourr逦
    Posez la même question dans un kiosque à journaux de La Défense€¦ Faites la soustraction, et écrivez la solution du problème. Il faut couler ses jours en Normandie.

    Philippe Delerm, Les chemins nous inventent, Livre de poche n° 14584, 158 p.

    PS : J-3

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    Le Destin est une valise à roulettes

    Dans l’enceinte de la Gare Saint-Lazare, la lutte est rude. Il y a du monde, certes, comme dans le métro, mais ce monde est en mouvement. Normalement, les conditions idéales de nos sociétés modernes sont :

    • soit il y a du monde, beaucoup de monde, mais il n’y quasiment pas de mouvement (exemple : une rame de métro), de telle sorte que se crée une forme de cohésion cristallographique, chacun s’ajuste par rapport aux autres, crée des liaisons de covalence, bref, se place sur la grille atomique. La rame de métro devient une molécule complexe, formée d’atomes humains. Et comme une molécule, celle-ci est relativement figée, donc solide, jusqu’à ce qu’une forte température (incendie, canicule) désolidarise les atomes-usagers en une fuite désordonnée vers les issues de secours ou les terrasses de cafés.
    • soit il y a peu de monde, et beaucoup d’espace, ce qui permet de se propulser selon des trajectoires rectilignes (exemple : les allées d’un supermarché un jour de semaine, l’esplanade du Trocadéro, la Place Rouge), chacun est un petit atome de gaz dont on ne saurait prédire en même temps la trajectoire et la vitesse, mais on s’en fout, car il n’y a pas de risque de collision (rappel : l’espace est grand)

    A ces deux situations équilibrées, correspondent mutatis mutandis

    • l’espace grand, avec des personnes immobiles (exemple : une plage des landes à 10 h du matin en juin), qui correspond à une situation absolument inintéressante à tout point de vue.
    • l’espace bondé de personnes en mouvement (exemple : la Gare Saint Lazare), l’extrême de notre entropie urbaine, le test ultime de mécanique des fluides.

    C’est cette dernière situation qui m’intéresse, car les Parques ne sont jamais là où on les attend. Imaginons la scène : une meute d’usagés se faufile, se chevauche, s’entremêle dans une quête frénétique de rapidité. Compte-tenu de la forte densité humaine au mètre carré, le faible taux de collision est étonnant, et montre l’efficience de ce type de système. L’usagé moyen est rapide, réactif, attentif, souple, il change de direction comme de chemise, évite, contourne, circonvient, tout en se payant le luxe d’arborer une expression tristement neutre, fatiguée, ou lointaine (dévolue aux écouteurs de wok-man). C’est merveille de voir comme 100 000 ans d’humanité et 8 000 ans de civilisation aboutissent à cette perfection sociétale.

    Je ne déroge pas à la règle, je l’avoue, je m’immerge avec délices dans ce magma gluant de sueur et de décibels, et, tel la fourmi de course moyenne, j’occupe chaque brin d’espace que me laissent les autres lobotomisés. Mais malheur à ceux qui se croient plus forts que le système. Des intrépides, acrobates ou yamakasi, bref, des risk-lovers se la jouent « hip-hop, je vais plus vite que les autres, je frôle au plus près, je suis comme une mobylette de livreur de pizzas zig-zaguant entre des voitures diesel ». Mais comme dit la pub de la sécurité routière sur les motards : agiles, mais fragiles.

    Voici notre protagoniste. Une expression populaire, souvent pratiquée par ma tante, est Con comme une valise. Il n’y a pas plus vrai. Dans les différentes espèces de valise (valise en carton, valise sous les yeux, valise pleine de schnouf ou de biftons), la valise à roulette tient le pompon. Décomposons l’approche en quelques axiomes et leurs corollaires :

    1. espace restreint, gens nombreux, tous en déplacement
    2. jeunes livreurs de pizza véloces, qui se faufilent au plus juste entre les usagés
    3. mobiles, alertes, mais ne regardant qu’à hauteur des yeux, pour repérer la faille entre deux quidams (ou qui-dames)
    4. donc ne regardant pas leurs pieds
    5. et (je me répète) frôlant au plus juste les pékins de la foule magmateuse
    6. SCHLAKK ! Trébuchement sur valise à roulette con tirée telle une vache asthmatique par une sympathique rombière qui n’a pas inventé la machine à cambrer les bananes

    La valise à roulettes fauche en pleine vélocité celui qui croyait évoluer dans un monde d’obstacles verticaux (ses frères humains) tous proches les uns des autres. La valise à roulettes, c’est le crocheur de pattes horizontal, l’animal à l’affût, le voisin de palier qui vous a secrètement jalousé pendant 10 ans, et qui a renversé exprès de l’huile d’olive dans l’escalier. La valise à roulettes, c’est la figure séculaire du Destin qui nous explique à tous que, on a beau se croire jeune, intouchable et immarscecible, viendra toujours le moment où l’on explosera en vol. Voilà ce qu’il en coûte, de se croire infini.

    PS : J-4

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    Livre lu : Andrea Camilleri – La peur de Montalbano

    J’ai du retard dans les livres, je viens de terminer deux Philippe Delerm, mais là, c’est mon ami le commissaire Montalbano.
    La soirée est italienne à souhait, j’ai émincé deux gousses d’ail, je les ai faites revenir dans de l’huile d’olive jusqu’à ce qu’elles aient parfumé l’huile, puis j’ai versé une fricassée de la mer (petits poulpes, moules, crevettes) dans le Wok, et ai touillé. En attendant que l’ensemble prenne cohésion, et que les pâtes soient cuites, j’ai dégusté un Peperoncini Ripieni, un de ces petits poivrons rouges farcis qui enflamme la bouche.
    L’ensemble, servi chaud, arrosé d’huile d’olive et de gros sel, était la récompense d’une journée longue, et de deux nuits blanches.
    Ah oui , Montalbano.
    La peur de Montalbano est un livre de nouvelles, certaines faisant quelques pages, d’autres prenant la taille d’un petit roman. On y retrouve ce parler sicilien qui est à mi-chemin entre le langage enfantin (« tu te la débrouille, toi, l’histoire ») et cette langue mi-chtiée mi-thétrale :
    – Dottori !
    – Qu’est-ce qu’il fut ?
    – On a tiré.
    – A qui ?
    – A un type.
    – Il mourut ?
    – Il a mouru.

    J’aime beaucoup ce commissaire qui aime bien la bonne cuisine, et qui se paye le luxe d’être désagréable, non, plutôt : mal embouché, avec ceux qu’il aime et qui l’aiment.

    Et l’on n’est pas loin d’une philosophie de la vie :

    Il s’empiffra d’une énorme assiette de rougets frits, aréussissant à rejoindre une concentration de brahmane hindou, celle qui permet la lévitation, sauf que sa concentration allait en sens contraire, vers l’enracinement plus profond dans le terrain, c’est-à-dire dans le parfum piquant, dans la saveur pâteuse de ces poissons, à l’exclusion totale de toute autre pinsée ou sentiment. Même le bruit extérieur de voiture, de voix, de radios et de télévisions à leur volume maximum, il fut capable de le faire disparaître, se créant une espèce de bulle de silence absolu. A la fin, il se leva, pas seulement repu, pas seulement satisfait, mais avec un sentiment de complète euphorie. A peine franchie la porte de la trattoria San Calogero, il manqua être écrasé par une auto qui fonçait, il l’évita à grand-peine en sautant sur le trottoir. Mais l’harmonie entre lui et le chant des sphères célestes s’était brisée d’un coup.

    Andrea Camilleri, La peur de Montalbano, Fleuve Noir, 2004, p. 107.

    PS : J-5

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    Skydiving

    Parmi les 250 photos que j’ai prises en Normandie ce week-end, je sélectionne celle-là. Je l’intitule Skydiving, ou Si tous les ours du monde…

    PS : J-6

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