La tête d’un homme

J’y vais de mon petit commentaire sur le match d’hier soir, sans grand espoir d’originalité, plutôt, comme d’habitude, pour poser mon cerveau sur la table et en recopier les circonvolutions sur le papier.

Au sujet du match

J’ai bien apprécié ce match, tout en actions et en stress. Les Italiens sont des très bons joueurs, avec une défense nombreuse et des contres rapides. La deuxième mi-temps était française, et je retiens les deux presque buts que l’équipe de France aurait pu marquer : le tir de Ribéry qui a manqué le but de peu, et la tête de Zidane qui ressemblait presque geste pour geste au premier but de Zidane dans ce France-Brésil de 1998.

Au sujet du geste de Zidane

J’ai beaucoup d’indulgence pour ce geste. Bien sûr, ça ne se fait pas, et le carton rouge n’est que la sanction logique et évidente d’un tel geste. Ce qui m’intéresse et ce qui, à mon avis permet de comprendre ce qui a pu passer dans la tête de Zidane avant qu’elle ne se retrouve sur le sternum de Materazzi c’est le contexte. J’ai trois éléments de réflexion, qui entrent en résonance avec ma propre vie, ce qui explique mon indulgence pour ce geste brutal.

  1. La pression. On oublie vite que ces footballeurs sont totalement sous pression. Le niveau de stress, le mental qui vacille, le corps qui fatigue, ne peuvent être que vaguement imaginés par les observateurs extérieurs que nous sommes. Pendant les derniers matchs, et spécialement celui d’hier soir, je répétais souvent « qu’est-ce que c’est dur ! » J’étais littéralement dans les chaussettes des joueurs, et par empathie, je souffrais (un peu) avec eux. La pression de l’auditoire, le stress de la performance, le trottinement inexorable des aiguilles, doivent être une épreuve épuisante. Dans cette situation, on n’est plus vraiment soi-même.
  2. Le symbole et l’être humain. Je n’ai pas spécialement apprécié le commentaire « Oh non ! Pas maintenant ! Pas après tout le bonheur qu’il nous a donné ! » Je pense, comme beaucoup, que l’on a chargé Zidane d’un fardeau bien trop lourd à porter pour une seule personne. Et ce n’est pas en évoquant son salaire que l’on pourra justifier cela. Oui, Zidane est un exemple de réussite et de travail, mais ce n’est pas un être parfait, c’est un humain. Lui dénier le droit de s’emporter, c’est lui dénier sa liberté, et son côté humain. Dans un livre, j’avais lu « il ne faut pas aller toucher les idoles, la dorure reste sur les mains ». Je revendique au contraire le droit de dire : si la dorure reste sur les mains, c’est que c’était un être humain. Et tant mieux.
    J’en viens même à me demander si ce coup de tête n’a pas été une ultime ruade, une manifestation de liberté. C’est probablement du domaine de l’inconscient, mais j’aime bien penser que Zidane s’est libéré par ce geste, comme un verre qu’on a voulu trop cristallin, et qui se brise.
  3. Le comportement des joueurs. Si je devais dire toute ma rage et mon énervement, il me faudrait plusieurs pages. Je suis choqué, outré, j’ai physiquement mal, quand je vois ces comportements de déstabilisation sur le terrain. Les insultes, le harcèlement, les tapes sur la tête des joueurs sont inadmissibles. C’est une grande hypocrisie : le joueur fait semblant de tapoter la tête d’un concurrent malchanceux, mais ce geste est en fait extrêmement méprisant, il vise à énerver, et à faire sortir les adversaires de leurs gonds. Qu’on ne vienne pas me dire que cela fait partie de l’équation psychologique, et que toute politique est bonne pour saper le moral de l’adversaire : ces gestes, ces mots, sont à vomir. Je ne sais pas ce que Materazzi a pu dire à Zidane, mais pour récolter une telle réaction, il n’a pu dire que les choses les plus basses, les plus insultantes et blessantes. Ce n’est pas comme cela que ce jeu devrait se passer. Imaginerait-on des joueurs de tennis qui s’insultent à mots couverts ? Des golfeurs qui s’asticotent mutuellement ?
    Cette rage que je ressens, c’est aussi celle de celui qui s’est trouvé plusieurs fois dans des situations de conflits (automobilistes, passagers de train) et qui s’est fait insulter copieusement, en prenant le plus souvent le parti d’encaisser avec calme et de tourner l’autre en dérision. Parce que je le pense sincèrement : la violence ne résout rien, et elle défoule à peine. Mais avec tous ces encaissements, j’ai une rage qui ne sort pas, et qui est susceptible de péter un jour. Ce que je pense partager avec Zidane, c’est ce sentiment d’une grande injustice : devoir tolérer sans broncher les piqûres infmantes, sans réagir, c’est parfois au-dessus des forces d’un homme normal. Et Zidane n’est rien d’autre qu’un homme normal, c’est pour cela que je l’apprécie, et continuerai à l’apprécier.
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Caillou – Hokusai

Ce nuage a concentré
tout son bleu dans sa lisière,
comme des pigments rassemblés
dans la tache humide de l’aquarelle,
à la frange du papier sec.
Le ciel est une grande feuille de Canson
mouillée de nuages.

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Métamorphose

Bénédiction de la douche du matin. Certes, la douche du soir, prélude à une nuit fraiche, est agréable, il fait nuit dans la salle de bain, comme dit Philippe Djian « une de ces nuits où on n’a plus qu’à boire frais, en espérant une petite brise sur le coup de trois heures du matin ».
Mais le matin… Englué, ensuqué, au radar, la tête dans le pâté et les neurones en coquillettes trop cuites. Hop, salle de bains, geste automatique vers la radio (un petit jouet que je viens de m’acheter, une radio qui marche à l’énergie solaire ou musculaire. On tourne la manivelle ici, pendant 30 secondes, et ça donne 45 mn de radio… ou bien on laisse reposer sur l’étagère pendant toute la journée, face à la fenêtre, et Phébus fait tout le boulot de recharger la batterie), et la voix sirupeuse de l’animatrice de FIP me dégouline dans les pavillons auditifs.
Puis vient l’immersion, le baptême d’eau lustrale, la renaissance. Avant : un chromosome Y pas rasé, plantigradesque, monosyllabique. Après : une lame bien affûtée, reflétant le soleil par éclats, une envie de faire des choses importantes (écrire un livre, faire avancer le Projet Phenix, embrasser les vies). Personne ne l’a jamais mieux dit que Charlélie Couture :

Enfin bref
on se réinvente une pluie
mais à la bonne température
comme des sorciers civilisés

Charlélie Couture, Envie de l’eau, in Poèmes Rock, 1975.

Et après, mon autre douche du matin, celle-là à usage interne : un expresso. Puis un deuxième. C’est bon, il y a quelqu’un dans mon cerveau, on peut commencer.

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Nous sommes tous des îles

J’entends parler ce matin du suicide d’une jeune fille de 23 ans, une connaissance de connaissance que je ne connaissais pas. Trois citations, ou trois pensées :

  1. En exergue de Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway, se trouve un fragment d’un sermon de John Donne qui m’a frappé, il y a longtemps, comme une évidence trop souvent oubliée :

    Any mans death diminishes me,
    Because I am involved in Mankinde.
    And therefore never send to know for whom the bell tolls,
    It tolls for thee.

    La mort de tout être humain me diminue,
    Car je suis concerné par l’humanité tout entière ;
    Aussi ne demande pas pour qui sonne le glas,
    Il sonne pour toi.

    Le sermon original de John Donne peut être trouvé ici.

  2. Dans Et au milieu coule une rivière (que ce soit le film réalisé par Robert Redford ou le livre d’où est issu le film, écrit par Norman MacLean), il y a cette pensée, que j’essaie de retranscrire de mémoire :

    Les êtres qui nous sont proches peuvent aussi, paradoxalement, être les plus éloignés de nous. Nous les voyons prendre des chemins, sans pouvoir les aider, soit qu’ils ne souhaitent pas que nous les aidions, soit qu’ils ne sachent même pas comment ils pourraient s’aider eux-mêmes. Mais cela ne nous empêche pas de les aimer.

  3. Il existe un texte que j’avais découvert lors de l’enterrement d’une de mes étudiantes, il y a quelques années. Il semblerait que ce soit une prière de Saint Augustin à partir de laquelle Charles Péguy a écrit un poème. Il en existe plusieurs versions, sans que je souhaite en faire une recherche bibliographique précise. Cela fait juste partie des textes qui me conviennent.

    Ne pleure pas si tu m’aimes.
    Je suis seulement passé de l’autre côté.
    Je suis moi. Tu es toi.
    Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
    Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
    Parle-moi comme tu l’as toujours fait, n’emploie pas un ton différent.
    Ne prends pas un ton solennel ou triste.
    Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble…
    Prie, souris, pense à moi, prie avec moi.
    Que ton nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre…
    La vie signifie toujours ce qu’elle a toujours signifié.
    Elle est ce qu’elle a toujours été : le fil n’est pas coupé.
    Pourquoi serais je hors de ta pensée ? Parce que je suis hors de ta vue ?
    Mais non, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin…
    Tu vois, tout est bien…
    Tu retrouveras mon coeur, tu en retrouveras les tendresses épurées.
    Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes…

    Charles Péguy, d’après une prière de Saint Augustin.

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Petits bonheurs

J’avais mentionné dans un précédent billet (2ème paragraphe) le fait que, nonobstant les sujets sérieux sur lesquels j’écris, je prends plaisir à émailler mes doctes ouvrages d’une pointe de poésie.
Allant déposer un de mes ouvrages dans de blanches mains, j’ai pris à partie quelques auditeurs débonnaires et compatissants pour leur asséner le conseil de la page 235 :

Surtout n’essayez pas d’utiliser le CMPC à des fins pratiques avant le chapitre 17, sinon vous partirez dans le mur comme des poulpes survitaminés.

Moi ça me fait rire. N’est-ce pas la preuve de l’autarcie la plus complète ? Pour un peu, le bonheur ne serait pas loin…

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Batana – Schraker

Voici la Batana du jour.

Schraker (ou chraker) : v.t. Serrer une main en saisissant uniquement les doigts et en pressant fort.
Par extension : interrompre une conversation ou une histoire parce qu’on avait une idée et que ça ne pouvait attendre. Substantif : une schraka (ou chraka), comme dans « quel glaviot, il m’a encore servi sa schraka ! »

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Blaise et l’obèse sont à l’aise dans un bâteau

Mon éditeuse favorite me proposait d’écrire un jour un billet sur les dictionnaires. Je l’avais appelée donzelle, elle en avait retenu la connotation péjorative et de là, elle me conseilla de vérifier dans différents types de dictionnaires. Hélas, je n’ai qu’un type de dictionnaire à la maison, le Littré. Heureusement, il existe le Trésor de la Langue Française Informatisé.
Le premier nous dit :

Donzelle :

  1. Fille ou femme de distinction (cet emploi est tombé en désuétude) ;
  2. Fille ou femme dont on parle très familièrement ;
  3. Fille ou femme dont on parle légèrement, d’un ton de mépris ;
  4. Nom vulgaire d’un poisson, l’ophidie barbue, dite aussi demoiselle.

Le second parle ainsi :

Donzelle :

  1. Rare et vieilli
  • Sans nuance péj. Jeune fille.
  • P. ext. Fille ou femme à l’allure ou à la tenue équivoque, de mœurs légères.
    • Usuel, fam. et par dénigrement. Jeune fille ou femme prétentieuse et ridicule.
    • En partic., souvent pour indiquer péjorativement un comportement naïf dans le domaine sentimental.

    Les deux dictionnaires ne se contredisent pas, ils ont même des sens communs, mais on ne peut parler d’identité de sens. Certes, mon Littré date de 1873, et la langue évolue, mais la différence est notable.

    Un autre domaine où l’ancien est battu par le neuf : les ouvrages de grands auteurs. En réaction à un commentaire de l’Obèse ascète, je suis allé chercher dans Les Pensées de Pascal l’origine d’une pensée. Hélas, dans mes deux exemplaires (Firmin-Didot, 1873, et Garnier Frères, sans date, mais après 1844), impossible de la retrouver. Je fais confiance à mon obèse contradicteur, d’autant plus qu’une recherche gougueule me donne le numéro « moderne » de la pensée (593), tel qu’il me l’avait indiqué. J’ai beau me fonder sur différents sites web, indiquant différentes parties de l’ouvrage, je ne trouve pas. J’en déduis que mes deux éditions sont

    1. incomplètes, ou
    2. ordonnées différemment.

    Ce n’est pas dramatique, c’est juste fastidieux. Par exemple, dans le Garnier Frères, la pensée qui commence par « César étoit trop vieux, ce me semble, pour s’aller amuser à conquérir le monde » est numérotée 29, au chapitre IX, tandis qu’elle porte le numéro 47, chapitre XXV, dans le Firmin-Didot. Vous me direz : qu’importe l’ordre des billes, du moment que le sac est plein. Certes, mais j’intuite grave qu’en sus d’un classement différent, chaque éditeur a aussi sombrement coupé dans son édition.
    A qui faire confiance, donc, si des margoulins massicotent à tout-va dans les pensées des auteurs ?
    Mise à jour : tous les éditeurs ne sont pas des margoulins. Mon éditeuse est érudite (enfin, elle sait se servir de Glougl…) et me signale que ce problème des éditions des Pensées est récurrent, et connu, tout ça à cause de ce fichu Pascal qui savait pas utiliser une agrapheuse. Plus d’infos ici. Fin de Mise à jour.

    Enfin, quelques consolations : cette recherche nocturne et opinitre m’a permis de découvrir quelques pensées, et l’envie de lire l’ouvrage entier pour y glâner des trucs que je mettrai en exergue de mes prochains livres (ça fait vendre à mort, le pékin se dit « wahou, il a trouvé sur Goog’l , c’est un techno-beauf »).
    J’ai notamment trouvé l’origine d’une expression que j’attribuais à tort à Victorugo :

    Condition de l’homme : inconstance, ennui, inquiétude. Qui voudra connaître à plein la vanité de l’homme, n’a qu’à considérer les causes et effets de l’amour. La cause en est un je ne sais quoi (Corneille) ; et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de choses qu’on ne saurait le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Si le nez de Cléoptre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
    Pascal, Pensées, Première partie, article IX, XLVI, Firmin-Didot, 1873, p. 105.

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    Livre lu – Georges Simenon : La tête d’un homme (…et quelques réflexions sur le court-termisme)

    J’ai rencontré Christian hier soir, et lui montrais les quelques livres dans mon havresac : suivant l’humeur, et surtout la fatigue, je m’attaque aux livres exigeants (Le golem, de Gustav Meyrinck) ou détendants (Simenon, Bukowski). Je n’ai certainement pas dit que les livres détendants étaient faciles à écrire. Je viens de finir mon Simenon, La tête d’un homme (Livre de Poche n° 2903, 1971). J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Georges Simenon, en voici un extrait pour illustration.

    Le temps était gris, le pavé sale, le ciel à ras des toits. Le long du quai que suivait le commissaire s’alignaient des immeubles cossus, tandis que, sur l’autre rive, c’était déjà un décor de banlieue : usines, terrains vagues, quais de déchargement encombrés de matériaux en piles. Entre ces deux spectacles, la Seine, d’un gris de plomb, agitée par le va-et-vient des remorqueurs.
    Georges Simenon, La tête d’un homme, Livre de Poche n° 2903, 1971, p. 21.

    Bon, je relis, et je me dis que tout cela est fugitif, une impression qui passe, une buée de poésie.

    J’en viens à mon propos. Maigret parle avec le juge d’instruction. On imagine bien la scène, Maigret massif, silencieux, épais et têtu, et Coméliau, nerveux, maigre, hésitant entre l’insulte enrobée et l’autorité catégorique.

    – Tout va bien, Monsieur Coméliau !
    – Vous croyez ?.. Et si toute la presse reprend cette information ?..
    – Cela fera un scandale.
    – Vous voyez…
    – Est-ce que la tête d’un homme vaut un scandale ?
    Georges Simenon, La tête d’un homme, Livre de Poche n° 2903, 1971, p. 28.

    On sent tout dans cette scène. Coméliau pense à court terme, et selon ses intérêts personnels. Maigret pense à long terme, et en fonction du bien collectif, non, je m’exalte, en fonction de ce qu’il pense être bien, il fait passer son intérêt après un intérêt plus général, que certains appelleront éthique, d’autres morale, d’autres encore idéal. Moi je m’en fous de nommer, je sais qu’on peut retourner les mots comme des gants, le tout est de savoir quelle est la peau sous le gant.

    Cela entre en résonance avec la Lettre ouverte de La Grande Loulou à son patron. Où elle démontre (je vous la fais courte, car elle est grande, sa lettre, à la grande Loulou) que le dit patron, à économiser des bouts de chandelle, se prend des retours de boomerang qui lui pètent trois fois plus les dents.
    On en voit beaucoup, des sociétés comme ça : leur souci légitime est de payer les salaires et les fournisseurs à la fin du mois. Le court terme (le nez dans le guidon) prime sur le long terme, la réflexion stratégique, ou pour le faire moins pompeux, le fait de se poser 5 minutes pour faire le point. Pour ces sociétés qui courent après la trésorerie, c’est compréhensible, et ce n’est que regrettable. Ce qui est moins excusable, c’est un comportement de gagne-petit, qui consiste à rogner sur tous les budgets, pour des (petits) gains à court-terme. Je connais ça, les salariés qui me lisent connaissent ça, tout le monde l’a vécu, ou le vivra.
    Ce qui m’étonne le plus, c’est que normalement, la finance et les marchés tiennent compte de l’opposition long terme court terme. Si je m’engage dans un placement à long terme (compte bloqué, emprunt d’état), je serai plus rémunéré que si je place sur un Codevi ou un Livret A. Le marché rémunère ceux qui sont prêts à être patients sur leurs investissements (si vous voulez faire chic, vous dites que la courbe des taux est ascendante). Et pourtant, on a l’impression que ça ne suffit pas : le pékin moyen préfère toucher tout de suite deux fois moins, il va pinailler sur les stylos-bille ou la formation de ses salariés. Mais il me semble (je suis prudent, après tout, je ne suis que prof, un théoricien ignorant des réalités graisseuses des entreprises viriles) que tout le monde aurait à y gagner. Quand je vois un vieux (55 ans!) salarié être licencié pour un jeune en CDD qu’on paiera 3 fois moins, je ne conteste pas les faits (« le ‘vieux’ salarié coûtait plus cher que le jeune »), mais le raisonnement aveugle : le jeune doit être formé (ça coûte du temps et de l’argent), le vieux rapportait des ventes (on perd de l’argent et des clients) ou minimisait les coûts (on perd de l’argent) ou connaissait bien le métier (on perd de la connaissance qui quitte l’entreprise). Tout cela, ce sont des coûts cachés, de même que la perte de confiance des autres salariés (« à qui le tour ? »). Et qui dit perte de confiance dit perte de productivité : chacun réactualise son CV, ou surfe sur les sites de recrutement, ou encore décide que désormais, le patron « en aura pour son argent » (et pas plus).
    Je suis peut-être théoricien, ou visionnaire, ou trop intelligent, mais ça m’a toujours étonné que certains dirigeants ne voient pas plus loin que le prochain trimestre…
    Bref, Coméliau a peur d’un scandale dans la presse (et nous savons tous quelle peut être l’espérance de vie d’un scandale dans la presse à sensation : quelques semaines ? moins d’un mois en tout cas…) tandis que Maigret n’a pas peur, mais il sait qu’il joue son titre de commissaire, et que 20 ans de service peuvent être balayés en 10 jours. Deux mondes s’affrontent, et s’affronteront toujours. Je ne vous dis pas qui gagne dans le roman, il faudra le découvrir par vous-mêmes…

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    Poussez l’escarpolette

    – Bonjour, vous venez souvent ici ?
    – Poussez-vous, Monsieur !
    – Vous êtes cristalline, laissez-vous bercer par le vent du soir,
    Nos haleines embuées chercheront la fraîcheur.
    – Grand fou ! Fais-moi des goutelettes…

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    Livre lu – Marcel Aymé : Clérambard

    De Marcel Aymé, je n’ai lu que Le passe-murailles et autres nouvelles, et j’avais bien aimé ce style, mélange de réalité quotidienne (certes, ça fait daté maintenant, mais moi j’aime bien les évocations des becs de gaz et des fiacres) et de fantastique loufoque.
    Clérambard (livre de poche n° 306) est une pièce de théâtre en quatre actes. Je m’attendais à y trouver une ambiance à la Marcel Pagnol (dans Merlusse, par exemple), voire du Oscar Wilde. J’ai été déçu. Rien n’est vraiment contestable, mais je me demande où est l’histoire. Ce Clérambard se convertit d’aristocrate miséreux et esclavagiste en un pénitent faisant voeu de pauvreté. La pièce se termine sur un départ qui est plutôt un commencement. Il n’y a guère que le personnage de La Langouste, une demi-mondaine, une donzelle au sens technique du terme, qui mérite le détour. Le restant des personnages me semble fumeux.

    « N’empêche que quand il m’a causé d’amour, j’ai eu comme un coup de langueur dans le poitrail. Encore maintenant, j’en suis toute chose. J’ai les intérieurs en duvet de canard. »
    Marcel Aymé, Clérambard, Livre de poche n° 306, p. 120.

    Correspondances en termes d’auteurs : Pagnol pour ses pièces, mais en moins bien ici. Raymond Queneau pour le mélange argot-poésie de La Langouste (mais l’argot est essentiellement un langage poétique, nespoin ?).

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    Et pourtant…

    83ème minute.

    « L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. »
    Victor Hugo, Waterloo, in Les Chtiments, livre V.

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    Chronologie

    Ce matin, pluie lourde et grasse
    Et puis matinée dans la touffeur.
    Midi arrosé, sans une goutte de pluie.
    Dans l’après-midi, entre l’obscurité chaude de deux stations de métro,
    Une flaque de soleil en surface,
    Avant un nouvel engloutissement dans le boyau.
    Ce soir, soleil voilé et barbecue sur le bitume.
    Population de tous âges. Ambiance de partage.

    Bagarre de jeunes, un est à terre, tous tapent sur lui,
    A coups de pieds dans la tête.
    Il saigne, son arcade sourcilière a doublé, il titube.
    Nous sommes là, j’entends la pauvre voix d’une pauvre femme,
    qui n’a rien compris « arrêtez, je vous en supplie », au milieu de la mêlée.
    C’est la guerre, ils n’ont plus de limites,
    et nous, avec nos cheveux gris, avec nos dérisoires « calmez-vous ».
    Il saigne, il crache du sang.
    Le cinéma travestit la réalité, ça ne se passe pas comme sur la pellicule,
    C’est à vomir, en vrai.
    La police arrive, on reprend nos verres,
    Des femmes lui apportent des glaçons
    Tandis que certains refont le match de cette bagarre.
    Et le barbecue continue,
    Avec un peu moins de chaleur, un peu plus de comblement.

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    Chateaubriand, ou retourner le steak pour finir la cuisson

    J’ai rencontré aujourd’hui mon éditeuse sur un terrain neutre et gastronomique, pour évoquer diverses servitudes collaborations futures, et autres discussions sur l’écriture, les écrivains, les écrits, et l’écrivance (malédiction de ceux qui écrivent sans être publiés).
    La donzelle (Repentir : une donzelle est définie comme une fille de mauvaise vie, « aux moeurs légères », je fais donc amende honorable, et dis plutôt la vestale du temple de la connaissance), fidèle à sa parole, m’a offert un livre, dont vous vous délecterez à lire la critique, dès que j’aurai fini mon Simenon (il faudrait aussi que je commentusse Clérambard, de Marcel Aymé, que je lus en deux jours).
    L’éditeuse a mis un point final à la controverse qui nous anima ces derniers jours. En effet, non seulement elle a reconnu que j’étais le gagnant du défi prométhéen qu’elle lança, mais elle apporta une réponse claire à MA question littéraire. En effet, à la fin du billet sus-cité, je démontrai que Jean d’Ormesson était un sycophante vendu à la solde des éditeurs, et touchant un pourcentage pour faire acheter des livres qui ne contiennent finalement pas la citation « et la maison leva l’ancre pour la traversée de la nuit ».
    L’éditeuse a été foutrement subtile, là où je n’étais que disert : elle a tapé la citation telle quelle sous Gougueule (décidément…) et a obtenu la réponse, sous la forme d’un roman qu’elle m’offrit. Cette citation n’était ni dans Les enfants terribles, ni dans Le bal du comte d’Orgel, mais dans Isabelle, d’André Gide. Et allez donc, encore un livre à lire et une critique à écrire.
    Pour sa peine, elle gagnera un livre offert par mes soins. Après accord tacite, nous sommes convenus que je lui offre De cape et de crocs, tome 1. Ce n’est que justice.

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    Batana – Pleuper

    Voici une nouvelle Batana, elle n’est pas courante, mais comme elle m’arrive systématiquement, à moi, elle mérité d’accéder à l’existence.

    Pleuper : v.t. Dans une cuisine équipée d’une hotte-qui-se-déclenche-automatiquement-aux-mauvaises-odeurs, déclencher systématiquement la hotte quand on passe à côté.

    J’ai beau me laver, éviter de me lotionner au Pétrole Hahn, ou me maintenir à distance de la hotte les lendemains de biture, rien n’y fait : je pleupe.

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    G3, ou Le Grand Google Game, ou rien ne sert d’avoir un chateau si on n’est pas brillant

    Cet ultime vendredi, une amie éditrice m’inclut dans son Grand Jeu, dont le (la) gagnant(e) se verra offrir un livre. Le gagnant, c’est moi, bien que je n’aie pas trouvé la réponse.

    Je vous retranscris des parties de son mail, expliquant les règles du jeu :

    Les éditions V*** publient désormais de temps en temps des ouvrages traduits de l’américain. Dans un livre à venir, l’auteur a mis en exergue d’un chapitre une citation de Chateaubriand. En anglais. Sans la référence. Juste : « François Auguste René Chateaubriand » (c’est un nom français, ça fait bien, en plus c’est un long nom, ça fait très très bien, mais faut pas exagérer, rajouter la particule, ce serait trop : trop français, trop long ? non ça n’irait pas).

    Le Grand Jeu consistait donc à retrouver la citation originale dans l’oeuvre de Chateaubriand, avec cette précision diabolique :

    Je précise d’emblée aux petits malins que j’ai déjà fait quelques recherches google. En anglais, on tombe sur quelques milliards de blogs, dans la rubrique « mes citations préférées ». En français sur quelques morceaux de phrase, cela ne donne rien, mais je n’ai peut-être pas tout essayé (ou mal traduit).

    Et voici donc la citation : « A master in the art of living draws no sharp distinction between his work and his play, his labor and his leisure, his mind and his body, his education and his recreation. He hardly knows which is which. He simply pursues his vision of excellence through whatever he is doing and leaves others to determine whether he is working or playing. To himself, he always seems to be doing both. »

    Je me suis dit « Jojo, ceci est un travail pour toi ». Et partant de ces maigres indices, je me suis dit que c’était l’affaire de quelques minutes. Las ! J’y ai passé une bonne heure, mais c’était rentable pour

    1. gagner un livre
    2. river son clou à l’éditeuse amie
    3. et à tous les protagonistes de ce concours stupide

    1ère étape : procéder en pensée latérale, aller là où l’ennemi ne nous attend pas

    N’importe quel bourrin se ruera sur son Google favori, et tapera des mots-clés ineptes (« Grand Jeu éditeuse », ou « Tournedos » par exemple). J’ai décidé de ne pas être bourrin, mais superbement subtil. Je sais qu’il existe plusieurs lieux sur la Toile où se trouvent les textes des plus grands auteurs, en texte intégral. Il y a par exemple ABU, Gallica, ou encore le projet Gutenberg. Je me suis rendu dans ces endroits, et ai fait des recherches dans les oeuvres. J’ai commencé par Les mémoires d’outre-tombe (hélas incomplètes – en ligne – pour l’instant), et je cherchais les mots « maître » ou « art de vivre ». Rien. Nib de nib. Mais la latéralité a du bon, car j’ai appris des choses : l’ami Chateau parle beaucoup de ses maîtres, et dans sa correspondance avec la Marquise de V., celle-ci lui donne du « mon maître chéri ». Cette correspondance, que j’ai survolée, mériterait plus d’égards. A une époque sans blogs, une inconnue écrit son admiration à Chateaubriand. Il lui répond, elle s’enhardit, mais à chaque fois qu’il propose de la rencontrer, elle se dérobe. Il l’appelle sa « Marie inconnue ». C’est du blog tout craché : on s’invente, on démasque ce que l’on veut bien démasquer, en usant de pseudos (ceux-ci pouvant sonner comme un vrai prénom, c’est mieux), ce qui n’empêche pas d’avoir une vraie correspondance (quitte à ce que cette correspondance se dédouble en mails privés), voire des vrais sentiments. C’est ce paradoxe : on se confie d’autant plus à un inconnu… qu’il est inconnu.
    Mais je voulais le gagner, ce bouquin, alors quoi ?
    Et là, illumination :

    2ème étape : ne faire confiance à personne, ne pas se laisser guider par des cartes pipées

    (si, on peut piper des cartes, il suffit de percer un trou dans l’épaisseur, et de le remplir de plomb fondu, ce qui fera toujours tomber la carte du côté de l’as).
    Voulant éviter les démarches bourrines, j’ai commis l’erreur d’être encore plus bourrin : j’ai accepté comme parole d’évangile le discours approximatif d’une éditeuse, fut-elle admiratrice de Kosztolanyi. Or, chère éditeuse de littérature de gare et autres livres ineptes, tu as été abusée, et le balbusard issu de ton abusation a obscurci de ses ailes fuligineuses mon regard d’aigle intellectuel, me faisant perdre un temps d’autant plus précieux que c’était le mien.
    J’ai donc décidé de reprendre à zéro, en pestant par devers moi.

    3ème étape : In Google we trust

    Sous Gougueule, je tape « master in the art of living ». Bingo, le premier résultat donne la citation attribuée à James A. Michener. Le deuxième résultat confirme James A. Michener. Le troisième parle d’un « proverbe Zen ». En bref, sur les 10 premiers résultats, 3 attribuent la citation à James A. Michener, 4 à un proverbe Zen ou bouddhiste, 1 à « Jacqueline H. » (paix à son me), et 2 ne donnent pas de nom d’auteur présumé. Il faut attendre le 11ème résultat pour voir apparaître le nom de notre rosbif national, dans cet article sur les photos de mariage, où l’on apprend que Chateaubriand a « étudié le Zen ». Mazette, Internet, c’est quand même de la précision scientifique à chaque croisée d’autoroute de l’information.
    Après ce 11ème résultat, on trouve à nouveau James A. Michener 2 fois, Susan Fowler Woodring (à vos souhaits), « un proverbe boudhiste » et la Bhagwat Gita (autre orthographe pour la Bhagavad Gît).
    Bon, ça suffit donc, cette amusette. Le Chateaubriand n’a pas dit ça. De toute façon, il ne parlait pas anglais, trop occupé qu’il était à pratiquer le bouddhisme zen. Nous concluons donc avec quelques pensées amères.

    4ème étape : Pensées victorieuses.

    • Ce n’est pas une surprise : Internet est truffé de connaissances approximatives, fausses, et contradictoires, telles un vieux Gorgonzola pourri. Et le pire, c’est que l’on trouve énormément d’amateurs de Gorgonzola pourri, qui non seulement le consomment, mais font de la pub dessus, en mettent des échantillons sur leur site, et diffusent les senteurs sur la Toile.
    • La précision a du bon. Je me suis toujours méfié de citations qui ne donnaient que le nom de l’auteur. C’est pour cela (déformation d’ancien doctorant ?) que j’essaie toujours de citer les références précises de mes citations.
    • Gougueule, c’est bien quand on sait s’en servir. Exemple : l’étudiant Tartempion me remet un mémoire de recherche sur la culture du houblon près de Delft. Si je tape « Tartempion houblon Delft », je biaise considérablement la recherche, puisque je présuppose que l’étudiant est l’auteur du mémoire. Notre éditeuse a dû taper « Chateaubriand art of living » et voilà, elle n’a obtenu que les pages qui attribuent la citation au divin Comte (soit 1% des pages), c’est ainsi qu’elle m’a perdu dans ses méandres crypto-flous.

    Enfin,

    • Méfie-toi des experts. J’ai en mémoire une émission radio avec Jean d’Ormesson (Radioscopie, de Jacques Chancel, ça nous rajeunit pas) dans laquelle Jean d’O disait en substance « … Nous avions parié, quand nous étions jeunes, sur l’ouvrage dans lequel se trouvait cette phrase « et la maison leva l’ancre pour la traversée de la nuit ». Mon contradicteur soutenait que c’était dans Les enfants terribles, de Jean Cocteau, et pour ma part, j’affirmais que c’était dans Le bal du Comte d’Orgel, de Raymond Radiguet ».
    • Jacques Chancel : – « et alors, qui a gagné ? »
      Jean d’O : – « je ne me souviens plus bien, et je laisse cette question comme un petit jeu radiophonique à l’usage de nos auditeurs, mais je crois bien que cette phrase figure dans les deux livres. »

      Etant donné que j’étais intrigué, j’ai lu ces deux ouvrages. La phrase n’y est pas, ni aucune phrase approchante.

    Donc, chère éditeuse, tu sais déjà que ça ne sert à rien de m’offrir Les enfants terribles ou Le bal du Comte d’Orgel, non plus que la Bhagavad Gît, ou encore le mémoire de Tartempion sur La culture du houblon près de Delft

    « Un maître dans l’art de vivre n’établit pas de distinction précise entre le travail et le jeu, le labeur et le loisir, l’esprit et le corps, l’apprentissage et la détente. Il ne saurait les différencier. Il recherche simplement l’excellence en toute chose, laissant aux autres le soin de déterminer s’il est en train de travailler ou de jouer. Selon lui, il fait toujours les deux en même temps. »

    Vieux proverbe zen (origine inconnue).

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    Caillou – En Italie

    Descendu en vol plané,
    Porté sur ton souffle,
    Il a été guidé par les lueurs de tes yeux,
    Il a frôlé la tour de contrôle de ton nez,
    Et finalement, mon baiser a atterri,
    comme une plume sur ta joue.
    Puis il a fait tout doucement le taxi
    Jusqu’à tes lèvres.
    Vous pouvez détacher vos ceintures.

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    Prunes

    Ce rêve a commencé comme dans la vie réelle. J’étais en salle de cours, et la journée avait été saumtre. J’ai attaqué la séance comme un bouledogue, et les étudiants m’ont répondu comme une écuelle. Et puis l’heure a passé. Puis une autre. J’ai réussi à les intéresser, ou bien, j’ai réussi à m’intéresser. Il ne restait plus que 20 minutes, mais j’étais à nouveau détendu, on a parlé.
    Je me suis retrouvé dans une pièce improbable, assis dans un fauteuil jaune, à boire du champagne. Un directeur d’usine nous livrait des bouteilles d’alcool fort, et ce qui m’a frappé, c’est que les femmes avaient des bouteilles d’une certaine forme, et les hommes, d’une autre. De là à penser que les femmes sont différentes des hommes…
    Je me souviens d’un match où le Brésil s’était pris un but, et ça les avait énervés.
    Puis j’ai vu Stéphanie. Elle était réelle, et attentive, là où Alain Taccoen était absent, et soucieux. Stéphanie a prévenu mes besoins, et abreuvé mes compagnons. J’ai dansé des rocks sur des musiques qui n’étaient pas du rock, au son d’un DJ qui était suspendu au dessus de nous, coincé dans sa bulle métallisée, comme un conducteur de grue.
    Quelques bouteilles de champagne plus tard, je marchais dans la nuit. J’aurais bien bu un Perrier, mais dans les rêves, on ne choisit pas son destin, donc j’ai été condamné à avoir soif. Clément avait filé, restaient Fred et Cathy. Le reste se dissout dans l’aube naissante. J’ai vu des feux rouges, des taxis, des cafés fermés et des bus qui roulaient à vide. Je suis resté transi, ému, réchauffé et inexplicablement optimiste. Demain était un nouveau jour, j’étais heureux.

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    Caillou – Internavigation

    Je clique, l’écran change
    Ou pas.
    Consommation immédiate de nouvelles, de fausse nouveauté,
    D’électrons.
    Des gens meurent, des gens pleurent,
    Moi je suis juste un + 1
    Dans un compteur
    De visiteurs.

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    Novela – Clash boursier

    24 décembre 2019, 19h40, je suis au boulot. Cela pourrait être une semaine plutôt calme, les marchés sont peu liquides, mais je dois peaufiner ma formation aux jeunes traders. L’Instance de Marché m’a transmis ses desiderata, il faut donner une « perspective historique » à la présentation de notre système financier. Je t’en foutrai, de la perspective historique, il vaudrait mieux dire aux jeunes de s’acheter des chaussons de plongée en néoprène, ça leur évitera de se cailler les doigts de pieds à longueur de journée, et ça leur servira plus que des souvenirs poussiéreux sur nos ancêtres financiers. Bon, j’ai un peu de temps avant de diffuser le flash éco de 20h, j’y retourne.

    « Le début du vingtième siècle a été marqué par de grands mouvements de spéculation (première guerre mondiale de la Terre, crise de 1929, deuxième guerre mondiale de la Terre). Les États-Unis, qui représentaient alors un pouvoir important dans l’ordre géo-économique, instaurèrent en 1944 le système de Bretton-Woods : désormais, le système de change était à parité fixe. »

    C’est du jargon, qui est-ce que ça va intéresser ? En plus, je suis sûr que je n’aurai que 50% de l’effectif des stagiaires. Et je les comprends.

    « Cela veut dire que le dollar (la monnaie des Etats-Unis, à l’époque) avait une valeur en or, et que cette valeur était fixée. Vous donniez un dollar, on vous donnait un poids en or, toujours le même. C’était censé stabiliser les échanges commerciaux. »

    Bon sang, j’allais rater l’envoi du flash. Heureusement, j’ai tout pré-enregistré, il suffit d’appuyer sur le bouton.

    Flash Intercom de 20h, Terra. Les marchés sont gelés, la liquidité se fait attendre. La monnaie universelle cote 32 onces d'or, soit une hausse de 3,3 points. Il y a une forte volatilité sismique, la baisse ne devrait pas tarder. Restez sur un cours de 31,5, puis décrochez vos positions en cas de forte baisse.
    Prochain flash à 20h15.

    Je vais me faire un potage, le distributeur du troisième étage doit encore fonctionner. Avant de quitter mon poste, je sauvegarde mes données sur une laserchip, puis je déconnecte l’alimentation. Je fais un signe à Virgil, il est sur le marché des matières premières, je vois à peine ses yeux derrière son masque de plongée. Il est un peu parano, Virgil, on a de l’eau jusqu’aux chevilles, et lui porte un masque. Mais c’est le meilleur trader que j’aie vu jusqu’à présent, alors on lui passe ce genre de lubie. Le potage a un goût de varech, pas étonnant, une des conduites d’eau douce a dû se rompre, l’Océan est en train de gagner du terrain. Alvin, qui est en train de discuter près du distributeur, me dit que les bonus vont être réduits, seuls les 30 meilleurs traders gagneront leur part. Je lui souris, puis je retourne à mon poste. Alvin parle beaucoup, moi je travaille, on verra au final qui a raison.

    « Cette parité fixe n’a pas duré longtemps. Les Etats-Unis avaient des échanges commerciaux avec la Terre entière, le credo était celui de la libre concurrence (rappel : à l’époque, les prix étaient fixés par la confrontation entre l’offre et la demande. Il n’y avait aucune régulation, et c’était le jeu des consommateurs et des producteurs qui fixait les prix de vente). »

    Le flash de 20h15 approche, les marchés ont peu évolué, l’indice sismique est stable, il faut donc sortir un flash nouveau alors que rien n’a bougé. Je passe mon flash précédent au Simul, je corrige, Ok, ça sonne bien.

    Flash Intercom de 20h15, Terra. Alors que la stabilité des capitaux se maintient, on cherche les flux d'argent. MU +3,1, pour un équivalent de 31,9 onces d'or. Des explosions distantes font craindre une baisse, mais sans confirmation. Allégez sur une baisse.
    Prochain flash à 20h30.

    Je regarde ma montre, la buée a recouvert le cadran, saloperie de camelote, je n’aurais pas dû l’acheter à la Halle un jour de marché. Il est trop tard pour prendre une subnavette, je vais donc rester ici, je finirai ma synthèse historique, et je l’enverrai demain matin, avant la marée haute, au chef Bronson. Si avec ça, j’ai pas mon bonus, je veux bien devenir nautonier.

    « Au début du 21ème siècle, le système financier avait atteint sa limite. Des Etats surendettés déclenchaient des guerres pour s’approprier des ressources pétrolières, la bourse offrait une succession de périodes euphoriques et de krachs (l’ancêtre du Clash) retentissants, et les errements des monnaies détruisaient tout compétitivité des échanges. En 2008, Arnold Schwarzenegger, nouveau président des Etats-Unis, décida de revenir à une parité fixe de la monnaie. Désormais, un dollar vaudrait, de manière inflexible, 0,43 grammes d’or pur. Les autres zones économiques importantes (Euro-est, Asialand, Oceania) se rallièrent au mouvement, et en quelques mois, toutes les devises étaient fixées sur une parité or. Les devises furent alors fondues en une seule dénomination, l’ancien dollar devenait la Monnaie Universelle (MU). l’âge d’or pouvait recommencer, la stabilité était assurée ».

    La secousse m’a pris par surprise, j’ai été éjecté de mon siège. Heureusement, l’Autovalid a sauvegardé instantanément mes données, tandis que je basculais dans un éclaboussement d’eau glacée. Je me suis relevé en frissonnant. Virgil rigolait en me regardant, la main agrippée à un rail de sécurité, il continuait à envoyer ses dépêches. A l’autre bout de la salle de marché, je voyais un trader essayer de remonter son poste de travail dégoulinant sur son bureau, mais il n’y croyait plus, ça se voyait.

    Flash Intercom de 20h30, Terra. Disruption forte sur l'échelle sismique, on craint une attaque indépendantiste inuit pour faire chuter les cours. Les sociétés de soutien semblent combler le déficit, mais leurs stocks d'explosifs sont à un niveau bas. Objectif de cours : MU = 29 onces. La liquité revient, et laisse espérer une hausse.
    Prochain flash à 20h45.

    Il faut que je finisse vite cette présentation, nous pouvons avoir une coupure d’électricité à tout moment.

    « Hélas, c’était compter sans les déséquilibres des pays non alignés sur ce développement. Des nations demandèrent des aides financières, arguant de la famine de leurs populations. L’or était à prix fixé, les marchés étaient enfin stables, mais c’était encore trop cher pour certains. Des manifestations furent organisées par les opposants à la monnaie universelle. Suite à des débordements anarchiques, les mouvements de contestation furent officiellement interdits. Un marché noir de Pyrite (l’or des fous) se développa de manière spéculative, entraînant un sur-endettement des ménages. Les pays pauvres, qui ne savaient pas utiliser seuls les ressources de leur sous-sol, remirent en cause les contrats des grandes sociétés d’exploration. L’appui militaire des grandes puissances permit de rétablir la situation, mais on était loin de la stabilité. La parité fixe Monnaie Universelle-Or était certes un premier pas vers la stabilité, mais comment aller plus loin qu’une parité fixe ? »

    Flash Intercom de 20h45, Terra. Les niveaux de liquidité du marché remontent. La tendance, et les fondamentaux, rappellent le Clash de 2015. Prudence sur les échanges, le marché est frileux. Gel des capitaux possible.
    Prochain flash à 21h.

    « Le déclenchement vint d’un groupe extrémiste, recourant à un acte désespéré. Pour contrer l’extraction de leurs réserves de pétrole en Terre Adélie (pole sud de Terra), ils firent sauter plusieurs gisements à l’aide d’explosifs à magma. La déflagration, et les incendies des puits de pétrole, entraînèrent un réchauffement brûlant sur plusieurs centaines de kilomètres, le niveau des océans monta de plusieurs dizaines de centimètres. Ce ne fut que quelques mois plus tard, lors de la publication de l’article désormais célèbre de Cook-Johnson dans Nature, que l’on se rendit compte que cette déflagration, et la fonte importante des glaces du pole sud, avaient modifié la gravité de Terra. La découverte scientifique était importante, mais la paternité de l’intuition économique revient au consortium Petro-Helium. Celui-ci accumula d’importantes réserves d’or, avant de dévoiler son analyse : la parité fixe signifie que pour une masse d’or, on a un poids d’or fixe, et pour ce poids d’or fixe, on a un montant monétaire fixe ; mais si la gravité changeait, pour une masse d’or fixée, on n’avait plus forcément le même poids d’or que précédemment, donc on obtenait un montant monétaire variable. Il suffisait de jouer sur la force de gravité de Terra, en faisant fondre plus ou moins les calottes glaciaires des pôles. Petro-Helium venait de contourner la parité fixe monnaie-poids, en instaurant une variabilité masse d’or-poids d’or. La conséquence ne se fit pas attendre : tous les grands intervenants du marché s’équipèrent en explosifs à magma (dont les cours furent multipliés par 1 000 en trois semaines) pour liquéfier les pôles, et en gaz liquides (cours de l’Argon : + 9 523% en 5 jours) pour refroidir rapidement les pôles. »

    Une succession d’explosions proches me fait tourner la tête. Ce ne sont pas, comme d’habitude, des explosions aux pôles, dont on voit les lueurs sur les nuages. Là, il s’agit d’un acte terroriste visant à frapper au coeur du pouvoir. Je patauge vers la fenêtre. Je me plaque contre le mur, car je reconnais la silhouette d’un commando d’inuits, à dos d’orques. Bon sang, ils ne sont jamais descendus aussi bas, il sont dû déborder les patrouilles d’intervention. Quand ils passent devant notre bâtiment (l’enseigne Walrasian Trading est heureusement court-circuitée depuis plusieurs semaines), je note tout ce que je peux sur leur nombre, leur équipement, leur route. Je les vois se diriger vers la Bourse, OK, je tiens mon scoop. Je rédige vite quelques lignes, il faut prendre le marché de vitesse. Juste avant de diffuser mon annonce, je passe quelques ordres en crypté : je liquide toutes mes positions gelées, et j’achète le maximum de gaz refroidissant, en diversifiant mes ordres sur plusieurs marchés mondiaux, et avec plusieurs identités jetables. Une fois que mes ordres sont garantis, je diffuse le flash, puis je quitte vite le bureau. Virgil voit le flash, il me voit filer vers l’escalier, je lui fais signe de monter, il a tout de suite compris, il prend son écran portable, et court vers l’escalier.

    Flash Intercom exceptionnel, Terra. Nos informateurs pensent qu'une attaque terroriste de grande ampleur est imminente sur le quartier des affaires d'AmericaNY. La liquidité devrait monter au-dessus du niveau du Clash de 2013. Achetez fort gaz, limitez autant que possible hausse du liquide. Bloquez les comptes-écluses, canalisez les tsunami vers les zones défavorisées.
    Prochain flash à ##h##.

    Les explosions qui se déclenchent au centre-ville ne sont rien à côté des explosions des graphiques sur les écrans. Tout le monde se rue sur les stocks de gaz refroidissant. Virgil et moi montons quatre à quatre les marches, en jetant un oeil sur nos écrans à chaque palier. Le phénomène physique, nous le sentons bien : le sol et les murs tremblent, et l’on entend le déferlement des vagues qui ont redoublé d’ampleur. Bon sang, ces anti-libéraux inuits sont en train d’inonder le quartier, tout ça pour des familles de pêcheurs de poisson ! Quant au phénomène économique, il est d’autant plus effrayant qu’il se passe silencieusement, tandis que des traits de couleurs s’affolent sur nos écrans. Nous arrivons au dernier étage, et débouchons à l’air libre. Au nord, les nuages noirs véhiculent l’odeur grasse du pétrole qui brûle. Virgil se tourne vers moi en grimaçant « Salaud, qu’est-ce que tu as vu, que tu ne m’as pas dit ?! » Tout en gardant les yeux fixés sur l’eau qui monte, à trois étages en dessous de nous, je lui réponds « Vends du gaz, à terme. J’ai profité de la panique, en l’activant un peu, après avoir pris mes positions. Et il y a vraiment un commando qui fait péter les vannes. » Virgil ne m’écoute plus, il pianote d’une main sur son écran tactile, je sais qu’il est dans son élément. L’eau est à deux étages en dessous de nous. Je pense à mon appartement, qui doit être submergé à cette minute. Je m’en fous, avec mon bonus sur cette opération, je peux m’acheter la Tour Soros.

    Virgil me rejoint, il est calme, il a fait tout ce qu’il pouvait. Nous regardons l’eau qui monte toujours. Je me sens entièrement confiant. Je sais ce qui va se passer. Après cette frénésie spéculatrice, le Clash va être endigué. Trop d’intérêts sont en jeu : des entreprises inondées, des productions retardées, des actionnaires mécontents. Tous les traders du monde sont en train de prendre des positions sur des stocks de gaz dont (je regarde mon écran) le cours est 27 fois plus élevé que quand je l’ai acheté, il y a dix minutes. Il ne va pas s’écouler douze heures avant que des avions militaires déversent des tonnes de bonbonnes de gaz sur les deux pôles, figeant la liquidité pour au moins plusieurs mois. La parité sera à nouveau fixe, le monde reviendra sur ses bases. Jusqu’au prochain débordement.
    Et moi, j’aurai mon bonus.


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    Retour de formation…

    Lever 6h, 1h30 de route, formation de 9h à 18h, 1h30 de route au retour.

    Je suis sur les genoux,
    d’avoir tant braillé.
    Ma chemise est mouillée,
    ma guitare désaccordée…

    Bill Deraime, Un dernier blues, BMG.

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    Caillou et Pellicule

    J’avais écrit le caillou, et Yann en a fait la photo. Sa photo me rappelle un album BD de Cosey, L’espace bleu entre les nuages (Editions du Lombard, janvier 1983), notamment les pages 29 et 34. Comme disait Charlie Baudelaire, tout est correspondances…

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    Livre lu Paul Auster : La nuit de l’oracle

    J’aime beaucoup Paul Auster, que je tiens pour le plus grand écrivain américain contemporain. (et John Steinbeck, pour le plus grand écrivain américain du XXème siècle, cf. thibillet).

    La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006, 236 p.) est paru récemment, après Le livre des illusions, qu était du grand Paul Auster, de la veine inventive et voyageuse de son premier roman connu, Moon Palace.

    La nuit de l’oracle a beaucoup des ingrédients de Paul Auster : mise en abyme (un roman qui parle d’un écrivain qui écrit un roman sur un roman…), histoires qui s’enchevêtrent, personnages et situations qui dérivent peu à peu vers une fatalité insidieuse, fantasme de réiventer sa vie et repartir de zéro. Dans l’ensemble, toutes ces choses me plaisent, chez un écrivain qui travaille énormément ses textes, et que j’ai toujours autant de plaisir à lire.

    Alors quoi ? Malgré tout cela, qu’est-ce qui a cloché ici ? La redite, le sentiment de déjà vu dans d’autres romans du même auteur ? Mais n’est-ce pas inéluctable, quand on a (presque) tout lu d’un auteur, y compris ses essais et récits autobiographiques : on a l’impression de le connaître très bien, et à chaque rebondissement, moitié surpris, moitié averti, on se dit « c’est tout lui, ça ! ».

    Dans l’ensemble, j’ai passé un bon moment. Dans ma misère de lecture actuelle (j’y reviendrai, ou pas), Paul Auster serait un des seuls auteurs vers lesquels je reviendrais régulièrement.

    Voilà, je crois que j’ai mis le doigt dessus : les histoires de Paul Auster contiennent très souvent des passages durs, ou noirs, mais il y a toujours cette fibre d’optimisme, ou de fascination, qui nous fait aller de l’avant. La musique du hasard , par exemple, allait d’étonnement en mystère, de mystère en fantastique, de fantastique en fataliste. C’était superbe. Ici, cela m’a trop rappelé le livre de Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais. Ironie du sort : je lui reprochais, à elle, de copier son mari Paul Auster, et là, je retrouve dans son roman à lui des analogies. Jusqu’à ce personnage de fils menteur et dangereux, ce Mark enigmatique et effrayant du roman de Siri Hustvedt, qui a un avatar ponctuel, mais crucial dans le roman d’Auster.

    Correspondances : je n’ai pas vu Barton Fink, mais je me demande s’il n’y aurait pas une similitude (l’écrivain seul, l’irruption du fantastique, le décalage des vies). Sinon, comme souvent avec Paul Auster, j’ai du mal à établir des correspondances, car je le trouve unique. Il y a toutefois un livre qu’on m’avait prêté qui était redoutable : Tattoo Girl, de Brooke Stevens, qui a des résonances austeriennes (Amazon.fr dit, en parlant de l’auteur, « le David Lynch de la littérature », mazette !)

    Et la citation qui va bien :

    Que le sang paraît rouge sur le blanc du lavabo de porcelaine, me disais-je. Quelle vivacité elle a, cette couleur, et esthétiquement, qu’elle est choquante. Les autres fluides issus de nous sont ternes en comparaison, de pâles giclées. Salive blanchâtre, sperme laiteux, urine jaune, morve brun-vert. Nous excrétons des couleurs d’automne et d’hiver tandis que court, invisible, dans nos veines, l’écarlate d’un artiste fou – aussi rouge et aussi brillant que de la peinture fraiche.
    Paul Auster, La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006), p. 48-49.

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    Caillou – Jeunesse

    Le moment doré où la nuit s’effilochait,
    Où l’aube avançait en pétales de violettes,
    Où nous nous embrassions une dernière fois au son des premiers oiseaux.

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    Batana – Sliplouffer

    Un de mes bréviaires est Le Baleinié, dictionnaire des tracas quotidiens (tome 1 et 2), déjà évoqué vaguement ici.
    Ces auteurs ont décidé que certains tracas méritaient d’être identifiés, et nommés. Car nommer, c’est circonscrire, enfermer, presque contrôler.

    J’inaugure donc une nouvelle rubrique, du nom de Batana. La batana, selon les auteurs, c’est la « tyrannie de ceux qui font 4 bises ». Dans cette rubrique, j’identifierai des tracas quotidiens, et essaierai – bien humblement – de les nommer. Comme titre de rubrique, j’aurais bien choisi « être xu » (c’est-à-dire, se retrouver dans une pièce sans se rappeler de ce que l’on est venu y faire), car je suis très souvent xu. Mais ça sonnait moins bien, avouez-le.
    Voici donc mon tracas du jour :
    Sliplouffer : Malgré observations et anticipation, se retrouver aspergé par un arroseur automatique.

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    Ecrire pour les blogs des autres

    Voilà, suite à l’idée louloufoque de La grande Loulou, je me suis lancé : répondre dans un texte – argumenté un minimum – à une des questions existentielles de sa fille (le Bouchon). J’avais choisi « L’origine du cule dans pellicule, animalcule et tentacule », en attendant de traiter « Est-ce que les oiseaux ont des fesses ? »
    Le résultat a été publié ce matin ici, avec des illustrations superbes, et des rajouts de la grande Loulou, qui n’a pas sû réfréner sa passion scientifico-éducative, pour le grand bonheur des masses.
    PS : pour ceux qui auraient des commentaires du type « et quand est-ce que tu bosses ? », je signale que j’ai écrit ce texte sur les cules dans la nuit de dimanche à lundi, vers 2h du matin…

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    Devise de vie

    Je suis en train de relire toute ma collection de Calvin et Hobbes (rappel : BD en 4 cases (comic) qui met en scène un insupportable petit gamin de 6 ans (Calvin) et son tigre en peluche (Hobbes), qui « n’apparaît » qu’aux yeux de Calvin. Article Wikipedia ici). Je tombe sur la discussion suivante :
    Calvin : « Vis l’instant présent » est ma devise. Tu ne sais jamais combien de temps il te reste ! Tu peux traverser la rue demain et PAF, être renversé par un camion ! A ce moment-là, tu regretteras de n’avoir pas pris plus de temps à te faire plaisir ! C’est mon opinion, « vis dans l’instant ». Et toi, Hobbes, quelle est ta devise ?
    Hobbes : « Regarde avant de traverser la rue ».

    C’est évidemment Hobbes qui a raison, mais je voulais juste souligner que la devise de Hobbes correspond à une sous-partie de celle de Calvin : les deux ne sont pas du tout antinomiques, elles sont au contraire reliées.

    Dans le même genre d’idées, Linus demande à Charlie Brown (dans Peanuts, article wikipedia (à travailler) ici) :
    Linus : Quel est le secret de la vie ?
    Charlie Brown : 1. faire du covoiturage, 2. regarder des deux côtés avant de traverser, 3. décongeler les aliments avant de les manger.

    Et mon ultime pour aujourd’hui, Snoopy répond à la question « Comment rester en bonne santé ? » : 1. Faites du sport régulièrement, 2. Mangez beaucoup de fruits et de légumes, 3. Apprenez à faire le roulé-boulé.

    Quelle est votre (vos) devise(s) de vie ?

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    Pourquoi est-ce que ce blog ne s’affiche pas bien ?

    Parce que c’est de ta faute, lecteur/euse esclave.
    Sans t’en rendre compte, tu n’utilises qu’un seul navigateur, Internet Explorer, et celui-ci est plus truffé de lézardes qu’une maison préfabriquée en Seine St Denis. Qui plus est, nonobstant ces discours triviaux sur la sécurité, Internet Explorer ne respecte pas les standards du Web.
    Ami lecteur, amie lecteuse, la notion de standard est très importante. S’il n’y avait pas de standard pour l’électricité, je brancherais mon portable chez un copain, et face à son courant 380 volts, mon ordinateur ferait pouf ! ou skrriitch ! c’est selon, et après, il serait juste bon à caler les meubles. Chez un autre copain, mon ordinateur n’arriverait pas à démarrer, à cause des pitits 12 volts délivrés par son circuit électrique. Respecter un standard, c’est assurer que l’on peut utiliser les mêmes outils, partout, et sans danger.
    Mes pages de blog sont standard. Elles sont produites par une plate-forme de blog qui respecte les standards du WWW et n’endommage pas les électrons. Il suffit, pour preuve, de consulter ce blog sous des navigateurs qui respectent les standards, comme Mozilla Firefox, Opera, Camino ou Konqueror. Ah oui, j’oubliais : tous ces navigateurs sont gratuits.

    Mozilla Firefox est téléchargeable ici, en Français, il fait 5 mégas au téléchargement (pour Windows), ce qui n’est pas lourd pour se doter d’un navigateur fiable, rapide, et fonctionnel (ah, la navigation par onglets…)

    Quelques remarques et leurs réponses :

    • C’est trop compliqué. Non. Si tu penses cela, tu mérites de te faire ratisser par ton plombier, ton garagiste, et ton revendeur informatique.
    • Les logiciels libres sont moins fiables. Pas sûr, parce qu’ils sont ouverts, donc chacun peut aller voir sous le capot et proposer des améliorations. Et comme ces logiciels reposent essentiellement sur des bénévoles qui sont des passionnés fondus, la réactivité ne se limite pas aux horaires de bureau…
    • Tout le monde utilise Internet Explorer. Faux, Firefox a plus de 20% de part de marché dans la majorité des pays d’Europe. Pas mal pour une fondation qui ne consacre pas des millions de dollars dans des pubs qui montrent des dinosaures.
    • C’est pas moi c’est ma hiérarchie, je ne peux rien installer d’autre. Argument solide, cette fois. Peut-être cela vaut-il la peine de les évangéliser un peu ? Le standblog de Tristan Nitot est un bon point de départ, avec notamment un comparatif sur les rapidités de mise à jour d’Internet Explorer face à Firefox.

    Cela dit, ce n’est pas une excuse pour me défausser de la rédaction d’un nouveau thème graphique. Mais il y a des choses qui ne passeront toujours pas, même si j’y passe des heures. Je ne me vois pas coller des rustines informatiques dans mes thèmes pour qu’ils « passent » sous Internet Explorer, cette vieille chambre à air (qui date de 2001, autant dire le crétacé).

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    Livre lu : Dezsö Kosztolanyi – Le traducteur cleptomane

    Vous avez bien lu, ce n’est pas une typo, le titre est Le traducteur cleptomane, de Dezsö Kosztolanyi (qui, lui, a un K), aux éditions Viviane Hamy (1994, 156 p.)

    C’est un livre de nouvelles, écrit dans un style du genre de Stefan Zweig, c’est-à-dire la description d’un monde de l’entre-deux guerres, surannée et puissamment évocatrice.
    Comme par exemple cette nouvelle intitulée Le chapeau, et dont le principal protagoniste est un chapeau melon

    Le chapeau, à dire vrai, est la partie du vêtement la plus noble. Il couvre notrecrâne, avec sa forme bombée il en est une imitation, il nous est comme uncrâne supplémentaire, rempli lui aussi par la flamme et par la fumée de notre cerveau.
    Dezsö Kosztolanyi, Le traducteur cleptomane, Viviane Hamy, 1994, p. 137.

    Mais ce n’est certainement pas pour ses atmosphères que j’ai aimé ce livre. Ce livre est paru en hongrois sous le titre générique Esti Kornél, qui est le nom du héros, ou du narrateur, suivant les nouvelles. Un homme raconteur d’histoires, fortement attaché aux mots et aux constructions littéraires. La nouvelle éponyme, le traducteur cleptomane, est superbe dans son évocation de cet homme aux prises avec sa maladie. Mais hélas, raconter l’argument de la nouvelle, c’est en dévoiler l’intrigue… Tout est jeux de langage, ou de conversations à demi-mot. On flotte dans un monde très lointain, celui d’une époque qui avait connu une guerre qu’elle croyait être la dernière, dans une Europe qui pouvait encore croire au progrès humain (Dezsö Kosztolanyi est mort en 1936), et où ce petit cercle littéraire se rencontre, se raconte des histoires jusqu’au bout de la nuit.

    C’est pour moi la marque d’un excellent livre de nouvelles : à la fin de chacune, je m’arrêtais et prenais un autre livre, tant ces nouvelles se dégustent une à une.

    Puisque aussi bien je ne saurais plus me consoler moi-même, autant maintenant que j’en console d’autres. Il faut rendre à chacun sa foi dans la vie.
    Dezsö Kosztolanyi, Le traducteur cleptomane, Viviane Hamy, 1994, p. 79.

    Ecrivain auquel je comparerais Dezsö Kosztolanyi : Stefan Zweig, peut-être Kafka (mais j’en ai lu très peu).

    Et je me souviens enfin de ces femmes et de ces jeunes filles qui ont, avec elles, apporté tant de fois la féerie du hasard, son caprice et sa fatalité.
    Dezsö Kosztolanyi, Le traducteur cleptomane, Viviane Hamy, 1994, p. 143.

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    Thème et version – 12/20

    J’ai donc remis le joli thème, « estival » comme le dit Nerik, en attendant mieux. Dans ce thème, j’aime bien les couleurs, l’image, et l’esthétique générale. Il souffre néanmoins de petits défauts, que je liste ici pour mémoire, et éventuellement pour récolter vos commentaires :

    • Il n’y a pas de calendrier. Mise à jour : uniquement dans le thème NeSpring. Les autres thèmes ont un calendrier (cf. MàJ ci-dessous)
    • Il n’y a pas de liste des thibillets récents (MàJ : ça dépend des thèmes)
    • Il n’y a pas de liste des commentaires récents
    • Une liste des mots-clés, façon Tagcloud (chaque mot-clé a une taille proportionnelle à sa fréquence) serait intéressante
    • Il n’y a pas la mention des fils RSS (Mise à jour : uniquement dans le thème NeSpring), notamment le RSS des commentaires
    • Ce thème n’est pas de moi
    • Il n’y a plus la mention « propulsé par Dotclear », qui n’est pas obligatoire, mais moralement souhaitable Repentir : je suis vraiment neuneu, c’est bien indiqué tout en bas de la page…
    • J’aimerais bien 3 colonnes, avec, à droite et à gauche, des liens, des thibillets thématiques, éventuellement des photos
    • Il serait bon que l’utilisateur/teuse puisse choisir son thème parmi une liste de quelques thèmes, comme par exemple ce qu’a fait Tristan Nitot. Mise à jour : c’est fait, dans la colonne de droite, en haut, y suffit de cliquer.
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    "Lipstick pour les hommes, hoohoo, lipstick pour les femmes…" (D. Balavoine)

    Je merduse grave pour accéder à la requête de Nerik, assavoir remettre le calendrier. J’ai voulu faire perfectionniste, en installant une liste déroulante des thèmes, pour que chacun(e) puisse choisir le thème qui lui plaît le plus. C’est pas gagné. Pour vous punir, revlà le thème moche. Dès que j’ai du temps (…) je replonge dans les délices de la syntaxe des fichiers template.php et style.css.

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    Grand Chelem, ou La meilleure nouvelle du jour

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    La malediccion dou Brealey-Myers

    Je m’en suis ouvert à mon lectorat millionnaire, sur les derniers mois, j’ai travaillé sur la traduction d’un ouvrage de finance américain. Qui plus est, alors que j’avais remis le fichier final à mon éditeur, dans la foulée, je me suis attaqué à la mise en forme de la traduction des corrigés des exercices. Cela fait deux livres (répondant à un souci de l’éditeur de faire d’une pierre deux coups,

    1. on vend le manuel,
    2. on fout les chocottes aux étudiants en leur disant « il ne suffit pas de lire le manuel, il faut faire les exercices à la fin de chaque chapitre »
    3. attendre que les étudiants disent « j’ai fait, est-ce que j’ai bon ? » et là,
    4. leur vendre le bouquin des corrigés des exercices.)

    Quand j’ai remis le manuscrit du manuel, je me suis interrogé sur mon retour sur investissement, avec un calcul simple. (Pour ceux qui voudraient répliquer le calcul sur le livre des corrigés, qu’ils sachent que l’an dernier, il s’est vendu 200 livres de corrigés).

    Mais la malédiction n’est pas que financière. En 2003, quand j’étais sur la fin de la traduction de la 7ème édition, j’ai eu un plantage sévère : mon portable a autodétruit le disque dur, dans un scénario digne de Mission Impossible. J’ai perdu 3 mois de travail. Mais déjà à l’époque, j’étais psychorigide et angoissé, et la traduction n’en a pas souffert, car j’en faisais des sauvegardes quotidiennes (en revanche, j’ai vraiment perdu 3 mois de travail de prof).
    Et là, re-belote : à peine avais-je rendu la traduction 2006 du manuel, et tandis que, tel le cheval de labour moyen, je travaillais sur le livre des corrigés, Pouf, plantage de mon nouveau portable (carte vidéo grillée, donc aucun moyen de voir ce qui se passe, même en branchant un écran externe. Entendons-nous : rien n’a été écrasé, le disque dur était intact. Mais impossible d’accéder aux données.) Ce qui m’inspire quelques aphorismes et pensées :

    • Tous les ordinateurs sont égaux devant la carte vidéo : rien ne sert d’avoir un portable avec 2 gigas de RAM et 2 disques durs de 60 gigas chacun : quand la carte vidéo plante, on ne voit plus rien, pas mieux que si c’était la carte d’un Compaq 486 à 256 k de mémoire qui avait planté. Donc les yeux, c’est important.
    • A l’instar des archéologues qui ont osé exhumer les trésors d’une civilisation égyptienne ancienne, il y a une malédiction à oser traduire la pensée d’auteurs réputés. Ils sont américains, et vouloir exposer leurs idées au public francophone, c’est sacrilège, ils vont envoyer virus et gremlins, car il ya certains secrets qui doivent rester secrets (cf. ma théorie du complot des Templiers, des esseniens, ou du Da Vinci Code).
    • Les droits d’auteur sont faibles, comparés au temps passé sur la traduction (cf. calcul), mais si en plus, on compte le temps d’immobilisation de l’ordinateur cramé, les frais d’envoi, voire les frais de réparation si le portable n’était plus sous garantie, on atteint des tréfonds, que à côté, le 7ème cercle de l’enfer, c’est Monaco.

    Moralité : Si je refais une traduction un jour, ce sera « L’informatique pour les nuls ».

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    Caïn et Abel

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    Livre lu : Fred Vargas – Dans les bois éternels

    Mon plaisir à lire Fred Vargas n’est plus à démontrer. Non seulement ses polars (« rompols » comme elle le dit), mais aussi un petit ovli comme son Petit traité de toutes vérités sur l’existence (j’avoue que je goûte moins Critique de l’anxiété pure, et je ne saurais me prononcer sur La vérité sur Cesare Battisti, quoique la thèse m’en semble très savonneuse).

    Revenons à nos moutons, ou plutôt nos bouquetins, et soyons brefs. J’ai donc lu Dans les bois éternels (Viviane Hamy, 2006, 444 p.)
    C’est un des meilleurs Fred Vargas que j’aie lu.
    Je vais commencer par les nonpatan, puis je dériverai – à la Adamsberg – vers les bonheurs. J’ai aimé ce livre,

    • non pas tant parce que l’on y retrouve les personnages récurrents de plusieurs histoires
    • non pas tant parce que de nouvelles têtes peu à peu prennent leur place dans le quotidien de ce commissariat
    • non pas tant parce qu’une partie a lieu en Normandie, avec de solides normands qui boivent le coup et ponctuent

    … même si tous ces arguments faisaient déjà bien pencher la balance dans le bon sens (mais pouvait-il en être autrement, je ne suis plus objectif après avoir écrit ça et ça et ça).

    Il y a dans ce Fred Vargas tout ce qui fait le charme de la recette Vargas : des mots, des descriptions, et surtout des dialogues percutants ; l’irruption du bizarre, ou du décalé : ça tient autant aux fantômes qu’aux piqûres d’araignées, il n’y a pas de priorité dans les tracas de l’existence ; et puis, évidemment, la référence moyengeuse, historique, qui fait la trame de beaucoup d’énigmes à la Vargas.
    Alors, qu’y avait-il en plus de cette benne de roses que je déverse ici ?
    Du sentiment. De la tension, palpable. Plusieurs passages m’ont littéralement pris. Et je ne m’y attendais pas, me connaissant (croyant me connaître) et connaissant Fred Vargas (croyant la connaître).
    Et puis, subtilement, de manière plus affirmée que dans les précédents romans, désormais, on attend une suite. La comparaison va être fâcheuse, mais c’est un peu comme une sitcom en fin de saison : il y a des choses que l’on connaît sur les personnages, leurs relations, et l’on aurait envie de savoir tout de suite comment ça va évoluer.
    Ne reste plus qu’à attendre un an et quelque…

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    Conseils à des actuels / futurs blogueurs

    Dans la liste des billets à écrire, je commençais par « pourquoi écrire un blog ? »
    En fait, j’ai déjà répondu lors de mon premier billet sur ce blog. En revanche, Nerik a eu des états d’âme il y a quelques jours, et je lui avais promis une réponse. La première réponse est dans les commentaires de son message, et la seconde va être ici, mais nécessite un tour de passe-passe.

    Nous autres, les profs, quand on ne connaît pas une réponse, on change la question. En expliquant au passage que c’est ça, la vraie question. Donc la vraie question est :

    Comment écrire sur un blog ? ou Conseils aux futurs blogueurs

    Plusieurs types de situations, et conseils en fonction :

    1. J’ai trop d’idées par jour
      • publier les idées les plus volatiles / urgentes / démangeuses en premier, et garder les autres idées au frais. (inconvénient : que de fraiches, celles-ci deviennent congelées tel le mammouth du Crétacé)
      • être organisé (Palm pilot, logiciel de prise de notes par carte mentale (FreeMind fait ça très bien, il est libre et gratuit), synchronisation des données, rédaction de billets en mode brouillon)
      • se résigner à voir des billets disparaître au loin, tels des moutons alllant pâturer d’autres riants herbages, et que le loup dévorera
      • Je n’ai pas assez d’idées, et j’en cherche
      • se brancher sur l’actualité et sur ses blogs (Le Monde, Libé, SVM…), puis relayer l’info. NB : citer ses sources est plus citoyen…
      • se brancher sur d’autres blogs, soit par affinité de thème, soit par l’effet d’écran-à-clic (version moderne du bouche-à-oreille), puis relayer l’info. NB : citer ses sources est plus citoyen…
      • se résigner à ne pas écrire tous les jours. C’est de loin l’attitude la plus sage, à mon avis. Comme disait feu Desproges : « bienheureux ceux qui n’ont rien à dire et qui s’abstiennent de le confirmer verbalement ».

    2. Personne ne me poste de commentaires
      • s’interroger sur cette nouvelle sorte de pharmacodépendance, les besoins qu’il y a derrière, et s’attaquer aux besoins plutôt qu’aux symptômes (oui, je suis donneur de leçons, mais tout le monde sait que les cordonniers sont les plus mal chaussés)
      • voir la pile de mails qu’on a, et y répondre. Après cela, voir si l’on a encore envie de recevoir des commentaires
      • écrire des billets dans le but de susciter des commentaires, au risque de prostituer son me, d’abaisser le niveau, ou de faire dans des sujets rebattus (sexe, télé-réalité, pitits animaux meugnons)

    3. Trop de personnes postent des commentaires
      • arrêter de poster des photos de pitits animaux meugnons
      • vérifier que tous les commentaires sont émis par des êtres respirants. Des commentaires du type « Great blog, you should see that : http://… » sont émis par des ordinateurs essayant d’amener le quidam à un casino virtuel, un bordel virtuel ou une escroquerie réelle.
      • interdire les commentaires. Pas amusant (on ne sait plus ce que les lecteurs pensent), mais efficace. Les blogs des Gens Importants deviennent souvent privés de commentaires…

    4. Je suis nul en informatique, ou pas intéressé par ce qu’il y a sous le capot
    5. Je suis nul en informatique, mais je me soigne
      • Dotclear est fait pour vous
      • Mais il faut un domaine et un serveur (10 € par an, aux dernières nouvelles)
      • En contrepartie de quoi, vous pouvez tout changer dans la maquette de votre blog et sauvegarder les billets

    6. Je fais un blog pour draguer
      • Meetic est beaucoup plus efficace, c’est fait pour ça

    7. Je fais un blog pour gagner de l’argent
      • PriceMinister est beaucoup plus efficace, c’est fait pour ça

    8. Je fais un blog pour m’écharper avec des inconnus par voix cyber
      • Là, c’est un bon choix, mais dans ce cas, allez sur des sites de Papes de la blogosphère, lisez un billet en diagonale du fou, et postez un commentaire dans lequel vous mettrez « ton ego démesuré » ou « certains de tes amis disent que »
      • Alternativement, il y a des plates-formes qui permettent encore mieux de faire ça : les forums de discussion. Le tout est d’être en décalage (parler de Mac sur un forum PC, de plantigrades sur un forum de bergers, d’étudiants sur un forum de profs)

      Mais finalement : pourquoi écrire un blog ?

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      Caillou – Héliotrope

      La Terre est lavée par le soleil.

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      Trackback, trackers et Tac-o-Tac

      Je fais un rétrolien (en rosbif, trackback) vers le billet qui vient d’être publié par Nerik. C’est autant que je n’aurai pas à écrire, et c’est une démonstration, en langage de djeun, de l’arnaque du Tax-o-Tac (je garde le tax, c’était pas fait exprès, parfois mon clavier est plus spirituel que moi).
      Les non financiers (et même les financiers), postez des commentaires chez Nerik, ça m’intéresserait de savoir si ce qu’il dit est clair, limpide, ludique, pour une personne qui n’y connaît pas grand chose au départ. (ouais, je fais du bourdonnemment, pardon, du buzz en rosbif).

      PS : Nerik ne parle pas du tout de trackers, je l’ai mentionné pour l’assonance du titre. Un tracker (ou ETF pour Exchange Traded Fund, « Fonds d’investissement coté en bourse ») est un titre qui suit exactement un indice boursier. Exemple : quand vous achetez un tracker CAC 40, l’argent arrive dans une caisse. Comme beaucoup de personnes achètent des trackers CAC 40, la caisse se remplit de pognon. Le gérant du fonds (le caissier, quoi) investit alors les zilliards de dollars dans les 40 actions du CAC 40, en proportion exacte des proportions des actions composant le CAC 40. Résultat, la valeur de l’argent investi suivra toujours exactement l’évolution des 40 valeurs, donc l’évolution de l’indice CAC 40.

      1. Question : mais pourquoi acheter un tracker, alors que je peux acheter les 40 valeurs du CAC 40 ? Réponse : une seule commission de transaction à payer, au lieu de 40.
      2. Question : et le gérant, il réajuste le portefeuille investi à chaque fois que la composition de l’indice CAC 40 change (noms des sociétés, poids dans l’indice) ? Réponse : oui, et comme c’est fastidieux, on confie ça à des ordinateurs (qui aiment bien le fastidieux) et on vire le gérant, ça fait des économies.
      3. Question : est-ce que ça coûte cher en commission, un tracker ? Réponse : non, il y a beaucoup moins de frais d’entrée et de gestion annuels que pour les Sicav vendues par votre banquier, justement parce que tout est automatisé.
      4. Question : où puis-je trouver plus d’info sur les trackers, notamment leur code (pour en faire acheter par mon banquier) ? Ici par exemple.
      5. Question : quoi d’autre ? Réponse : si vous croyez à l’efficience des marchés, alors il ne faut pas jouer à piocher des actions en croyant être intelligent, il faut juste acheter des trackers…
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      Caillou – La Cruda

      J’ai le cerveau qui a infusé.
      Il baigne dans l’alcool tel un gros glaçon rose
      Qui parfume mes pensées au litchi.

      PS : dans Le guide du voyageur galactique, l’auteur décrit les effets du cocktail le plus foudroyant de la galaxie, L’arrache-boyaux pan galactique, de la manière suivante (de mémoire) :

      quand on boit un arrache-boyaux pan-galactique, on a l’impression d’avoir le cerveau écrabouillé par un lingot d’or entouré d’une rondelle de citron.

      Respect.

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      Caillou – Dieu se fout de nous

      Dieu se fout de nous
      il fait son cinéma sur les nuages
      vient voir qui veut
      mais Dieu n’attend personne pour ses projections.

      PS : caillou rédigé il y a quelques années, un jour de perte, près de chez RZ. Caillou qui entre en résonance avec la citation du jour de Nerik.

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      Tempus fugit

      Tristan Nitot a ses « en vrac », je sens que je vais à mon tour inaugurer un nouveau type de thibillet, qui sera « tous les billets que j’ai en tête ». La plupart des thèmes passeront à la trappe, comme la plupart de ceux que j’avais en tête sont passés à la trappe (temporaire). La vie est courte, et je connais bien la mort, raison de plus pour profiter de la vie.

      • Billet sur « pourquoi un blog » (suite à ça et ça) pour Nerik. (MàJ : ayé)
      • Billet sur « comment employer des ramasseurs de noix de coco sans les payer » (merci à Jean-Yves)
      • Billet sur le dernier Fred Vargas (MàJ : le vlà)
      • Caillou sur l’envers de la cuisine chinoise
      • Billet sur la Malédiction de Brealey-Myers (MàJ : ça, c’est fait)
      • Billet sur le Bukowski que je suis en train de relire (Hollywood)
      • Billet sur « écrire pour des gens qui n’ont pas le temps de lire »
      • Billet sur les singes, qui ont tout compris
      • Billet sur l’efficience des marchés, épisode IV (le retour des padawans à la main coupée)

      Docthib
      qui est bien remonté face à la vie, je vous prends tous d’une seule main, et avec l’autre, je corrige des copies, j’écris des billets, je réponds aux mails, au téléphone, je reçois des étudiant(e)s, je prends des notes ineptes dans des réunions inuits, je gère les psychotiques du train, je rédige des appels d’offres pour de la formation dans des entreprises, j’évangélise les élèves de prépa, je gère 3 assistantes et 15 profs, et 21 654 projets.

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      Dans les transports en commun

      Dans les transports en commun, on est en commun.
      Ce soir, dans un train bien rempli, un gars passe en force (il décroche mon bras de la barre, passe en disant un « pardon » autoritaire), la guitare qu’il porte dans le dos me cogne la tête en passant, hop, ni une ni deux, je repousse la guitare. Il se retourne, et la scène commence. C’est ça l’inconvénient des transports en commun : quand on est serrés, la probabilité d’avoir un fondu dans la rame est assez forte. Ce soir, il était pour moi. En un sens, ça tombait bien (…) j’étais bien fatigué par ces dernières semaines, donc je n’ai pas eu trop de mal à rester stoïque sous l’avalanche des insultes. J’ai tout eu. Ses origines, le fait qu’il est un musicos, que sa guitare a coûté 1 500 euros (réponse : « ma tête vaut plus cher que ça », ambiance), et encore, c’est que la Stratocaster, si ç’avait été la LesPaul, il me démontait sur place, avec ses 25 ans et mes 45 ans (misère, 45 ans…), et que je suis encarté chez Le Pen (et voilà, j’ai le cheveu court – because début de calvitie – et j’aime la bière, hop, je suis catalogué skinhead, misère again…) et que lui, il a eu une sale journée (lui…)
      Au bout d’un moment, dans ce compartiment bondé mais silencieux, je lui explique que c’est très intéressant, mais que j’aimerais retourner à mon livre. Nouvelle logorrhée, mais bon, il bat en retraite à l’étage, tout en m’expliquant mes origines (douteuses), mes tendances politiques (extrêmistes) et ma décrépitude (quadragénaire y media).
      Dans le silence revenu, j’échange quelques regards et quelques mots avec des passagers, et je me replonge dans ma lecture.
      A la station suivante, alors que je m’efface pour laisser passer ceux qui descendent, hop, revoilà notre trublion. En substance « Mec, tu vas pas t’en tirer comme ça, j’ai réfléchi, eh ben là où tu descends, je descends aussi, on va s’expliquer sur le quai, avec tes 45 ans (holà, ça va hein !) t’as pas un coup de poing qui va passer, on va se battre sur les rails » (misère, sur les rails, je suis tombé sur un gars qui a lu La bête humaine…)
      Un passager essaie de le raisonner, mais il s’accroche, il me dit « tu dis plus rien, hein » (ben non, de toute façon, je ne peux pas en placer une, il fait les questions et les réponses, ça me repose). Ma station arrive, je descends, je l’entends qui m’insulte dans mon dos, il me rappelle de loin, m’explique que la prochaine fois, il descendra vraiment et gare à ma gueule, « et tu pourrais te retourner quand je te parle ! »
      Je continue à marcher. Une voix à mes côtés : « Vous inquiétez pas, je le surveille, s’il arrive, je suis avec vous ». Je le regarde, c’est un gars en survêt, à petites lunettes, un anonyme comme moi. Je le remercie, il me répond que c’est normal. On monte ensemble l’escalier vers la sortie, en parlant un peu. En haut, je le remercie à nouveau, il me répond à nouveau que c’est normal, il commence à s’en aller. Je le rappelle : « Avant que vous partiez, j’aimerais vous serrer la main ».
      Je marche dans la rue, fatigué. Une jeune femme me dépasse, le téléphone collé à l’oreille, elle se tourne vite vers moi « Mais la vie est belle quand même… » en me souriant.
      Dans les transports en commun, on est en commun.

      Je rentre, je me débouche une Tsing Tao et je mets le CD de Thomas Fersen, Les ronds de carotte, en attendant la piste 5 : Dans les transports.

      Dans les transports en commun,
      Les filles sont nerveuses.
      Les hommes ont le pied marin
      Et la main baladeuse.
      Sur la banquette
      Où je me jette,
      Je tords, le temps est long,
      Mon ticket de carton…

      Thomas Fersen, Dans les transports, in Les ronds de carotte, Warner Music, 1995.

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      Calcul et chiffres

      Vendredi, c’était mon 100ème billet sur ce blog. J’avais initialement prévu d’en faire un long billet, non pas récapitulatif et glorifiant du passé (c’est bon pour les comptables), mais prévisionnel, anticipatoire et futuriste (n’enseigné-je point la Phinance ?).

      En voici une pseudo-trame squelettique :

      • Liste des lectures que l’on m’a recommandées (cf. commentaires), et que j’ai achetées, ou pas encore, mais pas lues (aucune pour l’instant).
      • Liste des améliorations cosmétiques prévues sur ce blog
      • Liste des améliorations techniques prévues sur ce blog
      • Etat des lieux de quelques réflexions à formaliser (les singes, les licences, et l’écriture)

      Il appert néanmoins que vendredi, j’étais dans une déprime profonde. J’ai donc voulu inverser la vapeur, avec un caillou lumineux. Aujourd’hui, je n’ai pas le peps pour faire la critique du dernier Fred Vargas, je constate que ma cure d’amaigrissement (j’étais arrivé à n’avoir plus que 65 mails dans ma boite de réception) a pris un grand coup de tartiflette : 113 mails à cette minute, et sans compter les mails des mailing listes genre OpenOffice.org ou MBA Exec, qui arrivent directement dans des sous-dossiers.

      L’heure est donc au caillou déprimé (et non peaufiné), un caillou d’un genre particulier : un Calcul.

      Calcul – 113 mails non lus

      petites araignées grasses
      empilées, emboitées dans des lignes d’électrons,
      chiures de mouches sur néons.
      113 sujets à exterminer,
      à noyer sous mes mots-sauterelles
      avant la tombée de la nuit.

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