Lazare revenu des morts

« Les enfants s’égaient à la sortie de l’école comme une volée de pinsons ».
N’importe quoi. A la sortie de l’école, les enfants se tiennent sur le seuil, cherchant le papa la maman la nounou la mère-grand, ou bien ils descendent sagement.
Et pour le train qui arrive en gare ? Les passagers ne s’égaient pas comme des pinsons, non, ce n’est pas vraiment la bonne expression. Ce sont plusieurs files qui s’écoulent sur le quai, ceux qui prennent l’extérieur, ceux qui suivent le flot, en ajustant inconsciemment leur allure par rapport au dos devant eux.
Devant moi, une nuque vraiment mal foutue. Les cheveux virent à gauche et se perdent dans une virgule grasse de Pétrole Hahn au niveau du col. Très mauvais implantation, jeune homme, ça part en vrille, et vos méchouilles gominées qui rebiquent, ça n’arrange pas le tableau. Tiens, changement de file, voilà une vraie nuque de petit soldat, propre, bien rasée, une nuque à relever la France de sa sinistrose. Hop, escalier, la foule dégouline plutôt qu’elle ne descend, magie de la viscosité des fluides. Mais un élément pertubateur dans mon paysage : bon sang, ça n’a même pas 25 ans, nuque rasée aussi, mais pas que la nuque, costard noir, petite serviette en cuir, et ça sautille comme un cabri d’une marche à l’autre. Bon, il va peut être pas relever la France avec son glaive et son bouclier, mais il va mettre une animation dynamique, c’est déjà ça.
Un gros homme avec un gros attaché-case d’auditeur, ce genre de petite valise très large en cuir noir. Probablement un boucher qui transporte deux gigots emballés dans des torchons, le tout camouflé sous une fausse respectabilité (?) de cadre sup. Dès qu’on détournera les yeux, il ira se siffler un petit blanc au comptoir ou bien, serviette à carreaux coincée dans le col, il se tapera une soupe à l’oignon.
C’est lundi matin, c’est Saint-Lazare.

Publié dans Caillou | Marqué avec | Commentaires fermés sur Lazare revenu des morts

Caillou – Traverse

Le quai,
Promontoire qui s’avance
Dans la chevelure des rails.

Publié dans Caillou | Marqué avec | Commentaires fermés sur Caillou – Traverse

Rentrée à l’envers

C’est la rentrée, aussi pour nous, les profs, mais c’est la première année que cela me fait ça : c’est une rentrée qui commence par la fin.
Normalement, on rentre, on prépare ses cours, les cours commencent, on fait des contrôles continus (« partiels »), puis à la fin, on fait des contrôles terminaux, on tient les jurys, on plante certains étudiants, on en félicite d’autres, et hop, le cycle de Krebs continue.
Depuis quelques années, mes rentrées commencent par la fin : on fait un contrôle terminal (le 31 août) ou un contrôle de rattrapage, puis on corrige, puis on tient le jury, et enfin on décide qui va commencer l’année, et qui va repiquer. Je suis sûr qu’il y a des raisons administrativo-divines à cet état de fait, mais commencer par la fin, ça me grisaille la vie. Avant même d’avoir vu un étudiant en cours, il faut rédiger des sujets d’examens (en août) et corriger des copies, c’est comme commencer une soirée par la gueule de bois, et finir par l’apéro…

Publié dans Réflexions | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Rentrée à l’envers

Pensées d’après-vacances 2 : location ou achat ?

Je vais vous parler de ma vie (« ooooh » murmure la foule dépitée), mais je vais aussi vous parler de finance (« aaaaaaah » reprend la foule, respirant comme quand on balance de l’oxygène pur dans les salles de casino à 3h du matin).

  • Cet été, j’ai pris des vacances. Voui. Et j’en avais aussi pris à Pâques. On ne se gêne pas, on a les moyens.
  • Étant donné que ma voiture tient plus de la Smart que de la 306, j’ai loué un monospace pour les vacances : 1 semaine à Pâques, 3 semaines l’été. (On ne se gêne pas, dans la haute finance la haute fonction publique le haut enseignement commercial la haute bourgeoisie chez moi).
  • Le coût total de location de ces 4 semaines, pour un monospace neuf, propre, avec lecteur de CD et plein de petits tiroirs et de trappes partout pour pouvoir planquer des Playmobil et des Polly Pocket, représentait la somme de #### (je dis cela pour ne pas choquer. C’est à peu près le prix d’une centaine de peaux de castor).
  • Or, voilà-t-y pas que j’entends à la radio, juste après Les Grosses Têtes, une publicité « Le monospace Renault Scenic à ## ### ! » Oui, je sais, ce chiffre m’a aussi semblé très alléchant. Mais ledit chiffre (## ###) représentait 11 fois ce que j’avais payé en location pour 4 semaines.

Le calcul est simple. Étant donné que je n’utilise une grosse voiture que 4 semaines par an, cela vaut-ce-t-il la peine de l’acheter ? Réponse : certainement pas, il faudrait 11 ans pour la rentabiliser, et c’est compter sans l’assurance, la maintenance, et la valeur temps de l’argent.

Lors d’une soirée estivale puissamment avinée, Jean-Christophe établissait une analogie avec le marché immobilier en ÃŽle-de-France : selon lui, l’écart entre les prix immobiliers et les loyers est tel qu’il vaut mieux revendre son appartement (si on en a un, sinon, il faut juste acheter un Monopoly) et se mettre à louer. Reste à inclure dans cette réflexion :

  • la valeur de revente (qui pourrait justifier quand même d’acheter dans l’immobilier)
  • les avantages non quantifiables, car non financiers : pouvoir, sur un coup de tête fou, dire « Allez, je vais me remplir 3 caddies chez Carouf », ça sonne comme un homme libre (si, si), tandis que « Allez, je vais aller chez Rent-A-Car pour prendre une chignole dont le coffre contienne plus qu’un I-pod, pour ensuite aller me remplir 3 caddies chez Carouf, puis j’irai rendre la chignole », ça fait moins homme-viril-qui-sait-visser-boulonner-faire-une-vidange-et-formater-le-disque-dur.

Moi je m’en fous, je ne suis pas viril, je fais mes courses en ligne.

Publié dans Finance | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Pensées d’après-vacances 2 : location ou achat ?

Samba et grammaire, c’est pas gagné

J’ai pensé pendant longtemps que dans l’expression et / ou, le  » /  » signifiait aussi et / ou. C’était vertigineux, une mise en abyme à la Borges, ça sonnait comme et / ou = et et / ou ou = et et et / ou ou ou, on aurait dit de la musique brésilienne avec ses accents de cuica. Hélas, ce n’est pas du tout récursif, et la mise en abyme, elle ira se faire voir chez Plumeau :  » /  » signifie « ou », c’est tout.
Eouou, oui, bon, c’est court comme morceau brésilien…

Publié dans Réflexions | Commentaires fermés sur Samba et grammaire, c’est pas gagné

Caillou – Poème composé sur Atari

Tes yeux sont comme de la mousse au chocolat
Tes paupières sont comme un rideau de fer
Ta bouche est ronde comme un abricot
Tes cheveux flottent en l’air
Tu inspire chaque seconde
Et ton souffle sent l’air.

Publié dans Caillou | Marqué avec | Commentaires fermés sur Caillou – Poème composé sur Atari

Chanson triste… et positive

La journée n’est pas fantastique, mais se termine bien (en fait elle n’est pas terminée, j’en suis à la diapo 14 et il y en a 71…). Je me suis battu une bonne partie de la journée pour faire une présentation qui soit pédagogique (air connu, ça fait 14 ans que je retravaille les mêmes docs, ils sont plus polis que des galets, mais je rajoute, j’enlève, pffff).
J’en étais à me dire : « ordi de brenne, OpenOffice de chienlit, web excrémentiel » quand j’ai découvert (via le Standblog) ce vidéo clip.
La chanson est déjà plaisante à mes petites oreilles fatiguées, mais quand je vois qu’avec un bête appareil numérique, un minimum de talent artistique, et Internet, ce petit gars diffuse ses créations à tout le monde (enfin, le monde connecté…), je me dis « la révolution est en marche, camarade ». Tout explose. Les notions de diffusion, valeur, business model, échange, développement, plus rien n’a la même signification. Je comprends que dans certaines entreprises, des gens tremblent, moi aussi je tremble, mais c’est d’excitation : quel beau monde ça pourrait faire…
Une de mes collègues me disait « avant, le développement durable, je n’y croyais pas, je me disais ‘tout ce que je peux faire, c’est une goutte d’eau’. Aujourd’hui, j’agis à mon niveau, car l’océan n’est composé que de gouttes d’eau ». J’aime bien ce vidéo-clip goutte d’eau.
Et je pense que ce que nous vivons est assez unique dans l’histoire de l’humanité (j’y vais franco, hein, c’est un thibillet court).
Donc voilà, comme d’hab j’ai plein de projets, de bonnes résolutions… Et encore une soixantaine de diapos à retravailler.

(Mise à jour, à 00h08 le lendemain : Ayé, fini, flappi. Me mangerais bien une choucroute, là…)

Publié dans Réflexions | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Chanson triste… et positive

Livre lu : Valery Larbaud Enfantines

Offert par mon éditeuse, ce livre (Valery Larbaud, Enfantines, L’imaginaire, Gallimard, 190 p.) rassemble 8 nouvelles écrites par des enfants, ou plutôt, vues par des yeux d’enfants. Et même si on se situe au début du XXème siècle (il y a des domestiques, des calèches), cette vision d’enfants est toujours transposable.

On venait de vider une boite de soldats tout neufs et on les avait alignés sur le trottoir, devant le ministère des Finances.
Valery Larbaud, Enfantines, L’imaginaire, Gallimard, p. 136.

J’ai énormément aimé ce livre, pour quelques raisons simples qui agissent comme des évidences (voire des conseils à toute une génération d’écrivains) :

  • C’est très bien écrit. Le style est celui d’un français soutenu, recherché, mais sans tomber dans le côté littérateur de certains académiciens (je pense par exemple à François Cheng, dont Le dit de Tianyi, qui est pourtant poignant, est à mon avis desservi par une écriture trop « je veux être académicien, je démontre cela dans mes phrases longues et équilibrées »). Quand je lis Valery Larbaud, j’ai une sensation de pureté et d’intelligence.
  • C’est poétique. Je me répète, mais quand un auteur arrive à conjuguer une grande sensibilité personnelle, une capacité à se mettre dans les sentiments de ses personnages, et une grande maîtrise de la langue, cela devient superbe.
  • Et Marcel sent le besoin d’aller raconter son triomphe à tout le jardin. Il sort dans la tiédeur dorée. Mais comme tout est drôle, ce soir ! On a dû jouer aussi là-haut, et on a laissé le ciel en désordre ; et il est ici, tout près, mélangé à la terre. Le ciel est rempli de montagnes jetées les unes sur les autres. Un promontoire, pareil à l’avant d’un grand cuirassé, crève un océan d’or. De hautes falaises sont percées d’interminables canons au bout desquels brille une mer toute mauve.
    Valery Larbaud, Enfantines, L’imaginaire, Gallimard, p. 116.

  • C’est puissamment observé. Il faut plus qu’un regard, ce sont des antennes supra-sensibles qui peuvent capturer, avec autant de justesse, les états d’âmes d’enfants, qui sont bien souvent plus graves que ceux d’adultes. Je ne veux pas en dire trop, car tout cela est très personnel, mais prenons par exemple la rentrée scolaire à la fin des vacances. C’est dans l’air du temps, on le sent dans certains billets de blog ou des commentaires, mais rappelez-vous, ce sentiment poignant quand on avait 8 ans, 10 ans, la première entrée au collège, au lycée, le côté qui nous apparaissait comme inhumain de ces grands lieux gristres, tous ces visages inconnus. Bien sûr, on savait qu’au bout d’une semaine, ces visages deviendraient des prénoms, des amis, et l’on essayait de s’en convaincre bravement. Mais c’était dur, on était trop jeunes, pas assez préparés. C’est tout cela que je retrouve, et encore plus, dans ces Enfantines.
  • Enfin, et surtout, ce livre donne la version des enfants, qui contient son lot de gravité et d’angoisses, mais aussi sa part d’optimisme. Plus que de l’optimisme : un esprit pur, conquérant, qui ne connaît, finalement, que très peu de limites. J’adore, et j’envie, cette pureté, et j’y ressource mon optimisme.
  • Un grand ciel de couchant, plein de longs nuages, l’invite à voyager parmi ses continents et ses îles. C’est le bon Dieu lui-même qui l’accueille et lui ouvre tout grand son grand dimanche. Et Marcel, sans se gêner, vient s’asseoir sur les genoux du bon Dieu, et regarde avec lui les images qu’il trace à mesure dans le ciel.
    – Mon bon Dieu, votre ciel est bien beau, et votre terre aussi n’est pas mal.
    Valery Larbaud, Enfantines, L’imaginaire, Gallimard, p. 120.

Et puis, enfin, une méditation permanente pour le professeur que je suis :

… cette nourriture intellectuelle qu’on nous présentait toute mâchée nous soulevait le coeur. Et puis, enfin, nous n’étions pas des anges pour tout concevoir sans l’aide des sens, pour descendre toujours de l’abstrait au concret. […] Mais ce n’était pas seulement cela. Ce qui nous rebutait le plus dans nos études, c’était l’inutilité de nos travaux. Toujours s’exercer, et ne jamais rien faire.
Valery Larbaud, Enfantines, L’imaginaire, Gallimard, p. 152.

Correspondance : spontanément, je pense à Jules Romains. Normalien, poète, académicien, et contemporain de Larbaud, il écrit aussi avec fluidité, dans une belle langue, les états d’âme d’une population parisienne (Les hommes de bonne volonté, 27 volumes, superbe). Il va même jusqu’à se mettre, avec justesse me semble-t-il, dans la peau du chien Macaire pendant quelques pages. D’octobre 1908 à octobre 1933, on suit une foultitude de personnages, certains meurent (notamment dans l’horreur de Verdun), d’autres tombent en déchéance, certains disparaissent des romans puis réapparaissent, ou pas. Un grand chef d’oeuvre. (malgré ce qu’en dit le paragraphe « Critique » dans l’article de Wikipedia sur Jules Romains. Scrogneugneu, je m’en vais t’éditer ça rapido, moi) (MàJ : c’est fait)

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Livre lu : Valery Larbaud Enfantines

BlogDay2006

Je le vois dans deux blogs amis, je suis même relancé par mail pour participer à cet événement, et pourtant, ça ne me tente pas. Le BlogDay, donc, c’est aujourd’hui, et la règle du jeu, c’est de faire découvrir 5 blogs qu’on a découvert récemment pour faire partager la bonne nouvelle (il faut pointer vers leur site et utiliser un tag Technorati), créer un effet de maillage, j’en sais rien moi, ça doit juste être pour faire un billet de plus.
Cela dit, les deux billets que j’ai lus m’ont donné envie d’aller visiter quelques uns des blogs mentionnés, donc pourquoi pas. Le problème est que je n’ai pas découvert de blogs récemment, je tourne sur ceux que j’apprécie, avec peu de nouveautés. Mais je vais faire un effort. Simplement, contrairement au narrateur de Haute Fidélité, je ne suis pas sûr d’arriver à 5.

(je ne fais pas d’ordre de préférence)

  • Bon pour ton poil. J’en ai déjà parlé, je trouve cet auteur suisse particulièrement savoureux. Je le trouve très drôle, il y a des fois, je ris jusqu’aux larmes (bon, OK, c’était après 3 verres de vin, mais quand même). C’est un blog classique, c’est-à-dire sans véritable thématique, sinon des pensées, des idées floues, des déconnes. Devrait être remboursé par ma sécurité sociale. En plus, il est fortiche, le tyrolien : il a publié son billet sur le BlogDay avec, comme d’hab, son traitement décalé. Pas à dire, c’est bon pour mon poil.

Voilà, c’est tout. Il y a deux catégories de blogs que j’ai fait exprès de ne pas mentionner : 1. les blogs de copains ou de connaissances découvertes au fil de mes lectures sur la toile (cf. ma liste à gauche de cette page + Monsieur Jean, Maviesansmoi, Je lis des journaux etc.) et 2. les blogs informatifs sur la techno et Internet (le Standblog en premier). Et je ne lis pas du tout les blogs des papes de la blogosphère.

Je me disais « comme ça fait pas bézef, une liste d’un seul élément, je vais procéder à un petit surf rapide et informel, pour dénicher des blogs qui m’ont l’air sympa » mais c’est complètement illusoire : comment les trouver ? par mots-clés ? mais quel mot-clé m’intéresse, à part « toi, mon frère humain (j’embrasse aussi les femmes) qui me fais réfléchir, rire ou méditer dans les rues crottées de Paris ».

C’est hallucinant comme ce thibillet est un non-billet. Désolé les gars.

Allez, quand même, une idée qui surgit. Dans les années 80, j’avais lu dans Le Point une nouvelle de l’été dont l’argument était amusant : il existait 10 personnes en France qui étaient « statistiquement parfaites », je veux dire par là, il n’y avait plus besoin de sonder 10 000 personnes, il suffisait de poser la question à ces 10 personnes, et quel que soit le sujet, leur réponse donnait ce que donnerait un sondage sur 10 000 personnes au hasard. Marrant, non ? Bon, après, la nation était en pataquès parce qu’un des 10 avait disparu, ou bien il y en avait qui avait un jumeau inconnu, je ne me souviens plus. Le rapport avec la fondue ? Je me disais « il y a des gens qui lisent 10 000 blogs pour s’informer, moi je recommanderais bien de n’en lire que très peu (1 ?), au hasard, Bon pour ton poil« . Bon sang, ça va lui faire grimper son PageRank sous Google, à ce sympathique helvète (et je suis sûr qu’il s’en tamponne le coquillard avec une patte d’alligator femelle).

Publié dans Blog | Marqué avec , | Commentaires fermés sur BlogDay2006

Caillou ? Calcul ? Douceur…

Le soleil fait une belle herbe verte. Il fait doux dehors, alors l’apéro-dinatoire libanais va être au jardin.
Les drosophiles pullulent dans la cuisine (ben oui, fallait pas ramener des corbeilles de fruits)
Elles se tapent des plongeons dans mon verre de vin, mais
Elles sont trop pétées pour saisir la perche secourable que je leur tends.
Bacchanale d’insectes, il fait nuit, nous continuons à parler.

Publié dans Perso | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Caillou ? Calcul ? Douceur…

E-mail à l’endroit, e-mail à l’envers…

Je suis toujours en over-danaïdes (c’était une batana avant l’heure), mais il y a une différence majeure : j’ai arrêté de me mettre en apnée angoissée, je respire régulièrement, et le monde continue à fonctionner (y compris, et surtout, Babylone).

Je viens de formuler la règle n°17 sur l’e-mail :

  • Tout mail auquel on n’a pas répondu, celui qui reste dans la boite en attente, est un débit.
  • Tout mail auquel on a répondu, ce qui consiste finalement à renvoyer la balle dans le camp de l’adversaire, est un crédit.
  • Les créanciers (ceux à qui je dois des mails) sont impatients, et me relancent régulièrement.
  • Les débiteurs (ceux à qui j’ai répondu) sont le plus souvent silencieux pendant des semaines ou des mois.

Le corollaire de tout cela, c’est encore une fois la valeur temps : répondez dans la minute à un mail, personne ne vous en rendra grâce. Laissez le mail pourrir, répondez après 2 mois, vous serez abondamment remercié. Les intérêts se capitalisent avec le temps, c’est bien connu.

Publié dans Informatique et Internet | Marqué avec , | Commentaires fermés sur E-mail à l’endroit, e-mail à l’envers…

Musique – Tryo – Mamagubida

Oui, je sais, je date, cet album est sorti en 1998, mais je l’avais entendu à l’époque, et d’enthousiasme, je l’avais acheté, et aussi offert à mon beau-frère (celui qui m’a emmené aux urgences dans la nuit de vendredi à samedi, pour un calcul (lithiase) somme toute assez douloureux). J’ai racheté cet album (je l’ai trop prêté, un jour il n’est pas revenu)

Ce soir, je découvre « Babylone ». J’aimais déjà beaucoup « L’hymne de nos campagnes », « Salut ô », « La main verte », « France Telecom », mais peut-être est-ce la soirée, le moment, la nuit, je me trouve en phase avec la douceur combattive de Babylone. Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, mais Babylone, c’est l’apogée du monde occidental, la cité tentaculaire, l’anti-thèse de la liberté selon les rastas.
Quelques exemples:

  • Babylone, tu déconnes, de Bill Deraime, dont je pourrais vous parler des heures (barbu shooté au blues et à la recherche du bonheur, une valeur sûre mais non reconnue)
  • Bob Marley, évidemment
  • Même dans Matrix 2, leur cité de Zion, c’est l’anti-babylone. (cf. Bob Marley « Lion in Zion »)
  • Et puis Tryo

Je voulais vous mettre des mots, des paroles, mais c’est comme « Babylone tu déconnes », ce sont des morceaux qu’il faut écouter, car les mots seuls évoquent peu de choses, tandis que les mots sur une mélodie, ça change tout.
Un de ces jours, je vous ferai une compilation, comme dans Haute Fidélité de Nick Hornby (cf. thibillet précédent), il y aura du Clapton, du Bill Deraime, Chris Rea, et même du JJ Goldman, c’est dire…

En attendant,

Je me tire
(Babylone)
Je me tire
(Faut que je respire)
Je me tire
(Babylone)

Tryo, Babylone, in Mamagubida, Yelen Musiques, 1998.

Publié dans Musique | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Musique – Tryo – Mamagubida

Bac Trac

L’excellent blog Bon pour ton poil donne vraiment envie d’aller passer des vacances au Bhoutan (sérieux). Un pays qui publie des timbres-poste au format de disque microsillons (écoutables) et surtout, qui prône le BNB (bonheur national brut) mérite sincèrement une visite.
Mais ne vous arrêtez pas là. J’aime bien l’histoire romancée de Mickey l’ange, qui commence par

En Italie, y a deux périodes où le bâtiment a bien marché: l’Antiquité, où ils fabriquaient des ruines, et la Renaissance.

Je dis : respect.

Publié dans Hahaha | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Bac Trac

A propos de ce temps…

J’ai deux enfants à garder pendant encore une semaine, et il pleut comme vache qui broute. Soit je décapsule une bière (mais je n’en ai pas), soit je me tire une balle, soit je fais un feu. Je crois que je vais faire un feu.

Par ailleurs, pour mémoire, je me note la liste des thibillets en attente (je mettrai les liens quand j’aurai rédigé) :

  • pensée d’après-vacances : l’efficience des embouteillages
  • pensée d’après-vacances : location ou achat
  • La retraite, ou « est-ce qu’on tous finir à la rue ? »
  • Livre lu : Enfantines, de Valery Larbaud
  • Livre lu : Haute Fidélité, de Nick Hornby
  • Livre difficile à lire : Waltenberg, de Hedi Kadaré
  • Livre lu : Ubuntu, de Caccinolo, Dricot, Markoll
  • Disque écouté : la septième vague, de Laurent Voulzy (et des coïncidences blogiques et batanesques)
  • Actifs immatériels, argent fictif et valeur psychologique, la synthèse absolue (ou, plutôt, une petite anecdote)

Je ne me fais pas trop d’illusions : dans ma précédente liste, il y a encore des billets qui restent à écrire.

Bon, ce feu, il va pas se faire tout seul…
Skritch, pfffu, pfffu, vloufff, clac, pschhhh, ça y est (en théorie). Comme le dit Roland Magdane « Tu te demandes comment des hectares de forêts peuvent partir en fumée à cause d’un petit mégot, tandis qu’avec une boite d’allumettes modèle familial, 10 kg de charbon et 2 litres d’alcool à brûler, je ne peux pas réussir à allumer un barbecue ! »

Publié dans Perso | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur A propos de ce temps…

Batana Republic

Je constate que mes batanas font des émules (non, pas e-Mule) : Da Flan s’y est collé, sans wouiner.

Etant sûr qu’à cette seconde, des zillions de blogs reprennent le flambeau, et que les batanas fleurissent sur la toile comme les oeufs de l’Epeire Diadème dans mon jardin, je m’attaque à une autre rubrique. J’avais une idée, mais pas le mot. Grâce à l’aide de Monsieur Jean, j’ai désormais un mot pour cette bénédiction de fin d’après-midi : la Vespéridienne. Mais il me manque désormais un nom générique, un nom de rubrique.

Je ne suis pas clair, je sais, alors je récapitule : c’est bien de nommer les tracas quotidiens, mais j’aimerais aussi circonscrire les petits bonheurs. J’en ai déjà un, la Vespéridienne. Mais comment nommer ces anti-batanas ?

Je propose (sans être vraiment satisfait) :

  • Solarisettes
  • Minuspuces
  • Tatianas

(j’aime bien Tatiana). Des idées ?

Publié dans Réflexions | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Batana Republic

Veupieu – une veille sous Amazon (ou Fnac.com)

Tous ces vendeurs en ligne, on a l’impression qu’ils maîtrisent parfaitement le marketing direct, en fait, ils ont inventé quantité de choses géniales :

  • « les acheteurs qui ont acheté le livre que vous achetez ont aussi acheté Le Kama-Soutra en dix leçons et Traité de littérature tabagique » et on se dit, « bon sang, je le sentais bien, au fond de moi, que j’étais érotomane fumeux ! »
  • Revendez les livres que vous avez achetés, dont voici la liste : le tuning de la Renault 18 ; Moi, Salvador Dali, gogo-dancer, Métaphysique nucléaire
  • Promo : les DVDs à 0,99 € (Prend l’oseille et fais une soupe, Le gendarme et la CRS, Wolverine contre José Bové…)

Mais il manque un truc gravissime, et ceci est un appel à l’aide. Quelqu’un saurait où je peux trouver un service de veille du genre suivant :

  1. Je remplis une liste d’artistes (compositeurs, auteurs, interprètes) comme Vincent Delerm, Philippe Delerm, Eric Clapton, Alain Ayroles, Coco Robicheaux, Richard Brautigan…
  2. Dès que l’un(e) d’entre eux sort un nouvel album, roman, CD, une BD, je reçois un mail : « Eric Clapton vient de sortir un nouvel album, au prix symbolique de 62 €, par ailleurs, Richard Brautigan s’étant suicidé en 1984, il n’a rien sorti depuis »

C’est bête comme chou, mais on ne peut pas être averti des nouvelles publications des gens qu’on aime. Tout ce qui existe, et ne me suffit en rien, c’est Amazon avec sa page « conseils personnalisés », qui se fonde sur mes achats passés. Mais je change, moi, Monsieur, je me réinvente, je suis lycanthrope et protéiforme !
Bref, si quelqu’un(e) a une idée…

Publié dans Réflexions | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Veupieu – une veille sous Amazon (ou Fnac.com)

Maledizzione !!!

Je viens encore de pleuper, ça m’énerve…
Et non, la cancoillotte à l’ail n’est pas en cause, elle était loin, c’est quand ma tête s’est approchée de la hotte que j’ai pleupé.

Publié dans Batana | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Maledizzione !!!

Batana – Hragleu

Voici la batana des vacances.

Hragleu : n.m. (prononcer « hragleu », en insistant sur le r haché, ou le h airé – suivant l’état dans lequel le hragleu vous a laissé) Morceau de jambon cru, ou de saucisson, consciencieusement mâché, dont on avale la moitié, laissant l’autre moitié en bouche, les deux moitiés (bouche et oesophage) étant hélas encore reliées par un fil, une fibre, un nerf. Hragleu, hragleu, hragleu.

Publié dans Batana | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Batana – Hragleu

Pensées d’après-vacances 1 : check-list location

Voici, en l’état actuel, la check-list de ma location de vacances idéale (liste à augmenter probablement au fil du temps) :

  • être près de la mer (pour la mer et le poisson frais et les fruits de mer)
  • pouvoir tout faire à vélo (plage, courses, gogo dance au Macumba)
  • être loin des voisins i.e. avoir un terrain suffisamment grand pour éviter autant que possible la proximité de locataires qui ont soit des horaires incompatibles, soit un volume sonore incompatible.
  • vérifier très vite que la literie est correcte (et non pas, au hasard, un vieux clic-clac sur 120 cm avec un matelas de 140 cm qui repose sur des poufs et des bûches.)
  • être proche d’un mini centre-ville civilisé : 2-3 restaus, glaciers, et surtout, une maison de la presse ou un bouquiniste.
  • Partir avec des vrais amis, qu’on peut supporter et qui peuvent nous supporter. Recette pour identifier des vrais amis qui peuvent nous supporter et qu’on peut supporter : partir en vacances avec eux, et voir.

Petit jeu de l’été : quelles conditions étaient réunies cette fois-ci ?

Choses à ne pas oublier :

  • ma cafetière italienne 10 tasses
  • une prise multiple
Publié dans Perso | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Pensées d’après-vacances 1 : check-list location

Les multiples, et la valeur du temps : quelques clés (haha)

De retour de vacances, je constate que le canon de ma serrure est coincé. Bon. J’appelle plusieurs serruriers, et ne tombe que sur des répondeurs (21 août, St Christophe), ou sur un gars qui dit « on ne fait pas ça » et puis enfin, un gars qui dit « OK, je vous appelle à 13h s’il passe à 14h, sinon demain ».

Il passe sans avoir appelé, c’est classique. Il démonte, il inspecte, et me propose un devis de 463 euros, rien que ça. La situation est classique : le client (moi) pas bricoleur (re-moi) se retrouve avec un gars qui propose de faire ça immédiatement (soulagement), un éparpillement de petites pièces (canon, morfase, enflougage, doirillons) sur le plancher et une serrure qui ressemble à l’Aiguille Creuse. Mais le hic, c’est que la barrière à l’entrée est élevée : 463 euros, c’est 2 fois le prix d’une batterie d’ordinateur qui dure 8h…

J’y dis donc : « C’est énorme, c’est impossible, je vais y réfléchir ». Lui utilise évidemment les arguments de Microsoft (FUD pour Fear Uncertainty Doubt) en soulignant le caractère inquiétant d’une maison dont la porte ne peut être fermée à clé, je reste inflexible. Alors vient le tango bien orchestré, la valse-hésitation, un pas j’avance, deux pas je recule, et lui et moi exécutons nos pas en se demandant qui conduit :
– (lui) Mais vous avez besoin d’une facture ?
– (moi) Ce ne sont pas 5,5% de TVA de différence qui vont changer le prix exorbitant…
– (lui) Non, non, euh, ça pourrait être moitié prix.
– (moi, mentalement : ça équivaut à une batterie d’ordinateur portable avec 8h d’autonomie, rha, je la veux je la veux) Non, non, c’est pas possible, je vais y réfléchir.
– (lui) Mais quel était votre budget ?

Je vous le fais courte : au final, je paie 50 euros TTC, avec une facture.

En dehors de ma satisfaction personnelle, j’en viens à quelques constatations.

  • Le multiple entre prix initial et prix finalement payé est de 9,26. Et encore, peut-être que je pouvais l’emporter à 30 euros… C’est dire que je vaux 9,26 français moyens, je m’en doutais un peu, mais là, j’en ai la preuve quantifiée.
  • Il se peut aussi que la valeur temps de l’argent soit différente pour ce serrurier et pour moi : il refusait d’attendre 24h de réflexion pour toucher 463 euros, et préférait 50 euros tout de suite. Cela représente un taux d’intérêt de 826% par jour, et je ne peux pas calculer le taux équivalent annuel correspondant : mon tableur refuse d’afficher les nombres ayant plus de 300 chiffres. C’est dire que la valeur du temps, pour mon serrurier, c’est vachement du sérieux.
  • Je me félicite enfin d’être abonné à Que Choisir (allez-y, moquez-vous de moi), qui m’a bien préparé à ce genre de situation. Un jour, je lirai même ce livre sur la négociation que j’ai entamé il y a 4 mois. Et comme je suis bien préparé, j’ai même conservé le devis initial à 463 euros, au cas où le patron du gars me chercherait des noises. A défaut, je l’encadrerai à côté de la porte (le devis, pas le patron).
Publié dans Finance | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Les multiples, et la valeur du temps : quelques clés (haha)

Livre lu : Ernesto Che Guevara Journal de Bolivie

De Che Guevara, je ne connaissais que ce que tout le monde en connaît : l’icône révolutionnaire sur des posters et des T-shirts, le compagnon de Fidel Castro qui était parti pour un ultime baroud tandis que le Lider Maximo restait tranquillement à Cuba, et le théoricien de la guerilla.

Je n’avais rien lu de Che Guevara, mais en étant convaincu qu’un jour, il faudrait que je m’y colle : l’homme m’intéressait, et l’icône me semblait en même temps attirante et trop simpliste.

La préface de ce livre (Ernesto Che Guevara, Journal de Bolivie, La Découverte / Poche, 1997, 310 p.), rédigée par François Maspero, permet de rétablir cet ouvrage dans son originalité :

  • Ce ne sont que des notes de voyage, rédigées sur un agenda, qui s’arrêtent deux jours avant l’exécution de Che Guevara. Il ne s’agit donc pas d’un récit détaillé, encore moins de réflexions révolutionnaires ou techniques. Comme le souligne Maspero, il est paradoxal que ce journal, le moins approfondi de tous les écrits de Che Guevara, ait été le document le plus lu (ce qui est excusable) et ait éclipsé les autres écrits (ce qui l’est moins).
  • Cela tient au statut très marketing de Che Guevara : un intellectuel engagé dans la lutte armée, avec un idéal révolutionnaire, mais avant tout humain. Oui, de ce point de vue, Lénine n’est pas loin, et Fidel Castro illustre ce qu’aurait pu devenir Che Guevara s’il avait survécu (nous y reviendrons). Comme le souligne François Maspero, l’homme Che Guevara a été transformé en image simpliste, voire détournée.

Mais il n’y a pas grand chose de tout cela dans ces carnets, car ce sont des carnets de route : l’idéologie, Che Guevara l’avait bien en tête, donc il n’avait pas besoin de la noter ; en revanche, les faits, la succession des événements triviaux et des jours identiques, le Che devait les noter pour rédiger, plus tard, un livre, comme il l’avait déjà fait pour d’autres de ses guerillas.

Il y a dans ces carnets 11 mois de guerilla. 11 mois, qui se lisent très rapidement, chaque journée tenant en une demi-page, une poignée de paragraphes. Le contenu de cette guerilla est très loin de ce que j’imaginais. J’en avais une image d’Epinal en tête : la vérité est même encore plus prosaïque, puisque ma perception du phénomène venait de Tintin et les Picaros.

  • J’imaginais donc que la guerilla se déroulait à partir d’un camp de base, soigneusement caché, constitué de tentes, de latrines, de feux de camps ;
  • Que les troupes, nombreuses, se déplaçaient en camions après que des éclaireurs aient établi des objectifs, des cibles ;
  • Que des parachutages réguliers, ainsi que des liaisons radio au moins quotidiennes, assuraient une logistique organisée ;
  • Enfin, que le soutien de la population locale assurait une grande clandestinité.

Évidemment, si je souligne tout cela, c’est pour accentuer le décalage avec la réalité : la petite troupe (à peine une dizaine au début) se déplace essentiellement à pied, avec des macheteros qui ouvrent le chemin dans la jungle. Certaines journées sont littéralement perdues en allers-retours. Les cartes sont très inexactes, les torrents ne sont pas au bon endroit, ou pas indiqués. Or, l’eau est indispensable pour survivre. La traversée des rivières ou torrents se fait par radeaux, bâtis sur place, souvent de qualité insuffisante. Aucun parachutage, et dans le cas de cet ouvrage, une radio qui ne peut plus émettre, seulement recevoir. Bref, un isolement miséreux, et une troupe en permanence en mouvement. Certains jours se passent sans manger, ou taraudés par la fièvre, les coliques ou l’épuisement. Le Che lui-même souffrait d’asthme, qui va en empirant à partir du moment où les médicaments viennent à manquer. Quant à la zone choisie, elle est touffue, montagneuse, et assez isolée. Les paysans sont terrorisés par l’armée, peu coopératifs, et attirés par les récompenses de dénonciations.

Malgré tout cela, ce petit groupe de guerilleros organise des embuscades, fait des prisonniers (et des morts, évidemment), et obtient un retentissement dans la presse et sur les ondes. L’arrestation de Régis Debray, et son procès, entretiennent un battage médiatique. Je cite

Le battage de l’affaire Debray a donné plus de valeur guerrière à notre mouvement que dix combats victorieux.
Ernesto Che Guevara, Journal de Bolivie, La Découverte / Poche, 1997, p. 191.

Après coup, on perçoit ce que cette tentative avait de désespéré : manque de soutien réel de Cuba, choix discutable de la région des opérations, manque de communication. Mais sur place, dans l’enchaînement des événements, tout devient plus flou. Tout est une question d’hommes, de respect (et souvent, de non-respect) des consignes, et aussi de chance, ou de malchance. Un peu plus de celle-ci, un peu moins de celle-là, et l’histoire aurait été écrite autrement. Pour preuve, comme le rappelle Fidel Castro dans son introduction

Le Che savait, de par son expérience cubaine, combien de fois notre petit groupe guérillero avait été sur le point d’être exterminé. Si c’était arrivé, ce n’eût été dû, presque uniquement, qu’aux hasards, aux impondérables, de la guerre.
(Idem, p. 61)

Et la guerilla de Cuba a duré 25 mois, contre moins d’une année pour celle de Bolivie.

Je retiens de cette lecture plusieurs interrogations, et une envie d’aller plus loin.

  1. Le rôle des États-Unis. Il semble indiscutable que les États-Unis sont arrivés en renfort du gouvernement bolivien pour lutter contre les guerilleros (octroi de subventions, envoi de conseillers et d’agents spéciaux, le tout sans s’afficher trop clairement). La raison évoquée est claire, aussi : prévenir, limiter, empêcher le développement d’autres Cuba, et l’expansion du communisme. Sur ce communisme, il y aurait probablement beaucoup à dire, puisque au moins dans ces années-là il est éloigné du communisme dogmatique et canonique de l’URSS, vraie cible des États-Unis. C’est un communisme (je cite la préface de François Maspero, et l’introduction à ce journal, rédigée en mai 1968 par Fidel Castro) qui tient plus de l’empirisme que de la théorie, et qui est fondé, centré, sur l’être humain, lequel doit changer son système de valeurs et d’intérêts, bref, se reconstruire. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est de savoir si l’ingérence des États-Unis à cette époque est différente de leur discours actuel. En bref, Che Guevara était-il considéré comme un terroriste, et comme faisant partie de l’Axe du Mal ? Était-il perçu (j’entends, par les États-Unis) comme un nouveau Lénine, ou plutôt un Pancho Vila local ?
  2. Que reste-t-il 40 ans après la mort du Che ? Entre un Fidel Castro hospitalisé, ayant transmis les rênes du pouvoir (ou plutôt, de sa dictature) à son frère Raul (Libé du 2 août), un blocus américain qui laisse Cuba économiquement exsangue, et des pays d’amérique centrale et du sud qui peinent à trouver une alliance économique, on est loin du rêve transnational du début (le Che était argentin, il s’est rendu célèbre à Cuba et est mort en Bolivie, accompagné de péruviens, cubains et boliviens). Cela m’intéresserait de suivre l’évolution économique de cette région, qui a récemment basculé à gauche, et de me documenter plus sur ce sous-commandant Marcos.
  3. Qui était l’homme « Che Guevara » ? Avant de lire les écrits plus construits qu’il a laissés, je suis tombé sur ce journal, dans une maison de location où je passe. Ce compte-rendu de ses derniers mois, qui s’interrompt la veille de sa capture, et deux jours avant son exécution, montre un homme intelligent, lucide, très volontaire, qui se bat autant avec les éléments qu’avec ses compagnons, et avec lui-même. Même s’il n’entre pas dans le détail, il mentionne beaucoup de discussions, formations, petits cours qu’il administre le soir à ses camarades. Lors de fautes, de mauvais comportements, il confronte les protagonistes, leur explique les enjeux, la nécessité de se serrer les coudes, bref, il travaille beaucoup plus avec le verbe et l’argumentation qu’avec la cravache et la consigne. Par ailleurs, même si le format de ce journal ne se prête pas à une écriture personnelle (ce n’en est d’ailleurs pas le but), on voit un Che Guevara qui note à telle ou telle date les anniversaires de ses proches, et qui dit (et je conclurai là-dessus, c’est je crois la seule citation « à titre personnel » qu’il fasse) :
  4. 14 juin 1967
    […] Me voici arrivé à trente-neuf ans et je vais inexorablement vers un âge qui me donne à réfléchir sur mon avenir de guérillero ; pour l’instant, je suis « entier ».
    Ernesto Che Guevara, Journal de Bolivie, La Découverte / Poche, 1997, p. 198.

Publié dans Livres | Commentaires fermés sur Livre lu : Ernesto Che Guevara Journal de Bolivie

Thermocline

La thermocline est la ligne de séparation des températures, sous l’eau, en plongée. Quand on la passe en descente, brrrou, on glaglate, quand on la passe en remontée, on se dit « royal, un bain chaud ».

Je cherche un terme équivalent, pour un antonyme de batana, dont voici la définition :

xxxx, n. f. En été, il fait frais le matin. Alors on ferme vite les fenêtres et les volets et là, dans cette pénombre fraiche, tel le hanneton derrière ses élytres, on attend le soir. Mais la journée passe, et l’intérieur se réchauffe. Dehors c’est la fournaise, dedans c’est tiède. Puis vient l’heure où, en entrouvrant une fenêtre, on se dit « tiens, il fait plus frais dehors ». Alors on crée un courant salutaire, pour remplacer le tiède air fétide du dedans par la brise douce du dehors. Cette heure où tout bascule, cette thermocline aérienne, s’appelle xxxx.

Je propose mérifraiche, endoxone, invertitude. J’aime bien mérifraiche. Qu’en pensez-vous, les rares survivants ? (que je ne lirai que dans deux semaines, sauf couverture wifi de mon camping des flots bleus, ce dont je doute).

Publié dans Réflexions | Commentaires fermés sur Thermocline

Règle n° 47 de l’été

Quand on sort les deux dernières bières du frigo,
Réapprovisionner immédiatement.

(comme dit l’Oncle Jules dans La gloire de mon père, « Malheureux, dès qu’on a tiré, il faut recharrrger ! »)

Publié dans Perso | Commentaires fermés sur Règle n° 47 de l’été

Message de service

Fin de nos émissions. Vous pouvez rester à l’antenne, au cas improbable, mais pas impossible où un signal intermittent serait émis. Ou vous pouvez vous repasser les extraits passés, ou encore changer de fréquence. Mais revenez, par pitié…

Publié dans Blog | Marqué avec | Commentaires fermés sur Message de service

Et dire…

Et dire que je n’ai toujours pas vu OSS 117, ni X-Men 3. Il ne doit plus y avoir aucun cinéma qui passe encore ces pellicules antédiluviennes d’il y a quelques mois…

Publié dans Perso | Marqué avec | Commentaires fermés sur Et dire…

Confort vs. Esthétique

Je déteste ces tongs que portent les filles l’été, en pleine ville,
démarche en pattes de canard,
clac-clac dans les escaliers
schlip-schlip sur l’asphalte.

Publié dans Réflexions | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Confort vs. Esthétique

L’oeil graphique

Lundi, pour la première fois, j’ai emporté mon appareil numérique pour aller au boulot. Cela change la vie. On a l’oeil graphique : on regarde mieux, tout, à l’affût de toute géométrie, construction, idée, mise en scène que l’on pourrait capturer, figer sur le capteur numérique. Il y a quelques années, j’avais formulé et mis en pratique un aphorisme qui était On regarde souvent ses pieds, on ne regarde jamais en l’air. Depuis, je regarde souvent vers le ciel, on découvre toutes sortes de choses qui nous surplombent, des trucs sur des toits, des fenêtres ouvertes, sans parler des nuages. Il y a un dicton aux échecs qui dit si tu ne sais pas quoi jouer, joue tes cavaliers. Mon diction serait Si tu ne sais pas quoi regarder, regarde les nuages.

Avoir l’oeil graphique, c’est regarder mieux, ne plus se contenter de voir passivement, mais rechercher activement ce qui pourrait mériter une (bonne) photo. Évidemment, j’en ai déjà parlé avec plusieurs ami(e)s, on peut facilement tomber dans la compulsion :

  • tout regarder à travers un cadrage mental
  • trafiquer la réalité, déranger la nature
  • ne plus regarder vraiment, et ne découvrir ce qu’on a « vu » qu’au moment où l’on visualise les photos

Bref, trop d’oeil graphique tue l’oeil graphique. Je n’en suis pas encore là, heureusement.

Publié dans Photo | Marqué avec , | Commentaires fermés sur L’oeil graphique

Livre lu Andrea Camilleri : la démission de Montalbano

Rien à signaler. J’ai déjà dit le bien que je pensais de cet écrivain et de son héros. J’aime bien, dans La démission de Montalbano (Pocket, n° 12 473, 2005, 340 p.) le fait que ce soit une succession de nouvelles (comme cet autre recueil, La peur de Montalbano), j’apprécie toujours autant les sicilianismes très subtilement traduits par Serge Quadruppani, les états d’humeur (souvent noire) du commissaire, ou les délires verbaux de Catarella. Mais j’aimerais bien qu’Andrea Camilleri nous mette un peu plus de bonne nourriture, des plats, des descriptions, je sens que ça s’essouffle un peu par rapport à la grande époque. Cela dit, il se rattrape avec Les arancini de Montalbano, intrigue où Montalbano a 24h pour jouer les Jack Bauer, sinon un plat d’arancini va lui passer sous le nez.

Pas de citation.

Correspondances : déjà faites. Mais depuis que Camilleri m’en parle, je vais peut-être tester un jour les écrits de Sciascia.

Publié dans Livres | Marqué avec | 3 commentaires

Livre lu Herman Melville : Moi et ma cheminée

D’Herman Melville, j’ai lu deux ou trois fois Moby Dick, superbe roman et quête furieuse du Capitaine Achab, et deux ou trois fois Bartleby, qui est probablement pour moi LA nouvelle. J’avais cité « une intrigue à la Paul Auster », car il me semble que La chambre dérobée, dudit Paul Auster (dans Trilogie New Yorkaise) reprend un peu le même thème.

Bref, cette fois-ci, il s’agit de Moi et ma cheminée (Seuil, R140 hors commerce, 1984, 160 p.). Ces trois courts récits sont intialement parus entre 1854 et 1856 dans des revues, et n’ont été traduits en français qu’en 1984.

Pourquoi ai-je acheté ce livre ? Parce que Philippe Delerm en parlait dans Mr. Mouse ou la métaphysique du terrier, en citant les premiers mots de Moi et ma cheminée, que je vous cite à nouveau :

Moi et ma cheminée, tête grise et vieux fumeurs, nous habitons à la campagne. J’ose même dire que nous y devenons d’authentiques autochtones ; et particulièrement ma cheminée qui s’y enfonce un peu plus chaque jour.
Herman Melville, Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 21.

Ce livre m’a énormément plu, par ce que j’y ai retrouvé de style Melvillien, mélange difficilement imitable d’humour flegmatique, d’observations humaines et de maîtrise parfaite de la langue et des constructions de phrases. Lire du Melville, c’est presque comme lire du Jules Romains : on a l’impression d’être intelligent, et l’humour est toujours sous-jacent.

…je commençai par mener Monsieur Scribe à la cave, à la racine de toute l’affaire. Lampe en main, je l’y précédai : car si, en haut de l’escalier, il était midi, en bas c’était la nuit.
On se serait cru dans les pyramides ; et moi, levant haut ma lampe d’une main et désignant de l’autre, dans l’obscurité, la masse de la cheminée blanchie par la vieillesse, je ressemblais à un guide arabe montrant les vétustes poussières du mausolée du grand dieu Apis.
Herman Melville, Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 63-64.

Et puis on y trouve une sagesse que j’aurai peut-être un jour, sur le tard, quand je me serai débarrassé de ma pharmacodépendance aux fils RSS, e-mails et autres nouveautés papillonnantes qui découpent certaines de mes journées en zapping permanent.

Vieux moi-même, je suis sensible à l’ancienneté des choses ; et c’est pourquoi principalement j’aime le vieux Montaigne, le vieux fromage et le vin vieux ; pourquoi j’évite la jeunesse, les petits pains chauds, les livres à la mode et les pommes de terre nouvelles.
Herman Melville, Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 51.

Correspondances : Je pense que, qui aime Herman Melville aime John Steinbeck, et réciproquement. Les deux auteurs sont américains, ils ont oscillé entre des oeuvres profondes, mystiques ou métaphysiques, et des amusettes, des textes courts, qui ne sont pas inférieurs en qualité pour moi. Ces textes servent au contraire à souligner l’exceptionnel travail humain d’observation de leurs semblables, qu’ils appliquent leurs observations à écrire des pavés comme Moby Dick ou Les raisins de la colère, ou des récits plus courts et plus légers comme Moi et ma cheminée ou Rue de la sardine.

[Jimmy Rose] était par nature un homme à femmes. Et comme la plupart des profonds adorateurs du beau sexe, il n’avait jamais aliéné sa liberté de s’adonner au culte général, en accomplissant le sacrifice volontaire de sa personne sur l’autel.
Herman Melville, Jimmy Rose, in Moi et ma cheminée, Seuil, R140 hors commerce, 1984, p. 108.

Publié dans Livres | Marqué avec , | 2 commentaires

Livre lu Philippe Labro : Franz & Clara

Dans son écriture fluide, Philippe Labro est facile à lire. J’ai lu Franz & Clara (Albin Michel, juin 2006, 190 p.) en deux heures, ou moins. C’était un cadeau, et je pense que je ne l’aurais pas lu (encore moins acheté) s’il ne m’avait pas été offert.

Cela dit, une fois cette descente en flammes faite, Philippe Labro écrit bien, et tant qu’à écrire fluide, il évite au moins les rodomontades d’un Alexandre Jardin. L’histoire qu’il décrit, vue essentiellement par les yeux d’une violoniste de 20, puis 30 ans, parle d’amour et de coeur brisé, d’enfance et de philosophie de la vie. Sa rencontre avec Franz (un enfant de 12 ans) agit en même temps comme un calmant, et comme un catalyseur d’une nouvelle existence. J’aime bien ce thème du phénix, dont il faudra que je vous reparle. Leurs dialogues tiennent de la philosophie de la vie. C’est, finalement, un livre qui a peut-être autant de profondeur, sinon plus, que L’Alchimiste, de Paulo Coelho. Mais ça ne veut pas dire grand chose : je n’avais pas tellement aimé ce livre. Mes amis me disaient « ce livre a changé ma perception de la vie » et je répondais « oui, m’enfin, c’est juste un gars qui a réécrit Le Petit Prince pour des adultes… »

Pas de citation.

Pas de correspondance, sinon une correspondance générale : tous ces auteurs grisonnants, parfois académiciens, qui publient sous de belles couvertures des histoires d’enfance, de femmes, de bonheur de vivre et de menus incidents. On est loin de Jack London…

Publié dans Livres | Marqué avec | Commentaires fermés sur Livre lu Philippe Labro : Franz & Clara

Pensées du 20 juillet 2006

Je profite d’un trajet en train pour mettre à jour mes pensées, et comme je pense à vous, mes lecteurs chéris, je vous livre dans les billets qui vont suivre une mise à jour, ainsi que du stock de victuailles, avant de vous la souhaiter bien belle, et de me taire pendant plusieurs semaines (probablement à partir de la dernière semaine de juillet, assurément les 3 premières semaines d’août, et peut-être aussi la 4ème). Vous voilà prévenus.
Si vous avez des fringales de lectures, allez sur les blogs des commentateurs, regardez les blogs qu’ils lisent, et back-lisez les messages (vous pouvez aussi tester les produits délirants, comme la broche à guimauve rotative). On trouve des merveilles, par exemple je viens de découvrir Bon pour ton poil (grâce au blog de Mitternacht), qui est un joyeux délire très bien écrit. Je pourrais presque écrire ça, si j’étais plus doué. C’est dire…

Publié dans Blog | Marqué avec | Commentaires fermés sur Pensées du 20 juillet 2006

Lithochromie Tondu

Après la douche,
Tout était en épis,
indisciplinés, tout fouillis.

Bourdonnement de la tondeuse,
Qui crée des coupes claires,
Abeille à mandibules
Qui rumine des follicules.

Nouvelle liberté désormais.

Après le rosé du soir,
C’est la rosée du petit matin.

Mes pensées s’évaporent sans effort
Comme des brouillards champêtres.

Publié dans Caillou | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Lithochromie Tondu

Lithochromie

On se dit d’abord :
– Ah ouais, c’est intelligent, il est en train de peindre la porte par laquelle il pourra sortir…

Et puis on se demande :
– Mais où se tenait-il, quand il peignait le balcon ?

Publié dans Photo | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Lithochromie

Batana Emmorfiler (s’)

Dans la rubrique batana, je veux celle qui arrive quand il fait beau, chaud, et qu’on n’aime pas tuer les araignées.

S’emmorfiler : V. t. En marchant, se prendre une toile d’araignée sur le visage.

Publié dans Batana | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Batana Emmorfiler (s’)

Livre lu Gustav Meyrink : Le Golem

J’ai mis du temps à lire ce livre, dense et poétique, mystique et romanesque. Le Golem, de Gustav Meyrink (Stock, collection Bibliothèque cosmopolite, 330 p.) se situe dans le ghetto de Prague, et joue avec les personnages, les identités, et la mystique. C’est un roman très agréable à lire, parce que mystérieux : dans les différentes intrigues (drame, roman d’amour, quête spirituelle…) il y a toujours une intrigue « terre à terre » qui nous maintient en éveil, tandis que, par bribes, les autres intrigues surgissent ou se dénouent.

Correspondances : elles sont multiples. Le héros me fait penser au Robert Pirsig du Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, un homme sans passé, sans souvenirs, qui essaie prudemment de retrouver celui qu’il était… sans redevenir fou.

En même temps, il y a une grande poésie dans ce roman :

Dans la neige bleuie par la nuit, je descendis en ville. Les réverbères me dévisageaient avec des yeux clignotant de surprise et des sapins entassés en monceaux sortaient mille petites voix qui parlaient de clinquants, de noix argentées et de Noël proche.
Gustav Meyrink, Le Golem, Stock, 2005, p. 101.

Et cette poésie, ainsi que cette ambiance de ghetto juif, me font penser à Erri de Luca, dans Montedidio :

« Lui avec les pensées, il fait comme avec les chaussures, il les retourne sur sa caisse et les répare. »
Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, 2002, p. 151.

Et quand le narrateur a passé une après-midi avec une femme dont il est devenu amoureux :

L’éclat d’un court après-midi avait fait de moi et pour toujours un étranger dans mon propre logis.
Quelques semaines, peut-être même quelques jours seulement et le bonheur sera passé sans rien laisser derrière lui qu’un beau souvenir douloureux.
Et alors ?
Alors j’étais sans asile ici et là, sur l’un et l’autre bord de la rivière.
Gustav Meyrink, Le Golem, Stock, 2005, p. 208.

Enfin, quand ils parlent de kabbale, j’y retrouve des accents d’Albert Cohen (Les Valeureux, Mangeclous, Solal) du côté éclairé, et de Lawrence Durrell (Le Quatuor d’Alexandrie) pour le côté plus obscur, ou mystique (qui sait encore ce qu’est un boustrophédon ?)

Et pour finir :

Le passeur me fait traverser la Moldau sur son bachot […]
« Je vous dois combien, Monsieur Tschamrda ?
– Un kreutzer. Si vous m’aviez aidé à ramer, ça vous aurait coûté deux kreutzers ».
Gustav Meyrink, Le Golem, Stock, 2005, p. 323.

Publié dans Livres | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Livre lu Gustav Meyrink : Le Golem

Tisane d’été

Publié dans Photo | Marqué avec | Commentaires fermés sur Tisane d’été

Bratatatata !

Il y avait la Mésopotamie, l’Exopotamie explorée par Boris Vian, on a désormais la Mésothérapie. ça fait bratata dans les lombaires, à coups de petites aiguilles piquantes, et c’est censé faire passer le lumbago.

Rencontre avec un médecin sympathique, parce que débonnaire et catégorique dans son côté non catégorique.

– L’acupuncture ? ça marche, mais on ne sait pas comment ça marche. Tenez, un exemple, le lumbago, c’est inexpliqué. Des chercheurs découpent des petits bouts, de plus en plus fins, pour leur recherche, mais le lumbago, c’est du global, de la tête, du corps, on ne sait pas.

Et dans une veine différente (je dis veine, c’est une image, la mésothérapie est intradermique) :

– Courir ? ça ne fait pas maigrir…
– Ah.
– Bon, cela dit, c’est bon pour la santé, hein, mais pour maigrir, c’est pas ça…
– Ah.
– Il faut pas manger de pain.
– Ah.
– Pas de fromage.
– Ah.
– Pas boire d’alcool.
– Ah.

Tiens, et un malheur n’arrivant jamais seul, je prends quelques jours, là. C’est Madrid, avec sa cuisine à l’huile d’olive, ses cañas fraiches et ses Riojas fruités. Et pour le jogging, y fait trop chaud, pas possible. D’autant plus qu’après un lumbago, le repos à l’ombre est primordial.
Hasta la vista, muchachos.

Publié dans Perso | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Bratatatata !

Listes

Cela entre en double contradiction (au moins) avec mon thibillet précédent, mais je suis en train de travailler sur mon petit portable, celui que j’adore, il commence à être lent, mais je l’avais surnommé Rolls-Mops, et il l’est toujours dans mon esprit.

Mais ce n’est pas un portable que j’utilise souvent. Uniquement quand je veux me mettre au soleil, quand je ne peux pas utiliser un des deux autres ordinateurs que j’ai achetés (Lulabelle et Bombinette), ou que j’ai un lumbago.

Bref, je n’utilise pas souvent Rolls-Mops, et j’utilise encore moins souvent la barre de recherche de Yahoo! France. Mais j’utilise quotidiennement Mozilla Firefox, ce petit chéri de renard-panda rouge (j’en ai vu un en vrai) qui se faufile dans les pages web avec l’éclair ultraluminique de sa queue incandescente.
Or Firefox, le goupil susdit, garde en mémoire mes recherches passées.
Donc je retrouve là, tout de suite, en attendant que mon riz basmati soit cuit, une liste de mes précédentes requêtes sous la barre de recherche de Yahoo! France (Rappel : outil que j’utilise très rarement, sur un ordinateur que j’utilise rarement). Le résultat est là :

  1. Bodie Merton
  2. Thibierge
  3. aubenas
  4. cinéma Asnières
  5. cinéma Colombes
  6. foie de lotte
  7. minneapolis
  8. minnéapolis
  9. neige
  10. obligations

C’est pas du psychédélique, ça ? Syd Barrett, dans son paradis artificiel, doit en faire des loopings…

Et une autre liste, celle de ma dernière commande de livres sur PriceMinister :

  • Le Hameau, Jean Giono
  • Ennemonde et autres caractères, Jean Giono
  • Fragments d’un Paradis, Jean Giono (dans la délectable collection de L’imaginaire, Gallimard)
  • Bouddhisme, Taoïsme et Zen, écrit par un gars
  • Ma cheminée et moi, Herman Melville (auteur admirable, pour Moby Dick et Bartleby une intrigue à la Paul Auster et redécouvert avec Philippe Delerm, et le tragique Pour saluer Melville de Giono)

Sans parler de la dizaine de livres qui m’attend sur l’étagère « Flâneries et autres appétits » d’une de mes bibliothèques. Allez, je les vois de loin (je suis couché sur le canapé, et je ne sais pas qui je dois remercier, le Diantalvic génériqué ou le Côte du Rhône propriétaire, pour l’oubli temporaire de mon lumbago), je peux citer :

  • deux Dennis Lehane, dont Mystic River
  • un Anna Gavalda (Ensemble c’est tout)
  • un livre intitulé Désintégration sur la volonté d’un jeune beur (3ème génération ?) de ne plus s’intégrer
  • Un Philippe Delerm (Garonne)
  • Une pièce de théâtre de Marcel Pagnol (Judas)
  • un livre sur La grenouille qui ne voulait pas cuire ou un titre approchant
  • Un Stanislas Lem (L’invincible), en attendant de trouver Solaris

Les vacances sont là, le cerveau est en roue livre…

Publié dans Perso | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Listes

Il n’est pas urgent de faire plein de choses

J’ai un méchant lumbago, mais c’est mon 1er jour de vacances. Je ne vais pas le passer à écrire des thibillets, non msieur mzelle, mais comme je fourmille de projets (air connu) et nécessite de les ordonner (le même, en version remix), je tombe en baguenaudant sur un commentaire suite à un billet sur le blog de Christie qui m’amène à ces plans d’un jour (mapday), dont voici un exemple ici.
J’avais déjà parlé de Freemind, mais jamais en détail des cartes heuristiques / cartes mentales et de leur utilité (au moins pour moi). Là, c’est encore plus génial, puisque l’on déborde du concept pour aborder – mais pas seulement – les sensations, et on joue sur le temporel.
Reste plus qu’à…

  1. voir si je peux m’exprimer comme ça
  2. voir si je peux m’y tenir

Projets, projets… (deux sont en phase de naissance avancée, mais non publique : Projet Phenix et Projet Prométhée. Tous deux mêlent du professionnel à du personnel.)

Publié dans Perso | Marqué avec , , , , , , | Commentaires fermés sur Il n’est pas urgent de faire plein de choses

L’été sera chaud…

Un blog de fondu (c’est la chaleur) propose des gadgets plus délirants les uns que les autres. J’avoue que j’apprécie le parasol à bière

Publié dans Hahaha | Marqué avec , | Commentaires fermés sur L’été sera chaud…

Livre (re) lu – Charles Bukowski : Hollywood, et un poil de Bourse

Je lisais Hollywood, de Charles Bukowski (Livre de poche n° 9597) en parallèle du Golem de Gustav Meyrinck, et au-delà de la satyre – vécue – du milieu hollywoodien (on croise Jean-Luc Godard, Sean Penn, Werner Herzog, Mickey Rourke, Faye Dunaway « le dernière des grandes stars »), j’en ai glâné quelques citations qui m’amusent, ou entrent en résonance avec des thèmes de finance :

A un fiscaliste, qui lui explique comment défiscaliser ses revenus (acheter une voiture, se transformer en société, nommer un conseil d’administration, etc.)

Quelle horreur ! Ecoutez, j’ai l’impression que c’est des conneries. Je ferais peut-être mieux de continuer à payer mes impôts. Je ne tiens pas à ce qu’on m’emmerde. Je ne veux pas qu’un inspecteur des impôts vienne frapper à ma porte en pleine nuit. je suis même prêt à payer plus pour être sûr qu’on me foute la paix.
Charles Bukowski, Hollywood, Livre de poche n° 9597, p. 55.

J’adore ce travers humain bien compréhensible qui dit « je suis prêt à payer un supplément pour obtenir ma tranquilité d’esprit ».

A propos des courses de chevaux (mais les marchés boursiers ne sont pas loin)

A être trop gourmand, on commet des erreurs dans la mesure où sont en jeu des sommes importantes qui risquent d’affecter le processus de pensée. […] Vous comprenez, on est assis et on entend tous ces gens raconter qui va gagner et pourquoi. C’est à vous rendre malade. Des fois, vous avez l’impression d’être dans une maison de fous. Et d’une certaine manière, vous y êtes. Chacun de ces frappés s’imagine en savoir plus que les autres frappés, et ils se trouvent tous réunis dans le même endroit. Et moi j’étais là, avec eux.
Charles Bukowski, Hollywood, Livre de poche n° 9597, p. 237.

A propos de la Bourse, un chroniqueur sur Yahoo Finance (info glânée sur FinanceProfessor) rappelle ce que tous les chercheurs et les profs de finance savent déjà depuis longtemps :

  1. Passer du temps à choisir ses actions (stock picking) est une stratégie perdante, comparée à l’achat d’un portefeuille indexé sur l’indice boursier (indexing) ;
  2. Confier ses fonds à un gestionnaire, un fonds d’investissement, une Sicav ou un FCP est une stratégie perdante, pour la raison 1., et parce que la performance de ce fonds est amputée des frais salaires et commissions que le fonds doit payer ;
  3. Acheter un portefeuille automatiquement indexé, par exemple par le biais d’un tracker (thibillet ici), permet de réaliser exactement la performance du marché boursier. Pas plus, mais pas moins…

Mais ce que ce chroniqueur ajoute, c’est une quantification de la sous-performance. Sur les 35 années de 1971 à 1994, les fonds gérés ont sous-performé le marché de 0,87% à 1,05% par an. Ce qui donne -26% à -31% sur 35 ans, ou -8% à -10% sur 10 ans. Ceux qui m’ont suivi jusqu’ici diront : « oui, mais c’est une sous-performance en moyenne, il y a certains fonds qui ont sur-performé le marché ». Réponse : oui, mais il n’y a pas de persistance historique (le meilleur de 1994-1996 n’est pas le meilleur de 1997-1999) et on ne peut connaître « les bons » qu’après coup.
Bref, achetez des trackers et allez dormir, vous gagnerez plus d’argent. Vous pourrez alors me payer une bonne bouteille de Margaux.

Publié dans Livres | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Livre (re) lu – Charles Bukowski : Hollywood, et un poil de Bourse

Caillou – K2

Tes lèvres
forment un double pic
un col rose, une vallée douce
où mes lèvres voudraient skier
à peine fartées.

Publié dans Caillou | Marqué avec | Commentaires fermés sur Caillou – K2