Désir d’être admiré

Avant de répondre à un test dans un magazine, il allait toujours voir les résultats, puis il faisait le test à l’encre en marquant les réponses correspondant au profil « idéal », le profil dont le commentaire commence toujours par « bravo, vous êtes tout à fait €¦ ». Puis il laissait le magazine en évidence…
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Les araignées de lumière

Comment bâtir une toile qui ne risque pas d’être détruite ?
En la construisant dans un espace hermétiquement clos,
Une bulle sous vide.
Quand on déteste le risque à ce point,
On doit accepter de jeûner longtemps…
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Projets, dont BDs

LaCollègue l’a bien souligné, j’ai des projets.

Il y en a 3 qui me tiennent à coeur :

  • Prométhée
  • Phoenix
  • Magnolia

(pourquoi ces noms de code ? parce que j’en ai eu marre, un jour, de parler trop tôt de projets sur lesquels je n’avais pas avancé. Et une semaine, ou 1 mois après, un ami me disait « alors, tu en es où ? » et je n’en étais nulle part.)
Je m’améliore : j’ai fait avancer Magnolia il y a deux jours, désormais, la balle est dans le camp adverse. Si ce projet capote, vous en bénéficierez tous, alors vous avez intérêt à ce qu’il capote.

J’ai d’autres projets, moins importants, mais pas forcément futiles. Tout cela touche à ma vie, à ce que je suis.

Donc, l’inconnu du 3ème étage me transmet une liste de BDs à lire absolument. Liste incomplète, tient-il à préciser. Comme si toute liste n’était pas, par essence, qu’une tentative dérisoire d’enfermer le monde. Nous sommes d’accord, L’inconnu du 3ème étage : nous essayons tous de faire de notre mieux.

Passons donc à la liste avec mes commentaires :

Les classiques

La ballade de la mer salée (Corto Maltese), Hugo Pratt
entièrement d’accord. Beaucoup de choses dites, et dessin à l’encre de chine superbe. J’ai une faiblesse pour les Ethiopiques, mais c’est dans une version que je n’ai jamais réussi à retrouver, à l’aquarelle…

Peter Pan (6 tomes), Loisel
Hum, euh, je ne sais pas. J’ai préféré la quête de l’oiseau du temps, et puis je n’accroche pas plus que ça. J’avais adoré le Rige

La marque jaune (Blake & Mortimer), Edgar P. Jacobs
Top total d’accord. Mais vous êtes un peu classique, ô inconnu. Le mystère de la grande pyramide est autrement plus angoissant.

120 rue de la Gare, Tardi
Vous êtes parfait. J’adore l’écriture de Léo Malet, et Tardi a su s’adapter parfaitement à cet univers. Rien à dire.

Partie de chasse, Bilal
Mouais. Vous ne devez pas être jeune, ou alors, vous allez vers les classiques. Pour moi, ça ne vaudra jamais La foire aux immortels, qui était (et est toujours) effroyablement beau.

Maus, Spiegelman
Pas lu. Entendu parler, énormément. Qui n’en a pas entendu parler ?

V pour Vendetta, Moore & Lloyd
Ah oui ! Je n’accroche pas trop au dessin, mais superbement réalisé, une de ces séries où l’on retrouve du profond et du futile. Terrible, beau, angoissant.

La nouvelle vague

Vivons heureux sans en avoir l’air (Monsieur Jean, Tome 4), Dupuy & Berberian
à tester, définitivement. Je ne sais pas du tout de quoi ça parle, mais j’ai l’intuition, confortée par mes contacts sur la toile, qu’il y a des choses merveilleuses à y découvrir

Journal d’un album, Dupuy & Berberian
Je suppose que c’est le pendant du précédent. OK, noté.

Les pilules bleues, Frédérik Peeters
Je confond. Je suis déçu que vous n’ayiez cité aucune BD de Schuiten et Peeters, comme la Tour ou la fièvre d’Urbicande : chef-d’oeuvres (oui, oui, j’assume). je ne connais pas ce Frederik Peeters, je le note dans mes listes de shopping.

Slalom, Lewis Trondheim
De lui, je connais, comme tout le monde, son blog. Donc j’ai un a priori très positif.

Isaac le pirate, Christophe Blain
C’est marrant, on en a fait tout un pataquès, c’est paru dans Telerama, et je ne comprends toujours pas cet engouement. Question de goûts, clairement.

Approximativement, Lewis Trondheim
Idem que précemment.

Persepolis (4 tomes), Marjane Satrapi
Oui, ça c’est très bien. Un dessin très stylisé, encre de chine et à-plats, et un humour très affûté.

La guerre d’Alan (2 tomes), Emmanuel Guibert
Le photographe (3 tomes), Lefèvre & Guibert
Ibicus (4 tomes), Pascal Rabaté
Le bibendum céleste (3 tomes), Étienne De Crécy
Pyongyang, Guy Delisle
Béton armé, Jean-Christophe Chauzy
L’autoroute du soleil, Baru
Qui a tué l’idiot, Nicolas Dumontheuil

Moi pas connaître rien du tout, moi noter scrupuleusement, et essayer de m’améliorer culture perso.

Manga
Euh, moi un peu vieux, avoir testé, pas être totalement en phase… (et pourtant, moi aimer Goldorak quand être jeune, il y a 50 ans)

Quartier Lointain (2 tomes), Taniguchi
Prix du meilleur scénario à Angoulême, quand même ! Ok, à retenir.
Akira, Katsuhiro Otomo

Comics

Palestine, une nation occupée / Palestine, dans la bande de Gaza, Joe Sacco
David Boring, Daniel Clowes
Jimmy Corrigan, Chris Ware
Hicksville, Dylan Horrocks
Moi pas connaître rien du tout, moi noter scrupuleusement, et essayer de m’améliorer culture perso. (bis)

The Watchmen, Moore & Gibbons
Ah ! Un grand choc, un événement ! Une série de BDs qui trouent les neurones. Grand bonheur.

Torso, Michael Bendis
No conosco.

La ligue des gentlemen extraordinaires, Moore & O’Neill
A tester, clairement, parce que je trouve Moore est un scénariste qui a du poil aux pattes !

« Grand public »

Le Tueur (5 tomes), Jacamon & Matz
Déjà évoqué, je suis fan.

Blacksad (3 tomes), Guarnido
Déjà évoqué, je suis hyper total fan.

Le retour à la terre (3 tomes), Manu Larcenet
Sur ma liste d’achats. Avec le 4ème tome, hinhin.

Il y a aussi Cosey. S’il faut n’en citer qu’un, je dirais Le voyage en Italie. Mais tous sont délicieux.
Il y a aussi Fmurrrrr avec Le génie des alpages et autres pantalonnades foutraques (Tartine de clous, par exemple, ou Porfirio et Gabriel)
Et pourquoi vous n’avez pas cité Sokal ? Par exemple La mort douce, La marque de Raspoutine, ou L’amerzone ?

De la vraie bonne tristesse.
C’est normal, la nuit est devenue froide tout à coup…

Cela dit, merci à L’inconnu du 3ème étage : faire des listes, c’est un moyen de survivre.

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Caillou – Automne

Cris de mouette par delà les immeubles
Odeur de feu de bois dans la rue
La ville joue à cache-cache
Avec mes sens.

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BD lue – Manu Larcenet : Le combat ordinaire

Je découvre, avec retard, cette série qui compte pour l’instant 3 tomes :

(Manu Larcenet, Dargaud, 2003 à 2006)

Je reste vraiment sous le charme. Un dessin attachant, presque enfantin par moments, en tout cas très tendre, qui contraste avec des mises en images par moments plus cinématographiques, ou photographiques. A cette jonglerie de forme correspond de façon symétrique une jonglerie de fond : on passe de saynettes attachantes, humoristiques, à des questionnements profonds parce qu’ils touchent à l’inconnu de nos vies et de celle des autres.

Je suis très admiratif de ce travail. Je ne connaissais de Larcenet que Bill Baroud (excellent, certes, mais dans un registre uniquement potache) et je découvre un auteur multi-cartes, aussi à l’aise dans les petits textes – voire les poèmes – que dans les réflexions « existentielles » (le mot est lâché, j’en suis content dans une critique de BD), dans les crayonnés à l’encre autant que dans les scènes nocturnes, par exemple.
Sans rien connaître de son histoire personnelle, je me dis qu’il a mis beaucoup de sa propre vie dans ses personnages. Et comme toujours, quand c’est bien fait, cela aboutit au fait qu’on reconnaît beaucoup de notre propre vie dans cette oeuvre.
Bref, une vraie bonne découverte d’un vrai bon auteur.

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Le lièvre antique et la tortue amnésique

Préambule ô combien approprié

Conversation ce soir avec mon fils, au sujet de son épreuve sportive de l’année (courir 7 minutes d’affilée) :
– Dis donc, c’est super que tu aies couru 7 minutes !
(il ne réagit pas)
– Et moi, est-ce que tu sais combien de temps j’ai couru, hier ?
– Non, combien ?
– J’ai couru 1 heure et 58 minutes !
– … et combien de secondes ?
– ?! Euh, 20 secondes…
– Ha ! C’est rien du tout ! Moi je peux compter jusqu’à 20 !

Je vais donc vous parler de mes 20 secondes d’hier.

(la ligne rouge représente la vitesse que j’aurais dû maintenir sur toute la distance pour faire péter un chrono à 1h 50′)

La course s’est passée dans la vitesse (au début) puis l’essoufflement (très vite) puis l’allure de croisière, confiante et concentrée, avant la chute de performance à partir du KM 13.
L’impression de voir un compte-tours dont l’aiguille tombe, et on a beau se dire « il faut que j’accélère, que je remette la gomme », les jambes ne répondent plus, et il ne s’agit plus que de mouliner des mollets avec ce qui reste d’énergie et de motivation.

Malgré la liste des avanies que nous avons subies (en rigolant pas mal), c’est-à-dire :
– un trajet en voiture avec multiples plantages, qu’un poivrot en zigzaguant il aurait fait moins de distance
– la présence d’un membre satanique, tentateur et sulfureux, aux assauts empressés duquel j’ai dû résister de toute ma candeur et ma probité, moi qui ne connais pas le mal (le mâle non plus)
– une virée nocturne dans Amsterdam où on a marché pendant des vingtaines d’heures (au moins) en observant des mannequins dans des vitrines, bien mieux qu’au musée Grévin, ce sont des figurines animées (et dénudées), pour un peu, on jurerait qu’elles sont vraies
– un départ des courses depuis le stade situé en périphérie, mais aucun tramway ne marche le dimanche, c’est pratique…
– une pelade que rarement on a pelé comme ça, d’abord en attendant de voir passer les marathoniens, puis de les voir repasser, dans un vent coulis glacial, puis le deshabillage sur le trottoir, brrrr, mon épiderme de délicat bébé se garnissant de givre
– un accéléromètre dont j’avais oublié de vérifier la pile, et qui m’a lâché 1mn avant le départ. L’accéléromètre, c’est ce qui me permet de vérifier que je cours à la bonne vitesse, régulière, ni trop élevée, ni trop lente. Je me suis dit « ça fait rien, on va le faire comme un trappeur du Saskatchewan, tous les kilomètres je vérifierai mon temps, et j’ajusterai à chaque borne kilométrique ». Las,
– les bornes kilométriques étaient au ras du sol, donc je n’ai vu que le KM 5, puis le KM 10. Un peu difficile de s’ajuster, quand on n’a que 2 points de référence sur la première moitié du parcours

Le pire arrive.
J’ai passé la première moitié de la course à une vitesse qui aurait dû me permettre de finir en 1h45, mais les présomptueux oublient toujours qu’après la première moitié, il y a une deuxième moitié. Au KM 17, j’étais plutôt calé sur 1h50. Au final, j’ai fait 1h 58′ 20″.
Et tout le monde de me féliciter, moi le premier me disant « allez, j’ai un peu cramé des muscles au début, mais bon, nouveau record personnel, je passe sous les 2h ».
Jusqu’à ce que, ce soir, je revienne à mon compte-rendu du semi-marathon de Paris, il y a 6 mois. Et que je me rende compte qu’il y a 6 mois, j’ai fait 1h 56′ 53″, presque 2mn de mieux que ma performance d’hier.
Je me sens vieux.
Je hais mon blog.
Je hais ma mémoire à trous et mon optimisme inoxydable.
Je vais me coucher comme une serpillière moisie.

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Short note, long run

Oui, je sais, vous n’êtes pas tous intéressés, mais pour ceux qui suivent de loin, du coin de l’oeil : 1h 58′ 20″ au semi-marathon d’Amsterdam. Mon meilleur temps à ce jour sur cette distance (Repentir : eh non, ce n’est pas mon meilleur temps, finalement…). Debriefing détaillé plus tard… ici.

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Courir comme un hamster dame

(La radio marche pus, m’énerve, je voulais mettre Training montage, dans la B.O. de Rocky)

  • Demain samedi, départ avec une bande de joyeux lurons pour Amsterdam.
  • Après-demain dimanche, certains joyeux lurons courront le Marathon, d’autres (dont moi) se contenteront du semi-marathon. Reste à réviser la check-list.
  • Et dimanche soir, je pourrai enfin
    1. manger autre chose que des pâtes (1 semaine de régime)
    2. boire de la bière ou du vin (1 semaine de privation)
    3. boire du café (4 jours sans)
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Frère Océan

« The seashore always works. Believe me, in my book, a walk on a beach is worth five hours on a psychiatrist couch… though I’m probably the only doctor in this city who would tell you that. »

« Le bord de mer marche toujours. Croyez-moi, d’après mon expérience, une promenade en bord de mer vaut cinq heures passées sur un divan de psychiatre… même si je suis probablement le seul docteur de cette ville qui vous dira cela. »

Douglas Kennedy, The pursuit of happiness, Arrow books, 2002, p. 163.

(merci à Lulu pour la photo)

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Thought at two balls

Quand il s’agit de traduire un terme anglo-saxon en français, on a souvent du mal. Certes, il y a des beautés de traduction et d’inventivité :

  • spam traduit par pourriel
  • bed & breakfast par couette et café
  • brainstorming francisé en remue-méninges

Dans la plupart des cas, ce sont nos amis québecois qui font preuve d’une réelle intelligence linguistique. Mais il y a des ratés :

  • CD-rom traduit par cédérom, ça sonne phonétique, voire nonnant (oui, je suis allé vérifier combien le verbe comptait de N)

Cela dit, ça nous ouvre des pistes de recherche que Raymond Queneau n’aurait pas désapprouvées, et plus prosaïquement, ça résout tous les problèmes de francisation d’un terme anglo-saxon :

  • gentleman’s agreement deviendra francisé en Jantes-le-Mannz E gris menthe (le gris menthe, ça fait anglais, thé et petits fours, et avec les jantes, la Jaguar n’est pas loin…)
  • Marketing, qui a tant fait couler d’encre devient Marqué « Ting ! » (on sent le glamour, la caisse enregistreuse, bref, le rêve transformé en acte d’achat)
  • parking ? facile : parc queen couine (car le parking, c’est l’endroit où les alarmes des voitures couinent)
  • Benchmark se francisera en Benne-chez-Marc (Marc c’est un pote dont la taille des poubelles sert d’étalon aux poubelles du quartier)
  • OK devient Hoquet (assentiment compulsif, non-réfléchi, qui se traduit par une expiration rapide et sonore. Pour obtenir le hoquet d’un client éventuel, faites le boire).
  • Cool, c’est coule, comme dans « tout coule de source ». Ou encore, le genre de chose qu’on dit à sa belle-mère quand elle est tombée dans la piscine un soir de réveillon bien arrosé.

Pourquoi personne n’y a pensé auparavant ?

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Des dièses et des bémols

Gros edit, et gros repentir (23/11/06) : tout le texte qui suit, ci-dessous, n’est plus valide. Je le mets en format « citation » pour éviter de tout barrer. Plus de détails dans un thibillet à venir. Ah, et aussi, désormais, l’image de gauche n’est plus qu’une image, et non plus un juke-box avec chansons téléchargeables. Vous pouvez toujours télécharger l’image, hein, ça ne me fera plus péter mes compteurs, ni mon compte bancaire, et vous aurez une jolie image de ce qu’il y avait avant ici.

Les dièses :

  • j’ai réussi à mettre Radio.blog Zanorg Radio dans une page
  1. Pour que toi voir la liste des morceaux, toi cliquer sur haut grisé
  2. Si toi recliquer haut grisé, toi ravoir logo. Toi pouvoir continuer à cliquer, marrant
  • j’ai ajouté des morceaux par rapport à la liste initiale
  • Les bémols :

    • il en manque
    • c’est peut-être un peu lourd à télécharger Zanorg Radio est ultra-light

    Merci à Yann pour son conseil sur Zanorg Radio.

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    Caillou – Chamade

    Nuit noire
    Mes soucis sont des dragons
    Qui dansent dans ma poitrine.

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    Rock ‘n Pop Hall of Fame

    La photo est clairement vintage, mais elle obéit à la 4ème loi de la thermodynamique du Web .

    A l’époque, j’avais fait une liste des intros de rock pop « qui me donnaient l’impression qu’on me grattait le haut de l’épine dorsale ». La voilà, de mémoire, et forcément incomplète (sans ordre, sinon celui, aléatoire, de ma mémoire). Je tiens à remercier radioblogclub, qui m’a permis de faire un premier tour. L’inconvénient est que, par capillarité, j’en viens à rajouter des morceaux, et au bout d’un certain temps, je ne sais plus si cela mérite vraiment de rentrer dans cette liste. Seule contrainte : ne pas citer deux fois le même auteur ou interprète. Allez, basta, c’est bon.

    Les intros :

    • Andy Warhol, David Bowie
    • Stool pidgeon, Kid Creole and the Coconuts (version concert à Essen, pas la version disque)
    • Hold the line, Toto
    • Abacab, Genesis
    • Layla, Eric Clapton (version acoustique, mais la version historique est bien aussi)
    • Message in the bottle, Sting (version acoustique du Secret concert). J’aime bien aussi Can’t stand losing you (Police).
    • We will rock you, Queen (et aussi The show must go on)
    • Sunday Bloody Sunday, U2
    • It’s only love, Bryan Adams (avec Tina Turner)
    • The River, Bruce Springsteen
    • Cold as ice, Foreigner
    • Harden my heart, Quarterflash
    • Rien de nouveau, Bill Deraime (première version)
    • Cocaine, JJ Cale
    • Take the long way home, Supertramp
    • Idéal simplifié, Laurent Voulzy

    Les intros qui montent en puissance :

    • Gimme shelter, Rolling Stones
    • The Healer, John Lee Hooker / Carlos Santana (intro à 3 étages)
    • Night boat to Cairo, Madness
    • Black Magic Woman, version de Carlos Santana
    • La Grange, ZZ Top
    • Stray Cat Strut, Stray Cats
    • Cortez the Killer, Neil Young

    Les intros parce que je suis une midinette disco :

    • Stayin Alive, Bee Gees
    • Saturday night fever, Bee Gees
    • Grease, Frankie Valli / Barry Gibb
    • In the navy, Village People

    Les intros soft (mais là on peut y passer la nuit, on en fera donc un autre thibillet – ou pas, comm d’hab) :

    • Shape of my heart, Sting
    • Dark Star, Crosby Stills & Nash
    • Ol’ 55, Tom Waits
    • On the beach, Chris Rea
    • Jaguar, Laurent Voulzy

    Et dans les morceaux de fous furieux :

    • Careful with that axe, Eugene, Pink Floyd (dans Ummagumma).

    Les listes qui resteraient à faire :

    • Les intros soft (concept à définir)
    • Les morceaux à capella, ou quasi
    • Les morceaux planants (concept à définir)
    • Les instrumentaux

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    Dreams, de Fleetwood Mac

    Ce n’est pas un jour pour pondre un thibillet. J’ai fait une suite de rêves de fou furieux. J’ai d’abord rêvé que je devais rentrer dans la villa de mes grands-parents (il n’y a plus de villa, et je n’ai plus de grands-parents, paix à leur me) mais des loups-garous (ou des forces venues de Vega, je ne voyais pas bien) étaient en embuscade.

    J’ai donc bondi dans la forêt environnant la maison (elle a dû pousser depuis que la maison a été vendue) et je me suis fondu dans le paysage, prenant les mains des arbres et sautant de l’un à l’autre en rythme avec le vent, de telle sorte qu’on ne voyait qu’une branche qui flottait, c’est-à-dire moi. Au passage, j’ai glâné quelques disquettes dans le jardin (probablement sur mes ennemis du monde de Lyoko) et je suis arrivé par la porte du garage avec une boite de disquettes à la main.
    Il y avait une grosse fête, et l’on m’a prestemment délesté de mes disquettes, mais je connais la fin du rêve : à la fin, les autres disaient « tiens, et c’est quoi finalement ces disquettes que tu avais amené ? » et je disais « je ne sais pas, je les ai trouvées dans le jardin » et ils allumaient un IBM PC XT et les regardaient, et il y avait les plans de l’Etoile Noire et ils disaient « mais c’est formidable, la Rébellion peut enfin se venger de l’Empire ».

    Et puis je me suis retrouvé muté à Bordeaux School of Management, et mon seul souci, c’était de faire migrer mon site web. Bordeaux était une ville nocturne, avec de grands immeubles bourgeois donnant sur des avenues désertes. C’était plus kafkaïen qu’oenologique. Je me disais « ben merde, c’est pas terrible comme mutation ». Et puis j’ai zoum-zoumé.

    Mais comme j’ai promis une liste des intros de pop-rock, je vais m’y atteler. D’où le titre.

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    L’évangile selon Saint Marcellin

    Ce sera finalement un bon gros vieux goûtu restau. Oh, allez, si je mastique vigoureusement, je vais aussi brûler des calories, hein. Et dans une semaine : semi-marathon d’Amsterdam.

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    L’évangile selon Synthol

    Et le dernier jour de la semaine, il fit 3h30 de voiture, 7h de cours, et rentra en se disant « je vais ronquer comme un ne », mais voilà, il y avait encore l’aïkido pour débutants neuneus. Allez, deux heures de souffrance, et ce sera enfin le week-end.

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    Novela – La stratégie du champignon

    Il y a quelques années, je commençai à travailler au siège d’une grande banque française. Fraîchement diplômé de mon école de commerce, j’appliquais un métier dont j’étais censé avoir vu les bases théoriques, je compulsais des dossiers, rédigeais des rapports, bref, je m’adaptais à une existence qui était, somme toute, prévue depuis ma naissance. Cet emploi commençait par un tour des différents services de la banque, dans lesquels je devais travailler quelques semaines, avant de rejoindre mon poste définitif. C’est ainsi que je passai un mois au département Petites et moyennes entreprises.

    J’étais arrivé en phase de transition : mon chef de service quittait son poste, il en était désormais à classer ses dossiers, et, même s’il était encore présent de temps en temps, il nous avait déjà tous classés dans son passé, nous étions des (mauvais ?) souvenirs dont il avait pris son parti, voire fait son deuil. Comme cela arrive souvent dans les entreprises, la transition ne se fit pas par ajustement parfait. L’ancien chef de service quitta son siège, son bureau, et ses dossiers, mais il s’écoula un laps de temps administratif avant que le nouveau apparût. Il arriva enfin, au moment où nous nous étions tous habitués à vivre sans tutelle. Il s’appelait Pierre Pilani. Les premiers jours, les premières semaines d’une prise de fonction sont souvent l’occasion de remettre les compteurs à zéro : on s’observe, on se jauge, et comme l’on fait avec un cheval pour la première fois, on sait que c’est dans les premiers instants qu’on impose sa marque. Dès ces premiers instants, je n’ai pas aimé Pierre Pilani. L’ancien chef était respecté, car il puisait sa compétence dans un puits semblait-il sans fond d’anecdotes, de souvenirs, de pratiques. Il connaissait les ombres derrière les ombres, savait ce qu’il fallait lire entre les lignes, savait même lire quand il n’y avait pas de lignes, bref, il appartenait depuis si longtemps à La Maison que la maison lui appartenait.

    Pierre Pilani, lui, ne tirait sa légitimité que de son titre, à peine peint sur la porte, et qu’il portait déjà comme d’autres arborent une tache rouge au revers de leur veste. Nous savions qu’il avait des choses à apprendre, il feignait de l’ignorer. Je le classai très rapidement dans la catégorie des « petits messieurs » : sans brillant, sans intelligence, mais d’autant plus exigeant, avec parfois cette méchanceté mesquine de ceux qui se sentent d’un niveau hiérarchique supérieur. Nous nous sentions sous ses ordres, mais il n’était pas notre chef. Mon opinion acheva de se former le jour où je l’entendis insister lourdement sur « le choix qu’il avait dans la date ». Qu’il utilist cette contrepèterie éculée était peut-être pardonnable, mais son attitude à cette occasion, celle d’un cancre qui ricane au dernier rang, achevait de le rendre petit à mes yeux.

    A peine arrivé depuis deux semaines dans notre service, il partit en vacances. Il s’agissait de solder un reliquat pointilleusement calculé par la direction des ressources humaines, faute de quoi ces vacances seraient perdues. J’eus l’impression que, si Pilani avait refusé de solder ce compte un peu particulier, tous les plannings, ordonnancements, budgets des ressources humaines en auraient été bouleversés, voire que tout le système en aurait été bloqué. Mais Pilani n’était pas un aventurier, il tenait à son gain, il solda (la période des soldes n’offre-t-elle pas des biens au rabais ?) et partit pour une semaine. Nous reprimes donc pour quelque temps notre liberté de ton et d’attitudes, en attendant que « Pilonné » revînt.

    Le jeune embauché fait toujours du zèle au début. Là où mes collègues, blanchis sous le harnais, partaient quand il fallait partir, je restais travailler encore un peu : ils ne me faisaient pas de remarque, c’était normal, ils le savaient, le jeune embauché fait toujours du zèle au début. Cela explique que j’aie été seul quand le téléphone a sonné : il était midi vingt, mes collègues étaient déjà descendus déjeuner dans le quartier, et je devais les rejoindre « dès que j’aurai terminé ce dossier ». Au bout de quelques minutes, j’entendis le téléphone de Pilani sonner. Je laissai sonner. La sonnerie s’arrêta, puis le téléphone de mon collègue Cirrus prit le relais. Visiblement, quelqu’un essayait de joindre notre service. N’ayant pas pour Cirrus les mêmes préventions que pour Pilani, je décrochai. Une dame de la direction informatique s’inquiétait d’un certain questionnaire qu’elle avait fait passer à notre chef, et que celui-ci n’avait pas renvoyé à temps, la date d’échéance étant dépassée de deux jours. Je lui appris que Pilani soldait ses vacances et qu’il serait de retour la semaine suivante. Mais il y avait urgence : cette dame me pria de voir si, par chance, ce questionnaire ne se trouverait pas dans la corbeille « départ » sur son bureau. La fouille du bureau d’un collègue diffère suivant que ce collègue est notre égal ou notre supérieur hiérarchique. Quel que soit son poste, on est certes toujours déçu : on trouve un fouillis, quelques fragments de vie souvent dérisoires, quelques mesquineries parfois. Mais autant, pour un égal, on fait preuve d’indulgence, autant juge-t-on sévèrement les faiblesses d’un supérieur, surtout si l’on ne l’apprécie pas. Le bureau de Pilani était peu ordonné, des piles de documents étaient posées sans ordre apparent, et ne seraient bougées, je le sentais, que d’ici quelques années, quand Pilani serait appelé à d’autres fonctions. Les tiroirs contenaient le lot habituel d’enveloppes, d’agrafeuses volées, et de paquets de post-it tous entamés (alors que les boites à disquettes étaient encore toutes sous cellophane).

    La recherche fut rapide, exhaustive, dépassionnée : je cherchais un questionnaire et ne le trouvai pas. J’en avisai mon interlocutrice d’une voix plate. Elle me demanda (l’espoir fait vivre) de continuer à chercher et de la rappeler en cas de succès. Je m’exécutai, tout en me disant que je n’allais pas passer mon heure de déjeuner à courir après les insuffisances de Pilani, et que cinq minutes de recherche supplémentaire constitueraient un maximum syndical. Je m’avisai que cet homme, malgré le peu d’estime que je lui portais, avait peut-être eu un comportement rationnel : celui de placer le questionnaire dans son agenda, au jour de la date limite, pour ne pas l’oublier. Il ne s’y trouvait pas, constatai-je avec un ricanement. En revanche, tout à la fin de l’agenda, contre la couverture, je trouvai un petit cahier d’écolier. Je ne bondis pas sur cet objet : je cherchais un questionnaire, pas les dessins des enfants de Pilani (car je savais que l’homme s’était reproduit par deux fois). Aussi, c’est machinalement que j’ouvris ce cahier à la première page.

    Je suis persuadé, encore aujourd’hui, que ce n’était pas par curiosité malsaine : la page eût-elle été blanche, ou constellée de dessins enfantins, que j’aurais abandonné là mes investigations. Mais la première page n’était pas blanche, et nul dessin ne l’ornementait. Une seule phrase était écrite, et cette phrase était un titre : « La stratégie du champignon ». J’étais malgré tout extrêmement méfiant, distant : je ne suis pas de ceux qui fouillent à tout prix, et la personnalité de Pilani ne m’intéressait aucunement. Mais ce titre détonnait par rapport à l’image monolithique que je m’étais faite de l’homme. La seconde page contenait juste une citation entre guillemets, et la mention de son auteur. Je lus ces mots avec surprise : « Je ne te tiens pas. Mes mains depuis très très longtemps se sont promis de ne jamais tenir », Rainer Maria Rilke. Malgré moi, je souris intérieurement : c’était l’époque où je venais de découvrir les Lettres à un jeune poète, et cela m’amusa de penser que Pilani, cet homme dont j’avais cru cerner la personnalité, lisait en fait du Rilke, et avait visiblement écrit un recueil de poèmes intitulé « La stratégie du champignon » : j’imaginais plus assis devant un match de football à la télévision que penché sur une feuille blanche. L’anecdote était amusante, et je me gourmandai de mes jugements à l’emporte-pièce, même si mon estime pour l’homme ne changeait pas : Pilani était simplement un peu moins monolithique que je n’avais voulu le croire. Encore une fois, malgré ma méfiance, je tournai la page, probablement pour pouvoir constater qu’il n’écrivait que des vers de mirliton, et ne l’en mépriser que plus (ceux qui croient qu’ils peuvent facilement passer du rôle de spectateur passif à celui d’artiste, ceux qui, sans éprouver les scrupules de l’humilité, veulent s’essayer à l’art, ceux-là sont des veaux). Sur la page suivante commençait un texte en prose, de l’écriture serrée de Pilani : « Je voudrais parler d’un homme, Pierre P., qui m’est très familier, mais qui me devient étranger. Il était rêveur, il avait des enthousiasmes de gamin, et il est en train de devenir un bureaucrate gristre, avec son petit chapeau, avec sa petite auto (ce n’est que quelques années plus tard que je découvris la chanson de Jacques Brel qui était citée ici). Je voudrais comprendre, car savoir qui est vraiment ce Pierre P., c’est essayer de répondre à mes doutes. La question reste, inquiétante : est-ce que sa vie, aujourd’hui, est la Vraie Vie, et ses rêves passés ne sont que des fumées ? S’est-il menti, à lui-même et aux autres ? Est-ce cela, la maturité ? Mais alors, ces rêves, ces enthousiasmes ? »

    Le style de Pilani me plut. Avec distanciation, il semblait analyser ses illusions perdues avec la passion froide qu’aurait un entomologiste à disséquer un criquet. Et pourtant, on sentait un regret, une insatisfaction : il se rendait compte, et avait essayé, par ce cahier, de rassembler les morceaux de son être. L’ensemble me fit une forte impression, dans sa terrible lucidité.

    Je refermai le cahier, après avoir rapidement compulsé les pages suivantes : la même écriture serrée remplissait des pages et des pages. J’étais dans une position gênante. A tout moment quelqu’un pouvait surgir et me surprendre dans la lecture de ce journal intime qui n’était pas le mien. En attendant de discipliner mes pensées, je replaçai donc le cahier à sa place, rangeai le tout, puis retournai à mon bureau où, d’un bref appel téléphonique, j’annonçai l’insuccès de ma recherche. Rejoignant mes collègues, je déjeunai rapidement. Comme d’habitude, on brocarda « Pilonné », mais je ne me joignis pas au concert : même si l’esprit potache de mes collègues m’amusait, je n’aimais habituellement pas trop y participer. Et désormais, j’aurais eu du scrupule à poignarder un homme qui citait du Rilke.

    L’après-midi se passa de façon classique. Penché sur mes dossiers, je me rendais compte pour la première fois que, derrière la prose impersonnelle des analyses, se trouvaient des hommes qui avaient écrit ces rapports et qui, peut-être, serraient un cahier d’écolier dans le tiroir supérieur droit de leur bureau. Le soir vint, et un à un, mes collègues nous quittèrent en nous disant bonsoir. J’attendis que le dernier fut parti, et que les ascenseurs aient absorbé les salariés des autres services. Puis, dans cette ville fantôme, je rejoignis le bureau de Pilani. Je pris le cahier, le dissimulai au milieu d’un dossier que j’avais emporté, et allai à la photocopieuse. En dix minutes, je disposais d’une copie intégrale du cahier. Je mis l’ensemble des copies dans une chemise cartonnée, allai remettre le cahier dans l’agenda de Pilani, et quittai enfin la banque avec la copie sous le bras. Sur le chemin vers la sortie, je croisai les équipes du ménage qui nettoyaient les lieux.

    Je mis un point d’honneur à ne pas ouvrir la chemise à la va-vite, que ce soit dans le métro vespéral ou en arrivant chez moi. Je voulais que la nuit se soit déjà bien installée pour me retrouver en tête-à-tête avec Pilani. Je voulais accorder de l’attention à chaque mot. C’était la première fois et pour l’instant, la seule fois de ma vie que j’avais accès à un journal intime, et je n’entendais pas gâcher cette expérience. (A aucun moment je n’ai éprouvé du remords, ou n’ai eu des scrupules, à lire, puis copier ces pages qui ne m’étaient pas destinées. Peut-être est-ce mon absence de respect pour Pilani qui m’avait dédouané. Je crois plutôt que j’ai su dès le départ que cette occasion de lire la pensée d’un autre ne se renouvellerait pas de sitôt, et j’avais agi en conséquence.)

    Je commençai ma lecture tard dans la soirée, à l’heure où la ville ne laisse plus filtrer qu’une rumeur lointaine. Je me rendis compte que, dans ma fébrilité de photocopie, j’avais sauté une double page au début du cahier, visiblement la fin de l’introduction que j’avais lue. Mais le sens général était néanmoins très clair, car tout de suite après cette double page manquante commençait l’essai qui avait pour titre « La stratégie du champignon ». Sous ce titre, le cahier se livrait en fait à une analyse, fine et désabusée, de la fausseté des valeurs sociales « traditionnelles » (il contestait le mariage, en citant « la non demande en mariage » de Brassens, revenait sur l’illusion d’ « avoir une situation », et plus globalement, se montrait extrêmement peu matérialiste et détaché des conventions et contraintes de notre société). J’allais de surprise en surprise. J’avais cru tomber sur un recueil de poèmes, puis un journal intime, c’était plutôt un essai, où se révélait une personnalité extrêmement sensible, éprise d’idéal, en lutte perpétuelle avec sa vie. Et même si les allusions à sa vie de famille étaient discrètes (ma famille, mes proches), on sentait un désaccord d’autant plus complet qu’il avait toujours été dissimulé.

    L’essai démarrait vraiment avec une locution mentionnée dans le Littré (« On dit d’un enfant qui grandit vite, il vient comme un champignon »), dont l’auteur avait adapté la vision à nos vies entières. Il estimait que nos convenances, nos valeurs, nos schémas de pensée, sont imprimés en nous depuis la tendre enfance, et comparait le développement d’une personnalité à celui d’un champignon : « Le jeune enfant est égocentré, il reçoit sans rien donner en échange, comme un champignon parasite, qui se nourrit de l’organisme qui le porte sans offrir de contrepartie. Il ne voit pas la patience de sa mère, la tolérance de ses proches, et par dessus tout l’amour dont il est entouré, dans lequel il baigne. Il n’a comme seul point de référence que sa propre personnalité, résolument tenace, obstinée, orientée vers la satisfaction de ses besoins. L’enfant n’écoute pas les autres, car les autres n’existent pas, il pousse égoïstement vers la lumière, si tant est qu’il sache ce qu’est la lumière qu’il cherche. » Un parallèle, non mentionné, à peine évoqué, soulignait qu’il en était de même pour un amour encore jeune, qui vient de naître, ou un amour entre jeunes, qui n’ont pas encore l’expérience, ou les désillusions de l’amour. Un amour jeune, ou un amour de jeunes, peut facilement tomber dans le même travers parasite, où chacun n’est à l’écoute que de son propre cœur. Puis, « L’organisme continue à se développer selon ce schéma de pensée, mais le corps dont il se nourrissait (ses parents, sa cellule familiale) s’estompe. Il aspire à autre chose, prend ce qu’il croit être une indépendance alors qu’il ne fait qu’embrasser une solitude, il se greffe finalement sur la société entière, c’est-à-dire sur rien. En cela, il devient semblable au champignon saprophyte, qui se nourrit d’un corps mort. Et la plupart des adultes deviennent des saprophytes, englués dans leurs amours, leurs obligations, leurs renoncements. La meilleure prison est celle que nous nous sommes bâtie patiemment». S’ensuivait une nouvelle digression sur le mariage, perçu comme un accomplissement, un achèvement, plutôt que comme un point de départ. On peut s’interroger sur ce qu’il restait après cette étape, si définitive. Les enfants ? Mais c’était le même cercle qui recommençait, une antienne bouddhiste affirmant qu’il faut expier des vies antérieures en pratiquant le renoncement volontaire et l’aide aux autres. Et les enfants seraient à leur tour condamnés à vivre la même évolution champignonnesque.

    La conclusion de l’essai offrait une note qui se voulait un peu plus optimiste : « Enfin, à l’âge de la sagesse (mais n’est-ce pas aussi l’âge des renoncements ?), on peut apprendre à vivre et à partager, comme le champignon symbiotique, qui se nourrit d’un autre organisme tout en lui offrant des minéraux, ou une protection, en contrepartie. La réelle symbiose, ce n’est pas l’équilibre parfait, où chacun reçoit autant qu’il donne : cette situation-là, ce n’est que de la comptabilité. La symbiose, c’est l’état où chacun est en équilibre, où chacun vit par l’autre et pour l’autre. Je peux vivre en symbiose avec toi, même si tu ne me consacres qu’un dixième de ton temps. Le temps restant, tu le consacres à ta famille, et moi, à ma liberté. » Encore une fois, était souligné le parallèle avec l’évolution de l’amour dans un couple, même si cette évolution était associée à l’âge des renoncements, voire la vieillesse.

    Le cahier se finissait ainsi, et je compris enfin. Je feuilletai à nouveau les premières pages, m’attardai notamment sur le vide laissé par la double page manquante, qui contenait probablement la conclusion de ma mystification. Je dormis peu cette nuit-là, et me trouvai le lendemain matin tôt au bureau. Mais un collègue était déjà présent au travail, puis je dus partir en rendez-vous à l’extérieur. Je revins au bureau après le déjeuner, et la journée s’écoula sans m’en laisser un souvenir marquant. Je restai tard, mes collègues quittèrent un à un notre bureau, mais un autre service était en période de bouclage d’une affaire importante, et ce n’était qu’allées et venues dans le couloir. Quand je vis arriver l’équipe du nettoyage, je saisis ma veste et rentrai lentement à pied chez moi.

    Ce ne fut que le lendemain soir que je pus accéder au cahier. Je photocopiai la double page manquante sans la regarder. A la nuit tombée, chez moi, je rassemblai sans difficulté le puzzle. « Je voudrais parler d’un homme, Pierre P., qui m’est très familier, mais qui me devient étranger. Il était rêveur, il avait des enthousiasmes de gamin, et il est en train de devenir un bureaucrate gristre, avec son petit chapeau, avec sa petite auto. Je voudrais comprendre, car savoir qui est vraiment ce Pierre P., c’est essayer de répondre à mes doutes. La question reste, inquiétante : est-ce que sa vie, aujourd’hui, est la Vraie Vie, et ses rêves passés ne sont que des fumées ? S’est-il menti, à lui-même et aux autres ? Est-ce cela, la maturité ? Mais alors, ces rêves, ces enthousiasmes ?

    J’ai rencontré Pierre lors d’un cocktail à la mairie. Il m’avait plu par son humour, son côté charmeur, et nous avions échangé nos numéros de téléphone, lui ne me donnant que celui de son bureau. Nous nous sommes revus pendant des mois, il était insouciant, même s’il me confiait que sa vie de famille sa femme, ses deux enfants lui pesait et qu’il cherchait une autre qualité de vie. Nous fumes amants, je fus amoureuse. Puis vint le temps des doutes, il annulait nos rendez-vous et éludait mes questions sur sa vie et ses projets de tout changer. Jusqu’à ce rendez-vous Place du Chtelet, il y a un mois. Il avait déjà annulé deux rendez-vous précédents, prétextant une surcharge de travail. J’attendis une heure dans la nuit tombante, puis m’en allai, en souriant tristement à une autre femme qui, elle aussi, attendait quelqu’un depuis longtemps. Elle resta dans l’obscurité, sur cette place, tandis que je partais. « Quel manque d’élégance », soupirais-je, « quel manque d’élégance ».

    Depuis, ta secrétaire me dit que tu es en rendez-vous, ou injoignable, et je ne laisse pas de message. Je te comprends, Pierre, et je t’envoie ce cahier pour que tu essaies de me comprendre aussi. Et je ne t’appellerai plus, ne t’inquiète pas.

    Dès le début, je m’en rends compte, j’avais jugé ta personnalité, tes choix d’existence, mais tu trouvais toujours une explication, une manière de me rassurer. Aujourd’hui, je reste seule, et te laisse à ta vie. J’ai rencontré d’autres hommes depuis, un qui m’emmène dans un hôtel et remonte ma jupe, un autre dans un café à qui je ne laisse que ma main. Et toi, tu es libre, tu l’as toujours été, je n’ai jamais souhaité te tenir. »

    Puis commençait l’essai que j’avais lu. L’écriture, que j’avais prise pour celle de Pilani, était plus ample, et j’en vins à me demander comment j’avais pu les confondre.

    Quelques jours plus tard, Pilani revenait de vacances, mais je ne le revis jamais : j’avais été affecté à mon nouveau poste. Je quittai la banque deux ans plus tard, en laissant tous mes dossiers rangés sur mon bureau pour mon successeur.


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    Inclassable – Bling-Blong

    Dans la rubrique Inclassable (mais c’est plutôt un ubuntu) :

    Bling-Blong : n.m. Dialogue par le truchement des commentaires d’un billet, qui se transforme en échange nourri (le plus souvent, nocturne), tandis que le propriétaire du blog compte les points (ou dort).
    Par extension : dialogue libertin entre deux inconnus chez une tierce personne (qui, idéalement, avait des vues sur l’un des deux).

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    Caillou – Cas demi homme

    Je respire du Cadmium
    Des particules d’oxyde d’azote
    Et du stress.

    Je bois des nitrates,
    Du coca,
    Et trop peu tes paroles.

    Ma peau reçoit plus de poussière grasse
    Qu’elle n’est effleurée par tes lèvres.

    Mon cerveau contient du cholestérol,
    Des équations inutiles,
    Et des remords malsains.

    Vivre au bord d’une rivière,
    Pêcher à la mouche,
    Et te ramener dans mon épuisette,
    Toi ma truite arc-en-ciel.

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    A Michel Audiard, la patrie reconnaissante

    « Je discute pas le coté farce, mais question fair-play, il y aurait à redire … »
    Derniers dialogues de Ne nous fâchons pas, de Michel Audiard, 1966.

    Quand je prenais ce drapeau, cet été, j’ai repensé au « Colonel » et à son armée de boys chevelus à mobylette, face aux indécrottables Lino Ventura et Michel Constantin.

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    Caillou – Pepita Hollywood

    Tes yeux sont un théâtre
    Dont le rideau est le spectacle
    Quand il se lève, on voit une flamme
    Qui danse en équilibre au bord de l’iris.

    Quand je t’embrasse, le rideau tombe
    (et c’est pour ça que je t’embrasse)
    Puis se relève, infiniment doucement
    Indolent et brumeux.

    Tes yeux sont un théâtre
    Dont le rideau est le spectacle
    Il caresse tes yeux noyés
    Dans un rêve ineffable.

    Joyeux anniversaire.

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    Tartine et chaussettes

    Je n’ai que 20 mn pour pondre un thibillet, ce n’est pas faute d’idées, mais de temps (air connu). Dans ma liste de pré-idées de thibillets, je sélectionne sans souci celui que j’ai intitulé Monsieur jean + chaussettes et tartine (c’est un nom de code de développeur interne – comme Longhorn – en attendant la version release candidate – comme Vista – qui elle même deviendra la version 1.0 – comme Mandriva ou Debian).

    Je sens que ça va être long, j’essaie de synthétiser. Monsieur Jean a des états d’âme. Ou plutôt, il modélise la journée de merde, celle où tout rate. Bien. Après lecture, cela m’évoquait deux idées : Fred Vargas et la loi de Murphy.

    1. Fred Vargas. Dans Pars vite et reviens tard, l’auteur livre sa pensée dès le début du livre : quand ça merde, quand les choses se révoltent contre toi, sois humble, ne t’énerve pas, paie ton tribut. Oui, cela va te mettre en retard, mais c’est cela aussi, payer son tribut. Pour plus d’infos, lisez le livre, vous n’aurez pas perdu votre temps.
    2. La loi de Murphy. Yog en a parlé, et je voulais ajouter un commentaire, et puis vous savez ce que c’est , la loi de Murphy joue à plein, et hop, c’est oublié. Or, j’ai traduit, quand j’étais jeune, un article scientifique sur la loi de la tartine beurrée. Je vous livre l’adresse ici, c’est un bonheur de lecture. (oui, je sais, ma page a disparu entre temps, mais qui sommes-nous, pour nous proclamer au-dessus de la loi de Murphy ?)

    Après, c’est une question de lien neuronal : le même auteur a aussi rédigé à l’époque, un article sur « Pourquoi a-t-on autant de chaussettes solitaires dans nos tiroirs ? ». Ce qui fait sonner une autre cloche :

    1. Monsieur Jean en a parlé ici
    2. J’en vis moi-même les ffres, puisqu’au dernier recensement, mon tiroir contenait 18 chaussettes solitaires, pour 4 couples de chaussettes appariées

    Bref, la philosophie de tout cela, c’est peut-être Joséphine qui la donne : jouer le détachement, seule manière d’atteindre le nirvna. Et pour ceux qui se demanderaient comment j’ai réussi à lier les tartines et les chaussettes : en argot, un « coup de tartine », c’est un coup de pied…

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    Batana – Katooyer

    Katooyer : v.i. Faire un rêve torride avec un(e) ex, et se réveiller à côté de son/sa conjoint(e).
    Par ext. au restaurant, se faire servir autre chose que ce qu’on a commandé.

    La liste des batanas-ubuntus-inclassables a été mise à jour, elle a des couleurs, c’est le Nirvan.

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    Neuneuil

    Il y en a qui célèbrent leur alliance contre nature avec des motocyclettes (mais n’est-ce pas ce que prône Robert Pirsig dans Zen and the art of motorcycle maintenance ?), je veux rendre hommage à mon investissement à moi : mes yeux.
    Je vous la fais aussi courte que ma vue était basse :

    • Rendez-vous de ce matin avec mon ophtalmo, pour tirer les leçons de l’opération des yeux que j’ai subie il y a un an et quelque.
    • Moi : « Euh, rappelez-moi, quelle était ma vue, sans correction, avant l’opération ? » Lui, professionnel, donc informatisé : « Oeil droit (l’astigmate) : 1,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 1 /10. Autant dire que vous étiez une taupe derrière le rideau de fer, comme dirait Ludlum ! »
    • Moi : « Et maintenant, sympathique charcuteur, où en suis-je, toujours sans correction ? » Lui, professionnel, donc équipé de trucs qui balancent des lumières aveuglantes dans le fond de l’oeil : « Oeil droit (l’astigmate) : 9,5 / 10, oeil gauche (le myope) : 10,5 /10. C’est pas pour me vanter, mais t’as de beaux yeux, tu sais ! »

    Je sais que cette opération n’est que physique, et que ma clairvoyance sur les êtres humains, les jeunes filles et femmes en particulier, n’aura pas été améliorée. Je n’ai pas trop d’illusions sur ce point. Mais je suis bien content quand même.

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    Livre (re) lu – Erri De Luca : Montedidio

    J’en ai déjà donné une citation, et en plus c’est un livre que je relis, alors que j’ai 4 livres lus à commenter, mais Montedidio, d’Erri De Luca (Gallimard, 2002, 208 p.) est une merveille.
    L’auteur est étonnant : c’est un manuel, un ouvrier, qui a tour à tour été jardinier (son premier roman connu, Trois chevaux, contient probablement une part autobiographique), chauffeur routier, menuisier. Par ailleurs, c’est un homme profond, très sensible, qui rabote doucement ses phrases pour leur donner un poli intemporel. On n’est pas loin de la Bible. On n’en est tellement pas loin qu’il passe son temps (dans d’autres livres) à commenter des textes en hébreu ancien, langue qu’il apprend doucement, avec humilité et ténacité. C’est donc un homme étonnant, exceptionnel.
    Montedidio, c’est un faubourg de Naples vu par les yeux d’un enfant qui devient un homme en 200 pages. Par les yeux, et l’écriture de l’enfant, on voit tout un monde, une famille, un immeuble, un quartier, une langue (l’italien) et un dialecte (le napolitain).

    A midi, je m’aperçois qu’une plume est tombée sous la caisse de Rafaniello, je la ramasse, elle est légère, dans ma paume je ne la sens pas. Don Rafaniè, celle-là, je la « tiens » en souvenir de vous. « Tu as raison de dire tenir au lieu de garder. Garder est présomptueux, en revanche tenir sait bien qu’aujourd’hui il tient et demain qui sait s’il tiendra encore. Tiens la plume en souvenir ».
    Erri De Luca, Montedidio, Gallimard, 2002, p. 125.

    Cette citation m’a fait penser à une citation de Rainer Maria Rilke. Si j’en ai le courage, je vous posterai une nouvelle autobiographique sur ce sujet.

    Correspondances : j’avais déjà établi une correspondance avec Gustav Meyrink, il y a aussi du Jean Giono dans cet écrivain, ce côté poète ouvrier qui rend sa noblesse à l’ouvrier (encore mieux, l’artisan), le Giono glaiseux, âpre, face au vent, qui réserve ses mots pour mieux les cristalliser.

    Et peut-être le plus beau compliment que je puisse faire à un écrivain : quand j’ai envie de me laver de ma journée, je lis du Erri De Luca.

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    Le VirtualCAC 40 au-dessus des 12 000 points

    Cela a commencé par un article que j’ai vu dans l’Ordinateur Individuel (n° 185, juillet-août 2006, p. 62). Consacré au jeux en ligne, cet article parle des transactions qui ont lieu sur E-Bay pour acheter des personnages de jeux de rôle. L’idée est la suivante : vous voulez jouer à World of Warcraft, mais ça vous embête de passer 100 heures (soit 5 jours) devant l’ordinateur pour faire progresser votre personnage, qui a démarré comme tout le monde, c’est-à-dire débutant. Plutôt que de vous abîmer les yeux, vous décidez alors d’écorner votre porte-monnaie, et d’acheter cet avatar sur E-Bay, où il est vendu par des professionnels de la gonflette de personnages. Pour quelques centaines d’euros (ce n’est rien, rapporté au temps « économisé » !), vous voilà nanti d’un colosse résistant aux sorts, capable de faire le salto arrière, et dotée d’une hache d’abordage hachement abordable. L’Ordinateur Individuel (OI) mentionne par exemple un Paladin qui coûte 800 euros sur E-Bay, ça fait cher l’électron téléchargé, et ça rend rêveur.
    Passons à plus difficile.
    Vous pouvez aussi acheter des pièces d’or. Non, pas des vraies, des virtuelles. Et à quoi ça sert, me demanderez-vous ? Ben voyons, à acheter une nuisette à votre Paladin, un casque lourd pour votre elfe ou une carriole 4 chevaux pour transbahuter votre princesse magicienne. La cotation change tous les jours, mais en juillet-août, et toujours d’après l’OI, 1 000 pièces d’or pour le jeu World of Warcraft (WoW) coûtent 146,32 euros sur E-Bay. Certes, ça ne vous servira que dans le jeu, mais franchement, une pièce d’or à 15 centimes d’euro, c’est donné. Vous avez tout de suite vu l’inconvénient majeur de ce type de transaction, car vous êtes diablement subtil(e)s : eh oui, c’est que le cours de l’or fluctue ! Par exemple, à l’heure tardive où je vous parle, 1 000 pièces d’or se vendent à moins de 49 €, ça fait 5 centimes la pièce, ou encore, -66% depuis août ! Bon sang, mieux vaut jouer en Bourse, on s’évite des coups de sang comme celui-là… Pour ceux que ça intéresse néanmoins, la bourse aux pièces d’or est par exemple .

    De plous en plous difficile.

    Sur le Blog de Nicolas Guyon, j’apprends que dans le jeu Second Life, on peut acheter des terrains (virtuels) avec des dollars (réels). Et Nicolas de  jouer le candide : cela vaut-il la peine d’acheter maintenant ? Les prix vont-ils monter ? Ma réponse : Nico, si tu penses que le RER virtuel va arriver pas loin de ton terrain virtuel, achète à mort, truste tout le quartier, et tu feras 10 fois la culbute (= tu auras 10 fois plus d’électrons).

    De plous en plous débile.

    Avant, quand on achetait un jeu vidéo de course de voitures, on avait les parcours, les voitures, il suffisait d’acheter une manette de jeu, et encore, ceux qui ont connu l’époque de la disquette souple de 5″1/4 faisaient tout au clavier, car à l’époque, on était des Hommes. Aujourd’hui, quand vous achetez un jeu vidéo de course de voitures (merci à Totalement Crétins pour le lien), vous avez juste quelques parcours défoncés, quelques épaves à faire rouler, et le reste, c’est en sus : achetez la voiture de vos rêves, payez vous le circuit de Monza ou d’Indianapolis, tant que vous avez de l’argent, vous pouvez vous faire plaisir. J’adore le passage sur la sortie de voitures (virtuelles) en série limitée.
    Imaginez donc : ça va être le paradis de la contrefaçon. Là où seuls les gogos auront payé 2 euros pour une Ferrari Testarossa, les petits malins achèteront pour 0,20 euros une carosserie de Ferrari virtuelle montée sur un chassis virtuel de 2 CV virtuelle. Des hommes politiques virtuels qui habiteront dans le centre d’une ville virtuelle (les salauds ! ils savaient pour le RER !) essaieront de légiférer sur la contrefaçon, tandis que les contre-facteurs (une élite de la Poste) bricoleront à toute vitesse des Présidents de la République clonés, et tout cela passera à la télé virtuelle. J’en frémis d’impatience, ça nous changera…

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    Caillou – Embouteillage

    Ce vol de moineaux
    Qui se rassemble
    Et vient fondre sur une antenne,
    Comme un génie rentrant dans sa bouteille.

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    Pensée d’après-vacances 3 – embouteillages et efficience des marchés

    Il y a un siècle de cela, j’avais commis quelques thibillets sur l’efficience des marchés financiers . Non pas tant pour convaincre (les cours que je donne à des cadres me montrent bien que personne n’y croit vraiment) que pour fixer les idées dans un texte. Il reste, dans la série, quelques billets à écrire. Mais en voici un court, sous forme d’analogie.

    Celui qui croit que les marchés sont efficients, pense que :

    1. ça ne sert à rien de s’agiter pour trouver LA valeur qui va faire +127%
    2. il faut se diversifier
    3. tous ceux qui cherchent LA valeur font, 4 fois sur 5, moins bien que ceux qui ont acheté 40 valeurs pépères (ou encore mieux, un tracker), et sont allés dormir

    Celui qui croit que les marchés ne sont pas efficients pense que :

    1. les autres sont des cons (y compris, et surtout, les analystes, les investisseurs institutionnels, et les fonds de pension)
    2. il existe une valeur que personne n’a repéré, ou qui a été mal analysée par les autres (c’est normal, ils sont cons)
    3. le tout est de savoir prendre des risques, lire la presse, et se renseigner auprès de son chauffeur de taxi

    La quête du deuxième est une quête d’eldorado, et tel le turfiste moyen (rappel : grande discussion avec Nerik), l’investisseur cherche  fiévreusement les tuyaux, achète tiercé bourse magazine, et salit beaucoup de chemises.

    Il en va de même sur les autoroutes, mon frère, allelouia, allez Louya !

    Il y a celui qui croit que les files d’embouteillage sont efficientes, et qui écoute Sanseverino et Tom Waits en jouant à « devine quel animal fait roumph » avec ses enfants. Et puis il y a les nombreux qui, dans un embouteillage, déboitent, s’insèrent, changent de file, et rusent comme des fennecks du désert. C’est un ballet incessant, que ça déboite à gauche (et un autre rusé en profite pour se mettre dans la file de gauche), à droite (idem), c’est beau comme une Lambada. Les embouteillages, ce sont les marchés financiers du pauvre.

    Et donc, quelques images, issues de cette analogie :

    • aucune file ne gagne, même pas celle de gauche, pfou, non, non, il suffit que l’accident soit sur la voie de gauche, ou, encore pire, que l’accident ait eu lieu en face, pour que tous les bourrins ralentissent pour regarder s’il y a du sang, et la voie de gauche est aussi coincée qu’un agouti dans les toilettes, tandis que la file de droite dévide son chapelet de voitures comme la machine à saucisse dévide des petits boudins.
    • celui qui ruse et s’échine, dépense plus d’essence (accélération, pilage, accélération), de gomme (vous savez combien coûte un train de pneus d’une Kangoo ?!) et utilise plus souvent du déodorant salit plus sa chemise. En net, il aura peut-être gagné quelques centaines de mètres, mais si l’on défalque ses coûts de transaction, ça n’en vaut plus la peine.
    • Tous les calculs, toutes les optimisations possibles, toutes les stratégies : tout le monde les voit en même temps. Par exemple, une file se libère, hop, les plus rapides déboitent, crissement de pneus, insultes, et tchoc, la file se retrouve bloquée (hausse de la demande) tandis que les autres files se fluidifient. Vite, replacement, re-crissement, l’air sent le caoutchouc brûlé et les actions Michelin montent en Bourse.
    • Déboiter vite, c’est risquer l’accident. Or, face à cette augmentation du risque, il ne semble pas qu’il y ait une augmentation de rentabilité : dans un embouteillage donné, regardez les voitures autour de vous, et faites le point après 1km : ils sont tous là, à côté de vous. Certes, Jojo le Fenneck a grappillé deux voitures d’avance, belle affaire, et Legnîdu la tortue est trois voitures derrière. Mais en résumé : Jojo a pris plus de risques (rétro dézingué par un Baron noir sur sa moto), en encouru plus de coûts (l’existence précède l’essence), et n’a gagné que deux misérables voitures. Vas-y, je te les donne, va faire joujou.

    Mais tout ce que je dis là, Charles Bukowski l’avait déjà dit

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    Batana – Marceau Lilès

    Attention, les batanas entrent dans une nouvelle ère : l’angoisse de ne plus être original, ou de ne pas être assez cultivé. En effet, si ça se trouve, les batanas que nous « inventons » sont déjà dans Le Baleinié (tome 1 ou 2).

    Donc vigilance ! (et achetez Le Baleinié, les auteurs le méritent bien…)

    Marceau Lilès : n. m. énervement que l’on ressent quand on lit que telle actrice, tel auteur, est né 2 ans, 5 ans, 10 ans après nous. Vague sentiment d’incomplétude, résumé par la question « et moi qu’ai-je fait ? »

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    200ème billet – Batanas et Ubuntus

    Pour fêter ce 200ème billet (et je ne compte plus vos commentaires, notamment tous ces sympathiques vendeurs de Viagra), voici un compte-rendu, je l’espère exhaustif, des batanas et ubuntus répertoriés à ce jour. C’est cliquable (cliquez sur les pitites croix grises), mis à jour régulièrement, et en méta lien dans la colonne de gauche. Bref, du web 2.0 (je ne sais pas ce que ça signifie, mais c’en est, c’est sûr !)
    Les derniers ajouts sont en bleu.

    Batanas et Ubuntus

    All + All –

    Batanas et Ubuntus

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    Blogana – Filoguer

    Ce n’est pas vraiment une batana, mais assurément, elle peut appartenir à la catégorie « blogueurs ».

    Filoguer : v.t. Le fait de faire quelque chose nous fait penser qu’on devrait faire autre chose. Par exemple, quand on écrit un billet de blog, on pense à deux ou trois autres billets à écrire. Quant on fait une liste de courses, on pense qu’il faut étendre la lessive. Quand on se mêle de faire la cuisine, il faut d’abord ranger le lave-vaisselle.

    Filogage : n. Situation où, pour faire une chose, il faut d’abord en faire une autre, qui renvoie à une autre chose à faire en amont.

    Exemple 1 : faire la cuisine. Oui, mais pour ça, il faut d’abord nettoyer le plan de travail et mettre la vaisselle dans le lave-vaisselle. Oui, mais pour ça, il faut d’abord vider le lave-vaisselle… Et ce n’est pas que dans la sphère privée : une journée de travail est remplie de filogages. Le pire : penser plusieurs fois à la même tâche, et re-filoguer à chaque fois dans sa tête (ah oui, mais je me souviens que pour faire ça, je devais d’abord faire ça, ce qui m’amenait à devoir faire ça… Allez on verra plus tard. En d’autres termes, on se crée les conditions d’un prochain filogage sur cette même tâche).

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    Livre lu – Nick Hornby : Haute Fidélité

    Je commence aujourd’hui le long trajet de mise à jour de mes critiques de livres / disques. Les mails viendront après, puisque je suis toujours en over-danaïdes.
    Haute Fidélité (10/18, n°3056, 1999, 254 p.) fait partie de ces livres à listes, je trimbalais ce titre dans ma tête depuis plusieurs mois (années ?), car je l’avais coché dans mon petit guide Fnac des 200 livres des 10 dernières années. Au passage, c’est une merveille, ce petit guide Fnac (j’en avais parlé ici), avec son système de correspondances (« si vous avez aimé untel, vous aimerez untel »).
    Donc, qu’ai-je aimé dans Haute Fidélité, et quelles sont les correspondances spontanées qui me viennent à l’esprit ? C’est un livre à la première personne, qui, plus qu’une autobiographie, est une mise au point de la vie du héros, anti-héros trentenaire qui baigne dans la musique, étant donné qu’il a un magasin de disques. Le style est évidemment pince-sans-rire (tout cela est très anglais), avec de très bonnes observations, et puis une histoire qui, ma foi, balaie 30 ans de déconvenues personnelles sur fond de musique pop et R’n’B.
    Cela me donne envie (tout livre bien écrit me donne envie de faire quelque chose) de refaire des listes, comme ce soir d’il y a quelques années, où sur le comptoir d’un bar estudiantin, j’avais fait la liste des plus grandes intros de rock…
    De voir ce personnage se dépatouiller de ses histoires pourrait être uniquement drôle, mais il y a un fond plus profond, plus personnel : on hésite à rire de sentiments, de pensées, dont on se dit qu’on pourrait les avoir un jour, ou bien, qu’on en est pas passé loin… Je m’attendais aussi à ce que la musique soit plus présente, mais la vérité est que la musique est très présente dans ce livre, simplement, je ne connais pas tant de morceaux que cela, à mon grand dam. Avis aux musicophiles…

    Les gens s’inquiètent de voir les gosses jouer avec des pistolets, les ados regarder des films violents ; on a peur qu’une espèce de culture du sang ne les domine. Personne ne s’inquiète d’entendre les gosses écouter par milliers – vraiment des milliers – de chansons qui parlent de coeurs brisés, de trahison, de douleur, de malheur et de perte. Les gens les plus malheureux que je connaisse, sentimentalement, sont ceux qui aiment la pop music par dessus tout.
    Nick Hornby, Haute Fidélité, 10/18, n°3056, p. 25.

    Correspondance : David Lodge, s’il s’était focalisé sur un gars qui aime bien la musique pop, aurait pu écrire ce genre de livre. De l’analogie avec David Lodge, je retiens aussi la pratique d’effets de style qui changent, c’est-à-dire, l’utilisation d’un style particulier à un moment donné, pour transmettre des sensations patriculières (par exemple, dans Thérapie, David Lodge utilisait à un moment des « rapports » (rapport de police, compte-rendu à une psy, etc.) pour retransmettre les points de vue des différents personnages.)

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    Don Quixote

    Lever 6h30, zigzag vers la douche, pschhh, résurrection. Une chemise, sanglé dans un costard, étranglé dans une cravate, et un café pour décoincer la glotte.

    Départ dans une voiture qui n’est pas la mienne, avec un ordinateur qui n’est pas le mien. Je vais évangéliser les foules, la route est brumeuse, le soleil se lève.

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    Azimuté, ou conversation entre moi et moi

    – qu’est-ce que tu voudrais pour Noël ?
    – un fil RSS qui permette de suivre les réponses à mes commentaires sur d’autres blogs.
    – t’es complètement chtarbé, toi.
    – oui.

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    Ubuntu – Septième vague

    Septième vague : n. f. Englobe les termes Agorie, Murouli, et Lulu (à défaut de félixographie). Instant où l’on se dit « la vie est belle, je suis le plus fort, je vais tous les avoir » (pour ne pas dire autre chose).
    Instant où l’on se sent vivant.

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    Pour changer de thème – test

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    Message de service

    J’ai changé la structure des commentaires. Désormais, je réponds à chacun(e) directement en-dessous de son commentaire. Avantage : plus clair, plus linéaire. Inconvénient : mes commentaires ne sont plus signalés dans la liste des derniers commentaires. C’est gênant ?

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    Batana – Hachoirer

    Antonyme du ubuntu « Biyarder », voici la batana suivante :

    Hachoirer : n.m. Se taper tous les feux rouges. Démarrer, passer la seconde, et voir le feu à 200 m qui passe au rouge.
    Par extension : voir quelqu’un qui carotte la file d’attente « parce qu’il a une bonne raison ».

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    Lithiase – Electrolyse

    Il me dit « Tu comprends, là, il faut que je m’organise, il y a tous ces dossiers, je suis en retard sur le projet batana et par ailleurs, on ne me donne pas les moyens, et ma famille là-dedans, hein, et je ne te parle pas de ma famille seulement, j’existe aussi en temps que personne et »
    BZZZZZZ.
    Ses yeux deviennent vitreux. Une voix monocorde prend le relais. « Pause. Veuillez patienter. » Sa main ouvre convulsivement un tiroir, elle en tire un cylindre gris, elle éjecte le même type de cylindre fumant dans son dos, le remplace par le neuf. Ses yeux se rallument et il dit
    « Et je ne te parle pas de ma hiérarchie,tu sais, j’essaie de ménager tout le monde »

    Je quitte son bureau, il continue à parler en fixant le mur gris.

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    Ubuntu – Biyarder

    Voici un ubuntu citadin.

    Biyarder : v.i. En voiture, ne pas avoir à freiner (ni accélerer), car les feux passent tous au vert quand on est encore à 200 m. Se laisser glisser sans à-coup.
    Par extension : descendre le toboggan d’une piscine en tenant un enfant dans les bras.

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    Projet Ubuntu

    Monsieur Jean en a été le co-fondateur, et le premier contributeur (premier nommage, première définition), sous les auspices de Yann ou Joséphine. Il s’agit donc de proposer un pendant aux batanas, et de définir, identifier, des petits plaisirs quotidiens.
    Le ubuntu, c’est l’anti-batana.
    (Liste des batanas ici, et aussi chez Yog, ici et ).

    Question : le ubuntu doit-il être par essence champêtre, naturel, estival, ou peut-on avoir un ubuntu en ville ? Réponse (évidente) : étant l’anti-batana, il est l’anti-tracas quotidien. Donc, si une batana, c’est de se prendre la manche dans une poignée de porte, un ubuntu sera, par exemple, cette brise rafraichissante que l’on sent déjà dans le couloir d’un métro surchauffé. Donc le ubuntu peut (voire, doit) être présent en ville, hors vacances.

    Voici la liste des premiers ubuntus :

    • Vespéridienne : n. f. Un jour de forte chaleur, heure à laquelle l’air du dehors devient plus frais que l’air du dedans, et on peut donc ouvrir les volets et fenêtres. (terme copyleft Monsieur Jean).
    • Petit-terrasser : v.i. prendre son petit déjeuner dehors au soleil, sans être bien réveillé, éventuellement pieds nus et en caleçon, avec des croissants chauds en feuilletant Libé.
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    Caillou – Il y a 5 ans, dans une autre vie

    Des tours s’écroulaient
    pendant que nous faisions l’amour,
    insouciants, enfantins.
    la chambre était petite, la lumière rasante.
    Elle découpait ton corps
    Dans une odeur de chocolat chaud.
    Nous n’étions nulle part, nous étions chez nous.

    Donnez-nous une bulle, irisée, exigüe, mais
    à nous.

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