Proxy for Love

J’avais une discussion intéressante avec un collègue, à midi, sur un de ses papiers de recherche. Je ne peux pas en parler ici, des fois que des espions du KGB (comment, ça existe plus ?) voudraient piquer ses idées de recherche à mon collègue, et publier avant lui dans International Journal of Big Ideas and Small Salaries.
En revanche, cela m’a ouvert des horizons vertigineux. Vous savez ce que c’est qu’une variable proxy ? Non ? Oulala, la honte, c’est pas possible d’avoir un tel ramassis de bras cassés !
Prenez vos cahiers, vos crayons, et notez scrupuleusement, c’est chement utile (enfin, uniquement quand on fait de la Recherche).

J’apprends avec les profs : une proxy, virgule, c’est une variable observable d’un phénomène non observable directement. Par exemple, on pourrait dire que les vaguelettes concentriques qui s’élargissent à la surface d’un lac sont une proxy de ce qu’on a pas vu, à savoir que Raoul a balancé sa belle-mère à l’eau il y a 2 minutes. Bon, mais là, le balancement à l’eau aurait pu être observé, et quantifié, c’est juste qu’il fallait pas tourner la tête à ce moment précis pour regarder les faucons, triple buse !

Dans ma thèse de doctorat (téléchargeable ici, je suis comme ça, moi), je prenais un autre exemple : pour mesurer le niveau d’éthique d’un dirigeant ou d’un homme politique (variable difficile, ou impossible, à mesurer), on peut prendre comme proxy son nombre de mises en examen, parce que ça, c’est de l’information bien publique, bien connue.
Bref, le papier de recherche de mon collègue porte sur le mariage, et notamment le mariage par intérêt.
Moi qui suis fleur bleue et candide, je lui dis « mais enfin, est-ce que tu contrôles par l’amour ? »
Pouf, pouf, j’explique.

J’apprends avec les profs : une variable de contrôle, c’est une variable « grain de sel », qu’on rajoute pour vérifier qu’on ne se trompe pas dans ses hypothèses. Par exemple, Vadoncq & Min Abl ont montré que quand la température baisse, le nombre de suicides augmente. Mais en fait, il n’y a pas de corrélation directe entre les deux phénomènes : c’est juste que l’origine des deux phénomènes est la même. En effet, en hiver, il fait froid, et il fait gris, donc les gens dépriment, donc on a plus de suicides. Si, dans le modèle « Froid = suicide », on avait introduit la variable de contrôle « Saison », on aurait vu que ce n’est pas le froid qui explique les suicides, mais l’hiver. Bref, le pouvoir explicatif du froid disparaît quand on contrôle par la saison. Fin de la séance.

Quand je demandais à mon collègue « est-ce que tu contrôles par l’amour ? », je voulais dire deux choses :

  1. Le mariage ne se réalise pas que par intérêt, il peut aussi être un mariage d’amour. Alors comment identifier les mariages d’intérêt ? (ce qui représente ce que mon collègue recherche)
  2. En fait, je voulais souligner qu’il n’existe pas une variable mesurable de l’amour, et c’est tant mieux, ça veut dire que l’odieuse recherche dissectrice et formolée n’arrivera jamais à profaner le sanctuaire de l’amour vrai.

« Eh ben si », m’a répondu en substance mon collègue. Et il m’a cité à l’appui quelques variables proxy qui permettent, raisonnablement, de dissocier les mariages d’intérêt des mariages d’amour.
Effrayant.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 22

Stuffy beans
 
Vers l’aube, Eileen prit une route latérale et le taxi alla s’arrêter en chuintant en face d’une auberge illuminée. Elle se tourna vers nous, vers Aline qui émergeait et ouvrait de grands yeux, et dit « C’est le meilleur Stuffy Beans de toute la région, je vous l’offre ». Et tandis qu’elle descendait, qu’Aline me quittait, ouvrait la porte et allait rejoindre Eileen qui était déjà partie vers l’entrée de l’auberge, Conrad se retourna vers moi, me fixa. Je lui souris : « Ça n’est pas moi qui lui ai dit que le Stuffy Beans était ton plat préféré. Ni Aline. Et puis après tout, elle a aussi le droit d’aimer le blues et les Stuffy Beans… ».
Il hocha la tête, le regard fixé loin derrière moi, puis soupira et grommela pour la forme : « Le meilleur Stuffy Beans ! Qu’eski faut pas entendre ! »

Stuffy beans : arg. cuis. Sorte de plat intermédiaire, dont la recette varie avec la latitude et l’heure. Si l’on s’en tient à la froideur des faits, le Stuffy Beans est un plat de haricots blancs ou rouges (cuits au beurre), dans lequel siègent avec grâce des tranches épaisses de jambon, lui-même doré-sauté-grillé à la poêle. Certains esprits pointilleux ont cherché à décortiquer, décomposer, analyser le principe du Stuffy Beans, ils ont cru cerner ce plat avec des livres et des citations, mais ça n’est pas la bonne approche. Le Stuffy Beans, ce sont simplement des haricots et du jambon d’un côté, et un affamé de l’autre.
(extrait de L’art du mijotage, par Horace Diantredesdeux).

On s’est attablés dans la lumière, on a commandé quatre Stuffy Beans avec du café, Conrad a poivré ses haricots pendant qu’Eileen versait du Tabasco dans les siens, ça sentait bon le jambon doré.
Quand on est sortis de l’auberge-relais-routier, Conrad a passé son bras autour des épaules d’Aline et ils sont repartis vers le taxi, je restai sur le seuil à les regarder, à regarder les nuages blancs dans le petit matin. Méditation. Puis Eileen sortit de l’auberge et vint vers moi. Bon. Elle me regarda, piétina un peu, puis me dit : « Vraiment, ça ne vous gêne pas que je sois là ? »
Elle semblait avoir un problème. Dans ces cas-là, il faut rassurer, prouver que Rien N’est Problème Si l’On a La Foi. Alors je soulèvai un sourcil étonné. « Non », dis-je, « pourquoi ? »
(Dans la discussion, c’est toujours le premier qui dit pourquoi qui a l’avantage, après on n’a plus qu’à se laisser glisser. C’est à ce genre de choses que je dois d’être encore en vie, sémillant et véloce comme au premier jour).

– Ben, vous étiez trois, et maintenant on est quatre…
– Mmmm… , fis-je.

Je pris un air songeur. Quand quelqu’un se pose un problème comme ça, il ne faut pas tout de suite le prendre à la légère, il faut communier avec lui, montrer qu’on pèse le pour et le contre de nos petites misères. Nous sommes tous humains après tout.
Enfin, je crois.
Je pris donc l’air sérieux, bien qu’intérieurement mon âme flottât telle une bulle de savon colorée. Et je dis :

– Oui, évidemment, c’est un problème.

Eileen eut l’air un peu rassurée : son problème était devenu notre problème.

– En effet, dis-je, avant, on partageait nos rations de voyage en trois (j’aime bien parler de rations de voyage, ça fait Organisé). Maintenant, que faire ?

– On pourrait peut-être les partager en quatre ? suggèra-t-elle, tout en se demandant si je me payais sa fiole.

– C’est ça ! dis-je, C’est l’idée ! Voilà, tout est réglé ! Heureux d’avoir résolu ton problème ! Et …

Et je la laissai là, c’était pas tout ça, il fallait que j’aille voir Aline pour refaire mon électrolyse interne.

– De quoi parliez-vous ? me demanda Alinette.
– Boff, de logistique nourricière, tu sais ce que c’est, l’intendance quoi.

Je regardai là-bas Eileen qui me regardait, les pieds plantés dans les touffes d’herbe desséchée. Et puis elle secoua la tête et vint nous rejoindre en souriant.

– Bienvenue à bord, dis-je.

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Le roman, dans l’ordre, est
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J-7

Vendredi, dernier entraînement, qui a consisté à courir sur un tapis de course à Marathon Expo, pour notre sponsor Spira, les chaussures à ressort, boïng boïng.
En regardant la liste de mes entraînements, je vois quelques stats amusantes :

  • 18 sorties en 63 jours, soit 2 sorties par semaine (en fait, plusieurs semaines à 3 sorties par semaine, et quelques semaines vides)
  • 185 km parcourus, soit une moyenne à 10,3 km par sortie (mais fort écart-type : 7 sorties à plus de 12km, dont le semi-marathon de Paris)
  • 23h18 de course, soit 2h35 par semaine en moyenne


Dans 7 jours, ce sera le test de toute cette accumulation. J’ai déjà du mal à dormir, si quelqu’un à des conseils de relaxation, je suis preneur. Il faudra aussi que je mette à jour ma check-list d’avant marathon, et son codicille.

Sinon, pour parler un peu finance, ça commence à se déchaîner en terme de dons : j’ai instauré une page des cotations, quasi turfiste, qui permet de savoir qui est vraiment aimé, héhéhé.
Rappel : 100% des dons vont à une association humanitaire, et Dieu t’aimera pour ça.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 21

Etape de nuit
 
Eileen avait allumé un petit cigare brun et je la voyais, depuis la banquette arrière, une petite lueur orange illuminait son visage régulièrement. Devant moi, je ne voyais que la nuque de Conrad, mais c’était comme si j’avais vu son visage, une nuque c’est très expressif, surtout quand c’est la nuque d’un plantigrade itinérant. Eileen conduisait en douceur, on avait quitté la ville et elle n’hésitait pas à pousser la vitesse, on aurait dit qu’elle était guidée par la lueur des phares devant nous, qu’elle cherchait à les rattraper.
De la nuque de Conrad, si expressive, que pouvait-on dire ? Ouragan sur les rizières, tourment des âmes, l’œil ne voit que l’essentiel. Eileen brancha la radio, tourna le bouton à la recherche d’une station audible, et s’arrêta sur une intro à la guitare : Everything’s gonna be alright, un des blues préférés du vieux Conrad. Habituellement, quand il entendait ce morceau, il souriait, on avait l’impression qu’il était ailleurs, et il se mettait à accompagner le morceau d’une voix de basse profonde, les yeux au loin. Y avait pas à dire, elle savait y faire. Je vis la nuque se détendre, il tendit le bras, attrapa doucement le petit cigare au coin de la lèvre d’Eileen, en tira une ou deux bouffées songeuses, puis lui rendit, sa grosse patte avait la délicatesse d’un papillon qui ne veut pas réveiller les fleurs. Il étendit les bras, les mit derrière sa tête, je l’entendis rire un peu, pour rien, comme ça, il devait se dire « Bon sang, bon sang de bois » en rigolant, puis il dit « Ah, bah ! » et tout fut dit, tout fut réglé pour lui.

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Y a Pâques le boulot dans la vie

Interruption temporaire émission thiblogiques.
Repos, jogging, bouffes, soleil… et correction de copies (j’ai rempli mon stylo-plume rouge, ça va saigner).
Ré-apparition fugitive la semaine prochaine (jeudi) et encore, pas sûr.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 20

Wells Fargo Inc.
 
Quand nous sommes arrivés au taxi, il y a eu un moment de flottement, flottement de la chemise d’Eileen dans le vent, flottement de sa crinière dans la nuit sombre, elle était l’étendard de notre indécision.
 
– Passe-moi les clés, je vais te relayer, a-t-elle dit à Conrad.
 
Il y a eu un petit moment de silence, c’était compréhensible, je n’avais jamais vu personne avoir le droit de conduire le taxi de Conrad, il était comme ces conducteurs de diligence qui fouettent et jurent et conduisent leur attelage dans les plaines désolées de l’Ouest en sacrant comme des beaux diables, mais qui jamais jamais ne laisseraient leur fouet à un pied tendre, une corne verte, ils sont nés sur la route, ont été bercés sur les cahots des chemins poussiéreux et c’est leur Mission à eux que de maintenir un lien entre les Hommes perdus à l’horizon.
Conrad s’est tourné à demi vers Eileen, elle le regardait en tendant la main, il n’avait qu’un effort à faire. Il mâchonnait son tuyau de pipe, regardait Eileen, se passait la patte dans les cheveux, marmonnait. On a entendu des grommellements du genre « Mmmfffboite de vitesses… pas facile… liquide de refroidissemfff… d’mande du doigté… Mmmf … doigté… » et puis il a plongé la main dans sa poche de jean, a tendu les clés qui brillaient dans la nuit bleue. Passation de commandement.
Conrad s’est juché sur le siège du passager, Aline et moi étions à l’arrière, curieux de voir ce qui allait se passer. Eileen est montée sur le siège du conducteur, a desserré les freins, a fouetté l’attelage en criant « Hoahey, Giddyap ! », Conrad a ouvert la bouche, aucun son n’est sorti, il l’a refermée avec un air renfrogné. La diligence a pris de la vitesse dans la rue principale, s’est arrêtée au bar-étable où Eileen a récupéré son sac de voyage, et puis les chevaux sont partis au galop sur la piste poudreuse, balisée par les cactus chandeliers, pour notre étape de nuit.

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Usine à gaz ou Ferrari

J’ai passé pas mal de temps avec mon buddy sur la réalisation du site web du projet Mercure. Tout cela a été réalisé sous Mac, avec iWeb. Pour un utilisateur lambda, qui ne souhaite pas savoir ce qu’est une balise HTML, c’est génial : du glisser-déposer, tout est fluide, graphique, intuitif, bref, de l’ergonomie façon Mac, tout est orienté vers l’utilisateur final. Enfin une société qui a compris, depuis des années, que c’est à l’informatique d’aller vers l’utilisateur, et pas l’inverse.
Donc, super, on a réalisé notre site, et hop, il a été mis en ligne.
Puis vint le moment de corriger quelques petits trucs : typos, photos à remplacer, pages à ajouter.
Et là, l’horreur. Je suis sous PC. J’utilise Nvu, déjà évoqué, qui a une interface visuelle (WYSIWYG) mais qui permet aussi d’accéder au code source, pour mieux visualiser. Mamma mia, il y a 117 mondes entre la perfection graphique affichée, et la complexité du code source caché derrière. Et là, encore une fois, je tire mon chapeau à Apple : l’exploit est non seulement d’offrir à l’utilisateur un programme très simple et intuitif, mais aussi de traduire ce graphisme apparemment simple en code efficace qui rendra exactement ça à l’écran. Quand on voit le code généré, c’est moins beau. Efficace, 100% conforme à ce qui est demandé, mais un Chat (prononcer Tchat) n’y retrouverait pas ses petits.
Résultat : comme je n’ai pas de Mac, j’ai passé quelques heures pour rajouter un texte qui soit placé au bon endroit. Je ne parle même pas des photos à insérer, voire des codes pour les dons en ligne (Rappel : vous pouvez donner).
J’en viens à ma remarque, qui est plutôt une interrogation.

  • On a Apple, qui offre des produits très intuitifs, des programmes beaux, fluides, et terriblement bien pensés en terme d’ergonomie pour le grand public. Mais cela cache une usine à gaz derrière. L’exploit est réel, j’en suis content, mais il faut surtout se cantoner au rôle d’utilisateur lambda : vouloir aller voir sous le capot, c’est se perdre dans la Mer des Sargasses…
  • On a Windows, qui a toujours un train de retard pour copier Apple. Mais l’avantage, c’est que le dessous du capot est mieux rangé (avec ses failles de sécurité, certes…)
  • On a enfin Linux, qui a un dessous de capot certes complexe, mais extrêmement bien rangé et sécurisé. Puis ils ont rajouté, progressivement, une couche d’ergonomie.

Je ne défends pas un système, car la satisfaction dépend de ce que demande l’utilisateur. Mais je constate que le Mac, c’est parfait tant qu’on reste dans les sentiers balisés.

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Flapi-flapo

Phase d’over-burn. J’ai passé pas mal de temps ce derniers jours sur le projet Phenix, en sus de mes activités par ailleurs. Augias n’est toujours pas terminé, mais très consommateur de temps. Mercure aussi, qui bouffe des heures de nuit (et d’entraînement !), et Magnolia, quand même. Prométhée est complètement dans les choux pour l’instant, je ne peux pas tout faire.
Ce matin, vrai bon coup de pompe : depuis 10 jours, j’étais en productivité maximale, là je sens que tout se dégonfle. Demain soir, quelques jours de vacances, dormir, dormir, dormir. (et courir courir courir…).

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Engagement

La notion d’engagement n’a plus vraiment de sens. Je m’engage aujourd’hui, je te trahis demain, c’est la loi de la jungle mon ami, on n’est pas liés.
La notion d’engagement à long terme n’a plus aucun sens. Je m’engage aujourd’hui, je te trahis dans 2 ans, eh, on n’est pas mariés, chacun sa vie.
Quelques réflexions à ce sujet :

  1. La loi de la jungle est évoquée par des personnes qui n’ont jamais vécu dans la jungle. Qui seraient perdues loin de leur téléphone portable ou de leur ordinateur.
  2. Le « je te trahis car les choses ont changé » (= tu as changé), je l’entends essentiellement comme « dès le départ, je savais que je ne marcherais pas avec toi (mais je en te l’ai pas dit) ».
  3. « Chacun sa vie ». C’est difficile à défendre, car nous vivons tous en société. « Chacun sa vie » est défendable, quand cela signifie « dans la communauté, je veux un peu de temps à moi. » Mais signifier par là « je rompts avec toi », c’est signifier « je n’ai besoin de personne ». Que celui ou celle qui n’a besoin de personne vienne me voir, ça m’intéresse.
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Magnolia Express – 2ème partie – # 19

Rêve nocturne au milieu de l’été
 
Nous sommes sortis de l’étable au milieu de la nuit, tous les quatre, Aline était pelotonnée contre moi et Eileen et Conrad se tenaient bras-dessus bras-dessous. Dans le ciel nocturne, une écharpe d’étoiles enveloppait la lune frileuse, on entendait le bruit des peupliers dans le lointain, le vent de la nuit qui soufflait et peignait nos cheveux.
Nous sommes aussi des vers luisants, des gardons qui remontent un torrent de montagne, je dis bien des gardons, pas des saumons, et notre Quête est de celles qui transcendent l’espace, les seules barrières qui puissent nous arrêter sont celles que nous érigeons. A chaque pas que nous faisons vers notre étape, nous distillons une buée de rêve et rien ne peut se comparer à cela, nous sommes des écrivains en trois dimensions et cette nuit bleue est notre page blanche. Les façades des maisons projetaient de grands lacs d’ombre sur le sol, nous passions d’une plaine éclairée par les réverbères à la nuit d’une forêt de maisons, puis débouchions à nouveau dans une vallée de lumières et nos semelles buvaient le pavé. Au bout d’un moment, on a longé une barrière sur la droite, avec un parc derrière, silencieux et glacé sous la nuit, de grandes étendues d’herbe froide, des arbres solitaires et des réverbères blancs éclairant les allées désertes.
– Brrr … a fait Aline.
Eh oui, si Titania devait aujourd’hui se chercher un lit de mousse, une clairière parfumée où elle puisse dormir, irait-elle dans ce parc aseptisé, sur cette pelouse-motel-confort-minimal-garanti ?
Je ne pense pas.
Je ne pense pas.

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Caillou – In Fusion

Dans ma tasse de thé
Un pétale s’est posé.
Cerisier en fleur sur mon palais.

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Batana – Tobogueur (ou Boubit)

ça m’énerve, je trouve plus de tracas quotidiens (batanas) que de petits bonheurs quotidiens (ubuntus).

Tobogueur (ou Boubit) : n. m. Bol, verre ou cuillère posé dans l’évier de telle manière que, quand on fait couler de l’eau, un jet rebondit directement, et précisément, sur les vêtements.
Par extension : personne qui élève la voix pour terminer sa phrase, parce qu’un autre a tenté de l’interrompre.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 18

Eileen
 
Elle a dû sentir que je soulevais un chapeau imaginaire, car elle s’est détendue un peu, a souri, j’ai eu l’impression de voir un poulain gambader dans l’herbe verte.
– Laisse, dit Conrad-le-rêveur-fumeur-de-pipe, ce sont les amis dont je t’ai parlé…
Elle m’a reposé sur le tabouret, j’étais content d’être à nouveau assis, elle se pencha par dessus la table, tendit la main à Aline :
– Eileen (air sérieux, regard volontaire).
– Aline (air espiègle, regard-sourire). Ne me l’abîmez pas, il peut encore servir.
Puis elle me tendit la main :
– Eileen. Excuse-moi, il y a tellement de malotrus qui abusent d’une faible femme…
– …
Elle s’assit sur mes genoux et recommença à parler avec Conrad, je regardais Aline d’un air effaré (ce n’est point ma faute), il fallait tout de même reprendre la situation en main…
Eileen demandait à Conrad : « Alors tu ne veux pas m’expliquer pourquoi vous faites le taxi de nuit tous les trois à 300 miles de ton port ? »
Conrad hochait la tête, le regard un peu vague. Et je répondis :
– il ne peut pas le dire, parce qu’il ne le sait pas. De nous trois, il n’y a que moi qui sache.
Eileen me regarda, ça y est, j’existais, je n’étais plus simplement un coussin pour boire de la bière. Conrad me regardait en tirant une ou deux bouffées de sa pipe de maïs. Et Aline me regardait aussi, l’air interrogateur. Les yeux d’Eileen trottèrent de mon visage à celui de Conrad, firent un détour par Aline, revinrent sur moi.
– Alors ?
– Je ne sais pas si je peux te le dire, tu comprends, on ne te connaît pas vraiment…
Je jouais le jeu, il fallait bien qu’elle comprenne l’Enjeu. Elle me regarda en fermant un œil, allait-elle me tire-bouchonner à nouveau le col de chemise, me soulever de ce tabouret reposant, allait-elle me faire subir un interrogatoire troisième degré ? Elle racla du sabot sous la table. Allez, elle avait l’air vivante après tout, je pouvais bien lui en parler, même si je ne savais pas encore ce que j’allais dire. Je respirai et puis :
– Nous sommes des Pèlerins allant vers la Frontière.
C’est notre Mission, c’est notre Vœu. A tous les trois.
Silence.
Et puis Conrad se racla la gorge, réfléchit, et dit « Oui, c’est bien ça, le petit a raison ». Aline ne dit rien mais Aline n’a jamais besoin de parler, c’est sa magie à elle.

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Pensée américaine – pédagogie

Le prof américain est très interactif : il interroge la salle, fait intervenir, répond. Il a l’air malheureux quand la salle ne réagit pas. Cela a des avantages certains. Par exemple, le fait de faire préparer une présentation à l’avance est un plus : les étudiants qui doivent présenter mouillent la chemise, la salle écoute (ce sont leurs camarades) et l’interaction qui suit est généralement intéressante. Le prof n’est alors plus un transmetteur de concepts, façon enseignement magistral à l’européenne, mais plutôt un facilitateur de discussion.
Inconvénient, perçu par certains : une certaine dilution des propos, on ne va pas forcément loin en profondeur.
L’inconvénient majeur, que j’ai bien perçu lors de ma semaine à Austin : le professeur arrive avec des questions, et dès les premières minutes, il essaie d’interagir avec la salle. Mais la salle est composée d’Européens, dont la logique, la culture, sont différentes. L’étudiant européen (et je parle de cadres en MBA Exec, pas de jeunes de 20 ans) attend d’abord, il veut prendre ses marques, en écoutant un professeur, avant d’intervenir. Il faut au moins 20-30 mn de conférence du prof pour chauffer l’ambiance, au minimum. Le problème est que le professeur américain n’est pas habitué à celà : il prend ce silence pour de la torpeur, de la stupidité, ou un manque d’intérêt.
J’ai notamment vu un intervenant essayer de secouer la salle, en disant des choses du type « allez, enfin, je vous pose des questions vraiment très très simples… » et s’étonner de l’absence de réponses : l’audience en était d’autant plus crispée, parce qu’elle avait le sentiment d’être forcée. On ne change pas sa culture facilement.

  • Conclusion 1 : à chaque culture, sa pédagogie. Le one best way ne marche que pour one (best?) country.
  • Conclusion 2 : je pense que les Européens sont plus intériorisés, et qu’ils limitent volontairement leurs interventions en public (peur d’être ridicule, mais aussi respect du groupe) tandis que les américains sont plus ouverts, quitte à parler trop. Encore une fois, pas de système absolu…
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Je blogue avec…

C’est donc une chaine, du genre « passe la patate bouillante à ton voisin », et c’est Julien qui m’y a collé.
Ainsi, il paraît que vous êtes 1,114,274,426 internautes souhaitant savoir avec quoi je blogue.
Ben avec mes mains, mon bon monsieur.

Et pour plus de précision, voici mes réponses au questionnaire de la chaine :

Qui héberge mon blog : 1&1 depuis le début. J’en ai dit du mal, mais à tort : ils ont toujours été efficients, y compris dans la facturation des Gigaoctets surnuméraires que je leur faisais subir. Je ne resterai peut-être pas chez eux, mais je n’ai rien à leur reprocher.

Sous quelle plate-forme tourne ce blog : Dotclear 1.2.4. Je n’en suis pas entièrement satisfait, et depuis des mois, Julien me nargue avec son WordPress. J’y passerai… dès que j’aurai du temps. Cela me permettra de remettre à jour mon thème, ou plutôt, de démarrer un vrai thème perso (celui que j’utilise est une variante paresseuse et sans personnalité que j’ai faite à partir d’un kit excellement développé par Kozlika, une des flammes de l’équipe Dotclear). Ce que j’aimerais dans une plate-forme : garder la main sur tout ; pouvoir modifier des éléments graphiques sans avoir à me fader du PHP ; avoir trois colonnes ; avec des petits gadgets genre tagcloud ; avoir des stats intégrées (celles de 1and1 n’excluent pas les robots…) ; permettre la gestion des photos sans passer par trois menus différents.
Par ailleurs, un petit truc qui me plaît bien intellectuellement, c’est Blogotext : pas de base MySQL, les billets sont des fichiers texte, donc logistique légère et pas d’embrouille. Mon rêve. C’est probablement celui que j’utiliserai sur mon blog secret.

Editeur de billets : Là, j’ai testé plusieurs trucs, et je continue à alterner suivant mes besoins. L’éditeur de Dotclear est très bien, mais un peu « ligne de commande » (ex : retirer le gras, ou le lien, demande à supprimer les balises à la main). Pour les billets classiques, rédigés au fil de la plume : l’éditeur de Dotclear est parfait, rapide, fonctionnel, et intégré à la plate-forme. Pour les billets longs, mis en forme, où j’ai besoin d’une sauvegarde régulière (automatique…), j’alterne entre Zoho Writer et Google Docs : les deux sont en mode WYSIWYG, et proposent l’export/la visualisation en code HTML. Comme ledit code HTML est parfaitement interprété par Dotclear, je n’ai qu’à faire un copier-coller dans l’éditeur de Dotclear. Un seul regret : ces deux éditeurs n’aiment pas Opera, il faut donc que je les utilise sous Firefox (pas dramatique…) Enfin, pour certains billets qui nécessitent une rédaction hors-ligne, ou une mise en forme particulière (je pense notamment aux nouvelles, ou aux parties de roman…), j’utilise l’excellent éditeur HTML Nvu : c’est celui qui m’a servi à développer quantité de sites web, il est clair et suffit amplement à mes besoins.

Lecteur de flux RSS : Netvibes forever ! Des pages claires, des onglets classés, des post-its dans lesquels j’ai mis mes liens indispensables, c’est ma maison virtuelle, mon marque-pages dynamique, mon écran sur le monde. Un peu addictif, certes, mais il me suffit de tourner la tête pour regarder le ciel et les nuages (chez moi ou au bureau).

Promotion de ce blog : Je n’utilise aucun référenceur, aucun tag Technorati, je ne me fais pas spécialement connaître. Je trouve que ces outils sont bien compliqués (j’ai regardé, quand même, hein) et je n’ai pas le temps d’apprendre à les utiliser.

  1. Je ne suis pas sûr que je serai plus heureux quand mes contributions seront regroupées avec 1 826 477 autres dans une rubrique Technorati.
  2. Ce blog est flou, donc la notion même de tag est difficile. Je les ai utilisés au début, en me disant que cela me servirait à faire un tagcloud pour moi, mais j’ai laissé tomber pour l’instant.
  3. Me faire référencer, c’est mettre le doigt dans l’odieuse machine des classements, « allez, qui est-ce qui m’a pingué ? », je préfère laisser faire Google, et le buzz. Et si Google ne me trouve pas, et que le buzz ne se fait pas, ben, je décapsule une bière et je bois à la santé de tous ceux qui font les choses par amour de l’art.

Je ne passe le flambeau à personne, car ceux qui m’auraient intéressé ont déjà répondu, ou alors je connais leurs plateformes : des trucs en ligne où l’on n’a jamais à se casser la tête pour aller voir sous le capot. En revanche, s’il y en a qui ont des trucs à me recommander pour gagner du temps et simplifier mes sessions, ils/elles sont les bienvenu(e)s.

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Google Tisp : révolution dans les WC

Aujourd’hui, Google, toujours à la pointe de l’actualité, propose une alternative à nos fournisseurs d’accès, en proposant de connecter soi-même une fibre optique à un réseau gratuit (offre réservée aux US et au Canada pour l’instant) par le truchement des WC (les fosses septiques sont exclues de l’offre). C’est simple, rapide, et Google propose de surcroît « une analyse de nos conditions alimentaires, pour proposer des publicités ciblées ».
Je dis : c’est chié.
PS : Tisp se traduirait par FAIT : Fournisseur d’accès à Internet par les Toilettes.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 17

Rendez-vous au paddock
 
Nous sommes sortis, une petite pluie fine tombait dans la nuit, Aline s’est pelotonnée contre moi et nous avons marché le long des réverbères entourés d’un halo brumeux. Au coin de la rue se trouvait le bar où était resté Conrad, quand nous sommes entrés on aurait dit une étable tellement il y avait de vapeur, de chaleur, de lumière chaude et de fumée. Conrad était assis à une table au fond, devant lui il y avait une chope de bière à moitié remplie, et il avait sorti sa pipe de maïs et fumait en rêvant. Sur la table de bois ciré, juste en face de sa chope de bière à moitié remplie se trouvait une autre chope de bière, elle aussi à moitié remplie. Deux petites sœurs, une blonde et une ambrée, qui se tenaient bien sagement l’une en face de l’autre. « Tu as trop bu, tu vois double », ai-je dit à Conrad en m’asseyant en face de lui, tandis qu’Aline se mettait sur la banquette à côté de lui. Il hocha la tête, le regard perdu dans la fumée de sa pipe, à construire des châteaux de fumée dans l’air opaque. Et puis une voix m’interpella par derrière : « Alors p’tit gars, tu profites de mon absence pour siroter ma bière ? »
J’ai vu Aline qui regardait par-dessus mon épaule, les yeux rêveurs de Conrad qui se posaient dans l’espace derrière moi, qui souriaient, hochaient la tête, je me suis retourné. Une chemise à carreaux débraillée sur le pantalon, et une fille brune comme une jument dans la chemise. La fille m’attrape par le col, me soulève de mon tabouret en me regardant avec des yeux de cheval sauvage. Je dis juste « Bonjour Madame ».
Si j’avais un chapeau, je le soulèverais.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Frugalité

J’ai un abonnement de téléphone mobile. 2h par mois, et c’est tout. La société de téléphonie mobile, dont j’ai déjà parlé, pousse la délicatesse jusqu’à m’envoyer un SMS pour me dire quand j’ai consommé tout mon forfait, et que je commence donc à flirter avec la délinquance de la sur-consommation.
Ce SMS arrive invariablement le 29 ou le 30 du mois. Sentiment d’ajustement parfait. Il suffit de peu pour éclairer ma fin de journée (et de semaine)(et de mois).

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Projets

Quand j’étais plus jeune, je faisais des projets (impétueux que j’étais !) et j’en parlais autour de moi (naïf que je fus !). Cela se soldait régulièrement, quelques semaines après, par un retour régulier des copains / collègues : « alors t’en es où dans ce projet ? » Et moi de répondre que je n’avais pas avancé. Une semaine passait, et un autre quidam, bien intentionné, et sincèrement intéressé, me posait la même question. Un peu honteux, j’avouais n’avoir rien fait. Les questions s’enchaînaient au fil des semaines, et anéanti, vidé de toute substance, j’avais l’impression de les avoir tous trahis. Je me rends compte aujourd’hui que je m’étais surtout trahi moi-même, en dévoilant aux autres mes rêves les plus intimes. Qui plus est, je les avais conforté dans leur étiquetage scrupuleux : Christophe = projet X ; voir Christophe => ask question projet X ; shoot again, start again, goto begin.
Désormais, fidèle à quelques principes chèrement acquis, je ne parle plus de mes projets que quand ils sont sur des rails assez bien posés, voire quand le train quitte définitivement la gare. Mais ça ne m’empêche pas de les nommer, ni d’en faire la liste.

  • Projet Magnolia : sur des rails, pas de souci.
  • Projet Prométhée (« dérober le feu aux dieux ») : pas assez avancé à mon goût, même s’il a 3 ans d’âge. J’espère le terminer avant 3 ans.
  • Projet Phenix (« renaître de mes cendres, me réinventer ») : lancé sérieusement la semaine dernière. En cours, mais les quelques rails posés ne sont pas suffisants pour que j’en parle.
  • Projet Augias (« pelleter ») : mini-projet, au regard des autres, mais maxi impact. Entrée en gare la semaine prochaine, ou dans deux semaines (plouche ou moinche).
  • Projet Mercure (« des ailes aux pieds ») : alive and kicking, manque plus que les dons.
  • Projet Biblos : je le garde pour faire plaisir à une collègue, qui a foi en moi, mais j’ai pas posé le premier trait de crayon sur le premier plan du premier tracé de la voie ferrée…

Il n’empêche, des choses arrivent. Finance, 2ème édition vient de sortir, avec une mise à jour (données : janvier 2007). Un livre dans lequel j’ai écrit un chapitre sémillant sort en mai. Je prépare ma déclaration d’impôts, qui sera une publication majeure. La vie avance…

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Cacaillou – Rouille, ouille ?


Sur le dévidoir à PQ
Là où la main se pose pour saisir le papier
Une tache brune suspecte.

(désolé.)

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Magnolia Express – 2ème partie – # 16

Rhapsody in Wood
 
La salle de concert était bien remplie, nous n’étions pas assis l’un à côté de l’autre, les lumières ont baissé et je voyais Aline à quelques rangs devant. Les musiciens commencèrent à jouer une de ces œuvres lentes et pénétrées, tout le monde avait l’air très sérieux, le chef d’orchestre fronçait les sourcils en recherchant le Son Juste, les spectateurs eux-mêmes avaient un air de gravité douloureuse, comme ça arrive en cas de problèmes intestinaux.
Je regardai Aline, Aline se retourna, me regarda, me sourit. Bon. Ça au moins, ça n’était pas perdu, Aline reste toujours Aline. Et puis elle se retourna vers l’orchestre et continua à écouter. Alors je me suis endormi.
 
Quand je me suis réveillé, le combat faisait rage. La grosse caisse envoyait de la mitraille sonore BAOUM BAOUM tandis que les violons cédaient, pliaient puis remontaient à l’assaut en tricotant de leurs archets, les cuivres sonnaient la charge et il n’y avait guère que les bois pour se tenir à peu près tranquilles. Les violons faisaient preuve de beaucoup de vigueur, ils se dépensaient sans compter pour contenir l’ennemi et ses vibrations sonores. Les archets zigzaguaient à toute vitesse, les violons s’inclinaient, une fine poussière de bois, une sciure légère commençait à flotter autour des violons. Mais il fallait bien qu’ils se défendent, les grosses caisses étaient toujours menaçantes, alors ils ont continué à scier, maintenant la sciure commençait à tomber sur le plancher et les violons jouaient toujours. Ça n’était plus un concert, ça devenait une entreprise familiale au Canada, où l’on débite des bûches toute la journée. Un des violons s’est arrêté, a enlevé sa veste de smoking, en dessous il avait une chemise rouge à carreaux, et il a recommencé à jouer tandis que son collègue faisait de même, on voyait qu’ils avaient tous chaud, et bientôt tous les violons étaient en chemises à carreaux, et puis les cuivres se sont mis en bleus de travail, tout en continuant à jouer (il fallait bien entretenir la machine).
Désormais, un nuage de sciure de bois les entourait tous, les hautbois et clarinettes avaient recommencé à jouer sur un ton très doux, comme des chants d’oiseaux qu’on ne verrait pas parce qu’ils sont cachés derrière le feuillage. Les grosses caisses tapaient sur un rythme travailleur, comme des marteaux qui enfoncent des clous, et on y était enfin, au Canada, au milieu d’un scierie familiale, la sciure jonche le plancher et une bonne odeur de bois frais flotte dans l’air. Les bûcherons et les mécaniciens travaillent en rythme, en écoutant les oiseaux qui chantent dehors dans le feuillage, et puis il se mettent tous à chanter ensemble l’Hymne Du Bûcheron Travailleur :

Hi Yo Hi Yo
on débite du bouleau
tout le peuplier
c’est sûr y faut travailler
on travaille en chêne,
y a pas vraiment d’ problème
Hi Yo Hi Yo

Et la baguette du chef d’orchestre est devenue un brin d’herbe,
et comme on ne peut pas diriger des gens avec un brin d’herbe,
il se le met à la bouche,
et les mains dans les poches,
il va faire un tour
parmi les bûcherons et les mécaniciens
qui continuent à chanter
en chœur.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Comment faire des économies d’impôts ?

ça, si c’est pas du titre racoleur…
Ami(e) internaute, et fréquenteur/euse de ce bleug 3 fois réincarné, voici le temps des bonnes actions, des missions salvatrices et du don de soi(e).

Le projet Mercure est officiellement lancé. On savait déjà qu’il s’agit de courir 5 marathons en 4 ans, au profit d’une noble cause : financer la recherche sur une maladie génétique orpheline, le syndrome de Williams-Beuren. 12 sympathiques coureurs vont donc se lancer sur les routes d’Europe pour collecter des fonds, donner leur corps et leurs muscles pour cette noble cause (et accessoirement, pour s’arracher les tendons sur 42,2 km x 5).
Et là, sympathique internaute, tu te dis « mais comment puis-je participer, moi qui ne suis pas capable de remonter les escaliers à pied après avoir descendu les poubelles ? ». Je réponds : y a moyen. C’est là que le projet a progressé aujourd’hui. Il suffit de faire un don (symbolique) d’argent (réel, on n’est pas dans Second Life) qui ira à 100%, voui, voui, à la recherche génétique sur le syndrome sus-cité. Et nous là-dedans, qu’est-ce qu’on touche, pôvres coureurs que nous sommes ? Nous touchons l’estime de nos concitoyen(ne)s, des chaussures de sport (merci à Spira France, sponsor) et des courbatures à en remplir nos armoires.
J’entends ceux du fond qui disent « et moi, qu’est-ce que je gagne à donner ? ». Réponse : un Karma un peu mieux ordonné, et 60% de réduction d’impôt sur le don.
Alors qu’attendez-vous ?! Le temps, c’est de l’argent !
Site officiel : www.5marathons.com (et là, vous allez à la page Coureurs)
e-mail officiel : 5marathons@gmail.com ou info@5marathons.com.
Merci, merci d’avance, et faites passer…
PS : il y a même la possibilité de parier sur un coureur donné, par exemple choisi pour ses qualités humaines, son humour inxydable, et ses compétences financières… Au hasard…

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Magnolia Express – 2ème partie – # 15

Déchirement
 
Elle me regardait du fond de son (mon) fauteuil vieux cuir usé, l’air était tiède et poussiéreux mais je sentais mes joues brûler, j’aurais bien bu un grand verre de café glacé. Puis l’allumette brûla le bout de mes doigts, je secouai la main d’un geste vif, elle s’est penchée, s’est relevée du fauteuil. Elle était debout, me regardait en se mordillant un peu la lèvre.
Et la porte de la librairie s’est ouverte, Conrad est entré en braillant je ne sais plus quoi, quand il a vu Aline il a enlevé sa casquette en disant Bel astre du jour vous brillez de mille feux, puis, comme il tenait la porte encore ouverte, Aline a ramassé son petit sac, Conrad a mis la casquette sur son coeur en prenant une pose de grenadier à cheval, l’autre main sur la poignée de la porte, et Aline est passée en riant, s’est retournée, juste sur le pas de la porte, a voulu dire quelque chose, mais Conrad n’avait rien vu et a refermé la porte sur son nez.
Puis il s’est tourné vers moi :
– Alors fiston, tu n’as pas l’air content de me voir ?!
– …

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Run, Forrest, Run !

Ce matin, à la fraîche, run de 50 mn, dont 15 minutes à 5 mn au km, c’est-à-dire 12 km/h, c’est-à-dire vite-pour-moi (il faut que je mette des tirets, parce que 12 km/h, c’est une allure relax pour pas mal de mes camarades). Et là, une petite pub gratuite pour un service gratuit : pour ceux qui veulent courir en rythme, voire se motiver (et c’était mon cas ce matin), je recommande Jiwok. Christian en a déjà parlé, mais je crois qu’il ne l’avait pas testé. Pour ma part, j’ai testé leurs musiques à Turin, et de nouveau ce matin. Le principe : des mixages de musiques dédiés à certains entraînements : fractionné, sortie d’une heure, autres sortie… La musique est rythmée, actuelle, et libre de droits. Par ailleurs, cela peut apparaître comme un gadget, mais toutes les 5-10 mn une voix annonce « Allez, maintenez le rythme ! » ou « Encore un effort ! » et toutes les 15 mn, annonce le temps. Je peux vous dire que cette voix m’a aidé ce matin, alors que je peinais à maintenir ma vitesse à la 12ème minute. Finalement, c’est fait, je n’avais pas couru aussi longtemps à cette vitesse, et hop, un entraînement de plus.

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Pensée américaine – Babylone

Je suis revenu d’Austin (Texas) avec un teint un peu plus bronzé (il a fait beau là-bas, héhé) et quelques réflexions saupoudrées.
L’Amérique est la grande Babylone du monde moderne. Tout y est clinquant, lumineux, démesuré, gargantuesque. N’oubliez pas que j’étais au Texas, probablement le plus gigantique de tous les états de l’union. Je ne vais pas me focaliser sur les tailles (tailles des lits, tailles des steaks, tailles des personnes…), mais plutôt sur la notion de sur-consommation.

  • A l’hôtel, les 6 serviettes de ma chambre étaient changées tous les jours. Je sais bien que je suis un Français, donc peu porté sur les douches et bains, mais j’ai du mal à utiliser 6 serviettes par jour… Toutes les serviettes, même les pliées, qui criaient « je n’ai pas été utilisée ! » étaient changées. Déjà, cela me gênait (bonjour les détergents…), mais ce qui me choque, c’est la petite carte hypocrite sur le marbre de la salle de bains : « Nous préservons l’environnement, aussi, si vous souhaitez avoir vos serviettes changées tous les jours, demandez-le à la réception ».
  • Les WC proclamaient fièrement « 6 litres à chaque tirage de chasse d’eau », tandis que l’Austin-American Statesman publiait des petits articles sur la semaine de l’eau, entre deux avis de recherche de criminels et trois législations sur le port d’armes à feu.
  • Un collègue m’a raconté que, plus au Nord, il y a un croisement entre l’Interstate qui va de la côte ouest à la côte est, et l’Interstate qui va du Canada au Mexique. A ce croisement se trouve un énorme centre de maintenance des camions transporteurs. Il y a régulièrement plus de 1 000 camions garés sur le parking avec leur moteur qui reste allumé pendant que les camionneurs vont se restaurer. Eh oui, il faut maintenir la climatisation en marche… J’imagine que cette zone doit envoyer des volutes de chaleur et de gaz pollués qui doivent être d’une telle importance qu’elles sont visibles depuis l’espace. Au moins, si vous voulez piquer un camion, vous savez où aller, les clés sont sur le contact…

Ma conclusion sur ce sujet, fondée sur une petite semaine de petites observations : les Etats-Unis disposent de ressources abondantes (en termes d’énergie, d’espace, d’alimentation, de production), mais les utilisent sans rationalisation, car tout est abondant. Les côtés positifs (tout est très efficace, très bien pensé) ont du mal à occulter les conséquences négatives. Notamment que, avec un peu de jugeotte, on pourrait arriver à d’énormes économies, ou une bien meilleure productivité. Reste à se faire entendre…

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NDA

Hier, nous avons visité l’usine de ****.
Auparavant, il nous a fallu signer un Non Disclosure Agreement (NDA), ce qui pourrait être traduit par « accord mutuel de ne pas révéler des choses en public », mais qui signifie en substance que si l’on divulgue, diffuse, ou pense, toute chose que l’on aurait vue, touchée, couché avec, fait chanter, lors de notre visite, ainsi qu’avant, après, et dans toute autre existence (y compris les vies qu’on a passé comme bousier), la société **** ou tout autre représentant légal grassement payé par icelle pourra saisir nos biens, racheter nos amis, boucher nos WC, refermer nos chakras et faire pipi sur nos tombes jusqu’à ce que celles-ci soient recouvertes de mousse transgénique.
Donc hier, on a visité l’usine de ****, enfin, il y avait **** usines, un groupe a visité l’usine des ******** et l’autre, l’usine des ***. Il y avait des ******** et des ********, mais le plus frappant, c’est leur gestion du process avec des *****-******. Cela dit, un étudiant MBA m’a dit qu’ils pourraient ********* le ******* drastiquement, moi j’en sais rien, mais il a l’air d’avoir raison (j’ai dit « il a l’air », ça m’engage pas ! NDA, NDA !)

Voici l’unique question que vous avez le droit de poser : « est-ce que ce thibillet a été rédigé sur un ordinateur DELL ? »
Réponse : ***.

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Refrigeration Blues

American Airlines : pieds glacés pendant 10h, avec l’impression que j’ai deux sorbets en dessous des genoux.
Hotel Hyatt, Austin : en entrant dans la chambre, j’attrape une broncho-pneumonie. A travers la buée de ma respiration, j’arrive à voir le thermostat, et je coupe l’air conditionné. Même dans le mini-bar, il fait moins froid que dans la chambre.
Restaurant le soir : les ventilateurs tournent au plafond, et brassent de l’air glacé.
Salles de formation : les petites bouteilles d’eau habituelles sont plongées dans des bacs à glaçons. Rappel : l’immeuble est climatisé.
Restau de midi : les verres d’eau contiennent 20% d’eau pour 80% de glaçons.
J’en suis réduit à me réchauffer les doigts sur mon ordinateur portable…

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Allo Houston ?

Dans quelques heures, réveil, taxi, aéroport, 10 heures de vol, Dallas, puis Austin (Texas) une semaine. Séminaires, observations, entraînements pour le marathon. Et probablement mails, et thibillets, si le dieu wifi est avec moi. Publications sporadiques pour les sport-addicts. Retour dimanche prochain, si tout va bien.

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Pool de Lux

Idée d’une nouvelle de finance-fiction (j’en ai pas tous les jours, alors quand j’en ai, je publie).

Idée issue d’une conversation avec mon fils, qui me demandait quel était le vaisseau de Chewbacca. Je lui ai répondu « c’est le vaisseau de Ian Solo, un vaisseau génial, qui s’appelle le faucon millenium. C’est le genre d’engin qui a fait le raid sur Alderande en moins de deux parsecs, et qui bat les croiseurs de l’empire en vitesse pure ».

Idée donc : la vitesse maximum, c’est la vitesse de la lumière. De même qu’il y a un mur du son, supposons un mur de la lumière. On a Mach 1, Mach 2… (une fois, deux fois la vitesse du son…), postulons Lux 1, Lux 2… (une fois, deux fois la vitesse de la lumière…). D’après Einstein (notamment), si on se déplace à la vitesse de la lumière, le temps s’arrête.
Corollaire de Thib : si on dépasse la vitesse de la lumière, le temps recule.
Corollaire du corollaire : on peut réaliser des opérations d’arbitrage sur les marchés à terme, en prenant des positions dont on sait qu’elles seront juteuses. (ex : je vends l’action PSG à découvert au premier jour des éliminatoires de la coupe d’europe).
L’argument me paraît un peu court, aussi j’attends que ça cristallise avant d’en faire une nouvelle (si seulement…)

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Un Ubuntu rempli de Batanas

Non, ce n’est pas une nouvelle entrée au Dictionnaire Improbable des Petits Bonheurs et Tracas Quotidiens.
Avant hier soir, mon beauf m’a appelé pour avoir des conseils sur l’installation de Ubuntu. C’est ça, être prof : disserter sur des sujets qu’on n’a pas testé soi-même 😉 Bref, je lui ai donné des tuyaux, et pof, hier soir, il m’envoyait un mail depuis son portable tournant sous Ubuntu 6.10 (la version « petite salamandre énervée » (sic)). Du coup, c’est moi qui ai été énervé, et je m’y suis remis en nocturne.
Agreuh, marche pas.
La faute à mon portable antique, qui a un hub USB en carafe, et que ça plaît pas à Ubuntu 5.10 ou 6.06. Du coup, grand moment d’incompréhension avec mon fiston :
– tu vois, Papa, là, ce sont un Pokemon de base et un Pokemon de niveau 1, donc on double leurs points…
– ah euh OK, mais attends, je vais voir si le DHCP a bien été paramétré… OK, alors je t’écoute
– Là, j’ai mis KO tes Pokemon.
– Mais euh, quand est-ce que je peux faire Déflagration ? (tiens à propos, faut que je lance la défragmentation…)
– Il n’y en a pas ici, c’est pas les bonnes cartes
– Ah tu m’étonnes, j’ai aussi pas la bonne carte mère, rah, c’est compliqué.
– Oui, c’est compliqué, mais moi je suis très bon.
Le Seigneur t’entende, mon fils. Tu arriveras probablement dans un monde où plusieurs systèmes d’exploitation se partageront le marché.
En attendant, j’ai testé Ultéo, dont l’intérêt, sur le papier en tout cas, m’a l’air très important : on met un CD dans l’ordinateur, on re-boote, et hop, un système d’exploitation se charge et prend la main. « pas nouveau », diront certains, « des CD live font ça depuis des années (Knoppix, Ubuntu Live, etc.) ». Oui, mais si j’ai bien compris, là, on a toujours un système à jour, car le CD n’est qu’un point d’entrée vers des serveurs régulièrement mis à jour. Quel est l’intérêt ? Celui d’éviter d’avoir à mettre à jour tous ses logiciels dès qu’ils sortent une nouvelle version. Même si c’est automatisé pour certains (Firefox, Thunderbid, et bientôt OpenOffice), j’aimerais bien avoir un truc qui me garantisse que, quand j’allume l’ordi, j’ai toujours les dernières versions de tout. On peut rêver :

What this means is that for the next alpha release version, no installation will be needed. Simply rebooting the system will be enough to get the new features and bug fixes.

Ce que cela signifie, c’est que la prochaine version alpha n’aura pas besoin d’être installée. Il suffira de re-booter le système pour obtenir les nouveautés et les corrections de bug.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 14

Plongée sous-marine
 
– C’était un beau bébé, me dit Aline tandis que nous retournions vers la voiture, mais pourquoi as-tu proposé à la mère d’être le parrain ?
– C’est un petit peu mon frère, lui aussi fera des statistiques, répondis-je sybilliniquement.

Nous marchions dans la rue, et puis Aline a eu l’œil attiré par une affiche, un rectangle de couleur vive dans une vitrine. Sur l’affiche, je le voyais de loin, il y avait marqué en gros « Concert » et plus bas, en un peu plus petit, « ce soir ». Aline a lu l’affiche et s’est tournée vers moi.

– Tu veux y aller ? ai-je demandé.

(sourire d’Aline)

– Ben oui, mais on ne sait pas où aller acheter les billets …

(re-sourire d’Aline)

– Et puis on n’a pas de queue de pie et de robe du soir …

(sourire d’Aline au carré)

– Et puis …

(sourire sourire sourire. M’immerger dans ses sourires et ne plus faire surface, dans ces cas-là, pourquoi aurait-on besoin d’oxygène ?).
Et la marée nous emporta dans ses reflets vert-bleus jusqu’à l’entrée de la salle de concert, quelques heures après, sans qu’on s’en rende compte, il suffit de se laisser flotter.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 13

Maîtriser sa vie
 
Pendant que Conrad prenait de l’essence, nous sommes partis acheter des victuailles, des provisions de bouche. Aline se chargeait du pain de mie, des pommes vertes, du jambon et du beurre frais. Ma responsabilité portait sur le fromage, le lait frais, deux-ou-trois légumes et un-peu-plus-que-le-nécessaire-à-boire. Nous nous sommes retrouvés à la caisse, la synchronisation était parfaite, nous sommes les rois de l’organisation.
Aline s’est mise dans une queue, je me suis mis dans l’autre. Dans ces cas-là, ça ne rate pas, je suis toujours dans la queue où il y a un problème. Je crois que jamais au grand jamais je n’ai eu la chance d’être dans une queue normale, où chacun paie pour ce qu’il a acheté, et on se retrouve vite devant la caissière, on dit bonjour et à peine le temps de sortir son argent, elle a déjà tout compté, comptabilisé, empaqueté, on retrouve sa vie bien emballée dans des sacs en plastique. Non non non, toujours il y a un problème, et Aline se retrouve toujours à m’attendre en fronçant les sourcils (c’est pour rire) et j’ouvre les bras d’un air résigné, pour lui faire comprendre que ce n’est point ma faute. C’est ahurissant ce qu’une queue peut créer comme problèmes, à partir du moment où je suis dedans : la caisse enregistreuse se met à fumer, ou elle explose et saute au plafond, il n’y a plus de sacs plastique, ou un client prend la caissière en otage. Une fois, j’étais arrivé devant la caissière sans anicroche, je regardais à droite, à gauche, je cherchais où pouvait bien être le problème, mais non, elle commençait à compter comptabiliser empaqueter ma vie et rien ne se passait. J’étais de plus en plus nerveux, je guettais la caisse-enregistreuse (62% des problèmes, vous pensez bien si j’ai eu le temps de faire des statistiques), les clients derrière, le sol glissant. Rien, il n’arrivait toujours rien. La caissière a levé les yeux, et m’a demandé :
 
– Vous payez par chèque ?
 
Là je savais qu’il ne pouvait pas y avoir de problème : j’avais déjà l’argent à la main, du bon argent sans problème, et je me suis enfin risqué à sourire. C’est à ce moment-là qu’un grand morceau de plafond s’est détaché et m’est tombé sur le crâne. Le docteur qui m’a soigné m’a dit qu’il n’avait jamais vu ça, le Directeur du magasin s’est excusé, a dit qu’il ne comprenait pas. Je souriais béatement pendant qu’ils m’entouraient, je leur disais que tout allait bien, que c’était normal, je connaissais ma place dans la vie.
 
Alors aujourd’hui, j’attendais patiemment mon problème, il était loin le temps où cette déveine m’énervait, où je cherchais le Responsable, maintenant j’attendais mon problème comme d’autres attendent leur bus, celui qui arrive toujours, même s’il a une ou deux minutes d’avance, ou cinq minutes de retard. Mon problème arrive toujours, et même de temps en temps il s’excuse : « Excuse-moi, vieux, je suis un peu en retard, j’ai mis du temps à trouver une place dans le Parking des Problèmes ». Alors je réponds « C’est rien vieux, c’est rien, je savais que tu viendrais, je n’étais pas impatient… ».
J’en étais là à méditer, tandis que la queue lentement me rapprochait de la caisse, et deux personnes devant moi, j’ai vu soudain mon problème. C’était une jeune maman enceinte, elle a soudain lâché ses paquets et elle a fait Oooooh parce que le bébé devait lui donner des coups de pieds. La dame qui était devant moi s’est retournée, et m’a dit « Espérons qu’elle ne va pas accoucher ici ! ». Je lui ai souri sans rien dire, il fallait bien lui laisser un peu d’espoir, elle ne savait pas qu’elle était dans la Queue Qui A Toujours Des Problèmes…

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Finance durable et développement tenable, quelques idées

Ceci est un brouillon d’un réflexion plus générale, qui nécessitera plusieurs thibillets, à parution évidemment aléatoire (voire improbable).
En fait, il y a deux idées, apparemment dissociées, mais que je pense être liées à terme.

1. La crise écologique, et les actes réalisés

  • La grande Loulou m’a prêté un livre qui essaie d’analyser le phénomène actuel. J’en ferai une analyse plus détaillée quand je l’aurai terminé, mais si l’on passe son titre à mon avis mal choisi (« comment les riches détruisent la planète ») on trouve quelques idées que je vous résume :
  1. Notre planète connaît actuellement la 6ème grande extinction animalière de toute son histoire. La cinquième a eu lieu il y a 65 millions d’années (disparition des dinosaures).
  2. Depuis le XIXème siècle, les entreprises et les pays ont émis quantité de gaz dans l’atmosphère, la particularité de ces gaz (dont le CO2) étant de rester longtemps dans l’atmosphère terrestre, et d’empêcher que la terre renvoie les rayonnements du soleil. Donc la terre se réchauffe.
  3. Un réchauffement apparemment bénin (quelques degrés) peut déclencher des catastrophes majeures : thermiques bien sûr, mais aussi maritimes (fonte des glaces), épidémiologiques (les moustiques du palu venant s’implanter en Europe), humaines (déplacements majeurs de population) et évidemment climatologiques (canicules, ouragans).
  • Cela n’est pas très éloigné de l’analyse de Tristan Nitot, qui souligne que cela tient essentiellement à une augmentation régulière de la consommation, érigée en valeur culturelle (j’achète un 4×4 donc j’existe).
  • Quels sont les acteurs qui tentent d’enrayer ce processus ? Quantité de personnes. Des individus, des associations, des scientifiques qui essaient d’expliquer pédagogiquement les enjeux, et des entreprises. J’en ai deux exemples en tête. Yvon Chouinard, dont je viens de finir le livre, contribue depuis 1985 au club « 1% pour la planète », qui regroupe les entreprises qui donnent 1% de leurs ventes (ou plus) à des causes environnementales. Par ailleurs, dans La Tribune du 8 mars 2007, on apprend que Bank of America va consacrer 20 milliards de dollars à un fond vert d’aide aux projets personnels favorables à l’environnement (géothermie, énergie alternatives, isolation etc.).
  • Je reviendrai sur ces différents éléments, notamment en citant différents passages du livre d’Yvon Chouinard, dans ma rubrique Verts de Terre.

    2. Le court-termisme financier, ou après moi le déluge

    • Ce n’est pas parce que je suis professeur de finance que je dois adhérer à tout ce qui fait la sphère financière. Il y a des bons comportements, des comportements rationnels (ce ne sont pas forcément les mêmes) et des comportements pervers.
    • Un des thèmes sur lesquels je me suis déjà exprimé, c’est la mutualisation des coûts : une entreprise qui licencie renvoie le coût à la communauté (agences ANPE, prestations sociales) ; une entreprise qui pollue mutualise les coûts sur la communauté (augmentation de l’asthme des enfants, des angines, des allergies, augmentation des coûts de retraitement, réchauffement global, cancers de la peau, etc.). Or, qu’est-ce qui favorise ces comportements ? Certes, il s’agit d’abord d’une dissociation entre les gains (privés) et les coûts (publics), d’où la volonté de certains législateurs d’imposer une notion de pollueur-payeur. Mais il y a aussi un problème de relation au temps.
    • Quand on dit développement durable, on utilise un terme trompeur. Sustainable development, c’est le développement tenable, comme on parle de croissance tenable en finance (par opposition à une croissance intenable). L’analogie en course à pied, c’est le rythme anaérobie lactique, où l’on produit plus d’acide lactique qu’on ne peut en éliminer, donc on a des crampes, on ralentit, on s’écroule (exemple ici, notamment le graphique)… Le problème, c’est que les dirigeants de sociétés cotées ont une « durée de vie » trop courte dans leur fonction pour avoir des incitations à des politiques durables, ou tenables. Les papiers de recherche ne donnent pas tous les mêmes chiffres, mais en moyenne, 15% des dirigeants changent chaque année. Et ces 15% peuvent concerner uniquement certaines entreprises : plus d’un quart des dirigeants « remerciés » étaient en poste depuis moins de 3 ans. Rien d’étonnant à ce que les directeurs financiers raccourcissent les délais de retour à la rentabilité imposés aux projets, pour que ceux-ci soient en ligne avec leur propre durée de vie dans la société (via FinanceProfessor). Exit la politique de long terme, les grandes visions stratégiques, la volonté de léguer la terre à nos enfants…

    Je sais, je l’ai déjà dit… mais la répétition est pédagogique !

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    Doppelgänger numérique

    A propos d’identité numérique, le moment où l’on commence à passer de l’autre côté du miroir, à se dédoubler, voire, à disparaître du monde réel, c’est quand on passe plus de temps à poster des billets, commenter des billets, lire des fils RSS et répondre à des e-mails (ce dernier point me prend plusieurs heures par jour actuellement), plutôt que de prendre soin de sa santé physique (courir !), voir des amis, voir des collègues, assister à des réunions productives avec des gens réels. Hier j’ai déjeuné avec un entrepreneur, c’était bien de voir qu’il existait encore un monde réel, avec des personnes passionnées et désireuses de créer, développer, lancer, des projets réels.

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    Magnolia Express – 2ème partie – # 12

    Breakfast dans l’air surchauffé
     
    Nous sommes arrivés en roulant sur les premiers rayons du soleil. La rue était blanche de poussière du désert, quelqu’un qui nous aurait regardés du haut de son nuage aurait vu un taxi jaune sur une étendue toute blanche, comme un œuf au plat qui aurait un jaune qui se déplace doucement, un jaune rectangulaire comme le taxi de Conrad.
    Aline était silencieuse, attentive, Conrad mâchonnait son petit bout de bois, là il fallait décider. Nous sommes tous un peu des jaunes d’œuf indécis. Et puis, à me mettre des œufs au plat dans la tête, tu me donnes faim. Des œufs un peu bruns sur les bords, parce que le cuisinier est amoureux et qu’il a oublié de retirer les œufs du feu, et puis du jambon (ou mieux, de l’épaule) qu’il a fait dorer à côté, dans la même poêle, toute la basse-cour se retrouve au fond de la poêle, à dégager une odeur appétissante, comme une meule de foin qui sécherait au soleil dans la cour de la ferme.
    Et puis il rajoute une ou deux tomates, coupées en tranches fines, des petites herbes aromatiques, et les oiseaux se posent à la fenêtre pour te regarder, enfin il ne te regardent pas toi, tu n’es pas vraiment important aux yeux d’un petit oiseau, non, ils regardent l’oeuf et puis l’épaule dorée et les tomates bien rouges, parsemées de petites herbes aromatiques.
    Alors tu leur tiens ce discours :
    « Non, non et non.
    ça n’est point pour les oiseaux. »
    Et ils s’envolent tout dépités.

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    Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

    Le roman, dans l’ordre, est
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    Tic Tac Toe

    Quand on a un RV dans Paris, on sait qu’on peut avoir 5-10 mn de retard : de toute façon, l’autre pense ça aussi, se dit-on pour se rassurer.
    Mais il arrive – rarement, c’est vrai – que l’autre soit à l’heure, l’heure pile sans une seule minute de retard. Prendre ces 5-10 minutes de battement, c’est flirter avec les probabilités, en espérant ne pas faire une infidélité à l’exactitude.

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    Magnolia Express – 2ème partie – # 11

    Fort Zinderneuf
     
    Au bout d’un moment il s’est levé, a lâché ma main pour aller préparer quelque chose à boire. Je l’ai entendu qui toussotait derrière moi, et puis il m’a dit que le livre que je cherchais n’était probablement pas dans sa petite librairie, mais peut-être, à Fort Zinderneuf …
    Je me retournai pour le regarder, il était debout avec un casserole à la main, la lumière du soleil éclairait le bas de ses jambes et il me regardait avec un demi-sourire aux lèvres, et un autre demi-sourire dans les yeux, et comme ça, à tenir une casserole toute bête à la main, tourné vers moi, il avait l’air d’un chevalier, le Chevalier Zinox, c’était du moins ce que je lisais dans son regard.
    Je déraillais complètement.
     
    – Où ça ?
    – Fort Zinderneuf.
    – …
    – C’est une maison de bois au bord d’une rivière, de la maison on ne voit pas la rivière, mais on voit les arbres. C’est un fort imprenable, fortifié par une triple muraille de livres, du sol au plafond, et les oiseaux, bien qu’ils ne soient pas de grands lecteurs, y passent souvent.
    – …
    – C’est là où j’habite, un peu en dehors de la ville.
    – … et vous voulez qu’on y aille maintenant ?

    Sans me quitter des yeux, il posa la casserole sur le réchaud, craqua une allumette, la laissa doucement brûler au bout de ses doigts

    – Maintenant, plus tard, quand vous voulez … Si vous voulez …

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    Mars : le temps de planter les Semis…

    Hier matin, c’était donc le Semi-marathon de Paris. J’avais quelques objectifs :

    • M’entraîner 3 fois par semaine
    • Gommer mon pneu hivernal, et descendre de 76 kg à 72 kg
    • Courir le semi-marathon en negative split, c’est-à-dire courir la première moitié plus lentement, et la seconde plus vite (contrairement à mon habitude, où je fais régulièrement l’inverse)
    • Réaliser un temps de 1h 50mn, ou, par défaut, faire mieux que 1h 56mn (mon temps de l’an dernier)

    Voilà ce que j’ai réalisé :

    • Je me suis effectivement entraîné 3 fois par semaine
    • Je suis descendu à 69 kg, en étant (presque) abstème et (raisonnablement) frugal
    • J’ai couru le semi-marathon en positive split (comme à mon habitude : coup de pompe régulier après la moitié) et c’est pas bien
    • J’ai réalisé un temps de 1h 59mn, ce qui est moins bien que mon temps d’Amsterdam et de Paris 2006… malgré un entraînement, et des privations, autrement plus avancés.

    Donc frustration, et démotivation pour la préparation du Marathon de Madrid (22 avril 2007).

    Les fausses excuses

    • J’ai eu un point de côté au Km 5 et 12
    • Il y avait plusieurs côtes, et des méchants faux-plats, à partir du Km 12, pendant quelques bornes

    Une vraie raison, mais qui n’explique pas tout

    • Mon appareil électronique de haute technicité me donnait des mesures fausses. Mon accéléromètre ( = podomètre, qui mesure la distance parcourue, et donc la vitesse instantanée) surestimait la distance. Quand je suis arrivé, après 21,1 km, il indiquait 21,88 km. Soit une erreur de plus de 5%. Cela peut paraître bénin, mais étant donné que je me fixais une allure par référence à la vitesse affichée, j’ai couru à ce que je croyais être 11 km / h, et qui n’était en fait que 10,6 km /h. Sur la durée totale de l’épreuve, cela correspond à 5mn de différence, bref, j’aurais peut-être pu faire 1h55.
    • Les courbes présentées ici donnent : en bleu, l’allure à laquelle je croyais courir ; en rouge, l’allure à laquelle je courais réellement.

    Les correctifs et autres méditations futures

    • Calibrer correctement mon accéléromètre
    • Reprendre l’entraînement dès que mes courbatures seront calmées (mercredi ?) en travaillant la vitesse et l’endurance, avec les vraies bonnes valeurs
    • Voir si je n’ai pas une carence en fer, le béri-béri ou la scoumoune. Brûler des cierges à Sainte Rita.
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    Tapis roulant

    Ce matin, répétition générale, avant le grand jeu. Espérons que je le battrai enfin, ce temps d’il y a un an.

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    "Laissez-nous chanteeeer […] Sous vos ailes d’acieeeer, oh laissez-nous chanteeeeer" (Gold, 1986)

    Ceci est un thibillet énervé, mais court, car je n’en suis pas à ma première jérémiade sur le sujet, et par ailleurs, je suis descendu à 80 mails restant à traiter, j’ai envie de partir en WE avec une boite mail étique comme un aspirant marathonien (vous ai-je dit que j’ai perdu 6kg, et que je suis « mince comme un pied de micro », comme dit l’excellent Sanseverino ?)
    Ce qui nous ramène à notre sujet.
    Comme mes lecteurs (?) fidèles (?) le savent (?), je publie progressivement un roman, à raison d’un texte par jour, quand je veux.
    J’ai aussi mis en place des illustrations musicales.
    Ces illustrations demandent un peu de temps, mais dans un monde d’Hommes de Bonne Volonté, cela devrait être rapide. Ce n’est pas le cas. Exemple avec le morceau que je voulais mettre hier soir, et qui n’apparaîtra (si je ne craque pas avant) que ce soir ou demain matin très tôt dans la nuit :

    • Le morceau s’appelle Bleecker Street, c’est la troisième chanson du premier album de Simon & Garfunkel, Wednesday morning 3 AM.
    • Je suis propriétaire de l’album, un 33 tours vinyl que j’ai dû acheter il y a 20 ans (jeunesse !). Je suis propriétaire.
    • Etant donné que je n’avais pas l’énergie de connecter mon ordi à la chaine hifi, de télécharger un freeware qui enregistre les sons d’une chaine hifi et les encode en MP3, j’ai acheté sur fnacmusic la chanson dont je suis propriétaire. Super, je suis propriétaire de deux chansons (enfin, c’est la même), j’ai la sensation d’avoir une résidence secondaire, à quand l’ISF ?
    • La chanson que j’ai achetée est en WMA avec des DRM (oui, en combinant cet acronyme avec deux E, on obtient le mot de Cambronne), c’est-à-dire protégée :
    1. je peux l’écouter « indéfiniment » (sauf si je change de système d’exploitation… Vous imaginez le vendeur de 33 tours à l’époque, qui aurait dit : « ce disque ne peut être écouté que sur des platines Akaï » ? (Ah, Akaï…)
    2. je ne peux graver cette chanson sur CD que 5 fois, et la copier sur un baladeur (enfin, uniquement un baladeur compatible) que 7 fois.
    3. Après, pouf, apu chanson dont j’étais propriétaire.
  • Je me dis « Ceci est un travail pour Techno-Beauf ! » (c’est mon nom de super-héros). Et donc
    1. Je grave la chanson (merde, plus que 4 vies !) sur un CD RW (faut pas gâcher) au format CD-audio-lisible-dans-platine-laser-toute-marque-pas-besoin-Windows-inside
    2. J’utilise DB Power Amp (a marche pas), puis WinLAME (a marche pas), finalement Windows Media Player (oui, je sais) pour encoder cette chanson format CD audio (.cda) en MP3
    3. Je dégrade la qualité de la chanson (faible kbps, mono) conformément à ma Charte Déontologique
    4. et ce soir, si ça passe bien, je couperai la chanson pour n’en garder que les 19 premières secondes, avec DirectCut
    5. Après, une paille, j’aurai juste à uploader la chanson sur mon site, à intégrer le lecteur dans le billet, et à sauvegarder le tout.

    Tout cela est bien compliqué.

    PS : trois remarques :

    1. quand je dis « ça va être un thibillet court », ça dégénère rapidement…
    2. celui (celle) qui me dit « mais t’es pas propriétaire, pauv’ pomme, tu as juste acheté un droit d’écoute », je lui réponds « interopérabilité ». Quand j’achète une voiture, je m’attends à ce qu’elle puisse rouler sur toutes les routes, et qu’elle puisse prendre de l’essence Total, Shell ou Divine (essence divine, haha).
    3. dimanche, Semi-marathon de Paris, ça va déchirer du muscle encore…
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    Magnolia Express – 2ème partie – # 10

    Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Bleecker Street, par Paul Simon et Art Garfunkel, sur le disque Wednesday Morning 3 AM, initialement publié en 1965, repris en vinyl par CBS, 1975 (l’exemplaire que j’ai), puis en CD (Sony, 2001). Le disque est en vente ici.

    La quête (2)
     
    Aline fixait la vitrine, elle regardait le bocal dans lequel passaient des gens de temps en temps, vite happés vite oubliés dans leurs soucis quotidiens. Je suis allé m’asseoir dans l’autre fauteuil de vieux cuir, j’étais bien dans cette librairie, chaque mètre carré portait ma Marque. Elle m’a regardé, les yeux brillants, elle a voulu dire quelque chose, a juste levé une main puis l’a laissée retomber.
     
    – Ces livres… ça n’est pas facile à dire … Bon sang, il y a des passages, ou bien des morceaux de musique, ils me donnent envie de vivre … de continuer quoiqu’il arrive … quand je les lis, quand je les entends, c’est comme si j’avais la certitude … (elle sourit d’un air gêné) … que nous serons sauvés… Mais cette impression, elle est tellement fugitive … je sais qu’il y a quelque part un livre dont chaque mot me sera vital, j’ai besoin d’y croire … dites-moi, est-ce que ça n’est pas aussi important que tout ce après quoi ils courent ?

    Elle me montrait la vitrine et la rue réchauffée par le soleil de l’après-midi, j’étais assis dans mon fauteuil tout usé, elle avait une voix un peu brisée, comme quand on a couru sur une trop longue distance. Le soir tombait doucement, comme les larmes sur ses joues et je ne pouvais pas grand chose, la vie nous a placés là pour éclairer juste un bout de chemin, j’essayais de sourire pour alléger ses peines mais qui étais-je, sinon une ombre parmi les ombres ? Elle me regardait sans essuyer ses larmes, elle fixa le mur en face puis elle murmura doucement :

    Voices leaking from a sad cafe
    Smiling faces try to understand
     
    Je tendis la main par-dessus l’accoudoir, pris la sienne, et continuai :

    I saw a shadow
    touch a shadow’s hand
    on Bleecker Street.

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    Le roman, dans l’ordre, est
    .

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    Ounditcho


    Quand il y a un bourdon qui tape à ton carreau,
    et qui s’entête à vouloir rentrer,
    même si on est que le 8 mars,
    ça c’est sûr,
    le Printemps est là.
    Allez Louya.

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