Une petite fin

Voilà, c’est fait, le silence s’est à nouveau abattu dans les rues françaises.
Avec peut-être une petite différence.
Samedi dernier, il y avait un vrai espoir, une vague populaire, on était tous dedans, même ceux qui n’y connaissaient pas grand chose. Et le match de samedi dernier a laissé beaucoup d’amertume. Je résume : ce n’était pas un très beau match, les Français auraient pu gagner, on avait un goût de ratage à peu de choses près.
Ce soir, c’est un peu autre chose. Il y a eu une première mi-temps très virile, où l’on sentait que les deux équipes avaient la rage d’en découdre. Il y a eu des gestes très déplacés, des deux côtés (non, franchement, Elissalde… Et toi, Ibanez, rhhooo…), mais le rugby élégant, c’est une pensée d’homme sans désir.
Et puis cette fin de première mi-temps, qui durait, durait. Une attaque française, rageuse, contre un mur tout aussi désireux d’en découdre. Et les coups de sifflet de l’arbitre.

Et la deuxième mi-temps, avec tous ces essais (hélas, peu équitablement répartis).
Plus le temps passait, plus j’étais silencieux, probablement comme beaucoup de compatriotes. Et puis ça s’est terminé, au bout du temps règlementaire.
J’ai fait comme tout le monde, j’ai regardé les images jusqu’à la lie.
Je suis content de ce match. Il a été vivant, acharné. Les gagnants méritaient clairement de gagner, ils se sont très bien battus, et même si j’aurais aimé que la victoire soit française, je ne peux que reconnaître la supériorité de cette équipe argentine.
Tout est toujours bon pour apprendre de nouvelles choses.
La leçon du jour ? Remets-toi toujours en cause. Regarde souvent derrière toi, s’il n’y en a pas un qui est en train de gagner du terrain. Prépare-toi toujours comme si tu étais le dernier. Pense à tous ceux qui voudraient avoir ta place. Si tu perds ta place, c’est qu’un autre la méritait plus que toi. Trouve ta place, et quand tu l’as trouvée, défends-la bec et ongles.
Et comme disait Sir Winston : n’abandonne jamais.

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Livres lus dont je ne ferai pas la critique

J’ai arrêté la rubrique « Livres lus », d’abord à cause du retard pris, et ensuite parce que plusieurs lecteurs que j’avais rencontrés dans le monde réel m’avaient dit ne pas lire ces thibillets, trop longs.

Néanmoins, pour la mémoire (c’est un des objectifs de ce blog pour moi), voilà la liste des livres lus les derniers mois, avec commentaire, ou pas.

Livres lus

  • Sébastien Japrisot – Le passager de la pluie
  • Erri De Luca – Acide, Arc-en-Ciel. Difficile.
  • Stanislas Lem – l’invincible. Auteur de science-fiction très stimulant, très imaginatif. Il faut que j’achète son Solaris.
  • Simenon – la boule noire. J’aime bien Simenon quand il quitte Maigret pour inventer d’autres histoires. J’avais beaucoup aimé Ceux de la soif. Là, c’est sa période américaine (il y a aussi Le fond de la bouteille dans la même veine).
  • Simenon – Strip-tease. J’ai été moins convaincu. Mais c’est toujours du Simenon.
  • Simenon – L’homme de Londres. Superbe, ça donne aussi envie de lire La mauvaise étoile, l’histoire pitoyable de tous ces personnes à qui il suffisait de peu pour réussir. Mais inéluctablement…
  • Simenon – Les gens d’en face. Presque étouffante, ou frustrante, cette histoire où le personnage principal est perdu dans une ville et un régime communiste qu’il ne comprend pas.
  • Robert Silverberg – Les masques du temps. Silverberg était un souvenir de jeunesse, c’est distrayant, mais c’est de la science-fiction un peu molle, ça me distrait, sans plus.
  • Jack London – La piste des soleils. Le grand écrivain américain, l’homme qui s’est fait tout seul. Plusieurs nouvelles. Toujours un très bon moment, même quand l’intrigue a lieu dans la campagne anglaise.
  • Andrea Camilleri – La première enquête de Montalbano. J’aime bien Camilleri quand il écrit des nouvelles, avec toujours ce style, cette langue qu’on déguste. (et l’on ne dira jamais assez le travail excellent du traducteur, Serge Quadruppani)
  • Aarto Paasilinna – Le lièvre de Vatanen. Beau roman écolo et philosophique.
  • Aarto Paasilinna – Le fils du Dieu de l’Orage. Plus amusant, moins profond, mais quelques idées à mettre en perspective de mes (futurs) articles sur le bonheur.
  • Philip K. Dick (et Ray Nelson) – Les machines à illusion. Dick, c’est souvent à plusieurs niveaux, et je ne comprends pas tout. Là, j’ai pas compris grand chose, c’est frustrant.
  • Andrea Camilleri – L’opéra de Vigata. Dans le genre de La concession du téléphone, roman historique, avec histoire mélangée, c’est du Waltenberg, mais en plus compréhensible… et méditerranéen. Un côté « je saisis le prétexte d’une histoire pour brosser le panorama d’une époque ».
  • Jean-Philippe Toussaint – Fuir. Avec les années qui passent, il garde sa distance, mais ses écrits perdent de l’humour des premiers livres (La salle de bains, La télévision, L’appareil-photo). Cela donne des textes plus angoissés, ou angoissants. Mais bien travaillés, très bien écrits, bien sûr. Cela ne correspond plus trop à mon envie de légèreté.
  • Dennis Lehane – Coronado. Des nouvelles noires, une d’entre elles (En observation) ressemblant à du Paul Auster, les autres ressemblant à du Dennis Lehane, et aussi, ah oui, James Crumley dans Un pour marquer la cadence.
  • Hermann Hesse – Siddhartha. Très beau livre, à multiples interprétations. J’ai enfin compris la réincarnation, et le mécanisme qu’il y a derrière, en lisant ce livre. A relier avec Mathieu Ricard et le bouddhisme, bien sûr.
  • René Girard – Celui par qui le scandale arrive. Essais très intelligents, un peu trop pour moi. Le bouc émissaire et sa sacralisation. Cela m’a inspiré une idée de thibillet, non encore pondu : René Girard et Rocky. Tout un programme 🙂 Michael Connelly – Le cadavre dans la Rolls. Intéressant, bien écrit, mais loin derrière Le Poète ou Créance de sang, je trouve. J’attends Les égoûts de Los Angeles. Henri Queffelec – Un recteur de l’île de Sein. Très beau roman écrit par le Giono de la Bretagne, c’est âpre et poétique. Vladimir Nabokov – Chambre obscure. Encore une nymphette, une passion hors mariage, de la manipulation, tout cela écrit de manière très classique. Bref, une répétition (au sens, un première préparation) sur le thème de Lolita.

Livres relus

  • Dennis Lehane – Mystic River (et film re-regardé quelques semaines après)
  • Fred Vargas – Coule la Seine
  • Fred Bargas et Baudoin – Les quatre fleuves. (et toujours l’envie de dessiner Danglard…)
  • Manuel Vasquez Montalbàn – Le petit frère.

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Ha ha, je suis impayable !

Hier, gros thibillet enflammé sur ma gestion de la grève, et que je suis un Homme, un vrai.
Aujourd’hui, j’ai les genoux comme des melons et tous mes niveaux d’énergie au point bas. Heureusement que le travail sur ordinateur ne demande que peu de mouvements, je rêverais d’un utilitaire qui ferait tout, juste avec des mouvements oculaires.
Il faut que je me requinque : ce soir, petite finale, la boucle sera bouclée, un France-Argentine pour terminer ce qui a été commencé.

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Journée très positive

Il fallait que je tienne mes engagements. Je l’ai fait, et sans souci majeur. Tout est une question d’état d’esprit.
14 km aller, une heure. Il y avait du soleil, le temps était frais, j’ai commencé à pédaler avec des douleurs dans les genoux, mais je suis habitué. En revanche, j’ai une chambre à air qui commence à lâcher : malgré le gonflage de la veille, gros bringueballement sur toute la journée. Mal au cul.
15 mn pour atteindre la Porte d’Asnières, restait 45 mn. Pause pour retirer mon coupe-vent, j’observe la circulation : beaucoup de voitures, beaucoup de deux-roues, beaucoup de vélos. Les automobilistes ont l’air assez attentifs aux mouvements des vélos (effet Vélib’ ?). Re-démarrage. Des feux rouges, donc des arrêts. Une autre pause pour retirer mon pull, me voilà tout beau en manches de chemise.
Gestion des vitesses (je n’en utilise que deux, la vitesse « démarrage feu rouge et/ou faux plat » et la vitesse « je suis lancé et ça roule, poussez-vous les piétons »). Enchaînement de rues, de feux, de passages piétons. Je ne parle à personne, mais je sens une connivence, un bon esprit (oui, oui).
Arrivée enfin, je pose mon sac à dos, je suspends mon coupe-vent et mon pull à une grille, c’est la Famille Fenouillard en vacances, puis je pose l’antivol arrière, et bataille avec l’antivol sur la roue avant. ça y est, je respire, il est temps d’aller me sécher.
Dans les couloirs, confraternité et échanges de points de vue de ceux qui sont passés.
Je bois une bouteille d’un litre et demi en 10 minutes, ça va mieux.
La journée se déroule après comme une journée ordinaire. Au déjeuner, quelques faits d’armes évoqués, sans insister.
Ce soir, autre son de cloche. 14 km, 1 heure et 30 minutes… Des rues compactes de voitures emboîtées, des files ininterrompues de boites de sardines métallisées, sur lesquelles se reflètent les feux de circulation, toujours rouges. Axiome n° 1 : dans un embouteillage, un vélo va beaucoup plus vite qu’une voiture. Axiome n° 2 : pour aller vite dans un embouteillage, un vélo doit anticiper, se faufiler, zig-zaguer au milieu de voitures qui jouent à touche-touche. Combat urbain.
La nuit tombe, les cuisses se raidissent, les voitures s’énervent. Je n’en suis plus à doser mes efforts du matin (« éviter de transpirer ! »), je lâche toute l’énergie. Comme le genou droit est le plus faible, c’est la jambe gauche qui donne les impulsions, je vais vite, quitte à freiner vite, je suis pressé.
Arrivée dans la nuit, essouflé, mais entier.

Synthèse :

  • Cette journée était pour moi l’occasion de montrer (essentiellement à moi-même) que j’étais un homme, et que ce n’était pas une grève générale qui allait entraver Ma Liberté.
  • J’en ai retiré une grande exaltation, et je la conserve.
  • « les agressifs et les puissants ont pris la voiture, les humbles ont essayé les transports en commun ou les vélos. » Je me revendique comme humble, mais humble debout. Certains ont pris des RTT ou des jours de congé, d’autres ont pris leur voiture, d’autres enfin ne pouvaient pas prendre autre chose qu’un RER ou un train. Et les chanceux, comme moi, avaient le choix.
  • A un carrefour, j’attendais au feu rouge en éventant ma chemise, quand j’ai vu passer une quadragénaire. Elle était, littéralement, cassée en deux. Une béquille soutenant avec peine un corps à angle droit, en déséquilibre régulier, elle avançait avec la tête à l’horizontale, ne voyant que la surface grise du pavé. Au même moment, un djeun passait là-bas, trottinant de manière décontractée en jogging, du genre « j’ai de la réserve sous le pied, je montre ma félinité sauvage ». Et moi, qui avais mon vélo. A ce moment-là, je me suis senti privilégié.
  • Et comme j’essaie toujours de mettre les choses en perspective, j’ai donné 30 euros ce soir au collectif urgence Darfour : c’est tout simple, il suffit de cliquer sur bouton Paypal et de suivre la procédure, et en quelques secondes, vos bons euros vont vers une bonne cause. Et vous oubliez les grèves, les divorces présidentiels, les e-mails accumulés et toutes ces choses qui ne sont que des futilités.
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Catégorie Projets (et projets)

Je viens de créer une nouvelle catégorie, « Projets ». Si j’étais organisé, je reprendrais tous les thibillets passés qui parlaient de mes projets (une liste foutraque est , une synthèse incomplète ici), et je les assignerais à cette nouvelle catégorie.
Comme d’habitude, ça se fera (ou pas) (je devrais faire de cette phrase un leitmotiv existentiel et zen).

Voici donc la moisson des nouveaux projets, ou en cours :

  • Projet Herbie Hancock : créer un nouveau produit informatique / une plate-forme web pour (1) bosser avec des amis, et/ou (2) m’enrichir, le tout fondé sur une idée hypra-originale et totalement révolutionnaire que j’ai eue il y a quelques jours. A suivre…
  • Projet Augias : lié à la rubrique Productivité, pas terminé, mais désormais dévoilable : atteindre zéro mails dans ma boite de réception. On n’y est pas, 40 au compteur à cette minute.
  • Dans la rubrique Productivité, il y a plusieurs choses qui bougent pas mal actuellement, je viens de commander Getting Things Done et je teste Action Outline pour savoir si je vais l’acheter.
  • Projet Hélium : A réaliser ce soir, impérativement : vérifier que les pneus de mon vélo sont bien gonflés…
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En prévision de la grève générale


Dans la rue du matin où se bousculaient en grappes les employés de tout poil qu’éjectait Saint Lazare avec une régularité de fusil mitrailleur, Georges regretta vite maussade, l’absence de tout printemps.

René Fallet, Les pas perdus, Livre de poche n° 3230, 1971, p. 91-92.

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Beaucoup plus fort que de publier dans "Journal of Finance"

J’avais déjà eu le cas il y a quelques années. A l’occasion d’un article publié dans Les Echos (puis d’un deuxième), j’avais eu des retours impressionnants : plusieurs coups de fils, des mails, des courriers. Alors que si j’avais publié dans International Stochastic Journal of Obscure Research, personne n’aurait salué ces trois ans de travail.
Là pareil. Un journaliste a pris l’annuaire (les pages blanches) et m’a interviewé au hasard, pour une chronique. Super. Mais le plus marrant, c’est que depuis ce matin, j’ai reçu un SMS, un mail, et l’honneur d’être cité dans un blog de référence mondiale.
Andy Warhol is alive.

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Le Bonheur (I) et quelques réflexions sur les actifs immatériels

Cet été, j’ai lu avec délectation le supplément du Courrier International n° 874-875-876 (2 au 22 août). En une trentaine de pages, il traitait de ce sujet central : « Alors, heureux ? Pourquoi nous sommes obsédés par le bonheur ».
Il s’agit d’une collection d’articles, très souvent passionnants, sur lesquels j’aurais énormément de choses à dire.
Mais une chose à la fois, une idée par thibillet, et que cela soit argumenté et réfléchi, ma crédibilité est en jeu.
Ce soir, c’est Mathieu Ricard qui s’y colle, à tout seigneur tout honneur, je me devais de citer en premier L’homme le plus heureux du monde. Son interview est un modèle de luminosité intelligente, le genre de lecture que l’on devrait se prescrire plusieurs fois par an.
Ce soir, une idée parmi d’autres :

« Dans une société composée à parts égales d’égoïstes et d’altruistes, ces derniers devraient théoriquement être balayés. Mais les altruistes savent coopérer, ce qui leur donne un grand avantage. »
Mathieu Ricard, interviewé par Robert Chalmers, The Independent, repris dans Courrier International, supplément au n° 874-875-876, p. 11.

Ainsi, si l’on se cantone à une mesure factuelle (productivité, gains individuels), on oublie une composante importante. Ou comment la somme de comportements individuellement optimaux ne conduit pas à un optimum global. La confiance, la bonté, la coopération, ne se mesurent pas facilement, en conséquence de quoi ces valeurs sont le plus souvent exclues des mesures statistiques. Cela conduit évidemment à une sous-estimation, et à une incomplétude, de la mesure de la performance et des risques.
Pour paraphraser certaine proposition célèbre en finance, je dirais :
Valeur d’une entreprise = Valeur d’une entreprise sans coopération + valeur actuelle de tous les gains issus de la coopération.
Ce que j’aimerais bien, c’est une mesure raisonnée de la valeur des gains issus de la coopération. Et si ça représentait 50% de la valeur de certaines entreprises ?..
On revient encore une fois à l’opposition « gain à court terme / amélioration à long terme » ou « gains publics / coûts cachés« , mais cette fois, vu du côté de la mesure. Cela permet aussi de mieux comprendre l’engouement des chercheurs, depuis des années, pour les théories des jeux (négociation et coopération) ou la mesure des prétendues synergies lors des fusions. Et, pour sonner plus moderne, l’intérêt des réseaux sociaux de type LinkedIn ou Facebook – même si à mon avis, beaucoup reste à faire.
Le prochain thibillet sur le sujet concernera probablement la carte du bonheur dans le monde, dans Mamz’elle nous donne un avant-goût.

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C’est du n’importe quoi

Vendredi, j’avais une réunion de travail avec mon éditeuse. Vers la fin de la réunion, quand on avait déjà traité les dossiers « Côte Rotie », « Tourte à poils et à plumes », et « Comment écrire un best-seller, par exemple un roman de finance porno », elle m’apostropha. « Non mais oh, c’est quoi ce billet sur les mails, t’as que ça à faire, de compter tes mails ?! »
J’en ai avalé de travers ma gorgée de calva (c’est un médicament, j’ai la voix fatiguée à force de faire cours).
J’ai donc décidé de revenir à des thibillets beaucoup plus graves, pondérés, argumentés.
Et ça commence dès le prochain. Je ne vous parlerai donc pas des 20 km de Paris, qui ne méritent pas qu’on s’y attarde : il faisait beau, et ça faisait 20 km, voilà. Je ne vous parlerai pas non plus d’Elissalde ou de Chabal, tout le monde en a parlé. J’attends vendredi soir, et d’ici là, je fais comme tout le monde, je reviens à mon petit quotidien, loin des rêves fédérateurs.

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Gestion des mails – phase 2, l’analyse

Après un peu plus d’une semaine de mesure de mes flux de mails entrants et sortants (genèse ici), j’ai quelques chiffres. Ceci est mesuré sur une semaine calendaire, soit 5 jours de travail (le week-end, je reçois peu de mails, et j’en envoie encore moins), et cela exclut :

  • les spams qui n’avaient pas été stoppés auparavant (4-5 spams arrivent à passer chaque jour, mais j’ai éduqué Thunderbird, et ils vont directement dans la corbeille) ;
  • les listes de diffusion auxquelles je suis abonné (les différentes listes OpenOffice, la liste du MBA Exec 2005), qui sont autoamtiquement filtrées vers des sous-dossiers.
  • Mes autres adresses e-mail.
  • les chiffres suivants sont donc « propres ».

Sur 5 jours de travail :

  • J’ai commencé avec un Stock* de 31 mails (*rappel de la taxonomie dans le thibillet sus-cité)
  • J’ai envoyé 97 mails, soit un Flux Sortant* de 20 par jour
  • J’ai reçu 175 mails extérieurs, soit 35 par jour, auxquels je rajoute les 97 mails que j’ai envoyés – et dont je suis automatiquement en copie – ça fait 272 mails, soit un Flux Entrant* de 54 mails par jour.
  • Je n’ai pas répondu à tous les mails, tout simplement car certains étaient pour info, ou étaient la fin d’une conversation.
  • J’ai terminé la période d’observation avec 19 mails dans le Stock.

Analyse et commentaires :

  • Sur 175 mails, 97 ont nécessité une réponse, soit un mail sur deux. La mesure n’est pas tout à fait exacte, car je ne suis pas qu’en mode réactif : il y a de nombreuses fois où j’ai lancé moi-même un sujet.
  • En 5 jours, j’ai gagné 12 mails de stock, c’est dire la lenteur de ce travail quand 90% du temps consiste à répondre à des mails entrants.
  • Je suis donc rassuré : sur une semaine-type, ma Vélocité* est supérieure au Flux entrant*, et j’entame le Stock*

Etape suivante : la not-to-do list de l’e-mail.

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Les mots oubliés II

J’avais parlé des mots oubliés. Il y a une autre catégorie, ce sont les expressions qui signifient (signifiaient) quelque chose, mais qui sont passées dans le langage courant alors même que l’on ne vit plus ces situations.

  • Aller au charbon.

Je me dis qu’il faudrait remplacer ces expressions par des idées plus récentes, plus appropriées. Genre « aller vendre son business model ». J’en ai une autre :

  • Change de disque.

Qu’est-ce qu’on peut dire, maintenant que la musique est grandement dématérialisée ?
« Skippe en shuffle » ?

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Not to do list

Presse-citron avait évoqué ce terme, en citant sa source, mais c’était dans le sens « liste des choses que je m’interdis de faire ». Je pense à autre chose.

C’est parti d’une discussion à Berlin, la veille du marathon. On listait les conseils, les recommandations, avant une telle course. Mais nous avons pris très vite le contre-pied, et je me suis rendu compte que souvent, une manière beaucoup plus illustrative, percutante et, lâchons le mot, pédagogique, de faire des recommandations, consiste à citer ce qu’il ne faut pas faire.
Exemple pour le marathon : Not to do List :

  • Se coucher tard plusieurs soirs de suite
  • Boire de l’alcool dans les jours qui précèdent
  • Manger des épinards, du melon glacé ou un steak tartare la veille
  • Se taper un cassoulet au petit déjeuner
  • Boire des expressos au petit déjeuner
  • Arriver à la bourre
  • Partir vite en se disant « c’est toujours ça de gagné »
  • Courir avec un équipement neuf jamais essayé
  • Sauter les premiers ravitaillements
  • Maintenir sa vitesse dans les côtes
  • Abandonner « quand on le sent plus »

Pour certains, cela peut apparaître comme le négatif inversé d’une liste de recommandations, mais moi je trouve ça beaucoup plus percutant. En cours, j’ai une liste que j’appelle « Comment se planter en appliquant aveuglément les modèles ». Je pense qu’une nouvelle approche de la pédagogie – elle existe déjà, j’en suis sûr – consisterait à enseigner ce qu’il ne faut pas faire.

  • Dix conseils pour planter sa création d’entreprise
  • Comment transformer un produit génial en ruine commerciale
  • Les stratégies qui nous envoient dans le mur à coup sûr
  • Comment ruiner la motivation de ses collègues
  • Comment faire perdre du temps en réunion

Je sens une possibilité infinie de sujets, pour quantité d’aspects de la vie. Et puis ça nous changera des dix commandements gnangnan, des listes vertueuses de ce qu’il faut faire. Tiens :

  • Comment obtenir un redressement fiscal

Intéressant, non ? Je vois enfin d’autres possibilités pédagogiques : les démonstrations par l’absurde.

  • Comment gagner en Bourse.
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All Blue


🙂

Deux remarques :
– toujours en garder sous le pied pour la deuxième partie (oui, ça me rappelle quelque chose)
– c’est souvent la rage qui nous fait avancer. L’amour aussi, oui, bien sûr, mais quand Elissalde attrape le All Black par le maillot, puis par la cheville, à un moment crucial, c’est de la rage pure et c’est bon… 🙂

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L’informatique est mon Prozac

Quand je branche un appareil informatique, c’est toujours la roulette russe : marchera, marchera pas ? Ce que, à la grande époque de Windows 95, on appelait le Plug and Pray. Ce qui est plus inquiétant, c’est le résultat de cette quête. Quand ça ne marche pas, ça me déprime profondément, j’ai envie de tout foutre en l’air. Mais encore pire : quand ça marche, je reprends un coup d’optimisme, ma journée s’éclaire. Là par exemple, je viens de brancher une imprimante multifonctions (Canon MP 160, 70 €), et après 1h (quand même…) d’installation laborieuse (et encore, je n’ai utilisé que le manuel « quick start »), j’ai essayé de faire une photocopie en noir et blanc : ça marche ! En couleur : ça marche !
L’extase, je plane. Bien meilleur qu’un shoot de St Estèphe 1996. (quoique, étant donné que je suis en train d’en boire, je ne reconnais plus les effets spécifiques de chaque drogue, c’est ça de mélanger les médicaments).
Si ça n’avait pas marché, j’aurais été déprimé, et j’aurais pondu un thibillet du genre « Quelle misère, nous avons besoin qu’un truc marche – ce qui est la moindre des choses – pour notre sécurité affective ! ». Comme ça a marché (mais angoisse : je n’ai pas testé le scanner…), je me contente d’un thibillet amusé « je ne pensais pas qu’un jour, ma journée s’illuminerait parce qu’un truc que j’ai payé a fonctionné comme il était censé fonctionner ».
C’est peut-être parce qu’il a 2 Gode mémoire.

(ce billet est le 512ème, comme les 512K de RAM qu’on avait autrefois pour faire tourner toutes nos petites applis, nostalgie (?) de cet âge d’or où tout marchait, et où l’on savait que la seule source d’erreur était entre le clavier et la chaise…)

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Les informaticiens sont des bourrins libidineux

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Serait-il impossible de vivre debout ?

Ce marathon m’a remis les pendules à l’heure. Je suis un homme, et j’entends revendiquer ma liberté. Je viens de démissionner d’un cours, probablement sur un coup de tête, mais essentiellement à cause d’une lassitude. Je suis un homme, je peux dépasser mes propres limites, et je n’attends pas que chacun soit marathonien, mais j’entends recevoir un minimum de reconnaissance (que j’ai eue pour le marathon, je vous remercie tous, ça va de ce côté-là). Je me sens dans la situation du gars qui vient de dire « je ne m’alignerai pas pour les prochaines compétitions. Je vous conseille untel, il est bien. »

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Caillou – Sans sommeil


Les chiffres rouges du réveil
grignotent consciencieusement
les minutes d’obscurité.

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Marathon de Berlin – Hailé Gebrselassie et moi

Dimanche matin, réveil dans un Berlin gristre (notre hôtel était du côté Est de Berlin) vers 6h45. Laurent fait son yoga, j’enfile vite un jean et je descends prendre un petit déjeuner. Un thé, des céréales au lait, quelques tranches de jambon, une pomme que je ne peux pas avaler. Dans les néons bleus et verts de la salle aux murs métalliques, je vois beaucoup de convives en collant de course, les chaussures de running aux pieds, chacun est dans son silence.
Retour à la chambre, préparation sans état d’âme (tout était prêt depuis la veille), installation de toute l’électronique : puce du marathon sur la chaussure droire, accéléromètre sur la gauche, walkman au côté, casque ultra-léger autour du cou, montre cardio-fréquencemètre avec batterie neuve (merci Cécile), brassard contenant 6 gels au glucose.
7h30, RV dans le hall de l’hôtel, départ en métro à 8 coureurs. Matin gristre, des pans de ciel clair commencent à apparaître, les nuages sont poudrés de rayons de soleil. Il va faire beau, il fait froid.
A la station d’arrivée, il n’y a qu’à suivre les gens déguisés – comme nous – en préservatifs jaunes (« Adidas, c’est la classe ! »), ça n’est pas dur, quand 40 000 personnes convergent à pied vers un lieu, ça se remarque. Répartition dans les sas, je suis dans le dernier sas avec Joce, ce qui nous vaudra de franchir la ligne avec 24 minutes de décalage par rapport aux premiers. Il fait froid, je garde le sac jusqu’au dernier moment. Superbe moment quand le lâcher de ballons peuple le ciel de Berlin de milliers de ballons orange, sous le ballet des hélicoptères.
Et c’est le départ. Même si je cours à côté de Joce, cette fois, c’est décidé : ce sera à mon rythme, j’arrête les conneries, je vais courir lentement, avec une stratégie de course prudente, pour en garder sous le pied pour la seconde partie du parcours. Malgré la foule (c’est l’inconvénient des départs, surtout dans le dernier sas, qui mélange ceux qui veulent faire 4h15, 4h30, 5h, 5h30 ou plus…), je garde l’oeil sur la montre, je déroule la foulée sans accélérer (ce n’est pas l’envie qui m’en manque). Il fait 13°.
Km 10, je prends mon premier gel un peu avant le ravitaillement en eau, tout est sous contrôle, Joce me rejoint quelques centaines de mètres plus tard. Un gars reconnaît mon T shirt, il est ESCP, 54 ans, DG d’une boite d’informatique. Il nous montre quelques bâtiments, mais le rythme est un peu trop rapide, ça se joue à une poignée de secondes, mais je préfère décrocher. Seul dans la course, je suis en moi-même, toujours attentif à maintenir un rythme serein. Je m’étais fixé de courir à 6’20 » au kilomètre, j’ai du mal à ne pas descendre en dessous des 6′, mais je me freine. Je me souviens de toutes ces compétitions où j’ai explosé en vol à la moitié de la distance, pas question de me cramer à nouveau.
Km 20, deuxième gel au glucose. Encore 1 km et quelques, et ce sera le semi. Je prends soin d’éviter les jets d’eau rafraichissants, à 14-15°, le plus souvent à l’ombre, c’est la caillante assurée.
Semi-marathon. Je voulais le passer à 2h13, je le passe à 2h15, tout va bien, j’ai bien géré cette partie. A Madrid, j’avais passé le semi à 2h03, tout content de ma rapidité, et j’avais explosé dès le 23ème kilomètre (il en restait donc 19 à courir…).
Conformément à ce que j’avais décidé, je chausse le casque du walkman à partir du semi : la première partie a été concentrée et silencieuse, la deuxième partie va être rythmée et en musique. J’accélère pour passer à 5’40 » au kilomètre, et commence donc mon negative split. Dans ma stratégie de course, je dois maintenir cette allure jusqu’au km 31 : à ce moment-là, je verrai si je peux encore accélérer (5’30 » ou moins) ou bien s’il vaut mieux rester à cette allure. Un morceau de Graham Nash et David Crosby, un instrumental tiré de Rocky, la musique est agréable, et puis cette chanson faite pour la course, Men In Black, par Will Smith. Dopé par le rythme, je double des coureurs sans effort, sans à-coup, je suis dans la course.

Km 25, gel anti-crampes. Les ravitaillements sont de grandes flaques d’eau, des amoncellements de gobelets en plastiques que l’on écrase, on se fait souvent pousser dans le dos, chacun est énervé par sa contrainte de temps. Je saute un ravitaillement sur deux, il y en a trop.

Km 30, je pense que je ne pourrai pas accélerer. Je suis tombé sur l’intro de Rocky II, superbe morceau bien rythmé, ça m’a redonné la pêche. Je suis bien content d’avoir acheté ce disque, plus quelques morceaux en ligne, voilà de l’argent bien investi.

Km 31, ça devient dur, je ralentis insensiblement, je dois me motiver pour maintenir l’allure de croisière. Je monte souvent à 5’50 » au km, il faut être vigilant. Pas question d’accélérer comme prévu initialement, il faut se maintenir. Mais en même temps, je n’ai pas eu « le mur » (que j’avais eu à Paris 2002, puis Paris 2006 au 26è km, et à Madrid 2007 au 23ème), je ne l’aurai pas de tout le parcours. Km 35, dernier gel « coup de fouet ». Mon t-shirt est trempé, je suis glacé. J’ai eu Eddy Mitchell et Johnny « on veut des légendes », tout ça c’est du bon. Je passe tous ceux que je peux, je ne suis plus doublé depuis des kilomètres. En revanche, de plus en plus de personnes se mettent à marcher (c’est leur droit) au milieu de la route (c’est pas sympa). Depuis le début, c’est une gestion des doublements, des trottoirs, des encombrements de personnes.
Dès que je le sens, dès que je le peux, je tape dans les mains des petits gosses sur les côtés, ça me booste.
Km 40, celui-là je l’ai attendu longtemps, ça fait depuis le km 28 que je guette le panneau kilométrique suivant. Un thé chaud au ravitaillement, c’est la dernière fois que je m’arrête. OK, encore 2 km, je fais ce que j’avais prévu : j’accélère. Il s’agit tout de même de tenir 2 bornes, avec les 40 que j’ai déjà dans les pattes, mais je le sens bien. De toute façon, je vois vite mes limites : oui, j’ai pu accélérer, mais pas énormément, et maintenant, il s’agit de tenir. Je convoque mon loup intérieur, je grogne à chaque foulée, les autres coureurs tournent la tête, je m’en fous, ça m’aide, et je les dépasse un à un, inexorablement. Longue avenue d’Unter den Linden, je vois la Porte de Brandebourg au bout, je sais qu’il ne faut pas se démobiliser, l’arrivée sera quelques 200 m après. Je passe la porte dans la bousculade, il ne s’agit plus de trébucher. Longue avenue, dernière course tendue, la foule des deux côtés sur des gradins, des hauts-parleurs annoncent qu’Hailé Gebrselassie a battu le record du monde du marathon, je passe la ligne, top chrono, j’ai fait 4h18’25 », mon meilleur temps à ce jour, 22 minutes de mieux que mon premier marathon (2002), 34 mn de mieux qu’en 2006, 29 mn de mieux qu’à Madrid.

Depuis dimanche, je suis sur mon nuage.

Prochaine étape : le 13 avril, quelques jours avant mes 40 ans, Marathon de Londres.
Mais pour l’instant, baguette, fromage au lait cru, vin rouge, viandes rouges, expressos : ça fait du bien…

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4h 18′ 25" (-22 minutes par rapport à mon record)

Marathon historique, qui a vu Gebrselassie battre le record du monde, et votre serviteur battre son propre record. Cela fait énormément de bien. J’ai enfin couru en negative split (moins vite d’abord, plus vite après). Plus d’infos dans les jours qui viennent, là j’ai une journée de cours.

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Plus possible de reculer

J-2.

Taxi à 4h45 demain matin, retour lundi soir.

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Caillou – Absenthe

Des années après,
Alors que je suis dans une autre vie,
Ton parfum me surprend
Et je pense immédiatement
« Lingerie orange ».

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Gestion des mails – phase 1, la mesure

Dans un thibillet de l’essentielle rubrique Productivité, je parlais des mails comme du stock (courriers passés à traiter) et du flux (courriers entrants).
Prolégomène, raffinement, et préparation d’action.

Prolégomène

Je ne vais parler ici que de ma messagerie pro, mais les frontières sont floues. Plus le temps passe, plus j’essaie d’avoir toutes mes adresses mail qui tombent dans la même boite. Grand débat, sur lequel je ne suis plus d’accord avec Yann (à développer, ou à choisir suivant le goût de chacun).

Raffinement

Trois variables :

  • le nombre de mails restant à traiter dans la boite (pour moi, à cette minute, 31) dit Le Stock ;
  • le nombre de mails arrivant dans la boite chaque jour (statistique à définir, intuition : 40 à 60), dit Le Flux ;
  • le nombre de mails que je peux traiter en une journée (statistique à définir), sachant que je ne fais pas que ça (si, si, sérieux…).

Quelques propositions logiques, et leurs sous-propositions

  • Si La Vélocité* est supérieure au Flux, le Stock diminue, c’est bien.
  • Si La Vélocité est inférieure au Flux, le Stock augmente, c’est pas bien.
    • Augmenter la Vélocité
    • Diminuer le Flux

* NB : je raisonne en valeurs moyennes quotidiennes; il faudrait plutôt mesurer cela sur une semaine, pour tenir compte des cours, des réunions avec des fâcheux, etc.

Préparation d’action

La semaine prochaine, si j’ai le temps :

  • Je mets les (31 ?) mails restant à traiter à part, pour démarrer avec une boite vide
  • Je laisse les mails entrants, et mes réponses (car je me mets en copie systématiquement, cf. le thibillet original) dans la boite, où je les vois s’accumuler pendant la semaine
  • A la fin de la semaine, j’aurai normalement une semaine de Flux, et ma Vélocité.
  • Je passerai alors à la formulation de stratégies
    • d’éradication (diminuer le Stock),
    • de productivité (augmenter la Vélocité),
    • éventuellement d’éducation (diminuer le Flux).
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Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille…

Allez, encore un effort… J-4.

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La compétition à XV à ne pas rater ce dimanche…

Ils seront XV, portés par des milliers de personnes.
Cela fait des mois qu’ils s’entraînent, se soutiennent, apprennent à se connaître.
Il y a les petits jeunes, et les anciens qui distillent la sagesse et les conseils.
Ils représentent la France, mais ne sont pas tous français.
La tension est montée, au fil de quelques échauffourées passées, mais c’est vraiment dimanche que ça va passer ou casser.
Non, ce n’est pas du rugby, c’est la suite du projet Mercure.

Et pour ceux qui ont la flemme de cliquer sur le lien :

Dimanche 30 septembre, je vais courir le Marathon de Berlin aux couleurs de l’ESCP-EAP, l’école qui m’emploie, pour une cause humanitaire : le financement de la recherche sur un syndrome génétique affectant les jeunes enfants, le syndrome de Williams et Beuren.

Je souhaiterais que vous considériez de verser une somme, fut-elle modique, pour cette noble cause, et pour m’encourager tout au long de ces 42km195, pour lesquels je me suis entraîné tout l’été.
En effet, un de mes amis, qui est aussi marathonien, a une nièce atteinte de ce syndrome. Nous avons donc réuni une équipe de 15 coureurs, qui a déjà couru le Marathon de Madrid en avril, collectant déjà, grâce à vos dons, plus de 1400 euros.

Nous courrons ensuite le Marathon de Londres, Turin, puis Paris, soit 5 marathons en 4 ans. (Tous les détails sont sur 5marathons.com).

Voilà un certain nombre de raisons pour lesquelles vous pourriez envisager de donner :

  • les dons vont à 100% à l’association humanitaire Autour des Williams, pour favoriser la recherche sur ce syndrome génétique
  • 60% des dons sont déductibles de votre impôt sur le revenu
  • vous nous encouragez, mes camarades coureurs et moi-même, pour ce défi
  • vous soutenez mon (éventuellement votre) école, qui s’est engagée généreusement dans ce défi sportif, collectif et humanitaire
  • vous voulez agir
  • vous souhaitez encourager notre partenaire Spira, sympathique PME européenne, qui a doté gratuitement tous les coureurs de chaussures de compétition haut de gamme

Pour faire un don, vous pouvez soit vous connecter sur le site Internet http://www.5marathons.com/ et aller à la page des coureurs, et me choisir (oui, moi, tout en bas de la page) pour faire un don en ligne (connexion sécurisée par Paypal), ou bien vous pouvez envoyer un chèque, libellé à l’ordre de « Autour des Williams », envoyé par la Poste à

Anne-Laure THOMAS
Association Autour des Williams
« 5 marathons sur 5 campus »
2ème étage
10 rue de la Jonquiere
75017 PARIS

Dans les deux cas, l’association vous contactera pour le justificatif fiscal.
Dans la page des coureurs, vous constaterez que nous nous sommes tous fixé des défis, avec des paris à la clé. Ce système de pari n’est pas une obligation (vous pouvez verser un don libre), mais il est destiné à motiver les coureurs à faire un bon temps. Pour ma part, je vais essayer de battre mon meilleur temps au Marathon, soit 4h40.
Je vous remercie d’avance, et je donnerai à ceux/celles qui le souhaiteront un compte-rendu détaillé de cette épreuve… après l’avoir courue 🙂
Sportivement,
Votre serviteur, dit « The rooster of the macadam »

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Citation – Riesling Connection, par Christophe Vergnaud

« On reconnaît souvent un intellectuel en cette capacité de déclarer noble et supérieure la solution qu’il est de toute manière obligé de suivre. »

Christophe Vergnaud, Riesling Connection, La table ronde, 2003, p. 72.

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500 pages

Pour ce 500ème billet, je vais faire ce que je n’avais pas fait pour le 400ème : rédiger un thibillet à géométrie variable, qui s’enrichira au fil des mois.
Le 100ème thibillet n’était pas du type « rapport d’étape », mais tout bien réfléchi, il était – et reste toujours – d’actualité. Le 200ème thibillet faisait le point sur les Batanas et Ubuntus collectés, glânés, inventoriés, par tous et toutes (et c’est pô fini). Le 300ème thibillet regroupait (et c’est pô fini) les pages de mon roman en ligne, que je ferais bien de reprendre un de ces jours (mais je bloque sur une illustration musicale, vous saurez tout…).
Le 400ème thibillet a eu lieu, mais n’a pas été un thibillet « récapitulatif », je l’ai regretté après coup, mais bon, hein, ho.

Donc, de quoi qu’on cause maintenant, hein ? De livres. Un peu de synthèse, que diable, parce qu’il y a livres et livres. Et c’est donc parti pour une liste à géométrie variable.

  • Les livres que j’avais lus, et commentés, faisaient l’objet d’une rubrique « Livre lu », maintenant en sommeil. Archives ici.
  • Les livres professionnels auxquels j’ai participé sont rarement mentionnés ici, car ce n’est pas le lieu (sauf quand ils me dépriment, me lancent dans des abîmes de réflexion insondables, ou que j’en suis amusé, diverti, voire fier, ou enfin, qu’ils ne disent pas que des conneries). Y compris les livres des autres. Ceusses qui sont intéressés peuvent se connecter vers ça ou ça, sans garantie de mise à jour régulière.
  • Le roman, unique pour l’instant, de ma vie rêvée, est , mais vous le saviez déjà.

Enfin, et c’est le plus important : je m’étais dit qu’il fallait que je recense quelque part les recommandations qu’on m’avait faites dans ce bleug (car j’avais demandé de l’aide). Voici donc la liste, par essence évolutive, de tout ce que l’on m’a recommandé (avec, si j’ai lu depuis, une critique lapidaire et consternante dudit ouvrage recommandé) :

  • Kazuo Ishiguro, Never Let me Go
  • Jonathan Coe, Le Testament à L’Anglaise ou La Maison du Sommeil
  • Damien Owens, Les trottoirs de Dublin
  • Jay Mc Inerney, Le dernier des Savages
  • Robert Mc Liam Wilson, Euréka Street – lu. Pas mal, des bonnes idées, mais je n’ai pas accroché plus que ça. Il y a de l’humour, c’est détendant, mais je ne sors pas en me disant « bon sang, quel bon livre »
  • Maxence Fermine, Billard blues (ou Neige ?)
  • Une vie francaise – Jean-Paul Dubois
  • Les cerfs volants de Kaboul – Hosseini
  • Dalva – Jim Harrison – dans ma bibliothèque depuis des années, vanté par quelques uns, il attend toujours mon bon vouloir…
  • Histoire de Pi. – Yann Martel
  • La maîtresse des épices – Chitra Banerjee Divakaruni
  • A marche forcée – Slavomir Rawicz
  • Le Grand Cahier – Agota Kristof
  • La tache – Philippe Roth. Lu, pas jusqu’au bout. M’est un peu tombé des mains.
  • Waltenberg d’Hedi Kaddour – imbitable. Ce genre d’écriture syncopée me perd totalement. Je suis pas assez multichrone, je comprends rien.
  • Selby Jr. Hubert Le démon
  • Samuel Beckett, Molloy
  • Paco Ignacio Taïbo II – A quatre mains, ou Nous revenons parmi les ombres

Les polars

  • Michael Connelly – Les Egouts de Los Angeles, Le Dernier Coyote, Le Cadavre dans la Rolls (lu, apprécié, mais beaucoup moins inquiétant que Le Poète), Deuil Interdit

Pour les lieux particuliers,

  • « Passing time in the Loo », auteur à trouver

Et puis les « incontournables » de Cuné :

  • Pat Conroy Le prince des marées
  • Richard Powers Le temps où nous chantions
  • Harry Mulisch La découverte du ciel
  • Martin Winckler La maladie de Sachs
  • Ian Levison Un petit boulot
  • David Adams Richard La malédiction Henderson
  • Laars Saabye Christensen Le demi-frère
  • Au moins un de leurs romans, n’importe lequel :Russel Banks, André Brink, Richard Russo, Christopher Priest, Ernest Hemingway,
  • Les québécois : Michel Tremblay, Gabrielle Roy, Francine Noël, Mordecaï Richler, Yves Thériault,
  • Les rigolos :
    • Will Ferguson Bonheur, marque déposée
    • Helen Hanff 84, Charing Cross road – oui, très joli, et poignant, finalement.
    • Philippe Jaenada – j’avais bien apprécié son « Chameau sauvage » mais le début était trop prometteur, et la fin trop classique.
    • Mathew Beaumont E-mail story

Enfin, les BDs (merci à l’inconnu du 3ème étage), et mes commentaires, sont (encore un thibillet à faire évoluer).

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Batana – Spongiard

Spongiard : n. m. Point de non-retour. Moment à partir duquel on ne peut plus retirer sa veste, parce qu’on a trop transpiré dessous, et que les auréoles vont se voir. Donc on garde la veste et on continue à dégouliner.

Ousse-Spongiard : n. m. Moment à partir duquel on ne peut plus retirer sa veste, parce qu’on a trop transpiré dessous, et que si on l’enlève, ça va sentir. Donc on garde la veste et on continue à dégouliner et à puer.

J’ai adopté ici la syntaxe du Baleinié, le livre grâce auquel cette quête a commencé, à propos du Ousse (qui sert à définir le paroxysme du souci).

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Le prof de…, étiquette sociale

« Picard s’était servi un nouveau verre. Il n’aimait pas parler de lui, surtout pour entendre les mêmes anecdotes, les mêmes sarcasmes sur la typologie du professeur de philosophie. Car c’était toujours la même ritournelle depuis quinze ans. Il suffisait qu’il révélt sa profession pour que ses interlocuteurs se remémorent leurs années-lycée. […] aux yeux d’autrui, il y a des professions qui vampirisent la vie privée, la rendant exsangue de toute autonomie. Le professeur de philosophie fait partie de ces professions-vampires. On n’imagine pas un professeur de philosophie faire autre chose que de la philosophie, même dans des moments intimes de sa vie. On imagine au contraire un homme sans cesse absorbé par ses pensées, grignotant ses tartines beurrées en lisant fiévreusement du Nietzsche et poussant son caddie dans les rayons blafards du supermarché en songeant à l’obscurité de la caverne de Platon. »

Christophe Vergnaud, Riesling Connection, La table ronde, 2003, p. 55.

Outre le fait que ce roman – que je relis avec délectation – est un pur ovni jubilatoire, mêlant philosophie, méditations sur les mouches ou les garagistes, et style mordant, cette citation a aussi le mérite de faire sonner quelques cloches familières.

  • On n’est pas loin du bovinage, cette tentative d’étiqueter les personnes à une seule dimension (c’est aussi le début de Transluxion, je sais, je me répète).
  • Il y a certaines catégories sociales qui sont étiquetées, avec quantité d’a prioris. « Les journalistes écrivent n’importe quoi », « Les agents de la SNCF sont toujours en grève », « Les employés d’état-civil sont désagréables », « Les routiers sont sympas » (bon, ça date…). Je manque d’exemples, mais il y en a d’autres, probablement. Certains métiers sont des fardeaux, car quand on se présente, on sait qu’on va avoir droit à la même litanie, les mêmes questions (ma première question, à moi, est toujours : « Et tu donnes combien d’heures de cours par semaine ? »).
  • Il y a, comme souvent, confusion entre le métier et le domaine. Je suis professeur de finance (mais pas que…), et même chez mes collègues professeurs de marketing, je suis « un financier ». J’ai beau expliquer que dans « professeur de finance », le mot le plus important, c’est professeur, ça n’a pas l’air de rentrer…

(Non, Mamz’elle, ce n’est pas une jérémiade. Et s’il ne fallait retenir qu’une chose : lisez donc cet excellent livre de Christophe Vergnaud – je me rends compte qu’il en a écrit un autre depuis, hop, Amazon, 3 clics, ce sera dans ma boite aux lettres dans une semaine).

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Ce qui m’énerve – gérer les ratés des autres

Dans une matinée où on se dit « bon, y faut pas mollir, j’ai 10 000 trucs à faire », toc toc, un(e) collègue qui débarque, avec deux visiteurs extérieurs (heureusement, j’ai une cravate), et me laisse. Improvisation du genre « mais bien sûr, je vous attendais », et donc 1h30 de réunion non prévue, d’abord juste eux et moi, puis un collègue qui arrive au bout de 20 mn.
Pression du visiteur extérieur : on ne peut pas dire « Ta réunion, tu te la fous où je pense, ça t’apprendra à utiliser un agenda et le mail ». Enervement important. Pas bon pour une matinée de lundi, ça.

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CQFD

Hier, je forgeais Wouifer, et ce matin, j’ai eu mon aéropage :

[à propos des preneurs de son qui, à la radio, doivent donner un « paysage sonore » aux émissions] « … Elle ne dispose que d’une journée pour réaliser toutes ses prises, donner l’impression du printemps, de l’hiver. Elle se souvient surtout de l’automne. « Michael Lonsdale marchait sur un chemin de cailloux. Devant lui, le technicien reculait avec sa perche. Lonsdale disait ‘la vie n’a aucun sens’, et un coucou s’est mis à chanter : cou-cou cou-cou… Le comédien a levé les yeux au ciel et repris : ‘la vie n’a aucun sens’. L’oiseau a recommencé son cou-cou cou-cou. ‘Et comme la vie n’a aucun sens…’a poursuivi Lonsdale, avant d’être interrompu par un ultime cou-cou, cou-cou… C’était extraordinaire ! »

Catherine Lemire, citée in Telerama n° 3004, 1er août 2007, p. 43.

Donc, Lonsdale et le coucou, ça wouife.
Certes, cela m’était déjà arrivé avec Cyrano, mais c’est toujours agréablement surprenant, ces coïncidences livresques.

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Ubuntu – Wouifer (ou bliper)

Je reprends, après de nombreux mois, la taxonomie des petits bonheurs quotidiens (ubuntus), et leur pendant obscur, les petits tracas quotidiens (batanas) (Rappel : de quoi s’agit-il ?).

Wouifer (ou bliper) : v. i. Se rendre compte qu’une musique qui passe est parfaitement en rythme avec une sonnerie domestique. Par exemple, She moves on, de Paul Simon, ça wouife avec les bips de mon micro-ondes qui disent que le plat est prêt.
Par extension : plusieurs fois de suite, prévoir les objections qu’on va recevoir, et avoir une réponse.

Les vrais aficionados (?) de cette rubrique verront (?) une filiation sonore revendiquée avec le « Wouiner » de Yog, à cause de proximité sémantique.

Certains esprits, moins positifs, demanderont « et comment nomme-t-on la sonnerie domestique qui n’est pas en rythme avec la musique, et qui gâche tout ? ». Pour cette batana, je propose le nom d’Assommance.

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Let’s put a new coat of paint on this lonesome old town (Tom Waits)

Ce matin, j’ai l’oeil attiré par des taches de couleur le long des voies de chemin de fer : les tagueurs ont repeint leurs tags en couleurs plus pimpantes. Il est vrai que les anciens tags dataient un peu. J’admire cette conscience professionnelle des tagueurs à la rentrée.

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Rhaa !!

Merci à l’excellentissime Boulet (en vente dans toutes les bonnes librairies) pour cette référence à point nommé. Rédiger des polys de cours, ça commencer à me briser les amandons. Des heures pour un graphique. Et c’est pas fini. J’irais bien courir, tiens, mais faut que je finisse ce bouclage de poly de mes marmites à deux poignées…

– ça va ?
– comme une rentrée…

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Dessiner à l’écran

Cela irait bien dans la rubrique « productivité », mais je trouve qu’il manquait une rubrique « prof », alors…
J’utilise des petits outils pour mon enseignement, tels que souris radio (télécommande, quoi), horloge qui se met en transparence par dessus, lecteur rapide de PDF, et il me manquait un utilitaire de dessin sur écran, qui me permette de dessiner sur n’importe quel type de document affiché à l’écran (notamment du PDF, mais aussi du tableur, une page web…). Comme tous mes petits utilitaires, le cahier des charges était le suivant :

  1. Freeware (ce qui ne m’empêche pas de donner quand j’utilise intensivement, je n’ai jamais vu quelqu’un refuser un don)
  2. Ne doit pas demander une installation ou des programmes additionnels. Doit être auto-exécutable depuis ma clé USB.
  3. Doit être simple.
  4. Doit être léger. Plus de 1 Méga, c’est lourd, moins de 100Ko, c’est le paradis.
  5. Doit tourner sur Windows, parce que c’est ce que j’ai en environnement professionnel.

J’ai passé plus d’une demi-heure à chercher l’oiseau rare et à tester différents utilitaires. La recherche a été tellement fastidieuse que je me suis dit que cela méritait une petite note, pour augmenter la visibilité du sujet (je ne suis pas le seul enseignant à chercher ce type de programme).

De manière étonnante, il existe des dizaines de programmes sous MacOS, très peu sous Windows. Et les programmes sous Windows demandent des modules complémentaires (.NET) ou ont vraiment des problèmes d’ergonomie. (dessiner à la souris « au-dessus » d’un document ne devrait pas empêcher de reprendre la main).

Je suis enfin tombé sur une petite merveille, simple, léger, discret. Qui plus est, c’est un programme Microsoft, on ne dira pas que je ne suis pas oecuménique. (enfin, c’est une société indépendante qui offrait ce genre de services, et elle a été rachetée par Microsoft, c’est donc presque un programme Microsoft.)

Il s’agit de ZoomIt, qui fait 44 Ko, et qui répond à tous mes besoins de scribouilleur invétéré. Il ne reste plus qu’à trouver une télécommande Wii et wifi pour dessiner dans l’air…

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Semi – satisfait

Tous les blogs importants en ont parlé : nous nous sommes retrouvés hier matin pour un run un peu particulier. Dans le cadre de la préparation du Marathon de Berlin (30 septembre, c’est demain), il est intéressant de se tester un mois avant sur une distance de semi-marathon. C’est pour ça que les organisateurs, dans leur grande sagesse, programment le semi-marathon de Paris en mars, un mois avant le Marathon de Paris.
Mais étant donné que les semi-marathons ne sont pas légion en septembre, nous avons décidé de nous faire notre propre semi-marathon, au Bois de Boulogne. Grâce aux technologies de l’information (wiki et Google maps), c’était lancé.
Bilan très positif. Malgré un cafouillage au départ (je me suis retrouvé avec des gros bruns poilus qui couraient à 4’30 » au km, moi qui visais plutôt 6’00 » / km) et la batterie de mon lecteur MP3 qui était en rade, j’ai couru mon semi-marathon dans mon meilleur temps depuis… que je suis né.

1h 53′ 52″, c’est-à-dire mieux que mes performances historiques (il faut que je mette ma page à jour) ou récentes d’il y a un an ou 6 mois.
Certes, il y a des quelques points à améliorer, mais le moral est plutôt bon. Pour les points à améliorer :

  • Parti trop vite, à un rythme inférieur à 5′ au km, pendant 35 mn, avant que je ne décide de ralentir. Cela a dû consommer de l’énergie qui m’a fait défaut sur la fin.
  • Néanmoins, beau maintien sur la deuxième moitié (13 km) : du 5’30 » au km, régulier, même si c’était de plus en plus dur.
  • Une douleur dans le pied droit sur les derniers 10 km. Ce n’est pas la première fois, et c’est embêtant.

Donc : satisfait, vigilant, et affûté. On verra bien dans les semaines qui vont venir.

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Business model

Vu dans le Télérama de cette semaine : Prince donne ses CDs, et se fait de l’argent avec les concerts. Certes, le modèle n’est pas trasnposable à tous, encore faut-il avoir foi dans ses prestations scéniques. Mais quand même, ça m’amuse : certains artistes se sont cantonés dans le statu quo (« les internautes sont des voleurs, les maisons de disque sont un mal nécessaire, je continue à faire mon métier »), d’autres se sont ouverts au dialogue (« pourquoi pas une license globale, où les abonnements à Internet sont facturés plus cher, et la SACEM reçoit le surplus »), d’autres ont décidé de s’affranchir des maisons de disque, partiellement ou totalement, en utilisant le diabolique Internet : MySpace a réduit la distance entre l’artiste et le consommateur (en supprimant quelques intermédiaires au passage…), et puis là, le Prince, royal, donne ses disques.
Jeune créateur d’entreprise, cherche le business model !Appâte avec du gratuit, bâtis-toi une audience, puis trouve le moyen de faire du blé avec quelque chose quelque part. Zoho a l’air de réussir ce tournant. Netvibes, à moins d’avoir comme ambition d’être racheté, je ne vois pas encore comment ils peuvent gagner de l’argent… mes 2 centimes de réflexion, avant d’aller dîner chez des potes (j’ai choisi le vin, donc ça va être Chteau Gloria 2004, et Clos du Marquis (deuxième vin de Léoville Las Cases) 1998). Pas plus de deux verres, demain matin un semi-marathon m’attend…

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La phrase du jour

A midi, déjeuner de travail avec des collègues. On évoque des possibilités, une collègue dit « Oui, mais il va toujours y avoir des chieurs qui seront contre. » Et Pierre répond alors « Les chieurs, tu me les envoie. »
J’interviens : « Eh, Pierre, je peux t’envoyer les miens aussi ? Parce que j’en ai des semi-remorques… »
Et cet homme admirable répond, imperturbable : « Pas de problème, tu me les envoie aussi ».
Il m’a sauvé ma journée.

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Novela – Transluxion

Je voudrais parler d’Enzo Korzyb. Il a tellement défrayé les tabloïds qu’on peut se demander ce qu’il y a encore à en dire. Probablement rien. Mais sous l’abondance d’information, la vérité disparaît souvent. C’est comme un prisme optique : vu de côté, il ne fait apparaître qu’une tranche d’un gris mat, sans épaisseur. Certains de nos contemporains fonctionnent ainsi : ils ne peuvent voir que la tranche d’une personne, comme la tranche d’un livre. Untel sera catalogué comme rêveur, et malgré les années qui passent, ou nonobstant son insertion réussie dans la société, il restera « le rêveur ». Car, de même qu’il y a de moins en moins de personnes qui lisent des livres, de même, de plus en plus de personnes lisent les tranches. Et si « le rêveur » commet l’erreur de vouloir affirmer une seconde dimension, c’est-à-dire outrepasser son rôle unidimensionnel de tranche, la société se chargera vite de l’émonder, de raboter ce relief inopportun. Après tout, comment ranger une tranche dans la grande bibliothèque, si elle se met à avoir la fantaisie de changer de forme ? Korzyb aurait aimé être comparé à un prisme, lui qui aimait tant les jeux de lumière, les irisations, et qui aurait rêvé de voir une aurore boréale en vrai. Vous vous étonnez ? Cela ne correspond pas à l’homme des tabloïds ? Ah oui, j’oubliais, Korzyb n’était qu’une tranche, et sur la tranche, on lisait « Scientifique génial (et donc torturé, évidemment) qui a découvert la transluxion ». Inutile de lire le livre, le titre sur la tranche est censé vous avoir repu. Mais pour ceux et celles qui daigneraient déplacer un peu leur angle de vue, le prisme peut offrir quelques couleurs diffractées. Je ne vous propose pas l’effort épuisant de lire le livre Enzo Korzyb, je sais que vous n’y êtes pas préparés. Je veux juste rendre compte de quelques notes que j’ai prises dans la marge du livre de sa vie.

Chapitre 1. L’isolé.
Tout est connu de lui, sauf l’essentiel. On l’étiquette comme Polonais, orphelin, né à la fin du XXème siècle, jeune chercheur, boursier laborieux. La vérité n’est pas loin, il suffirait, pour une fois, de le traiter comme un être humain. Korzyb n’a jamais eu de famille, probablement pas d’amis, et moi qui ai été son directeur de laboratoire pendant sa thèse – et je crois, un proche au cours des années qui ont suivi – je ne saurais l’aimer. Il n’était pas de notre monde, et personne n’a jamais été du sien, à part Celia. On a beaucoup glosé sur le pauvre étudiant polonais qui est arrivé, déraciné, dans notre pays pour y poursuivre ses études. Mais on ne peut pas déraciner ce qui n’a aucune attache. Korzyb n’a jamais eu de compatriote, car sa patrie, s’il en avait une, était un pays imaginaire dont il était à la fois le roi et le plus humble vagabond, en un mot, le seul citoyen.

Chapitre 2. La lumière.
A la racine des grandes découvertes, il y a toujours des choses simples. Derrière une formule abstraite, un concept, se cache toujours une première intuition, un désir. Vous voulez aller au-delà de la tranche d’un chercheur ? Demandez-vous ce qui l’a attiré dans son sujet. Car on ne choisit pas par hasard de travailler sur les corpuscules, ou la sociologie des tribus, ou encore l’excitabilité des arthropodes. La plupart d’entre vous en sont restés au titre sur la tranche de la thèse de Korzyb, en croyant sincèrement que quelqu’un dans le monde pouvait s’intéresser aux « mécanismes ondulatoires et chroniques des photons ». La vérité est que Korzyb était fasciné par la lumière, qui représentait pour lui la perfection en terme de couleur (toutes les couleurs réunies en une seule, aveuglante) et de vitesse (la référence absolue de notre monde et de son échelle de temps). Toute sa vie, Korzyb a recherché la lumière, et ce qu’il y avait derrière.

Chapitre 3. Spéculations scientifiques.
Les résultats des recherches d’Enzo Korzyb lui ont valu le prix Nobel de physique à titre posthume, ils sont donc connus de tous, et ils ont fondé notre société actuelle. Je me borne donc à résumer les grandes étapes de sa démarche. Mais pour cela, il faut d’abord se replacer dans le contexte pré-Korzyb, que nous avons trop vite oublié, tant notre monde a été modifié en profondeur par ces découvertes. Autrefois, toute référence au Temps était fondée sur la vitesse de la lumière, qui non seulement était une constante, mais aussi réputée être une barrière infranchissable. Selon le paradigme de l’époque, un vaisseau spatial qui atteindrait la vitesse de la lumière verrait le temps s’arrêter totalement. Je me souviens ainsi, dans mon encyclopédie d’enfant, de l’illustration d’un voyageur spatial chevauchant un rayon de soleil, et regardant la trotteuse de sa montre, définitivement figée sur le cadran. Korzyb se refusait à penser à la lumière comme à un phénomène électromagnétique fixé de toute éternité, il y voyait des variations. Et qui dit variable, dit transformable. Si la lumière était un livre, le mérite de Korzyb aura été d’en changer le nombre de pages. Il a commencé par accélérer les particules de lumière, là où tous les autres chercheurs se demandaient comment ralentir les photons pour pouvoir mieux les observer. J’en ai retiré une idée : la meilleure manière d’observer un animal sauvage, ce n’est pas de le domestiquer, mais de le remettre en liberté. Il en va de même pour tous les concepts. Enzo a non seulement remis les photons en liberté, mais en leur donnant un supplément de vitesse. C’est lui qui a fixé l’étalon lumière : la vitesse standard de la lumière étant de 300 000 km par seconde, cela correspondait, selon lui, à 1 Lux. En six mois de travail sur des accélérateurs de particules, Korzyb arrivait à des vitesses de 3 Lux, soit presque 1 million de kilomètres à la seconde. La lumière s’enfuyait toujours plus vite, mais Korzyb s’entêtait à la poursuivre.

Chapitre 4. Spéculations temporelles.
Ce passage des travaux de Korzyb est celui qui est le plus ardu à comprendre, mais peu importe d’en saisir la subtilité, il suffit d’en comprendre les fondements. En accélérant la lumière, Korzyb avait changé notre référentiel de temps, tandis que les distances restaient les mêmes. Par exemple, un photon à Lux 1 parcourait 900 000 km en 3 secondes, tandis qu’un photon à Lux 3 parcourait cette même distance en 1 seconde. Mais il pouvait s’agir du même photon. En d’autres termes, la vitesse de la lumière était variable, mais le temps aussi : pour un photon donné, une seconde valait trois secondes. Korzyb a prouvé que l’illustration de mon enfance était vraie : un spationaute voyageant à la vitesse de Lux 1 verrait la trotteuse de sa montre s’arrêter. Mais il est allé plus loin, et il a démontré qu’un spationaute voyageant à une vitesse supérieure verrait la trotteuse de sa montre se mettre à reculer. A Lux 2, une seconde de voyage fait reculer dans le temps de 2 secondes. Une année de voyage nous ramène deux ans en arrière. Korzyb avait inventé le principe du voyage dans le temps.

Chapitre 5. Spéculations commerciales.
De grands groupes de télécommunication finançaient notre laboratoire depuis des années. Les recherches de Korzyb les intéressaient particulièrement, car tout ce qui augmentait la rapidité de transmission des signaux les intéressait. Puis vinrent les fabricants de fibres optiques, les concepteurs de circuits imprimés… et l’industrie aérospatiale. Etant donné que Korzyb n’avait rien à gagner (si je dois m’exprimer en termes journalistiques, il méprisait l’argent), il imposa ses conditions, et tous les groupes s’y plièrent : mettre en commun leurs bases de connaissances, sans limitation aucune, pour faire progresser la recherche. C’est ce que l’on a appelé Le Club des Neurones. Korzyb n’était pas le scientifique naïf qu’on a présenté : il était extrêmement lucide, et cynique, sur les opportunités commerciales qu’il offrait ainsi à ces grands groupes. Mais pour lui, rien ne valait l’accélération des connaissances. Un jour que nous parlions en privé, il me fit cette remarque « Pour aller jusqu’à Lux 5, il faudra qu’ils déboursent Milliard 5 ». Tous les moyens sont bons, pour le vrai croyant. En deux ans, nous disposions d’un prototype d’engin spatial atteignant Lux 1,1. Encore une année, et le mur de Lux 2 était franchi. Il allait s’écouler dix ans avant que les premiers engins « grand public » voient le jour, mais entre temps, les voyages spatiaux avaient décollé. On ne parlait plus de translation (dans l’espace), chacun, pour une somme comparativement modique, pouvait désormais s’offrir une transluxion (dans le temps).

Chapitre 6. Spéculations financières.
Dans l’histoire humaine, les premières applications des inventions ont toujours été, soit militaires, soit intéressées. Les voyages transluxiens n’y ont pas fait exception. Les premières déviances ont été discrètes, et le phénomène n’a été identifié que tardivement. Entre temps, des centaines de milliers de personnes s’étaient enrichies. Les terrains de jeu de ces aventuriers étaient les marchés financiers. Il suffisait d’analyser comment les cours boursiers avaient évolué sur l’année passée, puis de faire un discret voyage dans le temps pour prendre une position favorable. Evidemment, la prime allait aux plus riches : pour revenir une année en arrière, un voyage à Lux 2 prenait 6 mois, un voyage à Lux 1,1 (moins coûteux) prenait presque une année. Divers scandales financiers démontrèrent que les dirigeants des plus grands groupes avaient profité de leur position pour « emprunter » les prototypes qui étaient encore en phase de développement, le temps d’une excursion de quelques semaines en arrière. Comme souvent, la réponse des gouvernements fut lente et inefficace. Mais les marchés se régulaient eux-mêmes : les prix des voyages à Lux 2 augmentèrent, les voyages à Lux 3, déjà onéreux, devinrent inaccessibles, tandis que les Lux 1,1 voyaient leurs prix dégringoler avec l’arrivée de compagnies low cost. Il devenait de plus en plus difficile de spéculer en arrière : un investisseur qui arrivait à – 6 mois avait de grandes chances d’avoir été devancé… ou alors il rencontrait des dizaines d’investisseurs débarquant du même vol. Il n’y avait plus d’argent facile : les vols standard (- 1, – 3, – 6 mois) étaient saturés, et les vols sur mesure (- 1,17 mois) coûtaient cher. Les gains potentiels étaient faibles, et ne couvraient plus les coûts de transaction. L’époque de la spéculation effrénée était terminée.

Chapitre 7. Régulations.
J’inclus ce chapitre, juste pour montrer un aspect paradoxal, et probablement inconnu, de Korzyb. Autant il ne reconnaissait aucun intérêt aux individus en tant que tels, autant il avait foi dans la masse. Selon ses propres termes « ils ont probablement un neurone chacun, mais s’il y en a un million, ça fait un million de neurones ». Il n’y a peut-être qu’une reine dans une fourmilière, mais c’est la masse des ouvrières qui assure la survie du groupe. Korzyb a été la reine de son temps, quelques princes aventureux ont pu profiter du système, mais la masse des individus a annulé toute opportunité de gain. Puis sont venus quelques roitelets, chacun avec une petite idée, et la masse de ces idées a donné un système à nouveau régulé. L’idée régulatrice la plus amusante a probablement été la création du Marché Passé, qui était le double, symétrique, du marché à terme. Désormais, il n’y avait plus besoin de voyager en transluxion pour aller prendre des positions dans le passé : il suffisait de passer une transaction sur le Marché Passé. On achetait dans le passé pour revendre aujourd’hui, ce qui annulait les gains de ceux qui voyageaient dans le passé, aussi le Marché Passé a très vite été renommé pour sa très faible volatilité.
Korzyb s’amusait de tout cela, sans y prendre part, il s’émerveillait de l’intelligence collective sur des motifs aussi futiles. A propos du Marché Passé, il a eu ce genre de phrase : « On dirait que j’aurais acheté dans le passé, et que j’aurais eu espéré gagner dans le futur antérieur, avant que les autres n’auraient eu racheté. Mais j’ai été mouru avant. »

Chapitre 8. Disparition.
Korzyb, le solitaire, l’homme de toutes les frasques (copieusement organisées par les journaux) a disparu il y a maintenant 2 mois. J’ai constaté que les journaux couvrent de moins en moins cet événement, avantageusement remplacé par les nouvelles émissions télévisées ou le lancement d’une startup révolutionnaire. Je n’ai jamais été à l’aise devant les micros, je me réjouis donc de cette déshérence dans laquelle je suis laissé. Pourtant, j’aurais un scoop. Je sais, non pas où est Korzyb, mais pourquoi il est parti. J’utilise à bon escient le terme « parti », car je n’ai pas été abusé par son corps, privé de vie, retrouvé dans son appartement modeste. Je sais où il allait, car il me l’a dit. Mais il faut, pour expliquer cela, repartir dans le passé.

Chapitre 9. Illumination.
Korzyb n’a pas été toujours solitaire. Je ne veux pas parler de ses multiples liaisons, utilisées pour alimenter le tirage de la presse à scandales, alors même que je sais que Korzyb a toujours été solitaire. Croyez-en mon expérience, un directeur de labo passe plus de temps avec ses chercheurs qu’avec sa femme. Korzyb pouvait être exubérant, voire charmant, mais il a toujours été seul. Cette solitude, c’était en même temps une armure et une prison, dont les murs tombaient pour un moment, à la faveur d’une soirée arrosée, mais je le voyais, il n’était pas avec nous, il jouait juste un rôle d’animal social, parce qu’il le voulait bien. C’est lors d’une de ces soirées qu’il m’a parlé de Celia.
Celia a été une de ses groupies, une fille qui lisait les journaux grand public, et qui rêvait de rencontrer le jeune génie de la physique, celui qu’on voyait dans des cocktails avec la cravate de travers et les yeux au loin. J’ai dû rencontrer Celia, sans la remarquer, dans la foule. Il y avait toujours dix jeunes filles (et trente jeunes chercheurs) à la porte de notre labo, et je dois avouer que les jeunes filles ont trouvé plus souvent du succès dans mon labo que les jeunes chercheurs. Mais Korzyb était inexpugnable. Jeune homme ou jeune fille, il écoutait tous et toutes, pendant quelques minutes ou plusieurs heures, mais aucun ne trouvait grâce à ses yeux. Je pense aujourd’hui qu’il aurait aimé rencontré un autre Korzyb, mais comment cela peut-il arriver ? Puis est venue Celia. Je ne me souviens pas d’elle, je ne l’ai jamais remarquée aux côtés de Korzyb, mais un soir, il m’a avoué sa passion. Lui, le génie, l’homme de la lumière, le maître du temps, était allumé par une jeunette qui ne comprenait même pas ses théories. Elle aimait faire la fête, et il la suivait comme un gamin, poursuivi par des photographes avides de sensations.
Les travaux de recherche se poursuivaient, le Club des Neurones fonctionnait selon tous les critères apparents de l’honnêteté intellectuelle, mais Korzyb passait ses nuit dans des night clubs, à entretenir une troupe de fêtards qui lui étaient étrangers et familiers en même temps.
Puis, je retrouvai un matin Korzyb dans mon bureau, le corps glacé, livide, prostré. Celia était morte dans la nuit, sous les lumières d’une boite de nuit à la mode, victime d’un mélange de substances qu’elle avait ingurgité de son plein gré, un petit cocktail de fêtard comme elle en prenait tous les soirs, mais qui avait été fatal ce soir-là. J’ai cru que c’était une passade, j’ai pensé qu’il avait eu un choc en étant présent à côté de cette inconnue mourante, je l’ai pris pour un enfant qu’il fallait consoler. Pour un temps, le temps m’a donné raison. Korzyb s’est repris, il s’est investi dans ses recherches avec une intensité renouvelée, et j’étais content de voir qu’il délaissait ses anciennes connaissances nocturnes pour se consacrer à nouveau corps et me à son travail. C’est à cette période que nous avons sorti le prototype de Lux 1,1. Les industriels se félicitaient, tandis que Korzyb et moi étions déjà en train de nous pencher sur Lux 2 et Lux 3.

Chapitre 10. Accumulation.
Korzyb a disparu il y a deux mois, laissant une enveloppe corporelle exsangue, des piles de notes manuscrites, et un mystère insondable. L’autopsie n’a révélé aucune trace de violence, aucune substance chimique toxique, et j’aurais été surpris s’il en avait été autrement. Je peux maintenant révéler où il est allé.
Korzyb n’aimait pas l’argent, mais il en comprenait le pouvoir. Durant toutes ces années, il n’est pas resté l’inventeur désintéressé qu’on a voulu vendre au grand public : à chaque contrat, il exigeait sa part. Et ses colères étaient sans égales, pour obtenir ce qu’il voulait. Il m’avait confié un jour « Je vaux ce que je vends. Si je me donne gratuitement, je ne vaux plus rien ». Je suis probablement le seul à comprendre que l’argent que Korzyb exigeait, c’était une manière d’obtenir de l’amour. Et je ne crois pas me tromper en disant qu’il n’a jamais obtenu ce qu’il voulait. Excepté à la toute fin de sa vie.

Chapitre 11. Transluxion.
Korzyb n’a jamais voulu profiter de l’argent qu’il gagnait. Cet argent, c’était une preuve d’amour, cela n’était pas destiné à la consommation. Il le laissait sur un compte, juste pour en sentir la présence distante, symbolique, amassée. Puis Celia est morte. Alors Korzyb a commencé à investir. Pas seulement son propre argent, mais aussi celui des sociétés partenaires du Club des Neurones. A chaque fois que Korzyb parlait, les compagnies signaient un chèque supplémentaire. Il leur promettait des voyages aux confins du cosmos, et elles achetaient ce rêve. Puis il investissait l’argent, sagement, rationnellement, dans son projet secret. Je le dis sans honte : nous avions plusieurs années d’avance, et à chaque point d’avancement, nous fournissions de nouveaux résultats scientifiques. Tout le monde était content.
Puis, il y a quelques mois, Korzyb m’a annoncé qu’il était prêt. Il avait mené à bien la réalisation du prototype Lux 10. Tout son argent – et, à ma grande honte, tout l’argent des sponsors – avait été consacré à ce projet, qui ne verrait jamais le jour. Je fus le seul, un dimanche soir, dans la solitude du labo, à voir Korzyb monter dans ce vaisseau, pour un trajet dont je savais qu’il ne reviendrait pas.

Chapitre 12. Annonciation.
Le calcul de Korzyb était simple. Il a utilisé toute sa fortune, et sacrifié sa vie pour retourner dans son passé, au seul moment digne d’intérêt selon lui : sa rencontre avec Celia. Il a développé un prototype ultime, qui lui permette de revivre ces quelques mois en sa compagnie. A l’heure où je parle, Korzyb est déjà présent dans notre passé, il vit instantanément, et éternellement, aux côtés de Celia. Je retranscris, pour mémoire, notre dernière conversation, ce fameux dimanche soir où il nous a quittés :

– Mais vers quoi veux-tu partir ?
– Vers les uniques moments de bonheur de ma vie.
– Sais-tu ce que tu abandonnes ?
– Oui (il sourit) et ça n’en vaut pas la peine.
– Mais tes découvertes…
– Je vous les laisse.
– Et tes futures découvertes ?
– Appartiennent au passé.
– Tu es fou, Korzyb, tu ne te rends pas compte.
– Oui, c’est possible. Il faut que j’y aille, maintenant. Le temps n’aime pas qu’on le fasse attendre.
– Attends ! Qu’est-ce que je vais dire aux journalistes, comment je vais expliquer ton départ ?
– Dites-leur qu’il y a quantité de domaines de la recherche qui mériteraient d’être explorés. Les mécanismes du coeur. La mémoire. Le temps des souvenirs passés. L’attachement. La perception de la présence. Cette histoire ne fait que commencer.

Il me fit un dernier signe de la main, sourit, et enclencha le réacteur de départ.


Cette nouvelle est sous licence Touchatougiciel. Par ailleurs, Creative Commons License
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Burn-Out

Hier, 21,8 km en course + longueurs de piscine en nocturne. Aujourd’hui, totalement cramé. Dimanche prochain, un semi marathon pour tester ma forme.
Je suis en burn-out, un point de grande fatigue physique. Le point positif est : je pense que je n’ai jamais été aussi bien entraîné. Le point négatif : peut-être un peu trop entraîné.
D’ici dimanche : calme et décontraction, de toute façon, les journées sont remplies de travail et de soucis.
Impression de porter tout le monde sur mon dos. On me sollicite par mail, par téléphone, mais, c’est marrant, quand j’ai répondu, j’ai rarement un « merci » en retour.
Burn-Out.

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C’est la rentrée des classes

Les nouvelles se bousculent dans la boite aux lettres. Je reçois des épreuves relues de mon « monument » (je ne m’en lasse pas, c’est surtout impressionnant quand c’est vu dans une perspective cosmique), une nouvelle édition de Analyse financière va sortir d’ici quelques jours (mon premier vrai livre rien qu’à moi), mais c’est surtout un troisième livre qui m’amuse. En janvier dernier, un de mes éditeurs m’a demandé de participer à un ouvrage collectif. Je n’étais pas chaud. Il s’agissait d’expliquer la gestion à des lycéens qui n’y connaissent rien. Et il y avait un chapitre sur la finance. Et ça, j’ai adoré le faire. Cela m’a pris pas mal de temps (faire simple, c’est long), mais j’ai réussi à y condenser beaucoup de choses. Alors, certes, oui, il y a des « monuments » de 1 200 pages, et puis il y a des petits chapitres de 20 pages, péniblement terminés dans un train Turin-Oulx (heureusement, le train avait du retard), et là ça y est, le livre est enfin sorti. Ne l’achetez pas, vous n’êtes plus lycéens depuis longtemps (et ça se voit), c’était juste histoire de dire que pendant qu’il y en a qui dorment sur les plages…

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Escrofules

Quand les hommes ont choisi les mots, ils ont pris soin de prendre des sonorités qui correspondent au mot. « Meugler », c’est l’exemple typique. J’aime bien « abruti », aussi.
Maintenant, il y a des mots qui m’évoquent d’autres choses, qui sont à contre-emploi. J’en ai deux exemples, ce qui est suffisant pour justifier d’une famille, et donc d’un nom. Ces mots sont des escrofules, car ils nous font miroiter une signification, un concept, alors même que le dictionnaire leur a attribué – parfaitement arbitrairement – un autre sens.

Option à barrière désactivante :
(définition réelle, selon moi 🙂 Outil de protection utilisé par le Capitaine Kirk pour se défendre des Klingons. L’option à barrière désactivante est un bouclier invisible, un champ de force, qui non seulement protège des tirs de pistolaser, mais qui de surcroît détruit les armes à chaque fois qu’elles sont utilisées. Son fonctionnement consiste à absorber acoustiquement la décharge mortelle, et à la renvoyer sur une onde porteuse à haute fréquence, qui fait entrer l’arme en résonance, la disloquant proprement. Nécessite 2 piles de 9V (non fournies).
(définition des sites de finance 🙂 Instrument financier analogue à une option simple, mais l’option s’annule (disparaît) si un certain prix est atteint.

Psychopompe :
(définition réelle, selon moi 🙂 Arme utilisée par le Gobelin Vert pour annihiler les cerveaux. La psychopompe envoie des ultrasons dans la boite cranienne, repoussant la matière grise jusqu’à ce que celle-ci devienne une masse extrêmement compacte. Cela a un grand avantage : les neurones sont plus proches, et l’information circule donc de manière plus rapide et plus efficace. Les victimes deviennent donc très intelligentes, pendant quelques microsecondes, avant de sombrer dans une catatonie fatale.
(définition courante 🙂 Qualification des prêtres ou des dieux qui sont « convoyeurs des mes ». Cela peut avoir une signification « aller simple » (Anubis) ou « aller retour » (méditation chamanique pour quitter – puis réintégrer – son corps). Il n’est pas précisé si le billet aller-retour coûte moins cher que deux allers.

Et dans le registre fin et subtil : eschatologique et éburnéen, bien sûr.

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Plaisir de courir 1 – Cap Corse

Voir la trace de ma semelle Spira* dans la poussière du chemin,
trace orientée vers la montagne alors que j’en revenais,
58 minutes et 3 côtes plus tard,
tandis que la brume se levait sur le Cap Corse.

* Spira (les chaussures à ressort !) est, à ce jour, l’unique sponsor de notre projet 5 marathons sur 5 campus (le site va être mis à jour dans les prochains jours), déjà évoqué sur ce blog, et pour lequel nous remettons le couvert le 30 septembre, pour le Marathon de Berlin.

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