Typewatching the Stars – Sherlock Holmes

Bon, alors avec celui-là, j’ai galéré. Le début avait l’air simple : autant le Commissaire Maigret affiche des intuitions apparemment non logiques (ce qui ne veut pas dire fausses), autant Sherlock est gouverné par la logique pure. Mais c’était l’ordre des préférences qui me turlupinait. Résumons ce qu’on en sait de lui par les écrits, en fonction de chaque lettre :
– Un être très logique, qui estime que « When you have eliminated all which is impossible, then whatever remains, however improbable, must be the truth » (the blanched soldier). Donc une T en Dominante ou Auxiliaire ;
– Pour ce qui est des intuitions, ma foi, c’est un enquêteur, il doit avoir de l’imagination. Mais en fait, je ne suis pas sûr : sa froide logique lui fait envisager toutes les possibilités, puis il élimine celles qui sont impossibles : à une machine calculatoire, on ne demande pas d’être imaginative… Donc la fonction N peut être peu affirmée ;
– Nous savons par ailleurs qu’il est attentif aux détails (dans Le chien des Baskerville, il retrouve – de mémoire – l’article dont ont été tirés les mots de la lettre anonyme) et occasionnellement adepte de la cocaïne quand il n’y a pas d’enquête intéressante à l’horizon. Donc une S bien développée, probablement son Auxiliaire.
– Il a une incapacité certaine aux relations humaines. Son seul « ami », le Dr Watson, se réjouit quand – dans une seule aventure, je crois – Holmes montre de l’inquiétude au fait qu’il ait été blessé. T en Dominante implique F en inférieure, ça se tient.

Et c’est là où ça devenait difficile. Si Te est en dominante, Si est en auxiliaire, or Si, c’est le monde des idées, des concepts, pas du tout le genre à mémoriser un article de journal mot à mot.
Il me fallait une Se. Donc, Eurêka, on dit Te en Dominante, Ni en Auxiliaire, Se en Tertiaire (bien développée, mais Sherlock doit avoir au moins 40 ans, ça se tient) et une Fi en Inférieure.

Cela nous donne donc ENTJ.

Réfléchissons maintenant pour valider.
– E : cela n’apparaît pas en tant que tel, car Sherlock est un homme mur, posé, qui écoute beaucoup, pas vraiment le type à rechercher la société et les échanges. Mais il n’est plus un ado bouillonnant : la Ni a besoin de calme pour fonctionner. Il a aussi des périodes où il se retire du monde mais c’est quand il s’ennuie, et qu’il attend un stimulus extérieur. En fait, je pense que ses enquêtes (aller sur le terrain) sont son moteur, son énergie. Et il a besoin d’un alter ego (Watson) à qui démontrer ses réflexions pas-à-pas. Cela peut justifier le E.
– J : orienté vers l’action, l’obtention de résultats, et l’anticipation (il prévient souvent Watson à la dernière minute, mais il a pris soin de réserver à l’avance un train ou une calèche).

J’ai encore des doutes, mais dans le Rubik’s Cube des possibilités, aucune ne sonne aussi bien que celle-là.

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DLUO²

Une bouteille de jus de citron qui est ouverte depuis plusieurs semaines (mois ?) et conservée dans le frigo. Je décide de vérifier la date limite de consommation. L’étiquette dit « Voyez la date limite de consommation inscrite sur le bouchon ». Sur le bouchon, plus de trace de la DLC, ce qui est mauvais signe.
J’en déduis donc que les DLC s’effacent au bout d’un certain temps. Mais quel temps ?
Ils ne pourraient pas indiquer la Date Limite de l’inscription de Date Limite de Consommation ?

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La Saintélyon – récit d’une nuit et d’un matin

Nous sommes donc partis à 6-8 pour courir la 57ème édition de cette course particulière, de nuit, dans des paysages enneigés : rallier Saint Etienne à Lyon en relais (17km-30km-22km) ou, pour les plus valeureux, en solo (68 km)…
Samedi soir, après une pasta party chargée en ail, nous avons vu le départ des solos : une ambiance hivernale (-4°), nocturne (minuit) et magique, avec tous ces coureurs qui avaient allumé leur lampe frontale pour former un long fleuve lumineux. Noël et ses décorations, avant l’heure.
Une fois les solos partis, nous avons comaté sur les bancs du gymnase de départ, en attendant notre heure.
La répartition des équipes était la suivante :
– Didier (dossard 3136) et Hervé (dossard 3137) devaient démarrer à 2h du matin pour courir ensemble les 17 km du premier tronçon, à la frontale, puis passer le relais (en fait la puce électronique) vers 4h du matin à
– Corinne (deuxième dossard 3136) et Laurent (deuxième dossard 3137), qui devaient courir les 30km du deuxième tronçon, toujours à la frontale, pour rallier le deuxième point de relais vers 7h du matin et transmettre le relais à
– Christian (troisième dossard 3136) et votre serviteur (troisième dossard 3137), qui devaient parcourir la distance restante (22 km) avant de rejoindre le Stade Gerland à Lyon au matin.

Enfin, c’est comme ça que c’était marqué.

Avant ma course

Nous avons laissé les deux premiers dans leur attente dans le gymnase, et sans attendre leur départ, avons déplacé les voitures pour aller nous poser au premier point de relais. Route tortueuse dans les étendues enneigées. Par moments, du côté droit, on voyait le ruban lumineux des coureurs solos qui progressaient de vallon en côte, de ruisseau en butte, parallèlement à notre route.
Arrivée vers 1h30 du matin. Nous nous installons vaguement pour dormir dans la voiture, mais peu d’entre nous y arrivent. Au loin devant nous, le serpentin lumineux des coureurs descend en zigzag dans les champs enneigés, c’est superbe de voir cette petite chenille qui s’étire en clignotant dans la distance, dans une nuit noire et glacée. Un demi-verre de thé, un aller-retour pour voir comment ça se passe dans l’autre voiture, puis l’attente. Vers 4h du matin, on reçoit un SMS des premiers : ils sont à 5 km du point de relais, il est temps pour les deuxième relais de s’équiper. Nous sommes tous déjà habillés en tenue de guerre, mais il faut enlever les couches en trop, lacer correctement les chaussures, installer le bonnet, la lampe frontale, prendre la couverture de survie (obligatoire) et vérifier qu’on n’oublie rien.

Nous partons tous dans la nuit pour rejoindre le point de jonction. Une tente au bout d’un terrain de football, une foule massée à l’intérieur, et les coureurs qui arrivent par un couloir, qui cherchent leur deuxième relais, font la jonction, et commentent leur montée tout en se passant la puce électronique. Super ambiance, comme toujours sur ces courses. De toute façon, prenez des personnes qui ont décidé de faire une nuit blanche et de courir en équipes :  l’ambiance ne peut être que collective, rigolarde, bon enfant.
Nous attendons longtemps, semble-t-il, le flux des coureurs ne s’arrête pas, on guette dans la foule, enfin, après une vingtaine de minutes, on les voit, Hervé et Didier, bien transpirants, bien glacés, qui arrivent. La montée a été dure, ils ont fait comme tous les autres : quand on ne pouvait plus courir dans la montée, on marchait. Laurent et Corinne s’équipent vite, une tape sur l’épaule, et les voilà partis dans la nuit pour l’étape la plus longue, 30 km dans les sentiers et la forêt.

Nous faisons un arrêt à la tente-ravitaillement pour restaurer les deux coureurs (et chouraver des gâteaux pour les autres), ils nous racontent leur départ, le flot des coureurs, les 8 km sur terrain à peu près plat, et puis tout-à-coup, la côte, celle qu’on ne peut monter qu’en marchant. Tout cela semble irréel, ou plutôt, un coureur comme moi qui n’a pas encore couru ne peut pas visualiser les choses comme eux les ont vécues.

Nous reprenons les voitures. Routes encombrées (à plus de 4h du matin !) par toutes les voitures qui rallient le deuxième point de relais. Je mange un dernier muffin au chocolat et sans vraiment m’en rendre compte, je sombre.
Mon gène Clock faisant correctement son travail, je m’éveille un peu avant 7h. La voiture est froide, noire, les 3 autres dorment. Un petit coup d’oeil au tél portable : pas de nouvelle des coureurs. Peu à peu, les 3 autres émergent, on se prend un peu de thé, on va voir l’autre voiture. Ils ont eu des nouvelles de Laurent et Corinne : trajet dur, ils sont tombés une dizaine de fois, ils ont aussi dû passer des passages en descendant sur les fesses, donc ce n’est pas une course sur bitume tout plate, non Monsieur, c’est de l’Aventure et de la Souffrance, yes.

Le point de jonction prévu initialement à 7h s’achemine plutôt vers les 8h du matin, au mieux. Réveillés pour réveillés, nous nous équipons. J’enlève deux couches en haut (pull et manteau) ce qui fait qu’il m’en reste 3 (t-shirt technique, polaire, coupe-vent) ; en bas, j’enlève le pantalon de k-way, reste donc le fuseau en tissu respirant et la polaire (et les trois couches de chaussettes). Une des voitures doit aller récupérer le fou furieux soixante-huitard au stade Gerland à Lyon, arrivée prévue vers 8h, elle nous quitte.

Nous allons à pied vers le point de relais.
Le ciel est bleu nuit, on sent que la nuit noire se lève peu à peu, mais rien ne laisse penser que le soleil va se lever, il s’agit plutôt d’une clarté diffuse, à peine perceptible, qui commence à se répandre. Il fait super froid, les -1° que l’on avait au relais précédent se sont retransformés en -4°, il y a un peu de vent, c’est frigorifiant.
Nos accompagnateurs Hervé et Cathy n’ont pas le droit de se joindre à nous dans la tente relais, on se claque la bise et Christian et moi allons nous installer pour l’attente. Nous alternons des stations debout dehors, et quand le froid ou le vent nous délogent, nous rentrons sous la tente. Le temps passe, l’aube se lève doucement, tandis que les coureurs arrivent toujours, passent leur puce à leur compagnon, et commentent leur course. Quelques textos plus tard, nous sommes prêts à voir arriver Laurent et Corinne. D’abord Laurent, en forme, mais nous le confirme : ça a été dur, un terrain très technique, des glissades, de nombreuses chutes, bref, un Vietnam. Corinne arrive aussi, elle n’en peut plus mais elle sourit, ça y est, c’est terminé pour elle. Échange des puces, une dernière photo, et nous voilà partis.

Ma course

L’aube est quasiment levée, les frontales ne serviront pas. Descente dans le village, nous passons les coureurs solos qui marchent (ça fait plus de 8h30 qu’ils sont dans la course), en revanche, les relais comme nous (reconnaissables à leur chiffres rouges sur le dossard) nous passent à bonne vitesse, ils sont comme nous, avides de courir après cette attente de plus de 14h (nous étions à 18h dans le gymnase de Saint Etienne).
Très vite, nous débouchons dans la campagne, un chemin de terre (enfin, de neige glacée) qui serpente entre les arbres dénudés. Il fait très froid, nous ne le sentons plus trop, mais l’air est glacé dans le nez et la gorge. Très vite, nous passons le panneau « 20 km », allez, c’est une distance raisonnable
à courir.
Je découvre des nouvelles sensations, et pour tout dire, ça n’est pas très agréable. Je me rends compte en effet que cela n’a rien à voir de courir sur bitume sec, et de courir sur neige tassée et glacée. Sur bitume sec, on tape du talon, on déroule le pied, et hop, d’une impulsion des orteils, on relance la foulée. Tout est en fait un processus de réaction par rapport à sol : on prend fortement appui sur le sol pour se relancer. Sur la glace, inutile de rêver faire cela : tout appui un peu fort se transforme en glissade. Il faut donc courir le pied léger, la foulée raccourcie, en frôlant la surface plutôt qu’en s’appuyant dessus. C’est rendu compliqué par le fait que le sol alterne entre de la neige molle, de la glace, et du bitume : les appuis ne sont pas les mêmes, et d’autres coureurs « monopolisent » le tracé le plus sec, bref, il faut zigzaguer. Le sol est irrégulier aussi, avec des petits tas de neige qui tordent les pieds, il faut donc faire attention, je n’ai pas envie d’une nouvelle entorse.

Un plateau nous donne l’occasion d’avoir une vue sur le paysage, tout est blanc, on voit les vallées au loin, et la forêt qui descend devant. Nous passons par des chemins forestiers bien pentus, mélange de neige et de gadoue, certains marchent prudemment, d’autres trottinent en espérant se rattraper en cas de glissade (scénario inévitable). Tout cela donne des cassures de rythme, des essouflements dont je ne mesure pas encore les conséquences futures. Les jambes sont lourdes, et je me dis plus d’une fois « tu sens dans ton corps le manque d’entraînement et de sorties longues ».
A la sortie d’une forêt, un homme nous promet un ravito dans 2 km. Cela me semble durer une éternité, les cuisses sont fatiguées, et on n’en est même pas à la moitié (et bon sang, c’est censé n’être qu’un 22 km !)
On descend dans un village, une grande tente sur un parking, c’est la pause, on est au km 12. Deux verres de thé bouillant, très parfumé, très sucré, des pâtes de fruits, une demi-banane. Un petit texto aux copains (qui viennent d’arriver au stade de Gerland) et on repart dans les rues du village, puis une côte bien pentue : Christian continue à mouliner des guibolles, il grimpe régulièrement, mais moi, je marche. Au ravito, je lui ai dit « Mes sensations, c’est presque comme si j’étais au 30ème km d’un marathon ». Manque d’entraînement, clairement, mais aussi, je pense que j’ai brûlé beaucoup de mon glycogène (= carburant) dans la première partie.
Je mets ma musique et ça commence par Abacab tandis que je grimpe en marchant toujours. En haut de la côte, on redémarre, Christian est clairement en meilleure forme (et puis l’ge, mon bon monsieur…), nous abordons le relief dans des villages endormis, en passant toujours régulièrement des dossards à chiffres noirs, avec ou sans bâtons de ski.
Puis vient un sentier forestier à nouveau, en sortie d’un virage. Descente vers des ruisseaux, une passerelle métallique sur une petite rivière, des chemins blancs et beiges, des feuilles mortes mélangées à de l’herbe piétinée, de la boue et des flaques d’eau.

Je le sens, dès qu’on a un faux-plat ou une vraie montée, je ralentis, j’ai du mal à garder ma cadence. Je me guide à ma fréquence cardiaque : essayer de ne pas dépasser 92% de ma FCmax, même si je dois ralentir fortement. Par moments, ça ressemble à de la marche sautillante, tellement c’est lent. Christian toujours devant, à m’encourager.
On arrive à des marches en descente, c’est-à-dire que tous les deux mètres, on descend une marche de +/- 60 cm. Il y a des grosses pierres qui peuvent rouler sous les pieds, avec la fatigue accumulée (nuit blanche + temps de course), il s’agit de rester attentif. Descente technique, fatigante, ça tape dans les cuisses et le dos. Puis c’est la pente avec au loin une route en descente. Et derrière, une remontée en forêt à nouveau. Les pressés essaient de passer vite, les chemins sont étroits, on se faufile ou on se range.

Puis on arrive enfin dans la pente, c’est une route qui descend sur Lyon, et j’en profite à mort : dans mes écouteurs, c’est successivement un des morceaux de Chicken run (building the crate ?) puis Butkus (B.O. de Rocky). Certains se ralentissent, limitent leur descente en amortissant avec les genoux et les cuisses, moi je me laisse aller au rythme de la musique et de la pente, toute seconde gagnée ici est une seconde gagnée pour plus tard. Grand sentiment d’exaltation, je garde cette longue descente comme un excellent souvenir de cette course.
Et l’arrivée à Lyon, on bifurque à droite le long du fleuve, c’est du plat à nouveau, et de la neige mélangée à de la glace et du sable sur les quais. Depuis avant le ravito, j’ai une ampoule à chaque pied. Quand on pose le pied à plat, on ne sent presque rien. Mais là, le pied est toujours un peu déporté, un peu tordu, et la peau frotte, et la douleur des ampoules me minent le moral.
Le vent s’est levé (comme toujours, le long d’un fleuve) et la progression est lente, fatigante, déprimante, il reste 5 km et c’est en même temps tout proche et l’autre bout du monde.
La remontée le long des quais se fait dans un brouillard de fatigue et de musique, les bourrasques nous font nous pencher en avant, et je fixe les graviers devant pour éviter les chutes ou les pertes d’équilibre. Arrivé au bout d’un quai, nous découvrons… qu’il faut tourner à gauche et repartir en sens inverse de l’autre côté, c’est le confluent de la Saône et du Rhône, on a le sentiment de s’être fait avoir avec ce demi-tour.

Un pont, escaliers à gravir, le fleuve à traverser avec des bourrasques qui nous déséquilibrent, j’ai l’impression qu’il suffirait de peu pour que je bascule vers l’eau, 30 mètres plus bas.

On arrive sur l’autre rive, petit chemin de hâlage avec une alternance de boue, de sable, de glace, d’herbe gadouilleuse. Et quelqu’un qui dit « Courage, 900 mètres ! »
Nous savons ce que c’est : les spectateurs croient nous faire plaisir, mais la plupart du temps, ils croient que c’est 900 mètres, mais ils n’ont aucun moyen d’en être sûrs. Là, à 5 minutes de distance, j’entends deux fois « 400 mètres », et c’est démoralisant la deuxième fois…
Nous croisons de plus en plus de promeneurs du dimanche, il est plus de 11h, c’est une matinée comme une autre pour les Lyonnais, il y a juste dans leur champ visuel quelques joggeurs portant, tiens c’est original, des dossards.

Je n’en peux plus, chaque pas est douloureux, je me sens comme au 39ème km d’un marathon, pas mieux. On cherche le stade des yeux et on ne le voit pas, c’est déprimant. Un tournant à gauche, une longue ligne droite, et rien à part des poussettes et des retraités. Et puis au fond, là-bas, on voit des coureurs qui tournent à gauche. On y arrive. Tournant à gauche. Une autre ligne droite, et au fond, une arche gonflable rouge.
Encore une fois, nous avons notre expérience des courses : l’arche annonce l’arrivée prochaine, elle n’est pas la ligne d’arrivée. Un panneau annonce « 100 mètres » et Christian, qui en a marre autant que moi, me crie « Allez !!! Allez !!! » et commence à accélérer. Avec mon expérience, et ma fatigue, je sais que 100 mètres, ça peut être très long. J’accélère, mais pas à fond, disons que j’allonge la foulée. 75 mètres. Christian est déchaîné, il crie comme un boeuf, on sent que la délivrance va être au bout de la ligne droite, j’accélère encore, 50 mètres. Christian ralentit un peu dans le virage, il se tourne vers moi, j’arrive au pas de course, on s’attrape la main et on accélère encore dans le virage, nous déboulons comme deux fusée
s devant les photographes avant la ligne, dernière ligne droite, celle-là je ne la vois pas passer, on passe la ligne en trombe, et vite vite, décélérer pour ne pas percuter les coureurs massés à 10 mètres de là, un peu étonnés de voir ces deux fous furieux arriver comme des comètes.
Un coup de sifflet au loin, je lève la tête : Laurent et les copains derrière les barrières, je rejoins Christian et je m’effondre dans ses bras, ça y est, c’est fait.

Au final, notre équipe est 150ème sur 300, et nous avons mis, à trois coureurs en relais, plus de temps qu’Alex qui lui a couru seul les 68 km…
Rétrospectivement, je ne sais même pas comment ceux qui ont couru les 30 km ont réussi à faire cette distance. A leur place, je serais mort dix mille fois.

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Les courses de Décembre

Dans cette période, il y a les courses de Noël (que j’abhorre), il y a aussi la course après le temps qui va crescendo de septembre à décembre, les travaux des étudiants, les cours auprès de différents publics, les mémoires à lire, les e-mails dont le flot ne tarit jamais (sauf, un peu, entre 12h30 et 13h30, et entre le 20 décembre et le 2 janvier). Et puis il y a les courses (à pied) de Décembre.
Demain, je participerai à la Saintélyon, avec mon acolyte de corrida ainsi qu’une poignée de fondus.
Cette course très particulière (69 km entre Saint-Etienne et Lyon, à courir dans la nuit de samedi à dimanche, en solo ou en relais) prend cette année une saveur particulière. En effet, il y aura les ingrédients habituels (course de nuit, départs échelonnés entre minuit et 2h30 du matin, coureurs avec lampe frontale obligatoire, sentiers de forêt et chemins de campagne), mais aussi… la neige et le froid. Je joins les photos des sentiers de la Saintélyon tels qu’ils ont été arpentés par les organisateurs hier :

Bref, que du bonheur, une nuit blanche, mais blanche…

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Cinétique du pékin – le plêscoul

Voici un exemple de collision d’ensembles : le Plêscoul appartient en même temps aux Batanas et à la Cinétique du pékin. Nous allons le ranger, par prudence, dans la Cinétique du pékin.

Plêscoul : n. m. Extension d’un piéton dans une gare, consistant en un obstacle tracté au ras du sol (en tout cas, invisible si l’on regarde devant soi, et non à ses pieds).
Le plêscoul classique est une valise à roulettes (avant même que la Cinétique du pékin n’accède à l’existence, j’en parlais déjà). Cela peut-être aussi un petit enfant qui marche en tenant la main, ou une trottinette portée sur le côté. Le plêscoul est traître, car il occupe de l’espace, mais ne laisse rien apercevoir à hauteur des yeux d’un adulte.
De la même manière que sur certaines autoroutes, il y a une voie pour les véhicules lents, il faudrait créer des voies-plêscoul où s’enfileraient ces pékins avec leurs périphériques.

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Caillou – Premiers grands froids

Les nuages sont rentrés chez eux.
Il faut un ciel glacé
Pour que brille le soleil.

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Typewatching the Stars – Jules Maigret

Je suis toujours dans mon intérêt pour le MBTI (je viens d’en créer la rubrique), je lis des livres, je me forme peu à peu.
Normalement, le test MBTI consiste à essayer de découvrir son propre type de personnalité. Certes, c’est réalisé avec l’aide d’un praticien certifié MBTI, mais c’est le candidat qui va décider finalement de son positionnement.
Il existe cependant une variante bien utile : le Typewatching. Dans ce cas, cela consiste à essayer de deviner quel est le Type d’une personne (par exemple un client potentiel, ou un partenaire de négociation). J’inaugure donc ici une nouvelle rubrique, qui va me servir de TD : essayer de typewatcher des personnes connues (fictives ou non, plutôt fictives, car c’est le monde que je préfère).
Notre grand débutant du soir est Jules Maigret, dit le Commissaire Maigret, personnage récurrent des romans de Simenon (dont ce bleug a déjà entendu parler).

Tout a démarré par cet échange entre le directeur de la PJ et Maigret :

« – J’avoue qu’hier j’aurais facilement pensé que vous aviez affaire à un farceur, ou à un détraqué…
– Moi, non… J’ai cru ce qu’il me disait dès son premier coup de téléphone…
Pourquoi ? Il n’aurait pu l’expliquer. Ce n’était certainement pas parce que l’homme avait fait appel à lui personnellement.
[…]
– Enfin !… Faites pour le mieux… Sans doute quelqu’un ne tardera-t-il pas à le reconnaître ?…
– Cela m’étonnerait…
Encore une impression qu’il aurait eu du mal à expliquer. Dans son esprit, cela se tenait. Mais, dès qu’il essayait de préciser, fût-ce pour lui-même, cela devenait confus. »

Georges Simenon, Maigret et son mort, Livre de poche n° 14 243, p. 42.

Donc, nous avons affaire à un iNtuitif, qui se fie à ses intuitions, sans pouvoir les expliciter, donc un N, à l’opposé du S, féru de détails et de sensations réelles.
Néanmoins, Maigret remarque des choses, des détails, que les autres ne voient pas. L’intuition est primordiale, mais le souci des détails n’est pas loin. Par ailleurs, il fume, il est toujours à boire un demi ou un calva, il adore recharger son poële à ras-bord pour avoir chaud : un homme qui aime les sensations réelles, qui utilise ses sens. Donc on ne peut pas avoir N en Dominante, car S serait en inférieure (trop bas, pas assez présente). Par déduction, N est Auxiliaire et S est Tertiaire (une Tertiaire bien entraînée, ce qui est plausible pour un commissaire de 50 ans, c’est-à-dire assez avancé en âge pour avoir une Tertiaire bien développée).
Quelle est la Dominante alors ? T, la logique, ou F, la grille de valeurs personnelles, T l’impersonation ou F la composante humaine ? F, indéniablement : Maigret ne cherche pas à résoudre les énigmes comme Rouletabille « en suivant le bon bout de sa raison », encore moins comme Sherlock Holmes qui fait preuve d’une logique excluant – quasi totalement – les sentiments humains. Maigret cherche à comprendre les gens, les situations. Il se met à la place des victimes, il observe, et avouons-le : cela le passionne de comprendre ses frères humains. Donc F en Dominante, ce qui nous donne T en inférieure.

Reste à déterminer si Maigret est Extraverti ou Introverti. Pas facile de juger de cela à l’âge adulte, même si :

« Cela lui arrivait de temps en temps, comme ça, quand une enquête n’avançait pas à son gré, de se mettre au lit ou de garder la chambre. On le dorlotait. On marchait à pas feutrés. Il échappait au va-et-vient, au vacarme de la P.J., aux questions des uns et des autres, aux cent tracasseries quotidiennes. »

Ibid., p. 67.

Donc besoin de se ressourcer loin du monde, nécessité de donner un espace à ses voix intérieures loin des sollicitations qui le perturbent : I(ntroverti).

Voyons ce que ça donne.

Il est I, donc la Dominante est tournée vers l’intérieur, et l’Auxiliaire vers l’extérieur, ça fait donc Fi en dominante et Ne en Auxiliaire, la fonction tournée vers l’extérieur est une fonction de perception, donc il est P.

Donc le Commissaire Maigret est INFP.

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Love is all you need is love

Ce matin, sur FIP, ils passaient Love is all, et je me suis dit « ça sonne vraiment comme un tube des Beatles, période Sergent Pepper’s« . Sur FIP, les programmateurs adorent jouer aux correspondances baudelairiennes, et donc, comme s’ils avaient capté mes connexions neuronales de l’instant, ils ont passé All you need is love à la suite. Je me demandais si cette filiation était avouée par Roger Glover, compositeur de Love is all. Eh bien non, pas à première vue.
L’article de Wikipedia sur Love is all (en fait, sur l’album) fait 760 mots, contre 5 353 mots pour celui sur la seule chanson All you need is love. Justice est donc rendue aux Beatles. Mais les assonances sont tellement criantes (dit celui qui ne remarque la similitude que 40 ans après) que la filiation, ou en tout cas l’influence, est patente. All you need is love est sorti en 1967 et Love is all en 1974, alors pourquoi un tel décalage ?
Mes trois pensées du jour à ce sujet.
La première pensée, c’est que tout le monde à dû pomper allègrement le style des Beatles à l’époque, c’était un cataclysme planétaire pour la planète musicale. Pour survivre, il fallait les ignorer (mais comment faire ?), les combattre (mais cela imposait de trouver un contre-style, ce que les Rolling Stones ont bellement fait) ou bien les copier, ce qui était probablement la plus mauvaise idée à avoir. Et quand bien même un groupe ne souhaitait pas les copier, le sillon tracé était tellement profond et marquant que tous, sans s’en rendre compte, se sont beatlesés au passage. (J’ai conscience qu’on peut dire cela de plusieurs artistes. Mais les Beatles, c’est tout de même le premier Mondovision, 400 à 700 millions de téléspectateurs en même temps. Et c’était en 1967…)
Deuxième pensée : c’est toujours dur de rendre hommage, de faire « à la manière de ». Une manière de s’en sortir est de faire une reprises, des années après, en adaptant juste ce qu’il faut pour mettre sa touche personnelle. Et c’est là où l’on voit l’ego du repreneur (s’il met trop de sa touche personnelle, il ne respecte pas assez l’oeuvre initiale, alors tant qu’à faire, pourquoi ne pas composer directement un morceau original ?) et son savoir-faire (parce que la reprise ne peut pas être une copie conforme de la version studio originale, sinon, à quoi ça sert de faire une reprise, hein ?). Finalement, c’est probablement la démarche la plus dure : faire transparaître sa propre maîtrise dans la reprise du morceau d’un autre.
Quelques exemples que j’aime bien.
Hey Joe, de Jimi Hendrix, repris version mariachi par Willy Deville. Et il fallait oser s’attaquer, sans complexe, à ce morceau !
Du côté français, il fallait oser reprendre Otis Redding, Sitting on the dock of the bay, et j’ai toujours beaucoup aimé le travail de Bill Deraime (Assis sur le bord de la route) et son guitariste Mauro Serri (la version du 33 tours était encore plus proche de l’original, tout en revendiquant sa propre identité).
Et puis, pour boucler la boucle, encore plus fort que la reprise : composer un morceau à la manière de.
On l’a vu, Roger Glover a composé une chanson originale qui sonnait comme faite par les Beatles. Dans la même eau, Laurent Voulzy a composé deux chansons qui auraient pu être attribuées aux Beach Boys : le méconnu Cadillac Cruise et l’inoxydable Surfing Jack
Ce qui m’amène à ma troisième pensée.
C’est bête, mais je suis en train de me dire qu’en pédagogie, il y aurait de la place pour « apprendre à faire des copies (reprises) intelligentes ». En littérature, cela se pratique très souvent : David Lodge en parle – et l’expérimente – dans ses livres, notamment Pensées secrètes mais aussi La chute du British Museum. En peinture, en photographie, c’est un prérequis.
Alors pourquoi pas dans des matières de management ?

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Cinétique du Pékin – Chevaucheur de courants

Après la survie façon boule de billard dans une agora libre de tout graillon (thibillet à venir) ou grumeau, passons à un autre aspect de la mécanique des fluides urbains, souterrains et sociaux. Un petit croquis vaut mieux que 10 lignes d’explication, donc, dans le déroulé à droite, nous avons le pékin lambda (point rouge) qui cherche à atteindre la chèvre sur l’autre rive (croix rouge) mais pour cela, il faut traverser le flux de pékins en mouvement (billes bleues qui roulent sur elles-mêmes dans un flot moléculaire relativement visqueux).

Pour ceux qui connaissent mes vicissitudes, le point rouge sort du métro, la croix rouge, c’est le quai du train de banlieue, et l’annonce « 19h47 pour Ménil-le-Glôt, départ dans une minute, voie 97 » vient de déclencher le flot de pékins bleus. Ils sont stressés, les pékins bleus, parce que la voie 97, c’est à l’autre bout du bout.

La première intuition (forcément la mauvaise) consiste à y aller avec une stratégie mathématique, du genre « le plus court chemin entre deux points étant la droite, je vise la croix rouge (en terme nautiques, on prend un amer) et je trace ». Alors voilà (schéma de gauche), ça fait :

bonk,

pock,

bünk,

et finalement, dérive par rapport au cap. Mais cette dérive n’est pas le pire. Le pire est : perte d’énergie cinétique, ralentissement, ballottement. Les chocs successifs ont érodé votre capacité de fer de lance, et vous n’êtes plus qu’une poupée de cire, poupée de son, sans même la consolation d’une sucette à l’anis.

Et si en plus, vous avez été élevé dans une bonne famille, vous ponctuez chaque choc d’un « oh pardon ! » que les dos bleus ignorent superbement, ils sont déjà loin.

Après avoir soigné ses ecchymoses, le point rouge se dit « I know better » et aborde la stratégie de physique anticipative, dite aussi stratégie de la chambre à bulles (schéma à droite). Le discours devient alors « soit un point rouge qui sait qu’il doit rejoindre la croix, mais qu’il aura de la dérive. Autant anticiper cette dérive en attaquant la trajectoire avec un angle aigu. »

Pauvre point rouge.

Là, ce n’est plus

bonk,

pock,

bünk,

mais plutôt

BONK !!

POCK !!!

BÜNK !!!

SCHTAK !!!

Abrégeons ses souffrances : il se retrouve, exsangue (vitesse cinétique nulle), sur le même bord que précédemment, expulsé sans pitié d’un monde qui en est dénué (de pitié), vae victis et tant qu’à faire, precium pretium doloris.

A ce point, le point rouge mûrit, et devient, soit un point noir, soit un point-à-qui-on-ne-la-fait-plus. Il se souvient du Messager de la grande île, ce roman d’anticipation de Christian Léourier dans la Bibliothèque Rouge (1981 ?) et va adopter la tactique de Jarvis.
Je vous la fais courte, vous avez un train à prendre. Jarvis est harponneur sur la planète Thalassa, une planète recouverte à 90% d’océans, et tumultuée de courants océaniques puissants. Quand un bâteau part du point A, il virevolte, tourbillonne, dégueule tout ce qu’il peut dans les courants et autres vortex et met deux mois à rejoindre la rive d’en face, éventuellement en ayant fait 3 fois le tour de la planète auparavant.
Mais pas Jarvis, qui sera vite surnommé le Chevaucheur de Courants. Grâce à l’aide d’un animal géant et tentaculaire, il apprend à maîtriser les courants pour gagner du temps.
Ce que, dans notre jargon de cinétique du pékin, nous appellerons Go with the flow (schéma de gauche).

Cela donne ceci :

insertion dans le flot

papillonnement discret des nageoires, orientation nord-est

évitage des bleus

toujours aller dans la même direction qu’eux, la distance perdue c’est de la vitesse gagnée

autolargue

sortie du nuage de poissons

rétropédalage, vitesse maintenue en courbe, attention, un coup d’oeil dans le rétro, double-axel, une dernière ligne droite où l’on peut enfin gazer sans stress, et la croix rouge brille devant nos yeux comme un steak aztèque.

Conclusion :

  • Homme libre, toujours tu chériras la vitesse.
  • Entre courte distance et chocs, et longue distance sans chocs, va sans chocs.
  • ou alors, envisage d’habiter à Ménil-le-Glôt.
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Lie to me, but be present

Je suis frustré par les personnages secondaires de la série Lie to me (je suis sûr que ce phénomène existe dans d’autres séries, mais je ne parle que de ce que je connais). Ce qui va me permettre de me livrer à une taxonomie foutraque, ça faisait longtemps.

La série américaine typique de nos jours contient des ingrédients savamment mixés, que je vous livre :

  1. Une problématique existentielle, un mac guffin, un truc quoi. Ce qu’un gars qui ne connaît pas le chef déco de Jean-Jacques Annaud appellerait « une idée originale de départ ». Genre : on raconterait l’histoire d’un serial killer qui tue des serial killers pour le Bien. Ou bien : y aurait un gars qui voudrait refaire un remake de « Un jour sans fin » mais sans Bill Murray ni Andie MacDowell, plutôt avec des attaques terroristes, de la torture et un héros qui ne se douche jamais en 24h.
  2. De la tension, du suspense, des renversements de situation. Genre « Bon sang, mais va-t-il se sortir de son 7ème test sous pression ? » ou encore « Greg, tu as prescrit des amphétamines et le patient est en train de voir des éléphants roses, tu t’es ENCORE (encore, encore, encore, encore…) planté dans ton diagnostic ».
  3. Des héros qui ont des fêlures, des gentils qui sont pas totalement gentils parce qu’on apprend par hasard qu’ils ont fait des actes méchants autrefois (mais c’était parce qu’ils étaient piégés, et depuis, alala, ils regrettent amèrement, hein) et des méchants qui sont serial killers mais finalement, ils aiment beaucoup leur soeur et l’artère fémorale de leur victime.
  4. Et, j’y viens enfin, des personnages secondaires qui rajoutent du corps à la sauce du risotto, des personnages secondaires certes, mais dont la vie affective, les tourments métaphysiques et les incertitudes ontologiques (ouais, carrément) nous permettent de respirer entre deux fusillades / perfusions / découpages à la scie sauteuse / mise en formol. Moi j’adore quand le personnage secondaire fait un bisou (qu’on attendait quand même depuis 2 saisons et demie) à un personnage principal ou à un personnage tertiaire, voire quaternaire. Mais pas quinquagénaire, car voici là où le bât va blesser :

Il y a ceux qui se croient au dessus des lois du genre, et qui ne vont pas respecter ces 4 articles de foi. Et pourtant, sans ces 4 cavaliers, pas de bonne série accro qui t’oblige à regarder les pubs pour savoir si Kiffeur Seuzeurland il gagne à la fin (et s’il prend une douche).
Et dans ces païens qui ne respectent pas les Saintes écritures, il y a ceux qui ne respectent pas le point 4. Ils ont donc des personnages secondaires ectoplasmiques, ou plutôt des Gnafrons.
Définissons le Gnafron, puisque personne n’a pris la peine de le faire de manière détaillée. Le Gnafron est un personnage qu’on fait apparaître et disparaître au gré des inspirations et des besoins du scénario. On a un temps mort, ou on a besoin de passer d’un intermède « stress-adrénaline » à un retour au calme ? Hop, on fait sortir le Gnafron comme un diable de sa boîte. (Je pense à Gnafron, parce que dans les pièces de Guignol, il y a souvent des pantomimes avec le bâton, ,celui qui tient le bâton apparaît, les enfants crient, le sinistre sire disparaît avant que Guignol ne se retourne, puis il réapparaît, les nenfants crient, et ainsi de suite, ad libenter, Commedia dell’Arte…)
Avantage du Gnafron : il bouche les trous, il comble, et il donne l’illusion du point 4.
Mais en fait, comme le Gnafron n’apparaît pas assez, il n’a pas d’épaisseur psychologique, ou, pour quelqu’un qui ne lit pas Télérama, « on ne sait pas grand chose de lui ». Donc on ne peut pas rêver, s’identifier, ou tout simplement se dire « Et comment réagirait Eli Locker dans cette situation ? » quand on est face à un rouleau de papier-toilette qui en est réduit au tube de carton.
Je me souviens de NYPD Blue. Les seconds rôles étaient présents, ils avaient de l’épaisseur, je me souviens encore du jeune flic chicano, on avait l’impression de l’avoir cotoyé depuis des années alors même qu’il était un rôle très tertiaire. Et l’imbuvable jeune con de procureur était très attachant quand on le découvrait en french lover d’une inspectrice de police mère célibataire. Par opposition, dans la saison 2 épidsode 9 de Lie to me, on a un aparté Eli Locker-Ria Torres qui fait dans le glamour, mais il ne suffit pas d’un aparté pour faire exister un personnage.
Soyons clair : pour moi, ces personnages n’existent pas encore. Il serait temps de s’y mettre, on est dans la saison 3, là.

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10 € par mois pour être Libre

Publicité gratuite mais motivée : Framanet a besoin de ressources pour continuer à se développer. Si vous pensez – comme moi – qu’une existence numérique doit pouvoir être mobile et élective (c’est MOI qui choisis les outils que je souhaite utiliser), vous êtes mûrs pour la Framakey. Et pour encourager ces sympathiques libristes, rien de tel qu’une petite contribution financière. Fidèle à mes principes, je viens de m’inscrire pour 12 mois de dons (bien moins cher qu’une licence Office…)
Rappel pour ceux qui ne suivent pas : vous pouvez faire des dons aussi à Wikipedia, LibreOffice (page en anglais pour l’instant), même si FreeMind refuse les dons

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T9 Roulette – La moisson de la semaine

Cette semaine, mon téléphone portable m’a fait des suggestions intéressantes :
Au lieu de « Venez en escarpins », il propose « Venez en escadrons »
« hurlé » devient « hitlérien »
Et « dur… » devient « vie… »

Dur…

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Caillou – Alacrité


Certains matins,
C’est du café
Qui coule dans mes veines.

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Prélude au retour de la Cinétique du Pékin

Ces temps-ci, il y a de l’énervement dans l’air dans les gares.
ça se cogne, ça passe en force, ça court.
La foule est hargneuse, compacte, obstinée.
En fait, je me rendais compte hier que c’est avivé par l’apparition d’êtres modernes : les blös. Imaginez un flux tendu, mais constitué de deux matières : les tchaques, qui veulent arriver vite ; les blös, qui consultent leur portable. Eh bien forcément, ça fait des grumeaux.
Tout ceci pour annoncer que les grèves et l’agressivité hivernale typiques de Paris m’ont inspiré quelques pensées logistiques. Je les distillerai progressivement dans cette rubrique adulée par les foules : la cinétique du pékin.

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Caillou – Poisson pilote


Dans ces couloirs de céramique
Un flot mou de mérous
Qui ondulent lentement
S’arrêtent
Ou virent.

Et moi le rémora
Petit et véloce
Qui contourne et frôle
Et vite évite
Les thons.

Je te suis toi
Sans te connaître
Tu as la même mobilité
Les mêmes reflets fluides
Au milieu des corps morts.

Je prends ton sillage
Uniquement pour un temps
Sirène scintillante.

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Combien gagnent les artistes : musique en ligne contre ventes de CD

je suis en train de mettre à jour une Master Class pour le MBA Executive de mon école (rappel : 1er mondial en terme progression de carrière, 3ème mondial en terme de contenu international des cours, 15ème mondial tous critères confondus), et cela me permet de répondre à une question qui me turlupinait.

La question : est-ce que les artistes (musique) touchent plus d’argent avec la vente de musique en ligne (iTunes, téléchargement Amazon ou Fnac.com) ou avec la vente de CDs ?

Réponse intuitive : étant donné la dématérialisation des supports, la musique en ligne devrait présenter moins de coûts logistiques (transport, mise en bacs, distribution…), donc rapporter plus d’argent aux artistes. Raison à cela : il n’y a plus de coûts de production du CD, et plus de coûts de gestion physique du CD (déplacement, stockage, réassort…), donc ces coûts ne peuvent plus être refacturés et ne vont plus réduire la marge de l’artiste.

Réponse contre-intuitive (parce que le monde n’est pas rationnel) : la marge des artistes n’aura pas augmenté, car les producteurs de musique diront, soit en mode soft « nous avons dû nous adapter terriblement à ces nouvelles conditions, ça nous a traumatisés, alors on prend un peu plus de marge » (i.e. on récupère l’intégralité des économies réalisées par la dématérialisation), soit en mode hard « coco, si t’es pas content de tes royalties, on t’explique, on a un contrat signé de ton sang, alors tu nous intente un procès quand tu veux ».

Pour satisfaire tout le monde, j’ai trouvé deux réponses contradictoires, même si l’une des deux est clairement plus adaptée au paysage que nous connaissons.

Selon Information is Beautiful, la vente de CDs est plus profitable pour les artistes ayant bien négocié leurs droits (i.e. les plus célèbres, ceux qui peuvent modifier les contrats signés en lettres de sang), car ils touchent 10% du prix de vente, contre 9,4% du prix de vente d’un album en ligne. En revanche, pour les artistes n’ayant pas la capacité à négocier leurs droits, la relation s’inverse : les CDs physique rapportent 3% de leur prix de vente aux artistes, tandis que dans la musique en ligne, les artistes touchent toujours 9,4% du prix vendu. En bref, pour la majorité des artistes, les CDs rapportent 3 fois moins que les téléchargements d’albums en ligne. (Je ne traite pas des ventes au morceau, allez voir l’article original pour plus de détail).
 Donc dans ce cas, c’est la réponse intuitive qui est correcte.

Mais selon l’Ordinateur Individuel (n° de Novembre 2010, en vente physique dans tous les bons kiosques – mais je crois qu’il y a aussi une version numérique), les chiffres ne sont pas les mêmes. Un artiste touche 4% du prix TTC d’un CD vendu en France, mais seulement 2,8% du prix d’un album acheté et téléchargé en ligne. Je cite une partie de l’article : « les majors, qui jouent souvent le rôle de producteur et de label sur le circuit physique, récupèrent environ 21% du prix TTC d’un CD, mais près de 67% de celui d’un morceau acheté sur Internet vu qu’elles sont en plus distributeur. Une part multipliée par trois alors que celle de l’artiste est, sur Internet…, divisée par deux » (ibid, p. 51).

Personnellement, je tends à croire plutôt la deuxième analyse : plus récente, plus précise, car prenant en compte les caractéristiques du système français. Donc la musique en ligne est un mauvais deal pour les artistes dans les conditions actuellement négociées.

Et qu’est-ce que cela sera censé illustrer dans ma Master class ? Je vais faire voter les participants, en disant « à votre avis, est-ce que les artistes gagnent plus d’argent ou moins d’argent sur les ventes en ligne par rapport aux CDs ? »
Je pense que j’aurai une majorité de votes pour la réponse intuitive. Ce qui me permettra d’illustrer l’heuristique de disponibilité : plus on entend parler d’une chose, plus on surestime sa probabilité (exemple typique : la phobie des attaques de requins, comparée aux chiffres – bien inférieurs, mais très peu connus – des attaques effectivement recensées).

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Pourquoi j’ai aimé regarder Master Chef

Voilà, le plus dur est fait, j’ai fait mon coming out dans le titre.
ça me taraudait depuis des semaines, je n’osais pas en parler autour de moi, je me sentais comme quelqu’un qui fait des choses pas propres quand, chaque jeudi soir, je m’installais devant TF1 à 20h45 pour aller jusqu’au bout de la nuit. Il faut donc maintenant que je parle de ce choix d’existence quasi prométhéen, pour moi qui ne regarde la télé que comme un-écran-auquel-je-pourrais-connecter-mon-Mac-si-j’avais-le-bon-cable-HDMI.

Alors voilà les deux raisons qui me motivaient dans cette aventure vespérale hebdomadaire et télévisuelle.

1. Master Chef, ça donne envie de manger et d’innover en cuisine

C’est la raison qui est souvent avancée, ce n’est pas MA raison primordiale (cf. plus bas), mais quand même : depuis l’avènement de ces émissions culinaires, on constate une relance de la consommation. A la Fnac Saint Lazare, un mur entier est consacré aux livres de cuisine. Et hier soir, mes calmarillons à l’ail sur lit d’asperges, je ne les aurais jamais faits si je n’avais pas vu les délires culinaires et funky de certains de ces candidats. On achète des livres de cuisine, on achète des légumes qu’on ne cuisinait pas auparavant (ma tante a vécu la 2ème guerre mondiale, je lui servirais un rutabaga ou un topinambour, elle me le renverrait dans les gencives avec les frais d’affranchissement en sus), on se lance !
Résultat : je ne m’installe plus devant cette émission sans m’être préparé un bon menu avant, et en gardant à portée de main du chocolat noir coeur praliné ou un pot de crème fraiche épaisse avec une cuillière à soupe plantée dedans.

Mais surtout, voilà ma vraie raison :

2. Master Chef, c’est vraiment une émission typique TF1

Il y a des pleurs, des rebondissements, des injustices, des engueulades, bref, on sent que c’est calibré, monté, orchestré, pour susciter la réaction, l’addiction, ce petit goût de reviens-y des vraies émissions à forte audience. Voir un colosse les yeux remplis de larmes devant une caméra, ça me donne (en creux) une espèce de foi dans l’espèce humaine. Et je suis sincèrement admiratif devant tout cet objet qui n’a rien de naturel, rien de chaleureux, et qui le revendique. Regarder Master Chef, c’est se préparer à des barrages de pubs en rafale, des promesses pour après la pub (« les coulisses des bonus que vous n’avez pas vu sur le DVD, seuls deux algonquins ont eu la primeur de ce que vous allez voir ce soir »). Et on attend minuit pour voir le jury qui donne ENFIN la vraie raison pour laquelle il a éliminé le bon cuisinier qui était sympa, et pourquoi il a gardé la tanche qui brûle ses patates (« ben en fait, sa sauce à lui, elle était moins bonne que sa sauce à elle »). Je n’ai pas chronométré, mais je pense qu’on a autant de minutes de pub que de minutes d’émission, et je trouve ça super fort. En d’autres termes : je n’aime pas TF1, je n’adhère pas à leurs valeurs, mais je découvre mon chapeau, car dans leur domaine, ils sont très efficaces.
Moi je sais pourquoi cette émission élimine certains et garde d’autres : show-business. Les meilleurs partent les premiers, certains candidats ont le plat bordé de nouilles alors qu’ils auraient dû sortir 17 fois, bref, l’art de TF1, c’est de prendre le téléspectateur à contre-pied (de cochon), mais pas tout le temps, pour que le contre-pied ne devienne jamais prévisible. Chaque semaine, on a ses favoris, et à la fin, à minuit, on compte les pots cassés et on y repense le lendemain, on se reforme une équipe de favoris pour la prochaine fois, et ça nous énerve qu’Anne reste alors que Virginie est sortie.
Et le jury est méchant, distant, et quand le candidat est jeté, syndrome de Stockholm, le jury dit des mots gentils et les candidats pleurent (bis) et quittent l’émission en remerciant tout le monde. Moi j’aime bien ces chefs, j’aime bien le critique gastronomique qui flingue de mots assassins, et à la fin, qui dit toujours « votre estouffade à la barigoule me restera toujours au fond du coeur ». (et il rajoute toujours « Bon vent », serait-ce une références aux cassoulets du Chef Yves Camdeborde ?)
Une prime spéciale au montage / scénarios. Je pense qu’il y a des gens chez TF1 qui moulinent toutes les séquences et qui se disent : « OK, faut que ça percute plus qu’un épisode de 24 heures, alors quel va être le Mac Guffin de ce soir ? »
Ils choisissent un angle d’attaque, avec plusieurs fausses pistes, et c’est parti, montage vidéo des séquences alternées, que j’insiste sur les erreurs d’un tel pour après flinguer à la dernière minute une candidate qu’on n’avait même pas aperçue dans les séquences, c’est du grand art. Je pense qu’il y a une vraie écriture des scénarios, inspirée des rebondissements d’un Dr House ou Dexter.
Et tout cela, qui n’était qu’intuition depuis le début, est confirmé par les révélations d’Audrey à un quotidien Wallon (ah, heureusement qu’il y a l’indépendance de la presse wallonne) : les candidats sont parqués, infantilisés et lâchons le mot : manipulés, par la chaîne de télé.
Bref, du pain et des jeux.

Que se passera-t-il ce soir à minuit et quelques, quand j’aurai vu la dernière émission ? Eh bien je retournerai à mes occupations extra-télévisuelles, je ratisserai les feuilles dans mon jardin ce week-end, et je me fera peut-être une mouclade, la version Charentaise (poële à marrons remplie de coquillages, des épines de pin par dessus, on passe au feu, les coques s’ouvrent sous la chaleur, cuisent et se parfument de ce goût d’aiguilles de pin fumées).

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Mauvaise Nouvelle, bonne nouvelle

Je suis en train de rédiger, assez lentement, une Nouvelle.
Il y a un côté frustrant là-dedans : je n’ai pas une idée de nouvelle originale tous les jours, ni même tous les mois, Ok, on va dire que j’ai une idée une fois par an. Et cette idée, souvent, peut-être exprimée en une phrase. C’était le cas par exemple de Clash boursier ou de Transluxion (idée énoncée initialement ici).
Mais pour transformer cette idée (cette phrase) en une nouvelle, il me faut souvent une dizaine d’heures de travail. il faut croire que je ne sais pas faire court, concis, ramassé.
C’est frustrant, mais le fait de dire « oué, j’ai une idée, alors voilà, ce serait ça », c’est aussi frustrant.
Voilà pour la mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle, c’est que tout est synchronicité : je croyais être original en disant à un moment donné

[à propos de justice] Il existait notamment le zinjj, un terme inconnu sur Terre mais qui semblait exister naturellement sur une majorité des exoplanètes. La notion de zinjj postulait que la décision de la sanction prenne en compte non seulement le contexte du crime (la présence de « circonstances atténuantes »), mais aussi l’impact de la sanction sur l’ensemble des personnes concernées. Il arrivait que des délinquants soient immédiatement relâchés, car toute sanction aurait coûté plus cher à la société que le fait de ne pas sanctionner.

Et en fait, ce concept de coût social existe sur Terre : des auteurs britanniques viennent d’utiliser cette idée d’impact social pour lister les drogues les plus coûteuses à la société, au sens large. C’est dans une étude publiée par The Lancet, et le résultat est que l’alcool est bien plus dangereux et coûteux (harmful) socialement que l’héroïne ou la cocaïne Plus de détails en français ici (où l’on apprend ainsi que le tabac est plus nocif que le shit, mais que fait Altadis ?!).

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Le MBTI pour les nuls : qu’est-ce qu’un P ?

Un type de personnalité « J » est orienté vers l’action. Il aime bien planifier, anticiper. C’est une personne qui n’aime pas le(s) retard(s). Tout imprévu peut être source de stress. Tout a été fait dans les temps, voire avant.
Par opposition, un type de personnalité « P » est orienté plutôt sur la contemplation, décider est toujours douloureux. Le P aime garder ses options ouvertes jusqu’au dernier moment. Il sait qu’il ne fonctionne bien que sous la pression de la deadline (nuit blanche…).
C’est souvent difficile d’expliquer le fonctionnement d’un P, notamment à un J, qui prend les Ps pour des rêveurs pusillanimes.

Voilà, j’ai trouvé sur BashFR (DansTonChat) aujourd’hui une méga-attitude P :

[hik] tu fais quoi ?
[dwane] j’attends que mon appart se range tout seul.
[hik] y’a peu de chance que ça marche …
[dwane] je sais mais je me dit que si je le range maintenant je pourrai pas être sur qu’il se serai pas rangé tout seul dans une heure, et donc j’aurai peut être fais tout ça pour rien.
[hik] t’as raison, vaut mieux attendre encore un peu.

Respect !

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Batana et Ubuntu – Point de BurnOut, Point de BurnBright

La batana du jour :

Point de BurnOut : n.m. Mesure de la mauvaise qualité d’une journée de travail. Plus une journée accumule des points de burnout, plus elle fait disparaître vite l’effet des dernières vacances. Si l’on avait accumulé 10 points de BurnBright (cf. ci-dessous), il suffira de 5 journées de travail à 2 points de BurnOut par journée pour faire disparaître l’effet bénéfique des vacances. Ou bien, il suffira d’une journée de travail méga chiante à 10 points de BurnOut pour annuler totalement l’effet des vacances.
Par extension : doit pouvoir être utilisé dans le domaine des faveurs qu’on fait à un(e) collègue.

Le Ubuntu du jour :

Point de BurnBright : n.m. Mesure de la bonne qualité d’une journée de vacances. Plus une journée accumule des points de burnbright, plus elle permettra de résister à l’effet délétère des journées de travail. Si l’on a accumulé 120 points de BurnBright, il faudra 60 journées de travail à 2 points de BurnOut par journée pour faire disparaître totalement l’effet bénéfique des vacances.
Par extension : doit pouvoir être utilisé dans le domaine du bénévolat.

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Terres… brûlées… au vent… des landes de pierre…

J’aime cette chanson antédiluvienne de Michel Sardou, Les lacs du Connemara. Cela pour dire qu’il va y avoir une interruption de nos émissions pendant quelques jours, car je pars soigner mes courbatures dans des terres abandonnées du wifi. Les commentaires sont – comme d’habitude – modérés, soyez donc patients 🙂

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10/10 – 10

Le 25 octobre 2010, j’aurai couru mon 10ème et dernier marathon.
C’était  Dublin, hier, et c’était un super moment pour terminer une aventure commencée en 2002 (Marathon de Paris), mais réellement enclenchée en 2006 (Marathon de Paris again), avec une moyenne de deux marathons par an.

La boucle est bouclée : les deux seuls marathons que j’aurai couru en binome auront été le premier et le dernier, dans ce paradoxe d’une épreuve qui est très collective, mais qui revient toujours à un défi individuel, à une forme d’introspection dans la douleur, yeah man.

Tout commence par la main de Thierry Henry. Mon ami Laurent est tellement catastrophé par ce geste, et tellement impressionné par le fair play des supporters irlandais, il y a maintenant 1 an, qu’il décide de courir le Marathon de Dublin en remerciement à ce pays sympathique. Sur 6 copains inscrits, la vie nous en retire progressivement 4 : blessures, fatigue, manque d’entraînement et/ou de motivation (les deux sont liés). Je ne suis pas loin d’être le 5ème, les mois de septembre et octobre ayant fait l’objet d’un entraînement qui a bien commencé, mais qui s’est étiolé au fil des semaines.
Je partais donc peu (et mal) entraîné.

Mais Laurent (record 3h04mn à Paris) m’a proposé une équipe : il m’accompagnera sur toute la distance, et nous viserons 6mn au kilomètre, c’est-à-dire un objectif loin de mes records (4h33, contre mon meilleur temps de 3h36), et abyssalement éloigné des temps habituels de Laurent. Autant dire qu’il sera à la balade. Paradoxalement, sa question sera : puis-je courir aussi longtemps, moi qui suis habitué à courir maximum 3h30 🙂

La nuit est encore sur Dublin quand nous quittons l’hôtel, habillés en coordonné : bandeau pirate rouge, tenue bleue, chaussettes-bas rouges. Le tout recouvert d’une couche supplémentaire (gants, bonnet, polaire, puis couverture de survie) pour attendre le départ dans de bonnes conditions. Les 13 000 coureurs sont rassemblés en une foule compacte, canalisée le long de Fitzwilliam Street, tandis qu’un hélicoptère survole en stationnaire. Le ciel s’est éclairci, le soleil n’est pas encore là, mais le temps est superbe : frais (froid même), clair, avec un ciel dégagé.

Et c’est le départ. Le peloton est dense, on a du mal à prendre la vitesse de croisière, les rues sont relativement étroites et il y a quelques points de ralentissement, là où la foule des coureurs se tasse avant de redémarrer. Nous passons O’Connell bridge, non loin de notre hôtel. La Liffey est un petit fleuve sympathique enjambé par des ponts sans prétention, cette ville est un jouet charmant, presque provincial, loin du stress pollué d’un Paris.

Je vois le 2ème mile, le rythme est enfin à la vitesse de croisière, j’ai choisi d’être un peu ambitieux : 5mn40 au km, ce qui devrait nous amener, si je tiens ce rythme, à 4h au final. Mais la question ne trouvera sa réponse qu’au semi-marathon (13,1 miles, 21,1 km), et encore plus, au Mile 20 (km 32).

4ème mile, nous entrons dans la très grande étendue de Phoenix Park. J’attends Laurent qui marque son territoire sur un mur du parc, puis nous suivons la foule des coureurs, le peloton s’est distendu, le rythme est fluide. Ce parc est très beau. Des étendues d’herbe verte poudrées d’une fine couche de gel. De belles frondaisons nous surplombant.  A un moment, à droite, j’ai une vision de savane : un arbre isolé au milieu d’étendues d’herbe sauvage, le soleil rasant, quelques brumes dans le lointain. La route se met à descendre, le soleil est de face, assez aveuglant car encore bas sur l’horizon. 1er gel énergétique absorbé aux alentours du mile 7. Le peloton devant nous lache des buées de respiration, quand on passe à l’ombre, on sent le froid. Après 4 miles de parc, nous sortons par une toute petite grille qui ralentit tout le monde, et c’est reparti pour le macadam, et on retrouve la foule des supporters.

Le soleil est toujours de face, les coureurs devant moi sont à contre-jour, toutes les couleurs gommées en un noir et blanc surexposé par la lumière. C’est difficile de regarder loin devant, à cause de cet aveuglement, on regarde donc les pieds qui courent devant. Le macadam brille comme des écailles de lézard des enfers.

9ème mile, 3ème ravitaillement en eau + en boisson énergétique. J’en prends une bouteille, mais je le regrette vite : c’est sucré, acidulé, et ça donne soif après quelques minutes.

Les façades des maisons sont charmantes, alternant brique rouge ou crépi, avec de temps en temps une église en pierres grises, très belle dans sa simplicité austère. Dans certains quartiers, il y a des jardins devant les maisons avec des petites grilles peintes de couleurs vives. Dublin doit être une ville où il fait bon vivre.

Les côtes commencent. Certaines sont des faux-plats, extrêmement traîtres pour les coureurs non aguerris (mais n’avons-nous pas 9 marathons d’expérience derrière nous ?), et Laurent me pousse à chaque fois à ralentir pour ne pas brûler tout mon glycogène, carburant dont j’aurai terriblement besoin dans la seconde partie de la course. Et puis il y a les vraies montées qu’on aborde tout lentement, en se faisant dépasser par quelques fusées qui paieront plus tard le prix de leur enthousiasme : quelques secondes gagnées ici, des poignées de minutes perdues là-bas.

11ème mile. Nous passons le Grand canal, qui est en fait tout petit, un canal façon amsterdam, avec de l’eau recouverte de feuilles mortes.

13ème mile, 2ème gel. Nous passons le portail marquant le semi-marathon à 1h58mn de temps. Laurent me filme et me demande comment ça va. Je réponds « ça va être dur ». Ce qu’il ne sait pas, c’est ce que je sens dans les cuisses : rien de dramatique, mais une fatigue de semi-marathon qui me fait penser que ça va être de plus en plus difficile de tenir cette vitesse. Et pourtant, je suis en dessous de ma vitesse marathon habituelle. Mon entraînement a péché sur deux points : pas assez de distances longues, pas assez de vitesse. Je suis en train de voir comment je vais le payer.

Ma cheville droite me fait un peu mal : une entorse d’il y a deux étés me rappelle que la vie nous marque, et qu’elle réclame régulièrement son dû. Laurent me conseille de respirer vers cette cheville : je visualise ma respiration comme un tuyau bleu de liquide frais qui descend dans mon corps et va rafraîchir cette zone rouge, et c’est vraiment étonnant, la douleur s’estompe et disparaît progressivement.

La foule n’est pas très dense, loin des assemblées qu’on a pu voir à Madrid, Londres, ou New York, mais il y a des points où il y a de la foule, et l’ambiance est très dynamique, on se sent vraiment encouragés. Laurent et moi passons souvent le long des spectateurs pour taper dans les mains des enfants. Avec nos tenues identiques, j’entends plusieurs fois « they are brothers ». Et c’est un fait, frères de course, frères dans la même histoire depuis 6 ans, brothers in arms.

20ème mile. J’annonce : « C’est là que la course commence vraiment ». A ce moment, je sens que ça va être dur. Les cuisses sont fatiguées, ce ne sera pas un problème de souffle (ça n’est jamais un problème de souffle) mais plutôt de jambes (à partir de ce moment-là, c’est toujours un problème de jambes).

Je décide de me mettre de la musique pour la motivation. Catastrophe : j’ai pris mon casque de course, pas le casque habituel de l’iPod Shuffle, ce qui fait que je n’ai aucune commande du baladeur. Ainsi, le son est beaucoup trop bas et je ne peux pas le régler, et quand je souhaiterais changer de morceau, je ne peux pas non plus. Ainsi, je n’entendrai aucun titre
de la B.O. de Rocky, ce qui a pourtant toujours été mon gimmick d’entraînement et de tous mes marathons. Par défaut, je me remémore les parties du monologue de Rocky à son fils dans Rocky Balboa, ce film simplement humain.

ça devient de plus en plus dur. A partir du mile 20, j’ai commencé à ralentir imperceptiblement. Dans les plats, dans les descentes, Laurent me dynamise « Allez ! » et je reviens à la vitesse de 5mn40 au km, mais c’est de plus en plus dur à tenir. Lui est en pleine forme, il court à une vitesse qui lui permet de profiter vraiment de la course, de l’ambiance. Il est aussi d’une grande aide, allant attraper des petits bonbons gélifiés, de l’eau, me passant des ravitaillements que j’ai du mal à mâcher et avaler.

22ème mile. Je l’ai guetté, je le vois au loin, je le passe. Et je me dis « encore 4,2 miles, presque 7 km », cela me paraît très lointain. Je fais bonne figure devant Laurent, mais il voit bien que je ne suis pas à la fête. Mais les intermèdes vidéo ou photo, les passages le long des supporters, tout m’aide à faire passer ce temps qui passe si lentement, au rythme de mes foulées qui se raccourcissent de plus en plus.

Je guette le mile 23 depuis longtemps. Je le vois enfin au bout d’un temps qui me paraît très long. Je le passe. Je guette le mile 24. J’ai l’impression de mettre des heures à le voir, et à chaque fois, je préviens Laurent : « je vois le mile 24 ! »

Il y a encore des faux-plats, et c’est vraiment dur à ce niveau de la course, j’aimerais du plat ou de la descente. Une simple inclinaison, aussi faible soit-elle, me pompe toute l’énergie qui me restait encore. De plus, nous passons souvent le long de voies express ou de rues dans lesquelles il y a du traffic de voitures et bus. Nous ne sommes plus entre nous, entre coureurs qui sont les rois de la rue, nous sommes tolérés à la marge dans un monde de voitures.

Mile 25. je prends mon dernier gel, censé être le booster au guarana. Laurent me décompte régulièrement les kms restant, ça me paraît toujours trop, trop loin, trop dur. Un muscle se met à tressauter dans l’arrière de ma cuisse droite, les crampes sont tout proches, je me tiens la cuisse tout en continuant à avancer. C’est dur pour tout le monde, nous sommes tous ivres de fatigue (sauf ce cabri de Laurent qui a la grande pêche !)

La foule se densifie, la voie devient de plus en plus étroite, on pourrait presque toucher la foule des deux côtés à la fois. Notre binome coloré déclenche des encouragements  chaleureux et ça fait énormément de bien. Laurent nous filme cote à cote, la foule crie c’est presque fini, Laurent dit « 500 mètres ».

Nous remontons la dernière avenue (encore un faux-plat…), nous sommes bras dessus – bras dessous, et nous en profitons, en ralentissant même, en saluant la foule qui applaudit ces deux frères d’épreuve qui finissent ensemble. Je vois la ligne d’arrivée qui s’approche, nous ralentissons encore, et nous passons ensemble le portique. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre.

10ème et dernier marathon, très belle journée, très belle aventure.