Entendu dans un bar

J’aime bien le(s) livre(s) de Jean-Marie Gourio, Brèves de comptoir. Jeudi, j’étais dans un bar, et les consommateurs, qui avaient l’air d’être là depuis des heures, rigolaient entre eux, les phrases fusaient, il y avait une belle ambiance, chaleureuse et déconnante, faite de réparties, la conversation rebondissait sans jamais retomber.

– Elle, tu l’aurais vue, quand elle avait 17 ans, elle s’habillait, pah pah pah, une bombe atomique, qu’elle était !
– Oué, mais c’est normal, à 17 ans, elle se rendait pas compte…
– Non, mais c’était un vrai avion de chasse !
– Eh ouais, à 17 ans, elles sont des avions de chasse, et après, elles deviennent des porte-avions…

Comment voulez-vous que je corrige les épreuves du Briley Mailleurz dans cette ambiance ?

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Indécent

Je suis un des cent à avoir acheté un D 100 (indécent, non ?). Je remercie Yann au passage, qui m’a donné la solution, comme mentionné à la fin de ce billet. Mon matériel photo se composait de 2 boitiers argentiques (Nikon F 601, Nikon F 801) et de 3 objectifs (Nikkor 35-70 à 3,3-4,5 ; Nikkor 80-200 à 2.8 ; Tamron 28-200 à 3.8-5.6), ainsi que d’un doubleur de focale Vivitar. C’est Yann qui a souligné que ce qui coûte cher, ce sont les objectifs, et que l’achat d’un boitier Nikon numérique me permettrait, à peu de frais (hum hum), de passer de l’argentique au numérique. C’est aussi Yann qui m’a démontré, utilisation à l’appui, qu’un reflex numérique déclenchait aussi rapidement qu’un argentique… et bien plus rapidement qu’un appareil numérique compact.

Et ici je tiens à exprimer ma théorie récurrente, celle de la qualité de service comparée au coût. J’ai déjà parlé des coûts cachés. Ici, il s’agit plutôt de parler de la qualité de service, et de son prix. Deux anecdotes, à deux jours d’intervalle :

  1. Je me retrouve dans un restaurant BoBo, à compulser un menu bio-aware, et à essayer de comprendre comment une entrée composée de sardines peut coûter 14 €. Je sais, je ne suis pas hype. J’avise le serveur qui ressemble à Daniel Emilfork, y compris l’accent et le sourire, et lui demande : « Dites-moi, qu’est-ce qu’il y a dans le Vegeburger Bio Boa ? » Silence, sourire. « Euh, eh bien, il y a des légumes ». Je souris aussi (c’est contagieux) : « J’entends bien, mais quels légumes, if you please ? » Et lui de me répondre, toujours souriant, et un peu gêné « Euh, je ne sais pas vraiment, ils nous sont livrés tels quels ». Voilà, voilà, voilà. A 14 € le bio-burger, on ne sait même pas si c’est du chou ou du rutabaga. Sachant qu’on est dans un des temples du BoBo, rue Saint Honoré, cela prête à sourire.
  2. Après le déjeuner, lesté de quelques coupes de champagne, je reviens à mon turbin, quand j’avise une vitrine de photographe à deux pas de mon école. Les bulles de champagne me poussent à entrer pour demander quelques renseignements sur les boitiers numériques reflex de Nikon. Et je tombe sur un vendeur compétent, sérieux, qui connaît son domaine, c’est un vrai plaisir de parler avec lui. Le lendemain, après qu’il m’aie laissé tester l’appareil avec mes objectifs, en me prêtant une carte mémoire, il me donne d’autres conseils précieux, me déconseille certains modèles, m’informe sur les possibilités de développement en ligne. Je ressors de la boutique délesté de plusieurs centaines d’euros, mais j’ai trouvé une adresse où je sais que je serai toujours reçu par des gens compétents. Et eux ont gagné un client reconnaissant, et technophile, donc c’est du gagnant-gagnant.

En conclusion : de même qu’en bourse, on a un couple risque-rentabilité (et il ne faut pas se focaliser uniquement sur la rentabilité, ce sont deux axes que l’on cherche à optimiser), de même dans nos achats, il y a un couple prix-service. Je n’ai rien contre ceux qui ne se focalisent que sur le prix, qui vont en hard discount, je veux juste souligner qu’ils ne peuvent pas exiger en plus du conseil avisé. Depuis des années, je souffre de vendeurs formés à la va-vite, sous-payés, qui pourraient vendre des balais-brosses avec la même démotivation que des chaussures (ah, les vendeurs de chaussures…). Tout cela malgré tout est une question de qualité de vie, et de qualité de la relation.
Comme c’est mon discours de boy-scout, je vous livre une citation qui m’accompagne depuis des années, et j’essaie de puiser quotidiennement à son humilité.

Je ne sais pas très bien ce que c’est que le monde :
Mais je chante pour mon vallon en souhaitant
Que dans chaque vallon un coq en fasse autant.

Edmond Rostand, Chantecler, Acte II, sc. 3.

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Le marketing, c’est pas pour les fillettes

C’est un mini-thibillet qui pointe ailleurs. Pour tous ceux qui ne suivent pas la saga de Dilbert, nous en sommes au point où le prototype de baladeur MP3 a été livré par les Elboniens : il a la tête (et la taille) d’un débouche-évier, et est en amiante. Le PDG-neuneu de Dilbert fait donc appel à un Gourou du marketing, aux références impressionnantes : comic du 30 mars (in english, por favor) ici.
Et tant qu’à évoquer le Biathlon du marketing, autant voir une vraie performance de biathlètes (vidéo – 1,7 Mo, en français – téléchargeable ici).

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Livre lu : Thierry Jonquet – Mygale – … et une tartine de plus sur le polar

Comme déjà dit, en parallèle de Nabokov, je lisais Mygale (Série Noire n° 1949, Gallimard, 1984), de Thierry Jonquet.

Je n’ai pas grand chose à dire, car

  1. En le commençant, je me suis vaguement souvenu de l’avoir déjà lu. Je ne peux pas dire que cela m’a gâché le suspense, car l’intrigue – qui démarre bien – était assez téléphonée.
  2. Je n’ai pas été saisi par le style, que j’ai trouvé… de roman de gare. Là, on va me dire (mais osera-t-on, hein ?) que ce sont justement des romans de gare, et je dirai (car moi, j’ose) que cela ne doit pas être que cela. Ce qui me conduit à ma taxonomie historique du roman noir français, après ma vague ébauche panoptique.

Tentative de taxonomie, en trois tableaux et des miyards de bouquins

  1. Au commencement était le roman noir français, justement immortalisé par le lancement de la Série Noire, avec cette couverture jaune et noire (pour rappeler les rayures des uniformes de forçats, façon frères Dalton ?). Les auteurs étaient des hommes, des vrais, ils jactaient l’argomuche comme je l’entrave, recta et sans char. Albert Simonin (Touche pas au grisbi, Razzia sur la schnouf…) en est probablement le symbole le plus marquant. En bref, des romans serrés, écrits à la façon Hemingway (je ne décris que les actes, ne mentionne que les dialogues, et laisse le lecteur imaginer les pensées), dont le style était évident : cette gouaille virile et poétique (voui, voui, quand on sait qu’en argot, un piéton, c’est de la viande à pneus) tenait lieu de style.
  2. Puis vint l’époque de Georges Simenon. J’admire chez lui, non seulement la profondeur de l’analyse humaine (j’ai même pas peur d’écrire ça, hein, ça sonne vrai), mais aussi un style étonnant. Je serais infoutu de décrire ou analyser ce style, sinon, peut-être, en disant qu’il est composé de mots très simples, qui créent des ambiances. On a l’impression d’entendre le temps s’écouler tandis que l’intrigue se noue. Et de la poésie, oui, oui, une belle écriture, fine en psychologie, juste sur les descriptions des êtres humains, ou des choses. Pour moi, un écrivain d’ambiances. Je croyais jusqu’à récemment que Simenon était à part, et puis j’ai lu Compartiment tueurs de Sébastien Japrisot, et j’ai retrouvé ces mêmes qualités. Quand y en a qu’un, c’est une exception. Quand y en a deux, c’est un mouvement littéraire.
  3. Enfin, il y a les jeunes. J’en ai parlé dans mon panoptique fissa (Vargas, Benacquista, Pouy, et d’autres), ceux qui prennent le prétexte du rom’pol pour peaufiner un style de réflexions, grognements, humour grinçant, jeux de vocabulaire, tout un texte pas con où l’on se dit « eh, ça réfléchit dans ce roman, ça compare, ça digresse, ça construit des pensées filantes… » Du vrai style, quoi.

Bon, alors, dans ce triptyque à l’emporte-pièce, où se situe Mygale, hein ? Eh bien, selon moi, dans les jointures, précisément entre la deuxième et la troisième époque. Dans la période où la plupart des romans noirs étaient devenus des romans de gare, avec comme seule originalité par rapport à la génération précédente d’avoir rajouté du sexe et de la violence. OK, peut-être que cela a fait florès à l’époque, mais ce ne sont pas sur des outrances qu’on bâtit un nouveau mouvement. (? j’en sais rien, finalement, je ne suis pas critique d’art).
L’outrance, c’est comme l’intrigue du rom’pol : ce n’est qu’un prétexte. Si elles ne sont pas soutenues par un style, un souffle, une vision (ça y est, je suis chaud), ça s’effondre parce que ce n’est pas justifié.

Maintenant, la dérive de ces temps modernes, c’est que l’on va outrancer (oui, oui, ça existe) dans la justification, on va passer plus de temps à expliquer l’intérêt d’une oeuvre, qu’à la créer en tant que telle. Pour conclure, j’avais trouvé des discussions intéressantes sur l’art moderne dans le livre de Siri Hustvedt, avec le personnage très controversé de Teddy Giles, qui profite à fond d’un système médiatico-artistique dans lequel ses happenings malsains sont, au premier degré, des provocations vulgaires ou dangereuses, mais que lui transforme, par son discours, en des « transgressions de l’ordre établi » ou que sais-je.

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être mobile, c’est se déplacer…

Quand ils sortent du métro, certains hommes (exclusivement les hommes) consultent leur téléphone portable d’un air concentré, voire préoccupé. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils sont perdus, et qu’ils attendent de leur portable un signal, un message divin, un oracle.
– Bon, euh, hein, euh, qu’est-ce que je fais là, déjà ? Euh, je vais demander à la personne la plus importante de ma vie, mon mobile. Voilà, euh, c’est ici qu’on allume…
– « Va au 37 de la rue, crevure ! Tu as rendez-vous avec ton dentiste au sujet de la dent du fond qui pourrit ! »
– Ah ouais, ouais, c’est ça, je me disais bien aussi, ça ressemblait pas à ma rue.

J’aimerais bien que quelqu’un lance le marché des cerveaux de remplacement, voire crée un marché des cerveaux d’occasion.

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Imagination à sec, ou le syndrôme de l’aventurier en pantoufles

Je n’ai pas vraiment de problèmes d’imagination sur les billets de ce blog, beaucoup plus un problème de temps. Mon problème d’imagination est autre : je suis à sec. Je ne parle pas du cubi de vin dans la cuisine (même s’il est effectivement à sec), mais de ma bibliothèque. Quelques 1 200 livres (beaucoup de poches), et l’impression d’avoir tout lu. Certes, il reste des zones non découvertes, mais depuis des années que je vois les titres, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’investiguer plus avant.
En bref, j’ai besoin d’aide.
Si des lecteurs/euses peuvent me donner des idées de livres, et donc d’auteurs, je suis fort partant, et serai reconnaissant (n’attendez pas un chèque, tout de même).
Voici le cahier des charges (qui, comme tout cahier des charges, n’est pas rédigé pour être totalement respecté) :

  • Je lis à 95% des romans.
  • Je suis un aventurier frileux, donc je découvre peu, et quand il y a un auteur que j’aime bien, j’ai tendance à l’épuiser. J’ai donc besoin qu’on me pousse dans la jungle des auteurs que je ne connais pas, en me disant « Vas-y gars, voilà une machette, marche vers l’est, le trésor est au bout ».
  • Même si ce que j’ai déjà lu (et aimé) n’est pas forcément prédictif de ce que j’aimerai, c’est toujours mieux d’avoir un historique des cours boursiers passés. Donc j’aime bien les auteurs américains des années 40-60 (John Steinbeck, les auteurs noirs comme Dashiell Hammett, Mickey Spillane), voire avant les années 40 (Joseph Conrad), ou après (Richard Brautigan, l’écrivain dont le style a donné le ton à mon premier – et unique – roman, et l’inévitable Jack Kérouac), les auteurs français récents (mes jeunots du roman noir : Fred Vargas, Tonino Benacquista ; les auteurs à la mode comme Anna Gavalda, Eric Holder, mais pas trop à la mode – pas Vincent Ravalec, et sans l’avoir lu, j’ai une prévention contre Frédéric Beigbeder. J’aime bien Amélie Nothomb. J’avais beaucoup aimé Philippe Djian, mais depuis plusieurs années, je n’y arrive plus.) Bon, il y a mes méditerranéens (Andrea Camilleri, Jean-Claude Izzo, Manuel Vazquez-Montalban, et ce sublime poète-penseur-humain d’Erri De Luca), évidemment. Dans les anglais, David Lodge ne m’a quasiment jamais déçu. Pas plus que Paul Auster, chez les américains. J’aime beaucoup l’hermétisme encyclopédique, les constructions vertigineuses, de Jorge-Luis Borges. Et puis, en vrac, la poésie terrienne et rude de Jean Giono, les romans au langage décalé de Raymond Queneau, l’écriture classique, mais très humaine, de Jules Romains (j’ai lu deux fois les 27 romans des Hommes de bonne volonté), et puis, sans originalité, mais avec stabilité, toute l’oeuvre de William Shakespeare.
  • Dans les auteurs présents dans ma liste de cadeaux, donc des auteurs que je n’ai pas encore lus, mais que j’aimerais tester, il y a Donald Westlake, Nick Hornby, Jean Echenoz, Christian Oster, Maxence Fermine, Paco Ignacio Taibo II, Don DeLillo, Arto Paasilina, Leslie Kaplan.

Bon, comme cela, ça fait riche, on peut se demander pourquoi j’ai besoin de nouveaux noms, mais moi, je sais qu’une fois que la bise sera venue, je regretterai mon manque d’épargne bibliophile. Et puis s’il y a quelques bonnes âmes qui daignent se fendre d’une recommandation, d’un coup de coeur, d’une descente en flammes, je suis preneur.

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On a toujours besoin d’un petit doigt

C’est hallucinant comme le fait de m’être tranché le petit doigt m’handicape. Passons sur

  • la boucherie (deux torchons imbibés hier soir, et ce matin, le doigt qui gouttait dans ma corbeille à papier de bureau pendant que je m’entortillais de gaze),
  • la veulerie des collègues (« Oula j’ai horreur du sang, je m’en vais ! ») me laissant seul pour détortiller des emballages de bandes de gaze, de pommade cicatrisante, de scotch hydrodermique,
  • le manque d’ergonomie des biens manufacturés modernes (les emballages de bandes de gaze, de pommade cicatrisante et de scotch hydrodermique ne sont pas conçus pour être ouverts d’une seule main)
  • et la stupidité de certains docteurs ès sciences de gestion, bac + 34 (le mode d’emploi précisait bien, plusieurs fois, avec une répétition lassante, « Surtout, utilisez toujours le capot de protection avant de vous servir du trancheur-découpeur », mais moi, je suis un flibustier, hein, anarchie vaincra, ni Dieu ni maître, personne n’a à me dire ce que je dois faire…)

Non, ce qui m’amuse (toutes proportions gardées…), c’est ce côté « la souris renverse la montagne » : un petit doigt, c’est inutile au possible, à part pour se curer les oreilles (et encore, on a des produits manufacturés de bien meilleure qualité), mais dès qu’il est immobilisé dans une poupée de gaze et extrêmement sensible, olé, aller pêcher une clé au fond d’une poche, boire une bouteille d’eau minérale, prendre une douche, et je vous laisse imaginer le reste…

Il faudrait probablement que j’en tire quelques pensées profondes sur le caractère évanescent de notre bonne santé, de ces petits riens qui font des grands touts, ou du bonheur qu’on ne connaît que quand il s’est enfui. Mais bon, on ne va pas en faire un fromage. Tout au plus un billet de blog…

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Blaise Cendrars roulait ses cigarettes avec une seule main

Je viens de me couper un doigt. ça saigne comme un goret qu’on égorge. Pas facile de taper avec la almain gauche. Donc patience, laissez-moi cicatriser avant nouveau billet. J’ai beau être matinal, j’ai mal.

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Livre lu : Vladimir Nabokov – Détails d’un coucher de soleil

De Nabokov, je n’avais lu que Lolita (dont Stanley Kubrick a fait un film étonnant, avec un Peter Sellers (le personnage de Clare Quilty) hors norme), et La défense Loujine, qui a quelques traits de ressemblance avec Le joueur d’échecs, de Zweig.
Ici, il s’agit de nouvelles, écrites en russe, puis traduites quand Nabokov a acquis sa célébrité. Publiées entre 1924 et 1931, elles portent le sceau d’une période où les Russes sont souvent des émigrés pauvres, parlant plus allemand que russe, et vivant à Berlin ou ailleurs, portant « le deuil de la Russie ».
Je m’attendais à la froideur chirurgicale de Lolita, une intellectualisation du propos, voire une succession de masques, et je suis tombé sur une oeuvre très poétique, et sincère.
Les nouvelles mettant en jeu des enfants sont, comment dire…, puissamment nostalgiques. Il y a aussi des nouvelles portant sur le deuil, ou l’exil, mais l’écriture n’en est pas déprimante, on perçoit une forme de résignation tranquille chez la plupart des personnages, qui confine presque à la sagesse. Et les descriptions de Nabokov aident à s’abstraire de cette réalité par trop déprimante. Et puis, surgissant tout-à-coup, une image, un reflet, qui illuminent la nouvelle.
Sans parler des joyeuses surprises, comme cette nouvelle, intitulée L’orage, qui met le narrateur aux prises avec le prophète Elie, tombé de son char.
Il ne m’a fallu qu’un artifice, pour profiter pleinement de cet ouvrage : le lire en alternance avec un polar. En effet, suivant l’heure du jour (petit matin, ou soir déclinant), je n’étais pas forcément dans le bon état d’esprit, et les nouvelles ont ceci de contraignant qu’on ne peut pas les lire à la suite : il faut se ménager des pauses entre chaque récit. J’avais donc Mygale, de Thierry Jonquet, qui m’a servi de trou normand durant ma lecture (commentaire à venir).

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Caillou – Tristesse

Ma tristesse est infinie.
Je ne vais pas rester calfeutré, je sors,
et ma tristesse recouvre la ville.

Les mariés se marient en gris,
les bébés dans les maternités sont gris,
les verres de cristal prennent l’allure de vitraux poussiéreux.

Et les yeux des enfants
sont comme les vitrines noircies
d’un antiquaire abandonné.

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Les marchés financiers sont-ils efficients ? Partie III – à qui profite le crime ?

Voici donc le troisième article de ma série de quatre thibillets sur l’efficience des marchés financiers, après mon introduction sur l’efficience, et le rappel des résultats des études académiques, en attendant le quatrième (et dernier ?).

Ici, je souhaite juste introduire une de mes grilles analytiques, probablement la plus importante pour comprendre comment fonctionnent les gens dans un monde professionnel. Les chercheurs (?) qui me lisent (?) n’apprendront rien (?) sur la théorie de l’agence, je m’adresse ici aux milliards de lecteurs peu au fait des théories académiques, ceux qui forment le lot quotidien des statistiques de ce blog.

La théorie de l’agence postule que, quand vous confiez un mandat à quelqu’un (par exemple, vous chargez un agent immobilier de vendre votre maison), vous allez avoir un problème principal-agent. Vous, en tant que principal, avez un intérêt : que la maison se vende le mieux ( = le plus cher) possible ; l’agent peut s’aligner sur votre intérêt (dans ce cas, il est honnête, gentil, scrupuleux), ou bien mettre en avant son propre intérêt. Quel sera l’intérêt de l’agent immobilier ? On peut essayer d’exprimer les différents intérêts qu’il peut avoir :

  1. Vendre bien. En effet, sa commission est un pourcentage du prix de vente. Dans ce cas, les intérêts du principal (le vendeur) et de l’agent sont alignés.
  2. Vendre vite. Pour éviter de multiples visites sans concrétisation, l’agent peut être tenté de n’accepter que les maisons se vendant en-dessous du prix du marché. C’est le principe mieux vaut faire 10 ventes par mois, à 50 000 € pièce, qu’une seule vente à 300 000 €.
  3. Toucher des primes. Ces primes peuvent être liées aux ventes, ou bien à d’autres activités, par exemple la prospection commerciale. Si on imagine une agence qui donne une prime à ses agents à chaque fois qu’ils reviennent avec un mandat de vente, on peut en conclure que l’agent passera beaucoup de temps au téléphone, à convaincre des vendeurs de lui confier un mandat, et peu de temps à faire réellement visiter les maisons.

Tout ceci pourrait n’être que fiction, c’est hélas la réalité. Si vous vous posez un moment, vous allez éventuellement trouver d’autres modes de rémunération des agents, qui rapprocheront leur intérêt, ou l’éloigneront, de celui du vendeur. Plus généralement, tout système incitatif, par exemple un système de rémunération (fixe / variable, indemnités kilométriques, tickets restaurant, miles…) pourra être analysé à l’aune de « quel est l’intérêt du principal (l’employeur), quel est l’intérêt de l’agent (le salarié) ? »

Revenons aux marchés financiers. Qui est le principal ? L’investisseur, qui a du capital, et souhaite l’investir en actions. Quel est son intérêt ? Maximiser sa rentabilité, ou plus précisément, son couple risque-rentabilité.
Qui sont les agents ? Les conseillers en patrimoine et responsables d’agence bancaire, les traders et analystes boursiers, les journalistes économiques. Quel est leur intérêt ? Toucher des commissions sur les achats-ventes, ou bien faire vendre des journaux.

Les intérêts du principal et des agents ne sont pas alignés. Le jour où un gestionnaire de patrimoine sera rémunéré un certain pourcentage de mes gains, je veux bien envisager de devenir son client. Dans le système actuel, quand la Bourse monte, les conseillers recommandent d’acheter, ils touchent des commissions, ils y gagnent ; quand la Bourse baisse, les conseillers recommandent de vendre, ils touchent des commissions, ils y gagnent. Si la Bourse remonte, etc.

Dans ce système, les « conseillers » sont rémunérés plus s’ils font « tourner » le portefeuille de leurs clients (on parle de portfolio churning, littéralement, du touillage de portefeuille). Et le moyen de faire tourner, c’est de proposer des tuyaux, des informations de première bourre, des trucs, bref, d’être convaincu qu’on est meilleur que le marché. Cela tombe d’autant mieux que les gogos (vous, moi) veulent gagner plus que les autres, et sont prêts à écouter n’importe quelle sirène, celle qui dit que les graphiques permettent de prédire l’avenir, que la Bague de Ré les protège contre les accidents de voiture, ou que l’ail éloigne les vampires. Ce qui nous ramène aux gestionnaires de portefeuille.

Vous imaginez un analyste financier, ou un gestionnaire de patrimoine, dire « OK, je l’avoue, le meilleur moyen de ne pas perdre ses plumes, c’est de tout mettre dans un portefeuille diversifié, et d’aller dormir pendant 5 à 10 ans » ? Cela irait contre son intérêt (toucher des coms). En revanche, un prof, chercheur à ses heures perdues, quel sera son intérêt à clamer que les marchés sont efficients ? A qui le crime profite-t-il ?

Conclusions :

  • Les marchés financiers sont efficients, car d’innombrables études l’ont montré
  • Mais dès que l’on se focalise sur les intérêts de chacun, on peut comprendre que certains déclarent, postulent, affirment, que « les marchés ne sont pas efficients, sur la vie de ma mère, j’ai fait du 120% sur cette action ! »
  • Cela ne remet pas en cause la fonction d’analyste financier : celui-ci est un passeur, il produit des informations à partir d’informations, et contribue à l’efficience des marchés. Mais le métier d’analyste financier est un métier très concurrentiel, aussi, en contribuant à l’efficience, tous contribuent finalement à réduire leurs gains à des rations de survie.

Dans un dernier article, nous verrons que tout ceci peut être discuté, raisonnablement, car la recherche avance toujours…

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Caillou – Ton sourcil

Ton sourcil
Arc roman
Posé légèrement
Sur le pilier léger de ton nez.

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Le Tao d’Amélie Poulet

Mon frère, que toutes les vaches sacrées de l’Inde répandent sur lui leurs bouses parfumées, m’a passé un podcast (ne me demandez pas ce que c’est, pour moi, c’est une émission de radio enregistrée) portant sur Chouang Tseu (je sais, je prononce mal), l’oncle du Taoïsme. Le père du Taoïsme est Lao Tseu, semble-t-il, avec son Tao Tö King, et les cousins à la mode de Bretagne en sont Confucius et sa clique.

Or donc, hier, pour chasser les dernières brumes de la Saint-Patrick que je fêtai dignement l’avant-veille (jusqu’à la veille, étant donné que cette plaisanterie a duré jusqu’à 3h du matin), je m’en fus trottiner sur les bords de la Seine séculaire. Les conques de mes oreilles étant ornées de micro-oreillettes en mousse, elles-mêmes reliées à un wok-man minuscule, je laissai la pensée chinoise déferler dans mon cerveau droit, puis gauche. Je n’ai pas tout compris, mais ça n’est pas plus mal, car la compréhension, semble-t-il, est contraire à l’esprit du Tao. Même au moment où je me disais « finalement, c’est une question d’objet et de sujet : l’occidental se définit comme subjectif, en dehors du tableau, là où l’oriental se définit comme partie du tableau », l’émission déroulait son fil avec la voix haut-perchée d’un sino-français qui affirmait « la distinction objet-sujet est clairement occidentale, et ne saurait exprimer les écrits de Chouang Tseu ».

Chouang Tseu commence souvent ses pensées par un dialogue avec un artisan, et l’on cite souvent l’exemple du boucher (j’en ai entendu plusieurs versions depuis des années, j’en retranscris une synthèse) :

  • Quand il commence à apprendre son métier, il voit le boeuf dans son ensemble, il découpe avec force, et doit souvent affûter son couteau
  • Quelques années plus tard, il ne voit plus le boeuf, mais des parties, et il cherche la faiblesse de chaque articulation, il observe longuement avant de couper. Il affûte moins souvent son couteau
  • Quelques années encore, et il découpe un boeuf sur pieds, et le boeuf reste debout. le couteau n’est pas émoussé, il a gardé son tranchant. Le boucher a juste passé sa lame dans les espaces vides entre la matière.

Tout cela est bien joli, cela m’a fait réfléchir sur le moment, mais après, hein, la vie continue, y faut poinçonner son ticket, nourrir son escargot, gagner son bifteck. Et puis ce soir, j’avais passé une journée saumtre (elle n’est pas terminée, d’ailleurs), et j’étais à la bourre, en train de graticher une carcasse de poulet, quand j’ai pensé à Chouang Tseu. D’un acte énervé, sans qualité, j’ai essayé de transformer ce découpage en une quête intellectuelle. Chercher les articulations. Ne pas utiliser le couteau pour trancher, mais pour découvrir les interstices. Progresser avec calme, en cherchant les vides. Je ne peux pas dire que je me suis transformé immédiatement en lac paisible (ceux qui me connaissent… me connaissent), mais le changement était perceptible.
Je repensais au personnage, dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, qui aime découper le poulet avec les doigts. Ce n’est qu’en voyant le film, il y a des années, que j’ai compris que je faisais partie aussi de cette catégorie. Même si c’est trop naze de mettre des gens dans des cases (Vincent Delerm, Catégorie Bukowski), cela entrait en résonance avec l’émission sur Chouang Tseu. Je cite de mémoire : « Les Chinois sont le seul peuple a être toujours resté sédentaire. Et quand cela fait 10 000 ans que votre famille cultive le même lopin de terre, cela crée des affinités. Le paysan chinois entend les graines qui sont en train de pousser sous la terre ».

Bref, avec mon poulet, j’ai eu plus d’affinités que ces temps de H5N1 ne nous en font miroiter.

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Livre lu : Harlan Coben – Une chance de trop – … et une petite synthèse du polar en passant

Sur les conseils d’une collègue, j’ai lu un Harlan Coben, celui qui s’intitule Une chance de trop (Pocket, n° 12 484). L’histoire est relativement prenante, elle contient son lot de personnages et de désaxés, mais ce n’est pas ça. Oui, je suis rentré dans l’histoire, oui, je voulais savoir comment cela finirait, non, je n’ai rien deviné, ce n’est rien de tout cela qui me fait rendre un jugement mitigé, c’est juste qu’un polar ne doit pas être qu’un polar, il doit être habité. Derrière ce terme pompeux, que je récuse, mais bon, je ne vais pas revenir en arrière, je ne connais pas la touche tippex, il y a simplement le fait que, selon moi, le polar n’est jamais qu’un prétexte à exprimer un style, un contenant (canon de la forme du polar) qui héberge un contenu (le style), d’où le terme habité, vous voyez, ça servait à rien de tippexer, je retombe sur mes pattes.
Tous les auteurs que j’apprécient font plus que raconter une histoire, ils mettent en scène des personnages, des dialogues souvent déconnants, avec un humour féroce ou amusé. En bref, ils ont des choses à dire. C’est pour cela que, sans l’avoir lu, je ne pense pas que je lirais Da Vinci Code : je pressens trop la belle mécanique narrative sans style, le roman préformaté pour être en tête des ventes, un truc qui ne suinte pas, ne pue pas, et n’a même pas de parfum agréable, sinon celui, très discret, que sais-je, du vetiver. Allons-y dans la liste des noms qui me plaisent, car ils écrivent plus que des polars :

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Coûts cachés et société de consommation

Cela fait quelque temps que je souhaite développer cette idée, mais par manque de temps (air connu), je n’ai pas pris le temps d’approfondir. Et hier, les moyens d’information classique (Libération) et cyber (le blog FreeMoneyFinance) m’ont remis le pied à l’étrier (et l’étrier est un os de l’oreille interne, donc proche du cerveau).

Dans Libé d’hier, p. 10, un article intitulé Le yaourt aux fraises est gourmand en pétrole offre quelques informations réjouissantes :

  • un pot de yaourt aura parcouru 9 115 km avant d’arriver dans mon frigo (attention, cela inclut aussi le trajet de toutes les matières premières)
  • acheter un yaourt en prenant sa voiture consomme 136 grammes équivalent pétrole (gep) par Kg de yaourt, contre 97 gep si l’on achète le yaourt sur Internet (car dans ce cas, il est livré par un camion commun à tous les acheteurs. Finalement, les cybermarchés en ligne sont les transports en communs des emplettes).

Cela résonne avec plusieurs billets de FreeMoneyFinance. Ce blog américain donne, entre autres, quantité de conseils pour économiser/gagner de l’argent dans sa vie personnelle. Cela inclut des antiennes comme « débarrassez-vous de vos cartes de crédit » (Rappel : les américains vivent essentiellement à crédit, et les européens en prennent allègrement le chemin. Rappel du rappel : une offre de paiement différé – par exemple avec une carte de grand magasin – coûte actuellement 19,66% par an (TEG) pour un crédit inférieur à 1 524 euros, tandis qu’un crédit à la consommation coûte aujourd’hui du 2,9% TEG fixe. Cherchez la meilleure solution. Réponse : ne vivez pas à crédit) ou « traquez les petites dépenses ». Une batterie de conseils porte sur les comportements d’achat, et il y a quelques semaines, le conseil était « Evitez de faire des courses 3 fois par semaine, essayez plutôt deux fois par mois ». L’argument était financier (coût du transport en voiture) et psychologique (rester à l’écart du magasin permet d’éviter les achats compulsifs). Je me souviens, quand j’étais jeune et célibataire, que mon médecin m’avait demandé si je pratiquais un sport, j’avais répondu « Oui, je fais mes courses le samedi après-midi dans un hypermarché ». Quand j’arrivais aux caisses, j’entendais des conversations comme « Oh, il est déjà 17h, on est ici depuis 10h du matin ! » (c’était un centre commercial). Et juste avant de passer en caisse, je passais en revue scrupuleusement mon caddie : avais-je vraiment besoin de tout cela ? Il n’était pas rare que je remette un ou deux produits en rayon, les ayant identifiés comme « achats compulsifs ».

Aussi, le conseil de Tonton Thib, et la conclusion :

  • faites vos courses une fois toutes les deux semaines, et faites-les par Internet : cela réduit les tentations (il y a moins d’achat compulsif si l’on n’est pas devant le rayon), diminue les coûts logistiques (les frais de livraison + le pourboire doivent représenter la moitié, voire le quart, du coût de l’essence d’une voiture) et surtout, cela diminue beaucoup de coûts cachés.
  • les coûts cachés sont soit des coûts dont on n’a pas conscience (ex : le temps passé à conduire la voiture, remplir le caddie, payer, remplir le coffre, conduire la voiture, vider le coffre. Comme le dit le philosophe Roland Magdane dans un sketch « le soir, quand tu sors la boite de petits pois pour préparer le dîner, ça fait la 15ème fois de la journée qu’elle te passe entre les mains ») ou bien des coûts mutualisés, c’est-à-dire supportés par la collectivité (ex : la pollution de toutes les voitures allant vers / ou revenant de / l’hypermarché).

En conclusion(s) :

  • Aller faire ses courses tous les week-ends, avec un 4×4 (voiture très polluante) acheté avec un crédit auto, c’est pô intelligent
  • Surfer sur le web et se faire livrer à domicile, et utiliser son temps libre pour lire des livres dans les transports en commun, c’est bon pour la santé (ça pollue moins), la santé (on marche plus), la santé financière (on dépense moins) et la santé intellectuelle (on lit des livres, au lieu d’écouter SuperRadioFunMaxRap). Et ça c’est intelligent.

Bon, je ne vous dis pas où je me situe, je suis modeste, et puis la réponse est difficile à trouver…

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Livre lu : Milan Kundera – L’ignorance

Je lisais Kundera quand j’avais 20 ans, ça me donnait une pose d’intello, et je ne me rendais pas compte que, dans ma quête d’originalité, j’étais identique aux autres. Quelques 15 ans plus tard (je ne compte pas les poussières), je m’y suis remis, pour des prétextes bassement matérialistes. Dois-je l’avouer ? Le livre, dans la belle collection blanche de Gallimard, était à 2 euros sur l’étalage d’un bouquiniste. Avec un Harlan Coben en poche, pour l’équilibre, et « Mon ptit monsieur, les 3 c’est 5 euros ». Las, je n’ai pas trouvé de troisième qui m’agrée (de canard).
Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette densité de réflexion qui rappelle un Paul Valery, cet enchaînement de pensées qui fait que, pour un temps, on se sent intelligent. De l’histoire, je retiendrai peu. Je suis peu sensible aux histoires de déracinés, et aux distinctions entre heimweh et nostalgia. Et puis il me faut des choses positives, comment il dit, déjà, Laurent Voulzy ? Ah, oui, « On veut la mer, les palmiers, Ivanhoé sur son cheval, on est une bande d’imbéciles idéal » (Idéal simplifié)
Mais je retiens deux passages :

« Toutes les prévisions se trompent, c’est l’une des rares certitudes qui a été donnée à l’homme. Mais si elles se trompent, elles disent vrai sur ceux qui les énoncent, non pas sur leur avenir mais sur leur temps présent. »
Milan Kundera, L’ignorance, Gallimard, p. 18.

« Les Français, tu sais, ils n’ont pas besoin d’expérience. Les jugements, chez eux, précèdent l’expérience. Quand nous sommes arrivés là-bas, ils n’avaient pas besoin d’informations. . Ils étaient déjà bien informés que le stalinisme est un mal et que l’émigration est une tragédie. Ils ne s’intéresseraient pas à ce que nous pensions, ils s’intéressaient à nous en tant que preuves vivantes de qu’ils pensaient, eux. C’est pourquoi ils étaient généreux envers nous et fiers de l’être. Quand, un jour, le communisme s’est écroulé, ils m’ont regardée fixement, d’un regard examinateur. Et alors, quelque chose s’est gâté. Je ne me suis pas comportée comme ils s’y attendaient. »
Milan Kundera, L’ignorance, Gallimard, p. 157.

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Rapport d’étape

You may write me down in history
With your bitter twisted lies
You may trod me down in the very dirt
And still like the dust I’ll rise
Does my happiness upset you
Why are you best with gloom
Cause I laugh like I’ve got an oil well
Pumpin’ in my living room

So you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise
Out of the shacks of history’s shame
Up from a past rooted in pain
I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

Now did you want to see me broken
Bowed head and lowered eyes
Shoulders fallen down like tear drops
Weakened by my soulful cries

Does my confidence upset you
Don’t you take it awful hard
Cause I walk like I’ve got a diamond mine
Breakin up in my front yard

So you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise
Out of the shacks of history’s shame
Up from a past rooted in pain
I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

So you may write me down in history
With your bitter twisted lies
You may trod me down in the very dirt
And still like the dust I’ll rise

Does my happiness upset you
Why are you best with gloom
Cause I laugh like I’ve got a goldmine
Diggin’ up in my living room

Now you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise
Out of the shacks of history’s shame
Up from a past rooted in pain
I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

Ce sont les paroles de la chanson I’ll rise, de Ben Harper. En août 2001, alors que mon fiston avait 1 an et demi, et que je traduisais mon premier manuel de finance américain de 8h du matin à 1h du matin tous les jours, j’ai envoyé ce message une nuit, avec ces paroles. Cela signifiait, au premier degré, que j’avais terminé ma traduction, en envoyant le dernier chapitre par mail. Cela signifiait, au second degré, que je n’avais pas été détruit, ou diminué, par ce travail, mais bien au contraire, que j’en étais sorti renforcé dans mes certitudes.
Aussi, au moment où je viens d’envoyer le dernier et ultime chapitre du manuel que je traduis, je réitère.

Now you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

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Réflexion élégante et poétique

Ma fille est malade.
Comment un si petit corps peut-il contenir autant de morve ?

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Caillou – Au poste

Les Post-It sur mon écran
Comme un mille-feuilles éparpillé
et ranci.

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Des taxis et des comptes courants – Le coût du temps, et le prix de la liquidité

Je devais aller chez un membre de ma famille aujourd’hui. Je n’ai pas de voiture. Etant donné que le trajet en train+RER prenait plus de 50 minutes, je me suis dit « je suis un businessman hyper-richissime et cynique, mon temps est précieux, je vais m’acheter le temps d’un esclave (nommément, un taxi) pour m’alléger de mes problèmes de timing ».
J’appelle une société de taxis renommée et commande un taxi « pour maintenant ». Musique sur 3 notes, sons d’oiseaux, voix sussurante « veuillez patienter », cui cui, bloing bloing, « Votre taxi sera un Hummer kaki qui arrivera dans 15 minutes ».
Bon, en 15 minutes je rédige un billet sur ce blog, je m’occupe, et je sors de ma boite, tel le Pandore moyen, au bout de 15 minutes. Attente sur le trottoir. Reniflage du temps : il fait beau, les oiseaux cuicuitent, les taxis merdoient. Attente derechef. Au bout de 10 minutes (donc, 25 minutes au compteur de la société de taxis), mon portabeul sonne :
– Bonjour, ici la société de taxi, le taxi nous dit qu’il est à l’adresse, et vous, vous n’y êtes pas.
– Bonjour, voix synthétisée de la société de taxi, je suis un être réel, sur un trottoir réel, face à l’adresse réelle, et je vous informe que je suis au bon endroit, tandis que votre taxi est probablement en train de se manger une moule-frite à Oulan-Bator.
– Restez en ligne, je contacte le taxi.
Musique, harpe kurde et cri du macareux sur les rizières.
Soudain, au loin (500 m ?) je vois un taxi qui déboite de sa place de stationnement, et qui arrive à bride abattue (40 chevaux sous le moteur) en me faisant un appel de phare, du genre « Oh, vous étiez là, je ne vous avais pas vu ».
Je m’installe sans piper mot, au compteur, 15 euros. C’est la stratégie de base, je connais,
celle-du-taxi-qui-arrive-en-avance-et-qui-se-planque-en-faisant- tourner-le-jackpot-de-toute-façon-le-client-sera-toujours-content- de-le-voir-arriver-fut-il-en-retard.

Avec toute cette histoire, je suis obligé de lui demander de s’arrêter à un distributeur, car mes 30 euros ne suffisent pas à la course. Et je me dis : « combien coûtait la location d’une voiture pour une journée ? Avec un aller-retour taxi, en incluant le temps d’arrivée, le petit battement de temps (« je m’étais arrêté pour vidanger mon carter » ou « ce bled c’est dla daube, y a que des sens uniques ta mère »), ça me coûte la banalité de 70 euros, allez, on est jeunes, je peux me payer 5 BD ou 4 CD avec ça, c’est rien.

Je me renseigne. Sur Easycar.com, en m’y prenant à la dernière minute (location le jour-même, à 18h30), j’en aurais pour 55 euros. Ce n’est pas une économie énorme, mais j’aurai la flexibilité : je n’attends pas 25 mn pour partir, je peux aller chez Tati m’acheter des slips, chez BonToutou pour faire toiletter mon Sharpei, bref, profiter de cette journée pour faire toutes ces choses que je dois faire depuis des mois. 55 euros, c’est le prix, ou la valeur, de ma liberté totale. Repentir du 17/03 : sur Interrent, on peut louer une voiture pour 20 euros par jour, et si on la prend en cours de journée, le tarif est diminué prorata temporis

Bref, j’arrive chez cette personne de ma famille, et l’aide à faire ses comptes. Je remarque 112 000 euros qui traînent sur son compte chèques depuis des mois (oui, on est comme ça dans ma famille, on est pétés de thune, si je travaille, c’est juste pour aider les jeunes. Accessoirement, aux personnes qui me demandent « comment vous faites pour être riches ? », je réponds « c’est tout simple, il suffit que quelqu’un qu’on aimait beaucoup meure, alors on touche un capital décès »).
J’y dis « ô, personne de ma famille, pourquoi ne places-tu point, à 4% par an, ça fait 30 000 F (elle est de l’ancienne école) par an de revenu ».
Elle me répond : « Oui, c’est ce que tout le monde me dit, mais je me dis que j’aurai besoin de cet argent en cas de dépense, et je ne veux pas être en découvert. »

Et voilà, encore une fois, c’est une question de liquidité, d’accès immédiat à la ressource. Pour éviter d’avoir des frais de découvert de 50 euros, elle abandonne 448 euros de gains de placement. De la même manière, pour éviter les soucis d’une location de voiture (caution, permis, prise en charge), je suis prêt à payer plus cher, et à attendre.

Deux conclusions, ou deux remarques :

  • La liberté de pouvoir réagir à la dernière minute, sans planification, a une valeur.
  • Tout n’est pas quantifiable. Ce n’est pas parce qu’une location me coûte 15 euros de moins qu’un taxi que je vais systématiquement opter pour la location. Tout est une question de planification, et ceci est consommateur de temps (donc coûteux).

Mais bon, juste pour éviter la valse des taxis, la prochaine fois, je testerai la solution de location. Et j’en aviserai mes 2 lectrices et 3 lecteurs.

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Musique – Eric Clapton – Back Home

J’ai gagné un pari (je ne parie qu’à coup sûr, ou quasiment, c’est typiquement de la finance comportementale), et donc me suis vu offrir – à ma demande – le dernier Eric Clapton : Back Home.
Mon histoire avec Eric Clapton dure depuis facilement 20 ans, donc je ne pourrai pas me vanter d’être objectif. Mais ce disque, dans la même veine que le pré-précédent (le magique Reptile), est une source de jouvence. J’aime bien ce petit gars. Il a réchappé à la drogue, à l’alcool, aux morts de ses amis, au décès de son fils, et il continue à composer et à jouer. Il a des heures de vol, mais moi aussi, nous vieillissons en parallèle, et en ce qui le concerne, je trouve qu’il vieillit bien. Ce dernier album est un tribut aux musiciens qui l’ont orienté, ou influencé. Dans cet album, on le voit avec sa femme et ses trois filles, apparemment sur le chemin de la sérénité, ou plutôt, soyons simple : du bonheur.
Et puis, comment ne pas résister au premier morceau de l’album, So tired, alors que je suis encore en over-burn du semi-marathon…

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Ballast – Dix minutes

Parfois j’attrape mon train au plus juste,
le coeur inquiet.
D’autres fois, j’ai un battement de dix minutes, non prévu,
non maîtrisé.
C’est une chance.
Pendant dix minutes, je suis entre deux courses,
entre le regret du passé et l’angoisse du futur.
Je suis sans contrôle, donc sans crainte.
Le train qui m’emporte finalement
prolonge cette pause de onze nouvelles minutes qui m’appartiennent tout autant,
découpées au rasoir dans la banlieue nocturne.

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L’homme qui valait 3 milliards

Voilà, ça c’est fait. J’ai couru le Semi-Marathon de Paris hier matin, et j’ai mon temps et celui de mes petits camarades (dont Stéphane Diagana, dont je viens de modifier la fiche Wikipedia pour ajouter son diplôme de l’ESCP-EAP).

Je me faisais l’effet d’un cosmonaute (cardiofréquencemètre au poignet, accéléromètre fixé à une chaussure, puce électronique du semi-marathon fixée à l’autre chaussure, capteur cardiaque fixé au torse, deuxt-shirts respirants – dont LE t-shirt ESCP-EAP – un coupe-vent respirant, des gants en polaire), vu de l’extérieur, ça avait un air de NASA, mais d’un autre côté :
– il faisait 0° C
– la technologie a du bon, dans une certaine mesure, et c’est le propos de ce billet.

Je suis beau, je suis jeune, donc je me suis dit « faisons péter mes temps précédents (meilleur temps en 2005 : 1h 59′ 35″ sur semi-marathon). Allez, je vise 1h50′, qu’est-ce que ça donne en terme de vitesse ? »
1h50 = 110 mn = 110 / 60 = euh… 1,833 h, que je prends 21,1 km divisé par 1,833, gneugneu, hop, 11,51 km/h.

Premier effet kiss-cool de la technologie de mon cardiofréquencemètre (CFM) : il papote toutes les secondes avec l’accéléromètre, qui est le truc accroché à la chaussure pour mesurer la distance parcourue, hop hop, 112 cm, hop hop, 109 cm, etc. Et mon CFM que je l’ai payé cher, il m’affiche : vitesse moyenne = 9,03 km/h.
Mais le problème de cette mesure est qu’elle est mise à jour toutes les 2-3 secondes. Donc ça fait : vitesse moyenne = 9,03 km/h… 9,68 km/h… 12,17 km/h… 10,49 km/h… Pour les Sportifs de Haut Niveau comme moi, c’est intolérable (de lapin). Mais c’est là qu’arrive la deuxième lame qui coupe le poil :

Deuxième effet kiss-cool de la technologie de mon cardiofréquencemètre (CFM) : il peut aussi afficher la vitesse en minutes / km. Re-calcul : 21,1 km en 1h50, ça fait 5mn21s par km. Avantage de cette mesure : elle a un dénominateur plus faible (mn par km, au lieu de km par heure). Et donc j’ai géré précisément ma course, en essayant (péniblement) de me maintenir dans la zone 5 mn – 5 mn 30 / km. Bon, à part sur les 3 derniers kilomètres, où une créature a tapé – non-intentionnellement, quoique – du coude sur mon CFM, et que je n’ai plus réussi à ré-afficher les mn /km après.
Ce que c’est, que d’avoir fait une école de commerce, au lieu d’une école d’ingénieux…
Mais heureusement :

Il y a une vie après la technologie, ou le troisième effet kiss-cool de l’Humain : la fin a été dure, voire très dure. Une longue avenue qui n’en finissait pas, la promesse d’une arrivée qui reculait à chaque pas, des crampes dans tous mes membres, bref, je payais mon ambition de 1h50. C’était rapé de toute façon : un peu après le 20ème kilomètre, j’étais déjà à 1h 55 mn…
Et voilà l’effet kiss-cool : je repère un jeune d’une école concurrente, pas loin devant. Vas-y Jojo, montre-lui que tu en as encore dans les chaussettes. Je le double péniblement, en poussant des ahanements d’éléphant asthmatique, et là, tout s’est joué au mental, oui, oui.
Imagine la scène, lecteur : le vieux boxeur de la nouvelle de Jack London « a piece of steak », face au jeune qui veut monter, le combat est inégal, l’un s’épuise, l’autre puise à des ressources insoupçonnées : sa jeunesse.
L’affrontement était le même, à une exception près, qui fait toute la différence : en boxe, on est face à face, on voit venir l’adversaire. Là, j’étais devant lui, donc je ne le voyais plus. Il pouvait être étendu dans le fossé (non, je ne l’ai pas poussé), ou bien anéanti, les yeux emplis de larmes, à 200 mètres derrière, ou encore, il était en train de me souffler son haleine chaude et nauséabonde dans la nuque. Donc je me suis arraché comme jamais, poursuivi par une idée, un concept. J’ai fini en 1h 56′ 53″, bien devant. Jamais mon CFM n’aurait pu me pousser comme ça.

Donc la techno, c’est beau, mais l’humain, c’est bien.

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Dilbert et les prévisions financières

Je ne sais pas comment peut faire Scott Adams (tiens, il a un blog), le dessinateur de Dilbert (enfin, j’imagine un peu comment il fait, vu que j’ai lu son livre), mais ses dessins sont toujours d’une grande actualité managériale. Il aurait travaillé 17 ans comme programmeur dans une grande boite américaine qu’il ne saurait pas mieux décrire tous ces travers. D’ailleurs il a travaillé 17 ans comme programmeur dans une grande boite américaine.

Il y a quelques semaines, il s’est attaqué aux prévisions financières. Traduction ici, et lien vers le cartoon original ci-dessous :
(le chef vient voir Dilbert)
Dilbert : « Je peux vous faire cette étude de faisabilité en deux minutes. C’est la pire idée du siècle. Les chiffres ne mentent jamais. »
Le chef : « Oui, mais notre PDG adore cette idée ».
Dilbert : « Heureusement pour nous, les prévisions, elles, mentent tout le temps ».

Le cartoon original est ici.

La quête de Dilbert se poursuit dans les dessins des quelques jours suivants, au Pays des Hypothèses Prévisionnelles Irréalistes, où le soleil brille toujours, l’argent se ramasse par terre, et les concurrents sont inexistants ou amorphes. C’est tellement vrai. Cela me rappelle tous ces étudiants qui venaient me voir en 1999-2000 pour que je valide (gratuitement, évidemment) leur business plan. Telle la Porsche moyenne, qui fait du 0 à 100 km/h en n secondes, les projets d’entreprises faisaient du 0 à 1 000 000 K€ en quelques années, les investissements étaient minimes, les concurrents inexistants, les marges croissaient au fil du temps. On s’étonne après que j’aie voulu m’essayer aussi à des prévisionnels sur LibertySurf (article des Echos du 29 mars 2000, disponible en pdf dans ma page de publications, lien direct ici). Ah, pétulante jeunesse, ce monde est injuste avec toi…

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Livre lu : Rudyard Kipling – Puck, lutin de la colline

Rudyard Kipling va évidemment bien au-delà du Livre de la Jungle (qu’il faut d’ailleurs lire, car autant le dessin animé de Disney est fort réjouissant, autant le livre a cette poésie âpre de l’original). J’ai beaucoup aimé L’homme qui voulut être roi (qui a donné un superbe film de John Huston, avec Sean Connery dans le rôle titre), Kim, ainsi que les livres de nouvelles comme Les bâtisseurs de pont. C’est Jorge Luis Borges, un autre de mes auteurs favoris, qui justifiait un de ses livres de nouvelles, en disant : « ce qu’un jeune homme brillant (Kipling) avait pu faire, un vieillard ayant du métier pouvait essayer de le refaire. »
Je viens donc de lire un livre très intéressant de Kipling, car il venait de rentrer en Angleterre, et la question de ses admirateurs était : loin de l’Inde, que pourra-t-il produire ? Et Kipling de se refaire, ou plutôt de continuer à faire du Kipling, mais dans un autre environnement. Cela donne Puck, lutin de la colline (10/18 n°1367), qui fait vivre à deux enfants quelques épisodes de l’histoire de l’Angleterre. C’est superbe. La référence à Shakespeare est évidente, mais ces histoires de Puck m’ont aussi fait penser à Hugo Pratt, quand Corto Maltese se retrouve chez Les Celtiques. La partie sur les chevaliers, puis sur le juif qui retrouve le trésor, évoquait pour moi Ivanhoé, et quand Kipling décrit ces deux jeunes soldats romains qui gardaient le mur du nord, en Ecosse, contre les barbares, j’y ai retrouvé une similitude avec Spartacus, d’Arthur Koestler (superbe film de Stanley Kubrick).
Le rythme du livre, en courts chapitres, avec des chansons poétiques intercalées, donne vraiment envie de le lire en anglais (et de relire Le songe d’une nuit d’été dans le texte, bien sûr).

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Semaine très informatique

Bon, je ne suis point couché, et je fais le point sur cette semaine, riche en enseignements et progressions informatiques : (non, je ne suis pas encore passé à Ubuntu Linux)

  1. J’ai travaillé sur un projet de T shirt avec logo pour ESCP-EAP Running
  2. (Rappel : semi-marathon de Paris ce dimanche, marathon de Paris le 9 avril)
  • Après contact avec un imprimeur de T shirts, il a fallu retravailler redessiner le logo (dispo sur le blog d’ESCP-EAP Running) pour le mettre en bichromie, au lieu de quadrichromie
  • L’imprimeur me dit « il me faudrait un logo au format vectoriel ». Je lui dis « Pas de problème, OpenOffice a un module de dessin vectoriel. Le gars me dit « Euh, moi, il me faudrait un fichier que je puisse lire sous Adobe Illustrator, c’est-à-dire soit .AI, soit .EPS »
  • C’est l’horreur, parce que je ne fonctionne quasiment qu’avec des logiciels libres, et là, le gars me demande un format propriétaire (AI), non documenté par Adobe, en clair : je n’ai aucun utilitaire pour lui fournir son format. Un peu comme si un opérateur de téléphone me disait « OK, je veux bien vous abonner, mais il faut que vous construisiez vous-même le téléphone portable qui va pouvoir capter mon réseau, et évidemment, je ne peux pas vous donner la nomenclature technique du portable, car c’est propriétaire ».
  • Je télécharge donc Inkscape, une des références des logiciels libres de dessin vectoriel, et je me paluche de redessiner tout cela. Evidemment, Inkscape ne sauvegarde pas au format AI, mais heureusement, au format EPS. Optimiste que je suis, je sauvegarde aussi au format SVG, le standard du dessin vectoriel, libre, documenté, bref, du vrai bon travail informatique. Et donc, comme de bien entendu, ça ne servira à rien.
  • Envoi par coursier depuis la boite d’un ami entrepreneur et jogger vendredi à 17h30, et aujourd’hui à 15h, le gars n’avait toujours rien reçu. A 18h, ça y est, il a le colis. Il ne peut pas lire les formats. Super. Il me conseille au téléphone de lui envoyer un mail avec les fichiers AI ou EPS. Je passe 3/4h sur Internet pour trouver le fichier ps2ai.ps qui marche avec gsview, lui-même nécessitant une ligne de commande sous DOS (toute ma jeunesse…)
  • Finalement, je prends mon baton de pélerin, ma clé USB, et je file à sa boutique. 1 heure de plus, mais voilà, j’ai les T shirts.
  • Je les montre aux joggers ce soir, et je demande à mon entrepreneur chéri de les prendre en photo avec son téléphone-portable-appareil-numérique. Puis après, comme c’est simple, il suffira qu’il les transfère sur son Macintosh avec la fonction Bluetooth, et je les récupérerai sur ma clé USB. 20 minutes, et un résultat, à la fin, que même l’échographie de mon fils elle était plus précise. Tout ça pour ça, comme dit Gérard Darmon dans le film éponyme.
  • Donc je me rentre, je pose le T shirt sur le sol, et je le prends en photo numérique.
  • Rédaction d’un mail collectif à tous les coureurs, envoi des photos en fichiers attachés (2,98 mégas), allez, il est déjà 01h45.
  • A 2h01, mail d’un des responsables d’ESCP-EAP running (il devait rentrer d’un entraînement…) : il me dit « ce serait bien que tu prennes des photos du T shirt et que tu les joignes à ton message ». Réponse de ma part à 2h03 : « elles étaient jointes au mail ».
  • A 2h08, mail de mon entrepreneur préféré : il a pris en photo numérique son propre T shirt et m’envoie les fichiers (3,44 mégas).
  • J’attends avec impatience les mails des autres coureurs (3h43 ? 6h07 ? 19h22 ?)
  • J’ai mis en forme une partie de ce blog, et c’est pas fini
    • ça part d’une idée conne (« je voudrais que les messages récents soient affichés »), ça continue par le forum de Dotclear, et j’apprends au final que tout cela, c’est une question de programmation PHP.
    • Et hop, téléchargement par FTP des fichiers concernés,
    • Téléchargement de Arachnophilia, éditeur gratuit de PHP,
    • Modifications du code des deux ou trois fichiers PHP qui vont bien, re-téléchargement par FTP, test sur le blog, retour à la case départ
    • Finalement, j’ai mes messages récents, j’ai récupéré des infos sur comment avoir trois colonnes dans son blog, j’ai amélioré les tags, pfou, je m’attaquerai à la bannière une autre fois, là, je vais me coucher.

  • J’ai lancé une présentation OpenOffice.org en cours
  • Deux étudiantes m’ont rendu un cas, non pas avec le sempiternel PowerPoint, mais avec Impress d’OpenOffice. Je décide donc, en live, de montrer cette présentation. Et j’en profite pour faire un petit laïus sur les différences entre Microsoft Office et OpenOffice : 1. OpenOffice est compatible à 99,9% avec MS Office ; 2. OpenOffice est gratuit (combien d’entre vous ont des copies pirates de MS Office ?) ; 3. OpenOffice peut fonctionner depuis une clé USB (bonne chance pour faire la même chose avec MS Office)(en fait, c’est une déclinaison d’OOo, portableopenoffice, nantie des fichiers francisés qui vont bien), ce qui veut dire, plus de problèmes d’installation sur un ordinateur temporaire, plus de problèmes de droits d’accès, la liberté itinérante.

  • (MàJ) J’ai inondé la planète avec mes méta-données de jogging
  • Bon, il y aurait une manière moins Marketing de le dire, mais j’ai pu envoyer les données de mon Cardio-Fréquencemètre (CFM) sur le site Internet du constructeur, ce qui me permet, par exemple, de comparer dimanche dernier (13 km, 11 km/h) à ma performance d’aujourd’hui (??,??) où j’ai craché ce qui me restait de poumons.
    J’ai quand même mis 1/2h à rester bêtement, avec mon CFM qui faisait Grichchggrriiiiichhchhgggr… face au microphone branché sur l’ordinateur, tandis qu’un con de site Internet me disait « No signal ».
    Enfin, un ami est venu m’aider, en disant « c’est pas possible qu’un ordinateur aussi bô n’ait pas un micro intégré ! »
    (Moi : ) « Euh, ah, ouais ? »
    (Lui : ) « Tiens, là, c’est quoi ce trou ? »
    (Moi : ) « Euh, je sais pas, peut-être un truc pour aérer les circuits ?.. »
    (Lui : ) « Fous-z-y ton CFM devant, et recommence… »
    Grichchggrriiiiichhchhgggr…
    « Signal detected, we have the data, you are a poor jogger »

    En conclusion, je cite Feu mon oncle Yves : « l’informatique, c’est passer deux heures pour en gagner une ».
    J’ai froid, je vais me pieuter.

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    Livre lu : Douglas Kennedy – L’homme qui voulait vivre sa vie

    Je suis toujours sans réponse, quand on me demande « que veux-tu pour Noël / ton anniversaire ? » (oui, je fais partie d’une famille où cela se pratique encore, même à un grand âge comme le mien). Aussi, il y a quelques années, j’ai pris le renne du Père Noël par les cornes, et je me suis fondé sur l’excellent guide Fnac 10 ans de littérature[s] en 200 livres (lui-même m’ayant été offert en cadeau). Ces guides Fnac (à l’instar de celui sur les disques de jazz) sont très bien faits, car ils donnent notamment des correspondances, au sens baudelairien du terme : « si vous avez aimé ce livre/disque, vous aimerez aussi … »
    Je me suis donc constitué une liste, par correspondances successives, de « nouveaux livres à lire / cadeaux à demander ». Douglas Kennedy en faisait partie.
    Je n’ai pas vraiment pu décoller de ce roman, que j’ai lu très vite. Très rapidement, je me suis senti happé par le style, qui est pourtant assez fluide, et par l’histoire, qui commence par un désenchantement, un homme qui a le sentiment de vivre à côté de sa vie. A propos du style, je me suis dit : « y a pas à dire, ces américains savent écrire de manière rapide et sans détours ». Cela m’a rappelé les deux John Grisham que j’ai lus : The Firm, et The Street Lawyer. Mais dans les romans américains, on passe vite du style efficace à la « soupe » populaire. La distinction est subtile, et je me permets de citer avec délectation Douglas Kennedy lui-même, ou plutôt le narrateur de son roman :

    Dans la salle d’attente de la gare de New London, j’ai soufflé une demi-heure en essayant de me plonger dans le roman – de gare, justement – que j’avais pris avec moi. L’habituelle salade à la Tom Clancy, Jack Ryan sauvant les Etats-Unis d’une poignée d’islamistes fanatisés qui menaçaient de balancer une bombe atomique sur Cleveland. Il y avait une scène dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, avec le Président déclarant au héros : « La nation compte sur vous, Jack » ; une autre où Ryan annonçait à sa femme « La nation compte sur moi, chérie » ; une autre où le même Ryan affirmait à l’un de ses coéquipiers : « la nation compte sur nous, Bob. » Ce Clancy n’est pas un écrivain, c’est une sous-direction de la CIA à lui tout seul.

    Douglas Kennedy, L’homme qui voulait vivre sa vie, Pocket, n° 10571, p. 251-252.

    L’histoire est bien rythmée, les personnages sont en même temps plausibles et relativement imprévisibles, bref, quelques jours de détente. De surcroît, sans avoir l’air d’y toucher, l’auteur distille quelques idées sur la vie américaine (la californication, un équivalent outré de nos BoBos) ou la photographie. J’ai bien aimé par exemple :

    Une bonne photo, c’est toujours un accident. […] On peut passer des heures à attendre « la » photo, pour finir par constater que le moment attendu ne s’est pas produit, mais par découvrir aussi qu’en déclenchant l’appareil pour tuer le temps on a obtenu quelques prises vibrant d’une spontanéité qui manquera toujours aux compositions les plus léchées. Règle numéro un de cet art : on ne choisit pas le bon moment, on tombe dessus, en priant le ciel d’avoir alors le doigt sur le déclencheur.

    Douglas Kennedy, L’homme qui voulait vivre sa vie, Pocket, n° 10571, p. 129-130.

    Bon, je mettrais bien un boitier numérique Nikon dans ma liste de cadeaux d’anniversaire (merci à Yann pour l’idée de changer le boitier, puisque j’ai déjà les objectifs Nikon), mais il va falloir faire un achat groupé… N’empêche, la phrase du commentaire (« Il bénéficie d’ajustements qui aideront les photographes à saisir l’instant décisif dès qu’il se présente. ») entre en correspondance certaine avec le paragraphe de Douglas Kennedy.
    Allez, je retourne corriger mes copies, ça me fera des sous.

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    Repentir

    Dans un billet récent, je disais :

    Quand un peintre se ravise, et qu’il recouvre une partie de son tableau (pour effacer un personnage, par exemple), on dit qu’il fait une repentance. Contrairement à mon habitude, je ne pointe pas vers l’article correspondant de Wikipedia, car Wikipedia ne mentionne pas ce sens-là. Une recherche sous Google ne donne que des pages portant sur le sens religieux du mot […]. C’est assez étonnant, je suis sûr du terme et de sa signification. […] puis, si comme je m’en doute, le terme repentance est accepté dans les meilleurs cercles de la société, je m’en irai augmenter Wikipedia. Mais si mon contact au Musée du Louvre m’éternue de rire au nez « Comment, mon pauvre garçon, quel terme baroque veux-tu inventer ?! », je m’en irai faire repentance dans un quelconque bougnat.

    Bien. C’est donc l’heure du bougnat. Mon contact au Musée du Louvre (elle vient d’ailleurs de mettre au point le mini-site sur l’exposition Ingres) m’a détrompé : on ne dit pas une repentance, mais un repentir.
    Je m’en vais donc corriger les articles concernés, et dans un second temps, j’alimenterai Wikipedia (qui utilise le terme pour Le Greco, mais sans le définir)(MAJ du 26 février : c’est fait).

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    Zephirum

    La première fois que j’entendis parler du zephirum (le zéro), c’était dans La nuit des enfants-rois, de Bernard Lenteric, où un très jeune garçon prodige étonnait un adulte en remarquant que (je cite de mémoire) « de tous les chiffres, seul le zéro gardait la même signification quelle que soit sa place dans le nombre. » J’y avais souvent repensé sans, je l’avoue, arriver vraiment à comprendre.
    Puis, dans un roman de Jean d’Ormesson que je lisais (Histoire du juif errant, je crois), un personnage arabe dessine dans le sable un petit cercle, en disant que ce zephir est la plus grande invention de tous les temps.
    Puis, dans Le théorème du perroquet, déjà mentionné en fin de ce billet, nouvelle mention des chiffres arabes, sans insistance particulière sur le rôle – et la spécificité – du zéro. Donc, entre La nuit des enfants-rois, que j’ai dû lire vers 1985, et Le théorème du perroquet (lu pour la première fois en 2003), 18 années d’incompréhension, sauvées depuis hier par la lecture d’un ouvrage de 1202. Léonard de Pise nous le dit, et c’est pour moi la deuxième révolution des chiffres arabes :

    « Ainsi, si c’est le nombre cinq cents que vous souhaitez écrire, en première et en deuxième place, vous inscrirez le zephir, en en troisième place, le chiffre cinq, de cette manière : 500 ; et ainsi vous pourrez écrire une ou plusieurs centaines avec deux zephirs. »
    (traduction par mes soins depuis le livre en anglais, p. 18).

    Ainsi, de même que le blanc n’est pas une couleur, de même que notre écriture se compose de 26 lettres et de l’espace, de la même manière, notre « alphabet mathématique » se compose de 9 chiffres et d’un espace, communément appelé Zéro. Un 1 à la place des unités signifie « un ». A la place des dizaines, il signifie « dix », « cent » a la place des centaines, et ainsi de suite. Il en va de même pour les 9 chiffres, en revanche, quelle que soit sa place, un 0 signifie toujours « il n’y a rien ici ».

    Le zéro, c’est le vide à côté de l’arc-en-ciel, celui qui, par sa non-existence, donne sa stature à l’existant.

    Cela me fait immanquablement penser à La disparition, de Georges Perec, que je vais essayer de décrire dans le style, et selon la contrainte, de l’auteur :

    un roman où, sur vingt-six signifiants, tous sont là sauf un, l’absolu. Absolu, non, mais important, car l’individu (composant pourtant moult mots) fut banni du discours. Imaginons l’abstraction du Z, ou l’abolition du K dans un roman : coton, mais pas surhumain, car la proportion du discours français où Z apparaît (ou K) vaut un minimum. Mais l’individu abstrait ici fut plus courant qu’un K, plus primordial, surtout pour un continuum bâti sans lui. L’amputation du discours signifiait l’aboli par omission, lui dont la disparition occupait un quatuor d’individus durant tout l’opus.

    A plus.

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    Histoire de la finance – la révolution des chiffres arabes

    Je travaille sur deux livres actuellement, il ne s’agit pas de ceux que j’écris (ma traduction, et mon Grand Projet), mais de deux livres d’histoire de la finance que j’ai achetés récemment :

    Ce sont deux livres qui traitent de l’histoire de la finance, soit sous l’angle d’une impressionnante somme chronologique, analysée et commentée avec intelligence, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours (Belze et Spieser), soit en prenant l’exemple d’un manuel de mathématiques (mais aussi de commerce) du XIIIème siècle sans aucune équation (la traduction du manuel de Fibonacci). Je me régale, car cela comble mon inculture encyclopédique. Je découvre quantité de choses, aussi je partage mon étonnement.

    La découverte du jour porte plutôt sur le Fibonacci (je me réserve, pour la suite, de parler du Code d’Hammourabi dans le Belze-Spieser), précisément sur l’avènement des « chiffres arabes » en Europe. C’est Fibonacci qui a tout fait en 1202, si, si. Ces chiffres étaient anciens, puisque en fin de mon billet, je citais Brahmagupta au VIème siècle après JC. Fibonacci n’a donc pas inventé ces chiffres, mais il en a popularisé l’usage avec un manuel qui m’a l’air extrêmement clair et pédagogique.

    Empruntons la De Lorean de Marty McFly et opérons un Retour vers le Futur.
    Nous sommes au XIIIème siècle, et depuis la Rome antique, on compte en chiffres romains. Ce n’est pas le nirvana, pour deux raisons détaillées ci-dessous :

    • C’est super fastidieux à écrire. Même s’il y a un ordre logique (les chiffres des centaines arrivent avant les chiffres des dizaines, eux-mêmes passant devant les chiffres des unités), il faut avoir une plume bien taillée pour écrire huit cent quatre-vingt sept : en chiffres romains, cela nécessite DCCCLXXXVII = 11 caractères. Vous me direz, en lettres, cela nécessitait 27 signes (espaces et tiret inclus). En chiffres arabes, 3 caractères : 887. Je ne vais pas en dériver une loi absolue, mais pour chaque chiffre arabe (unités, dizaines, centaines, milliers, etc.) il faut en moyenne 2 à 3 chiffres romains. 4212 nécessite MMMMCCXII = 9 caractères. Que dire de 763 987 238…
    • Ces chiffres arabes ont permis de gagner du temps, car auparavant, il y avait deux mondes distincts : celui de l’écriture des nombres (en chiffres romains) et celui des calculs (réalisés avec un boulier). Pour faire XIX plus XLIII, il fallait « introduire » ces valeurs dans un boulier, calculer la somme, puis la retranscrire en chiffres romains (soit LXII). Fibonacci arrive, et hop, ce qu’il a appris des Arabes (qui l’ont eux-mêmes appris des Indiens), ce n’est pas seulement un système de codage plus efficace : cela vient aussi avec une boite à outils d’algorithmes, c’est-à-dire de manipulations de ces chiffres pour réaliser toutes sortes d’opérations. Exit le boulier : le chiffre est devenu matière malléable, sur laquelle on peut directement travailler. On pose une addition, on retient 2, qu’on rajoute aux dizaines, ou on calcule le reste d’une division sur un coin de table : chapeau, Fibo !

    Je cherche une analogie en informatique, et la trouve approximativement: aux beaux temps de l’Intelligence artificielle et des systèmes experts (toute ma jeunesse), on opposait l’informatique procédurale (un programme est constitué d’une part d’un listing d’instructions, figées dans la pierre, qui sont censées réaliser des opérations, et d’autre part, de variables mouvantes, qui prennent différentes valeurs, dynamiquement) et les langages d’intelligence artificielle où il n’y avait plus, ni linéarité de l’algorithme (Exit le if… then… else…), ni variables en tant que telles: tout le programme devenait variable…

    Je sens que vous ne suivez déjà plus, je vous parlerai donc une autre fois du Zéphir, cette absence qui a une valeur.

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    Caillou – Ma vie se débite en tranches de 10

    Ma vie se débite en tranches de dix.
    10 euros, 20 euros, 30 euros,
    je glisse des billets
    et rien ne me reste.
    La petite monnaie me manque.
    J’aimerais avoir des pièces
    pour acheter du pain,
    pour mes enfants, pour moi.

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    Nos retraites : rien que du bonheur…

    Cela fait plusieurs semaines/mois/années que je souhaite mettre à plat une réflexion sur le financement des retraites. Donc, je voudrais réaliser, et mettre en ligne, un petit utilitaire de calcul de retraite, avec le pré-requis suivant : c’est pessimiste, mais ce modèle supposerait que la retraite versée par répartition sera dérisoire, bref, ce sera un modèle de retraite par capitalisation (je verse de l’argent sur un compte, il fructifie au fil du temps, et à ma retraite, hop, je me paye tout le Viagra que je veux). Je ne prends aucune position politique, mon domaine, c’est l’économique. Donc, je ne prédis rien, mais cela m’intéresse de tester la sensibilité, en d’autres termes, « combien faut-il que je verse chaque mois pour être sûr de pouvoir vivre décemment jusqu’à ma mort ? »
    Oui, je sais, la finance, c’est que du fun.

    J’ai donc en tête les paramètres suivants (que je récupère notamment d’un excellent ouvrage que j’ai traduit en 2000, précisément au chapitre 5) :

    1. le montant que l’on souhaite épargner chaque mois
    2. le taux d’intérêt auquel on peut placer cet argent
    3. le nombre de mois d’ici la retraite (donc le nombre de versements)
    4. => Cela devrait donner une somme d’argent : « à la date de votre retraite, vous aurez accumulé XX zilliards d’euros, yo !« 

      Restent les paramètres de l’après :

    5. le niveau de vie souhaité après retraite i.e. ce que l’on dépenserait chaque mois (pour savoir en combien de mois/années le capital sera cramé)
    6. à comparer notamment au niveau de vie avant retraite i.e. ce qu’il restait du salaire chaque mois (après épargne retraite) pour vivre
    7. l’espérance de vie, qui permettra d’obtenir la durée de la retraite

    Pourquoi, tout à coup, décidé-je de mettre sur le cyberpapier ces réflexions, en attendant de développer la feuille de tableur qui tue ? (au figuré…)
    Parce qu’hier soir, mon ami Jim Mahar (ce n’est pas mon ami, il ne me connaît pas, mais dans la blogosphère, on se tutoie et on cotoie les grands pour s’asperger d’un peu de leur poussière divine), de FinanceProfessor, a mis sur son blog le compte rendu d’un article qui établirait que l’espérance de vie étant bondissante chez les espèces dont la vie est fondée sur le carbone (pas les tigres, non, les humains), on devrait s’attendre à des âges de retraite évoluant à 75 ans, puis 85 ans. Donc mon point 3. devra clairement être un paramètre, et non une variable fixée… Que du bonheur, je vous dis.

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    Des tigres, des actionnaires, et de l’éducation des masses

    Ce soir, mon fils (6 ans, 39°6) me dit d’une voix faible, mais ferme :
    – Papa, moi je ne veux pas qu’on chasse les tigres roux (car il connaît aussi les tigres blancs)

    J’ai beau le rassurer en lui disant qu’ils font partie d’une espèce protégée, je sais que cet argument n’aura jamais de poids dans la tête d’un indigène qui espère se faire quelques dollars (soit, son salaire mensuel) en tuant un tigre pour le compte de quelque poussah luisant. Comme le dit (je cite de mémoire) Romain Gary dans Les racines du ciel,

    « un éléphant, cela représentait plusieurs semaines de viande qu’un coup de sagaie heureux pourrait procurer à la tribu. La noblesse de l’éléphant, c’est une pensée d’homme rassasié ».

    Et je me dis que l’évolution des esprits ne passera pas par les sanctions (les garde-chasses touchent quelques dollars de plus par mois, mais pas beaucoup plus) mais plutôt par l’éducation. S’il n’est pas trop tard.
    L’analogie est bonne pour certains actionnaires – et analystes – sur les marchés financiers. Avoir l’oeil rivé sur le résultat du prochain trimestre, c’est vivre à très court terme, c’est tirer des tigres tant qu’il y en a, pour un petit profit. En revanche, permettre à un dirigeant de créer un projet d’entreprise, de motiver et rémunérer tous ses employés, et d’investir intelligemment, c’est comme de créer un parc zoologique de tigres : les recettes deviendront bien supérieures à celles obtenues en braconnant. Et le monde sera meilleur, oui, oui.
    Mais qui sera assez éduqué pour avoir la patience d’attendre ?

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    Livre lu : Stanislas Lem – Contes inoxydables

    J’ai mis à profit ces vacances pour finir de lire les Contes inoxydables de Stanislas Lem. Cet auteur polonais serait toujours un inconnu pour moi, si je n’avais pas aimé le film Solaris (2002) de Steven Soderbergh. En effet, ce film est un avatar du Solaris (1973) d’Andreï Tartovski, film lui-même tiré du roman du même nom de Stanislas Lem.
    Je m’attendais donc chez cet auteur à l’ambiance de Solaris-le-film : une forme de mysticisme, des jeux de miroir entre personnages, un grande froideur aussi. Et je suis tombé sur un recueil de nouvelles extrêmement ludiques, certes, c’est de la science-fiction, mais une science-fiction poétique, jouant constamment sur les mots (un sénéchal-ferrant, Automathieu, les trois électribuns…). Je plains – et j’admire – le traducteur, qui a dû retranscrire en français la frénésie de jeux de mots qui existait, je le suppose, dans le roman original en polonais.
    C’est un mélange de Ray Bradbury (pour la poésie), Isaac Asimov (notamment pour le côté « robots ») et Douglas Adams (pour la folie imaginative), ce dernier étant le génial auteur du guide galactique (autrefois appelé le Guide du routard galactique).
    Je n’ai pas de citation en particulier, mais une impression d’ensemble : je trouve sympathique que dans ce recueil de 11 nouvelles, on ait en même temps une explication alternative du Big Bang (« La fuite des nébuleuses »), donc le commencement, et une démonstration du ridicule de l’Univers (« Le roi Globares et les sages »), donc la fin. J’aurais bien dit « l’alpha et l’omega », mais ces temps-ci, on parle un peu trop de religion…

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    Quelles sont les trois raisons pour devenir prof ?

    « Juin, Juillet, Août. »
    Et aussi les vacances de février.

    Donc ce blog se met en vacances pour une semaine, et moi de même, par voie de conséquence. Je vais profiter de ces vacances pour :

    1. continuer à traduire le Brealey-Myers
    2. faire du ski de fond pour me préparer au semi-marathon et marathon de Paris (et il y a du boulot)
    3. gérer la meute (un homme pour deux femmes et quatre enfants entre 2 et 6 ans)
    4. et heureusement, faire des grosses bonnes bouffes (cf. point 2.)
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    Citation – Le risque et le temps

    J’aime beaucoup les écrits de Paul Valéry, mais je dois confesser que certaines pensées me dépassent. Le matin, après la douche et deux cafés, bien concentré et alerte dans mon métro matutinal, je capte beaucoup de choses, et je me dis « Ce Valéry, c’est un cador ». Le soir, après des heures passées dans mon bureau, à supporter des collègues à l’humeur volatile, des flots d’e-mails, et des amphis d’étudiants – la crème de la crème, mais il y en a certaines qui ont tourné – bref, dans mon métro vespéral, j’ai plus de mal à appréhender la profondeur des raisonnements du génial penseur.
    Je viens de finir un livre commencé il y a… 9 mois, abandonné, repris, ça ne fait pas trop de mal, puisque c’est une collection de différents écrits (articles, lettres, conférences) de Paul Valéry. Intitulé Variété 1 et 2 (Idées, Gallimard, n° 394), l’ouvrage commence par cette fameuse phrase (issue d’une lettre écrite en 1919) :

    Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.

    Au fil des pages et du rythme des rails, j’ai glané quelques passages à couleur financière (enfin, c’est moi qui trouve une résonance financière à ces passages) :

    Nous espérons vaguement, nous redoutons précisément ; nos craintes sont infiniment plus précises que nos espérances.
    p. 31.

    Comment ne pas penser au couple espérance – variance, où la variance, c’est la fluctuation que l’on redoute ? 😉
    Dans le même esprit :

    Le mesurable a conquis presque toute la science et en a discrédité toutes les parties où il n’a pas pu s’introduire. La pratique presque tout entière lui est soumise. La vie, déjà à demi asservie, circonscrite ou alignée ou assujettie, se défend difficilement contre les horaires, les statistiques, les mensurations et les précisions quantitatives, dont le développement en réduit de plus en plus la diversité, en diminue l’incertitude, en améliore le fonctionnement d’ensemble, en rend le cours plus sûr, plus long, plus machinal.
    p. 159.

    En parlant d’Henri Beyle, c’est-à-dire de Stendhal :

    Il avait remarqué que ces hommes importants, si nécessairement associés à la bonne marche des affaires, sont nuls et muets devant l’imprévu. Un Etat qui n’a pas quelques improvisateurs en réserve est un Etat sans nerfs. Tout ce qui marche vite le menace. Ce qui tombe des nues l’anéantit.
    p. 193.

    Ce « tout mesurable » m’inquiète. J’y vois un dessèchement des facultés d’imagination et d’improvisation, et une forme de religion aveugle vis-à-vis des machines.

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    Livre lu : Paul Guimard – Les choses de la vie

    Cela fait quelques jours que j’ai fini Les choses de la vie, de Paul Guimard (Folio n° 315). Comme je le mentionnais dans un billet collatéral, cela démarre avec le désenchantement quadra d’un avocat à qui tout a réussi, mais qui se tâte, bon, on se dit « calme-toi, vieux, bois un coup et respire ». Sauf qu’il ne peut pas boire un coup, il est en voiture et il médite.
    Ce désenchantement, que je retrouve dans des romans contemporains d’Antoine Blondin (et paf, encore un qu’il va falloir que je wikipédise) ou de Paul Morand, vient à mon avis de cette génération qui a vécu la seconde guerre mondiale. Le narrateur des Choses de la vie est né en 1927, donc il avait 18 ans en 1945, à peu de choses près, l’âge de René Fallet, dont je relis régulièrement le Journal écrit dans les années 47-48. Je ne connais pas bien cette époque de l’intérieur, j’essaie de situer. Des gosses ont vécu des privations, certains ont fait de la résistance sur le tard (à cause de leur jeune ge), ça libère, les amerlauds apportent du pineutte beuteur et des disques de jazz, c’est l’euphorie zazou. Et puis hop, reconstruction, on se retrousse les manches et on touche les dommages de guerre, tout est à faire. 20-25 ans après, c’est l’époque des Choses de la vie, le narrateur est installé, et son désenchantement vient probablement de son confort matériel (il a une MG, gagne bien sa vie, est connu) qui ne suffit plus. Vue de loin, cette période des 30 glorieuses m’apparaît, sous le voile de la littérature, comme une période d’essoufflement : « Bon, OK, on a reconstruit, et maintenant, quel est le chantier motivant qui nous sortira de notre ornière confortable ? » Ce sera, pêle-mêle, la guerre froide, l’assassinat de Kennedy, Mai 68, le Vietnam…
    Et puis le roman bascule, et j’ai le sentiment de passer dans un autre texte, beaucoup plus intemporel, probablement universel. Et je pense à L’homme pressé, de Paul Morand, avec des analogies et des dissemblances. Les deux romans contiennent une deuxième partie qui est une méditation (?), bref, une suite de pensées sur la mort, le temps, de la microseconde à l’année, qui enveloppe quelques gestes. Un bilan rapide sur une existence, et tout-à-coup, un renversement de l’ordre des choses, entre l’important et le futile.
    Rien de bien nouveau, me direz-vous. Certes, mais bien condensé, et bien écrit. Et pour une fois, Paul Morand l’académique a été moins précis, ou moins profond, que Paul Guimard.

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    De la microseconde à l’année

    Quand on publie un article de blog, on peut le faire référencer (je crois qu’on dit pinguer, mais je ne sais pas si ça s’utilise à la voie active ou passive. Les Monty Python ont même une machine qui fait Ping), et en quelques secondes, Technorati l’a référencé, hop, on existe sur la Toile. En revanche, il y a des mises à jour qui prennent plus de temps. Aussi, certaines rubriques sont déjà du passé. Il convient de connaître le décalage temporel de ces pages, pour éviter des bévues. Voici quelques durées moyennes :

    • les liens d’une page Internet professionnelle datent en moyenne de 6 mois ;
    • les liens d’une page Internet personnelle datent en moyenne de la date de création de la page + 3 semaines ;
    • la photo en ligne d’une personne date en moyenne d’il y a 6 ans (écart-type de 2 ans), ce qui n’est guère pratique. On devrait disposer d’un vieillisseur de photos en ligne, ce qui éviterait de chercher un homme de 40 ans au cheveux aile-de-corbeau, alors qu’il s’agit d’un vieillard égrotant au cheveu plus sel que poivre.
    • le CV en ligne d’une personne a au moins deux ans de retard ; évidemment, la liste des publications d’un chercheur peut retarder de 2 ans ;
    • la page d’un salon ou d’un congrès propose toujours de s’inscrire alors que le congrès est terminé (ex : Solutions Linux 2006 affiche le 7 février « La prochaine édition de Solutions Linux : 31 janvier, 1er et 2 février 2006« ).
    • les locations de vacances sont encore libres dans le monde cyber, mais sont blindées depuis 3 mois dans le monde réel.

    Mais il y a des satisfactions : Ibrahim Ferrer est encore vivant

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    Les marchés financiers sont-ils efficients ? Partie II : les faits

    Voici la deuxième partie d’une synthèse qui en comportera quatre. Après avoir posé les bases de ce qu’est l’efficience des marchés, résumons les résultats obtenus depuis… 50 ans de recherche.

    Des études académiques ont été menées…

    Il faut préciser ce que nous entendons par études académiques (ou travaux de recherche). Il s’agit d’études scientifiquement rigoureuses, reproductibles, et validées par d’autres scientifiques. Détaillons chaque terme :

    • études scientifiquement rigoureuses : on pourrait en écrire des tartines, il s’agit juste de préciser quelques idées.
    1. Pour valider une théorie, il faut des échantillons suffisamment importants, afin d’éviter les généralisations abusives (« l’auteur de ce blog sait jouer de l’harmonica, donc tous les auteurs de blog savent jouer de l’harmonica »).
    2. Ce n’est pas parce que deux événements sont corrélés qu’ils sont liés. L’apprenti chercheur – ou le mauvais journaliste – recherche à tout prix des corrélations, le chercheur recherche des événements liés entre eux. Citation attribuée à Mark Twain : « Le lit est l’endroit le plus dangereux du monde : 99 % des gens y meurent. »
    3. La précision des résultats dépend de la précision des outils. On ne peut généralement rien tirer de simples moyennes, ou de statistiques descriptives, sans les croiser avec des variables de contrôle. Exemple : sur toute sa vie, un homme aura consommé en moyenne 0,12 biberon par jour.
  • études reproductibles : une étude scientifique doit être livrée avec son protocole expérimental, de telle sorte qu’un autre chercheur puisse répliquer l’étude, et vérifier les résultats. Ce protocole expérimental contient notamment le mode de sélection de l’échantillon, la durée d’observation, les variables et les calculs statistiques réalisés. Contre-exemple : « une étude réalisée sur des entreprises européennes montre que celles-ci sont endettées ». Où, quand, comment, quomodo ?
  • études validées par d’autres scientifiques : la recherche est évaluée au sein de colloques ou de revues académiques. Chaque expert est régulièrement relecteur pour des revues, c’est-à-dire qu’on lui soumet des articles de manière anonyme, et il juge si la démarche et les résultats de l’article sont « corrects ». Les taux de rejet de certaines revues sont de plus de 90%.
  • Il s’ensuit qu’une étude qui ne respecte pas les critères énoncés ci-dessus devra être jetée à la poubelle interprétée avec de très grandes précautions, d’autant plus quand il s’agit de la performance des investissements boursiers.

    Et les résultats sont…

    … que les marchés boursiers sont efficients sous une forme semi-forte à forte. En français dans le texte

    • un investisseur ne peut pas durablement battre le marché, ou (exprimé autrement)
    • son profit, net des coûts qu’il a engagés (temps, abonnements, déjeuners…) ne sera pas supérieur – à long terme – à celui qu’il aurait eu en investissant passivement dans un portefeuille diversifié, ou encore
    • il n’existe pas de stratégie avérée pour gagner régulièrement plus que le marché, sauf à prendre plus de risques (mais un investisseur peut aussi le faire de manière passive).

    FAQ :

    – y a-t-il unanimité dans les études ?
    Nan, mais une grosse majorité bien ventrue. Prenez les études qui concluent que les marchés ne sont pas efficients :

    • supprimez les études ne répondant pas aux critères académiques (donc, études aux résultats peu crédibles)
    • supprimez les études qui identifient une stratégie qui aurait marché dans le passé (backtracks), mais qui ne marche plus aujourd’hui
    • vérifiez que dans les études restantes, les critères d’efficience énoncés au précédent article (profit net des coûts, gain ajusté au risque pris) sont respectés
    • à ce point-là, s’il vous reste au moins une étude en mains, investissez à mort en suivant sa stratégie. Mais je ne vous suivrai pas 😉 Et tenez-moi au courant…

    – Cela veut-il dire que personne n’a jamais de bonnes performances ?
    Non, cela veut juste dire qu’en moyenne, sur plusieurs années, seules quelques personnes sortent du lot, et que leur performance est due pour beaucoup à la chance… ou à des recettes que des générations de chercheurs n’ont pas trouvées.

    – à quoi cela sert-il d’investir, alors ?
    Parce que « ne pas arriver à surperformer le marché » ne signifie pas « ne rien gagner ».

    – La citation de la fin ?
    Deux pour le prix d’une :

    « Et quelqu’un qui prétend détenir des informations confidentielles, ou avoir une « stratégie automatiquement gagnante » est probablement, soit une crapule, soit un idiot ».
    Bodie, Merton, Finance, chapitre 1, Pearson education France, 2001.

    « J’ai remarqué que toutes les personnes qui m’ont dit que les marchés sont efficients, sont pauvres. »
    Larry Hite, trader américain

    Faites votre choix…
    (à suivre)

    Publié dans Finance | Marqué avec | Commentaires fermés sur Les marchés financiers sont-ils efficients ? Partie II : les faits

    Repentance

    Quand un peintre se ravise, et qu’il recouvre une partie de son tableau (pour effacer un personnage, par exemple), on dit qu’il fait une repentance (mise à jour du 25 février : un repentir). Contrairement à mon habitude, je ne pointe pas vers l’article correspondant de Wikipedia, car Wikipedia ne mentionne pas ce sens-là. Une recherche sous Google ne donne que des pages portant sur le sens religieux du mot (dans Les naufragés de l’autocar, un inconnu a peint « Repent » en haut d’une falaise). C’est assez étonnant, je suis sûr du terme et de sa signification.
    Bref, je ne conçois pas ce blog comme un musée statique de mes pensées. J’en viendrai donc à compléter mes billets. Mais comme me l’a signalé Yann lors d’une discussion dans le monde réel, modifier un billet après que l’on aie reçu des commentaires dessus, c’est contraire à la netiquette (ou la blogtiquette, je ne sais).
    Donc, quand je procèderai à une modification (signe que ma pensée a muri), je l’indiquerai toujours par le terme Repentance.
    Pour ceux qui lisent parmi vous, ou pour ceux qui souhaiteraient lire, c’est par une repentance (picturale) que débute l’énigme du Tableau du maître flamand, d’Arturo Perez-Reverte.
    Je vais procéder de ce pas à une repentance sur le billet concernant Léonard de Pise et (très accessoirement) Orange, puis, si comme je m’en doute, le terme repentance est accepté dans les meilleurs cercles de la société, je m’en irai augmenter Wikipedia. Mais si mon contact au Musée du Louvre m’éternue de rire au nez « Comment, mon pauvre garçon, quel terme baroque veux-tu inventer ?! », je m’en irai faire repentance dans un quelconque bougnat.
    Suite et fin ici.

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    La Bourse = du poker, de la roulette ou du tiercé ?

    Je ne suis pas trop fana de la lecture quotidienne des cours boursiers, mais puisque je suis dans le sujet, et que la journée a été saumtre, une analogie vite fait. En salle de cours, ou au Café du Commerce, j’entends souvent « La Bourse, c’est comme de jouer à la roulette ».
    Eh ben non, pô du tout. Je ne contesterai même pas l’emploi du terme « jouer », car il y a du frisson là dedans. Cela me rappelle une pensée de l’architecte Turpin (?) dans un des romans des Hommes de bonne volonté, de Jules Romains (dont la page Wikipedia est singulièrement courte, il faut que j’y mette bon ordre). Turpin doit concevoir un casino, et il a un raisonnement du type « Bon, la roulette, c’est de la raison et du hasard. Je te fais une bâtisse carrée, en angles, pour la géométrie des combinaisons, les calculs, la sensation que l’on peut tout maîtriser, et puis je te rajoute un dome façon minaret, une virgule qui s’envole, Mektoub, c’est le hasard, la fatalité ». (ce n’est pas une citation précise, je l’ai lu en 1996 ou 1997…)

    Alors la Bourse, poker, roulette ou tiercé ?

    Analysons rapidement :

    • Au poker, les cartes sont distribuées au hasard ; l’historique des jeux précédents est pris en ligne de compte, non pas à des fins statistiques, mais parce que cela contribue à comprendre la psychologie de chacun.
    • A la roulette, la bille tombe au hasard. L’historique ne sert à rien. Certes, il y a les partisans des séries statistiques, qui notent tous les numéros déjà sortis, en comptant sur les probabilités. Mais dire « la bille n’est pas tombée sur le 24 depuis 72 coups, donc je mise sur le 24 », c’est oublier qu’à chaque coup, il y a une chance sur 36 pour que la bille tombe sur le 24. Pas plus, pas moins. Ce sont que l’on pourrait appeler en économétrie des séries statistiques indépendantes.
    • Au tiercé, l’historique semble important : tel jockey a eu la mixomatose, tel canasson a surperformé le marché au Derby d’Epsom, voilà autant de « signes ». Le problème est que ces signes sont connus de tous (information publique) et qu’ils servent aux paris, donc à la cote. Telle action, pardon, tel cheval est très apprécié, donc tout le monde mise sur lui, et il va donner une rentabilité, pardon, un gain, relativement faible, car il est peu risqué. Telle autre action, pardon, tel autre bourrin, n’attirera que les amateurs de risque, qui ne seront pas légion, mais si le bourrin gagne, c’est 10 fois la culbute.

    Vous la voyez venir, mon analogie. En Bourse, quoiqu’en disent les partisans de l’analyse technique (l’article de Wikipedia est très orienté, je m’en vais vous me le rechapper d’ici… quelques jours), l’historique ne sert à rien, dans la mesure où

    • les actions suivent une marche au hasard (ce qui n’exclut pas une tendance à la hausse ou à la baisse)
    • les informations publiques sont immédiatement intégrées dans les cours

    Donc la bourse, ce n’est certainement pas du poker (mais c’était évident), ce n’est pas non plus de la roulette : c’est un marché où les informations publiques, les tuyaux, et l’historique (le tout servi par des bons commerciaux) fondent les offres et demandes de titres. C’est exactement la description du tiercé.

    Mais j’aime bien la référence au poker, car il y a quelques similitudes psychologiques (que les sociologues ont dû investiguer) :

    • Overconfidence : quand on a gagné récemment, on prend plus de risques, on se croit meilleur que les autres
    • Refaire ses pertes : quand on a perdu, on a tendance à prendre plus de risques aussi, du genre « je vais me refaire ». Mais beaucoup d’investisseurs boursiers oublient que un titre qui fait -33% devra faire +50% pour revenir à son cours initial… Les pentes sont toujours plus faciles à dévaler qu’à remonter (non, ce n’est pas parce que les vacances de février approchent. Quoique. Finalement, la journée se termine de manière moins saumtre).
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    Livre lu : John Steinbeck – Les naufragés de l’autocar

    John Steinbeck est un vieil ami. Je n’en pas lu autant que j’ai lu de Giono ou Djian, mais je tiens John Steinbeck pour le plus grand écrivain américain du XXème siècle (oui, devant Richard Brautigan, oui, devant Jack Kerouac).
    Le livre que je viens de (re)lire s’appelle Les naufragés de l’autocar, et étant donné que j’ai lu la majorité de mes Steinbeck avant de démarrer ce blog, je profite de cette critique pour faire une taxonomie rapide de l’auteur et de l’oeuvre.
    Les naufragés de l’autocar est – je suppose – une oeuvre mineure de Steinbeck, mais ce n’est pas pour autant une oeuvre négligeable, loin de là. C’est amusant, parce que dans ma typologie des oeuvres de Steinbeck, je ne serais pas sûr de pouvoir loger facilement ce livre-là.
    Steinbeck est connu pour les Raisins de la colère, que je classerai dans ses romans politiques, avec En un combat douteux. Une variante plus soft sur ce thème en sera Des souris et des hommes, qui est aussi un très beau film de Gary Sinise avec John Malkovich.

    Il y a une autre veine, aussi chère à mon coeur, qui est la veine humoristico-tendre de Tortilla flat, Rue de la sardine et Tendre jeudi. S’il prenait la fantaisie à quelqu’un (au hasard parmi nous 😉 ) de croiser En un combat douteux et Tendre jeudi, je pense que toute la personnalité de Steinbeck serait révélée :

    • un étonnant observateur des personnes, mais aussi des paysages et des situations
    • un ardent défenseur de la cause humaine (ça sonne mal, je sais, mais il est tard), on va dire un ardent croyant en l’homme (c’est pas mieux, mais je fais ce que je peux)
    • un vivant ô combien vivant, actif et énergique, brûlant d’un idéal. Les premiers paragraphes de Travels with Charley sont marquants en ce sens : Steinbeck se positionne comme un éternel vagabond (« once a bum, always a bum ») prêt à bondir dès qu’un navire siffle son départ.

    Une troisième catégorie de romans pourrait être « romans de la terre », dans lesquels je compterais La grande vallée, Au dieu inconnu et A l’est d’eden, le dernier étant de loin le plus âpre, le plus biblique (Caïn et Abel ne sont pas loin). J’avoue que le film m’a moins frappé, mais c’est peut-être une histoire de génération (quoique, j’aime bien James Dean par ailleurs). Autant A l’est d’eden est clairement biblique et américain, avec la Faute et le Pardon, autant Au dieu inconnu m’a fait penser à Colline, de Giono, avec cette nature animiste et rebelle.

    Nous abordons maintenant les romans inclassables, ou multitrophes, dont Les naufragés de l’autocar.

    • La perle et Le poney rouge : je n’accroche pas, ce sont des romans pour enfants mais finalement destinés aux adultes, des allégories simples et finalement déprimantes ;
    • La coupe d’or : un roman historique, le premier livre de Steinbeck, l’histoire d’un homme (typique de Steinbeck) qui ne s’arrête pas aux frontières du raisonnable.

    Il me reste trois romans / récits que j’ai gardés pour la fin. A eux trois, ils décrivent l’Amérique de Steinbeck, celle qui, sans forfanterie, me fait rêver.

    • Une saison amère est un des romans pour lequel j’ai une secrète préférence, ce ne sont pas les lumières amusées de Tortilla Flat, ni la grandeur de En un combat douteux, il s’agit d’un homme, épicier, qui décide de devenir riche, d’une manière directe, non pas brutale, mais pas loin, dans les limites de sa morale pragmatique, et le lecteur est d’accord pour le suivre.
    • Les naufragés de l’autocar représente une autre incursion dans l’amérique mythique, celle des années 50, mais je trouve ce roman toujours d’actualité. Les situations sont intemporelles, les personnages sont permanents. Je cite juste un exemple mais il y en a des centaines :
    • M. Pritchard usait d’une stratégie bien établie dans ses rapports avec les gens. Il n’oubliait jamais le nom d’un homme plus riche ou plus puissant que lui, mais il oubliait régulièrement le nom d’un inférieur. Il avait découvert que d’amener un homme à décliner son nom suffisait pour le placer dans une position légèrement désavantageuse.
      John Steinbeck, Les naufragés de l’autocar, Folio n° 861, p. 183.

    • Travels with Charley est, à ma connaissance, la dernière oeuvre de Steinbeck. Atteignant la soixantaine, il décide de partir seul (enfin, avec Charley, son grand caniche) en pickup pour « redécouvrir l’Amérique ». Un pionnier, je vous dis, un vrai. Le résultat est un récit forcément daté, mais une vraie bonne tranche de vie.

    Voilà ma contribution, bien humblement.

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