Magnolia Express – 1ère partie – # 17

Nouvelles de la région
 
« Comme chaque année depuis maintenant plus d’un siècle, la Fiesta va animer la ville de Tijuana pendant quelques jours. Des processions, des spectacles en plein rue, mais aussi des forains, des gens du cirque qui reviennent chaque année pour le plus grand plaisir des habitants. Enfin, cette année, en sus du traditionnel marché de la brocante, un gigantesque marché aux livres permettra aux amateurs de mettre la main sur l’exemplaire qu’ils cherchaient depuis des années. Trois jours sans dormir, pour bien passer l’année. »
Je savais qu’en lui tendant cet article, je n’avais pas vraiment le choix : nous allions partir vers ce pays des rêves brisés, à la recherche de son Eldorado, sans savoir vraiment ce qu’il y avait au bout. Mais j’étais content, sûr de moi, sûr d’elle, c’était un voyage qu’il fallait faire parce qu’elle en avait besoin, mon petit chat aventureux.
 
Elle inclina sa tête vers moi, je voyais ses cils qui battaient un peu sur sa joue, son regard clair et sa petite fossette qui se préparait à sourire. Il était temps de parler, de lui montrer que j’avais tout prévu, arrangé, calculé, pesé, soupesé à la balance de l’existence :
– si tu veux, on y va. Je n’ai rien prévu, arrangé, calculé, pesé ou soupesé, parce que tout est simple : on ferme la maison, on charge Libellule, et on s’envole dans le soleil couchant.

Elle sourit en me regardant en coin :
– et la librairie ? et les oiseaux ?

Silence songeur. Je savais bien que j’oubliais quelque chose.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 1ère partie – # 16

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Preludin Fugue, par Eric Clapton, sur le CD Rush (B.O. du film), Warner Bros, 1992. Le disque est en vente ici.

Prélude en fugue (2)
 
Un soir, nous étions assis sur les marches de la terrasse, on voyait le vent qui courbait un peu les grandes herbes, emportant un petit nuage de poussière dans le soleil. J’avais un bras autour de son épaule, sa tête reposait sur la mienne et nous regardions les martinets qui cerclaient dans le ciel.
 
– Tu sais, quand ils veulent dormir, il leur suffit de monter à plusieurs milliers de mètres, et puis de se laisser planer toute la nuit, dans le vent. Et au petit matin, ils sont réveillés les premiers, le soleil s’occupe d’eux avant de s’occuper de nous.
– …Mmm.
 
On était bien, joue contre joue, la joue d’Aline c’est comme une douceur tiède, une sensation de Floride contre ma peau, mais bon il fallait bouger, de ce Geste dépendait – qui sait – le bonheur d’Aline et son Apaisement. Je me tortillai un peu et sortis un bout de journal de ma poche, je l’avais trouvé ce matin, l’avais soigneusement découpé, et l’avais porté avec ma jubilation durant toute la journée, en me disant que j’avais trouvé ce qui ferait plaisir à ma rêveuse. Maintenant j’avais un peu peur, alors je lui ai tendu comme ça, en regardant le champ d’herbes dorées pendant qu’elle le prenait, le lisait, le retournait.
Puis me souriait. Un sourire d’Aline c’est comme une certitude qu’il ne peut rien nous arriver, assis sur les marches face au soleil déclinant, tandis que les grillons attaquent le Prélude en Fugue.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Et allez donc, un coup d’oeil sous le capot…

C’est reparti pour les misères blogiques. Hier, comme un petit apprenti sorcier, j’avions viré des plugins (brrr que ce terme est odieux, disons des cramplogiciels) de mon DotClear, car je ne m’en servais pas (comback) ou que je souhaitais tester ma bravitude sans eux (spamplemousse. Mieux vaut un blog sans spamplemousse, mais avec les commentaires de Lili et la Grande Loulou, que l’inverse).
Las, Monsieur Jean revenu des morts, et Lili, ne peuvent plus visualiser mon bleug. La faute doit en être à un bidouillage aphteux dans un des fichiers PHP de config du bouzin, il fallait mettre des lignes abstruses dans des paragraphes abscons, et maintenant, ces lignes sont orphelines de leur cramplogiciel, alors elles plantent tout le bleug.
C’est assez perso, comme comportement.
Le plus poilant, c’est que je ne suis pas affecté par tout ça. Le bleug tourne toujours, pour moi, sous Opera, Firefox, et même, surprise, sous Internet Explorer.
Néanmoins, comme je tiens à la présence électronique de Monsieur Jean et Lili, je rétablis le cramplogiciel comback. Tenez-moi au courant, mes soeurs Anne : ne voyez-vous rien venir ?
Edit, mise-à-jour et autres pestouilles : Je n’ai pas réussi à réinstaller ComBack, car le site du concepteur est dans les nouilles. M’en fous, j’ai supprimé la ligne 95 de post.php dans DocTheme, j’espère que ça rétablit les compteurs. D’autant plus que Camille est aussi tombée dans la marmite à malices. Rah !

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Livres lus – Dennis Lehane : Shutter Island et Prières pour la pluie

Je n’ai jamais fait qu’effleurer mon plaisir à lire Dennis Lehane. J’ai rencontré l’individu à deux reprises, avec deux media différents. D’abord, je suis allé voir au cinéma Mystic River, réalisé par Clint Eastwood, avec Sean Penn et Tim Robbins. Le film était une tragédie antique, qui aurait pu dériver d’une chanson de Bruce Springsteen (je pense à The Indian Runner). Or, sans que je le sache à l’époque, le film était tiré d’un roman de Dennis Lehane.
Ma seconde rencontre avec Dennis Lehane a eu lieu avec un roman. J’étais en vacances (?) à un endroit où j’essaie souvent de fuir certaines personnes, par exemple en me réfugiant aux goguenots. Dans cet endroit, j’avais non pas une de mes lectures habituelles (celles-ci sont plutôt réservées aux gogues de mon lieu de travail), mais Ténèbres prenez-moi la main (Rivages, 2005, 512 p.).
J’aime bien les romans noirs, c’est une évasion somme toute assez commune, partagée par tous les voyageurs de trains de banlieue. Mais là j’ai eu peur. Ce qu’écrit Dennis Lehane est troublant, inquiétant, ça laisse des images en tête. Et j’avoue que cela m’a bien plu, avec un cocktail que je serais infoutu de décomposer : ce sont des images frappantes, des situations de poursuite ou d’attente angoissée, mais rien de racoleur, rien de gratuit. Je déteste, par exemple, les outrances, que ce soit du sexe ou de la violence, cette complaisance à décrire de manière malsaine des compulsions négatives. Ici, rien de celà, il s’agit le plus souvent d’un ennemi inconnu, dangereux (vraiment dangereux), insaisissable, face au détective privé et sa collègue.
De même que j’avais dit d’Erri De Luca qu’il me nettoyait la tête, je dirais la même chose de Dennis Lehane, mais dans un sens différent évidemment : Dennis Lehane, c’est le bain d’eau glacée après le sauna.
Depuis, j’ai lu Un dernier verre avant la guerre (Rivages, 2005, 343 p.), qui est en fait le premier de la série, puis Sacré (Rivages, 2005, 410 p.) – les esprits sagaces auront remarqué que l’auteur a publié 3 romans en 2005, meuh non, c’est l’éditeur français qui les sort en salves.
J’arrive aux deux derniers. Shutter Island, à l’instar de Mystic River, délaisse le tandem Patrick Kenzie – Angela Gennaro, pour se focaliser sur une autre histoire, d’autres personnages. Shutter Island (Rivages, 2006, 392 p.) est inquiétant au possible. Très peu de violence comme dans les autres romans, mais toute une analyse intérieure. L’enquête d’un agent du gouvernement dans un hôpital psychitrique coincé sur une île devient un parcours obsédant vers la vérité. Tout est chausse-trappe, tout est mensonge, et l’ambiance est franchement inquiétante. Un de ces livres qui m’a fait rater ma station plus d’une fois (et pourtant, le coucou dans ma tête est habituellement réglé à l’heure atomique). Et le dénouement en vaut vraiment la peine.
Que dire après de Prières pour la pluie (Rivages, 2006, 477 p.) ? On retrouve avec plaisir le tandem Kenzie-Gennaro, avec en sus ce psychotique de Bubba, pour une histoire encore une fois très inquiétante, qui met mal à l’aise, et ne laisse personne indemne. Du vrai polar bien noir. Et puis, une fois n’est pas coutume, j’y ai déniché une citation :

« Les bestioles nous en voulaient. C’était encore une journée humide, suffocante ; l’eau s’évaporait sous la chaleur à la surface du marécage et les canneberges sentaient plus que jamais les fruits pourris. le soleil cognait fort et les moustiques attirés par notre odeur devenaient fous. […]
Pendant un moment, j’ai moi-même opté pour une attitude zen consistant à les ignorer, à faire comme si mon corps ne présentait aucun intérêt pour eux. Mais au bout d’une centaine de piqûres environ, j’ai renoncé. Confucius n’avait jamais connu de journées à trente-cinq degrés présentant un taux d’humidité de quatre-vingt-dix-huit pour cent. Dans le cas contraire, il aurait probablement coupé quelques têtes et dit à l’empereur qu’il ne lui offrirait plus de petites phrases bien tournées tant qu’on n’aurait pas installé la clim’ dans le palais. »

Dennis Lehane, Prières pour la pluie, Rivages, 2006, p. 435-436.

Correspondance : sans grande originalité, je dirais que cela m’évoque Michael Connelly, dont je n’ai lu pour l’instant que Le Poète (Seuil, Points policiers, 2004, 541 p.).

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Magnolia Express – 1ère partie – # 15

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Preludin Fugue, par Eric Clapton, sur le CD Rush (B.O. du film), Warner Bros, 1992. Le disque est en vente ici.

Prélude en fugue

Ça faisait longtemps que je cherchais, je commençais à désespérer : je savais qu’il existait quelque part, ce livre, ça faisait si longtemps que je le cherchais. De temps en temps, je tombais sur une phrase, un paragraphe qui me plaisait, quand j’étais petite je les notais dans un cahier, et puis je les relisais le soir dans mon lit, cachée sous la couverture avec juste une petite lampe de poche.

Un soir, nous étions sur la terrasse, avec la prairie pleine d’herbes folles devant nous, et le soleil qui se couchait dans les arbres, loin derrière la rivière.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 14

Des nuages et des chats
 
Depuis quelques jours, je sentais qu’Aline ruminait quelque chose. Elle restait de temps en temps les yeux dans le vague, ni gaie ni triste, un peu pensive, et puis soudain elle s’ébrouait et je la retrouvais, un peu comme si un petit nuage floconneux était passé dans sa tête. Ça n’est pas très facile, quand on est un peu pataud, de savoir comment réagir avec ce genre de nuages, s’il faut attendre tout simplement, ou bien quoi.
Je me souviens d’une petite dame au yeux clairs, elle avait eu un chat comme ça, elle me disait : « Vous comprenez, il était bien chez nous, et pourtant, de temps à autre, il partait dans les bois, on ne le revoyait pas pendant une semaine, il ne pouvait pas s’en empêcher. Pourtant, il avait tout chez nous, il aurait pu être heureux comme ça… « .
Puis sa voix s’était un peu brisée : « Et quand il revenait, il était si affectueux… ».
Elle restait les yeux dans le vague, avec une petite ombre de larme au bord des cils, parce qu’elle l’aimait trop pour l’enfermer, elle comprenait qu’il avait malgré tout besoin de sa liberté, et qu’il ne lui appartiendrait jamais entièrement.

– Aline ?
– … moui ?
– Tu es libre. Je ne te tiens pas.

Elle a souri, puis elle m’a ébouriffé les cheveux en riant, elle fronçait son petit nez en me regardant, en riant toujours. On peut toujours poser des questions, les mots les plus importants sont ceux qu’on ne dit pas.
Si, si.

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Vide

Gros sentiment de vide.
J’ai envie de dire :
itou.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 13

Conrad et son taxi
 
Comme tous les matins, Conrad arrive et donne un petit coup de Klaxon avant de descendre de son taxi. Conrad, c’est notre deuxième lever de soleil, avec son taxi jaune vif, briqué, lavé, bichonné, toujours brillant même après une nuit de travail.
Il arrive en faisant sonner la porte, il cligne un peu des yeux, il dit bonjour à Aline (Comment ça va Aline, Bonjour Conrad, venez prendre un p’tit truc chaud avant d’aller dormir). Et on reste tous les deux, Conrad et moi, à regarder Aline qui va vers le réchaud, et qui prépare un p’tit truc chaud.
 
Un jour, j’avais demandé à Conrad pourquoi il faisait le taxi de nuit, ça n’était pas vraiment par curiosité : j’imaginais souvent des raisons diverses, et c’était suffisant.
Il a hoché la tête, les yeux un peu dans le vague tandis qu’il faisait tourner la cuillère dans sa tasse.
– Tu sais, il n’y a pas vraiment de raison.

C’était une chose à laquelle je n’avais pas pensé.
A la réflexion, c’était la seule réponse.

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Caillou – Histoire de fantômes

(comme il s’en passe dans le Montana)

C’était une vieille maison abandonnée.
Un jour, passa un fanthomme qui n’aurait pas dû passer.
Il y trouva une fantfemme qui n’aurait pas dû être là.
Il était un pur esprit,
Elle était un pur esprit :
Ils s’embrassèrent.

Un baiser de fantômes,
C’est un pétillement magnétique,
Une bulle d’étincelles,
C’est doux comme de la fumée froide,
Comme une haleine dans le brouillard.

Ils revenaient de temps en temps dans la maison abandonnée.
Parfois, il venait seul, et flottait en l’air, indécis.
Souvent, elle le rejoignait
Et ils dansaient un ballet aquatique.
Mais le lever du soleil interrompait toujours trop tôt leur rencontre.

Un an après s’être rencontrés,
Ils se quittèrent,
Pour aller vivre leurs vies fantômatiques
Ailleurs.

Nulle trace sur le sol, nulle profondeur dans les canapés
Ou sur les lits poussiéreux.
La vieille maison abandonnée fit comme si
Rien ne s’était passé.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 12

Deux auditeurs souriants

  Je suis retournée au magasin quelques jours après, je ne savais pas très bien quoi lui dire. J’étais sûre que ça n’était pas le livre que je cherchais, mais…
Enfin, j’avais beaucoup aimé « Les loups et les hommes », une suite d’histoires où l’on retrouvait souvent les mêmes personnages, sous des éclairages différents, tantôt loup tantôt homme, tantôt sympathique tantôt dangereux. L’autre livre, c’était un recueil de poèmes, « Broken leaves across the cliff ».

  – et le demi-livre ?
– Ben, vous savez, c’est un livre pour enfants…
– Oui (il sourit). Mais c’est un bon livre pour enfants, un qui finit bien.

  Je regardai un peu le magasin autour, ça n’était pas une de ces librairies avec néons blancs qui mettent les livres en prison, il y avait même deux fauteuils en vieux cuir. Il suivait mon regard :

  – C’est pour que les gens goûtent sur place avant d’acheter.
– Mais vous n’avez jamais de vols ?
– … Beaucoup de gens aiment mes livres.

  Il souriait bien, on voyait des petits plis tout autour de ses yeux, de sa bouche et ses yeux avaient l’air de beaucoup s’amuser. Un peu comme s’il se racontait des bonnes histoires, et que ses yeux s’amusent à l’écouter.
Finalement, on n’a jamais besoin d’un grand auditoire.

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Tronches de cake

Voilà le fruit de ma réunion avec huit collègues.

Il y a encore du chemin à parcourir…

ça n’est pas pour me déplaire.

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Sérénorbitude

C’est une semaine un peu étrange, et une fin de semaine discutable. Je sors de 2h30 de réunion, ce qui aurait normalement le don de m’anéantir totalement. Mais j’en ai profité pour faire des dessins (enfin, des esquisses) en essayant de mettre en pratique les premiers conseils que j’ai lus dans les deux livres de dessin que j’ai reçus pour Noël.
Je viens de décider de ne pas aller à l’aïkido ce soir.
Le texte réclamé par la grande Loulou met du temps à être écrit, car il en dit finalement beaucoup sur moi.
Il fait nuit, je tombe – sur Pandora.com – sur une vieille chanson de David Crosby.
J’aurais été étonné, si on m’avait dit « ce soir, à 17h20, tu te diras ‘allez, je vais encore faire 40 mn de calculs financiers pour la mise à jour de ce livre’, et tu l’envisageras calmement, sans frustration ni envie d’être ailleurs ».
Les secondes sont des petits caillous posés sur ma sérénorbitude.

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Squelette

J’avais été invité à dîner chez lui. Nous passmes à table : il y avait six squelettes assis à table, plus nous deux, soit huit convives. Il m’expliqua que les Romains dînaient toujours avec un squelette à table, pour se rappeler la présence de la mort.
Pour lui, c’était l’inverse : il invitait de temps en temps un convive pour essayer de se convaincre qu’au milieu de toute cette mort qui nous entourait, il existait peut-être encore un peu de vie.

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Magnolia Express – 1ère Partie – # 11

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Mississippi River, par J. J. Cale, sur le CD Grasshopper, Mercury, 1982. Le disque est en vente ici.

Mississippi River
 
Quand on arrive à la librairie, il est encore assez tôt, le soleil découpe des triangles de lumière sur les façades et les rues sont plutôt vides. Mais le temps que j’ouvre la porte, que je sorte les étalages et qu’on passe un coup de balai, on dirait que les gens se sont donné un signal, ils sortent tous dans la lumière et passent devant la vitrine, comme un fleuve. La rue était une rivière calme dans le matin, le brouillard y flottait encore quand le soleil s’est levé, on entendait des oiseaux chanter. Tout à coup, elle se colore, s’anime, et s’emplit d’une rumeur bourdonnante, elle devient fleuve animé, charriant des sentiments, des problèmes, des préoccupations, certains passants trottinent, d’autres remontent lentement le courant, le sourcil froncé et le regard fixé au ras de l’eau.
Aline et moi, on a choisi de rester sur la berge.

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Batana – Blö (et quelques autres)

Blö : n.m. Personne qui marche sans regarder où elle va. Ex : qui regarde les vitrines de Noël ; qui regarde les étagères Ikéa ; qui consulte son portable.
Par extension : véhicule de la voirie qui arrose le trottoir avec un jet puissant destiné à catapulter les crottes dans toutes les directions, déclenchant une sensation de brumisateur merdeux sur le visage et les mollets du quidam (et de la Qui-Dame) qui passe.

Et voici les contributions récentes d’Atchoum :

  • Batana – Stymphaler : v.i. Enumérer une liste bien connue, par exemple les 7 Merveilles du Monde, les 9 planètes du système solaire (encore que la 9ème fasse débat), les 12 Travaux d’Hercule, … s’apercevoir qu’il nous en manque un. S’énerver. « J’ai encore stymphalé sur les 7 Nains ».
  • Ubuntu – Ensolminé(e) : adj. « Une journée ensolminée ». Se dit d’une journée où, s’éveillant dans un train, on ouvre les yeux et découvre un paysage particulièrement enchanteur, comme le soleil levant sur la Loire par un matin d’hiver. Voir cette boule d’un rouge ardent et graver dans sa mémoire les couleurs insensées du ciel et de l’eau qui se confondent. Se dire que le dormeur en face de soi ne verra jamais cela. Croire qu’on a compris Monet.
  • Batana – Sépojuste : n.m. Sentiment de frustration qu’on éprouve devant une machine ou un appareil quelconque, lorsque les mêmes causes, reproduites plusieurs fois, ne semblent pas avoir les mêmes effets. Typiquement ressenti dans la file d’attente d’un magasin, alors que votre carte de crédit a été refusée pour la troisième fois, et que les 17 personnes derrière vous montrent des signes d’impatience (les 14 personnes devant vous, elles s’en fichent, car elles ont déjà quitté le magasin). « Sépojuste, elle a très bien marché au distributeur de billets y’a 1/2 heure… » « Ah, ben alors vous pouvez payer en liquide ».

Tout cela a évidemment été enregistré dans l’Encyclopedia Batanica.

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300ème thibillet – Magnolia Express

Pour marquer d’une pierre blanche ce 300ème thibillet, je constitue un thibillet modifiable, à l’instar du 200ème billet.

Le projet Magnolia, d’abord hum hum évoqué (presque) fuligineusement, a repris du souffle, puis s’est allumé le 14 décembre, 5 mn avant que je ne descende fêter ça en offrant une heure open bar dans le lieu de mes perditions.

Voici donc la table des matières, que je complèterai régulièrement, de telle sorte que l’internaute nouvellement arrivé(e) puisse lire les chapitres dans le bon ordre.

Titre et début de la première partie : Prélude en fugue

Le vieil homme et la rivière
Café brûlé
Bob
Repas d’affaires chez les oiseaux
Tout sauf Joe Schlabotnik
Caletown
Deux livres et demie d’inconnu
Libellule
L’aigle de la route
Les loups et les hommes
Mississippi River
Deux auditeurs souriants
Conrad et son taxi
Des nuages et des chats
Prélude en fugue
Prélude en fugue (2)
Nouvelles de la région
De pancartes jalonner notre vie
Jack Kerouac, et quelques paysages

Deuxième partie : En glissant doucement au loin

La victoire des ours barbus
In the night, par Edward Hopper
Et ta nuit sera illuminée comme la mienne
Paquebot Taxi
Joe le bûcheron et les bouches d’incendie
Il faudrait que j’en parle à la NASA
Petit guide à l’usage des durs d’oreille
Papillons de nuit
La quête (1)
La quête (2)
Fort Zinderneuf
Breakfast dans l’air surchauffé
Maîtriser sa vie
Plongée sous-marine
Déchirement
Rhapsody in wood
Rendez-vous au paddock
Eileen
Rêve nocturne au milieu de l’été
Wells Fargo Inc.
Etape de nuit
Stuffy Beans
Repos
Tribunal de lapins
Lac
Gros Bêta
Vénus
Big Salmon Inc. (1)
Big Salmon Inc. (2)
Pas de mots pour ça

Troisième partie – Tijuana

Lait et crème fouettée
Pluie d’argent dans la vallée
Vieux Bill Horseshoe
Le convoi de la Rivière Sanguine
Mouvements syndicaux chez les lettres
Vieux Bill Horseshoe (2)
Vieux Bill Horseshoe (3)
Cargo cabane
George et Théa
Dîner des Grands de ce Monde
Dîner des grands de ce monde (2)
Pensées de Conrad
Dîner des Grands de ce Monde (3)
Un rêve d’Aline
Cahutes
Cahutes (2)
ça marche
Anecdotes
Ballade
Marée humaine
Les îles enchantées
Âmes en peine
ça marche (?)
Gloire à nos courageux pilotes
Et ta peine sera lavée dans les eaux d’un fleuve boueux

Quatrième partie – Magnolia

Quelque part au sud
Hauteurs du Tamalpais, 3h du matin
Grande pensée (1)
Grande pensée (2)
Grande pensée (3)
Grande pensée (4)
Grande pensée (5)
Cailloux blancs
Train fantôme
Train fantôme (2)
Assis sur ce train
Union Station
Si tu passes un jour en Oklahoma
Traces
Sautillons sautillons
Expectative
Haïku du vide
Grande pensée ?
Pas plus qu’un autre

Epilogue

La chanson du bateau de rivière

14 poèmes pour Aline

I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV.

Voilà, c’est fini. Un thibillet final se trouve là.

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Prise de poids… numérique

Je suis en train de ranger mes photos argentiques. Toutes mes photos argentiques. Cela fait des mètres et des mètres linéaires de photos. Une folie, bien plus que je n’aurais cru. Je vous régalerai du calcul, mais à vue de nez, ça ne peut pas être inférieur à 20 000 photos.
J’en viens à mon propos du jour. Je suis, comme tout le monde, passé au numérique. Certes, j’ai encore mes Nikon argentiques et les Leica (hin, hin, voui, voui !) argentiques de feu mon oncle, mais désormais, le numérique a pris le pas.
Ceux qui ne réfléchissent pas (mais je sais que mes lecteurs et lecteuses ne sont pas du nombre) diraient « très bien, ce passage au numérique, ça évitera de rajouter des cartons de photos ». Las, les photos numériques prennent de la place… numérique. Pour l’année 2005, 1,33 Go. Pour 2006, 15,4 Go (car changement d’appareil). 15 milliards 400 millions d’octets, soit plus de 120 milliards de bits. Certes, les disques durs se font tout petits, et une carte flash contient désormais l’équivalent d’un millier de disquettes 3″ 1/2 (3 000 disquettes 5″ 1/4).
Mais les capteurs des appareils augmentent en capacité. Une photo « pèse » 3 mégas actuellement dans mon Nikon, mais le même type de photo pèsera plus lourd dans les générations futures d’appareils. Quant aux vidéos numériques (format DV), elles pèsent 200 Mo pour une minute, 1 Go pour 5 minutes… Je vous laisse imaginer quelqu’un qui filme, non-stop, l’anniversaire de son fils.
Aussi, tandis que certains auteurs sympathiques réfléchissent sur les problèmes d’identité numérique, je m’inquiète pour ma part de l’espace numérique occupé dans la vie de chacun. De même que, il y a quelques années, on a commencé à voir des loueurs de boxes (espace physique) pour désengorger les garages, greniers, caves (pour les maisons individuelles), verra-t-on des désengorgeurs numériques ? Après Weight Watchers, data watchers ?

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Fulgurance

En écoutant des B.O. de films, notamment de westerns, notamment « Eldorado » :

Cyrano de Bergerac au siège d’Arras, c’est un peu John Wayne (et Richard Widmark) au siège d’Alamo. Certes, pour le premier, on pourrait dire qu’on lui a forcé la main (« vous aurez la bonté de vous faire tuer »), mais ce diable d’homme de Cyrano aurait refusé si cela avait été contraire à son sens de l’honneur. Dans les deux cas, il s’agit de cela : « les caves parlent d’un cas de conscience, nous on dit : un point d’honneur » (Pascal, dans Les Tontons Flingueurs). Voilà, ces hommes admirables se font tuer (ou blesser) à cause d’un point d’honneur. Ou est-ce à cause de ce point d’honneur qu’ils sont admirables ?

Je retourne à mon Souvaroff de steak haché. (mais bon sang, il faut que j’apprenne à peler les tomates, ça gâche tout, ces petites peaux).

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Magnolia Express – 1ère partie – # 10

Les loups et les hommes
 
Alors je suis rentrée avec ces deux livres et demi sous le bras, j’étais plutôt embêtée, j’aurais préféré acheter un livre et puis voilà. Quand je suis sortie de la librairie il souriait toujours gentiment, puis il s’est penché à nouveau vers l’étagère du bas.
 
Quelques blocs plus loin on voyait une devanture avec des étalages de fruits, je me suis acheté une pomme verte et une pomme rouge, et je me suis assise sur un banc à côté. Il y avait juste un petit souffle de vent, et on entendait un peu de musique dans une maison en face, là où un rideau bleu ciel bougeait doucement à une fenêtre. J’ai croqué dans la pomme verte en ouvrant le premier livre et j’ai commencé à lire, dans ces cas-là on ne sait pas du tout ce que ça va être, et puis après on ne se souvient plus de rien, on se laisse juste entraîner, il y a des livres bien, et puis il y a les autres, jusqu’à la dernière page on attend ou on espère.
Le livre s’intitulait « Les loups et les hommes » (j’aime bien les loups) et il commençait comme ça : « Dans un système écologique, les prédateurs ne peuvent jamais être plus nombreux que leurs proies, sous peine de mourir de faim rapidement. La régulation cyclique des espèces (un être naissant prend la place d’un être mort) assure la survie harmonieuse de chaque groupe : dès qu’un point d’équilibre est rompu entre prédateurs et proies, on assiste à un mécanisme de régulation. L’une des espèces se développe jusqu’à un nouveau seuil d’équilibre, ou bien se réduit, faute de nourriture. L’observation d’une pyramide alimentaire permet de comprendre qu’il existe un équilibre naturel entre chasseurs et proies ».
En fait, je devais m’en apercevoir, ça n’était pas un livre sur les loups, enfin pas ceux auxquels je pensais.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 9

L’aigle de la route
 
J’ai toujours aimé rouler, en voiture, en camionnette, à moto. Je me souviens, quand j’avais quatorze ans j’avais acheté une mobylette avec mes économies, évidemment c’était pas le dernier modèle, et tous les garçons du quartier, ils me prenaient cent mètres dès le feu vert, et puis ils se croyaient en sécurité, ils ne savaient pas que l’Aigle de la Route était derrière eux. Dès qu’on avait une ligne droite un peu longue, je n’avais même pas besoin de la pousser, ma mob les rattrapait doucement, ils ne se doutaient de rien avec leurs pétrolettes couleur rose bonbon. Et puis tout à coup, leurs cheveux se hérissaient, et ils se courbaient vite sur le guidon, espérant m’échapper. Mais on n’échappe pas à l’Aigle de la Route sur son Speedster Compensé, voilà ce qu’il en coûte de se croire infini. Je les dépassais l’air dégagé, les yeux fixés loin devant, sur une trajectoire enfin digne de moi et bientôt je n’entendais plus que le ronflement du Speedster, tandis que leurs plaintes s’envolaient dans le vent, tout ça c’était déjà du passé.
 
Je me souviens avoir téléphoné chez moi, le jour où on m’a volé mon Speedster, j’avais couru partout autour du collège, il ne restait plus que l’antivol rouge vif.
– Manman…
– Qu’est-ce qu’il y a, tu vas bien ? Dis-moi, il ne t’est rien arrivé ?
– Manman…
– Pourquoi as-tu cette voix, ô mon dieu, mais dis-moi ce qui s’est passé, est-ce que tu es encore entier ?!
– on m’a volé le Speedster…
– le quoi ?
– … ma mobylette…
 
Je n’y peux rien, je m’attache très vite. J’aurais aimé présenter le Speedster à Libellule, ils se seraient bien entendus, et Aline en aurait fait un copain.
Alors je regarde souvent dans la rue, si je ne le vois pas. Un jour, peut-être, je le retrouverai. J’espère.

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Trêve des confiseurs

Je prends des vacances, ce blog prend des vacances, il n’y a que les spammeurs qui sont actifs 24h/24.
Rendez-vous en 2007, profitez des nuits bleutées de fin d’année.

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Caillou – Résolution

J’ai décidé d’arrêter de subir la pression
je suis désormais l’oeil à l’intérieur de l’oeil.

A chaque battement de paupière,
le monde extérieur se réinvente,
mes priorités se réajustent.

la saveur d’une gorgée de café pourra valoir plus que dix années de travail,
si la gorgée arrive au bon moment.
Le tout est d’être disponible,
ce qui n’est pas facile.

Je vis et je respire,
je cligne souvent des yeux,
et le monde se fixe
comme une photographie.

Désormais, je suis l’apostrophe du mot Aujourd’hui.

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Livre lu – Eric-Emmanuel Schmitt : L’évangile selon Pilate

Au retour du semi- et du marathon d’Amsterdam, discussion nocturne dans la voiture qui nous ramenait à Paris. Je parlais du Judas de Marcel Pagnol, une pièce sur laquelle le sort s’est acharné (interprète principal tombé gravement malade, réactions des chrétiens et juifs, difficultés à atteindre l’équilibre financier), mais qui avait une thèse audacieuse.
Judas, le disciple préféré, le plus cultivé, celui qui gérait les ressources financières des apôtres, aurait trahi le Christ sur sa demande (« L’un de vous doit me trahir ») (c’est moi qui souligne). A cette occasion, nous avons eu une grande discussion à 5 : un juif pratiquant, un catholique pratiquant, et 3 non alignés (entre athée et agnostique). L’un des participants m’a alors conseillé de lire L’évangile selon Pilate (par Eric-Emmanuel Schmitt, Livre de Poche n° 30 514, 2005, 286 p.)
C’est fait.

Ecce HomoCe livre est composé de deux parties, et d’un supplément :

  • Une première partie (intitulée prologue, mais longue), où Jésus, dans le Jardin des Oliviers, parle et se remémore ce qui l’a amené là.
  • Une seconde partie où c’est Pilate qui parle, et qui enquête.
  • Un supplément, le Journal d’un roman volé, qui est lui-même un petit roman racontant la sortie du livre.

J’ai beaucoup évolué au fil de ma lecture.

  • Phase 1 : oui, c’est une écriture simple, voire simpliste, on y retrouve la thèse de Judas qui trahit par obéissance, mais c’est moins creusé que dans la pièce de Pagnol, tout cela se lit confortablement, se lit vite, ce n’est ni désagréable, ni transcendant.
  • Phase 2 : Pilate est quand même étonnant, il est rationnel comme un romain, et il cherche des explications plausibles à l’inexplicable. Son enquête est une enquête policière, et il est étonnant de ressources, d’imagination, pour chercher le(s) coupable(s) du vol du corps du Christ dans son tombeau. Plus les pages passent, plus le Pilate sanglé dans sa fonction devient un humain, peut-être même (mais l’histoire s’arrête avant) un germe de chrétien.
  • Phase 3 : Ce roman finit sur une phrase majestueuse, et l’on poursuit dans son plaisir avec cette partie rajoutée, ce journal d’un roman volé, où Eric-Emmanuel Schmitt livre ses pensées pendant les derniers mois de rédaction, et les premiers mois de ventes du livre. Là encore, la dernière phrase est étonnante.

Que dire de ce roman (je tiens au terme, autant qu’Eric-Emmanuel Schmitt) ?
Son apparente simplicité n’arrive pas à occulter l’énorme travail, intellectuel et spirituel, de l’auteur. Le lecteur est constamment respecté dans ses convictions, Eric-Emmanuel Schmitt ne démontre pas, il illustre, alternant les données d’enquête (comment crucifiait-on ?) aux pages sensibles, ou drôles, ou profondes. Le tout, je me répête, sous un discours extrêmement simple, qui a presque valeur de parabole.
Je ne sors pas de ce livre en étant (re ?) devenu chrétien, mais voilà un roman que je conseillerais à toute personne ayant un minimum d’ouverture d’esprit, et d’intérêt pour les religions.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 8

Libellule

Pendant qu’Aline s’installe, je nettoie vite le pare-brise de Libellule, c’est ma camionnette. Je le fais rapidement, en surveillant Aline parce que temps en temps elle me pique ma place et j’ai perdu mon tour de conduire. Non, ce matin, elle farfouille juste dans la boite à gants, et elle pêche sa paire de lunettes fumées, un truc qui lui cache tous les yeux, on se demande comment elle fait pour voir à travers. Elle a mis un T-shirt clair et on voit ses bras bronzés et elle me regarde et je souris, allez c’est bon, il est propre ce pare-brise, de toute façon on connaît bien la route, Libellule et moi.

Comme d’habitude, Libellule refuse de démarrer d’abord, on dirait qu’on la réveille, et je sens qu’Aline sourit, parce qu’elle, elle n’a jamais de problème, elle est bonne copine avec Libellule. Dans ces cas-là, je prends un air sérieux en donnant des petits coups d’accélérateur, allons allons, dépêchons-nous, voyons, pas d’enfantillages.

VROUM, VROUUUUM, Vroummmmm…

La main d’Aline vient juste se poser sur ma nuque comme un petit animal, et je fais attention aux cahots, pour ne pas effrayer cet oiseau-mouche que je sens tout chaud, palpitant. Pourquoi aller chercher plus loin ?

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à Chou

Je marche comme un coureur, c’est la nuit, c’est l’hiver
Les frimas estampillent d’une nuée blanchâtre
Les trottoirs fatigués, leur poussière grisâtre,
Sous mes pieds assoiffés en quête d’un mystère.

Les astres n’étaient pas dans la bonne atmosphère.
J’ai dû combattre ainsi avanies et tracas.
Voyez-moi maintenant, j’étais piégé là-bas,
Par ma femme, par ma gorge, surtout par mes sphincters.

Mais la nuit est glaciale, et  l’étoile polaire.
Il fallait que je bouge le sang qui est en moi
Pour réveiller la bête, qu’elle ressente l’émoi
De venir à une fête, à cet anniversaire.

Je dois donc le rejoindre, ce Laurent trentenaire
Il n’est pas beau, ah non, et pour que Vanessa
L’ait accepté enfin, c’est qu’il ressemble à moi
En moins bien peut-être, mais quand même mon frère.

Poilu, barbu, fourchu, expulsé des enfers,
Il pratique un sabbat odieux et satanique
Entouré de ses femmes, ses sbires et de sa clique
Dans son temple vaudou, nommé Petit Keller.

Repentez-vous chrétiens, le vin est délétère !
La joie est dangereuse, elle détourne de Dieu.
Oubliez ce pêcheur et ses genoux cagneux
Ses enfants corrompus, son épouse adultère !

Laurent, mon pauvre ami, ne fais donc plus le fier,
36 ans ont sonné, tu n’es plus qu’une épave
Un Titanic rouillé de la poupe à l’étrave
Vieux laboureur de flots, jadis séminifère.

Il est tard, et tout sombre, éléphant solitaire.
Les plaisirs ont vécu, les souvenirs nous restent.
Souviens-toi bien longtemps de ce soir, de cette feste.
Le monde était à toi, et à nous, forts et fiers.

En cette soirée glorieuse, au profond de l’hiver,
Où de tes 36 ans, tu narguas la planète
Et elle nous attirait, ta force centripète
Faisant étinceler tout ton anniversaire.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 7

Deux livres et demie d’inconnu

– Bonjour Monsieur, voilà je cherche un livre.
– Ça tombe bien, parce que j’en vends. Si on a de la chance, j’ai peut-être votre livre ?
– Ben oui, j’espère, parce que je l’ai souvent cherché, mais à chaque fois on m’en donne un autre…
– Ah bon…
– … Mais je ne veux pas le dernier livre de Joe Schlabotnik, parce que ça n’est pas celui-là.
– Ah bon…

Il me regardait en souriant, et puis il s’est relevé en fermant son cahier, il était un peu plus grand que moi. Il continuait à sourire alors j’ai dit Je veux un livre à lire vous comprenez, et tous les libraires me posent des questions et à la fin ils me vendent un livre qui n’est pas du tout ce que je cherchais.

Il hochait la tête d’un air sérieux, il faisait une petite moue, il avait l’air de chercher.

– Bon, me dit-il, c’est un peu embêtant…
– Vous n’avez pas ce genre de livre ? (Déjà, je me préparais à partir, c’est quand même énervant).
– Si, si, mais j’en ai plusieurs différents, alors je ne sais pas…
– Ah…
– Écoutez, je peux vous les prêter, et puis vous m’achèterez celui qui vous plaît ? Je suis désolé, normalement je donne des conseils et les gens sont contents. Ça ne vous embête pas que je vous les prête ?
– Non pas du tout, mais … (il souriait) … Qu’est-ce qui vous dit, enfin, je veux dire, je pourrais … (il souriait) …

Il se tourna légèrement, attrapa deux ou trois livres sur l’étagère du haut. Enfin, deux livres normaux et puis un petit qui n’avait pas encore fini de grandir. Deux livres et demi.

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Magnolia Express – 1ère partie – #6

Caletown

Après le petit déjeuner, il faut se préparer pour aller en ville, parce que la librairie doit ouvrir comme tous les matins, sinon les gens s’inquiéteraient. Les fois où je n’ai pas ouvert la librairie le matin, il y en a qui viennent me voir le lendemain, et ils ont l’air ennuyé : « Vous n’avez pas ouvert, hier matin ? ». Alors j’essaie de les rassurer, parce que c’est vrai que c’est gênant, il ne faut pas causer de mauvaises surprises aux gens qui aiment les livres.
Aussi ce matin je pousse un peu Aline qui se brosse les dents, et je dis C’est sûr que ce serait mieux si on habitait au-dessus de la librairie, comme ça on pourrait l’ouvrir et puis retourner petit-déjeuner, et puis on installerait une sonnette et il y aurait marqué « Si vous voulez un livre, vous n’avez qu’à sonner ». Mais Aline me répond en secouant la tête (elle a encore de la mousse dans la bouche), puis elle dit A Caletown, on ne verra plus Bob, et puis c’est bien ici, et les oiseaux qu’est-ce qu’ils mangeront ?
Oui, c’est vrai. Aline a souvent raison, parce qu’elle voit des choses que je ne vois pas, comme Bob ou les oiseaux. J’aime bien Aline, on tombe toujours d’accord.
Alors je vais faire chauffer la camionnette, et puis on part. Ce matin, c’est à moi de conduire.

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Magnolia – passage au multimédia

Dès le départ, ce roman était conçu comme « devant être écouté avec certains morceaux de musique ». Ou, pour être plus précis, certaines pages – mais pas toutes, loin de là – sont associées à un morceau de musique, l’ensemble des morceaux constituant la « Bande Originale » du roman.
Je viens donc de mettre en place le premier morceau, et cela nécessite un discours juridique et moral (ce qui n’exclut pas le plaisir) :

  • Je suis propriétaire de tous les CDs sur lesquels se trouvent les morceaux que je cite.
  • Je ne prends au maximum que 19 secondes de chaque morceau, encodé en MP3 et en mono, pour indiquer clairement le caractère de citation courte d’une oeuvre, dans le respect de la jurisprudence actuelle.
  • Je mentionne à chaque fois le titre de l’oeuvre, de(s) auteur(s), le distributeur, et pointe vers un site de vente du CD.
  • Je mets ces citation pour vous encourager à acheter légalement ces morceaux, et rémunérer les artistes. Si vous êtes étudiant(e) désargenté(e), je vous signale que ces titres se vendent aussi à l’unité sur les sites de musique en ligne, et qu’il existe des sites de vente de CDs d’occasion.
  • Je retirerai ces morceaux sur simple demande de la part des auteurs ou de leurs représentants.
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Insondables abîmes bureaucratiques

Ce matin, démarche pour m’inscrire sur les listes électorales. (car je veux pouvoir voter pour le président Salengro en avril 2007).

– Bonjour, je veux m’inscrire sur les listes électorales.
– Y faut votre carte d’identité.
– Voilà.
– Y faut un certificat de domicile.
– Voilà une facture EDF.
– Ah aaaah ! Mais elle date de juillet ! Il faut une facture de moins de 3 mois !
– Oui, mais je suis mensualisé. Regardez, ma prochaine facture arrivera en juillet 2007…
– Pas de problème, donnez-nous une facture GDF.
– La voilà : je suis aussi mensualisé.
– Une facture France Telecom.
– Je ne suis plus abonné FT, j’ai une Freebox.
– Ah ben alors c’est tout simple, demandez une quittance de loyer.
– Je suis propriétaire.

(long silence)

– une facture de téléphone portable !
– Ah oui, ça j’ai.

Moralité : la ligne EDF, elle est physique, elle atteste bien de ma présence dans un lieu donné. Les tuyaux de gaz, ils arrivent chez moi, donc ils valent un certificat de domicile. Les fils de France Telecom sont connectés à ma maison, donc valident ma présence. Mais finalement, qu’est-ce qui est retenu pour attester de mon domicile ? Un téléphone portable, le plus nomade des équipements.
L’administration française est total en avance. A quand la taxation des revenus dans les mondes virtuels ?

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Caillou – Noël

Premières gelées.
Le soleil d’hiver
est une chandelle qui transforme
le givre en sucre cristal
sur les trottoirs.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 5

Tout sauf Joe Schlabotnik

Je m’appelle Aline, et il y a un mois je voulais acheter un livre, mais je n’avais pas d’idée, je voulais juste lire un livre. C’est toujours très difficile de trouver ce genre de livre, on a l’impression qu’on embête les libraires, ils ne savent pas du tout quoi vous proposer. Alors je suis descendue vers le centre ville, en essayant de trouver une librairie que je n’avais pas encore essayée, mais je ne me faisais pas d’illusions : on allait encore me poser plein de questions, tout ça pour se retrouver avec le dernier roman de Joe Schlabotnik, « tout le monde m’en dit du bien, vous verrez vous allez aimer ». Alors moi je veux bien, je prends le livre, je le paye et je le lis, mais ça n’est jamais le livre que je cherchais.
J’attendais le signal lumineux pour traverser la rue, quand j’ai vu une petite librairie un peu plus loin sur la droite, de l’autre côté de la rue, il y avait marqué LIBRAIRIE en jaune au dessus de la devanture, et quelques étalages devant, avec des livres rangés sagement. J’essayai de voir à l’intérieur, mais il ne semblait y avoir personne. Pourtant quand j’entrai, je le vis, accroupi devant une étagère, en train de noter quelque chose sur un cahier.

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Actor’s studio

Tronche de cakeJ’ai été contacté par un étudiant du MBA dans lequel je sévis, pour une interview en vidéo. Je me disais « OK, pas de problème, il pose des questions, tu réponds des conneries trucs de prof ».
Or, le sympathique étudiant m’a détrompé : point n’était-ce une interview, mais plutôt un monologue filmé.

– mais de quoi je parle ?
– de ce que vous voulez…
– mais je vais dire des trucs inintéressants
– mais non, mais non…
– mais je vais pas y arriver sans tableau ni diapos
– mais si, mais si…
– mais ma cravate est tachée
– mais non, mais non…

Il y a encore des progrès à faire (diction, body language of the star wars), mais il paraît que je suis tel qu’à l’ordinaire.

Avertissement 1 : ceux qui ne me connaissent pas, vous avez encore le choix de reculer, de laisser s’exprimer vos fantasmes sur l’être idéal que je pourrais être, et de vous affranchir de la réalité crue d’une vidéo peu flatteuse dans un bureau pourrave.

Avertissement 2 : le monologue dure plus de 8 minutes, ce qui est très long. Je vous conseille de télécharger toute la vidéo avant de la regarder (en appuyant vite sur pause et en attendant que le petit curseur gris aie rempli la ligne blanche, attention, ça fait sauter deux points au permis), ça évitera les sautes d’image ou de son.

Bon, vous êtes sûr(e) ? C’est ici.

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La Grande Faille d’Utopie

Les mondes virtuels et leur économie parallèle, j’en ai déjà parlé. Dans la même veine, je lis que des hackers vendent aux enchères des failles de sécurité non encore patchées dans Windows Vista.

J’apprends avec les techno-beaufs : une faille de sécurité, c’est une brèche dans les bits. Certains hackers découvrent que, en réalisant une séquence d’opérations données (ex : j’envoie une requête en AnarchicBasic dans une table MySQL en même temps que je fais Alt-Z-O-R-R-O sur le clavier), on peut déclencher des choses non prévues, qui permettent par exemple de « rentrer » dans le système d’exploitation pour, just for fun, reformater un disque dur à distance, envoyer des miyards de spams, ou faire en sorte que l’ordinateur acquière une conscience supérieure.
Il existe des dizaines de failles de sécurité non corrigées dans Internet Explorer ou dans Windows.

Cela devient extrêmement gloussatoire. Que des gens vendent aux enchères une faille de sécurité (un actif hautement immatériel) sur un système d’exploitation non finalisé (Windows Vista n’est pas encore sorti – et à mon avis, une version non bugguée ne verra même jamais le jour), c’est de la virtualisation de virtuel. Et que d’autres personnes achètent cette information pour des dizaines de milliers de dollars, ouloulou, ça promet une dévaluation du dollar. Ou de l’action Microsoft. Ou de la place boursière virtuelle des mondes en ligne comme Second Life. Ou du sous-jacent électronique des écritures de bourse passées dans les chambres de compensation.
En finance, on a les options. Option d’acheter une action. Option de vendre du cacao à terme. On a aussi les options d’options (option d’acheter une option de vente de blé à 3 mois), les options d’options d’options etc. Cette mise en abyme devient vertigineuse : à quand des hackers virtuels, vivant uniquement comme avatars sous Second Life, qui attaqueront le système informatique de la Bourse de Second Life, bref, des informaticiens d’informaticiens d’informaticiens attaquant la Bourse d’un jeu d’une société.
Une seule certitude : les ventes d’aspirine vont flamber.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 4

Repas d’affaires chez les oiseaux

Chaque matin, quand nous avons fini de boire le café, Aline s’étire sur sa chaise, se lève et met les grandes tasses dans l’évier, puis fait couler dessus de l’eau chaude, un petit nuage de vapeur monte vers la fenêtre.
Les oiseaux connaissent bien l’heure, et quand je sors pour secouer la nappe, ils atterrissent juste sur les dalles de la terrasse. Certains se posent à la fin d’un long vol plané, en battant rapidement des ailes, puis sautillent vers moi d’un air affairé. J’aime bien ce moment là, à déchaîner une petite fête avec ma nappe de coton à carreaux. Par derrière, j’entends les cling cling d’Aline qui finit, le soleil commence à fabriquer des ombres, et la rivière se devine derrière une rangée d’arbres, un peu plus bas. Quelquefois, je reste avec ma nappe qui pendouille, à écouter et regarder. Au bout d’un moment, j’entends qu’on pousse le battant de la porte derrière moi, et deux bras doux se nouent autour de ma taille. Je sens son visage appuyé contre mon dos, elle écoute aussi et je n’ose plus bouger.
Ça fait déjà longtemps que les oiseaux sont partis travailler.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 3

Bob

Quand nous descendons enfin, les champs commencent à être ensoleillés, et une fumée de vapeur monte de la terre, les arbres sont encore endormis, on entend juste quelques oiseaux. De temps en temps, quand on a de la chance, on voit un renard qui traverse l’herbe en trottinant et qui rejoint vite la haie dans l’ombre. Je l’ai appelé Bob.

Je me souviens de la première fois qu’Aline a vu Bob. C’était au petit matin, je ne la connaissais que depuis la veille et je ne savais pas encore comment elle dormait, ce qu’elle aimait comme café, ce qu’elle pensait du Président Nixon, enfin tout quoi. Nous dégustions notre café brûlé, les yeux dans les yeux, je regardais les paillettes dorées dans les siens, et les petits plis de sourire autour. Je la regardais froncer le nez, plonger dans sa tasse à la recherche des dernières gouttes, et puis soudain elle s’est immobilisée, le regard fixé derrière moi, vers la fenêtre de la cuisine. Je me suis retourné juste pour voir le panache de Bob disparaître dans le fourré.

– c’est Bob, lui ai-je dit. Pour expliquer.

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Décimer les importuns

L’inconvénient, d’avoir une ligne téléphonique qui marche à nouveau, ce sont les démarcheurs qui appellent « pour m’informer des toutes nouvelles dispositions fiscales ». J’ai une solution pour éviter ces fâcheux, qui m’est apparue cette nuit vers 4h du matin.
Cela part du syndrôme du bon skieur. Quand on est skieur débutant, on passe 15 minutes à remonter la pente (tire-fesse, télésiège, tire-fesse) et 2h à la descendre. Rapport plaisir-emmerdement : 8 pour 1. Quand on est bon skieur, on passe 15 mn à monter (non, les bons skieurs ne montent pas plus vite) et 5 mn à descendre. Rapport plaisir-emmerdement : 1 pour 3.
Au téléphone, qu’est-ce qui prend peu de temps au démarcheur ? Le temps de composer le numéro…
On a connu (j’ai connu) les numéros à 7 chiffres, puis à 8 chiffres, puis à 10 chiffres. L’inflation de la population nous conduit inéluctablement à des numéros avec plus de chiffres, ou avec des décimales. Au lieu de composer 01 42 52 62 72, il faudra composer, pour certains, le 01 14,72 26,743.
« Cela ne change rien », direz-vous. Que si.
Si vous voulez être mis en liste rouge, vous demanderez à avoir un numéro fraction.
Le démarcheur qui voudra m’appeler à mon numéro « 2/3 » sera obligé de composer « zéro virgule six six six six six six six (etc. à l’infini) ». Même Rachmaninov, y pourra pas me joindre…

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Magnolia Express – 1ère partie – # 2

Café brûlé

Quand on a échangé un signe, le vieil homme et moi, je remonte dans la chambre avec ma tasse de café. C’est du bon café brûlé, et l’odeur embaume tout l’escalier et la chambre. Je m’assieds dans le lit et j’attends que l’odeur chatouille les narines d’Aline, j’attends qu’elle se retourne en faisant Mmmmmgrmff vers ma grande tasse de café. J’adore la regarder qui se soulève, et qui me lance un regard peu amène, des cheveux dans la figure et le nez chiffonné. Moi je me contente de prendre un air détaché, et de humer mon café en regardant les rayons de lumière au plafond. Ça n’est pas de ma faute si j’aime bien me lever tôt le matin, et le café quand il a une chaude odeur de bois.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 1

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de The Old Man and Me, par J. J. Cale, sur le CD Okie, Mercury, 1974. Le disque est en vente ici.

Le vieil homme et la rivière

Chaque matin, le vieil homme passe devant ma maison. La brume se lève à peine, la rivière est encore tranquille, glacée comme un miroir et transpercée ça et là par quelques roseaux pointus. Il suffit que je descende vers la berge, l’herbe me chatouille les pieds, que le ciel soit gris ou bleu, pour entendre le bruit de son vieux moteur, comme une horloge qui ferait Touk Touk Touk Touk. Quelquefois je me suis fait un café, et je descends avec ma grande tasse serrée dans les mains, d’autres fois j’ai juste les poings au fond des poches, les yeux plissés à attendre l’apparition de son vieux bateau au tournant de la rivière. Il passe chaque matin, pour aller pêcher plus bas, vers la mer, on se fait juste un signe, ça nous suffit pour la journée. Et quand la vie est triste, quand tout est lourd et sans saveur, j’aime bien le voir glisser doucement vers la mer. Il ne pourra rien m’arriver tant que le vieil homme passera chaque matin devant ma maison.

Aline me dit que ça ne sert à rien, elle ne comprend pas et souvent elle me jette un oreiller à la tête quand je me lève. ça fait partie du rite, et même si elle me rate souvent, j’aime bien qu’elle m’envoie son oreiller à la tête. Les matins où elle reste à bouder, j’attrape un de ses pieds nus, et elle le retire sous la couette en faisant Ouuuuuh, et elle émerge doucement sous ses cheveux tout décoiffés.

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Free, Free, set me Free

(Note technique, et note d’humeur)

Non-Freenautes, passez votre chemin, ou continuez à lire, pour vous foutre de moi. Freenautes, ceci est un thibillet très long. Alors je teste les ancres :

Etat du problème

1ère réaction : « ça doit être de ma faute »

2ème réaction : « j’ai fait le boulot, que va me répondre Free »

3ème réaction : « foin des messageries, engueulons-nous avec un humain »

Conclusion : quelques conseils, qui me serviront aussi de pense-bête

Epilogue

Executive summary

Cette note sert à délayer mon exaspération, mais aussi servir d’aide-mémoire, pour moi, mais aussi pour mes petits camarades freenautes qui ont des problèmes de connexion. Accessoirement, cela servira, peut-être, à faire résoner le tam-tam de la jungle, à créer du fuzz, du buzz (non, pas de la beuze).

Etat du problème :

  • je suis abonné à Free, en dégroupage total (plus aucun abonnement France Télécom), je suis donc censé avoir de l’ADSL, de la téléphonie, de la télé (plus de 100 chaines)

  • je dépends du DSLAM de Charleville (CHA92), à 3400 m de mon domicile

  • j’ai une Freebox version 3 ou 4 (je ne sais plus) depuis 2005

  • depuis 4 semaines, je n’ai plus de téléphone (plus de tonalité, pas de possibilité d’appeler, pas de possibilité d’être appelé)

  • depuis plusieurs semaines, j’ai des déconnexions intempestives de la Freebox : 88:88, chenillard lent, chenillard rapide, et là, soit 88:88 à nouveau (et c’est reparti) soit rectangle cligno, rectangle fixe, et 88:88, et c’est reparti. Mais de temps en temps, ça connecte, quand même. (à 30 € par mois, vous me direz, ça peut).

1ère réaction : « ça doit être de ma faute »

  1. hard reboot de la Freebox : nada
  2. lecture de la FAQ Free : nada
  3. contact de Free par mail (dans la console d’administration) : réponse en 2 jours pour mon premier message, et j’attends toujours la réponse au deuxième message. C’est marrant, parce que j’ai commandé hier soir une alimentation de rechange, depuis la même console d’administration, et là, j’ai tout de suite eu un mail qui m’a dit que j’allais être débité du montant d’achat + frais de port…
  4. lecture des excellents forums de l’ADUF (association des utilisateurs de Free) : éléments de réponse, notamment sur le nettoyage d’une ligne de téléphone

2ème réaction : « j’ai fait le boulot, que va me répondre Free »

  1. envoi d’un premier mail, en substance « j’ai des déconnexions intempestives de la Freebox, quid ? »
  2. réponse en 48h (48h, quand même…) : « veuillez suivre la liste de tests suivants, et seulement quand vous avez fait tous les tests, et que c’est négatif, recontactez-nous ». On me propose notamment :
  • de faire un soft reboot (c’est fait, coco)
  • de faire un hard reboot (c’est fait, 12 fois)
  • de vérifier si tout est branché (hin hin hin)

et là, on commence à entrer dans le paranormal :

  • de tester ma Freebox avec une autre alimentation. Ah ouais, pas con, mais je la trouve où, l’autre alimentation ? Un voisin compatissant, semble-t-il, parce que Free, il veulent que je fasse le test avant de les rappeler.
  • Si ça marche pas, de tester ma connexion avec une autre Freebox que la mienne. Petites annonces de mon bled : « particulier échangiste, bien sous tous rapports, échangerait Freebox potentiellement naze contre Freebox qui marche, pour test de plusieurs jours ».
  • De tester une autre installation électrique que la mienne, dans une autre maison (non, là je déconne)

3ème réaction : « foin des messageries, engueulons-nous avec un humain »

J’appelle la hotline dédiée au dégroupage total. Là, que des points positifs (au début) : interlocuteur qui décroche tout de suite, poli, et bien équipé. Il teste à distance (depuis le Maroc, c’est là où est délocalisée la hotline, semble-t-il Edit : depuis Paris, comme me le signale un Freenaute respectueux et courtois) et me diagnostique une alimentation probablement défectueuse. Bon, on progresse. Il me recommande chaudement de trouver un voisin échangiste, car il ne peut pas m’envoyer d’alim de test. Bon, je fais un effort, je trouve (merci la solidarité de quartier, des inconnus m’ont répondu pour me dire qu’ils étaient chez Neuf, chez Cegetel, donc qu’ils ne pouvaient pas m’aider, mais c’est tout de même sympa de répondre…)

Je vais chez ce voisin que je ne connais pas, contact fort sympathique, il teste mon alim sur sa Freebox et me confirme qu’elle est naze (mon alim). Il est dans la partie (informaticien) et commence à me dessiller les yeux : moi, je suis à 3400 m du DSLAM et je n’ai jamais réussi à avoir les chaines de télé correctement. Lui est à 3500 m et reçoit les chaines parfaitement. Mais son voisin d’à côté, rien du tout.

Je rentre chez moi et recompose le numéro de la hotline au Maroc. Le gars me dit : « OK, c’est l’alim, il faut que vous en achetiez une autre ». Je tombe de haut, et lui explique que Free me rend un service, pour 30 € / mois, et ce service consiste à mettre à ma dispo une Freebox qui marche, une alim qui marche, et une connexion ADSL qui marche. Lui me répond « l’alim n’est plus sous garantie, donc c’est à vous de la payer ». Dialogue de sourds (moi : "ce que vous dites, c’est que Free ne garantit la qualité de ses alim que la première année, en bref, qu’elles ont une espérance de vie d’un an ?" Lui : "mais non, je n’ai pas dit ça"), dialogue que je coupe, car à 34 centimes la minute, le hotliner a tout intérêt à palabrer sans fin. Moi pas, car je suis un mec hyper important.

Pour conclure, quelques conseils, qui me serviront aussi de pense-bête :

  • à plus de 2500 m d’un DSLAM, il ne faut pas trop espérer avoir les chaines de télé. Dans ce cas, passer au cable (numericable) ou la fibre optique (erenis) et abandonner Free.
  • essayer de nettoyer sa ligne téléphonique comme indiqué ici : enlever les condensateurs des prises, déconnecter les fils inutiles, passer tous les fils de cuivre au Mirror, tirer un cable neuf depuis le DSLAM, demander de l’aide à E.T., frotter tous les électrons de l’air ambiant pour qu’ils conduisent l’électricité statique, faire appel à Pikachu…
  • Si Freebox déconnecter régulièrement, regarder l’alim d’un mauvais oeil.

Dans les d
ifférents moyens de s’en sortir, voici ma note (5/5 = très bien, 1/5 = d’un faible intérêt)

  • lire la FAQ Free : 3/5
  • envoyer un mail : 1/5 (quand je pense qu’il y a des personnes qui écrivent une lettre…)
  • appeler la hotline générale : 2/5
  • appeler la hotline dédiée : 4/5
  • se connecter sur les forums de l’ADUF : 5/5 (mais nécessite du temps de lecture…)

Et une ultime interrogation, qui entrera en résonance avec ma critique du livre d’Yvon Chouinard (d’ici quelques semaines…) :

Qu’est-ce que je pense acheter à Free, pour 30 € / mois ?

Qu’est-ce que Free estime me vendre pour 30 € / mois ?

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Magnolia – Début (et license)

Magnolia Express

Roman

 

Première partie :

 

Prélude en Fugue

Creative Commons License
Ce roman est mis à disposition sous un contrat Creative Commons.. Ce roman, qui sera publié progressivement, est aussi sous licence Touchatougiciel.

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Kop et Spinoza

Dans Libé du jour, un compte-rendu du match PSG-Panathinaïkos.

Cela m’évoque une correspondance. Vous voulez vivre la vie de supporters lobotomisés ? Vous voulez découvrir un monde post-nucléaire, entre Mad Max (qui connaît encore Mad max ?) et slogans ? Vous voulez découvrir la trilogie Guzzi-Kalachnikov-Spinoza ? Vous aimez les romans d’anticipation noire, genre Blade runner / Est-ce que les androïdes rêvent de moutons électriques (mais qui se souvient de Blade Runner, et qui a lu Philippe K. Dick ?) ? Vous avez raté la philo au bac ?
Jean-Bernard Pouy, auteur de série noire mais pas que, a écrit le jubilatoire Spinoza encule Hegel, puis, plusieurs années après, la suite : à sec !
Toujours dans l’air du temps…

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Livre lu Laurent Gaudé : Eldorado

Toujours plus loinJ’avais vu que Joséphine et Monsieur Jean lisaient au même moment Eldorado, et comme je suis un vieil ours rabougri sur ses livres de poche achetés d’occasion et ses monomanies littéraires, je me suis dit « sortons de l’ornière et goûtons à un livre fraîchement publié ». Chez le libraire, j’ai hésité devant « La mélancolie Zidane » de Jean-Philippe Toussaint, écrivain que je goûte fort, mais j’ai tenu bon, et j’ai acheté Eldorado (Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, 238 p.). Un peu à cause de la couverture, beaucoup à cause du titre, essentiellement grâce à Joséphine et Monsieur Jean. Et puis aussi, Actes Sud, c’est Paul Auster, c’est cette typographie, cette mise en page et ce papier, un vrai plaisir de lecture, aussi intact que lors de la première fois, quand ma tante m’avait dit : lis ça, c’est un jeune auteur américain assez étonnant. C’était Moon Palace.

Revenons à Eldorado. C’est un bon livre, que j’ai aimé. L’Eldorado, et la fuite, sont de toute façon des thèmes qui me sont très chers. (Je vous avais dit que j’avais essayé de traduire le poème d’Edgar Allan Poe ? Ben je vous le dis… Je le lisais à mes étudiants dans le cours de méthodologie de la recherche).

Correspondances : c’est un livre qui a des résonances fortes avec les écrits d’Erri De Luca. Même capacité à distiller des phrases qui sonnent comme des aphorismes humains, même chant de l’exil (des exils), même sensation de cotoyer des gens qui peuvent être des abîmes, tout en étant d’autant plus humains. Des abîmes d’humanité. Les phrases, elles sont enfoncées une à une comme des chevilles dans du bois tendre, chacune prend sa place, il n’y en a pas une de trop, tout cela sent la belle ouvrage, et l’écrivain qui a du métier.

Et puis il y a quelques correspondances avec des sentiments que j’avais à la lecture, que j’ai encore souvent :

… il était obligé de constater qu’il se détachait peu à peu de sa vie. Ces hommes, si familiers autrefois, lui étaient maintenant comme étrangers. Il les côtoyait avec distance. Il n’arrivait plus à rire avec eux, ne parvenait plus à s’intéresser vraiment à eux. […] Combien de fois s’était-il senti comme quelqu’un qui vient de faire un pas en arrière de sa vie et constate que le monde continue sans lui, que son absence n’est même pas notée ? Oui, c’était cela. Il n’était plus tout à fait en lui, comme s’il se décollait de sa vie.

Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, p. 104.

Et question perso : à votre avis, pour moi, ça s’applique à qui ? A mes étudiants ? A mes collègues ? A mes amis ? A ma famille ?

Maitenant, à la lumière du commentaire de Christian, je mets de l’eau dans mon vin, ou plutôt, je comprends ce qu’il veut dire, mais je n’ai pas les mêmes mots. Facilité d’écriture ? Je dirais plutôt, écriture fluide, le livre est court (238 pages) et se lit vite. Intrigue convenue et prévisible ? Non, mais c’est vrai qu’une partie de la fin se laisse deviner par avance. Écriture cinématographique ? Certes, mais c’est un point très positif pour moi. Platitude ? Non, certainement pas.
Mais je comprends l’opinion de Christian, j’en vois les racines dans ce roman, même si je n’arrive pas à mettre les bons mots dessus. Des phrases peut-être trop polies, trop travaillées dans leur simplicité. Des sentiments forts, humains, mais sans grande surprise. Une petite impression de dilution. Je m’arrête, je n’en sais rien, c’est ténu.
D’autant plus qu’une autre correspondance, venue pourtant de bien loin en terme de style, me fait penser à Koltès (par exemple Quai Ouest). Et comparer un écrivain à Koltès, c’est quand même lui reconnaître un sens du langage et du travail des phrases.

Et puis, en note de fin : ce roman m’a donné envie de lancer l’impulsion pour le projet Magnolia. Je ne sais pas si cela apparaîtra sur ce blog avant fin décembre, ou s’il faudra attendre janvier, mais pour des raisons symboliques, j’aimerais que la nouvelle année, et le premier anniversaire de ce blog, ne passent pas sans que Magnolia n’aie commencé à paraître.

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