Caillou – Primavera

Les premiers jours de Mars.
Quand je m’éveille, il ne fait plus nuit
Mes yeux s’ouvrent enfin.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 9

La quête (1)
 
Je restais là dans le magasin, il me regardait gentiment, et puis je me suis sentie découragée tout d’un coup, c’était sûr que je ne trouverais jamais ce fichu bouquin, je ne savais même pas de quoi ça parlait, alors hein.
Je me suis laissée tomber dans un des vieux fauteuils de cuir, ça a fait un petit Glonng, je regardais la rue ensoleillée à travers la vitrine, je ne le voyais plus, il était derrière moi. Et puis j’ai vu apparaître un sac de caramels, comme ceux que j’achetais à la sortie de l’école, quand j’étais petite. Et il m’a dit

– Allez, prenez donc un caramel, ils sont très bons

et j’ai dit

– Ah bon, alors s’ils sont très bons… en prenant un caramel.

Je suis restée un moment avec ce petit caramel qui fondait contre mon palais, de temps en temps on voyait quelqu’un passer dans la rue, et je regardais aussi un petit nuage de poussières qui flottaient, toutes dorées, non loin des étagères. J’étendis les bras de chaque côté, je m’appuyai sur les vieux accoudoirs de cuir, j’étais bien comme ça, enfoncée dans ce fauteuil à regarder des petites poussières qui tournaient dans la lumière, l’après-midi touchait à sa fin.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 2ème partie – # 8

Papillons de nuit
 
Au fur et à mesure que la nuit avançait, la densité de l’air changeait dans la voiture-cargo-transport spatial. J’avais apporté le premier changement en ouvrant la bouteille Thermos argentée, et l’odeur de bon café brûlé avait rempli l’habitacle. Puis on avait bu, et Conrad avait ouvert sa fenêtre pendant un moment. Dans les champs autour de nous flottait une odeur de nuit, une bouffée un peu sucrée d’herbe fraîche et verte (oui oui, l’herbe bien verte a une odeur particulière, même la nuit. Surtout la nuit).

Et puis Aline s’est endormie doucement, pelotonnée à l’arrière, on voyait juste une touffe de cheveux sous les couvertures. A chaque fois qu’Aline dort comme ça près de moi, j’ai une impression bizarre : j’ai l’impression de la perdre, elle part dans son petit royaume coloré, et en même temps, je ne sais pas pourquoi, elle n’est jamais plus proche, jamais je ne pense autant z-à elle.
Quand Aline s’est endormie, l’atmosphère a encore changé progressivement. D’abord, nous nous sommes mis à parler plus doucement avec Conrad, attentifs au petit animal qui dormait sans bruit, là derrière. Et puis Aline s’est mise à rêver, à distiller des pensées chatoyantes tout autour de nous. L’habitacle du paquebot-taxi devenait un cocon chaud et douillet, c’était comme une petite ivresse, on se laisse aller à une pensée, et puis une autre, et puis un bout de rêve d’Aline vient vous chatouiller l’oreille, apparaît dans un coin de votre regard. Au bout d’un moment, Conrad et moi nous sommes tus.

Aline a rêvé ainsi jusqu’au petit jour, et nous étions un vaisseau spatial au carburant un peu spécial, une brouette pleine de pétales qui glissait sans bruit sur la route couverte de rosée.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Livre lu : Dennis Lehane – Mystic River

C’est donc un livre de Dennis Lehane, dont a été tiré le film éponyme de Clint Eastwood. J’en avais parlé ici.

Dennis Lehane, Mystic River, Rivages / Noir, 2004, 290 p.

Je n’ai que quelques mots à dire, car j’ai beaucoup aimé, et que le film de Clint Eastwood était très peu présent dans ma tête (mais Jimmy était Sean Penn, Sean était bien Kevin Bacon, Dave Boyle était Tim Robbins, et Lawrence « Matrix » Fishburne campait un Whitey tout à fait acceptable). Ceci est un superbe livre, et Dennis Lehane est bien plus qu’un écrivain de polars. Malgré mon plaisir à retrouver ses deux héros, Patrick Kenzie et Angelina Gennaro, je me rends compte que les meilleurs romans de Lehane sont ceux où il a des personnages « juste pour une fois ».

Tout peut être résumé dans cette Correspondance :il y a du Steinbeck dans ce roman, celui de A l’est d’eden, ou de Dans un combat furieux, et probablement aussi du Sergio Leone, celui d’Il était une fois en Amérique. Des personnages qu’on ne connaissait pas hier, mais qui nous sont frères de misère et d’incertitude. Si je me lâchais (mais je ne me lâche pas), je dirais : écrivain métaphysique.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 7

Petit guide à l’usage des durs d’oreille
 
Sans les voir, je savais que leurs narines frétillaient à l’avance. Quand j’avais proposé du café à Conrad, il avait dit Mmmronnnf. Et un Mmmronnnf de Conrad, ça veut dire quelque chose. Il y a beaucoup de gens qui disent que ça n’est pas une manière de parler, qu’on ne comprend rien à ce genre de bruit. Je ne suis pas d’accord, enfin en tout cas, pas en ce qui concerne Conrad.
Si Conrad dit Mmmronnnf, ça n’est pas Monnbfff, et ça n’est pas non plus Pfff-Mmooof. Un jour, je rédigerai un lexique à l’usage des gens de peu d’oreille, parce que c’est quand même plus simple de dire « Mmmronnnf » que « Ma foi oui, c’est une bonne idée, surtout que je me sens un peu comme un ours endormi sous la neige ».
Je ne sais pas encore comment j’appellerai ce lexique, il faut que j’y réfléchisse. La facilité, à laquelle tout être humain tend par nature, voudrait que je l’appelle « Grommml » ou bien « Mmmm », ou encore « Mes entretiens avec Conrad ».
Mais ce guide mérite mieux. Il faut que j’en parle à Aline.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Bulle Dessinée

Petit thibillet rapide au milieu du retour au boulot (soupir… 320 mails à traiter).
C’est de la pub gratuite, vu que je ne touche rien, et que je ne connais même pas le dessinateur, mais je trouve que certains dessins du Boulet sont particulièrement lénifiants pour un lundi de rentrée, je pense à Control-Z et Mécanic Fantasy. (et aussi ce Sans titre, particulièrement bien vu, mais qui ne me concerne pas actuellement).

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Po d’échappement

Je suis à Turin pour quelques jours, et je profite d’une connexion wifi erratique pour poster un thibillet avant de retourner à mon chapitre de livre (soupir).
Ai enchaîné 12 heures de séminaire en anglais en 1,5 jours, hier après-midi, j’étais complètement cramé, la voix erraillée, les jambes raides, le cerveau gazéifié.
Hop, retour à l’hôtel, je mets mon habit de lumière, et je pars courir, d’abord dans les rues de Turin, puis dans un parc, enfin le long du Po.
2h06 de course pour étrener mes nouvelles chaussures, mes nouvelles semelles, et liquéfier ma fatigue de la journée. Le soleil se couchait, j’ai vu la nuit tomber et les ponts de pierre s’allumer sur le fleuve. Des skiffs passaient avec des rameurs psychotant en cadence, je foulais la terre humide en enchaînant laborieusement les km (14 en tout, à toute petite vitesse, c’est ce qu’on appelle une sortie longue, et c’est censé améliorer l’endurance sur longue distance).
Retour dans la nuit, des phares d’embarcadère (bleus, violets, rouges) se reflétaient dans les eaux du fleuve.
Grande satisfaction de cette course, c’est la première fois que (je croise les doigts pour la suite) je m’entraîne aussi régulièrement. Du coup, je poste mes entraînements, ça permet de faire le point.
Prochain run ? Dimanche, j’espère, à Sestrières (Italia, encora).

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QRN sur Bretzelburg

Nous interrompons nos émissions pour une dizaine de jours (sauf si météo clémente jusqu’à samedi). Retrouvez-nous sur nos ondes à partir du 5 mars. Soyez sages. (qu’est-ce que je dis moi ?). Soyez vous-mêmes.

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Inclassable – Pierrichard

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu d’inclassable.

Pierrichard : n.m. Celui qui, dans un aéroport, se précipite pour être le premier à l’embarquement et se retrouve donc… au fond du bus. Variante : celui qui, quand l’avion vient de s’arrêter et que les lumière font « Toung ! » se précipite à l’avant pour sortir en premier… 5 mn avant que l’hôtesse annonce que le débarquement se fera par l’arrière.

J’en ai profité pour mettre à jour la liste des batanas, ubuntus et inclassables. Yann y gagne une entrée à laquelle il avait droit depuis des mois : racravouci. Il est suivi de près par Yog, avec sa penchiée mais Monsieur Jean calme le jeu avec sa sérénnorbitude. Et Shada fait son entrée avec deux batanas.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 6

Il faudrait que j’en parle à la NASA
 
Nous sommes restés un moment sans rien dire, Conrad avait la tête du Capitaine Kirk dans Star Trek, espaaace, frontière de l’infini, où notre taxi-soleil poursuit sa course…
Et puis je me suis dit que ça n’était pas tout à fait vrai, parce que dans un vaisseau spatial, ils mangent des aliments synthétiques et des petites pilules, et que là-haut, par conséquent, le café brûlé n’existe pas. Alors j’ai repêché la bouteille Thermos au fond de la voiture, le métal argenté brillait comme si c’était un satellite, un satellite rempli à ras-bord de bon café brûlé pour réchauffer les astronautes entre deux trajets galactiques.

Parfois, tout là-haut, deux astronautes s’arrêtent un moment pour souffler, et puis il y en a un qui dit à l’autre : « Hey, Mac, ça ne te dirait pas un bon café comme à la maison ? ». Et puis l’autre (Mac) ne comprend pas, parce qu’il est nouveau dans le secteur et qu’avant, du côté de Mars, on ne lui posait pas des questions comme ça. Alors il dit : « Ah ouais, pour sûr Vieux Tom, ça serait bien si on pouvait boire un bon café brûlé… ». A ce moment, le premier (Vieux Tom), il dit comme ça, en regardant Mac du coin de l’œil « Bon ben alors on va prendre un p’tit café dans un coin que je connais, avant de repartir » et puis il met en marche le scooter spatial et il fait signe à Mac de monter derrière. Alors Mac, évidemment, il se sent un peu idiot à rester flotter comme ça dans l’espace, tandis que Vieux Tom a déjà fait démarrer le scooter spatial et que des nuages bleutés sortent du pot d’échappement spatial. Alors il dit Bon bon, j’arrive, et les deux partent ensemble vers le Satellithermos argenté.
Quand ils arrivent, hop ils attachent le scooter aux anneaux d’amarrage du Satellithermos, et puis chacun prend deux pailles argentées, et les introduit dans les écoutilles du Satellithermos. Il y a des écoutilles où il y a marqué « bouche » et d’autres où c’est marqué « nez ». Comme ça, une fois qu’on a connecté les pailles à son casque, on peut boire le café et en même temps sentir la bonne odeur de brûlé.
Ceux qui ont conçu le Satellithermos n’étaient pas des idiots.

– A quoi penses-tu ? me demanda Aline
– Je pense que je ne suis pas un idiot, répondis-je, plein d’à propos.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Le moteur de recherche ultime…

Deligne l’a créé, je suis admiratif : plus fort que Google Bubble, Yahourt

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Batana – Bovinage

Et hop, une de plus.

Bovinage : n. m. Tyrannie de ceux qui collent des étiquettes réductrices sur les gens. « Onésime, on sait que c’est pas un bricoleur (c’est évident, puisque c’est un intellectuel) » ; « Aglaë, c’est la diplomate de la famille ».
Par extension : rédiger 5 fois la même carte postale pour 5 personnes différentes.

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Caillou – Supernova


Ma vie sera limitée,
Toute en combustion et rayonnement.

J’éclairerai les planètes proches,
J’essaierai de pousser mes rayons au loin,
Agrandissant toujours plus mon univers.

J’essaierai tous les modes de vibration :
chaleur, lumière, résonance…
Certains astres prétendus froids
Me renverront ma chaleur
Multipliée.
Des planètes miroirs seront l’écho
De mes créations musicales.
Je leur proposerai la phrase,
Elles me donneront la rime.
Mes vents de flamme chanteront à l’unisson
Avec leurs fréquences.

Puis viendra le moment de ma décroissance.

Je me fondrai peu à peu dans l’infini.
Chacune de mes particules rejoindra d’autres corps
Et portera mon héritage.
Je ne manquerai à personne,
Car je serai en tout lieu.

D’ici là, ma mission sera de brûler avec intensité.
Je mangerai de tout, en quantité,
Je boirai l’éther et les gaz remplis d’étincelles
Et l’énivrement me fera tourner plus vite sur mon axe.

Telle une fronde tournoyant sur elle-même,
Je continuerai à exhaler mes signaux,
A découper les clartés et à sculpter les ombres.

Le cosmos est mon terrain de jeux.

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Stoïcisme (au sens littéral du terme)

Je reviens d’un enterrement dans le sud de la France.
Ce matin, nous étions en train de couper des branches de mimosa et des brins de lavande pour la cérémonie. Un petit rayon de soleil est venu se poser sur nous et sur les fleurs. On était vraiment bien.

Sinon, sur ce sujet, j’avais déjà à peu près tout dit.

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Télé-impression

Il faut délocaliser toutes les imprimantes photos personnelles. Compte-tenu du coût à l’usage (achat, remplacement régulier des cartouches d’encre à prix prohibitif, nombreux réglages aboutissant à un taux de déchet élevé, nettoyage régulier des têtes d’impression, coût du papier glacé, temps passé en retouches et recadrage, coût de recyclage final), je ne vois pas comment un particulier peut aboutir à des coûts moins élevés que les tarifs pratiqués par tous les labos sur les photos numériques. C’est typiquement une analyse en terme de TCO (total cost of ownership, coût total de propriété) : l’article de Wikipedia en offre même une lecture environnementale, miam. Quant au coût environnemental des labos photos, il est clairement à prendre en compte, mais je suppose qu’une éco-taxe de 0,1 centime d’euro par photo devrait allègrement permettre de financer cette activité de manière propre.

Synthèse : de la même manière que les camionnettes de livraison des courses en ligne, ce sont les transports en commun des emplettes, on peut imaginer quantité de manières de mutualiser les coûts individuels : substituer un service collectif (ex : labo photo) à des pratiques individuelles. C’est peut-être là où l’innovation et l’entrepreneuriat trouvent (et vont trouver) des niches.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 5

Joe le Bûcheron et les bouches d’incendie
 
Le cargo a lentement dérivé le long des courants des petites rues, passé le chenal avec sa lumière bleutée, et devant nous, il n’y avait plus que la mer libre. La nuit nous enveloppait et nous protégeait, je voyais les lumières du tableau de bord éclairer la figure de Conrad qui mâchonnait un petit bâton, et puis Aline avait posé sa patte élastique sur mon cou et elle regardait en silence, avec la vue nocturne des chats.
Sans me retourner, je savais que nous laissions derrière nous un sillage phosphorescent, j’avais déplié une carte sur mes genoux, juste éclairé par la petite lumière du plafonnier. De derrière, j’ai entendu la voix d’Aline, elle me disait que Conrad connaissait cette partie de la route, que c’était après qu’on aurait besoin de la carte. Alors je leur ai raconté l’histoire de Joe le Bûcheron.
 
Joe était bûcheron dans les montagnes au nord, et il descendait tous les mois à la ville pour prendre des provisions, sauf en hiver où là il vivait sur ses réserves pendant plusieurs mois sans voir personne. Joe ne savait pas lire, et ne s’y reconnaissait pas bien dès qu’il arrivait à la ville. Je l’entends encore qui disait : « C’est pas catholique, toutes ces rues qui se croisent si proprement, la nature ne fait jamais comme ça, ici toutes les rues se ressemblent, toutes les maisons ont le même type de fenêtres, et tout change si rapidement ! Là-bas dans les montagnes, il y a pas deux arbres identiques, et au moins, ils restent à la même place ! ». Alors Joe avait un système : à partir du moment où il entrait dans la ville, toujours par la même route, il comptait le nombre de bouches d’incendie qu’il rencontrait. Il savait qu’à la quatrième bouche d’incendie, il devait tourner à droite, et le magasin de fournitures était un peu plus loin.
Le système de Joe marchait très bien, tous les mois il allait faire ses achats, sauf en hiver où il restait absent de longs mois. Et puis est venu Floyd J. Tomaso.
 
Floyd J. Tomaso était un fils d’immigrant, il avait vécu dans le quartier italien depuis sa naissance, il avait baigné dans les odeurs de lessive et de pâtes alla carbonara, et n’avait jamais quitté son quartier, parce que son père n’était pas assez riche pour qu’ils partent en vacances. Alors l’été, quand il faisait trop chaud pour rester à l’intérieur, Floyd J. Tomaso descendait dans la rue avec d’autres bambini, et ils se baignaient près d’une bouche d’incendie, c’était leur rivière à eux, cette bouche d’incendie.
Alors voilà, quand, des années après, Floyd J. Tomaso est devenu maire, il a décrété qu’il n’y avait pas assez de bouches d’incendie dans Little Italy, et qu’il fallait en installer d’autres. Lui, tout ce qu’il voulait, c’est que les bambini puissent se rafraîchir en été (ça ne sert qu’à ça une bouche d’incendie, il n’y a jamais d’incendie dans Little Italy). Et donc, en prévision du prochain été chaud, il avait fait installer douze bouches d’incendie supplémentaires pendant les longs mois d’hiver, et tout le monde dans Little Italy était content.
 
Alors évidemment, quand Joe le Bûcheron est descendu de la montagne au printemps, il a compté quatre bouches d’incendie, et il a tourné à droite, mais ça n’était pas la bonne rue, parce que pendant les longs mois d’hiver, une bouche d’incendie supplémentaire était apparue sur le trottoir dans cette rue-là, comme un champignon hivernal. Joe le Bûcheron a marché longtemps sans apercevoir son magasin de fournitures, et il s’est perdu. Il a échoué dans un bar-hôtel, loin au-delà de Little Italy, il a raconté son histoire et la patronne, qui était veuve, l’a pris en pitié et deux mois après ils étaient mariés.
 
– Et quelle est la morale ? demanda Aline, qui aime bien me taquiner.
– Eh bien, si Joe le Bûcheron avait été finaud comme je le suis, il eût déplié une carte sur ses genoux dès les premiers mètres en dehors de son territoire, il se fût repéré à la boussole et au soleil, et tout ça ne serait pas arrivé.
– … et il ne serait pas marié, et la pauvre veuve serait toute seule…
– Ben oui, bien sûr… Mais peut-être que le soir, après la fermeture du bar, de temps en temps il s’accoude à sa fenêtre et il rêve à sa petite cabane, à ses arbres qui ne changent pas de place là-haut. Il n’est pas triste, non, juste rêveur…

Aline a tendu la main, m’ébouriffant les cheveux, tandis que Conrad songeait à tout cela en mâchonnant son petit bout de bois.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Livre lu – Jean Giono : Ennemonde et autres caractères

Bien à la bourre sur pas mal de sujets + petits soucis personnels.
J’ai pas mal de livres en retard, j’en reviens donc à mon propos initial : je parlais de ces livres pour garder une trace des citations qui me plaisaient (avec le tag citation, c’est rapide après coup d’en établir la liste exhaustive).

Ennemonde et autres caractères, donc (de Jean Giono, Collection Soleil, Gallimard, 1968, 172 p.)

Une puissante étude de caractères, qui emprunte à Emile Zola et à Andrea Camilleri, en se démarquant. Zola, pour faire simple, analyse du dehors. C’est l’environnement social, ou les coups du sort, qui façonnent les individus et leurs actes. Chez Giono, c’est plus la nature (forcément sauvage, indomptée) et l’entourage (la famille, le village) qui expliquent les caractères – mais Giono a la modestie de dire qu’il essaie d’expliquer, il s’y reprend souvent plusieurs fois, avec des images, et il reste toujours une facette de mystère.
Andrea Camilleri esquisse les traits à coups de dialogues. Il en arrive à définir l’homo sicilianus avec une précision qui est tout sauf scientifique, on en sent plus l’approche pragmatique, mais ô combien savoureuse (j’en dirai plus, peut-être, en parlant de L’Opéra de Vigata).

Giono, donc. Un seul passage, parce qu’il condense, sous forme d’exemple parmi tant d’autres, la poésie de Giono.

Le ciel est transparent. L’air enivré. Le vent fait dans les sapins le bruit de la mer. L’herbe se couche, la lavande tremble. Des tuiles cliquettent comme si quelqu’un marchait sur le toit. Le vent fait sonner la profondeur des citernes. Les chemins fument, les hêtres s’agitent, les bouleaux se balancent, les peupliers scintillent, le vent court dans les herbes comme un renard. L’arche des murs sifflote. Les loquets dansent dans leurs gâches. Les volets arrêtés frappent sur leurs crochets ; une porte d’étable grince. De la paille vole. Le vent roule des blocs d’étourneaux comme un torrent des blocs de serpentine. Un corbeau se noie en plein ciel et appelle. Il est déjà loin.
Jean Giono, Ennemonde et autres caractères, Collection Soleil, Gallimard, 1968, p. 104-105.

Quand cherche Serpentine dans Wikipedia, on sort de la poésie. Heureusement, les anglo-saxons ont une longueur d’avance. .

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Magnolia Express – 2ème partie – # 4

Paquebot Taxi
 
Je n’ai jamais vu Conrad sans son taxi. Je ne sais pas qui garde l’autre, mais ils se déplacent ensemble, et le taxi est toujours resplendissant, les chromes astiqués, toute la carrosserie d’un jaune flamboyant, tandis que Conrad porte le plus souvent un vieux jean crasseux, une grosse chemise de coton, et il a toujours l’air de ne pas avoir dormi les deux derniers jours. (Ce qui n’est pas possible, si l’on y réfléchit deux minutes).
Quand il s’arrête aux feux avec son taxi, ça fait une sorte de soupir, de glissement d’air, et les deux attendent doucement que le feu passe au vert. Quand on est à côté du conducteur, on voit, loin devant, le bout du capot jaune, et les gens qui passent dans la rue, il y en a qui traversent, d’autre qui marchent au petit bonheur. Puis on redémarre. Sur les rives, des coraux multicolores, des rochers grisés défilent tandis que le taxi laisse derrière lui un sillage blanc.

Quand il rencontre un autre paquebot taxi, ils échangent des signes de reconnaissance, des signaux optiques ou bien un ou deux coups de trompe. Quand ils ont le temps, ils se mettent bord à bord et échangent des informations de voyages, se racontent leurs fortunes de mer.
– Attention vieux, par devant il y a une passe dangereuse, vaut mieux prendre vers le sud.

Ou bien
– Tu as des nouvelles de l’Argentin ? Ça fait plusieurs saisons que je ne l’ai pas vu…
– Oh, maintenant il croise plus souvent vers le trentième parallèle, il en avait marre de ces eaux-là, tu le connais, il lui faut du changement.

Ou encore
– Dis vieux, je n’ai plus tellement de gazoline, tu ne sais pas où je pourrais aller me ravitailler ?
– Suis les lumières de la côte sur deux milles : à l’embouchure du fleuve, tu as un comptoir qui vend de tout.
– Ah oui, je me souviens, j’y allais souvent il y a quelques années.
 
Ce sont toujours de courtes discussions, et puis chacun cingle à nouveau vers sa destination, sur cet océan liquide où chacun crée sa propre route.


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Lapsus clavieri

De temps en temps, je commets des lapsus au clavier (je préfère penser qu’il y a un processus inconscient, plutôt que de parler de fautes de frappe). En voici un florilège :

  • Une nouvelle que tu me balkances (… d’Estonie ?)
  • Réponse typiquement félinine
  • On ne peut guère léviter
  • Induboitablement
  • Tu m’enfance dans ma médiorité
  • La performance est expérimée
  • L’ovule parfait de ton visage
  • Epinardos (au lieu de peinardos)
  • Il singifie
  • Chacun suivait de lion la vie de l’autre
  • Cela ne vaut pas la pine
  • je suis d’une ignorance grasse
  • merdi beaucoup pour ton cadeau
  • écopute les paroles
  • Je décachète les mails à la vitesse de la pesée
  • La date milite
  • J’ai cru que j’allais être électroctué
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Buzz – démarche de salubrité publique

J’ai le plaisir de vous annoncer la naissance du blog « Objectif zéro sale con », qui sert de support au livre éponyme qui paraîtra en avril (lui même traduit depuis The no asshole rule, en cours de parution aux US). Pour avoir eu la primeur de quelques pages, et du plan, j’avoue que l’auteur m’a l’air documenté, pertinent, et entomologiste dans son approche 🙂
C’est mon éditeuse maudite (déjà citée plusieurs fois dans ce bleug) qui récidive, et qui s’attaque à un gisement quasi infini : les sales cons au travail. Le terme lui-même demande à être défini, et c’est ce qu’elle s’attellera à faire dans les prochains jours.
D’ici là (publicité gratuite), n’hésitez pas à la lester de quelques histoires d’enflures, de pète-sec, de crevures au boulot, elle est comme moi : dans un boulot tellement rêvé qu’on ne connaît pas ces basses contingences humaines, tout le monde est gentil chez nous…

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Buzz – projet Mercure

Quand j’en avais parlé, c’était très vaguement (je ne parle plus de mes projets que quand ils sont en phase de réalisation), et en employant le nom de code Hermès. Mais en fait, pour des raisons plus ou moins évidentes, dans ma tête, c’est le projet Mercure.
Même si l’idée date d’il y a plusieurs mois, même si les présentations, les réunions, les rendez-vous, ont eu lieu dans les dernières semaines. Et surtout, même si la négo continue, car on en est qu’au début, pas de doute : le projet Mercure a démarré.

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Magnolia Express – 2ème partie – #3

Et ta nuit sera illuminée comme la mienne
 
Alors on a déchargé Libellule, et on a mis nos bagages dans le taxi de Conrad, Tu comprends, qu’il me dit en balançant les sacs de couchage dans le coffre, moi ma spécialité, c’est le taxi de nuit. Alors quand vous m’avez dit que vous partiez ce soir…
Ça avait l’air si simple comme ça, je ne disais rien, après tout, c’était simple : Conrad avait eu envie de venir avec nous et il était venu.

– Je suis content que tu sois là, lui dis-je.

Il me regarda en bougonnant un peu, il était content aussi, vieil ours noctambule, et il s’appuyait sur le capot de son taxi en regardant Aline qui revenait vers nous. Puis j’ai fermé la maison, et nous sommes partis sur le vieux chemin cahoteux.
 
Dans la lumière des phares,
à un tournant,
vite disparue dans les fourrés,
la tache flamboyante de Bob le renard.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 2ème partie – #2

In the night, par Edward Hopper

– Euh, voyons voyons, qu’y a-t-il à deviner, fis-je, en prenant un air faussement songeur. Puis je m’illuminai, comme dans les dessins animés, j’aurais bien voulu qu’une ampoule s’allumât au-dessus de ma tête, J’ai trouvé, dis-je, pas peu fier : Conrad est venu nous dire au revoir !

Silence. Les deux me regardaient, souriaient, se regardaient, souriaient, je les regardais aussi, alors bon, je faisais comme tout le monde, j’essayais de sourire d’un air fin, en prenant un air du genre Oh-mais-oui-bien-sûr-quelle-bonne-blague-non-vraiment-quelle-surprise. Silence. On aurait dit un tableau d’Edward Hopper. Il y a un homme avec une chemise à carreaux rouges, genre bûcheron, il est mal rasé, on dirait un ours débonnaire, un ours qui rigole après avoir fait un festin de miel. Et puis il a sa patte autour de l’épaule d’une fille qui sourit tellement qu’on ne voit que ses yeux, tous les deux on sent bien, ce sont deux copains, mais on ne peut pas vraiment en être sûr parce qu’un tableau, c’est toujours très mystérieux, c’est peut-être son père, on ne peut pas dire. Et puis ils regardent un troisième, qui a l’air un peu bête à sourire, et qui tient une bouteille Thermos, c’est peut-être le frère de l’ours, ou bien l’ami de la fille qui sourit tellement qu’on ne voit que ses yeux, on peut pas vraiment dire.
Et puis autour, une cuisine éclairée comme dans les tableaux d’Edward Hopper ; il y a une table en bois, et puis deux chaises, par la fenêtre on voit juste un rectangle bleu nuit, mais si on se penche un peu sur le tableau, on voit quelques peupliers, plus sombres vers la rivière.

– Conrad vient avec nous, dit Aline.

Conrad ne disait rien, il hochait la tête, je le connais bien, ça voulait dire Oui, elle a raison la petite Aline, c’est bien comme elle le dit.
Alors je hochai aussi la tête, si elle le dit, c’est que c’est vrai, jamais Aline ne m’a menti.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 2ème partie – # 1

La victoire des ours barbus
 
Il était un peu tard quand nous sommes arrivés à la maison, Aline a allumé une vieille lampe à pétrole que j’avais bricolée pour la terrasse, je voyais son ombre qui la suivait tandis qu’elle m’aidait à charger Libellule.

– ça va ? me demanda-t-elle soudain, mi-rieuse mi-grave, avec son petit sourire qui retroussait une fossette lumineuse. Je me réveillai de mes pensées, et vis son ombre qui me regardait, tranquillement adossée à un des murs de la maison. Mon ombre à moi grommela un peu, on n’avait pas vu Conrad depuis quelques jours, j’espérais qu’il passerait pour nous dire au revoir, j’en profiterais pour lui demander de venir jeter un coup d’œil par ici, de temps en temps.
Je laissai Aline finir de déposer nos affaires, et allai préparer du bon café brûlé pour la route, pour emporter un peu de la maison avec nous.
 
Depuis la fenêtre de la cuisine, je regardai les peupliers immobiles, devant la rivière tranquille. Tout le monde attendait, retenait sa respiration, mais je le savais, nous étions déjà partis, et c’est vrai que c’était agréable, ces préparatifs à la nuit tombée, les familles étaient rentrées chez elles, elles mangeaient des haricots au lard autour de la table familiale et pendant ce temps, mon petit nuage chatonneux et moi, on se préparait avec Libellule.
J’étais en train de verser le café dans la bouteille Thermos quand j’entendis le klaxon de Conrad, chic chic, Conrad est passé nous dire au revoir avant de commencer sa nuit ! (Vite, finissons de verser ce bon café brûlé, et puis allons voir Conrad et Aline). Je bouchai la bouteille Thermos, la pris à la main, et j’allais quitter la cuisine, mais ils arrivaient tous les deux, on aurait dit deux étudiants qui ont fait une bonne blague, ils se souriaient en me regardant.

– Ben quoi ? que je dis, plein d’à propos.
– Devine, me dit Aline, elle souriait de partout, ses yeux pétillaient comme des bulles dans un ruisseau, Conrad avait passé un bras autour de ses épaules, et elle paraissait toute frêle à côté de ce bon gros ours mal rasé.
(A la réflexion, je n’ai jamais vu d’ours bien rasé).

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Magnolia Express – 2ème partie

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Slip Slidin’ Away,
par Paul Simon, sur le CD Greatest Hits (shining like a National guitar), Warner Bros, 2000. Le disque est en vente ici.
Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Hey Joe,
par Jimi Hendrix, sur le CD Live at Woodstock, MCA distribution, 1999. Le disque est en vente ici.

Deuxième partie :

En glissant doucement au loin

 

 

 

I’m going way down South
Way down
to Mexico
 
Jimi Hendrix

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Le roman, dans l’ordre, est
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RTFM revisited

Aux premiers temps de ce blog, j’avais parlé du syndrôme RTFM, qui depuis a été transformé en batana sous le nom poétique de Déguimpiller (que je dois mettre à jour, avec racravouci et autres casse-rétines).
En bref, c’est « ne pas lire les commentaires avant de poser sa question ».

Cela rentre en phase avec une autre observation que j’ai faite récemment, et que je vous livre en vrac.

Cela est parti de ma remarque amusée sur le ratio entre les lecteurs et les acteurs : sur un blog (pas le mien en particulier, on s’en fout), je pense que le rapport entre le nombre de lecteurs (silencieux) et le nombre de commentateurs doit être de 100 pour 1, peut-être même 1 000 pour 1.
C’est une loi plus générale d’Internet :

  • sur les blogs, peu commentent
  • quand ils téléchargent un logiciel gratuit, peu envoient des mails de remerciement
  • quand ils téléchargent un logiciel en partagiciel (shareware), peu achètent le logiciel, même s’ils l’utilisent assidument et en sont contents

Vous voyez mon propos moralisateur derrière, ou le biais que je donne à la comparaison : rien n’oblige à laisser des commentaires sur un blog, rien n’oblige non plus à acheter un logiciel partagiciel dont on se sert. Mais le devoir moral est probablement plus important dans le deuxième cas que dans le premier.

J’en arrive à un point qui est plus étonnant : les flux d’infos nouvelles annulent l’intérêt des précédents. On se gave passivement, à heures données, ou bien même, toutes les 5 mn, compulsivement. C’est une nouvelle forme de télévision.
Autrefois : « qu’est-ce que t’as fait aujourd’hui ? », « Rien, j’ai regardé la télé ». Aujourd’hui : « Rien, j’ai surfé ».
Je le constate notamment sur les mails : on est tellement content de recevoir 3 mails qu’on néglige d’y répondre – et encore moins, de répondre aux 10 mails précédents. Le fait d’avoir lu enlève la nouveauté, même si la personne en face attend toujours sa réponse…
Il y a une dissociation claire entre la frénésie passive de se gaver et l’absence d’action. Un culte de la passivité.

En synthèse : je disais dans un thibillet immémorial que nous, les êtres humains, avons probablement des jouets trop compliqués pour nous, c’est-à-dire que nous n’avons pas encore appris à vivre correctement avec eux (je crois que je prenais l’exemple de la voiture). Je vois l’e-mail comme un truc qui a été considéré comme une bénédiction, une merveille technologique (« tu te rends compte, je clique Send et dans une minute, ma connerie est à San Francisco ! »), mais plus le temps a passé, moins nous avons appris à nous en servir efficacement. De bénédiction, c’est devenu une charge, voire un absorbeur géant de productivité. Et là, on arrive à l’hypnose : les vaches regardent passer les trains, nous on regarde passer les e-mails et les billets de blogs, ce qui compte, c’est la nouveauté qui efface tous les trucs précédents. C’est en même temps l’opposé du collectionneur (qui classe, archive, étiquette… et retrouve) et cela tient de la même compulsion de nouveauté.
Je n’arrive pas à trouver l’adjectif qui résumerait cela : ce n’est pas marrant, ou étrange. Plutôt consternant.

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Out of the black

Ils en parlent, Julien et Yog, donc je les référence, comme ils m’ont référencé, et réciproquement, on va se faire un petit mouvement perpétuel. Tiens, une idée conne (je suis vulgaire aujourd’hui, et votre opinion, vous pouvez vous la), si chaque commentaire, ou chaque billet, posté sur un blog générait un électron consommable, bon sang, m’est avis qu’on aurait moins de problèmes d’énergie. A chaque fois que quelqu’un dit une connerie aussi. Les écoles de commerce deviendraient des générateurs superpuissants, surtout dans les amphis pendant mes cours, hahaha.
Grâce aux petits billets de mes deux petits camarades, j’ai non seulement appris que la conso d’électricité a chûté de 1% pendant ces 5mn (ce que je trouve être un très beau score), soit l’équivalent de 3 millions de foyers, la taille de Marseille, quoi, ou Paris intra-périph, mais aussi qu’il y a des nanards de la publicité qui se spécialisent dans l’affiche-que-plus-le-produit-il-est-polluant-plus-on-met-des-petites-fleurs-à-côté. Démontration ici, c’est consternant. Le pire, c’est que, même si vous et moi sommes bien intelligents et raisonnables (surtout moi), je suis sûr qu’au niveau du plan du vécu de l’inconscient, leurs fadaises et leurs ficelles grosses comme des cables d’amarrage (nom d’une bitte !), on se les relègue au fin fond de notre cerveau, et hop, quand on passe à côté de la vitrine d’un concessionnaire, il doit y avoir une petite lampe qui s’allume en loucedé dans notre cerveau et qui hurle silencieusement « Tu dois acheter un 4×4 avec sièges en cuir, parce que de son pot d’échappement sortent des petites fleurs et que c’est zouli, les fleux ».
Publicitaires anti-déontologiques, au gnouf !

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Air connu…

Depuis le début de la semaine (qui n’est pas encore finie, encore deux jours et 8 heures), j’ai envoyé ou reçu 155 mails. Sans compter les mails que j’ai jetés, les mailing listes collectives auxquelles je suis abonné, ni les travaux rendus par mes étudiants.
Dans ma boite Inbox, j’en ai encore 247 à traiter. Quand je faisais mon DEA, j’aurais été loin d’imaginer qu’un boulot de prof, c’était essentiellement répondre à des mails. Inutile d’insister sur le caractère desséchant de ce type d’activité : j’y passe actuellement plusieurs heures chaque jour. Putain de vérole.
Je vais tenter un truc : réinstaller chez moi ViaVoice Pro (logiciel de dictée vocale), pour voir si ça peut augmenter mon rythme de pelletage (=réponse) des e-mails.
Bac +43 et condamné au choix entre dictaphone et dactylo, bordel à cul.

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Le ciel est gris, on ne voit plus rien, il est temps d’éteindre les lumières…

Grâce au blog du bouchon, et à sa génitrice (du dit et de la dite), j’ai été informé de l’opération black-out. Certes, en ayant mes organes connectés à 200 blogs en permanence, je n’aurais pas pu ignorer ce phénomène : tous les blogs de BD en parlent.

Donc : ce soir, de 19h55 à 20h, vous faites comme moi, vous éteignez tout. Les lumières, les veilleuses. Après, dans le noir, vous faites ce que vous voulez, certains proposent de faire l’amour (ils sont nombreux, on est en France), d’autres se relient à l’actualité du jour (regardez le dessin et son animation…).
Certes, c’est pas 5 mn de consommation électrique en moins qui nous empêchera de mourir suite à la montée des eaux glaciaires (tiens, ça me rappelle une nouvelle de finance-fiction), mais c’est un geste.

Donc j’y vais de mon Dazibao et de mes réflexions sur le sujet.

Vous pouvez commencer par lire le billet de La grande Loulou, car elle est journaliste, intéressée aux choses scientifiques, et a la vocation de faire bien son métier. Un modèle de clarté (lumineuse, ouf ouf ouf !).

Vous pouvez aussi lire les contributions de Tristan Nitot, qui ne parle pas que de standards : un simple « 4×4 » tapé dans son champs de recherche donne quelques beaux billets (je ne sélectionne que les billets synthétiques, et en français) : citation du jour, Marketing viral et Chevrolet.

Tant qu’à faire, je peux parler de lui sans qu’on me taxe de proximité intéressée, car il s’est retiré de la campagne présidentielle : Nicolas Hulot soutient les 10 gestes quotidiens pour améliorer la situation. Par ailleurs, je ne sais pas si son pacte écologique , avec ses 10 objectifs et ses 5 propositions, suffisait pour un programme politique de président, mais c’est tout de même d’actualité, non ?

Mes réflexions sur le sujet :

  • encore une fois, tout passe par l’éducation. Tant qu’on ne sait pas qu’un TGV consomme 7 à 10 fois moins d’énergie qu’un avion, on n’a pas les moyens de choisir.
  • toute cette réflexion, notamment l’objectif n°1 du pacte écologique (« concevoir les produits industriels pour qu’ils durent, soient réparés ou recyclés afin de réduire les flux de matière, de déchets et d’énergie ») est totalement en phase avec le livre que je lis dans des lieux raffinés, Entrepreneur malgré moi d’Yvon Chouinard (fondateur de Patagonia, un gars qui a décrété que quand les vagues étaient bonnes, tous les employés avaient le droit d’aller surfer) et dont je vous ferai critique quand je l’aurai torché (hum hum…)
  • chaque geste compte. Chaque geste est une goutte d’eau, et l’océan est fait de gouttes d’eau.
  • mais il faut intégrer le temps passé à accomplir ces gestes, et raisonner en économie globale. Quelques exemples, je sens que vous pataugez :
    • Si je me positionne au niveau de mon nombril, je n’ai aucun intérêt à trier mes ordures ménagères : c’est fastidieux, quotidien, et ne me profite pas directement. C’est peut-être pour ça que 30% de gros baveux ne le font pas. Maintenant, je le fais, car je suis ordonné, citoyen, et que ça occupe mon vide existentiel. Ainsi, quand je vois des marguerites dans mon jardin, je les entends dire « merci, t’es le plus gentil ».
    • Remplir mon stylo-plume me donne régulièrement une grande satisfaction : j’adore écrire à la plume, je sais que je ne vais pas jeter des cartouches vides, je ne jette pas les stylos-bics (que j’utilise peu, et c’est tant mieux, je serais angoissé par La question). la contrepartie, c’est que je m’en fous souvent plein les doigts, alors qu’il serait si simple d’aller voler des stylos jetables et polluants au secrétariat. Mais je suis citoyen, et les feuilles de papier, ensemencées par ma plumes, accouchent de jolis mots Cadum.
    • N’utiliser que des piles rechargeables n’a que des avantages : moindre pollution, moindre coût.
    • Au boulot, nous recyclons les feuilles vomies par l’imprimante laser : dès qu’elles ne servent plus (c’est-à-dire après lecture), hop, on les place dans un bac, et les salariés diligents de mon école en font des blocs notes dont une face est blanche. C’est poilant, en plus d’être développement durable fashion, ça permet de ne pas s’ennuyer en réunion : on lit au dos ce que les autres ont imprimé. Ah les nains, qu’y sont cons ! (pardon)

Enfin, vous me connaissez, fallait bien que je parle de finance et d’argent. Derrière tout ça, y a des gros sous. Plein plein plein, voui. Et plein de bons sentiments, aussi.

  • Par exemple, les téléphones portables, ça se recycle, et ça donne du boulot aux gens d’Emmaüs. Un acte, deux gains.
  • Ou bien, dans un registre plus intéressé, les fonds d’investissement se spécialisent dans les énergies alternatives (biocarburant, éolien, solaire). Eh oui, quand y a du développement, y a de la croissance, donc de la rentabilité, ouéééé. Selon New Energy Finance, les transactions dans ces secteurs auraient atteint 100 milliards de dollars en 2006. Faire le bien en gagnant de l’argent, pas mal, non ? Un acte, deux gains. (source : Les Echos d’hier, p. 19).

Moi j’t’y dis, faut les tenir par le larfeuille, y a que comme ça que ça marche (on dirait du Audiard).

Bon, moi je vais pas tarder à éteindre, alors vite lu, vite fait, hop, éteignez tout ! (même la Tour Eiffel s’y mettra…)

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Ubuntu – perdroler

Ces temps nécessitent un peu d’optimisme, et rien de tel qu’un ubuntu fraichement éclos de la machine à faire des pâtes pour se requinquer. Inspiré par deux aventures, deux soirs successifs, au ski.

Perdroler : v.i. Remporter une petite victoire sur un restaurateur.
Par exemple : arguer que c’est à cause de la déficience du gel inflammable que la fondue a croustiné, et suggérer qu’une autre portion de fondue (offerte grâcieusement) serait bienvenue. Attendre avec un intérêt tempéré de patience. Voir enfin le loufiat remonter l’escalier avec un poëlon surnuméraire, et le remercier copieusement, en termes fleuris.
Autre exemple : suggérer que le prix prohibitif de la pierrade frise l’escroquerie, compte-tenu de la faible densité de viande dans l’assiette. Accueillir les excuses désolées du garçon en mettant tout sur le dos du patron. Attendre avec un intérêt tempéré de patience. Voir revenir le garçon avec une autre assiette remplie, le remercier abondamment tandis qu’il fait « chut » par gestes. Lui laisser un pourboire royal, alors qu’on a payé la note sans arrondir au centime supérieur.

Petits conseils pour avoir des chances de perdroler : ne pas sombrer dans le registre typiquement français de l’insulte et des menaces, du regard de haut et du mépris. Être courtois, l’humour marchant très souvent, le but étant de créer une connivence rigolarde à coup de termes coruscants.
Et surtout… ne pas s’entêter si on n’a pas réussi à perdroler. Mais péter la vitrine en sortant, hahaha.

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Rien du tout

307 mails dans ma boite ce matin.
256 mails ce soir.
307 – 256 = 51 mails, diras-tu, c’est pas dur de répondre à 51 mails en 10 heures.
Ben non, parce qu’il y a les 20 (30 ? (40 ? (1239 ?))) mails que j’ai traités, pour lesquels j’ai reçu des réponses dans la journée, et que j’ai classés.
Donc ça fait 51 + Réponses + XX classés. Arriver à zéro zéro zéro…
Plus personne à mes basques…
Dormir.
Ou me mettre une escalope sur mon oeil au beurre noir.

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Caillou – Blizz-Bliss


Un vent de neige
descend le long
de la crête ensoleillée.

Cascade immatérielle
Où nagent
Des truites arc-en-ciel.

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Caillou – Titan-ice

Du paquebot-montagne
Sortent des nuages
Par la cheminée.

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Film vu – Pars vite et reviens tard

J’ai donc vu ce film dont j’attendais avec impatience la lecture, étant donné qu’il est adapté d’un roman de Fred Vargas, déjà abondamment analysée, et citée, voire encensée, en ce lieu.

Quelques idées, et une esquisse :

Les points forts (à mon sens)

  • Une bonne adaptation, très fidèle au texte, qui réussit l’exploit de résumer un livre de plusieurs centaines de pages en 2h. Merci Régis Wargnier.
  • Un Paris bien capté, nocturne et angoissant.
  • Une musique qui colle au film et à la tension. Merci Patrick Doyle.

Les points plus discutables, mais clairement subjectifs

  • Danglard n’est pas Danglard, mais il est très bien capté, et finalement, il est parfaitement et totalement plausible. J’aurais quand même aimé pouvoir me dire « C’est lui ! Bon sang, c’est génial ! »
  • Retancourt n’est pas Retancourt, pour des raisons évidentes (pour ceux qui ont lu les livres), mais qui importent peu (on verra si c’est la même actrice pour « Sous les vents de Neptune », ça m’étonnerait fort…)
  • Camille n’est certainement pas Camille.

Le point le plus discutable, et farouchement non subjectif

  • Adamsberg n’est pas Adamsberg.
  • José Garcia joue très bien, comme souvent, mais il campe un personnage à mi-chemin entre José Garcia (mais qui est José Garcia ? haha) et Jean-Baptiste Adamsberg
  • C’est évident pour toute personne qui a lu un des livres où le commissaire Adamsberg apparaît : il y a des traits physiques tellement marqués qu’ils s’impriment dans la mémoire, et puis, aussi, un caractère éminement particulier

Mais pour appuyer mon propos, rien de tel qu’un petit croquis : sortant du cinéma, j’étais en même temps très satisfait du film (cf. points positifs) et gêné (cf. ultime point). J’ai donc dessiné ce que je pense être le visage d’Adamsberg.

Deux commentaires sur ce dessin, et j’en ai fini :
– on se rend compte que, sans que je l’aie fait exprès, Charles Denner aurait probablement fait un très bon commissaire Adamsberg
– je ne suis pas entièrement satisfait du dessin, mais j’ai fait au mieux. Mon Adamsberg de pensée a des sourcils plus fins, pas broussailleux, et un visage plus large. Je suis content du nez, des pommettes, des cheveux, de l’oreille. Je ne suis pas content de la perspective, qui montre tous les progrès restant encore à faire… Eh quoi, je débute, mon bon monsieur, je débute…

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Equaskion

PS : Pour ceux qui essaieraient de résoudre l’équation, ou au moins d’en préciser une inconnue, je rajouterai : « il n’y avait pas qu’un seul arc ».
PPS : en revanche, le lumbago est quasiment guéri.

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Ah, ptit beurre, Zdé

On peut toujours ergoter sur sa date de naissance, mais ce blog a connu son premier thibillet il y a maintenant un an. Ouéééé.
Ce thibillet étant le 322ème, je vous laisse calculer la moyenne hebdomadaire. N’oubliez pas que :

  • je ne poste jamais le week-end (ou alors très rarement, par exemple les matins de marathon…)
  • j’ai énormément de vacances

Ce qui me permet, par une transition diaboliquement subtile, de vous annoncer que ce bleug prend quelques jours de vacances, et moi itou. Mettez cela sur le compte du lumbago (qui se résorbe doucement, merci), de la fin de la première partie de Magnolia Express, et de l’angoisse de nouveaux cours qui vont commencer lundi prochain.
Je remercie mes 1500 visiteurs uniques quotidiens, et mes 372 000 visiteurs uniques sur un an (auxquels on doit défalquer quelques 170 000 qui venaient pour se goinfrer des morceaux musicaux, reste un gros 200 000, et là dedans, combien sont d’opinitres vendeurs de viagra et d’assurance auto ?).
Mais là je vais dormir.

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Magnolia Express – 1ère partie – # 19

Jack Kerouac, et quelques paysages
 
– Alors c’est vrai, vous allez fermer ?
– Temporairement, ne vous inquiétez pas.

Et Aline ajoutait : « ça lui fait autant de mal qu’à vous, vous ne voyez pas ? ». Elle venait se blottir contre moi, elle savait que je faisais ça pour elle, mais comment eût-elle pu savoir que cette Librairie, c’était toute ma vie, comme si j’étais le capitaine d’un bateau un peu rafistolé, avec lequel j’avais parcouru les mers du globe si longtemps que désormais, je ne savais plus rien faire d’autre, j’étais juste bon à scruter loin devant en prévision des typhons, car je savais que nous coulerions ensemble, que les fonds marins nous accueilleraient dans un feu d’artifice de bulles dorées.
Mais comment eût-elle pu deviner que cette maison, cette rivière, ce renard qui passait étaient les seuls garants pour moi d’un monde qui tournait aussi vite que les pales d’un ventilateur, j’étais passé une fois à travers sans me blesser, il ne faut pas tenter le sort plus d’une fois.
Comment eût-elle pu deviner que sous ce masque insouciant, mon esprit déjà tourné vers le départ comme un ours qui se prépare à hiberner, mon âme enfermait un ouragan de passions, une flamme qui me disait « Attrape chaque objet, chaque paysage, regarde-les jusqu’à satiété, tu pars au pays des rêves brisés. »
Mais comment eût-elle pu deviner, dans ces tourments, que cela ne représentait rien à côté de partir avec elle, à me dire que chaque matin, après avoir dormi ensemble, rêvé ensemble, partagé ce qu’il y a de plus intime, nous nous réveillerions face à un paysage différent, un paysage de poussières ocres et de soleil vertical, un paysage de déserts où la route s’étend en tremblant dans la chaleur, un paysage de nuit avec le bruit des herbes saguaro qui roulent vers l’infini.
 
En fermant la librairie cet soir là, j’ai eu comme un doute. Aline m’attendait sur le trottoir, silencieuse, j’avais déjà donné un tour de clé, mais je suis rentré à nouveau, ai grimpé à l’échelle, ai pris Sur la route de Jack Kerouac. C’était dans les premiers chapitres, j’ai relu les quelques lignes, c’était bien ça.
Je me retournai vers la porte, Aline était dans l’embrasure, un petit sourire consolateur aux lèvres, et la lune nouvellement levée projetait l’ombre de la pancarte « Fermé pour un peu plus de trois jours » sur le plancher de la librairie. J’ai su que nous étions déjà partis.
« Somewhere along the line, I knew there’d be girls, visions, everything ; somewhere along the line the pearl would be handed to me ».

Fin de la première partie.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Défi, fa, sol

Atchoum s’y est collé, suite à une de mes tentatives illusoires de cerner le plaisir.
A mon tour donc, en essayant de réintroduire du radioblogclub dans ces pages. (rappel : si vous aimez ces morceaux, achetez-les).

Liste d’intros à cappella (ou presque) que j’aime bien : (sans ordre)

  • Kiss from a rose – Seal

    (et Violet, unplugged)
  • I will rise – Ben Harper
  • Les parfums de sa vie – Art Mengo
  • Que reste-t-il de nos amours ? – Charles Trenet, reprise d’Eddy Mitchell (ben oui, il la commence a cappella et j’aime bien Monsieur Eddy)
  • Louie Louie – Beach Boys, version de Pow Wow
  • Barbara Ann – Beach Boys
  • Don’t worry be happy – Bobby Mc Ferrin (déjà atchoumé)
  • I want it all – Queen (presque atchoumé)
  • Why don’t you do right – Jessica Rabbit (en fait, Amy Irving), dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ?.

    C’est la version la plus sexy qui soit de cette chanson, un peu comme le « Happy Birthday Mr. President » de Marylin Manson Monroe (plutôt le début…).
  • Merci France Telecom – Tryo

    (ou l’hymne de nos campagnes, atchoumé)
  • Moon over Bourbon Street – Sting (ok, je triche un peu, mais c’est essentiellement à capella)
  • Down to the river – Alison Kraus, B.O. de O’Brother where are thou
  • Lean on me – Hootie and the blowfish
  • Slip slidin’ away – Paul Simon
  • Asimbonanga – Johnny Clegg
  • Classic – Adrian Gurvitz (bon, pareil, un peu exagéré…)
  • If we ever – Take Six (impossible à trouver, je vous en mettrai un extrait audio de 19 secondes en mono si vous insistez)

Et puis une qui a ma préférence, vous comprendrez peut-être pourquoi (c’est très subliminal) :

  • Vive le vin – Chanson Plus Bifluorée
  • et des mêmes, pour nous rajeunir : Petit Pasqua Noël – Chanson Plus Bifluorée

Et enfin, ça ne qualifie pas tout à fait, mais ça m’aurait fait mal (aïeuh) de ne pas les mettre :

  • Sugar Baby Love – The Rubettes
  • Good vibrations – Beach Boys
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Magnolia Express – 1ère partie – # 18

De pancartes jalonner notre vie
 

Ça c’était vraiment un problème. Ça n’est pas facile d’abandonner quelques lecteurs fidèles, qui viennent vous voir régulièrement, avec dans les yeux une petite attente. Ils vous posent des questions, expliquent leur recherche, et puis on se retrouve penchés ensemble à réfléchir, on tâtonne un peu, c’est très délicat, à la fin on tombe d’accord sur un livre et ils l’emportent, un peu rassurés, un peu anxieux. Certaines fois ils reviennent souriants « Oh oui vraiment, il était bien, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit pour le finir ». Ou bien ils ne disent rien, ou bien, avec un petit ton désolé « Non, je n’ai pas tellement aimé, je suis peut-être un peu difficile, j’imaginais autre chose ». Souvent, ils réinventent le livre qui leur aurait plu, puis on cherche à nouveau ensemble.
Alors c’était vraiment un problème de savoir quoi leur dire sur la pancarte. Nous sommes rentrés à la maison, et on discutait, nous n’avions pas les mêmes idées.
 
Voilà ce qu’Aline proposait :

Fermé pour un mois
Fermé pour cause de recherche d’identité
Fermé pour travaux intérieurs
Fermé pour cause d’inventaire
Fermé pendant la mousson (elle aimait bien celui-là, et ses yeux pétillaient quand elle me l’avait dit)
Fermé
 
Pour ma part, je pensais plutôt à :

Fermé pour un mois, peut-être moins
Fermé pour cause de mission
Nous ne sommes pas partis définitivement
Fermé temporairement
Fermé pendant les vacances libraires

Nous étions au moins d’accord sur un point : le point justement. Il ne fallait pas mettre de point après l’inscription, même pas trois petits points. Juste une pancarte ouverte sur l’avenir.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
.

Publié dans Romano | Commentaires fermés sur Magnolia Express – 1ère partie – # 18

Aïeuh

Il y a deux types de personnes dans la vie : ceux qui ont déjà couru un marathon, et les autres ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu une crise de calculs (rénaux, hein, pas financiers) et ceux qui ne savent pas ce que c’est ; il y a aussi ceux qui ont déjà eu un lumbago, et les autres. Je fais partie de ce Grand Chelem tant envié, de connaître / avoir connu les 3 situations.
Les points communs, évidemment, sont :

  • la douleur
  • l’impotence / l’incapacité à se mouvoir
  • la douleur
  • l’impression que ça n’en finira jamais
  • avoir mal à des endroits qu’on oubliait tous les jours, qu’on savait même pas qu’il y avait des veines des artères des globules qui pulsaient dans ces coins-là du corps

(et ai-je mentionné la douleur ?)
Je me disais « chic, chic, je suis comme Gurney Halleck dans Dune, jamais à court d’une citation appropriée » et paf, je me rends compte que j’ai prêté Echine (de Philippe Djian) et que je n’ai donc pas accès à ce passage sur le lumbago du narrateur.
Le plus marrant (oui, je suis joueur), c’est l’ensemble des postures :

  1. allongé sur le canapé, 112 coussins sous les jambes, ça va, royal, sauf quand il faut changer le CD
  2. pivotation tel le cloporte moyen, jambes repliées, basculer sur le côté
  3. instant délicat où on reste à l’affût de son corps, tout en se disant « faut pas que je reste trop longtemps dans cette position ». Le grand paradoxe. Par exemple, ce matin, j’ai eu droit 4 fois au Glong, ça mériterait une batana, mais c’est trop compliqué à expliquer.
  4. se relever raide comme une planche à pain inclinée à 20°
  5. marcher comme un petit (vraiment petit) vieux (vraiment vieux)
  6. de temps en temps je croise mon reflet dans un miroir, j’hésite entre m’apitoyer et me foutre de ma gueule. Mais si je rigole de moi, ça va me déprimer, ou me reprimer, je ne sais plus. Paradoxe de nouveau.

Glong : n.m. lors d’un lumbago, sentir tout à coup un muscle dans le bas du dos qui se déplace brutalement (idéalement, en laissant une sensation de brûlure), et ressentir comme si une corde à piano avait donné un bon coup dans la vertèbre S2. Vivre un moment qui semble éternel, une infinité de temps compactée en un seul atome. Avoir le sentiment que si on éternue, les vertèbres vont dégringoler sur le plancher. Illusion d’être un squelette de Brachyosaure dans la Grande Galerie du Jardin des Plantes.
Se fendre d’un « Ayeuh » propitiatoire (à défaut d’adopter une attitude hiératique, j’essaie d’attendrir les dieux avec quelques rites).

Et puis tout ça, c’est sauter de la poële pour retomber dans le feu : je vais enfin avoir le temps de répondre à mes mails (plus de 260 au compteur), ayeuh, et de mettre à jour le livre numéro 1 (ayeuh), en attendant de m’attaquer au passage du livre numéro 2, vingt pages, une paille (ayeuh), une payayeuh.

‘Reusement que j’avais eu une frénésie d’achat de CDs : Chris Réa, Arthur H, Higelin, Bill Deraime, les Notting Hillbillies, Jamiroquai (bon, pas tout, il est un peu énervant), Paul Personne, Coco Robicheaux…

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C’était couru

Somatisation depuis des mois, tentatives d’évasion, grosse grosse déprime, toutes les conditions étaient bien réunies, elles avaient tenu leur conseil de guerre, échangé leurs codes façon commando, et puis, au moment où je m’y attendais le moins, probablement aussi, le moment où ça devait m’embêter le plus :
Lumbago.

Un vrai, un méchant, le père des lumbagos de la terre.
Piqûre de Voltarène, annulation probable du ski, et je ne parle pas du Marathon de Madrid (avril 2007).
Je n’en suis évidemment pas à planifier la suite mais qui sait, peut-être que depuis un canapé, le portable sur les genoux, je pourrai écrire un peu ?
Toujours voir le côté positif, mon frère…

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Désolitude

Je commence à être inquiet.
Au milieu de tous,
supposément bien ajusté,
Je m’enfonce dans une grande solitude.
De moins en moins de contacts,
beaucoup de futile, d’évanescent.
J’appréhende les prochaines années avec inquiétude.

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