Mini-Ubuntus

Chachouchiner : v.i. Recevoir une lettre qui a été postée à Conches-En-Ouche. Ou Pournay-La-Chétive. Ou Bouze-Les-Beaune.

Sproumer : v.i. Recevoir un ouvrage de grands pontes, dédicacé par lesdits, qui disent « à Christophe Thibierge, à qui nous avons emprunté sa magistrale démonstration (p. 36) » et retrouver (p. 36) sa jeunesse.

Rappel : la genèse des Batanas et Ubuntus se trouve .

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Ubuntu – Réplumer

Réplumer (forme désuète : péplumer) : v.i. Apprendre quelques jours avant que tel rendez-vous gonflant a été annulé par le gonfleur. Que la réunion n’aura finalement pas lieu. Que tel cours pénible est supprimé. Contempler ce vide qui apparaît dans l’agenda, et sabler mentalement le champagne.
Par extension : passer quelques jours seul, tout seul.

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Magnolia Express – 3ème Partie – # 24

Gloire à nos courageux pilotes
 
Ma machine toujours sur les bras, j’allai voir du côté de chez Conrad et Eileen. Vieux Bill avait vaguement idée de l’endroit où il pourrait trouver un pare-brise, mais c’était dans un coin reculé du parc, et pour y accéder il fallait soulever au moins deux tonnes de ferrailles. Conrad y avait travaillé depuis quelques jours avec Vieux Bill, et il restait encore une bonne pile à déblayer. Quand je tournai au coin de l’allée, Vieux Bill était en haut d’une pile et guidait Conrad qui attrapait les ferrailles avec une petite grue.
 
Eileen était en train de venir vers moi. Elle me dit :

– Je vais acheter quelques victuailles, vous voulez venir ?

J’hésitai un moment.

– Aline est occupée. Je vais venir.

Eileen répondit Mmmm tout en marchant, elle avait sa liste de commissions en tête, et n’écoutait pas vraiment, elle était toute à ses préoccupations alimentaires. C’était bien.
Nous arrivmes au taxi, et j’eus une sorte de doute, dont je fis part à Eileen :

– Hey …
– Mmmm ?
– Il n’y a plus de pare-brise au taxi…
 
Elle s’arrêta, me regarda, elle avait l’air de me découvrir. Puis elle me sourit, et me dit qu’elle aussi l’avait remarqué, et qu’elle contrôlait la situation. Je m’installai donc sur le siège du passager, claquai la portière, levai les yeux : pas de doute, on voyait bien le capot, la route là-bas, et à moins de rouler à 10 miles à l’heure, nous allions pleurer comme des crocodiles enfumés dans une valise. Je m’abandonnai au désespoir : Eileen venait de s’asseoir, comment lui annoncer la Réalité, comment lui annoncer que ce monde cruel ne pardonnait rien à ceux qui n’avaient point de pare-brise ?

Je me lançai :

– Eileen, avant que tu démarres, il faut que je te parle …
– Bien, dit-elle, mais que cela ne t’empêche point de mettre tes lunettes.

Je me tournai vers elle : elle avait revêtu des lunettes d’aviateur, ces lunettes de verre-cuir-acier que portent tous les aviateurs de légende, et elle m’en tendait une paire. Je les revêtis : j’avais désormais un pare-brise personnel. On pouvait y aller.

– Alors ? me demande Eileen
– On peut y aller, dis-je. Le monde a eu pitié.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Citation – A quoi tu penses ?

Mon éditeuse, qui n’a pas daigné venir me voir hier alors que je sortais de 30h de cours en 4 jours (futile excuse de problème de Vélib’ un jour de grève, pfff, tous des feignasses dans l’édition) m’a offert un livre pour cabinets. Mais je l’ai lu dans le métro. Un de ces bréviaires façon « les miscellanées de Mr. Schott » ou « Je me souviens » de Perec. Ici, il s’agit de 1 000 réponses à la question « A quoi tu penses ? ». Réponses personnelles, absurdes, énervées, autobiographiques, obsessionnelles, humaines, traits de génie du langage, délires.

Si je ne devais en citer qu’une parmi mes favorites :

A quoi tu penses ?
Je pense que Dieu n’a jamais eu le temps de finir complètement l’ornithorynque, parce qu’il lui manque des ailes et une hélice.
Hervé le Tellier, Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable, Le Castor Astral, p. 47.

Livre indisponible sur Amazon (edit : si, il y est, mais – honte à moi – j’écrivais Le Tellier sans L majuscule..), qui propose tout de même aussi l’Encyclopaedia inutilis, du même auteur, ainsi que les Sonates de bar, que j’avais bien aimées (tu m’étonnes…)

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Magnolia Express – 3ème Partie – # 23

ça marche (?)
 
Au fil des réparations, j’avais acquis un petit coup de main, j’y arrivais désormais assez rapidement. D’ailleurs, ça amusait aussi Aline, elle cherchait des variations sur la-phrase-contenant-les-vingt-six-lettres-de-l’alphabet. J’arrivai avec la dernière machine alors qu’Aline testait encore la précédente.

– Tu n’as pas fini ?
– … Non, dit-elle sans relever la tête.

J’attendis un moment, debout à tenir la dernière machine, tandis qu’Aline tapait régulièrement, allait à la ligne (gling !), puis continuait à taper, retournait à la ligne (gling), puis un nouveau gling, et encore gling … et gling encore …

– Tu n’as pas tapé les 26 lettres ?
– Si, dit-elle, les yeux fixés sur son papier.

J’hésitai. Pour la première fois depuis que nous nous connaissions, j’avais l’impression de la gêner, debout sur le seuil de cette porte, une machine sur les bras. J’essayai malgré tout :

– Alors la machine est testée, tu peux …
– Non, pas encore, dit-elle.

Je me tus.

Je n’ai pas fini, dit-elle.
 
Quand tu ne comprends pas, inutile de t’échiner. Marche un peu sous la nuit, essaie juste de mettre un pied devant l’autre. Je quittai la cabane, et tandis que je m’éloignai, le tic-tic-tic de sa machine me suivait m’enveloppait m’inquiétait.

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Caillou – Matin


Les hirondelles
Laveurs de carreaux du ciel
Tsui tsui !

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Magnolia Express – 3ème Partie – # 22

Âmes en peine
 
Je détournai les yeux vers Aline, je surpris le regard qu’elle fixait sur Bob, sans pouvoir y lire quoi que ce soit. C’est difficile à expliquer, mais ce regard était annonciateur de changements, plus encore que la douce rêverie qu’elle avait eue et qui nous avait lancés dans cette épopée.
Pourquoi allions-nous là-bas ? Pour trouver un livre hypothétique ? Ce soir, je vis qu’Aline changeait doucement, je ne pouvais rien faire pour l’empêcher, je ne savais même pas ce que cela devait signifier.

Vieux Bill me toucha l’épaule :

– Dis-moi, fils, tu peux venir m’aider à démarrer ma camionnette ?

Il me regardait avec douceur, me pressait un peu l’épaule, histoire de dire « Allez viens, mon gars, tu ne peux rien faire, tu ne sais même pas de quoi il retourne… ».
Je me levai, le suivis. En quittant la grange, je vis qu’Aline parlait avec Bob, et Conrad et Eileen écoutaient en hochant la tête d’un air grave. La nuit était pure et froide, une de ces nuits à aurores boréales, je glissai mes mains dans mes poches à la recherche de chaleur.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Ce qui m’énerve #17

Les micros des téléphones portables sont trop sensibles. On entend la voix de l’interlocutrice (je n’ai que des interlocutrices, c’est comme ça), mais aussi, en arrière plan : des enfants qui piaillent ; des oiseaux qui piaillent ; des boeings qui atterrissent (en piaillant) ; Jean Piat, à la télé.
M’énerve.
D’autant plus que je ne peux pas dire : « euh, pourrais-tu t’enfermer dans un caisson insonorisé pour me parler ? »

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Projet Thanatos

J’aimerais bien écrire mon épitaphe, ou plutôt, mon discours d’adieu, le truc qu’on pourrait lire quand je serai mort. C’est pas tant que je me méfie de ce que mes proches diront de moi, mais comme ils livreront des versions différentes (toutes vraies en partie), j’aimerais juste rajouter ma version, une touche de peinture de plus sur le tableau.

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Aphorisme # 40

Lors de mes soirées d’anniversaire, je ne sens jamais mon ge. En revanche, le lendemain…

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Métro

La plupart d’entre eux sont laids, alors que moi, je suis juste gris.

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Magnolia Express – 3ème Partie – # 21

Les îles enchantées
 
Après son tour de chant, après qu’il eut joué du yukulélé debout sur une table en tapant du pied, qu’il eut été porté en triomphe dans toute la grange et à l’extérieur, Bob passa entre les tables, les hommes lui donnaient des bourrades affectueuses, les femmes lui parlaient en le regardant un peu par en-dessous, mais lui gardait l’air de celui qui ne voit rien, rêveur détaché du monde. Enfin il arriva vers notre table, où Vieux Bill lui faisait de grands signes. Il s’installa à côté de Conrad, qui commanda une bière et la lui servit.
– ça a l’air de sacrément dessécher le gosier …
– C’est rien de le dire, partner, c’est rien de le dire.
 
Il se tourna vers Vieux Bill :
– Comment va Théa ?
– Toujours le grand amour, je suppose. En tout cas, elle reste avec lui.
– C’est bien, sourit Bob.
Vieux Bill nous présenta collectivement (« Des pèlerins, Bob, des pèlerins ») et l’on trinqua. Conrad n’avait d’yeux que pour la guitare que Bob tenait doucement entre ses jambes :
– Sacré instrument, dit-il avec une moue admirative, la dernière que j’ai vue, c’était il y a une dizaine d’années, chez un vieux polonais brocanteur, à Petaluma, lui même la tenait d’un chercheur d’or …
Bob redressa la tête, l’oeil allumé :
– C’est celle-là même, partner. Je l’ai échangée contre le yukulélé de mon grand-père, il y a neuf ans.
– Pour une coïncidence, grommela Conrad d’un air amusé. Il se grattait lecrâne en regardant cette guitare, un peu attendri de ces retrouvailles, comme un ours sentimental qui retrouverait un vieux copain. Bob et lui se mirent à parler musique, survolant le delta du Mississippi, les bayous de Louisiane, et Conrad évoqua ces pays lointains :
– Tu devrais aller jouer là-bas, vieux, ils ont besoin de toi …
Bob soupira, fit glisser rêveusement une main sur la partie métallique de sa guitare.

– Tu sais, il y a peu de gens qui apprécient ce type de musique… J’en ai fait ma vie (je me demande parfois si la nuit, je ne joue pas pour mes compagnons de rêve), mais, par moments, j’ai l’impression … d’être un homme analogique dans un monde numérique. De ne plus vraiment avoir de place.
Et en disant cela, il tenait un pan de sa jaquette, le regardait d’un air songeur, le laissait retomber.
 
Allons bon, me dis-je, une me en peine.

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Magnolia Express – 3ème Partie – # 20

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de Dead cat on the line, par Bob Brozman, sur le CD Blues Reflex, Ruf, 2005. Le disque est en vente ici.

Marée humaine
 
Au moins une fois dans ma vie, je le dis, j’aurai vu une assemblée se soulever comme la mer, avec un grand appel, une foule animée, chaleureuse, lançant des vivats à un petit musicien de cambrousse qui faisait résonner sa guitare sur scène.

Bob Brozman jouait des valses twistées,
des chants tahitiens langoureux,
des blues purs,
ça racontait des exploits de John Henry, le colosse qui bâtissait des voies ferrées tout seul,
ça parlait d’un fantôme qu’il avait rencontré dans le moteur d’un autocar Greyhound, « coincé là comme un génie dans une bouteille de bourbon »,
et le jour où l’on avait voulu attaquer sa guitare à l’ouvre-boîtes (mais l’ouvre-boîtes s’y était cassé les dents),
et les îles enchantées où-les-paupières-des-femmes-sont-des-rideaux-d’amour,
tout cela nous remuait les zygomatiques, la salle ronronnait doucement entre les vivats, on était comme en famille, allez, l’Homme n’est pas foncièrement méchant.

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Magnolia Express – 3ème partie – # 19

Ceci est une citation à des fins d’illustration musicale (détails ici). Il s’agit d’un extrait, en mono, de One steady roll, par Bob Brozman, sur le CD Blues Reflex, Ruf, 2005. Le disque est en vente ici.

Ballade
 
Au fond de la salle, une lumière s’alluma, dévoilant une petite estrade de bois. La rumeur s’adoucit brusquement, on entendait encore un ronronnement de conversations, les bouteilles de bière qui tintaient, le bruit des chaises sur le plancher de bois. Puis un jeune gars arriva en costume, avec une jaquette sombre et une chemise immaculée, comme une gravure de mode des temps anciens. Il portait deux étuis noirs, brillants, un grand et un petit. Il s’installa sur l’estrade, à califourchon sur une chaise, et sortit de son grand étui une guitare d’acier étincelante, une de ces antiquités sonores issues du delta du Mississippi.
National Style N… 1931, souffla Conrad avec respect, et Vieux Bill hocha la tête.
 
Le gars-gravure gratta un ou deux accords, puis commença à jouer un blues javanais, une musique d’accompagnement sautillante et glissante sur laquelle il chantait avec une voix de basse ronde et chaude :
 
Quand j’ai acheté ce vieux frigo
Bon sang y faisait si chaud, si chaud
Que du Kentucky à L’Ohio ou-oh
Les bières me demandaient à boire, à boire
 
Oh mon frigo ou-oh
Mon vieux copain, mon vieux poteau
J’te porterai dessus mon dos ou-oh
Du Kentucky à l’Ohio
 
Tu sais nous on est des cheminots
Jamais d’maison jamais d’repos
Juste une galette jambon-fayots ou-oh
Dégustée su’l bord d’un trottoir, trottoir
 
Oh mon frigo ou-oh
Mon vieux copain, mon vieux poteau
J’te porterai dessus mon dos ou-oh
Du Kentucky à l’Ohio

Puis un solo époustouflant, où le gars utilisait la caisse de résonance comme une percussion tandis que ses doigts couraient avec vélocité sur le manche, ça faisait dzing dzing TAC toing tong BOUM TAC et la salle chahutait joyeusement en rythme, le plancher en vibrait.

Quand s’ra venue l’heure du tombeau
Ne pleurez pas, pas de sanglots
Enterrez-moi ‘vec mon frigo ou-ho
rempli ras-bord de bières à boire, à boire …
Oh mon frigo ou-oooooh…
 
Arriva un second solo pas piqué des hannetons, et tout en jouant, le gars-gravure se balançait légèrement, on voyait les pans de sa jaquette qui battaient la mesure. Et tandis que ses doigts glissaient le long des cordes, tandis qu’il était environné de cette musique tintinnabulante, il fredonnait pour lui tout seul, hors du temps, il lâchait juste de temps en temps un Wouap Wouap rocailleux, la musique était sa rivière de chercheur d’or.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Mine de crayon

On nous rebat les oreilles de développement durable, et je suis comme tout le monde, je fais mes petits efforts, je remplis le lavabo d’eau chaude quand je me rase au lieu de laisser couler l’eau, je trie mes déchets, je n’imprime que le strict nécessaire.
Mais il y a des choses qui me trouent.
J’ai un crayon à papier, fourni par mon institution, avec le logo qui va bien. J’ai récupéré un taille-crayons aux fournitures, le modèle de base, une lame, corps doré, c’est l’utilisateur qui tourne d’un mouvement vif du poignet.
Eh ben merdre. La mine du crayon casse à chaque fois. Alors Zuip zuip zuip, je retaille, et snap, ça re-casse, je me retrouve avec un bout de graphite en degré de liberté.
Donc, je souligne une chose évidente : le temps où nous aurons tous une conscience environnementale, sera le le temps où nous aurons tous une conscience environnementale. Depuis le fabricant de crayons à papiers jusqu’à l’utilisateur final, en passant par le responsable des achats (à ce propos, un lien utile, hop).
Parce que ce serait tellement facile de me ruer sur les porte-mines en plastique made in china qu’on n’a pas besoin de recharger, on les jette, ils sont incinérés et deviennent des jolies petites particules dans les poumons de nos enfants. Mais moi je veux pas. Au risque de réduire ma sacro-sainte productivité.

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Caillou – Messiaen


Un vol d’étourneaux
Les ailes en hyperfréquence
Au-dessus du banc de sable.

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Spam

Après un temps de silence (qui pourrait se renouveler), devperso.fr a accouché d’un billet. Comme quoi, ça valait la peine, d’acheter un (trois) nom(s) de domaine. Je suis un financier, je m’engage dans des trucs à coup sûr !

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Les 10 axes d’un travail salarié

[edit du 30-10-2013 : cet article était publié sur mon blog de développement personnel (Devperso.fr), je l’ai rapatrié désormais dans la rubrique « productivité » de blogthib.com – un edit de ce type signalera de tels articles]

Beaucoup de méthodes d’organisation personnelle sont fondées sur les priorités. C’est très bien, mais il faut alors définir quelles sont nos propres priorités, ce qui demande de revenir sur ses choix, analyser son existence, et voir dans quelle mesure on fait ce que l’on voulait faire. Cela peut évidemment nous amener très loin, chacun s’analysant et se découvrant au fur et à mesure.

Dans ce billet, je souhaite parler du travail (au sens de poste) que l’on a choisi. Au fil des années, j’ai mis au point un petit outil d’analyse qui peut aider à :

  • mieux choisir son travail
  • mieux comprendre ce qu’on aime / n’aime pas dans son travail
  • aider à changer de travail
  • définir ses priorités

Je le partage avec vous ici, pour réflexion.

Selon moi, tous les emplois peuvent être classés / notés sur 10 axes. Ces axes sont :

  1. Le salaire et les avantages (notes de frais, voiture, téléphone portable…)
  2. L’intérêt intellectuel du travail.
  3. La disponibilité que ce travail nous laisse par ailleurs (= horaires, mais aussi travail à la maison le soir, le week-end…)
  4. Le pouvoir que l’on subit : est-on sous les ordres d’un chef ou non, et quelle est notre liberté de décision.
  5. Le pouvoir que l’on impose : a-t-on du pouvoir sur les gens (subalternes) et sur les événements ?
  6. Reconnaissance sociale. Quand dans un dîner, on répond à la question « que fais-tu dans la vie ? », comment est-on perçu socialement ? (médecin, avocat, vendeur, journaliste…) Cela peut aller jusqu’à la « fierté d’appartenance » à une entreprise (merci Laeren pour cette idée !).
  7. Sécurité de l’emploi.
  8. Ambiance dans le travail : relations avec les collègues, ambiance sympa ou tendue, a-t-on des collègues que l’on voit en dehors du travail…
  9. Alignement avec « une bonne vie », sentiment que l’on sert à quelque chose, que l’on contribue à un développement global.
  10. Possibilité d’évolution dans le travail.

Ces axes peuvent recouvrir des choses communes, et la notation sur chacun des axes peut être très subjective. Mais cela permet de commencer à classer les choses. Je crois en tout cas n’avoir rien oublié…

Prenons un exemple. Auditeur junior dans un cabinet d’audit.

  1. Salaire : élevé.
  2. Intérêt intellectuel : faible.
  3. Disponibilité laissée par ailleurs : très faible.
  4. Pouvoir subi : très important.
  5. Pouvoir qu’on impose : très faible.
  6. Reconnaissance sociale : assez forte. Fierté d’appartenance : idem, probablement.
  7. Sécurité de l’emploi : faible.
  8. Ambiance dans le travail : dépend.
  9. Alignement avec une bonne vie : pas facile à justifier.
  10. Possibilité d’évolution : forte.

On peut remarquer plusieurs choses :

  • La notation est subjective, et qualitative.
  • Il y a des axes « internes », correspondant à une satisfaction personnelle, par exemple la « bonne vie », le pouvoir qu’on a, l’intérêt intellectuel, et des axes « externes », correspondant plus à ce que le monde extérieur nous renvoie (reconnaissance sociale, pouvoir qu’on subit…). J’imagine qu’on peut classer les axes selon d’autres critères, les réordonner, mais ces raffinements ne sont pas mon propos actuel.
  • On peut représenter ces axes sous la forme d’un « graphique en radar », qu’on peut appeler ici le Radar de Thibierge (l’image de début d’article correspond au Radar de Thibierge pour le poste d’auditeur junior).

Voici maintenant mes intuitions sur le sujet : normalement, chaque emploi devrait remplir la même surface c’est-à-dire que ce que l’on gagne par exemple en liberté, on le perd par exemple en salaire. On suppose que toute évolution positive sur un axe sera compensée par une régression sur un autre axe. Par exemple : les emplois qui laissent beaucoup de disponibilité et font subir peu de pouvoir… sont généralement moins bien payés. Donc tous les emplois se valent, car la surface intérieure du graphe reste de même dimension.

Mais si tous les emplois se valent, comment choisir ? Réponse : en cherchant lesquels des 10 axes sont importants pour vous (et lesquels sont accessoires). C’est là où arrive l’analyse personnelle, et la gestion des priorités. Quels aspects de votre travail sont cruciaux pour vous ? La salaire avant tout ? Le temps libre que votre travail vous laisse ? Aimez-vous avoir du pouvoir ? Le regard des autres (réussite sociale) compte-t-il beaucoup pour vous ?

En répondant à ces questions, vous pourrez non seulement (re)définir le type d’emploi qui est fait pour vous, mais aussi, vous aurez une idée de vos priorités dans le monde du travail.

Ceci est une réflexion en cours, tous les commentaires sont les bienvenus.

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Magnolia Express – 3ème Partie – # 18

Anecdotes
 
Le soir venu, Vieux Bill nous proposa d’aller voir Bob Brozman, un gars du cru qui jouait de la guitare acoustique dans une vieille grange, à quelques miles. Il nous y emmena en camionnette, un vestige de l’histoire automobile qui démarrait à condition qu’au moins deux personnes s’occupent du moteur, mais une fois que l’engin avait démarré, on pouvait s’installer sur la plate-forme arrière et regarder la campagne défiler.
Quand nous entrmes, la salle était bondée, chaleureuse, les bières brunes circulaient, les hommes se tapaient sur l’épaule ou bien s’accoudaient dos au comptoir pour juger de l’ambiance, quand on entrait là-dedans ça faisait comme une vague tiède qui vous enveloppait. Vieux Bill se frayait un chemin en distribuant des tapes dans le dos et des coups de coude, il nous installa d’office au bar et commanda des bières. Repoussant son chapeau en arrière, il nous raconta quelques anecdotes, la grande épidémie de ’32, et le temps où il était journalier dans les fermes céréalières, là où il n’y avait qu’à accrocher son chapeau à la porte pour s’installer, de toute façon y avait toujours besoin de main d’oeuvre. Il nous parla aussi de sa tentative pour être cultivateur « mais tu vois, j’avais pas choisi le bon cheval… La charrue, le lopin de terre, ça, y avait pas de problème, mais le cheval ! Ah Seigneur, il lui fallait boire un seau de vin avant de pouvoir commencer à travailler, et je partageais toutes mes bières avec lui. Je l’avais appelé l’Eponge, tellement il sirotait. Certains soirs, il s’arrêtait tout net au milieu d’un sillon et se mettait à ronfler, debout, tout en lâchant un pet de temps en temps, et si par malheur je le réveillais, il me regardait avec ses yeux fatigués, désabusés, laisse-moi dormir nom de dieu et puis il soupirait un coup et repartait dans ses rêves.
Finalement, le jour où je me suis rendu compte qu’il me coûtait plus cher qu’un tracteur, je l’ai donné au pasteur. Depuis, il ne boit plus que de l’eau, et il tire dignement la charrette de la paroisse ».

Vieux Bill s’adossa au bar, le regard dans le vague, moitié rêveur moitié regret. « Il n’y a plus que moi qui l’appelle l’Eponge maintenant, puisque le pasteur l’a rebaptisé. Ishmaël le Racheté, voilà comment il s’appelle maintenant… »

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Magnolia Express – 3ème partie – # 17

ça marche
 
– Aline, dis-je.
– Mmm…, dit-elle, le nez plongé dans un journal de 1896 qu’elle a trouvé dans une malle.
– J’ai fini de réparer la première Corona.
– Mmm ?..
– Cela ne t’embête-t-il point de la tester de tes doigts agiles ? D’inaugurer sa nouvelle vie mécanique ?
– … ? … Qu’est-ce que j’écris ?
– Ben, je ne sais point. Essaie d’utiliser les 26 lettres de l’alphabet, comme avec la phrase « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume ».

Aline repose son journal de 1896, se lève de sa chaise à bascule et vient avec moi dans la cabane. Elle s’installe devant la machine, insère une feuille blanche, et tape :

Bring – very quickly – this old whisky to the fair judge, yep, the one who’z smoxing.
 
Sur le papier, il y a marqué :

Bring – very quickly – this old whisky to the fair judge, yep, the one who’z smoxing.
 
ça marche.

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Epistémologie ontologique du sabre laser


Quand mon grand-père avait vu « la guerre des étoiles » (on ne disait pas encore Staroirz), dès le début (attaque du vaisseau diplomatique de la Princesse Leïa par les forces de l’Empire), il avait tiqué.
On voyait des braves soldats se faire dézinguer à coups de pistolasers, et ça faisait Piou Piou tandis que des éclairs lumineux et brefs jaillissaient de la bouche fumante des pistolasers.
Mon grand-père, qui n’était pas Polytechnicien pour rien : « Ce ne sont pas des pistolasers ! Un laser, c’est comme une lampe-torche, tu l’allumes et la lumière en sort, et si on n’éteint pas, le faisceau lumineux s’allonge sans rupture. Là, ce sont des balles traçantes. »
Mon grand-père avait laissé son me d’enfant quelque part, il raisonnait en froid polytechnicien. Personne n’est parfait.
D’où mon interrogation du jour, dont la profondeur égale la question sur le demi-tour d’Actarus dans Goldorak :

comment fonctionne un sabre laser ?

Prolégomène :
un sabre laser produit un laser qui

  • est limité en hauteur
  • est analogue à une épée, qui peut couper de taille (avec son tranchant) ou d’estoc (avec sa pointe). Par exemple, quand Krung Grop Tep, le mentor d’Obi Wan, se fait trouer par Dark Maul, c’est un coup d’estoc.

Interrogation suite au prolégomène :
un vrai laser, version 2008, et pas version « il y a très très longtemps, dans une galaxie très très lointaine », est un rayon lumineux qui troue et coupe, mais qui n’est pas limité en longueur. Donc ma question, c’est « qu’est-ce qui stoppe le laser du sabre laser à 1m20 du fourreau pour lui donner cette ergonomie d’épée archéo-futuriste ? »

La première idée est : un miroir. J’y ai beaucoup réfléchi dans le métro, et j’aboutis au dessin ci-joint. Alors tu vois, le manche bleu pâle, c’est le manche, celui qu’on tient à la main et que R2D2 envoie à Luke dans « Le retour du Jedi » pour abattre l’infme Jabba. On pousse sur un bouton, et hop, le générateur de laser (carré rouge) envoie le laser (trait rouge). Ce laser passe à travers un miroir sans tain (noir pointillé) et va taper dans un miroir (noir plein), hop, le laser bondit vers le haut, et à 1m20 de hauteur, un autre miroir biface décomplexé (triangle noir en haut) renvoie le laser vers le bas, ad vitam aeternam. Ainsi, on a un laser limité en longueur, mais qui coupe bien, avec en plus un raffinement : plus le sabre laser est allumé longtemps, plus le rayon est concentré (multiplication des allers-retours), plus il est puissant. On pourrait appeler ça « La concentration de préchauffe de Thibierge », en toute modestie.

Mais argh, je ne serai jamais prix Nobel :

  1. Il n’y a pas de miroir en haut (ou alors, on ne voit pas comment il tiendrait tout seul dans l’air)
  2. Si on se débrouillait pour en installer un (« on dirait que quand on allume le sabre, un miroir se matérialise en haut »), il n’y aurait plus d’effet d’estoc, et Krup Gong Couic n’aurait pas pu être troué par Dark Maul.

Nous voilà – presque – revenus au point de départ. Et là, j’ai une idée, mais j’ai besoin de physiciens, éventuellement ‘Pataphysiciens, ce serait plus fun. On va dire qu’il y a un champ de force qui est créé quand on allume le sabre, et que c’est ce champ de force qui repousse le laser à partir de 1m20, jouant le rôle du miroir distant.
Cf. la figure suivante, où le champ de force – appelons-le « Field Castro » – est figuré sous forme d’un mignon nuage moutarde. Mais reste le problème de l’estoc : un champ de force capable de repousser un laser, il ne va pas permettre de toucher son ennemi, le dit ennemi sera lui-même expulsé de la zone de combat par le champ de force (effet blocus de Field Castro).
Je ne m’en sors plus. Des idées, quelqu’un(e) ?

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Caillou – Phénix

Un rayon de soleil effleure ma coquille
Cela fait si longtemps.
Timide rayon, timide réponse
Juste une petite fêlure
Pour une lumière ténue
Comme dans une chapelle romane.

Trop tôt pour décider d’éclore,
Pour choisir qui je veux être.
Je sais que le temps apporte des nuages
J’ai appris à me méfier des premiers rayons.

Mais je sens la force dans mes ailes
Et je fixe cette petite source de lumière
Prêt à faire craquer ma vie.

En attente.

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Caillou – Overdose


Mes dossiers urgents
Les souris vont pouvoir les grignoter
En paix pendant une semaine.

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Magnolia Express – 3ème partie – # 16

Cahutes (2)
 
Une fois que j’ai expliqué aux renards qu’ils ne doivent pas faire leurs cérémonies de mariage si près des clairières, parce que sinon les humains voudront s’inviter à la noce, je me réveille avec la certitude d’avoir accompli une bonne action. Bon, comme d’habitude, tu t’es levé à cinq heures du matin pour aller jouer dans le parc aux antiquités, et j’émerge donc au milieu des draps comme une abeille au milieu d’un lys blanc.
Bzzzzz.
 
Entrouvrant la fenêtre comme une squaw sioux, j’essaie de repérer ta trace dans le sable léger du sentier. Nulle trace, mais une sorte de bruit (tic tic tic) dans la petite cabane là-bas, à côté de la statue en bidons métalliques. Bien, c’est là-bas que le coyote se cache. Armons-nous et allons-y.

– Que fais-tu, demandé-je, en constatant in petto que tu es en train de te pencher sur une vieille machine à écrire vénérable.
– Je me penche sur une vieille machine à écrire, réponds-tu. Puis tu ajoutes, par souci de précision : vénérable.

Je me penche à côté de toi, et nous hochons la tête ensemble face à ce respectable vestige du passé. Corona, 1918.

– Dans la caisse à côté, il y a quelques autres Corona, deux Remington, une Underwood, plus quelques autres en dessous, dis-tu, ô toi mon coyote à poil ras.

J’attends.
Tu me regardes, souris, me dis :

– Je crois que je peux les réparer. Je crois que je vais les réparer.

Je hoche la tête, vu que ça ne me dérange point. Alors tu claques tes mains sur tes cuisses et tu te redresses :

– Allons préparer un petit déjeuner énorme, pour changer.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Airport en commun

Ce matin dans le métro, au lieu du signal sonore, j’ai cru entendre :

« PNC navigant aux portes. Déverrouillage des toboggans. Vérification de la porte opposée. »

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Magnolia Express – 3ème partie – # 15

Cahutes
 
Je m’éveillai à l’invitation d’un parfum de soleil timide, sur les carreaux de la petite cabane. Nulle odeur de café brûlé.
Je me levai sans déranger Aline, qui était visiblement occupée à se bricoler un rêve à trois étages, et sortis face au parc d’antiquités mécaniques. Il y avait des piles d’objets mastodontes et des allées larges, ceux qui passaient dans la région en montgolfière devaient voir un quadrillage d’allées bien nettes, avec de temps en temps une petite cahute en bois. Nous avions dormi dans la cahute n°5, une petite pièce avec un grand lit à ressorts, quatre murs en bois autour et un toit pour couronner le tout. Je savais qu’Eileen et Conrad étaient dans la cahute 18, de l’autre côté du parc, et je me demandais si les autres petites cabanes que je voyais abritaient aussi des voyageurs express. Je m’avançais vers la première cabanette, à la réflexion, elle avait plutôt l’air de contenir des objets fragiles, vu qu’il n’y avait même pas de porte, juste un rideau qui bougeait un peu. Quel contenu, quelles découvertes ? Abats-jour ? Rasoirs de barbier ? Roulettes de casino ?
J’hésitai sur le seuil : l’intérieur était sombre et frais, alors que j’avais le dos chauffé au soleil. La bicoque faisait dix pieds sur douze et contenait des meubles en bois verni, chacun recouvert d’une bâche, ou un drap, une cape, une voilette, une descente de lit. Au choix.
 
Sur une table roulante à côté de l’entrée, une vieille machine à coudre, du type de celle qui avait piqué la Belle au Bois Dormant, rêvait à sa splendeur passée. Je passai la porte et m’accroupis devant l’objet. La roue d’alimentation ne tournait plus, mais c’était probablement un problème de graissage. Je trouvai une burette d’huile qui flânait sur une des étagères, et entrepris de rendre les derniers honneurs à cette ravaudeuse mécanique.
 
Après un démontage sommaire et un tendre graissage, la vaillante machine fonctionnait à nouveau et réclamait de l’ouvrage. Je lui promis d’en parler à Vieux Bill, et elle me remercia, me disant que j’étais fort serviable. En me relevant pour libérer mes jambes ankylo-accroupies, je jetai un oeil à une grosse caisse en bois sans couvercle, coincée entre la table de la machine à écrire coudre et un vieux classeur verni. Son contenu était recouvert d’un vieux drapeau américain délavé, ce qui faisait que l’on ne voyait point les objets ainsi entassés. ça devait probablement être des entonnoirs en cuivre, ou une collection de fers à friser, ou encore des récipients en étain allant de l’once au gallon.
Je soulevai le drapeau : la caisse était remplie de vieilles machines à écrire en vrac.
Je crus voir un cimetière d’instruments de musique.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Aphorisme

« Quand ça change vite, ça change toujours dans le mauvais sens ».
Il faut du temps pour établir la confiance, et pour faire de bonnes choses, il faut accepter de prendre (et non pas perdre, comme le croient certains) du temps.
Par opposition, les stratégies de « j’arrive, je change tout, je ne prends pas le temps de consulter », on sait où ça mène.
Tristan Nitot a publié hier un excellent billet sur le sujet. J’y reviendrai (ou pas), car enseigner, ou publier des manuels, c’est vraiment une stratégie de très long terme. Et on se souviendra de mes réflexions sur la tyrannie du court terme.

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14 610 jours

Il y a des gens qui dépriment au moment du passage d’une dizaine, ils pleurent avant, dépriment pendant, et remâchent après. Pour ma part, même si je n’ai pas atteint tous les objectifs que je m’étais fixés il y a 1 an et demi (le projet Phénix est dans les choux, et Prométhée a du mal à atteindre la vitesse de croisière), j’ai quelques point d’étape satisfaisants (projets Mercure et Magnolia).
Mon frère me donne ce matin LA citation :

« Maintenant, j’ai passé l’âge de me faire repasser par des petits cons »
La tante Léontine dans « Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages », de et par Michel Audiard.

Bref, ça baigne.

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Explosion d’agenda

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Creative Commons License photo credit: Silveira Neto

[edit du 30-10-2013 : cet article était publié sur mon blog de développement personnel (Devperso.fr), je l’ai rapatrié désormais dans la rubrique « productivité » de blogthib.com – un edit de ce type signalera de tels articles]

Je travaille beaucoup actuellement, ce qui explique mon silence. En même temps, je prends régulièrement des notes, parce que c’est justement dans le travail intense que l’on détecte des zones de productivité.

Mais là, c’est l’inverse que je constate, avec un mystère.

Depuis quelques semaines, j’ai eu plusieurs plantages dans mon agenda. J’ai pourtant un agenda électronique, synchronisé avec mes différents ordinateurs, et je le mets à jour très régulièrement. Et pourtant, dans les deux derniers mois, j’ai constaté :

– un rendez-vous oublié, et qui m’a obligé à annuler un déjeuner alors que j’étais déjà au restaurant (j’y reviendrai)

– 4 ou 5 rendez-vous que j’ai pris en croyant être libre, alors que j’avais des engagements antérieurs que je n’avais pas noté dans mon agenda.

– deux dates que j’avais oubliées de noter.

Si je mentionne ces différents plantages, c’est qu’ils ne laissent pas de m’étonner : je suis habituellement extrêmement scrupuleux, ponctuel, et je n’oublie rien. Mais là, c’est un feu d’artifice.

Je recherche les raisons : fatigue, trop d’informations, distraction.

J’ai quelques idées, sur lesquelles je reviendrai, mais cette séquence de plantages m’étonne vraiment, et m’amuse : que se passe-t-il donc dans ma tête ?

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Magnolia Express – 3ème partie – #14

Un rêve d’Aline
 
La banquise était saupoudrée de sucre glace et ça envoyait des étincelles dans tous les sens, c’était une piste aux étoiles en plein pôle nord. Il y avait un cercle d’ours blancs qui dansaient en faisant Pom Pom Pom, au milieu de toute cette étendue blanche. Ils avançaient tous ensemble, puis se prenaient par le bras, faisaient des entrechats tout en disant Pom Pom Pom Pom, puis ils se remettaient à danser débonnairement. Un des ours a fait un entrechat, et puis il est retombé sur un pied, a fait Oups et s’est retrouvé les fesses dans la neige. ça avait fait Pom Pom Pom Oups, et les autres dansaient autour de lui, il battait la mesure avec ses pieds tout blancs tout neigeux en restant étendu mollement, les yeux fixés sur les nuages, un sourire ineffable sur ses babines.

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Le roman, dans l’ordre, est
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On refait la course : le negative split négatif, et le RDS positif

Au sujet du Marathon de Turin, vous avez été nombreux (au moins deux) à me demander : « Mais enfin donc, peste boufre, qu’est-ce qui explique cette contre-performance manifeste avec une telle préparation d’athlète surdimensionné ?! »
Je me suis posé la même question, car de temps en temps, je pense.
Et j’ai consulté les oracles : quelques coureurs aguerris, et Google, qui ne court pas beaucoup, mais qui bouffe de l’info sans discernement (donc méfiance).
Voici les résultats de mes investigations :

  • Le negative split, que j’ai pourtant essayé d’atteindre plusieurs fois, n’est pas recommandé en marathon. Les avis sont assez unanimes : « si tu essaies de courir à 6’20 » au kilomètre pendant 20 bornes, puis que tu passes brutalement à 5’40 » au kilomètre, ton corps il va pas aimer ». Car le corps aime la régularité, surtout sur 42 km (et 195 mètres, ne les oublions pas).
  • Le conseil est de courir à la même allure pendant toute la durée de l’épreuve, tout en écoutant son corps. Qui ça ? Mon corps ? Ah oui, cette machine électrique à laquelle j’envoie des signaux codés ? Non, coco, le siège de ton âme, la porte ouverte sur l’extérieur, le rideau qui se gonfle sous la respiration du Tao.
  • L’erreur, fatale à plus d’un coureur de ce marathon très particulier, a été de maintenir la vitesse de course dans la côte. Nous avons été plusieurs à avaler la côte sans difficulté, avec un grand sentiment de puissance. Nous sommes tous arrivés en haut en étant extrêmement contents… alors même que, sans le savoir, nous avions brûlé notre précieuse énergie (le glycogène) dans cette montée. Le conseil est donc : en côte, ralentir son allure. De combien, mon général ? Deux réponses :
    • En ajoutant 15-20 secondes au kilomètre. Donc pour moi, il aurait fallu monter la côte à 5’40 » + 20″ =  6’00 » au km, au lieu de faire le cacou devant Joce, Arnaud et Mathieu.
    • En maintenant la fréquence cardiaque au même rythme que sur du plat, c’est-à-dire raccourcir la foulée, respirer, et tant pis pour la vitesse.
  • Le but est finalement de repousser « le mur », ce moment où on n’a plus rien dans les jambes. Pour quantité de coureurs, ce mur apparaît au km 30, ce qui fait dire à Pierre, gourou aux 40 marathons : « la course commence au km 30 ». Or, ce qui fait que le mur apparaît, plus ou moins tôt (pour votre serviteur, km 26 à Paris, km 23 à Madrid, km 29 à Turin), c’est l’épuisement du glycogène. Donc, petit cours, et merci à Housni pour ces bons conseils :
    • Le glycogène, c’est le carburant des muscles. Il est constitué de sucres stockés dans les muscles et le foie. Pour un être humain normal, il y a 400 grammes de glycogène stockés.
    • Mais avec une préparation particulière (le RDS, Régime Dissocié Scandinave) uniquement réservée aux marathoniens, et pas plus de deux fois par an, on peut faire passer ce stock de 400 grammes à 1 kg. Et donc, on peut repousser « le mur ».
    • Le principe est d’affamer le corps en glycogène, de telle sorte que le foie cherche à stocker de manière surcompensée après coup. Les étapes sont les suivantes (pour un marathon à courir le dimanche matin) :
      • Le dimanche précédent, dernier repas normal.
      • A partir du lundi, 3 jours de régime sans sucres : pas de sucres lents, mais uniquement des aliments sans sucres : protéines, fromages (génial : zéro glucides). Donc on proscrit : pain, riz, pâtes, pommes de terre.
      • Jeudi matin, il faut vider les dernière réserves de glycogène, donc 40 mn de footing pour vider le réservoir. Et après, petit déjeuner normal : pain, confiture, sans se gaver.
      • Le foie est total sevré, et il cherche sa dope comme un malade. Pendant 8 heures, il va chercher à surcompenser. Donc le jeudi midi : grosse bouffe de pâtes, pain complet, un truc à se faire péter la sous-ventrière. Le foie est gavé, et on se sent comme une oie dans le Périgord. Normalement, on a 1kg de glycogène qui a été stocké par ce trouillard de foie.
      • Les autres repas doivent être normaux (pas de gavage), mais uniquement orientés en sucres lents. Pas de viandes grasses, juste 100-150g de protéines par repas, pour maintenir la qualité des muscles : jambon blanc, poitrine de dinde, carton bouilli, polystyrène.
      • Plus de footing, de l’eau toujours, et des pensées positives.

Voilà, il ne reste plus qu’à appliquer ces conseils.
C’est un état d’esprit étonnant. Ce marathon a réellement été très dur, et pourtant, j’en sors très détendu parce que j’ai compris mes erreurs. Laurent me dit qu’il aimerait courir un marathon à l’automne, avant Londres dans un an, et je suis prêt à le suivre.
Ce projet, c’est un peu plus que des courses. C’est un groupe, une vraie équipe, ce sont des fonds qui sont levés pour une bonne cause, ce sont des heures de bénévolat. Ce sont des grands moments.

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Tout ce qui ne tue pas rend plus fort

Voici donc le compte-rendu de mon Marathon de Turin.

Avant la course 

Dimanche matin, réveil 6h15, Laurent (mon coturne à l’hôtel) fait son yoga pendant que je lis quelques poèmes de Bashô et que je respire. Petit déjeuner vers 6h45, du jambon, des céréales, un thé, puis on remonte se préparer. Crème pour les pieds et les jambes, pansements sur les tétons, piles de rechange (pour walkman et podomètre), gels de glucose.

Nous arrivons au rendez-vous sur la Piazza San Carlo avec 10 minutes d’avance. Nos camarades arrivent un peu plus tard, nous en avons profité pour nous mettre au soleil, il fait super beau, ciel bleu, mais encore frais : +8°C. On nous promet que ça va taper plus tard dans la matinée. Nous prenons une photo tous ensemble puis direction la ligne de départ. C’est un tout petit marathon, en nombre de coureurs : 2 200 dans le peloton de départ, ce n’est rien à côté des 40 000 du Marathon de Paris. Du coup, c’est une ambiance plus détendue, il fait beau, une jeune fille qui chante faux nous assène l’hymne italien, et c’est parti, il est 9h20.

Km 0 à 10 – confiance et beauté

C’est d’abord une avenue, puis une longue place pavée avec de longues pierres plates, nous courons au milieu des rails de tramway, la ville est à nous. Virage à droite, et nous continuons le long du Pô, là où je m’entraînais il y a un an pour préparer le Marathon de Madrid. La route devient une 4 voies dans une banlieue urbaine, des immeubles glacés, très peu de public, nous sommes seuls. Et c’est là un des premiers plaisirs de ce marathon : à 2 200 répartis sur plusieurs kilomètres, nous ne sommes pas dans le coude-à-coude d’un peloton, chacun a beaucoup d’espace devant lui et sur les côtés, chacun court pour soi. Du soleil, une route presque vide, quelques passants. Je maintiens parfaitement mon rythme de 6’10 » au kilomètre, rythme que je dois tenir sur les 21 premiers kilomètres avant d’accélérer dans la seconde moitié du marathon. Jocelyne, avec qui je cours, me distance progressivement, je reste en arrière, à mon rythme. Et puis, vers le km 10, nous passons en pleine campagne. Des champs de blé en herbe, des parcelles labourées, la tache jaune d’un champ de colza au loin. Nous sommes sur la route vers Orbassano, et rien n’indique que nous venons de quitter une ville.

Au-dessus d’une parcelle de blé en herbe, une hirondelle fait des volutes en rase-mottes, en rase-brins, et c’est superbe de voir tant de grâce dans le soleil.

Les kilomètres se déroulent, j’ai un peu mal au jambes, une fatigue qui me plombe un peu, je ne m’en inquiète pas plus que ça, c’est après que c’est censé devenir dur. Et puis ce grand moment de beauté : après une petite montée sur une bretelle d’accès, un superbe panorama sur les Alpes enneigées. Ciel bleu, montagnes blanches et grises qui nous bouchent l’horizon, donnant un sentiment de leur puissance, mon Kilimandjaro à moi.

Je continue au milieu des champs. Nous passons au milieu de petits villages, avec leurs rues pavées et leur rigole centrale, il y a des fanfares, des passants, des enfants dont je tape la main en passant.

J’avais pris la peine de m’arrêter pour desserrer mes chaussures, mais je passe le km 20 à 2h04, c’est-à-dire pile-poil 6’10 » au km. A ce rythme, je peux faire 4h15 ou moins. Je prends mon premier gel de glucose, j’avale deux verres d’eau.

Km 21 à 27 – la côte vaincue

J’arrive au semi (21,1 km), le moment où je dois accélerer. Je mets le walkman en marche, et je tombe sur « Why Aye Man » de Mark Knopfler : le tempo idéal pour monter à ma seconde vitesse, 5’40 » au km (negative plit, cf. mes mésaventures et réflexions passées). J’accélère donc, et c’est parti à ce nouveau rythme, la route est un long ruban de bitume entre maisons de banlieue avec des champs derrière.

Le faux-plat imperceptible depuis le km 17 se transforme en côte, c’était prévu sur le relief, et je l’attaque sans réduire ma vitesse, comme c’était prévu : après tout, après le km 27, ça descendra, et tout sera plus facile. Je repère Joce avec les ballons du meneur d’allure pour 4h15, je grignote insensiblement la distance, et je la passe, je lui souhaite bon courage, puis je continue à mon rythme. Il fait chaud, le soleil tape, je n’ai plus froid et je sens que je vais avoir des coups de soleil. La pente est longue, je m’accroche, je perds souvent le rythme mais je remonte toujours pour me maintenir à une vitesse de 5’40 ».

Vers le haut de la côte, avant d’entrer dans le village de Rivoli, je rattrape Matthieu et Arnaud. On s’échange une poignée de main, je les passe, tandis que résone dans mon casque la musique de « Legend of Zenda ». Grand moment d’exaltation et de puissance, j’aime ma foulée, j’aime ma vitesse, et je sais que le haut de la côte n’est plus loin. Au km 27, je vois en effet la fin de la côte, un virage à gauche, désormais c’est censé descendre jusqu’à l’arrivée, je pense que rien ne peut m’arriver.

Km 29 – les ennuis commencent…

Au km 29, je sens des douleurs dans le ventre, j’ai le torse et le ventre glacés, j’ai peur d’avoir une colique. Je décide de ne rien forcer, j’ai mal, donc je m’arrête à un café et demande la permission d’utiliser les toilettes. Ils acceptent, mais Argh ! Ce sont des chiottes à la turque ! De fait, je me contente de pisser, fausse alerte, et j’ai dû perdre à peine quelques minutes. Retour sur la route, cela va mieux… pour 200 mètres. Je sens que je suis fatigué, je ralentis insensiblement, j’essaie de maintenir le rythme, mais cela devient de plus en plus dur : je passe à 5’50 », puis 6’00″… J’arrive au ravitaillement du km 30, je prends mon deuxième gel de glucose, deux verres d’eau, et je repars. Nous sommes revenus dans la ville, ce sont des longues avenues très larges, avec personne sur les côtés, il y a quelques badauds aux carrefours, mais on a l’impression de courir sans en voir la fin. J’essaie de balancer les bras pour pistonner ma course, je me focalise sur la musique (« Violet » de Seal m’apaise et me relance), mais je sens le coup de pompe qui m’attaque de plus en plus. A tel point que je ne vois pas passer le km 32, celui où j’étais censé passer de 5’40 » à 5’20 » pour une nouvelle accélération dans les 10 derniers km. Là, il ne s’agit plus d’accélérer, mais uniquement d’essayer de me maintenir en-dessous des 6’10 » de ma première moitié de parcours. Très vite, je ne regarde plus ma montre : ça ne sert à rien de voir ma performance se dégrader, autant m’accrocher, essayer de faire avec, et on verra bien au final.

Ravitaillement du km 35, je bois, je repars péniblement. Dès le km 36, j’ai soif, et je sais que j’ai encore 4 bornes sans ravitaillement. Joce me dépasse, je la félicite et lui souhaite bonne chance, je suis content pour elle, c’est moi qui ai merdé dans mon parcours. Je compte péniblement les km, le temps entre chaque panneau kilométrique est de plus en plus long, je me traîne, je trottine à peine, des chaussures de plomb à chaque pied. A un moment, je pose mal mon pied, je me rattrape, et me retrouve à marcher : j’avançais tellement lentement que la marche s’est enclenchée automatiquement. Je repars immédiatement en trot, c’est douloureux, j’ai mal partout, aux pieds, aux mollets, aux genoux, aux cuisses, aux fesses et surtout dans le dos. La chaleur est élevée, je zappe toutes les chansons trop dynamiques, je ne dépasse plus que des gens qui marchent, et encore, je les dépasse très lentement. Certains se remettent à courir, me dépassent, puis se remettent à marcher, je les redépasse lentement en trottinant, et ainsi de suite.

Les policiers continuent à arrêter les voitures aux carrefours pour nous laisser passer, parfois très lentement, j’entends des klaxons rageurs.

Km 39 – La longue marche

Un peu après le km 39, dans une petite rue vide, à côté de rails de tramway déserts, je me mets à marcher, contrairement à toutes mes promesses. Je n’en peux plus, je prends mon dernier gel au glucose. Au bout de cette rue, je suis dépassé par un petit groupe qui trotte. Un des leurs donne une petite claque d’encouragement sur l’épaule d’un marcheur devant moi, je prends cet encouragement pour moi et me remet à trotter en douleur. J’arrive sur une grande avenue, au loin je vois le ravitaillement du km 40. Je bois deux verres de boissons énergétiques, je mange un morceau de banane, j’arrive à courir encore quelques centaines de mètres, mais je commence à boiter.

Je continue en marchant, même comme ça j’ai mal. Arnaud me dépasse, il m’encourage, me dit quelque chose sur Matthieu que je ne comprends pas. J’alterne la marche et le trot, à ma montre cela fait 4h14 que je suis parti. A un moment, Matthieu me rejoint, il a une tache de sang au niveau du téton droit, mais il a l’air à peu près bien. Il me propose de recommencer à courir avec lui, je lui dis que je n’ai plus de jus, je le laisse partir. Quand il est à 100 mètres devant, je le rappelle, et je le rejoins en trottinant, et nous partons tous deux. Au bout de quelques centaines de mètres, je suis obligé de m’arrêter à nouveau, j’ai trop mal aux muscles intérieurs des cuisses, je lui dis de continuer, il me promet qu’il m’attendra à l’arrivée. 

Km 41 – espoir suprême, suprême pensée

Je passe le km 41, et je me dis que je dois quand même arriver en courant. Je repars pour une ultime fois. Les avenues sont vides, à part nous, pantins ivres de fatigue et de soleil. Quelques encouragements me font craquer émotionnellement plusieurs fois, je suis hypersensible, un sourire m’amène des larmes aux yeux, je me cache le visage plusieurs fois.

Soudain, un panneau bénéfique : « Dernier kilomètre ». Je le passe, puis je vois un tournant à droite. Je débouche dans une avenue à l’ombre, il y a des passants qui traversent, qui font leurs courses, qui se promènent en ayant à peine un regard de curiosité pour ces coureurs échevelés.

Au loin, très loin, une arche gonflable, une deuxième plus loin, et à l’autre bout du monde, l’arche de la ligne d’arrivée. Au-delà, des collines de forêt. J’ai cet effet que tous les marathoniens connaissent : quelle que soit la fatigue ou la douleur, on fait la dernière ligne droite avec nos restes d’élégance désespérée.

Quelques rangées de spectateurs m’applaudissent, m’acclament, je leur souris et leur adresse des signes de la main. Et je vois Jocelyne qui m’attend, derrière la ligne, et Matthieu, Arnaud, Christian…

Je tombe dans les bras de Jocelyne, ça y est j’ai fini, en 4h 44 minutes.

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SMS Turin

Pour calmer les impatients, s’il y en a : 4h44 au Marathon de Turin, mauvaise performance mais belle expérience, plus de 2000 euros levés (et c’est pas fini). Debrief plus détaillé plus tard (je rentre de Turin lundi soir).

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Caillou – Turin

Dans mon lit de spartiate
Seul en moi-même
Je laisse la nuit me recouvrir.

Demain il y aura combat.

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Magnolia Express – 3ème partie – #13

Dîner des Grands de ce Monde (3)
 
Vieux Bill continua :

– dans le parc dehors, il y a deux ou trois cahutes pour les voyageurs égarés. ça n’est point le grand luxe, mais comme vous n’êtes pas arrivés en smoking (sourire) et robes du soir (inclinaison de la tête), ça devrait aller.

Conrad, homme pratique :

– … Et pour mon pare-brise ?
– J’ai une idée. On verra demain.
– Et … pour cette nuit, dans les cahutes ?
– On verra demain. Si vous me donnez un coup de main, on pourra s’arranger facile (et en disant cela, Vieux Bill chassait l’air avec sa main, comme John Wayne dans Rio Bravo).

Après hochements de tête réciproques, Vieux Bill se leva, attrapa une lanterne de cuivre au mur, l’alluma à une des lampes à pétrole :

– Si vous voulez bien suivre le bagagiste, il va vous montrer vos suites …

Je pris le bras d’Aline façon grand seigneur, Conrad celui d’Eileen, le cortège était constitué :

– Vous remercierez vivement le propriétaire, honorable bagagiste. Vous pouvez larguer les amarres, nous sommes prêts.

Tandis que Vieux Bill et son rond de lumière nous précédaient dans la nuit, Aline me chuchota :

– C’est quand même bien tombé, non ?
– J’ai le génie de l’organisation, répondis-je.

Et la nuit nous picorait le visage de baisers frais.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
.

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Visualisation mentale

Voilà donc le parcours (en fait le relief) du Marathon de Turin, récupéré par un ami sur openrunner.

Une longue côte (heureusement, pas forte, mais quand même…) entre le km 10 et le km 27, et après, poh poh poh, rien du tout, 15 km en descente, ça ne fait rien, à part taper dans les cuisses (qui n’auront avalé que 27 km, dont 17 de faux-plat) 🙁

Bon, le climat devrait être ensoleillé mais frais, touchons du bois.

Qu’est-ce que j’en ai marre, de boire de l’eau, de la tisane, du thé vert…

Dimanche soir, méga-dîner gastronomique à Turin, lundi, journée off à essayer de descendre les escaliers turinois sans grimacer, lundi soir tard, retour France…

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Magnolia Express – 3ème partie – #12

Pensées de Conrad
 
Bon, en virant le vieux coffre à bois (bon sang, faudra le porter à deux), on devrait dégager suffisamment d’espace pour loger un raton-laveur. Evidemment, on peut clouer les sièges au plafond, ça mettra un deuxième raton-laveur à l’aise, pas de problème. Quant aux autres…
Dormir dans le frigo ?
Y a peut être une cave ?
Bon sang de bois …

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Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 3ème Partie – #11

Dîner des Grands de ce Monde (2)
 
– Voilà, nous dit Vieux Bill en s’essuyant la bouche, vous êtes coincés ici pour la nuit. Je peux vous loger.
Nous eûmes un regard entre nous. Conrad jaugeait la petite pièce circulaire.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Enduire, Poncer, Peindre…

Mon new blog de productivité personnelle tourne désormais sous WordPress avec un hébergement personnel, depuis hier.
C’est peu dire qu’il y a encore des choses à faire, mais c’est marrant, parfois. (Dit-il en retournant en cours). http://www.devperso.fr/

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Blogs de référence en matière de productivité personnelle

photo credit: helmet13

[edit du 30-10-2013 : cet article était publié sur mon blog de développement personnel (Devperso.fr), je l’ai rapatrié désormais dans la rubrique « productivité » de blogthib.com – un edit de ce type signalera de tels articles]

Suite à un commentaire extrêmement pertinent de la part de Christian, je me suis rendu compte que je m’étais lancé dans l’aventure d’un blog sur le développement personnel sans même vérifier quelles étaient les ressources existantes. Fatale erreur, et bénéfique commentaire.

  • Fatale erreur, car il existe des blogs traitant déjà de ce sujet, et que – pour partie – ma démarche devient caduque.
  • Bénéfique commentaire, car cela va me permettre de ne pas publier certains billets que j’avais en tête, puisqu’ils ont déjà été publiés ailleurs, par des auteurs au moins aussi doués. Je compte m’appuyer sur ces ressources – en les citant abondamment, bien sûr, le but n’est pas tirer la couverture à soi – pour rebondir sur certains sujets classiques.

Maintenant, est-ce que cela remet en cause mon envie première d’administrer un blog sur le sujet ? Non, point. Je sens toujours que je peux apporter un petit quelque chose, différent par rapport à l’existant. Donc l’aventure continue.

Voici donc le fruit de mes premières recherches.

  • Il existe d’abord un annuaire bien utile, pour qui veut avoir en une seule fois la liste de tous les sites traitant de développement personnel. Cet annuaire a été initié par C’éclair, et a fait l’objet d’un travail collaboratif. En lisant l’article de présentation, on voit que ce travail a été fait sérieusement.

Il existe ensuite des blogs, personnels ou collaboratifs, qui m’ont attiré. La liste n’est pas exhaustive, je vous en donne un compte-rendu intermédiaire :

  • C’éclair, dont je viens de parler. Existe depuis mai 2007, et correspond – hélas 😉 – exactement à ce que je voulais faire. Un beau succès, ce dont je me réjouis pour lui : 548 abonnés aux fils RSS, PageRank de 4.
  • LifeManiac. Existe depuis avril 2007, mais poste régulièrement depuis décembre 2007.
  • Outils Froids. Existe depuis mai 2007, et publie régulièrement… depuis juin 2003, dixit l’auteur. Un peu plus orienté « geeks » (ceux qui me connaissent savent que pour moi, ce n’est pas une insulte 😉 ), il traite notamment d’outils informatiques pour améliorer la gestion des connaissances et le tri / la visualisation des informations.
  • How2. un blog collaboratif réalisé lors d’un projet de fin d’études, mais semble-t-il, en sommeil depuis plusieurs mois. Mérite un petit détour pour info.

Il y a aussi des ressources plus générales, toujours utiles :

Je mettrai régulièrement à jour cet article en l’incluant dans une page dédiée, sur le modèle de la présente page Outils et ressources.

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Marathon de Turin – 3ème étape des 5 marathons

C’est avril, la période des marathons, et je vais à nouveau m’aligner sur la ligne de départ d’un marathon pour collecter des fonds pour la recherche génétique.
Comme vous le savez, je me suis lancé dans le défi de courir 5 marathons sur les 5 campus de mon école (Madrid, Berlin, Turin, Londres, Paris), entre 2007 et 2010, accompagné par une quinzaine de coureurs sympathiques. Le but est de collecter des fonds pour financer la recherche sur le syndrome de Williams-Beuren, une maladie génétique causant des retards physiques et mentaux. Un des marathoniens, mon ami Laurent, a sa nièce qui est atteinte de ce syndrome, qui touche une naissance sur 15 000.
Dimanche 13 avril, je vais donc courir le Marathon de Turin aux couleurs de l’ESCP-EAP, l’école qui m’emploie, avec le logo de l’association Autour des Williams bien en vue. Ce sera le 3ème marathon que je cours pour cette cause, après Madrid (avril 2007) et Berlin (septembre 2007). Je souhaiterais que vous considériez de verser une somme, fut-elle modique, pour cette noble cause, et pour m’encourager tout au long de ces 42km195, pour lesquels je me suis entraîné tout l’hiver.

Voilà un certain nombre de raisons pour lesquelles vous pourriez envisager de donner :

  • les dons vont à 100% à l’association humanitaire Autour des Williams, pour favoriser la recherche sur ce syndrome génétique
  • 60% des dons sont déductibles de votre impôt sur le revenu
  • vous nous encouragez, mes camarades coureurs et moi-même, pour ce défi
  • vous soutenez mon (éventuellement votre) école, qui s’est engagée généreusement dans ce défi sportif, collectif et humanitaire
  • vous avez la chance, comme moi, d’être né sans syndrome génétique
  • vous voulez agir
  • vous souhaitez encourager notre partenaire Spira, sympathique PME européenne qui a doté gratuitement tous les coureurs de chaussures de compétition haut de gamme

Pour faire un don, vous pouvez soit vous connecter sur le site Internet http://www.5marathons.com/ et aller à la page des coureurs, et me choisir (oui, moi, tout en bas de la page) pour faire un don en ligne (connexion sécurisée par Paypal), ou bien vous pouvez envoyer un chèque, libellé à l’ordre de « Autour des Williams », envoyé par la Poste à

Anne-Laure THOMAS
Association Autour des Williams
« 5 marathons sur 5 campus »
2ème étage
10 rue de la Jonquiere
75017 PARIS

Dans les deux cas, l’association vous contactera pour le justificatif fiscal.

Dans la page des coureurs, vous constaterez que nous nous sommes tous fixé des défis, avec des paris à la clé. Ce système de pari n’est pas une obligation (vous pouvez verser un don libre), mais il est destiné à motiver les coureurs à faire un bon temps. Pour ma part, je ne suis pas sûr d’égaler mon meilleur temps au Marathon, soit 4h18, car Berlin était un marathon très plat. Mais je ferai au mieux !
Je vous remercie d’avance, et je posterai ici un compte-rendu détaillé de cette épreuve… après l’avoir courue 🙂

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E-mail ou téléphone ? Le combat des titans

Creative Commons License photo credit: maury.mccown

[edit du 30-10-2013 : cet article était publié sur mon blog de développement personnel (Devperso.fr), je l’ai rapatrié désormais dans la rubrique « productivité » de blogthib.com – un edit de ce type signalera de tels articles]

L’e-mail prend une part très importante de nos vies professionnelles, voire personnelles. Certaines personnes ont le sentiment d’être débordées par le nombre des e-mails qu’elles reçoivent et qu’elles doivent traiter. J’y reviendrai, en détail, ce billet inaugure une nouvelle rubrique, intitulée e-mail.

Je souhaitais lors de ce billet évoquer les pour ou contre de l’e-mail vs. le téléphone / le contact. En effet, je constate en France une propension de plus en plus grande à utiliser l’e-mail au lieu du téléphone. Certains de mes collègues peuvent passer plusieurs heures chaque jour à traiter des mails. Cela mérite une petite comparaison, sur les raisons (bonnes ou mauvaises) qui peuvent conduire à utiliser l’e-mail plutôt que de décrocher son téléphone / se déplacer.

Inconvénients de l’e-mail / avantages du téléphone :

  1. L’e-mail nécessite de rédiger, et de rédiger bien. On se relit plusieurs fois, on peaufine. Lors d’une conversation orale, on peut reformuler, on peut s’autoriser des approximations. Par ailleurs, on parle plus vite qu’on ne tape au clavier.
  2. L’e-mail est moins mobile. On peut passer un coup de téléphone en marchant dans la rue. Même avec les nouveaux téléphones et leurs claviers, on ne peut pas écrire un mail en marchant.
  3. Le contact humain est motivant, l’e-mail peut s’avérer desséchant (pas d’interaction dans le monde réel).
  4. Lors d’une conversation téléphonique, des sujets surgissent alors qu’ils n’étaient pas prévus. « Tiens, ça me fait penser aussi que je voulais te demander… » C’est de la communication plus efficace, analogue au fonctionnement de notre cerveau.
  5. Le ton n’est pas forcément perceptible dans un e-mail. Certains mots, certaines phrases, peuvent être perçus comme insultants, alors que ce n’était pas le propos de l’auteur (cf. cette étude). Au téléphone ou en face-à-face, il est beaucoup plus facile de comprendre les nuances. Cette incompréhension peut caractériser la forme (le ton employé) mais aussi le fond, car nous employons les mêmes mots, mais pas avec le même sens. Rappelez-vous le nombre de fois où vous avez eu un aller-retour de mails et à la fin, vous vous êtes dit « je vais décrocher mon téléphone pour clarifier les choses ».

Avantages de l’e-mail / inconvénients du téléphone :

  1. Avec l’e-mail, on répond quand on veut. On n’est pas en communication synchrone, obligé de répondre immédiatement à une sollicitation. L’e-mail, correctement utilisé, permet de réfléchir avant de répondre. Souvenez-vous de toutes les fois où vous vous êtes engagé trop vite, à l’oral, au lieu de dire « Laisse-moi y réfléchir, et je te rappelle ».
  2. L’e-mail laisse une trace écrite et datée. Cela permet non seulement d’avoir des preuves, mais aussi de mesurer le chemin parcouru : « tiens, ça fait 1 mois que je lui ai demandé cela ».
  3. L’inverse du contact humain peut être bénéfique : l’e-mail permet de faire passer la pilule d’une mauvaise nouvelle sans avoir une confrontation avec l’interlocuteur. C’est parfois bien utile 🙂

Inconvénients des avantages de l’e-mail 😉

  1. Avec l’e-mail on répond quand on veut, donc certaines personnes traitent leurs e-mails pendant les réunions, ou chez eux le soir. Il n’y a plus de séparation entre vie privée et vie professionnelle. Une de mes amies reçoit des e-mails de travail à 7h30 le matin, ou à 22h le soir…
  2. Beaucoup de personnes utilisent le mail, et surtout la mise en copie (cc:) pour se couvrir, car il y a une preuve. Cela conduit à multiplier le nombre de messages par 2 ou 10.

Enfin, en conclusion : l’e-mail est devenu omniprésent dans nos vies professionnelles, mais ce n’est pas un outil efficace pour tout. Je prends deux exemples :

  • L’e-mail n’est pas une to-do list. Accumuler les messages dans sa boite de réception, en se disant : « quand je l’ai sous les yeux, je vois ce que j’ai à faire », c’est utiliser le mauvais outil. Il y a d’autres outils, dédiés à la gestion des tâches, qui sont meilleurs (plus efficients) que la liste de mails à traiter. Une liste de mail, c’est toujours le risque de tomber dans la stratégie « je traite en premier ce qui est arrivé en dernier », c’est-à-dire commettre l’erreur de privilégier l’important à l’urgent.
  • L’e-mail n’est pas efficace pour fixer des rendez-vous à plusieurs. Des requêtes comme « Quels sont vos créneaux pour un déjeuner à 6 ? » vont aboutir à une douzaine de mails de réponses, contre-réponses, attentes. Des agendas en ligne permettent de gérer bien plus efficacement ce genre de requête.

Nous reviendrons sur tous ces thèmes dans les prochaines semaines…

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