Locataires

Nous sommes les locataires de nos vies, nous sommes les locataires de nos corps.

Comme un appartement, nous y entrons, pas vraiment sûrs de ce que nous allons y trouver. Certes, il n’y a pas de caution à l’entrée, mais on ne récupère pas de caution à la sortie non plus, pas de plus-value à la revente, car nous ne sommes que locataires de nos vies, locataires de nos corps.
Nous apprenons à vivre dans ces espaces, nous y faisons des aménagements, et cela devient confortable. Mais cela oscille souvent entre le trop et le trop peu.

Parfois, nous partons ailleurs, plus ou moins longtemps, nous quittons cette vie, nous quittons ce corps, nous ne sommes pas vraiment partis (car toujours locataires), mais nous sommes ailleurs. La période peut durer. Et puis il arrive que nous revenions dans notre vie, dans notre corps, et nous les voyons différemment, avec l’oeil de la personne qui a vu qu’il existait d’autres vies, d’autres corps, d’autres appartements. Parfois aussi, nous en apprenons plus sur l’histoire de l’appartement, d’où il vient, ce qui est resté imprégné dans les murs, dans l’ambiance du lieu où nous vivons, et qui peut remonter à plusieurs générations. Locataires d’un lieu qui ne nous appartient jamais totalement.

Quand vient la fin, nous rendons la vie, nous rendons le corps, après un état des lieux qui indique  » état d’usure « . Nous rendons la clé, et nous partons, sans valise.

Nous sommes tous des gens du voyage.

Paradoxe pédagogique

J’aimerais faire une petite histoire dessinée dans le style de Boulet (je suis en train de relire toutes ses Notes). On voit un homme qui travaille le soir, qui prépare des trucs sur son ordinateur. Quand il se couche, il s’endort en préparant ses séquences. Le matin, il se lève, et tout en buvant son thé vert, il réfléchit à l’ordre des présentations, à telle notion qu’il pourrait illustrer comme ceci, à telle idée. Il monte doucement en régime et en activité. Pendant son trajet, une bulle de pensées tourne autour de sa tête. Et quand il arrive en salle de cours, il est chargé à bloc, plein d’énergie, et il a envie d’en découdre. Et il se retrouve face à des élèves à peine réveillés et amorphes. Contraste.

Je vais la dire autrement, pour ne pas sonner comme « Bande de petits ingrats, je me casse les amandons depuis 25 ans pour vous et vous ne daignez même pas m’admirer ! », car ce n’était pas mon propos.

En fait, quand j’étais étudiant, et que j’arrivais mal réveillé et amorphe dans ma salle de cours, je n’aurais jamais imaginé le processus intellectuel et physique qui animait la plupart de mes profs depuis l’aube, voire la veille… Cela tient du feu sacré, mais aussi du baptême du feu, et du spectacle. There is no business like show-business.