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Publication de mon roman

Je viens de recevoir par UPS mon propre livre, désormais disponible dans toutes les bonnes librairies. Ce roman, démarré il y a 30 ans, a une histoire que je m’en vais vous conter.

Nous sommes au siècle dernier, je suis jeune et célibataire, encore coincé dans mes études entre Paris 11ème et Chatenay Malabry. À cette époque, tout le monde fume partout, les télés sont des gros cubes encombrants, le mur de Berlin vient à peine de tomber et Nelson Mandela a enfin été libéré. J’ai l’impression de vous dérouler un manuel d’histoire, mais j’y étais, comme tant d’autres.

Je rencontre Adeline. De prétexte en coïncidence, de soirée au théâtre amateur en dîner avec des copains, de discussions sur des livres (beaucoup, tout le temps) à des concerts live dans la salle enfumée de l’Utopia, j’arrive à entrer dans sa vie comme un peu plus qu’un bon copain. Et comme Internet n’est pas encore arrivé en France, pas plus que l’e-mail, je lui écris des lettres sur du papier, je les mets dans une enveloppe, hop, un timbre qu’il faut lécher avant, puis je descends dans la rue pour poster la missive dans une boîte jaune. Quand les étoiles sont alignées, la réponse arrive par le courrier du matin 3 jours après. Et il n’y a pas de « répondre en citant le message original », donc cela donne un décalage digne des grandes correspondances épistolaires entre Carl-Gustav Jung et Wolfgang Pauli. Sauf qu’Adeline émaillait ses textes de petits dessins, tandis que je lui écrivais des mini-poèmes, que j’avais le tort d’appeler haïkus (ils n’avaient pas la bonne métrique). Je doute que Jung et Pauli se soient livré à ces facéties, mais cela serait à vérifier.

Après notre séparation – une histoire bien triste – je commence à écrire ce roman, et j’envoie chaque partie à Adeline dès que je l’ai terminée. Cela dure quelques années, pendant lesquelles je n’ai pas trop de nouvelles d’elle. Puis la vie suit son cours, chacun.e fait de nouvelles rencontres. Un soir, à la suite d’une conversation avec mon ami Guillaume, je me dis qu’il faut que je tourne littéralement cette page. Je termine de rédiger la dernière partie en quelques jours, j’imprime le tout et je l’envoie à Adeline, avec une ultime lettre.

Depuis cette date, il y a plus de 25 ans, le manuscrit est resté au fond d’un disque dur. De temps en temps, j’ai passé le roman à un.e ami.e (une dizaine de personnes, au maximum), et chacun.e a eu la gentillesse de me dire que c’était un livre sympa. Une amie m’a dit « on sent bien que tu étais jeune quand tu l’as écrit », et je n’ai pas osé lui demander ce qu’elle entendait par là : je me doutais qu’entre mon moi jeune et mon moi actuel, l’un des deux allait en prendre pour son grade…

Revenons au XXIème siècle. Le Dieu Internet règne désormais sur la planète, et tout est à portée de clavier. Depuis quelques années, je m’intéresse à l’auto-édition. Non pas au sens de l’édition à compte d’auteur (dont le business model est magnifiquement décrit dans Le pendule de Foucault, d’Umberto Eco), où l’auteur, sûr de son génie, avance les fonds et se retrouve avec des exemplaires qu’il offre à droite à gauche en espérant une gloire qui met beaucoup de temps à venir. Ce qui me plaisait, c’était plutôt le côté « plate-forme de vente », genre Etsy = voilà ma production, ça coûte tant, allez-y (ou pas), commandez (ou pas), bref, c’est le/la client.e qui décide.

Il y avait une autre raison à ce choix : cela me permettait de transformer ce roman en un objet qui accède à l’existence, et idéalement, une existence indépendante de ma personne. À ce point du thibillet, je vais convoquer un de mes artistes préférés, le Boss.

En 1998, Bruce Springsteen sort un coffret de 4 CDs : Tracks. Ce sont des inédits accumulés sur plus de 25 ans de carrière, mais pas des inédits façon Yoko Ono ou Bob Dylan qui raclent leurs fonds de tiroirs pour sortir des bouts d’enregistrement ou des démos incomplètes dans l’espoir de faire encore sonner la caisse enregistreuse. Springsteen l’explique très bien dans le livret qui accompagne les 4 CDs : depuis 1973, pour chaque album, il avait à chaque fois un peu trop de chansons. Toutes avaient été enregistrées, mixées, arrangées, donc elle étaient prêtes à être gravées, mais pour certaines raisons logiques, « ou d’autres raisons moins logiques », ces chansons n’avaient finalement pas été incluses dans l’album final. Le Boss disposait donc de quantité de chansons prêtes, mais inédites, dans lesquelles il n’avait qu’à puiser. Et Springsteen de conclure le livret en disant « Here are the ones that got away » (voilà celles qui s’en sont finalement sorties). De la même manière, voilà donc un roman qui (s’en) est finalement sorti.

Lettre à l’ado que j’ai été

(pour plus d’informations sur l’origine de cette lettre, voir ce thibillet)

Salut mon vieux,
C’est ton moi du futur qui t’écrit, en l’année 2018. J’ai donc cinquante ans, et sache que moi aussi, ça m’étonne pas mal. De ton côté, tu as une quinzaine d’années, et ton univers est constitué de 3 chaînes de télévision (c’est beaucoup), la lecture quotidienne de la section BD de France-Soir de ton grand-père, une platine disque avec beaucoup de 45 tours et de 33 tours, et les radios libres en bruit de fond. Il y a aussi des livres de Donjons et Dragons qui traînent à côté du Sharp PC 1211 de ton frère (une calculatrice avec programmation en Basic, autant dire le futur). Et des livres, partout, et de l’acné, partout.
Je vais te donner quelques conseils, qui valent ce qu’ils valent, mais qui peuvent te faire gagner quelques années, ou t’éviter quelques détours d’existence. C’est un renvoi d’ascenseur, puisque tu avais écrit des conseils à l’adulte que tu allais devenir un jour, et oui, je les ai lus et conservés. Je ne peux pas te dire, hélas, si tes conseils m’ont servi, et si j’adhère toujours à tes idées. Doc Emmett Brown a bien démontré le danger d’en savoir trop sur le futur. Je me souviens encore de ton premier visionnage de ce film, et de l’éclat de rire de Laurence T quand Marty McFly attrape le camion, sur fond de Huey Lewis and the News.
Premier conseil : arrête de prétendre aimer des trucs sans te poser la question, juste parce que tu penses que les autres vont trouver ça bien. Trouve tes goûts, et assume tes dégoûts. Pour info, 35 ans après, l’intro de Saturday Night Fever te mettra toujours en transes (ainsi que quasiment tout l’album), alors assume dès maintenant que les Bee Gees et le disco, c’est cool. Ce n’est qu’un exemple, j’en ai plein d’autres que tu découvriras, notamment cet obscur 45 tours que ton frère aura choisi par dépit à la tombola de Janson.

Au sujet des livres, ta première copine sérieuse (car oui, ça arrivera un jour, mais sache que tu vas avoir beaucoup de temps à attendre) te dira « il y a les livres qu’on achète, il y a les livres qu’on montre, et il y a les livres qu’on lit ». Je rajouterais : et dans cette dernière catégorie, il y a les livres qu’on lit pour pouvoir dire qu’on les a lus et disserter dessus, et les livres qu’on lit par plaisir. Focalise-toi sur les derniers. La vie n’est pas un exercice d’éloquence pour impressionner les autres, ça n’est pas non plus un exercice d’argumentation construite pour convaincre, et ça devient encore plus compliqué quand tu essaies de les impressionner en fonction de ce que tu penses qu’ils pensent…

Deuxième conseil, lié à cette idée : quand tu essaies de draguer, arrête la communication cryptique, genre coup de billard à trois bandes, je dis le contraire de l’inverse de ce que je pense qui est attendu pour après dévoiler la troisième couche de ma tendresse cachée. Suis les conseils que tu as lus dans Cinq à Sec, quand la Grosse dit qu’il a plus de succès avec des approches hache d’abordage entre les dents par 980 millibars, plutôt que des circonvolutions conversationnelles par calme plat à 1050 millibars. Et souviens-toi de toute façon : ce qui ne tue pas, ne tue pas. Soyons clairs, toi et moi : je ne peux pas te garantir que cette approche t’apportera plus de succès ; mais elle aura le mérite d’éviter que tu te fasses des nœuds dans la tête pendant des mois ou des années.

Puis viendra un jour, dans très longtemps, où tu te rendras compte que tu peux être aimé pour toi-même, sans que tu aies besoin de faire quelque chose, de dire quoi que ce soit ou de briller de quelque manière que ce soit. Je sais, ça paraît dingue, et ça va te prendre énormément de temps, d’énergie et de fausses pistes, mais quand finalement ça arrive, ce jour-là, il fait très beau. Et ça dure. Alors accroche-toi, moussaillon.

Troisième conseil : continue à travailler ton écriture. Tout style, tout type, toute occasion : tout est bon. Continue à lire des romans de manière boulimique, écris ce que tu veux, ce que tu peux, mais sache qu’un jour, tu auras un bon outil que tu ne te lasseras pas d’affûter. Et à l’exemple d’un vieux Borges donnant un vers de Victor Hugo au jeune Borges qui ignore encore tout de cet auteur, je te donne une citation à ce sujet : « Sur cinq mots qu’on veut écrire, en retirer trois. Cinq mots écrire, retirer trois. Mots écrire retirer. Écrire. »
Et pour conclure, non pas un conseil, mais une information. À ton âge, tu trouves que le pire dans la chanson française, ce sont les chanteurs engagés, et le pire de ces chanteurs intellos, c’est la trilogie Brel, Brassens, Ferré – des vieux qui fument et qui parlent d’Art. Pour ton information, des années après, tu découvriras et tu aimeras Brel, puis Brassens, puis enfin Ferré – mais ça prendra du temps. Des années encore après, tu verras (plusieurs fois) tous les Rocky, en y prenant du plaisir (si, si). Si dans ton esprit, cela fait de moi un vieux con, ce n’est pas grave. Cela veut juste dire que tu étais un jeune con, et ça non plus, ce n’est pas grave. En revanche, ne regarde pas à nouveau Goldorak, reste sur ton souvenir, ne commets pas l’erreur que j’ai commise… Mais Retour vers le futur est toujours aussi sympa 35 ans après… Voilà, j’espère qu’un jour tu pourras écrire quelque part, en le pensant « je dédie cet écrit à Christophe Thibierge, qui devient de plus en plus celui que j’aurais aimé être ». C’est tout ce que je te souhaite.
Je t’embrasse mon vieux,
Chr.

Locataires

Nous sommes les locataires de nos vies, nous sommes les locataires de nos corps.

Comme un appartement, nous y entrons, pas vraiment sûrs de ce que nous allons y trouver. Certes, il n’y a pas de caution à l’entrée, mais on ne récupère pas de caution à la sortie non plus, pas de plus-value à la revente, car nous ne sommes que locataires de nos vies, locataires de nos corps.
Nous apprenons à vivre dans ces espaces, nous y faisons des aménagements, et cela devient confortable. Mais cela oscille souvent entre le trop et le trop peu.

Parfois, nous partons ailleurs, plus ou moins longtemps, nous quittons cette vie, nous quittons ce corps, nous ne sommes pas vraiment partis (car toujours locataires), mais nous sommes ailleurs. La période peut durer. Et puis il arrive que nous revenions dans notre vie, dans notre corps, et nous les voyons différemment, avec l’oeil de la personne qui a vu qu’il existait d’autres vies, d’autres corps, d’autres appartements. Parfois aussi, nous en apprenons plus sur l’histoire de l’appartement, d’où il vient, ce qui est resté imprégné dans les murs, dans l’ambiance du lieu où nous vivons, et qui peut remonter à plusieurs générations. Locataires d’un lieu qui ne nous appartient jamais totalement.

Quand vient la fin, nous rendons la vie, nous rendons le corps, après un état des lieux qui indique  » état d’usure « . Nous rendons la clé, et nous partons, sans valise.

Nous sommes tous des gens du voyage.

Réflexions sociologiques sur fond d’Air France : réseaux sociaux, mails et immédiateté

Voici donc le troisième thibillet d’une série (le premier est ici, le deuxième là) concernant ma galère à l’aéroport de Figari avec Air France. En résumé, j’ai proposé que ceux qui le souhaitaient m’envoient leurs cartes d’embarquement par mail, pour que je fédère les plaintes en une plainte collective.

Nous sommes donc dimanche matin, 30 juillet. La nuit a été courte, puisque j’étais chez moi (retour de Roissy) à 2h du matin, et réveillé à 7h. Dès 8h30, je suis attelé à la rédaction de ma lettre de plainte, publiée vers 10h45 sur la page FB d’Air France. Je double cette publication par l’envoi d’un mail collectif aux passagers qui m’ont contacté (4 familles, à ce moment-là), en mentionnant les liens vers les statuts Facebook  » et si vous n’arrivez pas à lire  » (ou s’ils ne sont pas inscrits sur Facebook), je mets dans le corps du mail l’intégralité de ma lettre à Air France. Le sujet du mail est lui-même parfaitement explicite ( » AF 4257 // Publication de ma plainte – Faites suivre sur Facebook, Twitter « ). J’en profite pour donner aux passagers deux liens sur les demandes d’indemnisation.

Vient alors le temps de l’attente. On est dimanche matin, fin juillet, et les principaux protagonistes (le Community manager d’Air France, les passagers qui m’ont écrit) sont encore en sommeil.

1. Pour ce qui est de ma publication Facebook :

Dans l’ordre, Air France répond en premier, 4h30 après ma publication. Pas génial, en terme de réactivité. Certes, nous sommes dimanche, mais sur un week-end de fortes perturbations / annulations de vols.

Puis une passagère commente à 20h (9h après) et Air France lui répond en 42 mn.

Une autre passagère partage la publication à 23h30 (13h après)

Je relance Air France par un commentaire 24h après, et encore 2 passagers commentent, l’une 1,5 jours après publication de ma lettre, l’autre 2 jours après.

Donc pour Facebook : une lettre publique, 4 passagers qui commentent (rappel : à ce moment, 6 familles, soit 23 passagers, étaient dans la boucle d’information). Et mes quelques incursions sur Twitter ne donnent aucun résultat (pas de retweet).

Mes commentaires et analyses sur Facebook :

Rappelons une évidence : les réseaux sociaux sont les réseaux de l’instantanéité. Vite publié, vite oublié. Donc si l’on veut faire  » caisse de résonance « , il faut faire un battage médiatique très rapide, pour créer un effet d’accumulation. Ici, je qualifierais l’effet d’accumulation (= commentaires, partages) comme  » raisonnable  » : pas déshonorant, mais pas non plus mirifique. Cela peut s’expliquer par des raisons extérieures (qu’on peut résumer par  » faible disponibilité des passagers « , et j’y reviendrai en fin de ce thibillet), mais aussi internes à moi-même. Je me rends bien compte que j’étais là dans une situation que beaucoup connaissent bien : quand on a rédigé quelque chose d’important, qui nous a pris du temps, et qu’on s’attendrait à une réaction immédiate (qui a parlé d’e-mail ?)

2. Pour ce qui est de mes mails aux passagers (familles) :

Voici à nouveau quelques éléments de mesure pour réflexion.

Mon premier mail, ciblé sur 4 familles : 2 personnes ont répondu.

Mon deuxième mail, récapitulatif des premiers résultats, envoyé à 6 familles : 4 personnes ont répondu.

Mon troisième mail, copiant le message reçu d’Air France qui s’engageait sur un dédommagement, envoyé à 7 familles : aucune personne n’a répondu.

(Ce qui fait, par exemple, qu’une des familles n’a jamais réagi à aucun de mes mails).

Depuis, j’ai été contacté par des mails individuels d’autres passagers : 4 en tout. Je leur ai envoyé l’ensemble des mails précédents, pour leur information, en disant que je transmettais leurs cartes d’embarquement à Air France. Sur ces 4 mails individuels, j’ai eu 2 réponses.

Et anecdotiquement, sur ces 4 personnes, voici le message de l’une d’entre elles :

[Pas de formule de politesse] Voici la photo de ma carte d’embarquement pour le vol AF4257 qui a été annulé de Corse à Paris, le 29 juillet. [Pas de formule de politesse, Signature]

On ne peut pas faire plus sec.

Mes commentaires et analyses sur ces mails :

Je vais aller au plus simple : si j’avais été  » en face « , c’est-à-dire un passager de ce vol annulé, et qu’un des passagers s’était proposé pour coordonner la plainte, et que ce passager m’avait tenu au courant de ses efforts, avec 3 mails détaillés, il me semble que j’aurais répondu à chacun des trois mails, avec remerciements et encouragements (et ça peut tenir en une phrase, pas besoin d’en faire une lettre de château). Certes, on peut avancer les arguments qu’on veut sur le mois d’août et la supposée déconnexion des personnes, mais toutes ces personnes ont tout de même souhaité m’envoyer un mail au départ, donc elles avaient jugé que cette affaire méritait une connexion.

J’ai quelques tentatives d’explication :

  • l’effet  » passager clandestin « . Comme je l’ai expliqué dans ce thibillet, ça ne coûtait (presque) rien de m’envoyer un mail au départ avec copie des cartes d’embarquement, et l’espérance de gain (remboursement) augmentait, donc c’était une loterie gagnante. À partir de là, beaucoup de personnes ont la tentation d’agir en passagers clandestins : je profite d’un transport en commun sans contribuer individuellement. Cela marche quand tous les autres passagers paient, et cela marche moins bien quand il commence à y avoir beaucoup de passagers clandestins (passifs) par rapport aux passagers payants (actifs). Pour information, un autre passager à répondu à un de mes mails groupés, en mettant tout le monde en copie :  dans un mail détaillé et informé, il avançait des arguments juridiques et indiquait des pistes d’action. Il n’a eu aucune réponse à son mail.
  • l’effet  » amnésie d’un mauvais souvenir « . Confrontées à ce genre de crise, beaucoup de personnes n’ont qu’une envie, c’est d’oublier la situation. C’est notamment là-dessus que peuvent compter les compagnies aériennes : une fois la crise passée et le problème résolu, on ne souhaite pas se replonger dans la situation en remplissant un dossier. Cela dit, mon intuition ici, c’est que tous les passagers ont effectivement rempli un dossier de demande de compensation…
  • l’effet  » post-rationalisation égoïste « . C’est un discours que j’ai pu entendre quelques fois, et qui procède ainsi  » Ouais, mais si Untel se charge du dossier, c’est parce que ça lui fait plaisir et/ou il est doué pour ça, donc en fait, il n’y a pas besoin de le remercier « .
  • l’effet  » amnésie des mails « . On reçoit un mail, on n’y répond pas tout de suite, et puis on en reçoit d’autres qui viennent se mettre au-dessus de la pile (en terme d’attention), et puis d’autres… C’est notamment pour ça que j’essaie toujours de faire en sorte que mes mails à traiter ne dépassent pas une taille d’écran, car tout mail ancien qui disparaît de l’écran… disparaît de la mémoire.

Voici pour le thibillet de ce jour. Il me reste un ou deux thibillets à écrire : un thibillet plus court sur Air France et Internet ; et peut-être (pas sûr), un ultime thibillet sur mon vécu personnel de toute cette expérience sociologique.

 

Pensées de lumbago

Life can be a pain sometimes !En 48h de repos forcé, j’ai le temps de réfléchir aux conséquences du lumbago.

  • Le premier avantage, c’est qu’avec un lumbago, on marche exactement comme C3-PO. Exactement. C’est merveilleux.
  • Le deuxième avantage, c’est que cela conduit à une grande inventivité dans les gestes de la vie courante. Enfiler ses chaussettes, c’est trivial en temps normal, on n’y pense même pas. Mais la combinatoire lumbago + chaussettes devient comme un jeu à la Perec : il y a une contrainte, mais on sait (on sent, plutôt) que ce n’est pas impossible, qu’il doit y avoir une solution. Cela dit, il vaut mieux le faire en ayant du temps, et sans que personne ne soit présent…
  • Le troisième avantage, c’est ce côté fataliste auquel on est forcé de se plier : tout est suspendu, on ne sait pas si on va pouvoir honorer ses rendez-vous. Dans mon cas, les 6h de cours demain (+1h30 de transport) vont être une expérience intéressante de lâcher-prise… 🙂

Et bonne année, hein, et la santé avant tout, hein…

Dazibao sur France-Allemagne et sur les pessimistes

GirPogBien. À 1h du début du match France-Allemagne, je n’arrive vraiment pas à travailler. Il faut dire que les corrections de copies, ça demande motivation et concentration, et si je n’ai jamais la première, la seconde me fait cruellement défaut à cette minute…

Aussi j’y vais de mon couplet footballistique (oui, ceux qui me connaissent, je sais, ça surprend : je suis un amateur, celui qui aime, celui qui ne regarde que les coupes du monde, et encore, que depuis 1998…)

J’en ai un peu marre de ces couplets défaitistes, depuis ce matin plusieurs personnes autour de moi disent qu’on va perdre. Alors je profite de ce moment de non concentration pour énoncer quelques idées qui me semblent importantes (et je les énonce avant le match, parce qu’après, les  » je l’avais bien dit  » vont fleurir, quel que soit le score final).

Le passé n’existe pas, c’est une empreinte chimique dans nos cerveaux (et encore, en PNL, on apprend à reprogrammer pour partie cette empreinte chimique) ; le futur n’existe pas, c’est juste une construction mentale. La seule réalité, c’est l’instant présent. Et à cet instant présent, personne ne sait qui va gagner, parce que l’instant, c’est maintenant, 1h avant le match, et qu’on ne saura définitivement qu’après les 90mn (ou 120mn… ou plus).

Donc il n’y a pas de raison de jouer les Cassandre, et je dirai même plus, il importe d’être positif et optimiste. D’abord, parce que les optimistes vivent 19 % plus longtemps que les pessimistes. Mais aussi parce qu’on ne parle pas que de foot. On parle d’un pays, la France, et de ses idéaux, et fussent-ils incarnés dans un truc aussi futile que le football, ce sont toujours des idéaux.

J’apprécie cette équipe depuis le début de la Coupe du Monde, et je l’aime depuis la fin de France-Nigéria, quand Paul Pogba, ce gamin de 21 ans, a dit en commentaire à chaud  » Je sais qu’il y a tout un pays derrière nous. Marquer ce but, ça nous a tous libérés. Franchement, je suis content pour l’équipe et la France entière. Marquer avec mon pays, dans un match important comme ça pour passer en quart de finale de Coupe du monde, c’est un des plus grands moments de ma vie.  »

Ce genre de commentaire, ça fait du bien à tout le monde, surtout dans une actualité qui pourrait donner – et donne souvent – matière à pessimisme. Mais le pessimisme ambiant commence à me les briser menu.

Et puis quand on regarde les derniers matchs, on a des 0-0 pendant 60 ou 70mn, ça veut dire que toutes les équipes sont au top techniquement, et qu’un petit coup de chance, une talonnette qui passe, un genou qui traine, un Griezmann qui est là où on ne l’attend pas… Tout peut jouer.

Alors j’y crois, et je me réjouis, et je vais avoir les yeux rivés sur l’écran (ne m’emmerdez pas pendant les prochaines heures) et j’aime cette France quand elle se mobilise. Et j’aime bien nos amis Allemands, je me sens profondément européen dans l’âme, mais ce soir, je suis bleu-blanc-rouge, j’en ai le droit. Ce soir, tout est possible, rien n’est joué tant que l’arbitre n’a pas sifflé la fin. Alors à dans quelques heures, dans un autre instant présent, quel qu’il soit 🙂

Matinée sur FIP

ThéDuMatinRetour de vacances scolaires.

J’ai un paquet de copies à corriger, ce qui est toujours fastidieux, parce que long et répétitif (on pourra reparler de l’apport pédagogique d’un tel exercice, et des relations que je pressens entre l’évaluation formelle (contrôles, examens…) et l’apprentissage, mais c’est un sujet qui mérite un article à part). C’est donc une matinée FIP  – et il y en aura beaucoup d’autres, ce cours-là me demande en moyenne 3 jours temps plein rien que pour la correction de l’examen terminal.

La magie de FIP : pas de publicité, presque pas de parlote, 2 bulletins d’infos de 5mn par heure, et un enchaînement « par correspondances baudelairiennes » des morceaux de musique. La moisson du matin (découverte grâce aux archives du site) : Boards of Canada, In a beautiful place out in the country. Hypnotique et reposant. Allez, correction de la copie numéro 4…

Spleen

pietr-claez-1630J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
– Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
– Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.

Charles Baudelaire, source.

Dessin(s) de Boulet – ça c’est fait ! :-)

Boulet_JPEXPO Cela fait des années que je suis le talentueux Boulet dans ses publications numériques, mais j’avais raté deux rencontres dans la vie réelle (dont une vente aux enchères qui m’avait laissé mortifié et songeur, j’en avais fait un statut Facebook, c’est dire).

Et hier, à Japan Expo, la jonction s’est enfin faite. Après 55 mn d’attente dans une file compacte qui sentait la sueur et la moiteur torride de la lionne en chaleur, j’ai accédé au graal, enfin, au graalinou, un dessin de l’artiste (lequel auteur est en vente dans toutes les bonnes librairies, rappelons-le).

À part peut-être une dédicace d’Eric Clapton ou de JJ Cale (et encore, il faudrait un peu plus qu’une simple signature), je ne vois pas bien ce qui pourrait battre ce dessin dans mon podium personnel 🙂

Litchi Pom Pom

SunBurne

Lait après soleil enrichi à l’Aloe Vera, ou comment avoir le crâne qui sent comme un thé cannelle-ginseng-kumquat (avec des pétales de rose).

The Matrix Fork

ThatRoad.jpg

Because you have been down there, Neo.

You know that road.

You know exactly where it ends.

Now there is a fork in my roads. I know exactly where one ends – the one I have been taking for too many years.

Neo says « there is no spoon ».

But there is a fork.

Hymne à la nuit

(à lire en écoutant, par exemple, Nuit, de Goldman Fredericks & Jones).

Suite à un certain commentaire sur ma vie diurne, et pour répondre pas tout-à-fait à côté, pas tout-à-fait en el blanco, voilà pourquoi j’aime la nuit.

La nuit, les loups sortent

Il existe des personnes qui ne sortent que la nuit. Le jour, elles sont en train de dormir, réellement ou figurativement parlant. Tel employé de bureau, a priori sans aspérités, revêt certains soirs son habit de lumière, et va faire la fête. Il rentre, entre chien et loup, pour prendre quelques heures de sommeil (ou d’amour) avant de repartir à son travail. Pour ceux de ma génération, c’était le thème du clip de High on emotion (Chris de Burgh). J’ai rencontré de véritables noctambules, qui sont peut-être des anonymes que j’ai à peine remarqués le jour, et qui se révélaient être des seigneurs, ou des philosophes, de la nuit.
De même que les morts vivent de l’autre côté du Styx, certains vivants ne prennent véritablement vie que de l’autre côté du Crépuscule : leur vie diurne n’est qu’un ectoplasme, la projection dans la Matrice de leur moi social. Leur vraie identité, ce n’est pas Thomas A. Anderson, c’est Neo.
Mais ce n’est pas pour rien que la nuit est sombre : à défaut d’entraîner sa vision de nuit, on voit trop tard les dents acérées, les éclairs de violence dans les regards, les coups d’oeils qui vont vite devenir des coups de poings.
Et quand j’ai tendance à l’oublier, la Nuit me le rappelle dans ma chair.

La nuit, tout est possible

J’ai vu les soleils de nuit d’Oslo avec des fêtards qui plongeaient dans l’eau glacée du port (avant de se cavaler devant la police locale), des fins d’enterrement de vie de garçon à la soupe à l’oignon aux Halles, j’ai vu l’aube se lever des quantités de fois, seul, à deux, à plusieurs, que l’on soit sobres, ou pas tout à fait sobres. Il y avait dans cet infini bleuté, dans ces quelques heures de no man’s land, une sensation de potentialité pure : la nuit serait ce que nous en ferions, ni plus, ni moins. Et plus d’une fois, c’est mon moi social qui a refusé les potentialités qui ne demandaient qu’à s’offrir. Parce que la nuit abolit beaucoup de règles, elle nous permet, exactement aux mêmes endroits, ou sous les mêmes latitudes, d’être en décalage horaire total.
J’ai traversé des places désertes de Venise, et dieu sait si elles peuvent être belles en plein jour, mais Venise la nuit, c’est encore une dimension supérieure, qui touche au métaphysique.
Et je garde des souvenirs de tous ces moments, certains dont je sais qu’ils ne reviendront jamais, mais que je peux rejouer à l’envi sur le gramophone de mes souvenirs. Je me souviens d’un lit où j’ai fumé, dans un pull qui n’était pas le mien, face à la fenêtre ouverte, tandis que la conversation s’effilochait de bouffées : c’était un tableau qu’Edward Hopper n’a pas eu besoin de peindre, puisqu’il est, et reste, dans ma tête, avec toute ma collection privée.

La nuit, je m’entends enfin

Que ce soit exprimé en termes psychologiques ou technologiques, j’ai toujours souhaité avoir, au moins pour un temps, un asile loin du fracas. Mais le Klondyke, c’est loin. Or, dans cette retraite spirituelle, qu’est-ce que je recherche avant tout ? Une coupure du monde et de son flot de sollicitations. Pour filer la métaphore du décalage horaire, il n’y a pas besoin de me déplacer dans l’espace, par exemple en faisant 1h30 de voiture pour rejoindre une maison isolée : il suffit de pratiquer le décalage horaire (seul bénéfice réel des insomnies) et de profiter de ces 2 heures de liberté, de 5h à 7h du matin. Sans en faire un système (se lever tous les jours à 5h), j’en apprécie la flexibilité.
Pendant ces heures, je sais que ça ne sert à rien de vérifier compulsivement mes mails, c’est la trêve des confiseurs, et c’est le moment idéal pour lire un livre qui demande de la concentration et le mettre en notes, ou encore, prendre le temps de rédiger ce thibillet qui me trottait dans la tête depuis des jours.
Un autre avantage à se lever dès que l’insomnie est avérée : cela fait taire la petite voix. Celle qui rejoue le (mauvais) film de la soirée de la veille, celle qui invente les dialogues du lendemain (et s’il me dit ça, je lui dirai ça), celle qui, toujours, est teintée de pessimisme voire de catastrophisme.
Je préfère me faire un thé et cramer deux heures de sommeil putatif plutôt que de laisser cet alter ego prendre le contrôle de mon cerveau.

Il y a probablement d’autres raisons. Mais j’aurai toujours ce sentiment de liberté quand je vois l’obscurité bleutée qui s’étend sur les nuages et fait disparaître les rouges et violets du soleil déjà couché.
De la même manière qu’il y a – paraît-il – un changement d’air à chaque changement de marée, l’air de la nuit me semble toujours plus pur que celui de la journée.
Voilà pourquoi j’aime la vie nocturne.

Blackout

Hier soir, panne d’électricité.
Après les réflexes de geek (« c’est bon, j’ai encore 1h30 d’autonomie sur le Mac, et 5h sur le mobile »), vient l’optimisme forcé (« ça va être rétabli fissa ! ») puis lentement, l’inquiétude sourde (« c’est quand même une nuit d’orage, et je suis dans un bourg isolé. »).
La nuit tombe (« Tiens, aucune lumière dans les maisons au loin… »), et j’envisage alors de passer la soirée sans lumière. Il fait désormais très sombre, et comme tout individu stupidement hyper-moderne, j’utilise la clarté de l’écran de mon mobile pour chercher des bougies.
Une allumette, un bougeoir, fiat lux.
Et soudain, mon monde se met à changer. C’est fou ce que ça éclaire, une bougie. Elle laisse dans l’ombre les choses peu importantes, elle se concentre sur le cercle immédiat, on est loin de la furie éclairante d’une ampoule qui veut à tout prix tout montrer. Quand l’électricité revient finalement, je reste avec un sentiment de regret.

Il faut souvent que je m’éloigne de toi
Que je sois privé
Pour que je puisse voir à nouveau
Combien tu m’éclaires.

Insomnia

De retour des Etats-Unis (côte Ouest, de surcroît), je n’ai jamais autant souffert du décalage horaire que cette semaine. Vertiges, nausées, horloge biologique complètement décalée et qui ne s’ajuste pas, malgré mes petits trucs (exposition à la lumière avec ma lampe de luminothérapie dès le petit matin – et le petit matin, c’est 6h15 actuellement). Je repense au film Insomnia, où Al Pacino est dans le même type de décalage et d’épuisement, avec tout ce qui va avec le manque de sommeil : perte de repères, maux de tête, tension dans le corps, irritabilité, yeux qui clignotent. Déjà que j’avais le sentiment de vivre cela physiquement quand je regardais le film, mais là, c’est carrément IRL.
Que voulez-vous, c’est l’âge, ma bonne dame.
Si quelqu’un a une recette miracle (« boire un jus de citron pur en se pinçant le nez »), je suis preneur…