Archives par mot-clé : Polar

Livre lu : Georges Simenon – Maigret et la grande perche

Toujours le même plaisir à lire du Simenon, et puis ça me délasse des livres plus compliqués que je lis en parallèle (Le Roi des Aulnes, actuellement). L’affrontement entre Maigret et un autre grand, costaud, massif, la confrontation de deux poids lourds, têtus, sûrs de leur fait.

La rue était toute dorée par le soleil. On entendait le bruissement de la brise dans les grands arbres du Bois de Boulogne.
Il y avait une grille noire, un peu plus loin, un carré de pelouse, une maison calme et ordonnée comme un couvent.
Il y avait quelque part dans cette maison une vieille femme qui ressemblait à une Mère supérieure et une espèce de Turc avec qui Maigret avait un compte à régler.
La vie était belle.

Georges Simenon, Maigret et la grande perche, Presses Pocket n°795, 1951, pp. 96-97.

Listes

Cela entre en double contradiction (au moins) avec mon thibillet précédent, mais je suis en train de travailler sur mon petit portable, celui que j’adore, il commence à être lent, mais je l’avais surnommé Rolls-Mops, et il l’est toujours dans mon esprit.

Mais ce n’est pas un portable que j’utilise souvent. Uniquement quand je veux me mettre au soleil, quand je ne peux pas utiliser un des deux autres ordinateurs que j’ai achetés (Lulabelle et Bombinette), ou que j’ai un lumbago.

Bref, je n’utilise pas souvent Rolls-Mops, et j’utilise encore moins souvent la barre de recherche de Yahoo! France. Mais j’utilise quotidiennement Mozilla Firefox, ce petit chéri de renard-panda rouge (j’en ai vu un en vrai) qui se faufile dans les pages web avec l’éclair ultraluminique de sa queue incandescente.
Or Firefox, le goupil susdit, garde en mémoire mes recherches passées.
Donc je retrouve là, tout de suite, en attendant que mon riz basmati soit cuit, une liste de mes précédentes requêtes sous la barre de recherche de Yahoo! France (Rappel : outil que j’utilise très rarement, sur un ordinateur que j’utilise rarement). Le résultat est là :

  1. Bodie Merton
  2. Thibierge
  3. aubenas
  4. cinéma Asnières
  5. cinéma Colombes
  6. foie de lotte
  7. minneapolis
  8. minnéapolis
  9. neige
  10. obligations

C’est pas du psychédélique, ça ? Syd Barrett, dans son paradis artificiel, doit en faire des loopings…

Et une autre liste, celle de ma dernière commande de livres sur PriceMinister :

  • Le Hameau, Jean Giono
  • Ennemonde et autres caractères, Jean Giono
  • Fragments d’un Paradis, Jean Giono (dans la délectable collection de L’imaginaire, Gallimard)
  • Bouddhisme, Taoïsme et Zen, écrit par un gars
  • Ma cheminée et moi, Herman Melville (auteur admirable, pour Moby Dick et Bartleby une intrigue à la Paul Auster et redécouvert avec Philippe Delerm, et le tragique Pour saluer Melville de Giono)

Sans parler de la dizaine de livres qui m’attend sur l’étagère « Flâneries et autres appétits » d’une de mes bibliothèques. Allez, je les vois de loin (je suis couché sur le canapé, et je ne sais pas qui je dois remercier, le Diantalvic génériqué ou le Côte du Rhône propriétaire, pour l’oubli temporaire de mon lumbago), je peux citer :

  • deux Dennis Lehane, dont Mystic River
  • un Anna Gavalda (Ensemble c’est tout)
  • un livre intitulé Désintégration sur la volonté d’un jeune beur (3ème génération ?) de ne plus s’intégrer
  • Un Philippe Delerm (Garonne)
  • Une pièce de théâtre de Marcel Pagnol (Judas)
  • un livre sur La grenouille qui ne voulait pas cuire ou un titre approchant
  • Un Stanislas Lem (L’invincible), en attendant de trouver Solaris

Les vacances sont là, le cerveau est en roue livre…

Livre lu : Fred Vargas – Dans les bois éternels

Mon plaisir à lire Fred Vargas n’est plus à démontrer. Non seulement ses polars (« rompols » comme elle le dit), mais aussi un petit ovli comme son Petit traité de toutes vérités sur l’existence (j’avoue que je goûte moins Critique de l’anxiété pure, et je ne saurais me prononcer sur La vérité sur Cesare Battisti, quoique la thèse m’en semble très savonneuse).

Revenons à nos moutons, ou plutôt nos bouquetins, et soyons brefs. J’ai donc lu Dans les bois éternels (Viviane Hamy, 2006, 444 p.)
C’est un des meilleurs Fred Vargas que j’aie lu.
Je vais commencer par les nonpatan, puis je dériverai – à la Adamsberg – vers les bonheurs. J’ai aimé ce livre,

  • non pas tant parce que l’on y retrouve les personnages récurrents de plusieurs histoires
  • non pas tant parce que de nouvelles têtes peu à peu prennent leur place dans le quotidien de ce commissariat
  • non pas tant parce qu’une partie a lieu en Normandie, avec de solides normands qui boivent le coup et ponctuent

… même si tous ces arguments faisaient déjà bien pencher la balance dans le bon sens (mais pouvait-il en être autrement, je ne suis plus objectif après avoir écrit ça et ça et ça).

Il y a dans ce Fred Vargas tout ce qui fait le charme de la recette Vargas : des mots, des descriptions, et surtout des dialogues percutants ; l’irruption du bizarre, ou du décalé : ça tient autant aux fantômes qu’aux piqûres d’araignées, il n’y a pas de priorité dans les tracas de l’existence ; et puis, évidemment, la référence moyengeuse, historique, qui fait la trame de beaucoup d’énigmes à la Vargas.
Alors, qu’y avait-il en plus de cette benne de roses que je déverse ici ?
Du sentiment. De la tension, palpable. Plusieurs passages m’ont littéralement pris. Et je ne m’y attendais pas, me connaissant (croyant me connaître) et connaissant Fred Vargas (croyant la connaître).
Et puis, subtilement, de manière plus affirmée que dans les précédents romans, désormais, on attend une suite. La comparaison va être fâcheuse, mais c’est un peu comme une sitcom en fin de saison : il y a des choses que l’on connaît sur les personnages, leurs relations, et l’on aurait envie de savoir tout de suite comment ça va évoluer.
Ne reste plus qu’à attendre un an et quelque…

Livre lu : Sébastien Japrisot – La dame dans l’auto

Je me suis livré, il y a peu, à une taxonomie foutraque sur le roman noir, dans laquelle je mettais dans la même case George Simenon et Sébastien Japrisot. Eh ben non. J’ai lu La dame dans l’auto, du dit Japrisot (édition de 1966, celles d’après titrent « La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil »), et ce n’est pas comparable à Simenon, mais c’est très bien. L’écriture est superbement angoissante, humaine, l’intrigue est vraiment prenante, avec son héroïne qui semble vivre dans un monde de rêves éveillés, qui ne sait plus qui elle est. Le dénouement est à la hauteur de l’attente, et la pirouette finale est bien sympathique. Au delà de l’histoire, très bien construite, j’ai (re)découvert un auteur très observateur, qui croque des attitudes, des situations, très bien observées. Alors oui, je persiste, Simenon et Japrisot marquent un tournant entre les romans noirs à la papa (argot, hommes, souris, casses) et la déliquescence des années 70 (sexe, zone, déprime). Même si je trouve que Simenon est l’installeur d’ambiances par excellence, celui qui fait sentir en quelques phrases un brouillard humide, une lumière dans la nuit, ou une atmosphère de bistrot, je reconnais à Japrisot de savoir s’installer dans les têtes, et trouver le ton de la musique mentale de chacun.

Livre lu : Thierry Jonquet – Mygale – … et une tartine de plus sur le polar

Comme déjà dit, en parallèle de Nabokov, je lisais Mygale (Série Noire n° 1949, Gallimard, 1984), de Thierry Jonquet.

Je n’ai pas grand chose à dire, car

  1. En le commençant, je me suis vaguement souvenu de l’avoir déjà lu. Je ne peux pas dire que cela m’a gâché le suspense, car l’intrigue – qui démarre bien – était assez téléphonée.
  2. Je n’ai pas été saisi par le style, que j’ai trouvé… de roman de gare. Là, on va me dire (mais osera-t-on, hein ?) que ce sont justement des romans de gare, et je dirai (car moi, j’ose) que cela ne doit pas être que cela. Ce qui me conduit à ma taxonomie historique du roman noir français, après ma vague ébauche panoptique.

Tentative de taxonomie, en trois tableaux et des miyards de bouquins

  1. Au commencement était le roman noir français, justement immortalisé par le lancement de la Série Noire, avec cette couverture jaune et noire (pour rappeler les rayures des uniformes de forçats, façon frères Dalton ?). Les auteurs étaient des hommes, des vrais, ils jactaient l’argomuche comme je l’entrave, recta et sans char. Albert Simonin (Touche pas au grisbi, Razzia sur la schnouf…) en est probablement le symbole le plus marquant. En bref, des romans serrés, écrits à la façon Hemingway (je ne décris que les actes, ne mentionne que les dialogues, et laisse le lecteur imaginer les pensées), dont le style était évident : cette gouaille virile et poétique (voui, voui, quand on sait qu’en argot, un piéton, c’est de la viande à pneus) tenait lieu de style.
  2. Puis vint l’époque de Georges Simenon. J’admire chez lui, non seulement la profondeur de l’analyse humaine (j’ai même pas peur d’écrire ça, hein, ça sonne vrai), mais aussi un style étonnant. Je serais infoutu de décrire ou analyser ce style, sinon, peut-être, en disant qu’il est composé de mots très simples, qui créent des ambiances. On a l’impression d’entendre le temps s’écouler tandis que l’intrigue se noue. Et de la poésie, oui, oui, une belle écriture, fine en psychologie, juste sur les descriptions des êtres humains, ou des choses. Pour moi, un écrivain d’ambiances. Je croyais jusqu’à récemment que Simenon était à part, et puis j’ai lu Compartiment tueurs de Sébastien Japrisot, et j’ai retrouvé ces mêmes qualités. Quand y en a qu’un, c’est une exception. Quand y en a deux, c’est un mouvement littéraire.
  3. Enfin, il y a les jeunes. J’en ai parlé dans mon panoptique fissa (Vargas, Benacquista, Pouy, et d’autres), ceux qui prennent le prétexte du rom’pol pour peaufiner un style de réflexions, grognements, humour grinçant, jeux de vocabulaire, tout un texte pas con où l’on se dit « eh, ça réfléchit dans ce roman, ça compare, ça digresse, ça construit des pensées filantes… » Du vrai style, quoi.

Bon, alors, dans ce triptyque à l’emporte-pièce, où se situe Mygale, hein ? Eh bien, selon moi, dans les jointures, précisément entre la deuxième et la troisième époque. Dans la période où la plupart des romans noirs étaient devenus des romans de gare, avec comme seule originalité par rapport à la génération précédente d’avoir rajouté du sexe et de la violence. OK, peut-être que cela a fait florès à l’époque, mais ce ne sont pas sur des outrances qu’on bâtit un nouveau mouvement. (? j’en sais rien, finalement, je ne suis pas critique d’art).
L’outrance, c’est comme l’intrigue du rom’pol : ce n’est qu’un prétexte. Si elles ne sont pas soutenues par un style, un souffle, une vision (ça y est, je suis chaud), ça s’effondre parce que ce n’est pas justifié.

Maintenant, la dérive de ces temps modernes, c’est que l’on va outrancer (oui, oui, ça existe) dans la justification, on va passer plus de temps à expliquer l’intérêt d’une oeuvre, qu’à la créer en tant que telle. Pour conclure, j’avais trouvé des discussions intéressantes sur l’art moderne dans le livre de Siri Hustvedt, avec le personnage très controversé de Teddy Giles, qui profite à fond d’un système médiatico-artistique dans lequel ses happenings malsains sont, au premier degré, des provocations vulgaires ou dangereuses, mais que lui transforme, par son discours, en des « transgressions de l’ordre établi » ou que sais-je.

Livre lu : Harlan Coben – Une chance de trop – … et une petite synthèse du polar en passant

Sur les conseils d’une collègue, j’ai lu un Harlan Coben, celui qui s’intitule Une chance de trop (Pocket, n° 12 484). L’histoire est relativement prenante, elle contient son lot de personnages et de désaxés, mais ce n’est pas ça. Oui, je suis rentré dans l’histoire, oui, je voulais savoir comment cela finirait, non, je n’ai rien deviné, ce n’est rien de tout cela qui me fait rendre un jugement mitigé, c’est juste qu’un polar ne doit pas être qu’un polar, il doit être habité. Derrière ce terme pompeux, que je récuse, mais bon, je ne vais pas revenir en arrière, je ne connais pas la touche tippex, il y a simplement le fait que, selon moi, le polar n’est jamais qu’un prétexte à exprimer un style, un contenant (canon de la forme du polar) qui héberge un contenu (le style), d’où le terme habité, vous voyez, ça servait à rien de tippexer, je retombe sur mes pattes.
Tous les auteurs que j’apprécient font plus que raconter une histoire, ils mettent en scène des personnages, des dialogues souvent déconnants, avec un humour féroce ou amusé. En bref, ils ont des choses à dire. C’est pour cela que, sans l’avoir lu, je ne pense pas que je lirais Da Vinci Code : je pressens trop la belle mécanique narrative sans style, le roman préformaté pour être en tête des ventes, un truc qui ne suinte pas, ne pue pas, et n’a même pas de parfum agréable, sinon celui, très discret, que sais-je, du vetiver. Allons-y dans la liste des noms qui me plaisent, car ils écrivent plus que des polars :