Ce rêve a commencé comme dans la vie réelle. J’étais en salle de cours, et la journée avait été saumâtre. J’ai attaqué la séance comme un bouledogue, et les étudiants m’ont répondu comme une écuelle. Et puis l’heure a passé. Puis une autre. J’ai réussi à les intéresser, ou bien, j’ai réussi à m’intéresser. Il ne restait plus que 20 minutes, mais j’étais à nouveau détendu, on a parlé.
Je me suis retrouvé dans une pièce improbable, assis dans un fauteuil jaune, à boire du champagne. Un directeur d’usine nous livrait des bouteilles d’alcool fort, et ce qui m’a frappé, c’est que les femmes avaient des bouteilles d’une certaine forme, et les hommes, d’une autre. De là à penser que les femmes sont différentes des hommes…
Je me souviens d’un match où le Brésil s’était pris un but, et ça les avait énervés.
Puis j’ai vu Stéphanie. Elle était réelle, et attentive, là où Alain Taccoen était absent, et soucieux. Stéphanie a prévenu mes besoins, et abreuvé mes compagnons. J’ai dansé des rocks sur des musiques qui n’étaient pas du rock, au son d’un DJ qui était suspendu au dessus de nous, coincé dans sa bulle métallisée, comme un conducteur de grue.
Quelques bouteilles de champagne plus tard, je marchais dans la nuit. J’aurais bien bu un Perrier, mais dans les rêves, on ne choisit pas son destin, donc j’ai été condamné à avoir soif. Clément avait filé, restaient Fred et Cathy. Le reste se dissout dans l’aube naissante. J’ai vu des feux rouges, des taxis, des cafés fermés et des bus qui roulaient à vide. Je suis resté transi, ému, réchauffé et inexplicablement optimiste. Demain était un nouveau jour, j’étais heureux.
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Retour de formation…
Lever 6h, 1h30 de route, formation de 9h à 18h, 1h30 de route au retour.
Je suis sur les genoux,
d’avoir tant braillé.
Ma chemise est mouillée,
ma guitare désaccordée…Bill Deraime, Un dernier blues, BMG.
Grand Chelem, ou La meilleure nouvelle du jour
Dans les transports en commun
Dans les transports en commun, on est en commun.
Ce soir, dans un train bien rempli, un gars passe en force (il décroche mon bras de la barre, passe en disant un « pardon » autoritaire), la guitare qu’il porte dans le dos me cogne la tête en passant, hop, ni une ni deux, je repousse la guitare. Il se retourne, et la scène commence. C’est ça l’inconvénient des transports en commun : quand on est serrés, la probabilité d’avoir un fondu dans la rame est assez forte. Ce soir, il était pour moi. En un sens, ça tombait bien (…) j’étais bien fatigué par ces dernières semaines, donc je n’ai pas eu trop de mal à rester stoïque sous l’avalanche des insultes. J’ai tout eu. Ses origines, le fait qu’il est un musicos, que sa guitare a coûté 1 500 euros (réponse : « ma tête vaut plus cher que ça », ambiance), et encore, c’est que la Stratocaster, si ç’avait été la LesPaul, il me démontait sur place, avec ses 25 ans et mes 45 ans (misère, 45 ans…), et que je suis encarté chez Le Pen (et voilà, j’ai le cheveu court – because début de calvitie – et j’aime la bière, hop, je suis catalogué skinhead, misère again…) et que lui, il a eu une sale journée (lui…)
Au bout d’un moment, dans ce compartiment bondé mais silencieux, je lui explique que c’est très intéressant, mais que j’aimerais retourner à mon livre. Nouvelle logorrhée, mais bon, il bat en retraite à l’étage, tout en m’expliquant mes origines (douteuses), mes tendances politiques (extrêmistes) et ma décrépitude (quadragénaire y media).
Dans le silence revenu, j’échange quelques regards et quelques mots avec des passagers, et je me replonge dans ma lecture.
A la station suivante, alors que je m’efface pour laisser passer ceux qui descendent, hop, revoilà notre trublion. En substance « Mec, tu vas pas t’en tirer comme ça, j’ai réfléchi, eh ben là où tu descends, je descends aussi, on va s’expliquer sur le quai, avec tes 45 ans (holà, ça va hein !) t’as pas un coup de poing qui va passer, on va se battre sur les rails » (misère, sur les rails, je suis tombé sur un gars qui a lu La bête humaine…)
Un passager essaie de le raisonner, mais il s’accroche, il me dit « tu dis plus rien, hein » (ben non, de toute façon, je ne peux pas en placer une, il fait les questions et les réponses, ça me repose). Ma station arrive, je descends, je l’entends qui m’insulte dans mon dos, il me rappelle de loin, m’explique que la prochaine fois, il descendra vraiment et gare à ma gueule, « et tu pourrais te retourner quand je te parle ! »
Je continue à marcher. Une voix à mes côtés : « Vous inquiétez pas, je le surveille, s’il arrive, je suis avec vous ». Je le regarde, c’est un gars en survêt, à petites lunettes, un anonyme comme moi. Je le remercie, il me répond que c’est normal. On monte ensemble l’escalier vers la sortie, en parlant un peu. En haut, je le remercie à nouveau, il me répond à nouveau que c’est normal, il commence à s’en aller. Je le rappelle : « Avant que vous partiez, j’aimerais vous serrer la main ».
Je marche dans la rue, fatigué. Une jeune femme me dépasse, le téléphone collé à l’oreille, elle se tourne vite vers moi « Mais la vie est belle quand même… » en me souriant.
Dans les transports en commun, on est en commun.
Je rentre, je me débouche une Tsing Tao et je mets le CD de Thomas Fersen, Les ronds de carotte, en attendant la piste 5 : Dans les transports.
Dans les transports en commun,
Les filles sont nerveuses.
Les hommes ont le pied marin
Et la main baladeuse.
Sur la banquette
Où je me jette,
Je tords, le temps est long,
Mon ticket de carton…Thomas Fersen, Dans les transports, in Les ronds de carotte, Warner Music, 1995.
Une araignée dans le bocal
Quand je travaille chez moi, j’ai faim très tôt. Donc je fais bouillir de l’eau vers 11h30, et j’avise les bocaux à riz : y a pus de riz dedans. Rusé comme l’indien comanche francilien, j’ouvre en sifflotant le-grand-tiroir-coulissant-bordélique-du-bas et pêche dans ses profondeurs obscures un paquet de riz basmati équitable, du genre « comme on fait dans l’équitable, on va faire un emballage pourri ». J’ouvre, j’extirpe le sachet, et je pare au plus pressé : verser le riz (équitable) en pluie fine dans mon eau (communale) bouillante. Et là, comme je suis débonnaire et de belle humeur, je me dis « allez, un bon geste, je vais remplir le bokalari (le bokalari basmati, car il y aussi un bokalari complet et un bokalari thaï. Tous trois sont vides).
Dévissage du petit couvercle, et surprise : une petite tache blanche qui bouge. Une araignée commune, mais blanche comme un navet, a son petit cœur qui bat la chamade, au fond de mon bokalari. Je m’en vais la colloquer dehors, avec son teint d’albinos, elle file sous une marche pour éviter le soleil, voilà ça c’est fait.
Maintenant, les deux questions cruciales, et la sous-question qui va avec :
- Comment a-t-elle fait pour rentrer dans le bokalari vide, et fermé ? Je sais qu’il était fermé, puisque je l’ai ouvert. Bon, je passe cette question, on va dire que l’araignée était un petit œuf qui a éclos dans le bocal, et ne me demandez comment le petit œuf est arrivé là, ça va devenir torride. Comme le dit Guy Bedos « quand Papa a mis la petite graine dans le ventre de maman, Papa était loin de se douter que quelques années plus tard, la petite graine chausserait du 46 et mangerait un bâtard pour son goûter ».
- Combien de temps ça vit, une araignée ? Vous allez me dire, « va voir sur Wikipedia, toi qui n’as que ce mot à la bouche ». Je répondrai « j’en ai d’autres en l’occurrence, là, tout de suite, lecteur éméralope (repentir : on écrit héméralope, merci Nerik et Julien T) », mais je précise ma question avec une sous-question :
- Combien de temps ça peut vivre, une araignée, sans manger ?
Parce que le bokalari, ça doit bien faire 1 mois qu’il est vide, et fermé. (entendons-nous : ça fait un mois qu’il est fermé. Vide, non, puisque qu’il y avait l’araignée, ou l’œuf. m’enfin, y avait pas de riz qu’elle aurait pu bâfrer).
Ou alors, il y avait aussi quelques œufs de mouches, moustiques et autre provende dans le bocal, et l’œuf éclos d’araignée s’est boulotté les œufs éclos de mouche, moustique et autre provende. Mais il n’y avait aucune coquille au fond du bocal. Si c’est pas une preuve…
Bon, donc voilà, au turbin. Je sais que la tique peut vivre des années sans manger, mais c’est-y possible qu’une araignée basique (arachnea domestica albinosa) vive et croisse pendant un mois sans boulotter ?
M’étonne, quand même.
Repentir : autre hypothèse qui me traverse l’esprit, en attendant que la température du riz basmati baisse : peut-être qu’il a des œufs d’araignée dans le liquide vaisselle qui m’a servi à nettoyer le bocal il y a… quelques années ? Ne riez, bande d’ineptes : si une tarentule peut se loger dans une oreille (et c’est TF1 qui le dit, donc c’est forcément vrai), tout est possible. (lisez notamment les commentaires…)
Magnolia
La semaine dernière, discussion arrosée autour d’Ernest Hemingway (c’est parti de la mention du Hemingway Bar, un lieu que j’affectionne), et j’apprends à cette occasion que Papa Ernest aurait inventé plusieurs cocktails, dont le « Ernest » (ou Daïquiri amer ?), qui se décrit comme suit : « c’est un daïquiri avec double dose de rhum ». Pour qui ne sait pas ce qu’est un daïquiri, passez votre chemin, mon propos n’est pas là.
J’étais déçu qu’un grand écrivain, créateur de cocktails, donne son nom à une variante. C’est comme si je disais « j’ai inventé le Bloody Chris, c’est comme un Bloody Mary, mais au lieu de mettre de la vodka, on met du gin… » Bonjour l’originalité.
Et donc, la semaine dernière, dans le feu de l’action, j’ai composé la recette (théorique, je n’ai pas encore testé) de mon premier cocktail, que j’appellerai Magnolia.
- Pilez du gingembre confit
- Délayez du jus de citron vert
- Touillez avec élégance, ou furie barbare, suivant l’humeur et vos convives
- Ajoutez trois glaçons
- Versez doucement du Gin, jusqu’à recouvrir le glaçon le plus haut (ou arrêtez-vous 1 cm avant le haut du verre)
- ajoutez deux feuilles de menthe fraiche
Prévoyez un dip (ex : crudités à tremper dans un bol de fromage blanc aux fines herbes) pour rafraichir tout cela, ou bien un méchant vieux Chorizo pour attaquer les papilles. Et demandez à Firmin de mettre en marche le ventilateur au plafond.
Retour de flamme
Bilan de cette semaine de vacances :
- 38 ans sonnés lundi
- un fut de 20 litres de bière éclusé (ça ne pardonne pas, de louer un ancien hôtel restaurant avec une tireuse à bière et un percolateur)
- plus de 1 280 photos numériques prises (je vous rassure, j’ai dû en jeter… 10%)
- 18 personnes en phase haute, 10 personnes en phase basse
- deux montages de deux vidéos numériques (durée totale : 17′, Lawrence d’Arabie n’est pas loin)
- 48′ de jogging (en une seule fois)
- des nuits de 10h (sauf celle où mon fils a tartiné son pyjama et son lit de ses humeurs)
- 8h de route à l’aller, 10h de route au retour (pause à Poitiers)
- 600 € pour un Toyota Corolla 2 000 km, chez Rent A Car
Et au retour (soupir)
- 4 message sur le répondeur
- 200 mails dans ma boite (sans compter les 500 mails sur les mailing-listes d’openoffice)
- 28h de cours à faire cette semaine
Vacances j’oublie tout
Je ne sais pas si c’est l’effet du marathon, de la fin de mon cours d’analyse financière et boursière ou de la présence de certains pénibles à mon travail, mais je me sens un peu flappi. Le ludion hystérique en salle de cours est loin, le philosophe débonnaire est aux abonnés absents, reste juste un être humain, pétri de contradictions, et aspirant à la simplicité. C’est pas donné. Donc il faut recourir aux grands remèdes : une location de vacances dans un lieu déserté mais face à la mer ; une maison de 7 chambres doubles (oui, sept, sans compter les lits individuels) ; une tireuse à bière (j’ai commandé un fût de 20 litres de 1664, on verra au bout de deux jours s’il y a besoin de passer aux fûts de 30 litres) et un percolateur pour les expressos. J’oubliais le plus important : une floppée de copains débarquant en train, chignole, monospace, twingo, ludospace, ford fiesta, coccinelle volkswagen, tricycle. Et tout cela tombe bien, même si je ne leur ai pas dit : lundi, j’aurai 38 ans. Voui, voui, je sais, je ne les parais pas, je me mets des masques de concombre sur le visage chaque matin comme le fêlé d’American Psycho (film que je viens de voir, juste avant L’ge de glace II, et autant L’ge de glace II m’a plu, autant American Psycho m’a semblé enflé et nauséeux comme un pudding cuisiné avec des oeufs de cane atteinte du H5N1). Bref, dans le monde réel des personnes qui ne travaillent pas à Wall Street, on va se boire unes bières à ma santé, et je m’en réjouis d’avance.
J’emporte aussi l’ordinateur portable (enfin, le transportable, celui qui pèse 3 kg), le Nikon D 100, un carnet de notes, le Palm Vx que m’a offert une collègue adorable, et quelques livres, dont le Sébastien Japrisot que je suis en train de lire avec plaisir.
Je sais bien que vous êtes tous/toutes en train de pleurer à grosses bulles, mais il n’y aura pas de thibillet pendant une semaine. Cela vous reposera, et moi aussi. Essayez de vous sevrer, comme j’essaierai de le faire. Hasta la vista.
Oeil d’aigle, jambe de cigogne, Moustache de chat, dents de loups
Merci à Cyrano pour le titre de ce thibillet. Merci à Yann pour l’info : les photos du calvaire sont dispos sur le site de Maindru Photo. Hélas, saturation du serveur (35 000 personnes qui se connectent, ça fatigue…). Donc, dès que j’arrive à me faufiler dans une fenêtre espace-temps, hop, je chourave et poste.
MàJ : ça y est !
Flapi
et Flapo

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En attendant les photos de Laurent N.
On a toujours besoin d’un petit doigt
C’est hallucinant comme le fait de m’être tranché le petit doigt m’handicape. Passons sur
- la boucherie (deux torchons imbibés hier soir, et ce matin, le doigt qui gouttait dans ma corbeille à papier de bureau pendant que je m’entortillais de gaze),
- la veulerie des collègues (« Oula j’ai horreur du sang, je m’en vais ! ») me laissant seul pour détortiller des emballages de bandes de gaze, de pommade cicatrisante, de scotch hydrodermique,
- le manque d’ergonomie des biens manufacturés modernes (les emballages de bandes de gaze, de pommade cicatrisante et de scotch hydrodermique ne sont pas conçus pour être ouverts d’une seule main)
- et la stupidité de certains docteurs ès sciences de gestion, bac + 34 (le mode d’emploi précisait bien, plusieurs fois, avec une répétition lassante, « Surtout, utilisez toujours le capot de protection avant de vous servir du trancheur-découpeur », mais moi, je suis un flibustier, hein, anarchie vaincra, ni Dieu ni maître, personne n’a à me dire ce que je dois faire…)
Non, ce qui m’amuse (toutes proportions gardées…), c’est ce côté « la souris renverse la montagne » : un petit doigt, c’est inutile au possible, à part pour se curer les oreilles (et encore, on a des produits manufacturés de bien meilleure qualité), mais dès qu’il est immobilisé dans une poupée de gaze et extrêmement sensible, olé, aller pêcher une clé au fond d’une poche, boire une bouteille d’eau minérale, prendre une douche, et je vous laisse imaginer le reste…
Il faudrait probablement que j’en tire quelques pensées profondes sur le caractère évanescent de notre bonne santé, de ces petits riens qui font des grands touts, ou du bonheur qu’on ne connaît que quand il s’est enfui. Mais bon, on ne va pas en faire un fromage. Tout au plus un billet de blog…
Caillou – Au poste
Les Post-It sur mon écran
Comme un mille-feuilles éparpillé
et ranci.


