
Commercialisé par Rottapharm…
Téléramer : v. i. Être dans une période où on n’arrive plus à lire l’hebdomadaire auxquel on est abonné avant l’arrivée du suivant. S’interroger sur les gens qui sont abonnés à un quotidien (ou à Twitter) : sont-ils tous retraités ou ont-ils un truc ?
Par extension : voir la caisse « à amener à la déchetterie pour être un bon citoyen » se transformer en 2, puis 3 puis n caisses. Se dire que ça s’arrangerait si une fois de temps en temps, on allait à la déchetterie.
J’ai été interviewé sur les rachats d’actions. J’ai fait un petit cours au journaliste (qui n’avait pas l’air, hum, très familier du sujet), je lui ai donné quelques pistes de réflexion, et j’ai répondu à ses questions. L’article a été publié.

Et, voyez-vous ça, je n’ai pas été cité dans l’article susdit… Le journaliste, dûment contacté, était embêté. Selon lui, ça peut arriver que les correcteurs fassent sauter quelques phrases pour des raisons de place. Même si mon nom a disparu, je suis quand même content de voir que le journaliste a laissé mes idées (sans guillemets, cela a dû sauter aussi à la correction…).
Mais étant donné que je je commence à avoir l’habitude du Ratio de Canard, je vais rappeler ici, pour l’information de mes lecteurs, ce que j’avais dit.
(Le Ratio de Canard est un rapport que j’invente, et qui correspond à l’énoncé suivant : « dans tout ce que l’on dit à un journaliste, entre 1/3 et 1/10ème sera effectivement publié ». Un Ratio de Canard de 1/3, beau score s’il en fut, ne signifie pas pour autant que c’est le 1/3 le plus intéressant, ou le plus argumenté, qui a été publié. Ni que le 1/3 publié sera effectivement attribué à celui qui l’a dit.)
Donc, les rachats d’action par les sociétés.
Que sont les rachats d’actions ?
Cela consiste pour une société à proposer de racheter une partie de ses actions, à un prix convenu à l’avance. N’importe quel actionnaire peut revendre ses actions à la société. (La suite du propos parle de sociétés cotées, mais les sociétés non cotées peuvent aussi racheter leurs actions).
A quoi servent les rachats d’actions ?
Cela peut servir à plusieurs choses, cela dépend déjà si les actions sont détruites après coup, ou pas.
Pourquoi les sociétés rachètent-elles leurs actions actuellement ?
Les temps actuels, vous l’aurez peut-être remarqué en tant que journaliste, se caractérisent par des fortes baisses de la Bourse. Aussi, la principale raison des rachats d’actions en ces temps actuels serait que les sociétés estiment être sous-évaluées en Bourse, et que racheter leurs actions leur permet d’échanger à bon prix leur cash actuel contre des actions. Parlons un peu de la théorie des signaux, en faisant une digression. Selon la théorie des signaux, une entreprise ne fait une augmentation de capital que quand elle estime que son cours boursier est surévalué. En effet, une entreprise oeuvre avant tout pour ses actionnaires actuels. Ceux-ci ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de nouveaux actionnaires, et hurlent carrément à la destruction de valeur quand on fait rentrer les nouveaux actionnaires à un prix préférentiel. Or, ce sont les actionnaires actuels qui vont voter l’augmentation de capital. Il s’ensuit, toujours selon la théorie des signaux, que les actionnaires actuels ne vont voter une augmentation de capital uniquement quand c’est dans leur intérêt, donc quand les nouveaux actionnaires vont payer plus cher que ce que les actions valent, donc que la société est surévaluée. Fin de la digression. Adaptons l’analogie au rachat d’actions, qui n’est après tout qu’une réduction de capital. Il s’ensuit que les rachats d’actions auront lieu quand la société estime être sous-évaluée sur les marchés.
Est-ce que les rachats d’actions sont une bonne chose ?
(On reconnaît bien là la question d’un journaliste, qui veut une réponse blanc ou noir, c’est tellement plus simple). Cela dépend, en fait, ce n’est ni totalement blanc ni noir (on reconnaît bien là la réponse typique d’un prof, qui veut bien être vulgariser, mais sans aller jusqu’à des réponses tellement simplistes qu’elles en deviennent fausses).
A priori, c’est plutôt une bonne nouvelle de racheter ses actions en période de sous-évaluation : cela permet de se constituer une réserve de titres à faible coût, et si le cours des actions remonte, d’avoir une monnaie d’échange qui s’est appréciée, pour payer des acquisitions, par exemple. Mais si l’on creuse un peu, on se rend compte que cela peut envoyer un mauvais signal : utiliser son cash pour racheter des actions, c’est dire « je n’ai pas de projet d’investissement qui me semble suffisamment rentable pour que j’y consacre mon cash ». Ce serait donc un signal de ralentissement, de maturité, ou encore, d’absence d’opportunités de développement futur, donc, pas tant une bonne nouvelle que ça…
Mais la relution du bénéfice par action ?
… Ne crée pas de valeur en tant que telle. Brûler du cash à l’actif pour réduire les capitaux propres au passif est en fait une opération blanche. Il faut plutôt s’interroger sur l’impact que cela aura sur le dividende. Une société avait 100 actions, pour un bénéfice de 10 et un dividende de 5. Elle rachète, mettons, 50 actions et les détruit. Elle a désormais un bénéfice de 10 pour 50 actions, soit un BPA qui passe de 0,1 à 0,2 € par action. C’est super, le chiffre augmente, mais ce n’est qu’un ratio comptable. Ce qui compte, c’est « que va-t-elle faire du dividende ? »
Mais pourtant, il y a une raison fiscale, puisque les plus-values sur actions sont moins taxées que le dividendes, non ?
Eh non, cher journaliste, car je vous apprends que cela fait 3 ans (depuis 2008) que la taxation des plus-values a été alignée sur celle des dividendes. L’argument fiscal n’existe plus, donc.
Voilà, en peu de variantes, ce que j’ai dit sur les rachats d’actions.
Triplebuser : v. i. Prendre le métro dans le mauvais sens.
Ousse-triplebuser : … en revenant, constater qu’il y a un incident technique dans le bon sens.
Par extension : se mettre devant sa télé à 10h du matin alors que le match commençait en fait à 9h30.

Traduction du discours de Steve Jobs lors de la remise des diplômes de Stanford, 2005.
Je connais peu d’activités aussi désherbantes que d’avoir passé sa journée entière sur une feuille de tableur.
L’impression d’avoir moins contribué que, je ne sais pas, un escargot ou un verre de terre, à la marche de la planète…