On refait le match…

A propos du dernier match des Bleus, et de toute la presse avant et après ce match, quelques impressions personnelles :

  • Amour-Haine. Les supporters devant le match (majoritairement des étudiants français) étaient venus, donc étaient intéressés, mais très vite, l’ambiance a tourné à la revanche : le premier but de l’Afrique du Sud a été applaudi, et encore plus pour le 2ème, il y avait un côté punition collective, brûle ce que tu as adoré, etc.
  • Le stéréotype sur le Français. Le Français est réputé pour être arrogant et donneur de leçons. On pourrait croire que ce genre de match, et tout ce qui l’a précédé, permettrait de donner une bonne humilité à tous. En fait, on a rarement entendu autant de donneurs de leçons qu’actuellement. Ce déchaînement sur cette équipe et ses responsables a déclenché beaucoup de critiques, mais peu d’autocritique. Le mot « humilité » n’est jamais sorti, je crois. Or, pour paraphraser le héros dans V pour Vendetta « les dirigeants sont lamentables, mais qui les a élus ? » C’est peut-être un trait français, finalement : beaucoup de critiques, peu d’autocritique.
  • Comme d’habitude, on en appelle à une réflexion et des nouvelles réglementations. Mais c’est comme pour les marchés financiers : croire qu’une loi va changer les choses, sans intégrer l’esprit humain et ses motivations, c’est nier la nature même d’un peuple à forte composante méditerranéenne comme le Français. Et c’est jeter de la poudre aux yeux tout en manifestant la volonté de ne rien changer.
  • Par ailleurs, il y a (parmi tant d’autres) une question de fond : le football est-il un divertissement, un business ou une vitrine nationale ? J’ai l’impression qu’il y a confusion entre intérêts personnels et représentation nationale. Demande-t-on à chaque chanteur, chaque acteur, de représenter la France ? Y a-t-il un devoir de réserve à partir du moment où l’on est la cible des caméras ? Les exemples de discrétion ne manquent pourtant pas : qui saurait citer le nom du président du tribunal de l’affaire Kerviel ? Pourtant, ce magistrat fait son métier ces jours-ci devant un parterre bien fourni de journalistes…
  • Cette affaire de football, c’est comme Gala. Du consommable en terme d’indignation, de rêve, de discussions chez le coiffeur, et on passera vite à autre chose, comme le mariage d’une princesse ou les mésaventures alcooliques d’un pipol. Ce qui me gêne, comme dans Gala, c’est cette capacité de jalousie à se déclencher devant les vies des autres. On a l’impression qu’il y a dans beaucoup de Français des personnalités ambivalentes : protecteur égoïste de ses propres intérêts, et critique collectif des intérêts des autres. Je ne crois pas qu’on peut se construire par la négation, en ayant des comportements réactifs par rapport aux actes des autres.

Ubuntu – Columbage

Columbage : n.m. Reconnaître un acteur / une acteuse d’une série TV, des années après, dans une autre série TV ou dans un film. « Tiens, c’est Ross de Friends ».
Par extension : Plaisir que l’on a quand on reconnaît la voix qui double un acteur. « Tu vois, le gars, là, il a la voix de l’ne de Shrek ». « Tiens, ça c’est la voix de John Wayne (quand il est doublé) »

J’ai eu un columbage ce soir. J’ai vu la fille de « Lois et Clark », et je me suis dit, « mais bon sang, c’est Alyssa Milano ! » (Madame est servie, avec Tony qui faisait la bonne). Et j’ai été super content qu’Alyssa Milano / Samantha (mais Tony l’appelait Sam) soit devenue Lois Lane, c’est un beau parcours.
Bon, en fait, Lois Lane est jouée par Teri Hatcher, au temps pour moi, il faut que je consulte. Je ne sais donc pas ce qu’il est advenu récemment d’Alyssa Milano, et ça me travaille…

Film vu – Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar

J’ai vu « Gainsbourg (vie héroïque) » trois fois, d’abord au cinéma puis en DVD, enfin en DVD avec le commentaire du réalisateur. Je trouve que ce film échappe à toutes les erreurs un peu classiques du film biographique. En effet, comme c’est dur  la fois de (a) résumer toute une vie en 2h et (b) raconter à nouveau une histoire que le public connaît en grande partie, les biographies filmées sont souvent :

  • Soit la reconstitution millimétrée d’une époque, avec costumes, intonations d’époque et sirop de nostalgie, et la reconstitution millimétrée d’une vie (avec approbation soulagée de la famille et du biographe officiel)
  • Soit une tranche de la vie (je veux filmer Gainsbourg pendant la guerre, ou bien la fin de la vie de Gainsbourg, ou bien je vais faire un film qui s’appellera Serge et Brigitte) ;
  • Soit un parti pris d’auteur à se focaliser sur un trait de caractère qui se veut original (je vais montrer que De Gaulle était un grand communicateur) qui risque de tourner assez vite au bovinage (De Gaulle et ses conquêtes, De Gaulle à la plage, De Gaulle part en vacances…)
  • Soit un film « à la manière de », académique pour Mozart, déjanté pour Warhol, pop pour les Beatles. Par exemple, un film tout en outrance et en provocation, comme si c’était Gainsbourg-fin-de-vie qui l’avait réalisé.

Et puis il y a le film de Sfar, qui s’affiche comme « un conte », ce qui est très bien. Cela veut dire qu’on emprunte à la réalité, et que, plus que de réaliser une biographie précise, on se concentre – enfin – sur la vraie question : le portrait d’une personne. Parce que parfois, s’éloigner des faits permet de mieux se rapprocher d’une personnalité. A l’inverse, coller aux faits conduit souvent à faire s’effacer la psyché du personnage, qui ne devient plus qu’un élément d’une chronologie).

J’ai entendu ou lu des critiques sur le côté « film à sketches ». Je parlerais plutôt de tranches de vie (au pluriel) : la construction, plus ou moins précise, de ce que deviendra un homme, une image publique. C’est presque un parcours initiatique.

Et enfin, j’adore l’idée de La Gueule. Sur ce point, comme sur beaucoup d’idées évoquées ici, l’écoute du commentaire audio du réalisateur apporte quantité d’idées nouvelles. Je ne vais pas en dévoiler la teneur, il faut acheter le DVD, mais je vois très bien comment l’irruption de cette Gueule dans le film aurait pu faire un flop : une marionnette grinçante, un artifice de BD, un passe-partout pour justifier tous les excès, tout aurait pu justifier un plantage. En réalité, ce compagnon, muse ou démon ou fantasme, donne la part d’ombre, mais aussi de radicalité, chez Gainsbourg. Pour ceux qui ont vu le film, regardez donc attentivement quelles sont les périodes où la Gueule n’apparaît pas :  je pense que c’est un signe. (Maintenant, que veut dire ce signe, j’ai mon interprétation, trouvez la vôtre…)

Finissons par la musique. Voilà un thème sur lequel on peut se planter, quand on réalise un film biographique, entre le respect de l’œuvre et la volonté de laisser sa trace. La mode est actuellement aux reprises, les acteurs ne chantent pas en play-back sur les versions originales, ils ré-interprètent les chansons / morceaux. Sur ce point, je n’ai pas d’opinion, sinon celle, bien arrêtée, que je ne vais pas acheter « la BO du film », étant donné que j’ai l’intégrale du vrai Gainsbourg. Ce n’est pas que je remette en cause la qualité vocale d’Eric Elmosnino ou Laetitia Casta, c’est juste que ce n’est pas le sujet du film.
En revanche, je suis admiratif des illustrations musicales. Il y a en permanence des variations sur des thèmes de Gainsbourg, mais suffisamment trafiquées, détournées, pour que l’on continue à regarder les images tout en se disant, en arrière-plan « tiens, c’est quoi cette musique, ça me rappelle un thème, mais lequel… » Je trouve que le résultat, ici, est très subtil, très bien équilibré, ni avant-plan trop brutal, ni fond sonore trop discret.

La prochaine fois, mon compte-rendu de lecture de « Gainsbourg (hors champ) », le livre d’illustrations de Joann Sfar.

Pensée naturaliste

Je suis à la campagne pour quelques jours, pour m’éloigner de l’encombrant mode de vie urbano-professionnel.
Et là, assis au bureau face à la fenêtre, j’en viens à me poser des questions sur la vie des plantes et des bêtes.
Une hirondelle qui virevolte dans un ballet aérien grâcieux au ras du sol, c’est un enchantement des yeux. Mais la bêbête, elle ne fait pas cela pour réjouir le citadin, elle bosse à attraper des moucherons. Première question : est-ce qu’elle voit les moucherons ? Parce que je sais que les oiseaux ont des bons yeux, mais de là à repérer un mini-moucheron voletant dans les airs, alors qu’on est soi-même en train de faire des pirouettes, c’est un peu comme si on me demandait de cracher un noyau de cerise dans le nombril de Brigitte Bardot pendant que je suis sur des montagnes russes.
Donc on va supposer que l’hirondelle ne voit pas les moucherons. (Mais j’accepte toute intervention d’un(e) contradicteur/euse pour lever cette ambigüité).
Cela veut dire alors que l’hirondelle pirouette la bouche ouverte en permanence, en espérant que des moucherons seront assez aimables pour y rentrer. Un peu comme la baleine qui avance tel un bulldozer des mers, et qui ingère tout ce qui se trouve sur sa trajectoire. Sauf que la baleine ne joue pas une partie de saute-moucheron (merci à Guy Béart et aux Frères Jacques pour cette belle image). Je trouve que cela enlève de la poésie à l’hirondelle. On a toujours l’air ridicule quand on garde la bouche ouverte. Donc je préfèrerais que l’hirondelle voie les moucherons. Mais j’en doute.