Lundi 2 Juin 2025

L’armée des ombres #2

Nous sommes en 2025 et j’ai une vision relativement pessimiste de l’état du monde. Les réseaux
sociaux sont aux mains de milliardaires, de même que les principaux médias. Cette série de thibillets cherche à donner des réflexes et outils simples, avec un double objectif : (1) limiter la surveillance de nos comportements et échanges quotidiens ; (2) rendre plus difficile l’agrégation de nos données personnelles par des entreprises privées liées à des gouvernements ou des partis extrémistes.

Dans cette série, j’ai déjà publié un thibillet portant sur le choix du navigateur. Continuons en parlant du mail.

Autant pour ce qui est de votre mail pro, vous ne pouvez pas faire grand-chose – sinon prier que votre DSI soit affûté sur les questions de sécurité informatique – autant vous pouvez agir sur votre adresse mail personnelle. En une idée : utilisez une adresse e-mail personnelle qui ne dépende pas d’un service soi-disant gratuit (gmail, hotmail, yahoo, gmx…) Suivant l’adage « si c’est gratuit, c’est toi le produit », ces adresses mail supposément gratuites ont un coût extrêmement élevé en termes de captation de vos données personnelles, de vos habitudes et comportements. Même si les entreprises qui proposent ce service prétendent le contraire, tous vos mails sont lus et indexés pour contribuer à mieux vous profiler en termes de consommation, de sociologie, de sexualité, de politique, de patrimoine… Ces données qui parlent de vous en détail sont régulièrement revendues à d’autres entreprises, et peuvent être communiquées à (ou captées par) des services de renseignement ou des instances gouvernementales de votre pays ou d’une autre nation…

Mes e-mails (personnels + différentes activités professionnelles) me coûtent moins de 15 euros par an. Ils sont hébergés chez Infomaniak (publicité gratuite), en Suisse, un des pays les plus sourcilleux en ce qui concerne le respect des données personnelles. Je ne vais pas jusqu’à crypter mes mails avec PGP (et rien que cet acronyme ne nous rajeunit pas), mais ça ne ferait pas de mal : il faudrait juste – et c’est le plus compliqué – éduquer les destinataires à la notion de mails encryptés. Quand on voit que certain-e-s continuent à envoyer leurs mails avec toute la listes d’adresses mail des destinataires en clair, ou encore l’utilisation régulière du “répondre à tous”, je me dis qu’on a encore d’autres priorités éducationnelles avant le cryptage des mails 😁

Au sujet des adresses e-mail “gratuites”, il y a aussi une question d’image.

  • Je ne sais pas pour vous, mais quand une amie ou un contact me donne une adresse en @hotmail.fr, je me dis “marmite à spam et à fuites”.
  • Quand une entreprise ou un artisan me donne son adresse en @gmail.fr, je me demande “vous n’aviez pas 12 € pour un nom de domaine ?”

Je ne parle ici que d’image envoyée, mais quand on rajoute à cela les idées de sécurité des échanges et de protection des données personnelles, ça fait carrément peur.

Quand changer d’adresse mail ? Le meilleur moment, c’était il y a 10 ans. Le second meilleur moment, c’est aujourd’hui.
Pour celles et ceux qui rétorqueraient “Ah non mais c’est trop tard, tout le monde connaît mon mail, je ne peux plus en changer”, il y a quantité de contre-arguments dont je pourrais faire la liste, mais allons au plus simple : dans cette réponse, j’entends essentiellement de la paresse à changer. Je n’ai rien contre la paresse, bien au contraire : vous trouverez toujours en moi une oreille compatissante sur ce sujet, car je pense qu’on a tous cette belle qualité au fond de nous.
Ce n’est pas tant la paresse à changer que je réprouve, plutôt un simple calcul économique.

Regardez tout ce qui transite par votre adresse personnelle :

  • Les documents administratifs (coucou, l’avis d’imposition ou votre pièce d’identité que vous envoyez à divers organismes) ;
  • Les remboursements de soins et examens médicaux ;
  • Les login et mots de passe oubliés ;
  • Vos dates de vacances, avec le lieu – ce qui permet de savoir quand vous n’êtes pas chez vous ;
  • Tous vos achats en ligne, les boutiques qui vous envoient des pubs ;
  • Vos abonnements, avec le nom des journaux (donc leur orientation politique) ;
  • Vos dons à une association, un syndicat ou un parti politique ;
  • Des photos (privées) ;
  • Des rendez-vous (privés) ;
  • Des correspondances (privées)…

Tout cela vaut de l’or pour une entreprise dont la mission est justement de vendre vos données personnelles – et non de vous fournir un service de mail.

Insistons aussi sur le fait que pour la plupart de ces services “gratuits”, l’entreprise prestataire est située dans un autre pays (les États-Unis, au hasard). Cela signifie plusieurs points à considérer :

  • La législation sur les données personnelles dans la plupart des pays est moins restrictive qu’en Europe (merci le RGPD) ;
  • Cette législation peut changer au fil du temps sans que vous le sachiez. Il en va de même pour les conditions générales d’utilisation auxquelles vous avez consenti sans les lire. Sans parler des mises à jour de ces conditions d’utilisation, que vous n’avez pas le temps de lire pour comprendre ce qui a changé dans votre engagement (ex : gmail, facebook). En d’autres termes, vous devenez responsable légalement de tout ce que vous pourriez écrire ou envoyer, pour peu que cela ne corresponde plus à ce qui est “permis” par cette société ; Les forces de police ou les services de renseignement peuvent bénéficier d’une entrée de service dans ces sociétés, c’est-à-dire dans votre correspondance, avec la complicité de l’entreprise fournisseur du service, puisque vos données sont leurs données ;
  • Cela peut impacter vos demandes de visas en cas de voyage, si vous voulez aller dans certains pays (déplacement professionnel, tourisme)… ou encore fuir certaines zones.

Comment changer d’adresse mail de manière propre et fluide ? Voici quelques étapes :

  • Si vous ne l’avez pas encore fait, téléchargez un programme local de messagerie comme Thunderbird (ou son équivalent). L’idée est d’utiliser ce programme de messagerie pour rapatrier tous vos messages passés sur votre ordinateur : à l’abri dans votre disque dur, ces mails historiques seront consultables “hors ligne” pendant des années, et ainsi vous ne perdrez pas vos correspondances. Pour ma part, il ne se passe pas un mois sans que j’aille chercher un ancien mail avec sa pièce attachée ou bien le numéro de téléphone (voire le nom !) de telle personne lors de notre dernier échange il y a 3 ans.
  • Une fois vos échanges historiques sauvegardés en local, vous pouvez vous créer une adresse mail. Cherchez une entreprise sérieuse et stable – sachant qu’on ne peut pas tout prévoir cf. la déconvenue que certain-e-s ont eue avec protonmail (infos ici et ).
  • Tant qu’à changer d’adresse, cherchez une adresse dont vous puissiez vous dire “dans 10 ans, ce sera toujours mon adresse”. Cela veut dire que si vous avez opté pour le mail proposé par votre fournisseur d’accès (@orange.fr, @free.fr…), votre mail personnel restera “collé” à cette entreprise, même si vous avez changé plusieurs fois de fournisseur. Pour moi, l’idéal est de recourir à l’achat d’un nom de domaine du type prénomnom.com. En procédant ainsi, Jean Le Gnou pourra avoir plusieurs adresses mail : jean@jeanlegnou.com pour les amis, mr@jeanlegnou.com pour ses mails plus formels, et puis spam@jeanlegnou.com pour les inscriptions temporaires sur certains sites, ou encore jean.tennis@jeanlegnou.com pour son club de tennis dont il est tour-à-tour secrétaire, président, trésorier, ou simple membre, depuis des années.
  • Prévoyez une période de transition de quelques mois. Pendant cette période, continuez à utiliser votre ancienne adresse. Dans votre signature automatique en fin de mail, vous pouvez alors mettre la mention de vos nouvelle coordonnées, du type “Attention : CHANGEMENT DE MAIL – à partir du xx/xx, cette adresse mail sera remplacée par yyyy@zzzz.com . Merci de mettre à jour vos coordonnées.”
  • Dès que vous n’utilisez plus votre ancien mail, vous pouvez néanmoins utiliser une possibilité très utile chez gmail : le message d’absence (si vous êtes chez hotmail ou autre et qu’il n’y a pas de message d’absence, regardez du côté des filtres automatiques). Il suffit de détourner ce message d’absence / filtre pour en faire un message d’information ou de redirection. Historiquement, j’avais mis comme message “Ceci n’est plus mon adresse principale. Si vous ignorez ma nouvelle adresse mail, merci d’en faire la demande par retour de mail”. Cela a plusieurs avantages : rappeler que vous avez changé d’adresse sans avoir à répondre à chaque message individuel ; voir qui vous demande la nouvelle adresse (adieu le spam) ; garder le contrôle sur les personnes avec qui vous partagez (ou pas) votre nouvelle adresse.
  • Enfin, après un certain temps (comme disait Fernand Raynaud), vous pouvez mettre un message définitif sur votre ancienne adresse : “Bonjour, vous venez d’utiliser une adresse e-mail que je n’utilise plus et ne consulte plus depuis l’année 20XX.” Cela permet notamment d’envoyer un rappel immédiat à ceux de mes amis qui n’ont pas mis à jour mes anciennes coordonnées dans leur agenda. Parfois, il faudra plusieurs mails de leur part à la mauvaise adresse, donc plusieurs messages d’erreur, avant que la personne se dise “ah oui, c’est vrai, il faudrait peut-être que j’envisage de noter cette nouvelle adresse”. (j’ai toujours des amis qui commettent l’erreur, 6 ans après…)

Le slogan de Thunderbird est Reclaim your Inbox / (traduit en français par “Libérez votre boîte de réception” 😐).
J’aurais tendance à dire aujourd’hui Reclaim your Mail / Reprenez le contrôle de votre mail.

À bientôt pour d’autres réflexions et conseils sur la protection / privatisation de vos données personnelles.

Lundi 12 Mai 2025

Plaidoyer pour l’introversion II

Il y a plus de 15 ans, j’avais commis un thibillet intitulé “plaidoyer pour l’introversion”.
Le terme introversion – créé par Carl-Gustav Jung en 1921 – était pris dans son sens originel (”tourné vers l’intérieur”). Depuis, les mots introverti / extraverti ont été popularisés, d’abord dans les typologies jungiennes de la personnalité, dont le MBTI® est l’outil le plus connu, et ensuite dans le langage courant.

À l’époque où j’ai écrit ce premier thibillet, j’essayais de faire mieux comprendre l’introversion, d’après ce que j’en avais compris. Je tentais aussi de dissiper des malentendus, faux-amis, exagérations etc. (par exemple le stéréotype comme quoi “les introvertis sont mal à l’aise dans les relations sociales”).

Quelques lustres ont passé, et je vois que certains malentendus perdurent. Une des raisons en est que les termes extraverti / introverti sont désormais utilisés dans le langage courant, avec un sens parfois éloigné de la définition de Jung. Ainsi, une adepte du MBTI définira l’introversion d’une certaine manière, qui sera différente, par exemple, de la définition d’un praticien du Big Five. Et ces deux définitions seront encore autre chose par rapport à ce que votre voisin entend quand il dit “le petit copain de ma fille est vraiment très introverti”.

J’opte donc aujourd’hui pour une approche différente : celle des témoignages. Après tout, depuis que je suis praticien, j’ai eu le temps de voir passer près d’un millier de clientes, étudiants et autres professionnels ou collaboratrices, aussi j’ai la chance d’avoir de la matière. Voici donc ma sélection de quelques verbatim, avec les contributions les plus parlantes, ou les plus surprenantes pour une oreille non avertie. 

Échanges de points de vue

Chaque personne est identifiée par sa lettre : (i) pour introverti-e, ou (e) pour extraverti-e. Cela permet de mieux comprendre les perceptions respectives.

Laurie (e) : Je repère assez facilement les introvertis, parce qu’ils n’aiment pas être interrompus. Moi, ça ne me dérange pas qu’on m’interrompe.
Léonard (i) : Oui, enfin, ça demande un peu plus d’explications, notamment sur le terme “déranger”. M’interrompre, c’est littéralement interrompre mon processus de pensée. Sans exagérer, quand on m’interrompt, il faut que je reprenne mes esprits, voire que je retourne à la case départ de mon raisonnement.
Audrey (i) : J’ajouterais que ça dépend aussi du contexte. Je ne me reconnais pas forcément dans “elle n’aime pas être interrompue”, parce que ça sonne quand même comme un jugement de valeur. Un peu comme si les extravertis étaient bien plus nobles et tolérants, puisqu’ils daignent être interrompus, eux (*rires*) ! Pour moi, il y a plein de moments où ça ne me dérange pas du tout d’être interrompue, c’est même probablement la majorité des moments ! Par exemple en soirée, ou pendant un déjeuner avec des copains, on se vanne, et c’est à qui charriera l’autre, et là, tous les coups sont permis (on se connaît bien, aussi…) Si quelqu’un m’interrompt, ne t’inquiète pas, je ne vais pas retourner à la case départ, je vais enchaîner ! Mais à d’autres moments, je vais le prendre plus émotionnellement, et ça va me bloquer. Je vais me dire “en fait, ce que j’avais à dire ne les intéresse pas, puisqu’ils ne peuvent visiblement pas m’écouter – ne serait-ce que 2 minutes – sans me couper”.
Ghislain (e) : En fait, tu te vexes…
Audrey (i) : Ben non, ça n’est pas si simpliste que ça. Vous, les extravertis, vous nous faites souvent passer pour des hypersensibles, alors qu’il y a autre chose que de l’égo ou de la fierté mal placée.
Léonard (i) : et puis « être vexé », c’est du domaine du sentiment, ça veut dire qu’on le prend mal. Je ne dirais pas que ça me vexe. Je dirais plutôt que ça me dérange.
Laurie (e) : Mais alors, qu’est-ce qui fait qu’à certains moments, ça te dérange, et à d’autre, non ?
*(réflexion / pause d’introversion de Léonard et Audrey)
Léonard (i) : … C’est quand la discussion est importante pour moi. Dans ces cas, et uniquement dans ces cas, le fait de m’interrompre, ça me fait vraiment perdre le fil, et il faut que je rembobine. Parfois aussi, ça me désarçonne tellement que je ne me souviens plus du tout de ce que j’allais dire : le processus a été interrompu en plein milieu. C’est un peu comme si j’avais démarré un feu dans la cheminée, et quelqu’un verse tout à coup un grand seau d’eau froide dessus, puis me dit “désolé pour le seau, il fallait que je le verse, allez, continue à faire des flammes !” Dans ces cas-là, au mieux, il faut que je revienne en arrière, et au pire, je ne me souviens même plus de ce qu’il y avait en arrière !
Audrey (i) : C’est une image qui me parle ! Il arrive que j’exprime un point de vue sur un truc important, et si quelqu’un m’interrompt, c’est comme s’il venait de me secouer brutalement le bras : parfois, l’interruption orale a les mêmes effets qu’un phénomène physique, qui me fait littéralement sortir de mes rails. Et comme pour l’exemple du feu, il me faut alors du temps pour “revenir dedans”. Et puis aussi, quand Léonard disait “discussion importante”, j’essayais de trouver des exemples précis dans ma vie… et j’ai remarqué que cela m’arrive aussi dans les situations où je suis en train de faire des efforts. Peu importe la raison : ça peut être pour argumenter, ou pour faire preuve de précision, pour briller, pour aider… Il peut y avoir plein de raisons pour lesquelles à un moment donné je vais faire des efforts. Dans ces cas-là, je suis dans un processus de production de mes pensées, et toute interruption qui arrive, c’est comme si je bâtissais un château de cartes et quelqu’un passe à côté de moi et donne une petite tape à ma construction. Et là, mon château s’effondre, et la personne ajoute “non, mais continue, ne te dérange pas pour moi”.
Ghislain (e) : Donc, en fait, il faut vous laisser dérouler votre pensée sans rien dire…
Audrey (i) : Oui, et ce n’est pas trop dur, quand même ! Nous ne prenons pas non plus des heures pour exprimer nos idées. L’effort n’est donc pas très grand – même si pour vous, extravertis, cela va tellement contre votre nature que vous avez beaucoup de mal à ne pas réagir.
Laurie (e) : Vous pourriez aussi faire des efforts pour garder le fil… Après tout, c’est votre pensée.
Léonard (i) : Mais des efforts, nous en faisons depuis que nous sommes tout petits ! C’est un monde d’extravertis, qui interrompt les conversations tout le temps ! Alors nous avons appris à rembobiner (quand nous le pouvions).
Audrey (i) : Et aussi, nous avons appris à prendre sur nous, à sourire, pour éviter les remarques sur notre soi-disant vexation ou notre (présumée) horreur d’être interrompus.
(Silence)

Léonard (i) : Et à propos de vexation… (sourires) Je dois faire partie d’une catégorie spéciale d’introvertis, mais il faudrait vraiment brancher un chronomètre dans les discussions. Prenons l’exemple d’une réunion. Les extravertis tiennent le crachoir. Ils peuvent parler et s’interrompre et surenchérir pendant – disons – 20 minutes, et puis à un moment, on me demande mon avis. Alors je commence à l’exprimer, et dès les premières secondes, quelqu’un ne peut s’empêcher d’interrompre ou de ponctuer. Je t’assure, il faudrait chronométrer combien de secondes s’écoulent entre le moment où je commence à parler, et l’instant où quelqu’un va me couper, ne serait-ce que pour dire “ah ouais, c’est très vrai”, ou bien pour sortir une blague, ou encore pour demander “qui veut du café ?” Hey, les gars, ça fait 20 minutes que je vous écoute en silence, tandis que que la réunion est menée à votre rythme et selon vos règles – et je précise que ça ne me dérangeait pas plus que ça. Mais quand on me demande mon avis, vous pouvez peut-être vous réfréner de parler au moins pendant 1 minute, non ? Ce qui me choque le plus, c’est ce ratio où pendant 20 minutes, vous êtes en roue libre, contre 1 minute où c’est impossible pour vous d’être juste à l’écoute. C’est pour ça que je disais que nous faisons des efforts tout le temps. En fait, dans ce monde, le mode dominant, c’est le mode extraverti.
Laurie (e) : Désolée de t’interrompre… Mais dans une réunion, quand on interrompt, ça ne veut pas dire qu’on ne t’écoute pas…
Audrey (i) : Oui, bien sûr. Mais vu de notre point de vue d’introvertis, ça consiste à ramener la réunion à votre mode de fonctionnement, comme si c’était le seul possible. Si tu savais le nombre de fois où je n’ai parlé qu’une fraction du temps par rapport à mes collègues (et en plus, en étant coupée), et à la fin de la réunion (dont je sors fatiguée), de constater que les extravertis se sont imposés physiquement – une fois de plus ! Pourtant, mes idées n’étaient pas moins bonnes ! Je ne reprends pas l’image du chrono de Léonard, parce que je préfère l’idée de jetons. Disons qu’à chaque fois que tu parles, un jeton est consommé, et quand je parle, un jeton est consommé aussi, et ainsi de suite. Plutôt que de mesurer le temps cumulé en minutes, je regarde plutôt le nombre de fois où les gens parlent. Ainsi, en reprenant l’exemple de Léonard : dans une réunion, les extravertis auront déjà dépensé une trentaine de jetons à interagir, et quand moi je parle (1 jeton), ils vont encore intervenir pour me couper. Au final, on se retrouve avec un rapport entre, disons, 35 jetons de parole d’un côté, contre 1 ou 2 de l’autre…
Ghislain (e) : D’accord, mais moi, je ne peux pas réfléchir sans parler !
Audrey (i) : Et moi je ne peux pas expliquer si on me parle (rires)

………………………

(Merci à Laurie, Léonard, Audrey et Ghislain pour leurs contributions. Les prénoms et/ou le genre ont été changés).

Jeudi 1 Mai 2025

Mon ancien blog devient un nouveau blog

Je dirais bien que c’est pour fêter les presque 20 ans de ce blog que je change de plateforme, mais la réalité est tout autre.


Initialement, Blogthib était hébergé sous Dotclear. C’était un choix de geek idéaliste et libriste, qui plus est vantant le Made in France, et j’aurais dû m’y tenir – à l’instar de Tristan Nitot et d’autres blogueuses et blogueurs de la grande époque.
Hélas, quelques années après, j’ai opté pour la solution “simple” du moment, à savoir Wordpress, essentiellement en raison de la multiplicité des extensions / greffons disponibles. À l’époque, la migration n’a pas été sans peine. Puis, pendant des années, Wordpress a convenu à mes besoins, à tel point que j’ai ouvert plusieurs sites sous cette plate-forme (par exemple ici).

Or, depuis quelques mois, je cherchais à migrer une nouvelle fois, pour de nouvelles raisons.

  1. Premièrement, Wordpress est au coeur d’une controverse peu reluisante. L’événement initial, puis la guéguerre qui a suivi entre les différentes sociétés composant la galaxie Wordpress, m’ont permis de mettre au jour la deuxième raison :
  2. Désormais, je cherche activement à réduire ma dépendance à l’égard de sociétés privées qui peuvent décider, du jour au lendemain, de m’interdire l’accès à mes propres contenus. Les personnes intéressées pourront voir mon thibillet (premier d’une série) sur le sujet des données personnelles et de leur captation par des entreprises privées.
  3. Troisièmement, cette démarche d’auto-protection est aussi assortie d’une quête vers davantage de simplicité, pour ne pas dire de frugalité. Wordpress (ou Dotclear) utilisent des bases de données, et chaque billet de blog est reconstruit dynamiquement à chaque consultation, à coups de requêtes dans la base pour récupérer du texte, des images, des styles… Or, tel un dinosaure d’Internet, j’aspire à une solution moins opaque : pour moi, l’idéal, c’est “un thibillet = une page html”. Cela facilite la compréhension de l’architecture du blog, sa sauvegarde et en dernier ressort, sa portabilité. En d’autres termes, je peux boucler mes valises à tout moment, et emporter ma petite maison-blog bien rangée, sans la laisser dans les arcanes d’une base de données incompréhensible pour le non-programmeur que je suis.
  4. Quatrièmement, je me suis aussi inspiré des réflexions de Ploum, qui m’a bien inspiré dans ma quête. Sur les dernières années, j’écrivais mes thibillets en ligne, directement sous Wordpress, et je passais pas mal de temps à faire de la mise en forme. J’ajoutais aussi des photos “parce qu’un billet de blog sans photo, personne ne va le lire”. Aujourd’hui (merci Saint Ploum, patron de la simplicité), je reviens à l’essentiel, qui est d’écrire. Ce thibillet est écrit sur ce que j’appelle ma machine à écrire : un petit Netbook sous Linux qui est rarement, voire jamais connecté à Internet, et dont l’éditeur de texte (Leafpad) est l’équivalent (sous Linux) du Notepad de Windows. C’est de la frugalité pour aller à l’essentiel, que je détaillerai dans un thibillet à venir.

Et donc, quelle plateforme de blog héberge désormais mes pensées circonvolutives ? Sans aller jusqu’à l’épure proposée par Ploum, j’ai profité de quelques ressources en ligne, et de la compilation faite par Samuel sur Mastodon pour arrêter mon choix.

Pendant un an, c’est donc PluXml qui m’a convenu. Simple, épuré, c’est un moteur de blog sans base de données, mais néanmoins “responsive”, c’est-à-dire qu’il affiche les billets de blog aussi lisiblement sur les ordinateurs que sur les téléphones ou tablettes. Et Made in France, pour garder le bon mojo. Nous rentrons donc dans une phase de transition : A priori, les nouveaux thibillets (j’en ai 4 ou 5 sur le feu) seront publiés ici, tandis que l’ancien blog reste toujours accessible, et ouvert aux commentaires. À terme, si la phase beta-test s’est bien passée, je passerai peut-être l’ancien blog à un format statique, pour me libérer totalement de la base de données et de la galaxie Wordpress. À bientôt pour de nouvelles aventures.

[edit un an après : tous les thibillets prévus ont été publiés, le blog ancien est devenu statique, mais j’ai finalement quitté PluXml. Thibillet à venir]

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