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Le plus grand mensonge de la société de consommation, c’est “Ouverture facile”.
ou thibierge.flou – alter ego de thibierge.net
“Je n’utilise pas l’IA” est le nouveau “je ne prends plus l’avion” ou “je ne mange plus de viande”
Dans ma génération, on prenait l’avion, plusieurs fois par an (pour les vacances), voire plusieurs fois par mois (pour le travail). Au tournant des années Thunberg, certain·e·s ont sévèrement limité, voire arrêté ce moyen de transport. Des pays comme la Suède pratiquent même le flygskam, la honte de prendre l’avion.
Les raisons pour ce choix sont :
Après le tourisme de masse, on a l’intelligence artificielle de masse (IA générative) qui fonctionne selon les mêmes principes : aux dépens d’un coût environnemental dramatique, l’IA Gen auto-promeut son modèle d’informations approximatives, de moindre effort et de piètre qualité, le tout dans une fuite en avant (davantage de processeurs, davantage d’énergie consommée, davantage d’eau captée).
Par exemple, les images générées par IA commencent à créer de l’irritabilité : c’est comme les photos “business” sur les sites web développés à la va-vite, avec des jeunes cadres dynamiques en costumes / tailleurs et chemises / blouses blanches.
Sur dix sites web, les mêmes photos improbables. C’est tellement ringard que ça détruit le discours sur le professionnalisme ou la compétence de ladite entreprise.
C’est la même chose pour les affiches et images créées par IA, avec leur teinte dominante jaune et leurs personnages graphiquement identiques (toujours les mêmes styles de visages, comme dans un mauvais Animé) : d’entrée de jeu, si la personne a recouru à l’IA sans voir que le résultat fait “amateur”, voire “plastoc”, ça envoie un très mauvais signal sur le fond du message.
Peut-on rêver d’un monde où les personnes qui utilisent l’IA Gen deviennent les ringard·e·s de la vie ?
Depuis 2021, nous sommes propriétaires d’un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d’autres repères. Bienvenue dans ces pensées moulinières. |
Si tu vois chaque jour un dahlia, même si tu es nul en fleurs, au bout d’un moment, tu reconnais un dahlia quand tu le vois.
Idem pour un noyer, un érable champêtre ou un frêne, une buse variable, un chevreuil (qu’autrefois, je confondais avec des biches, honte à moi…), une mésange, un pic-vert…
Chaque jour ou chaque semaine apporte son apprentissage, et la révision se fait avec les 5 sens.
Il y a une semaine, j’ambitionnais de faire une salade de tomates (anciennes variétés).
Entre planche, couteau acier carbone et bol à composter, que me manque-t-il ? Un saladier. Ni une ni deux, j’attrape la pile de saladiers (en céramique ou en verre), et extirpe celui qui convient (en verre, nous verrons d’ici quelques phrases que cela a son importance).
Comment me débrouillé-je ?
L’arbitrage vidéo ne pourra pas nous le dire, mais le fait est que les 2-3 saladiers en céramique (tenus par la main droite) choquent par mégarde le saladier en verre (main gauche), lequel EXPLOSE en milliards, que dis-je, zilliards de fragments de verre. Pieds nus (car cramicule) au milieu d’un champ de mines en forme de diamants carnivores : les tomates attendront.
Je vous passe les détails du nettoyage : qu’il me suffise d’écrire qu’il a pris beaucoup de temps. La caractéristique – je ne saurais dire “l’avantage” – des éléments en verre trempé, c’est que quand ils cassent, ils se brisent en zilliards, que dis-je, en gogolplex d’échardes plus affûtées que des cruciverbistes privés de Laclos.
Avant tout, protéger les pieds, ramasser, ah tiens ça saigne, donc protéger les mains aussi, pelle, balayette, planchette japonaise et ippon à l’aspirateur.
En résumé : un demi-geste mal assuré d’une seconde, et 20-30mn de nettoyage. Et ce n’est pas terminé, puisque je retrouve encore des morceaux plusieurs jours après, logés dans un bol, sous un meuble, sur une étagère.
Il en va de même pour les gouvernements, que ce soit en France ou aux Zétazunis. Défaire, c’est très rapide, il y a des éclats de verre qui partent dans toutes les directions, et dans ce cas-là , les éléments individuels sont plutôt nettoyés au gros aspirateur, et jetés immédiatement à la poubelle.
Refaire, si un jour la tendance s’inverse, sera très long, fastidieux, et souvent impossible. De la même manière qu’on ne va pas recoller les morceaux d’un saladier qu’on a fait exploser (trop long, certains morceaux ont disparu, problèmes d’étanchéité et de solidité), les agences gouvernementales ou les services publics qui ont été supprimés sont, pour partie, impossibles à reconstruire. Ne serait-ce qu’en termes de confiance – cet actif immatériel non valorisable, donc toujours oublié – comment reconstruire un service public qu’on a méthodiquement détruit au fil des mois, des années, voire des décennies ? Les tours de passe-passe des gouvernements (”on va compter sur la générosité des contribuables avec un appel aux dons”) sont à l’image du Défaire : une politique court-termiste, qui permet une annonce médiatique, avant de passer à autre chose.
Un grand plan d’investissement national devrait être à l’image d’un saladier. Non, le saladier n’a pas pris “2 minutes à produire”. De la même manière que le peintre (lequel ?) répondait “Combien de temps j’ai mis à peindre ce tableau ? Voyons, 3 semaines… et 30 ans”, le saladier est issu d’un dessin qui a pris du temps, de modèles qui ont été testés, de moules, d’une machine achetée, bref, de toute une empreinte carbone qui n’est absolument pas capturée dans l’immédiateté de son temps de production.
Un service public, ou une agence gouvernementale, sont comme un arbre planté il y a 20 ou 30 ans.
Ce thibillet fait partie du défi Blaugust.
Depuis 2021, nous sommes propriétaires d’un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d’autres repères. Bienvenue dans ces pensées moulinières. |
Ranger du bois, c’est comme écrire ou programmer.
On démarre avec une idée en tête, et en fonction de l’agencement qu’on réalise, on change d’idée, on rajoute des parties ou on modifie la structure.
Ce qui était un exercice un peu banal devient une quête, et l’objet final est plus achevé, plus beau ou plus efficace que ce qu’on avait en tête au début.
Ce thibillet fait partie du défi Blaugust.
Ce matin, dans Le Monde, je lis un article sur le fait que certaines personnalités (politiques, par exemple) utiliseraient l’IA pour générer leurs posts de communication, et que ça se voit, car « l’IA utilise beaucoup le tiret cadratin », alors que c’est un signe tombé en désuétude, et uniquement utilisé pour les dialogues.
Je me sens floué, énervé et déçu.
Cela fait des années que j’utilise le tiret semi-cadratin dans mes écrits – y compris sur ce blog. C’est l’avantage d’avoir écrit des livres (il faut bien qu’il y ait quelques avantages) et de cotoyer des éditeurs (bis) : on apprend des formes élégantes, des signes oubliés, des conventions typographiques peu pratiquées de nos jours.
J’ai donc appris la différence entre le trait d’union (”tiret du 6”) qui sert pour le pêle-mêle des mots composés, le tiret semi-cadratin qui illustre – de façon élégante – une pause dans la phrase, tandis que le tiret cadratin sert pour les dialogues :
« C’est pas vrai ?!
— Ben si, mon vieux.
— Alors là , j’en suis toute ébarnouflée. »
Depuis longtemps, j’émaille donc mes e-mails, mes billets de blog ou mes articles – et évidemment mes livres – de ce tiret semi-cadratin tellement élégant, et qui, jusqu’à récemment, me faisait passer pour un lettré scrupuleux. Las, désormais, je vais être accusé (à tort) d’utiliser l’IA pour générer mes écrits. Aujourd’hui, c’est le tiret cadratin qui est l’indice, et demain, ce sera le semi-cadratin.
Or, le phénomène est plus général qu’un simple malentendu typographique. Cet auteur kenyan l’explique très bien : Je suis kenyan. Je n’écris pas comme ChatGPT, c’est ChatGPT qui écrit comme moi. L’article est long, dans une belle langue anglaise, et je me permets d’en citer quelques paragraphes :
Mon écriture partage effectivement certains traits communs avec les productions d’un LLM. Nous avons tous deux tendance à privilégier des phrases structurées et équilibrées. Nous avons tous deux un penchant pour les phrases de transition, afin de garantir la cohérence logique. Nous utilisons tous deux, de temps à autre (et cela semble désormais compromettant), le trait d’union, le point-virgule ou le tiret cadratin pour relier des idées connexes avec un peu plus d’élégance qu’un simple point.
[…]
Je n’écris pas comme ChatGPT. C’est ChatGPT, avec son style étrange, impersonnel et issu de sources du monde entier, qui écrit comme moi. Ou, pour être plus précis, il écrit comme les millions d’entre nous qui sommes passés au crible d’un système éducatif et social très particulier, délibérément conçu pour éliminer toute ambiguïté et modeler nos pensées selon un schéma très précis, très formalisé et finalement, impressionnant.
L’auteur détaille le travail de prose auquel tout élève était forcé, pendant des années en salle de classe, pour apprendre à écrire de manière claire et élégante en anglais. C’est une vraie moulinette éducationnelle qui fait partie intégrante du système scolaire kenyan – ainsi que de quantité d’autres systèmes éducatifs dans le monde : apprendre à exprimer ses idées par écrit.
Il y a aujourd’hui une communauté (une religion ?) croissante de détectives de l’IA autoproclamés : ils/elles ont défini ce qu’ils considèrent comme des indices révélateurs, avec une liste permettant de repérer les textes générés par des robots. Un texte utilise-t-il des mots tels que « de plus », « par ailleurs », « par conséquent », « pourtant » ou « ainsi » ? Ses arguments s’articulent-ils autour de structures parfaitement parallèles, comme le classique « Ce n’est pas seulement X, mais aussi Y » ? Ses points clés sont-ils organisés en triplets logiques et bien ordonnés pour un impact rhétorique maximal ?
À ces détectives de la non-authenticité numérique, je dis : « Mes amis, projetez-vous un jour au Kenya, que ce soit dans une salle de classe, une salle de réunion ou une discussion Teams : [dans nos dialogues,] ce que vous identifierez comme des traces de machine sont, en réalité, les vestiges fossiles de notre scolarité.
À partir de ces deux articles, voici quelques réflexions issues de ma fulmination du matin :
Illustrons ce troisième point par un dialogue, ça nous permettra d’utiliser à nouveau les tirets cadratins (miam).
« L’IA c’est génial, ça va révolutionner nos vies, et si tu ne montes pas dans ce train, tu seras largué après !
— Ah. D’accord, si tu le dis. Et alors, ce tweet de Sébastien Lecornu ?
— C’est nul, il l’a fait pondre par ChatGPT, et il n’a même pas pris la peine d’enlever les tirets cadratins ! Et tout ça que c’est avec nos impôts qu’on paye !
— Donc, c’est nul d’utiliser l’IA ?
— Euh… »
J’insiste sur la mécanique du raisonnement :
- parce qu’il y a des tirets cadratins, alors c’est de l’IA ;
- et comme c’est de l’IA, alors c’est choquant.
Qu’on m’explique l’indignation. Qu’est-ce qui est reproché exactement ici ?
Il m’a fallu 2 heures pour rédiger ce thibillet (rédaction pure, je ne compte pas la publication sur le blog). J’ai juste utilisé DeepL pour faire une première traduction des paragraphes de l’article du Kenyan, puis j’ai remanié cette traduction à la main ; tout le reste de l’article a été écrit laborieusement – et j’ose le dire, fièrement – avec mes petits doigts, mon jus de cerveau, et quelques tirets cadratins et semi-cadratins.
Lors de mes insomnies (j’en ai encore, j’en aurai probablement toujours), je lis du Victor Hugo.
Les alexandrins du grand homme ont un effet berceur. Derrière la beauté, la profondeur. Derrière le profond, l’humain. Et là , depuis plus d’un an, je suis dans “L’année terrible”, avec des parallèles à la situation actuelle du monde.
Cela a commencé il y a plus d’un an, lors des élections américaines : au lendemain des résultats, je citais “Le message de Grant” (décembre 1870) :
L’Amérique baisant le talon de César,
Oh ! cela fait trembler toutes les grandes tombes !
Cela remue, au fond des pâles catacombes,
Les os des fiers vainqueurs et des puissants vaincus !
Kosciusko frémissant réveille Spartacus ;
Et Madison se dresse et Jefferson se lève ;
Jackson met ses deux mains devant ce hideux rêve ;
Déshonneur ! crie Adams ; et Lincoln étonné
Saigne, et c’est aujourd’hui qu’il est assassiné.
Indigne-toi, grand peuple. Ô nation suprême,
Tu sais de quel coeur tendre et filial je t’aime.
Amérique, je pleure. Oh ! douloureux affront !
Elle n’avait encore qu’une auréole au front.
Son drapeau sidéral éblouissait l’histoire.
Washington, au galop de son cheval de gloire,
Avait éclaboussé d’étincelles les plis
De l’étendard, témoin des devoirs accomplis,
Et, pour que de toute ombre il dissipe les voiles,
L’avait superbement ensemencé d’étoiles.
Cette bannière illustre est obscurcie, hélas !
Je pleure… — Ah ! sois maudit, malheureux qui mêlas
Sur le fier pavillon qu’un vent des cieux secoue
Aux gouttes de lumière une tache de boue.
Depuis, l’année terrible d’Hugo réveille en moi, bien réveillé hélas, dans la noirceur de la nuit, des pensées sombres. C’est une oeuvre politique, évidemment, et c’est pour ça qu’elle est encore d’actualité. Il y a des flambées de colère dans des flambeaux d’humanisme :
La Liberté jamais en vain ne nous parla.
Souvenez-vous aussi que nos mains que voilà ,
Ayant brisé des rois, peuvent briser des cuistres.
Bien. Faites-vous préfets, ambassadeurs, ministres,
Et dites-vous les uns aux autres grand merci.
Ô faquins, gorgez-vous. N’ayez d’autre souci,
Dans ces royaux logis dont vous faites vos antres,
Que d’aplatir vos cœurs et d’arrondir vos ventres ;
Emplissez-vous d’orgueil, de vanité, d’argent,
Bien. Allez. Nous aurons un mépris indulgent,
Nous nous détournerons et vous laisserons faire ;
L’homme ne peut hâter l’heure que Dieu diffère.
Soit. Mais n’attentez pas au droit du peuple entier.
Le droit au fond des cœurs, libre, indomptable, altier
Vit, guette tous vos pas, vous juge, vous défie,
Et vous attend. J’affirme et je vous certifie
Que vous seriez hardis d’y toucher seulement
Rien que pour essayer et pour voir un moment !
Rois, larrons ! vous avez des poches assez grandes
Pour y mettre tout l’or du pays, les offrandes
Des pauvres, le budget, tous nos millions, mais
Pour y mettre nos droits et notre honneur, jamais !
Jamais vous n’y mettrez la grande République.
D’un côté tout un peuple ; et de l’autre une clique !
Qu’est votre droit divin devant le droit humain ?
Nous votons aujourd’hui, nous voterons demain.
Le souverain, c’est nous ; nous voulons, tous ensemble,
Régner comme il nous plaît, choisir qui bon nous semble,
Nommer qui nous convient dans notre bulletin.
Gare à qui met la griffe aux boîtes du scrutin !
Gare à ceux d’entre vous qui fausseraient le vote !
Nous leur ferions danser une telle gavotte,
Avec des violons si bien faits tout exprès,
Qu’ils en seraient encor pâles dix ans après !
(Aux rêveurs de monarchie, février 1871)
C’est une succession de textes puissants, alternant entre l’amertume et l’optimisme.
Toute nuit mène à l’aube, et le soleil est sûr ;
Tout orage finit par ce pardon, l’azur.
(avril 1871)
Il y a quelques jours, ou plutôt quelques nuits, au milieu d’un poème au long cours, je redécouvrais ces vers, désormais bien connus, car notamment mis en chanson en 2013 par Le Larron :
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
(À ceux qu’on foule aux pieds, juin 1871)
Et pour conclure cette année, entre deux millésimes, je laisse le grand Victor allumer les lampes de l’espoir :
Demain dans Aujourd’hui semble un embryon noir,
Rampant en attendant qu’il plane, étrange à voir,
Informe, aveugle, affreux ; plus tard l’aube le change.
L’avenir est un monstre avant d’être un archange.
(Je ne veux condamner personne, juin 1871)
Chaque année, j’ai le plaisir de participer à des simulations de cours. Cela consiste, pour des doctorantes et jeunes chercheurs en gestion, à faire un mini-cours devant un auditoire de leurs pairs (et un prof blanchi sous le harnais) pour recueillir des conseils, feedbacks et compliments.
Typiquement, la jeune prof fait un cours “comme pour de vrai” face à l’auditoire qui joue le rôle d’un public étudiant, et au bout de 15mn, on arrête, quitte à interrompre, et on passe à la partie “feedbacks, suggestions, points forts” pendant 20-25mn.
Cela donne des échanges passionnants, car autant de personnes, autant de manières d’enseigner, et cela me permet de découvrir quantité de nouveaux concepts dans les domaines de la gestion. C’est aussi l’occasion de revenir aux fondamentaux de la pédagogie / andragogie.
Dans la tête de certains jeunes enseignants, “Pour enseigner, il suffit de savoir” – et cette pensée magique est encore plus marquée quand ils sont en doctorat. Bien maîtriser son sujet et les concepts, et hop, ça passe. En d’autres termes, si je connais mon sujet, je peux enseigner. Ce n’est pas faux, mais c’est une condition nécessaire, et non suffisante.
Alors, c’est quoi, la qualité de base pour enseigner, en une idée ?
Ma réponse à cette question, elle est bête comme chou, et ne méritait peut-être pas un billet de blog… Mais ça n’est peut-être pas si évident que ça, puisqu’il m’a fallu 33 ans et plus pour formaliser cette idée simple → Enseigner, c’est savoir expliquer.
J’ai rencontré parfois des formateurs et des professeures qui maîtrisaient à fond leur sujet et qui avaient réponse à tout… mais qui ne savaient pas expliquer clairement ou simplement. À l’inverse, je connais beaucoup de personnes qui ne sont pas des références académiques de pointe, mais qui savent expliquer clairement. Quand on a les deux dans la même personne, c’est évidemment l’idéal. Je garde ainsi un souvenir reconnaissant et admiratif de mes professeurs à Centrale (maintenant CentraleSupelec) qui étaient chargés d’expliquer différentes disciplines d’ingénieurs à nous autres, jeunes diplômés d’école de commerce. Face à ce public, ils faisaient tout “avec les mains”, c’est-à -dire sans une seule équation. C’était lumineux.
À tout prendre, si l’on n’a pas la chance d’avoir une prof qui a en même temps un savoir gigantesque et la capacité à l’expliquer, eh bien, je préfère la personne qui sait bien expliquer. En effet, une fois qu’on a compris, on peut aller chercher par soi-même les approfondissements s’ils n’étaient pas fournis : on peut creuser. Alors que si on a raté la première marche, rien ne sera jamais simple : on répètera comme des animaux savants, sans comprendre.
Bonus : si le prof sait expliquer de différentes manières. Par exemple :
Parce que l’étudiante A aura une manière d’apprendre différente de l’étudiant B.
Il aura fallu que je lise le livre de John Seymour (Le grand guide Marabout de l’autosuffisance, à acheter auprès d’une librairie indépendante) pour que je prenne conscience de l’aberration du recyclage du verre.
John Seymour en mentionne l’idée en 1975 (!) au détour d’un paragraphe : la solution serait que tous les fabricants utilisent le même standard de contenant. Quand on y réfléchit, c’est un épouvantable gâchis d’utiliser un contenant de verre une seule fois, avec un processus long et coûteux (collecte, recyclage), qui nécessite de :
Prenons l’exemple des pots de confiture. La plupart de ceux du commerce sont de pots circulaires, avec 8 pans et un couvercle qui se visse. Pourquoi donc dois-je trier et apporter au recyclage un pot et un couvercle qui sont parfaitement fonctionnels ? Par expérience, un peu de trempage, un coup de machine à laver, et je peux faire mes confitures maison dedans. Donc, si tous les fabricants utilisaient le même modèle de pots de confiture, il y a quantité de cas où il n’y aurait pas besoin de recycler le verre. Ce serait moins coûteux, meilleur pour l’environnement et plus simple.
Certes, tout le monde n’a pas forcément l’utilité des pots de confiture et des bouteilles de verre, mais dans ce cas, pourquoi la consigne n’est-elle pas généralisée ? Si l’Europe arrive à se mettre d’accord sur un chargeur de téléphone standard, quel que soit le téléphone (sauf Apple), on aimerait bien qu’il en soit de même pour les récipients en verre. Des volumes standard (25cl, 33cl, 50cl, 75cl, 1l), avec des formes généralisées à l’industrie (le petit pot pour bébé, le pot de mayonnaise, la bouteille de soda…), et un système de consigne.
Cela permettrait aussi d’en finir avec l’aberration (une autre) de la production du plastique. Oui, les industriels nous disent que le plastique leur coûte moins cher que le verre. Mais :
En résumé, la question du jour : pourquoi n’y a-t-il pas standardisation des récipients en verre ? Y a-t-il eu des tentatives pour légiférer sur ce sujet ?
Pour information, des entreprises comme Le Fourgon pratiquent déjà ce système, mais uniquement sur leur propre ligne de produits.
(Mise à jour → ) Biocoop le fait aussi de manière plus globale (voici un lien Biocoop https://www.biocoop.fr/la-consigne-pour-reemploi et un autre article https://www.biolineaires.com/100-des-magasins-biocoop-seront-points-de-collecte-en-2025/).
[deuxième mise à jour, le même jour, merci à Chloé pour l’info] en Occitanie il y a plusieurs acteurs qui vont dans ce sens Oc’Consigne ou Consign’Up. Et les acteurs sont regroupés au sein du réseau national France Consigne
[ultime edit, en Anglais : tout est dit dans ce post sur Mastodon]
La majorité des mots disent ce qu’ils disent. Quand je dis “il fait beau”, tout le monde comprend le sens de ma phrase, et il n’y a pas de vérité cachée.
Mais il y a aussi une minorité de tournures qui, elles, sont plus subtiles à analyser. Les litotes, les questions rhéthoriques, les variations de termes et de rythme : ces figures de style (figures stylées, comme dit Mathilde Levesque) demandent un effort de compréhension pour décrypter l’intention derrière la phrase. Quand un collègue me dit “j’admire ton opiniâtreté”, je peux me demander à juste titre (1) s’il pense ce qu’il dit, c’est-à -dire qu’effectivement il est admiratif, ou bien (2) s’il n’est pas en train de se foutre de ma gueule, plus ou moins ouvertement, en me faisant comprendre à demi-mot qu’il y a peut-être des choses plus importantes dans la vie que le remboursement de cette note de frais de 2,30 €. Et il peut y avoir un (3), un (4), sur les multiples échelles du passif-agressif, de l’humour, de la mise en abyme et autres univers parallèles.
Et il y a enfin, à part, les phrases qui disent l’inverse de ce qu’elles disent. Ce n’est pas une atténuation, c’est vraiment l’inverse de ce qui est dit. J’en ai trouvé trois pour l’instant :
Je suis partant pour toute suggestion permettant d’augmenter cette liste embryonnaire et ô combien importante.
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