Depuis 2021, nous sommes propriétaires d’un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d’autres repères. Bienvenue dans ces pensées moulinières.
La semaine dernière, j’ai vu ma première demoiselle de la saison.
Cela m’inspire un mini-mode d’emploi : comment reconnaître une libellule d’une demoiselle ? (sans être spécialiste)
Si tu te dis : “Oh la jolie libellule ! Ou bien serait-ce une demoiselle ?”
→ c’est une demoiselle (zygoptère)
Si tu te demandes : “WOUAH, C’EST QUOI CE MONSTRE, ENTRE BOMBARDIER AGRESSIF ET ORNITHOPTÈRE DES ATRÉIDES ?!”
→ c’est une libellule (anisoptère)
(Thibillet librement inspiré d’un message vu sur Mastodon, pour distinguer corneilles et corbeaux)
Depuis 2021, nous sommes propriétaires d’un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d’autres repères. Bienvenue dans ces pensées moulinières.
Les Anglais (et n’oublions la terre des braves, l’Écosse) ont leBed & Breakfast.
Les Québecois l’appellent Café & Couette.
Par chez nous, en hiver, ça s’appelle Nid & Graines.
Depuis 2021, nous sommes propriétaires d’un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d’autres repères. Bienvenue dans ces pensées moulinières.
Quand vient l’automne, voici le moment de ramasser des noix.
J’ai la chance d’avoir 3 noyers, et ces arbres vénérables me transmettent à chaque fois quelques leçons d’humilité.
Il y a d’abord la question de la date de ramassage : en règle générale, les écureuils sont des bons baromètres. Comme la grenouille qui monte et descend à l’échelle de son bocal, l’écureuil est un bon indicateur de la noixitude du voisinage. Si, au petit déjeuner, j’en vois passer plusieurs qui s’affairent tels des lapins de mars (« je suis en retard, je suis très en retard ! »), cela veut dire que c’est le bon moment pour aller leur faire concurrence dans le ramassage des noix. La date de ramassage est évidemment complètement aléatoire : cela dépendra de l’été, de la pluie, des phases de la lune… et évidemment, des années. Il y a des années à noix et des années pas à noix. Il y a 3 ans, c’était une année à noix : j’ai ramassé 25 kg, et encore, c’était parce que mes vertèbres avaient crié grâce. L’année suivante, j’ai juste mis la main sur 1 ou 2 kg moisis (il faut dire que, bien occupé par ailleurs, je m’y étais pris très tard). Cette année, ça a l’air bien parti.
Autant oublier l’erreur du débutant, celui qui se dit « il doit y avoir un moyen pour aller plus vite ». Les magasins de jardinage regorgent d’ustensiles censés faciliter la vie : un petit panier roulant au bout d’un manche, des pinces qui évitent de se baisser, des râteaux larges qui sont censés ratisser les feuilles en laissant passer les noix… J’ai particulièrement apprécié la leçon qui m’a été donnée sur le petit panier roulant au bout d’un manche. C’est un ustensile fort ingénieux, un peu comme la roue d’un hamster au bout d’un bâton : on promène ça sur le sol, et les noix sont censées rentrer et ne pas ressortir. En pratique, ça marche bien pour les premières noix, et puis on arrive très vite à un ratio pour lequel il y a 1 noix qui rentre pour 2 ou 3 noix qui sont éjectées du panier 😁.
Il s’agit aussi de vider régulièrement le panier, et comme il est censé capturer les noix, il ne les lâche pas facilement.
J’en suis revenu très vite à la méthode des anciens, qui regardaient mon panier à roulettes en rigolant. Il n’y a pas de mystère, il faut se baisser, ramasser et se faire mal au dos. Car la noix se cache, mais elle vit en groupe. C’est comme pour les champignons : il faut trouver la première noix, puis regarder juste à côté dans l’herbe.
Même quand on est un gars de la ville, on apprend vite ce mouvement de pied semi-circulaire qui consiste à balayer l’herbe et sentir si ça roule sous le pied : si ça roule, c’est de la noix (ou plus rarement un caillou). Certaines noix sont bien enfoncées dans la terre, planquées sous l’herbe, ou encore maculées d’un mélange glaiseux de brou de noix et d’autres excrétions animales (miam).
Il faut aussi rebrousser chemin régulièrement : telle noix qui était cachée par une touffe d’herbe devient parfaitement apparente quand on retourne sur ses pas. Quand on ramasse des noix, le plus court chemin entre deux points n’est pas la droite ligne, bien au contraire. Peu à peu, on apprend. Par exemple, la logique voudrait qu’on ne cherche que sous le noyer. S’il n’y a pas de feuillage en l’air, pas besoin de regarder en bas. Eh bien, que nenni. La noix roule, la noix est emportée par de petits sciuridés, la noix peut vouloir voir du pays. Donc il faut chercher au-delà de la couronne du noyer, il y a parfois de belles surprises.
À la fin, ramasser des noix, c’est trier. D’abord sur le terrain, en excluant les coquilles vides, les coquilles entrouvertes desquelles germe un petit bout de futur noyer, les fruits qui ne sont pas encore ouverts, les bouts de bois ou les cailloux qui roulent sous le pied, les feuilles qui ont exactement la même couleur.
Puis, de retour à la maison, il faut re-trier : enlever les feuilles mortes, les brins d’herbe, et surtout les noix percées ou entrouvertes. Après séchage de plusieurs semaines, encore un tri : enlever les noix qui en ont profité pour s’entrouvrir, celles qui ont été colonisées par des petits voraces, et toutes celles qui sont trop légères pour être honnêtes.
Et des semaines, des mois après, il y en a encore à trier : trouées, moisies, enchifrenées. Quand tout cela est fait, après toutes ces heures de travail, on a enfin des noix prêtes à être consommées. Quand je pense que certains magasins vendent le kilo de noix à 5 €, je n’ose imaginer le salaire horaire que cela peut procurer aux ramasseurs…
Depuis 2021, nous sommes propriétaires d’un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d’autres repères. Bienvenue dans ces pensées moulinières.
Voici un phénomène curieux : à certaines périodes de l’année, des corbeaux s’attaquent à des vitres de la maison, en tapant si fort que nous avons peur qu’ils ne cassent une fenêtre. Ce genre d’animal est censé être (très) intelligent, donc avec notre voisin Simon, ornithologue à ses heures, nous avons pensé dans un premier temps que ces volatiles voulaient briser un carreau pour rentrer dans la maison et chercher de la nourriture – peut-être après s’être fait la main sur une maison abandonnée aux carreaux cassés.
Puis je me suis souvenu de Gérard. Il y a quelques années, lors d’un séjour en Touraine, nous avions rencontré Gérard, un paon con qui s’attaquait à son reflet dans les vitres, à tel point que son propriétaire avait dû recouvrir sa voiture d’une housse intégrale (pas pour rouler, hein, juste à l’arrêt). Gérard s’attaquait aux rétroviseurs ou au pare-chocs (et ça n’était pas une Tesla). J’avais beau lui distiller de la sagesse philosophique façon message Linkedin (”Si tu te bats contre toi-même, tu es sûr de perdre”), il continuait : soit je ne suis pas bilingue Français-Paon, soit la sagesse Linkedin ne marche pas sur la gent paonne.
Après le paon et les corbeaux, voilà-t-y pas que les mésanges s’y sont mises. Un matin, entendant un poc-poc-poc régulier, j’ai parcouru toutes les pièces, jusqu’à trouver une mésange qui se battait contre son reflet à une fenêtre du salon. Tout en attaquant la vitre, elle pépiait, furieuse, et je suppose que ça voulait dire “Je te défie, espèce d’emplumée ! Sors de là si t’es une mésange !” Narcisse, dit-on, tomba amoureux de son reflet. On a ici l’anti-narcisse : la haine de son reflet, une sorte de révulsion autogène , au slogan de “je rejette tout ce qui est moi”. Il y aurait fort à dire sur ce phénomène, et j’aurais pu écrire des pages sur l’acceptation de soi et de ses faiblesses, la venue des premières plumes grisonnantes ou l’insidieuse progression de l’arthrite au bout des rémiges.
Mais la vérité est plus prosaïque : ces volatiles (uniquement quelques espèces), quand ils sont en période de nidification, voient leur énergie mâle les pousser à écarter tout autre géniteur. Car oui, tels les vampires, les oiseaux ne se reconnaissent pas dans les miroirs. Davantage d’informations dans cet article.