Category Archives: Réflexions

Selon Google, je serais proxénète impuissant

MacJe fais une recherche Google sur mon Mac. La première annonce proposée est affichée ci-dessus. C’est désobligeant. Quand bien même ce serait vrai, je n’aime pas être catalogué ainsi. Je pense, peut-être à tort, que je vaux plus que la somme de mes parties. Mais laissons de côté cette insulte ad penis et analysons l’algorithme : qu’est-ce qui a pu pousser Marvin Z. Google à me proposer cette pub suite à ma demande (je cite) « MacBook ancien problème de mémoire MacOS10.6 » ?

Je veux bien que « problème de mémoire » ait déclenché une publicité médicale, mais je ne vois pas le lien entre cette zone (geste évocateur) et ma mémoire, qui se situe, a priori, plutôt là (geste de l’autre main). Ou alors, c’est le terme Mac ? Mais un mac, un souteneur, un proxénète quoi, qui aurait ces problèmes, serait-il encore qualifié pour le poste ? Je n’en sais rien, et j’ai l’intuition que Marvin Z. Google n’en sait pas plus, et qu’il a fait des interprétations douteuses.

J’hésite à poursuivre ma recherche. Si j’en change les termes (« problème de RAM »), ne vais-je pas tomber sur une publicité d’avirons d’occasion, voire, pour revenir aux obsessions de Marvin Z. Google, de bêliers reproducteurs ? Le doute m’habite…

Après bluetooth, blue fingers…

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Le moment où tu sautes dans une piscine en te disant « ouah, il y a bien 2 m de fond » alors qu’il n’y a qu’1m15, c’est évidemment juste après avoir passé 3 semaines à te remettre en forme (10 km tous les deux jours), en te disant « ça y est, la mauvaise série est passée, maintenant je cours sans interruption jusqu’au printemps prochain ! »

I should have known better…

Petite pensée

Avoir la preuve, par une discussion de ce jour, qu’un collègue peut-être intelligent sans pour autant être fin. Et c’est ce manque de finesse qui le perd.
L’intelligence ne suffit pas. Ou plutôt, et ça me semble évident : l’intelligence qu’on définit comme telle (logique, acuité), et qui est mesurée par le QI, n’est pas ce qu’on devrait appeler « la vraie intelligence », qui inclut forcément la finesse…

Un Gala que Dali aurait aimé

dali-galaL’autre jour, coincé dans l’antichambre d’un praticien, j’ai lu un Gala (le numéro de fin février). Une fois qu’on a passé la couverture, on tombe sur les pubs. Et puis d’autres pubs. Et encore d’autres pubs. je ne me plains pas, ce sont des mannequins filiformes au regard blasé, dans des tenues qui représentent de quelques semaines à quelques mois de salaire, c’est selon. Du beau linge qui fait rêver en attendant le dentiste.

J’ai donc compté : il y a 30 pages de publicités entre la couverture et le premier article. Puis une paginette d’article sur le petit ventre rond de Katie Middleton. Puis quelques pages de pub. Et enfin, non pas une, non pas deux, mais 5 pages de sommaire (sommaire Actu, sommaire Beauté, etc.), évidemment placées en vis-à-vis d’autres publicités. Donc, si je compte bien, pour arriver au début officiel du journal, c’est-à-dire l’Édito situé en page 47, et en excluant la paginette sur Pippa Windsor et les 5 pages de sommaire, on a donc 41 pages de publicité sans contrepartie éditoriale pour se reposer les yeux.

Conclusion numéro 1 : très bon business model. Les pubs (nombreuses) avant le contenu, voire dans le contenu (toutes les tenues des stars sont identifiées dans les articles, bonjour le branding). Je serais intéressé de connaître la répartition des revenus de Gala entre les ventes de numéros et abonnements (il doit bien y avoir des gens abonnés à Gala) et les ventes de pages de publicités.

Conclusion numéro 2 : un numéro de Gala est une oeuvre d’art ultimo-post-moderne, éphémère, avec une esthétique luxueuse mais jetable, un happening permanent d’infotainement. Un peu comme si on payait une place de cinéma pour voir deux heures de pubs (ce qui serait délirant, avouons-le). J’imagine ce que Salvador Dali ou Andy Warhol aurait pu faire comme collages avec cette esthétique de papier glacé.

Brève de bar sur la presse écrite

affaire-thomas-crown-1968– Ah, tu lis XXI ? Alors, comment c’est ?
– Bien, bien, les sujets sont fouillés, et puis surtout, les journalistes savent écrire, c’est pas comme…
– Libé ?
– Oui, Libé ou le Figaro, je ne dis pas que tous les journalistes ne savent pas écrire, mais c’est souvent le niveau zéro de l’écriture. C’est pour ça que j’aime Le Parisien : rien que du fait brut, pas d’analyse, pas de prose pseudo verbeuse…
– Mais dans Le Monde, au moins, les journalistes savent écrire, non ?
– Oui, dans le Monde, ils savent écrire, c’est juste nous qui ne savons pas lire…

Comment survit un cerveau organique dans un monde numérique ?

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Je vous recommande un excellent article dans Télérama de cette semaine ( » mon cerveau a-t-il muté ? « , Télérama n° 3291, p. 20-25), sur la génération numérique et les changements cérébraux que cela induit. Le journaliste Marc Belpois y développe beaucoup de thèmes et offre des pistes de lecture qui donnent envie d’en savoir plus, aussi j’y vais ci-dessous de mes commentaires et apports supplémentaires :

  • J’ai enfin trouvé un terme scientifique équivalent à Filoguer, vous savez, cette tendance à zapper devant un ordinateur : on voulait faire une recherche sur les supraconducteurs et de fil en aiguille, on se retrouve à regarder des vidéos de NiamNiam Style. Eh bien grâce à Télérama (et à Marc Belpois), j’apprends que le nom scientifique du filogage, c’est la  » désorientation cognitive « . Je suis impatient de l’utiliser dans une prochaine conversation.
  • L’éminent journaliste cite plusieurs passages d’un livre que je vais acheter, malgré son titre neuneu : Internet rend-t-il bête ?, par Nicholas Carr, Robert Laffont, 2011. Un passage, cité dans l’article : « en ligne, nous entrons dans un environnement qui favorise la lecture en diagonale, la pensée hâtive et distraite, et l’apprentissage superficiel ». Cela m’inspire une pensée toute bête : dès que l’on veut avoir une lecture concentrée, il faut imprimer les textes. En effet, sous couvert de bonnes pensées environnementales ( » n’imprimez ce texte que si c’est nécessaire « ), nous nous sommes habitués à lire sur un écran. Et un écran, c’est essentiellement un portail vers 10 000 distractions. Il y a là un paradoxe : pour économiser quelques feuilles de papier, chacun diminue sa productivité dans des termes probablement bien plus coûteux qu’une impression. On rejoint, par d’autres voies, ma méfiance vis-à-vis des factures au format électronique.
  • Comme le dit bien l’article,  » nous façonnons des outils, et ensuite ce sont eux qui nous façonnent « . Cela m’évoque l’analogie que j’utilise dans mon cours sur la gestion des e-mails : les premières voitures automobiles  » modernes  » ont été vendues à partir de 1885 en France, tandis que le premier code de la route dédié aux automobiles date de 1921. Ainsi, l’apparition de l’automobile a laissé les utilisateurs livrés à eux-mêmes pendant plus de 30 ans. Il en va de même, à mon avis, sur l’e-mail ou la recherche documentaire sur Google : nous en sommes encore dans la phase intermédiaire où nous avons l’outil, mais pas encore le code de conduite.
  • Certes, il y a quantité d’avantages à ce que de nouveaux outils nous façonnent : la plasticité neuronale s’accommode extrêmement bien des changements. Mais je constate – et j’en ai déjà fréquemment parlé – que les technologies numériques facilitent le zapping ou ce que j’appelle le syndrome RTFM. Cela veut dire que mon métier de prof me conduira peut-être – moi qui suis né avant Internet – à finir ma vie en donnant des cours de  » pensée linéaire  » à des générations qui ne sauront plus penser que par sauts. Ou, pour faire un bon mot : c’est paradoxal qu’un enfant du numérique pense essentiellement de manière analogique.
  • Enfin, l’article montre aussi un glissement intéressant (ou inquiétant, c’est selon) : normalement, la lecture sur papier ou la lecture sur écran sont censées activer les mêmes zones du cerveau. Sauf que la lecture sur écran est souvent faite en mode « collecte d’informations pour décision », et que ce mode concerne d’autres zones du cerveau. Et le glissement est inquiétant : à force de lire sur écrans, nous commencerions aussi à lire des textes papier en « mode zapping », c’est-à-dire avec des zones du cerveau qui ne sont pas dédiées à la lecture. D’où une lecture plus approximative. J’en tire une conclusion personnelle : travailler sa mémoire. Apprendre, réapprendre, en utilisant par exemple les systèmes de répétition espacée. Ou, pour conclure sur une analogie financière : intégrer verticalement la connaissance, dans un monde qui l’a plutôt externalisée.

Edward Hopper et Visconti, une petite synchronicité

OrleansÇa y est, j’ai vu l’expo Edward Hopper au Grand Palais aujourdhui, il était temps.

Malgré la foule dans les salles – je ne vais pas me plaindre, j’ai évité les 3h30 de queue aux caisses grâce à mon passe de Vieille Pie – on prend un vrai plaisir à cette profusion d’œuvres.

NottiBianchePetite synchronicité amusante : j’avais revu cette semaine Le Notti Bianche, de Visconti, avec le beau Mastroianni et la fragile et lumineuse Maria Schell, et dans ces décors de Cinecitta en noir et blanc, on en vient à se dire qu’avec une touche de couleur, ça aurait pu faire des tableaux de Hopper…

Variations sur Matrix

RedPillBluePillOn ne présente (probablement) plus Matrix, le film des frères Wachowski.

J’en ai parlé plus d’une fois, à propos des tournants de (ma) vie, ou de Maître Yoda, et en fait, les questions que soulève Matrix sont existentielles.

Mais il y a quelque chose qui me chiffonne sévère.

Voilà, dans la scène de la pilule bleue / pilule rouge, Neo est confronté à un choix assez scénaristique :

  • soit il prend la pilule bleue, et comme lui dit Morpheus, « l’histoire s’arrête là. Tu te réveilleras dans ton lit, et tu croiras ce que tu voudras croire ».
  • soit il prend la pilule rouge, et dans ce cas « tu restes au Pays des merveilles, et je te montre jusqu’où va le terrier du lapin ».

Nous savons tous (sauf ceux qui ont vécu dans le coma pendant 14 ans) que Neo choisit la pilule rouge, et qu’il se retrouve alors lecrâne rasé, avec des boulons plein la tête et le pull de Pierre Mortez dans Le Père Noël est une ordure. Même si j’applaudis au choix scénaristique (on aurait été déçus de le voir se réveiller dans son lit), quelques idées me chagrinent.

D’abord, le plus courageux des deux choix n’est pas celui qu’on pense. D’un côté, on dit « prends la pilule rouge, et laisse-toi guider dans un monde de vapes », dans l’autre, c’est « prends la pilule bleue et bâtis ta propre vérité ».
Quand c’est dit comme ça, la pilule rouge apparaît quand même comme une sacrée fuite devant ses responsabilités.

Ce qui m’amène au point central qui me démange. Qu’est-ce que Neo répond à la question « Pourquoi ne crois-tu pas au Destin ? » : il dit « Parce que je n’aime pas l’idée que je ne sois pas en contrôle de ma vie« .
Et ce gars-là, qui veut rester en contrôle de sa vie, choisit de ne pas se faire confiance, de ne pas prendre sa vie telle qu’elle est (pilule bleue : je me réveille et je te bouscule, tu ne te réveille pas, et je commence à bâtir ce à quoi je peux croire), il préfère confier aveuglément sa vie, sans contrôle, à un gars qui ne lui promet finalement « que la vérité ».

Ce paradoxe m’embête. J’aurais bien aimé un Neo qui dise :
« Morpheus, OK, belle tirade, et ton imper et tes lunettes de soleil en pleine nuit, nan, sérieux, mec, je t’adore, t’es Twilight avant Twilight, je kiffe à mort. Mais là tu vois, tu me demandes de prendre une pilule – dont je ne sais même pas si elle a reçu une Autorisation de Mise sur le Marché – pour partir dans ton trip des Chevaliers du Zodiaque ? Mais bon sang, ouvre les yeux, c’est ici que ça se passe. Ok, mon job sent le moisi et j’aime pas mettre une cravate, mais enfin, si je m’enfuis, comment est-ce que je règle mes problèmes ? Alors non, je ne marche pas. Tu te prends ta pilule rouge en suppo, et même la bleue si ça passe mieux, parce que moi je rentre, à pied, sous la pluie. Merci, Morpheus, de m’avoir fait voir que c’était à moi, tout seul de changer la réalité de ce que je vivais. Je t’en serre cinq. »

Et là il s’en va, Trinity prend un Kleenex, on revient vraiment aux fondamentaux.

En fait, il fait pas ça dans le film.

En fait, Neo est un béni oui-oui.

Ce qui m’énerve… (« présentez-vous »)

Les gens qui, dans un exercice de présentation où on dit « présentez-vous avec votre principale qualité et votre principal défaut », donnent comme défaut ce qui peut très facilement être apparenté à une qualité. Voilà mon top 3 :

Quel est votre principal défaut :
– je suis perfectionniste

Quel est votre principal défaut :
– je suis très franc

Et mon personal best (vraiment entendu) : Quel est votre principal défaut :
– je ne tolère pas l’injustice

Élections présidentielles 2012 – le spectre du 3ème homme

Nous sommes à 9 jours du premier tour de l’élection présidentielle.

Hormis les deux premiers candidats, la grande question des dernières semaines a été : qui sera le 3ème homme (femme), c’est-à-dire la personne dont le report des voix du premier tour pourrait influencer le résultat du second tour.

Voici mon analyse.
 
NB : Les chiffres sont tirés du dernier sondage BVA, avec leur marge d’erreur. Ces chiffres peuvent évoluer. Les nombres de propositions / pages sont tirés des sites des candidats. les candidat(e)s sont classée(e)s par intentions de votes décroissantes.

Candidat(e) à l’élection présidentielle Nombre de propositions / engagements Intention de vote au premier tour
François Hollande 60 engagements (23 pages) 30%
Nicolas Sarkozy 32 proposition (8 pages) 27%
Abe Stancion 0 proposition (0 pages) 20-24%
Marine Le Pen 9 pages de feuille de tableur (et liens thématiques sur le site) 15%
Jean-Luc Mélenchon 35 pages 13%
François Bayrou 17 pages 11%

Analyse : c’est évidemment le candidat en 3ème position (Abélard – dit « Abe » – Stancion) qui suscite mes commentaires.
Propositions : zéro.
Site web : inexistant.
Présence dans les médias : diffuse.
Présence dans notre entourage : relativement forte (nous connaissons tous des personnes dont la manière d’exprimer leur vote consistera à apporter leurs voix à Abe Stancion).
Les questions qui se posent sont : pour quoi / pour qui votent exactement ces 20-24% d’électeurs ? Quelles sont leurs demandes et leurs aspirations ? Enfin, sont-ils une catégorie hétérogène, dont la seule caractéristique commune est leur démarche vis-à-vis du vote, ou bien ne constituent-ils pas une catégorie homogène (ou plusieurs sous-ensembles de catégories homogènes) qui mériteraient d’être décortiquée(s) ?
Une seule certitude : 20-24%, c’est beaucoup. C’est autant que les scores cumulés des deux derniers candidats du tableau. À comparer aux budgets et à l’énergie dépensés par ces candidats, ce chiffre de 20-24% rend songeur… ou perplexe. Ou très inquiet.