Category Archives: Réflexions

April 20th: Isaac Newton made a +100% profit on this day, almost 300 years ago

Dear readers and finance enthusiasts,

Price is not value…

on this day (April 20th), but in 1720, Sir Isaac Newton decided he could no longer bear the frenzy of the markets around the South Sea Company shares (first IPO in England), and decided to sell them, thus making a whopping +100% profit in the operation!

Alas, and this is a reminder that past performance is not a guide for future performance, Sir Isaac Newton would then enter the game again, and lose much much more in the end… More info here, and on Wikipedia and thanks to Jason Zweig (WSJ) for bringing this to our attention today.

Passe-temps

tux_clockIl y a longtemps, Christian R. m’avait dit que le montage vidéo était une des activités (sinon l’activité) qui avait le pire rapport entre le temps (énorme) qu’on y passe et le temps (relativement minime) de la vidéo finale. Un rapport effort/résultat, en gros. Et ces derniers jours de vacances, j’ai testé autre chose : les trucs qui bouffent du temps sans qu’on s’en rende compte. C’est-à-dire, par exemple : je vais au cinéma, pendant la première heure, je suis totalement dans le film, la 2ème heure aussi probablement, donc je ne me rends pas compte du temps qui passe. En revanche, si le film dure 2h20 comme les derniers Marvel, il y a un moment où je me rends compte du temps qui passe.

Je viens de trouver l’activité où je ne me rends absolument pas compte du temps qui passe. Linux. Déjà l’informatique en général, améliorer des choses, télécharger des petits programmes pour gagner du temps, optimiser, ça me prend du temps et je ne m’en rends pas compte, je pourrais rester 1/2h sur l’optimisation d’un fichier de configuration du clavier sous LibreOffice. Mais Linux, alors là… C’est de très loin le grand gagnant de « je ne me rends plus compte de l’heure qu’il est ». En deux jours, j’ai testé Lubuntu 16-04, AntiX, Puppy Linux, Slitaz, Toutou Linux, Arch Linux. Et là je me mets à apprendre à écrire des scripts pour me bricoler un programme d’expansion de texte. La journée et la nuit vont passer vite…

De (Lockheed) Constellation à (Omega) Constellation

Zeno_Dichotomy_ParadoxCette semaine, j’aurai passé mon temps dans les aéroports. Je sais que, comparativement à certains de mes camarades travaillant en entreprise, mes statistiques seront dérisoires, mais 4 vols en 5 jours font que je connais désormais intimement le terminal 2F de Charles de Gaulle. Nous nous tutoyons presque.

Et je viens soumettre ici un problème scientifique à la sagacité de mes lecteurs / -euses vaguement intéressé(e)s par les énigmes calculatoires. Il se trouve que la compagnie sur laquelle je voyage prend soin de communiquer abondamment avec moi. Je ne peux pas mentionner le nom de cette compagnie, pour des raisons évidentes de confidentialité, il vous suffit juste de savoir que c’est une très grosse compagnie aérienne française, la plus grosse, je pensais même que c’était la seule, mais en fait non, j’en apprends tous les jours sur le niveau de mon ignorance.

Donc, ladite compagnie aérienne m’écrit plusieurs mails pour me dire que je peux m’enregistrer en ligne. Après quelques avanies, qui sont probablement de ma faute, car je ne suis pas très doué avec l’Air Inter Net la télématique, j’arrive à m’enregistrer. Voilà alors la séquence chronologique des messages d’amour que la compagnie aérienne m’envoie :
12h30 aujourd’hui – enregistrement en ligne. Heure de décollage prévue = l’heure initiale = 18h25.

13h – Texto = départ décalé à 20h10.

15h50 – Nouveau texto = départ décalé à 20h40.

15h55 – 3ème texto = départ à 20h20.

16h05 – 4ème texto =départ à 20h35.

Il va donc falloir raisonner par dichotomie. Est-ce qu’un(e) de mes lecteurs/euses pourrait appliquer un algorithme par itérations pour estimer mon départ ? J’ai l’intuition que le départ sera quelque part entre 20h20 et 20h35, mais je ne sais pas comment intégrer la pondération des horaires précédents dans la dichotomie. Et j’ai la vague intuition qu’un 5ème texto pourrait tout bouleverser : imaginez qu’il mentionne 23h, ou – joie – 18h26 ? Bref, je suis perplexe.

[edit] Finalement, après une sorte de communication stroboscopique (annonce de l’embarquement à 20h15, puis 20h, puis 20h05, puis 20h10, puis 20h…), le décollage a eu lieu un peu après 20h55. Donc l’algorithme devait tenir plus de la théorie du chaos que de la loi normale… [fin d’edit]

Ils vont tous mourir… et nous aussi

Skeleton David Bowie, Prince, Billy Paul… Mais aussi Umberto Eco, Michel Delpech… 2016 est, selon certains, une année terrible. Et pour que la liste soit exhaustive (et à jour), autant se connecter sur Wikipedia et son compteur funèbre. À chaque annonce de décès, les réseaux sociaux s’enflamment (plus ou moins) de « RIP » et d’images / vidéos / articles de commémoration.

Voici ma pensée du jour : ils vont tous mourir. Tous. Et nous aussi.

Voici donc quelques réflexions personnelles sur le sujet :

  • Attendre qu’une personne meure pour la re-découvrir, c’est vraiment dommage. Cette pensée, peu originale, vaut aussi bien dans la sphère personnelle que dans la vie publique. Donc qu’est-ce que je fais depuis des années ? Je me dis qu’Eric Clapton va mourir un jour, et Bruce Springsteen, et moi (dans cet ordre). Ce qui me fait écouter Eric Clapton tant que je peux, tant que je veux, dès maintenant. C’est ce que j’ai fait avec JJ Cale pendant des années (j’ai même eu la chance de le voir en concert au Grand Rex), et puis il est mort, et je continue à écouter du JJ Cale.
  • Les artistes ont le droit de vieillir, et de changer, et de mourir. Ils ont le droit, et même le devoir de se renouveler, de ne pas toujours faire la même chose, quoi qu’en souhaitent leur fans. Quand je regarde Paul Personne ou Renaud, je trouve leurs parcours superbes et touchants et humains. Et je n’attends pas d’eux une perfection de stars à chaque moment. J’espère que ceux qui ont entouré David Bowie et Prince ont su aimer l’être humain qui était caché par la lumière aveuglante de la star.
  • Enfin, je paraphrase Philippe Djian : dans son roman Echine, le narrateur se fait apostropher par sa petite amie :
    • « Mais pourquoi tu ne lis que des écrivains morts ? »
    • Et il lui répond superbement :
    • « Ah, parce que tu penses qu’un mec comme Richard Brautigan peut mourir ?! »

C’est ce que j’ai prévu de répondre le jour où l’on m’annoncera qu’Eric Clapton est mort. D’ici là, j’écoute sa musique, les interviews qu’il peut donner, je profite du moment. Et après sa mort, je continuerai probablement.

La vraie mort, c’est l’oubli des autres. On va tous mourir, mais je ne vous oublierai pas.

Novlangue ou désuétude ?

DictionaryJe suis en train de corriger des cas (encore), mais il fait beau, donc tout va bien (merci de demander).

Je n’ai pas d’opinion sur le déferlement d’informations sur Salah Abdeslam, sinon qu’il faut laisser la justice faire son travail (qui va être long…). En revanche, j’ai les oreilles écorchées par le terme « transfèrement ». Ne pouvait-on pas simplement dire « transfert » ? Et je pensais au  néologisme hideux « dangerosité » qui a remplacé « danger » (qui faisait pourtant bien son travail, merci pour lui).

Je commence donc à écrire mon coup de gueule scrogneugneu, et tout à coup, un doute me saisit : ai-je bien raison ? Un coup de Wiktionaire, et voilà la réponse : transfèrement est parfaitement valide, car c’est un terme juridique déjà employé au XIXème siècle. Paf dans ma gueule.

En revanche, dangerosité est bien une création très tardive et (à mon sens) superfétatoire, il n’y a qu’à voir la liste des quasi-synonymes (nocivité suffit, non ?)

C’était la minute de Monsieur Encyclopède, retour aux corrections de cas.

Mon semi marathon de Paris 2016

Voici donc le compte-rendu de mon semi-marathon de Paris 2016, notamment pour celles et ceux qui m’ont encouragé par un don à la Fondation ESCP Europe (cf. liste en bas).

Quelques mots sur la préparation :

  • Mon mois de janvier a été marqué par un lumbago + une grosse crève = au moins 15 jours d’arrêt de la course à pied. Si l’on compte la fin d’année festive, ça faisait plus d’un mois sans courir, et j’ai redémarré de zéro (ou quasiment) vers la mi-janvier, d’abord par des petites distances (car vigilance au retour de lumbago), puis par 1 à 2 sorties par semaine.
  • La semaine au ski a été sans course à pied et avec énormément d’excès de bouffe (charcuterie, fromage, pâtes…)

Je partais donc pour ce semi avec une attitude mitigée : je ne visais pas un temps, mais j’étais inscrit dans les dossards  » 1h50 « , ce qui était un objectif raisonnablement ambitieux pour un vieux de presque 48 ans avec un entraînement passable.

Le matin même

Réveil 6h30, thé vert et pain complet, tenue de sport enfilée, je suis à 7h30 dans la rue. Il fait 1°C.

J’arrive à Vincennes vers 8h30 et je rejoins Fabien de la Fondation ESCP Europe qui fait le pied de grue avec les T Shirts rose fuschia (cf. preuve #1) et surtout un Thermos de café. Je le bénis abondamment en buvant mon café chaud. Il doit faire 2°C maximum, et je grelotte malgré2016-03-06 Semi T Shirt mes 3 couches de vêtements (T shirt technique du marathon de new york + polaire + T shirt rose fuchsia de la Fondation). On papote un peu et je rejoins mon sas à 9h10.

S’ensuivent alors 30 minutes d’attente dans le froid et le vent, je trompe l’ennui en envoyant quelques textos à des copains, et mes doigts tremblent tellement que j’ai du mal à taper les bonnes lettres. Dieu qu’il fait froid.

Puis vient enfin le départ.

Les 5 premiers kilomètres : allégresse et rôdage progressif (5’28 au km, soit 11 km/h)

Le passage de la ligne de départ me déclenche une grande émotion, comme très souvent. Je suis une midinette qui s’émeut de ces moments de lancement, de cet effort collectif, je trouve ça beau, et tant pis si tu me prends pour une poupée Barbie.

Le panneau du km 1 arrive au bout d’un temps assez long, me semble-t-il, je suis encore en train de me chauffer, et comme j’ai choisi de ne pas prendre de montre, j’en suis à courir à la sensation, en espérant ne pas être parti trop vite (un peu d’essoufflement, pouf pouf).

Le panneau du km 2 arrive dans le soleil, je me dis  » encore 10 fois ça « . Les jambes tournent, le souffle est calé, et le peloton commence un peu à s’étendre (traduire = c’est encore dense, mais on commence à ne plus trop zig-zaguer pour éviter les autres coureurs).

Je me laisse porter par ma musique, par mes pensées, et le temps passe, foulée après foulée.

Au bout d’un moment, je me dis  » tiens, j’ai pas vu le panneau du Km 3, c’est cool, je suis en route pour le Km 4 « . À ce moment, passe le meneur d’allure  » 1h50 « . Je décide de le suivre, pour essayer de faire la course en 1h50. Ça m’occupe un peu, car sur ce genre de course, on peut très vite se laisser distancer, d’abord quelques mètres, puis 10, puis 30 mètres, et après, bonne chance pour rattraper le meneur. En fait, au fil de la distance, je me laisse progressivement distancer, sans me forcer à remonter. Je n’en suis qu’au début de la course, et je garde le souvenir cuisant de marathons où j’ai trop brûlé mon énergie au début, et je l’ai payé très cher sur la fin. Donc je laisse le drapeau du meneur d’allure danser à 30 mètres devant, et tant pis pour le temps.

En fait, j’arrive ainsi directement au panneau Km 5, ce qui me fait bien plaisir : allez, un quart de fait.

Les kilomètres 5 à 10 : vous allez voir ce que vous allez voir ! (5’13 au km, soit 11,5 km/h)

Je continue et j’accélère progressivement, pour ce qui va être mon tronçon le plus rapide. Il fait beau (mais froid, l’ai-je déjà mentionné?) et la musique me coule fluidement dans les oreilles. Ma playlist historique a évolué, même si j’en garde quelques morceaux. Là, depuis quelques mois, je tourne sur les derniers disques de David Crosby, Mark Knopfler, Suzanne Vega et Paul Personne. Au kilomètre 6, c’est Paul Personne, Un peu jaloux qui m’accompagne.

Et j’arrive au ravitaillement, un peu par surprise : tout à coup, je vois une contraction du peloton, tout le monde se presse sur la droite, et je mets quelques secondes à comprendre. On n’est qu’au 6ème kilomètre, je décide de zapper l’eau et de continuer. Du coup, je repasse devant le meneur d’allure  » 1h50 « , l’espoir est encore possible.

On arrive à Bastille, gigantesque place quand elle est sans voitures, avec la foule des supporters, et les coureurs qui passent dans les deux sens (aller, et retour). Soleil, pavés, foule, orchestres qui jouent.

Km 7. Rue de rivoli. Un panneau du semi-marathon :  » C’est pas le moment de penser au shopping « , qu’est-ce qu’ils sont drôles…

Le meneur d’allure  » 1h50  » me dépasse à nouveau, avec sa garde rapprochée de coureurs qui s’accrochent, je le vois s’éloigner progressivement devant moi.

Vers châtelet, on tourne à gauche, et hop, c’est le Km 9 et on tourne encore une fois : on a fait demi-tour, retour vers Vincennes, mais c’est le Km 9, donc nous ne sommes pas encore à la moitié du parcours. Il n’empêche, rien qu’à me dire que je retourne vers Vincennes, je me sens dans la deuxième moitié de la course.

Le Km 10 est un portail blanc gonflable en bord de seine, avant qu’on ne bifurque à nouveau.

Les kilomètres 10 à 15 : pensées diverses et petit coup de mou (5’48 au km, soit 10,4 km/h)

Bastille à nouveau, mais dans l’autre sens. La place est toujours aussi grande, soleil, rues de Paris avec les pompiers qui disent, comme toujours,  » allez les filles ! « .

Quand je cours, j’ai des pensées qui s’écoulent de manière fluide, des idées qui viennent spontanément.

Par exemple : le hashtag # des années 2010, c’est comme le 3615 des années 80. On peut dire  » hashtag j’existe  » comme on disait autrefois  » 3615 j’existe « .

Ou bien je me dis que pour la prochaine course, je me mettrai un slogan dans le dos  » Si vous m’encouragez, je vous composerai sur le champ un mini poème « .

Je regarde aussi les dos des coureurs. Du coup, je me rends compte qu’il y a vraiment une typologie à faire sur les coureurs :

  • Il y a ceux qui courent dans une tenue de sport neutre, sans inscription. Ils sont assez nombreux.
  • Il y a ceux qui ont mis le T shirt offert pour le semi marathon, un bleu vert turquoise. Quel est le message ?  » Je cours dans la tenue officielle  » ?  » Je n’avais pas d’autre T shirt propre  » ?
  • Il y a ceux qui courent pour une cause. Ils sont assez nombreux, ce qui est une bonne chose : je ne me rappelle pas autant d’humanitaire dans les courses parisiennes d’il y a 10 ans. Les causes sont variées, et ce que j’ai vu le plus, c’était les Chrétiens d’Orient et le don de plaquettes.
  • Il y a ceux qui courent en arborant le titre de leur club de sport (AS Fécamp, Triathlon gargouillais, FBNSC Caen…)
  • Il y a ceux qui arborent le nom de leur entreprise. Pas nombreux, bien moins nombreux qu’il y a 10 ans… C’est quoi la cause ? Un manque de budget de la part des entreprises ? Un manque d’envie de la part des coureurs ? ( » Je ne suis pas mon entreprise « ).
  • Enfin, il y a ceux qui ont bâti leur propre message, genre  » wonderwoman « ,  » Paulo « ,  » Rashmout family team « …)

Tout ça m’aide à passer le temps et les kilomètres qui s’égrènent dans mes cuisses.

Km 15. Je me souviens maintenant pourquoi j’ai arrêté de courir des marathons. Je sens la fatigue, j’ai envie de m’arrêter, mais bon, il reste  » juste  » 6 km. Que dirais-je s’il me restait  » juste  » 27 km à courir ?

Les kilomètres 15 à 20 : la route monte et je descends (5’55 au km, soit 10,1 km/h)

Je ne suis pas dupe : depuis Bastille, on a eu beaucoup de faux-plats. On croit que c’est plat, alors que ça monte insensiblement, traîtreusement. Puis on arrive sur du plat, on peut ré-accélérer et au bout de 100 ou 200m, cette sensation dans les cuisses : à nouveau un faux-plat…

Heureusement, dans mes écouteurs, Mark Knopfler et son  » Broken bones « . Quand j’avais entendu ce morceau pour la première fois, j’avais consulté les experts de ma galaxie (Hans Moretti et Pablo Coppertone) en leur disant  » Non mais là, ça flagre, c’est du JJ Cale tout craché ! Mark Knopfler a fait un hommage à feu JJ dans cette chanson !  » Les deux experts m’avaient répondu en substance  » Ouais, euh, peut-être, mais non, ça flagre pas tant que ça, heu…  » Et là, titillé par la curiosité, je fais une recherche, et Mark Knopfler lui-même avoue en effet un lien. Comme quoi, courir un semi-marathon, ça affine l’oreille, qui l’aurait cru ?

Km 16. Ravitaillement. Je marche en buvant mon eau. Un grand black bénévole m’interpelle  » Hé Christophe, il faut courir ! « . Quelle bonne idée, d’avoir les prénoms sur le dossard : je me fais encourager et ça marche bien, je repars donc après un remerciement.

Km 17. Je suis dépassé par une queue de cheval qui court comme si c’était une promenade de santé, elle est athlétique et élastique, et court avec énormément de décontraction. La vie est injuste. Quand je démarre un semi, pendant quelques kilomètres, je suis un beau V en action, le torse évasé, la foulée ample, le museau au vent, je respire la santé et le bon grain dont j’ai été nourri. Et puis les kilomètres passent, et le V s’inverse : j’ai l’impression que mes épaules s’effondrent sur mes hanches, et mes hanches coulent dans mes chevilles, et je ne suis plus qu’un Jabbah the Hutt dégoulinant sur l’asphalte. Et tandis que nous sommes nombreux à nous liquéfier (parce que j’ai regardé, je ne suis pas le seul, ça dégouline de partout), quelques uns, rares, continuent à conquérir le bitume. Rah, ça m’énerve !

Km 18. Je suis dépassé par le meneur d’allure, alors que je croyais qu’il était déjà loin devant. Je me dis  » chic, il a dû s’arrêter à tous les ravitaillements, j’ai encore une chance de taper un temps à 1h50 !  » J’essaie de le suivre pendant max 1 minute, puis je me rends compte que mon corps ne va pas suivre, alors je le laisse partir devant, en me disant qu’au maximum, il me mettra 2 mn dans la vue, donc je vais finir à 1h52, ce qui est très bien.

Km 19. Ils annoncent que c’est la dernière ligne droite. C’est là que les coureurs non aguerris commettent leur 1ère erreur : ils entendent  » dernière ligne droite « , et se mettent donc à accélérer, limite à sprinter. Mais les vieux crocodiles comme ton serviteur savent qu’il reste encore plus de 2km à courir, et qu’accélérer pendant 2km, c’est pas possible. Alors je maintiens l’allure en essayant de remonter mon anatomie vers une posture plus athlétique.Semi - 16km

Puis on voit une arche blanche au loin. Deuxième erreur des débutants : ils se disent que c’est l’arrivée, et sprintent (bis). Mais moi je sais que c’est l’arche des 20km, et qu’il reste encore 1km et 97 mètres derrière. Donc chi va sano ma non troppo e pericoloso.

Concentration, accélération, respiration, photographes, je vois l’arrivée, le public nous encourage en faisant un raffut du diable, et je passe la ligne d’arrivée, pour finalement un temps de 1h 58′ 04″. En fait, le meneur d’allure que j’ai vu en dernier était un autre meneur d’allure qui a dû partir avec la fin du peloton, et qui m’a rattrapé doucement pendant toute la course.

Il n’empêche, 1h 58, c’est un très bon temps compte-tenu de ma préparation. Et un bref coup d’oeil à mes archives me montre que j’avais fait 1h 56 il y a 7 ans, et 1h 54 il y a deux ans. Tout ça se maintient à peu près 🙂

Merci à mes supporters qui m’ont encouragé en faisant un don à la fondation ESCP Europe :

  • Pedro
  • Amaury
  • Nathalie
  • Lei (Lei, if you want a detailed account of my race in english, please ask me ! ),
  • Stéphanie (Stéphanie, si tu veux une traduction en Flamand, il y a Google Translate ! )
  • Trixie
  • Thérèse
  • Michèle
  • Anne-Marie
  • Françoise

Merci à tous pour vos encouragements !

Réforme de l’orthographe – One step beyond

Donc, la réforme de l’orthographe supprime des lettres des mots (et ceux qui en sont pas d’accord peuvent se le carrer dans l’ognon) et des accents circonflexes.

Mais il faut le dire haut et fort : la réforme est timide, tiède, elle ne va pas assez loin. Quand on réforme, il faut avoir le courage de ses opignons, pour faire un truc vraiment aux petits ognons.

Donc voici quelques propozicions pour aller plus loin. N’hésitez pas à rajouter vos simplificacions en comentair.

Avant réforme Après réforme Mais allons plus loin et proposons
bientôt bientot bien tot (ex : je viens bien tot)
blême bleme blem’ (ex : c’est lui, le blem’ !)
châtiment chatiment chat piment (vous allez voir, si ça ne châtie pas un chat, de lui charrier du piment, c’est un vrai châtiment)
chômage  chomage  chaud mage (ex : ouah, il est trop fort, ce chaud mage, je l’avais pas calculé !) (cf. réforme du calcul, à venir)
contrôle controle troll (parce que « con troll », c’est un pléonasme)
gâteau gateau gato (cf. chat piment espagnol)
geôle  geole jol (ex : quelle jolie jol enjolivée, Jo !)
hâte hate hat (ex : il était tellement en hat qu’il en oubliait d’enlever son chapeau)
impôt impot un pot (le truc qu’on boit jusqu’à la lie)
pêche peche pecho (ex : question à poser en retour de soirée : « tu as fait bonne pecho ? »)
poêle poele poil (ex : viens te réchauffer auprès de mon poil)
relâche relache lache (un lache ne devient jamais courageux, donc il reste lache, alors relache, c’est un pléonasme)
rêve reve rave (ex : qu’est-ce que j’ai plané dans c’te rave !)
salpêtre salpetre truc

Pensées de lumbago

Life can be a pain sometimes !En 48h de repos forcé, j’ai le temps de réfléchir aux conséquences du lumbago.

  • Le premier avantage, c’est qu’avec un lumbago, on marche exactement comme C3-PO. Exactement. C’est merveilleux.
  • Le deuxième avantage, c’est que cela conduit à une grande inventivité dans les gestes de la vie courante. Enfiler ses chaussettes, c’est trivial en temps normal, on n’y pense même pas. Mais la combinatoire lumbago + chaussettes devient comme un jeu à la Perec : il y a une contrainte, mais on sait (on sent, plutôt) que ce n’est pas impossible, qu’il doit y avoir une solution. Cela dit, il vaut mieux le faire en ayant du temps, et sans que personne ne soit présent…
  • Le troisième avantage, c’est ce côté fataliste auquel on est forcé de se plier : tout est suspendu, on ne sait pas si on va pouvoir honorer ses rendez-vous. Dans mon cas, les 6h de cours demain (+1h30 de transport) vont être une expérience intéressante de lâcher-prise… 🙂

Et bonne année, hein, et la santé avant tout, hein…

Pourquoi n’y a-t-il pas de daech chrétien ?

(Ce thibillet est le 3ème d’une série de 4 qui m’ont été inspirés par les événements tragiques de la semaine du 11 janvier – je ne l’ai pas posté à l’époque et hélas, il est plus que jamais d’actualité)

Derrière la question un peu simpliste du titre, il y a une interrogation personnelle : pourquoi les attentats des 15 dernières années se réclament-ils tous, ou quasiment tous, d’un Islam radical ? Pourquoi n’y a-t-il pas des terroristes se réclamant d’un christianisme intégriste, ou des juifs terroristes commettant et revendiquant leurs actes au nom (de leur vision) de la religion juive ? En cherchant, je suis sûr qu’on pourra trouver des exemples, mais la question demeure : pourquoi l’islam est la religion – et la raison invoquée – de la majorité des terroristes ?

On peut incriminer la religion, ou des facteurs extérieurs à la religion. Allons-y ensemble.

Est-ce que les écrits de l’islam sont plus violents – ou incitent à plus de violence – que la Bible ou le Talmud* ?

Il ne me semble pas. Chaque religion, dans son livre, a des passages qui incitent à la violence, et d’autres passages qui incitent à la paix. Pour la Bible, par exemple, on peut voir une distinction entre l’ancien testament, où Dieu apparaît souvent comme un dieu de colère, et le nouveau testament, où Jésus prône un message d’amour. Or, l’interprétation qui est faite des textes varie suivant les époques. Par exemple, à une certaine époque, l’église catholique, avec sa mission évangélisatrice et son Inquisition, a conduit à des massacres, voire des génocides, tout cela au nom d’une certaine interprétation des textes. La question devient alors : qu’est-ce qui fait qu’un texte immuable (si l’on met de côté le problème des traductions, ce qui est aussi une vraie question) peut être interprété différemment suivant les époques ?

Prenons un exemple qui m’est familier : le prêt d’argent avec intérêt. Dans la Bible, il est interdit de pratiquer un taux d’intérêt, et c’est mentionné au moins 3 fois (Ezechiel 18:8, Lévitique 22:25, Deutéronome 23:19 et suivant, et on en retrouve des mentions dans le nouveau testament). Mais l’interprétation qui en est faite depuis plusieurs siècles permet à tout chrétien de pratiquer le taux d’intérêt. De même, dans le Talmud, le prêt à intérêt est interdit à au moins 3 endroits (Chémot 22, Vayikra 25, Dévarim 23). Or, depuis des siècles, les juifs se prêtent à intérêt, même entre coreligionnaires. Sur ce thème, le Coran donne la même consigne (ne pas prêter à intérêt, 2ème sourate, verset 275), mais elle s’illustre par une pratique beaucoup plus stricte : l’interdiction de prêter à intérêt est réellement appliquée, à tel point qu’a été créée une finance islamique, c’est-à-dire une finance particulière qui tient compte de ces contraintes des textes sacrés. En résumé grossier, les 3 textes sacrés donnent la même injonction, mais les 3 religions n’appliquent pas cette injonction de la même manière aujourd’hui.

Venons-en à la violence.

Les écrits religieux, quels qu’ils soient, alternent les recommandations à la paix, et les exhortations à la violence. La première question est simple : le Coran est-il plus violent que les deux autres livres sacrés ? À ma connaissance, la réponse est non. L’ancien testament ou encore la bible hébraïque contiennent quantité d’exhortations à la violence, et si l’on raisonne en terme de  » quantité « , le Coran n’a pas  » plus  » d’écrits incitant à la violence que les autres livres. Mais il peut être intéressant d’adopter une approche chronologique. L’ancien testament, ou la bible hébraïque, sont le fruit de siècles de création et de transmission, tandis que le Coran en tant que livre* s’étend sur la fin de la vie du prophète, soit un peu plus de 20 ans. Il y a donc un temps de production long pour les bibles, et beaucoup plus raccourci pour le Coran. Néanmoins, dans les deux cas, les exégètes reconnaissent une évolution dans les textes. Les textes les plus anciens de la tradition chrétienne et juive sont plus violents, les textes les plus récents dans la chronologie sont plus modérés. Dans le Coran, c’est l’inverse : les sourates de Médine (celles de la fin de la vie du prophète) sont plus dures vis-à-vis des infidèles que les sourates de la Mecque (début de la révélation par Mahomet).

L’évolution de la violence dans les textes sacrés, quelques idées

Chez les chrétiens et les juifs, le fort étalement dans le temps des écrits permet de présupposer que les textes se sont peu à peu adaptés à des conditions de sociétés qui changeaient. L’ancien testament aurait été rédigé entre le VIIIème siècle et le IIème siècle avant JC, soit une période de 6 siècles ! Et encore, on parle ici de rédaction, on peut supposer qu’il y a eu une production et une transmission orale auparavant… sur combien de temps ? Aussi, aux premiers temps de la production des textes, on peut imaginer des contraintes qui se sont peu à peu allégées, et qui ont été remplacées par d’autres contraintes au fil du temps.

Par exemple, dans les premiers temps, il s’agit d’imposer un seul dieu, là où les traditions reconnaissaient et pratiquaient des dieux. Donc, pourquoi pas un dieu terrifiant, qui impose sa loi et punit les incroyants.

Il y a aussi, aux premiers temps, des questions de survie : survie du groupe en tant que groupe (lois, traditions, interdits, culture et mythes fondateurs), et survie face à d’autres groupes (esclavage, guerres, mais aussi culture dominante vs. culture minoritaire). Les textes anciens reflètent probablement ces priorités. Puis, quand la religion commence à être établie, les problèmes deviennent autres, ils se déplacent, et les textes plus récents traitent de cette évolution. Ça ne me semble donc pas aberrant de voir que la violence des premiers textes (quand il s’agit de survie, non seulement de la religion en tant que telle, mais aussi des pratiquants de cette religion) évolue, dans les textes produits des siècles après, en des considérations plus pragmatiques, et plus modérées : il ne s’agit plus d’imposer une religion, mais de vivre harmonieusement au sein d’une religion. Et par exemple dans la religion chrétienne, Jésus est un grand modérateur : il prône l’amour du prochain, il condamne la lapidation, bref, il  » réécrit  » les textes anciens avec une nouvelle interprétation, non seulement plus modérée, mais aussi, semble-t-il, plus adaptée aux conditions temporelles du moment (le nouveau testament dans sa production écrite date du Ier siècle après JC, soit 2-3 siècles après la fin de la production de l’ancien testament).

Qu’en est-il du Coran ? Étalé sur une période de production plus limitée, il est révélé et transmis par Mahomet sur une période d’une vingtaine d’années, au VIIème siècle, et sa transcription écrite / sa compilation datent de ce même siècle. Si l’on adopte ici aussi une approche chronologique, on distingue les sourates de la Mecque (avant l’Hégire, donc avant que Mahomet ne devienne un chef politique) et les sourates de Médine (après l’Hégire). Les sourates de la première catégorie sont (j’utilise mes propres mots) plus religieuses, inspirationnelles, synthétiques sur cette religion. Dans l’expression  » l’esprit et la lettre « , on serait plutôt du côté de  » l’esprit « . Les sourates de la seconde partie sont plutôt pragmatiques, précisées, codifiées. On serait plutôt du côté de  » la lettre « .

Cette distinction entre les deux périodes, reconnue par les exégètes, conduit à des questionnements de la part des fidèles : quand on constate des contradictions apparentes entre différents textes du Coran (y compris dans leur interprétation), si l’on doit choisir, doit-on se conformer plus à l’esprit ou à la lettre ? La question n’est visiblement pas tranchée clairement, ou en tout cas, pas aussi clairement que dans les autres religions, qui ont l’avantage (si je puis dire) du temps extrêmement long qui sépare les premiers textes des derniers. En résumé, ma perception :

– tous les textes sacrés parlent de violence

– dans les textes chrétiens et hébraïques, cette violence est plutôt cantonée aux temps anciens, et les écrits récents montrent un adoucissement, très probablement issu de l’évolution des sociétés.

– pour le Coran, le texte sacré est séparé en deux périodes historiques distinctes : quand le prophète n’était pas encore un leader politique (et où il parle moins de violence) et quand il est devenu un leader politique.

– Ainsi, suivant que l’on adhérera plutôt aux premières sourates, ou aux dernières, le Coran prendra des valeurs différentes. Et compte-tenu du fait que l’ensemble des sourates est ramassé sur un temps très court, il est compréhensible que des croyants optent pour une orientation, ou l’autre… ou prennent le Coran dans son ensemble.

En conclusion, ce qui me semble important à préciser – tout ça pour ça, me direz-vous – c’est de se rendre compte que derrière ces interprétations de la violence des textes sacrés, il y a, dans le cas du Coran, tout un rapport avec le rôle politique de la religion. C’est à partir du moment où Mahomet devient leader politique que les textes montrent une inflexion plus marquée vers la violence. Et qu’on ne fasse pas dans le simplisme. Je ne suis pas en train de dire que la politique amène la violence. Je veux juste dire que dans ces 3 religions, l’Islam m’apparaît comme la seule qui, dès sa construction, contienne une dimension politique de la religion.

Note :

* Pour chaque livre sacré, je prends des raccourcis de langage. On sait que chaque livre sacré est un corpus composé de texte écrit, de texte oral, de jurisprudences ou d’épitres. Pour les juifs, quand je parle de Talmud, je parle en fait de l’ensemble des livres sacrés juifs : d’une part la bible hébraïque qui contient notamment la Torah, d’autre part le Talmud, mais aussi la jurisprudence rabbinique – halakha. Pour les musulmans, quand je parle du Coran, je parle aussi de la Sunna, des hadiths et de la charia. Pour les chrétiens, quand je parle de la Bible, il s’agit de l’ancien et du nouveau testament – en toute rigueur, je devrais aller jusqu’aux bulles pontificales et papales. Cela dit, force est de constater que tous mes exemples viennent essentiellement des textes sacrés fondateurs : bible hébraïque, ancien testament, nouveau testament, coran.

La vendeuse de Corse Matin et le Rabbin

"Cromos" street sellerDurant cet été, j’allais acheter tous les matins mon Corse Matin, et la vendeuse était – comme chaque année – peu aimable. C’est un fait connu à l’endroit où je prends mes vacances que cette vendeuse est aimable comme une porte de prison. Ou plutôt : ce n’est pas qu’elle est ouvertement désagréable, c’est juste qu’on a l’impression que tout l’embête, surtout son métier, et que nous, les clients, ne sommes que des nuisances à évacuer au plus vite.
Face à cette attitude, j’avais adopté l’attitude classique du parisien : ton de voix neutre, sans enjouement, pas un mot qui ne soit strictement nécessaire, on est ici pour une transaction commerciale, bonjour, merci, au revoir.
Et un matin, je me suis rendu compte que ça ne marchait pas. Ça ne marchait pas pour elle, car mon attitude n’avait aucune chance de lui faire changer la sienne ; ça ne marchait pas non plus pour moi, car ce moment était… parisien, c’est-à-dire sans aucune relation humaine, et ça me gênait.
J’y suis donc allé en me mettant d’emblée en mode  » sympa, ouvert, détendu « . Notez qu’avec la pratique, ça peut devenir presque aussi simple que de basculer un interrupteur. J’ai plaisanté avec le client qui attendait avant moi et qui prenait du temps à ranger ses pièces (mais n’étions-nous pas tous en vacances, où le temps n’a plus la même signification ?) et puis mon tour est arrivé, j’ai acheté mon Corse Matin, et je suis reparti. Apparemment, rien n’avait changé dans son attitude à elle, mais tout avait changé en moi. J’étais plus joyeux, plus détendu, content d’avoir acheté mon journal à cet endroit. Parce que j’avais pris le contrôle d’une partie de la relation : j’avais influé sur ce que ça me faisait à moi. Et le lendemain, avec le même état d’esprit, j’ai ainsi réussi à la faire parler et même à lui arracher un sourire.
Ce week-end, j’étais à une Bat Mitsva (non, ce n’est pas la Bar Mitsva de Batman, c’est une Bar Mitsva pour une jeune fille) et comme ce n’est pas ma religion, j’écoutais plus attentivement que d’habitude. Le rabbin a dit un truc intéressant : quand on parle de  » bénédiction  » dans l’imagerie populaire, cela signifie souvent que ça change l’objet béni, par exemple l’hostie accueille le corps du Christ par transsubstantiation, ou l’eau se transforme en vin. Chez les juifs, la bénédiction vient du terme  » genou  » et se caractérise par le fait de ployer les genoux devant Dieu. Donc, poursuivait le rabbin, la bénédiction juive ne transforme pas l’objet en face, elle nous transforme nous, à l’intérieur. J’y ai vu un signe. La vie, on ne la choisit pas. Il nous arrive des choses un peu au hasard, certaines sont aimables comme un sermon hébraïque qui ouvre à la connaissance, d’autres sont moins agréables comme une vendeuse de Corse Matin. Mais étant donné que nous ne maîtrisons pas ce qui nous arrive, nous pouvons au moins nous focaliser sur ce que ça nous fait. Et ça, dans une grande mesure, nous pouvons le modifier, par un travail en nous-mêmes. Paradoxalement, il se peut que désormais, cette vendeuse se soit attirée ma clientèle exclusive, alors même que je pourrais aller acheter mon journal ailleurs, car elle me permet chaque matin de travailler sur le bon état d’esprit.

Beurreux

Curled ButterEntendu dans le métro : « Tu vois, ce gars, là, le Reubeuh… » (j’écris Reubeuh avec un H à la fin, pour éviter de réfléchir au pluriel : des Reubeux ? Des Reubeus ? Des Reubeuh !)

Donc, aujourd’hui, on appelle Reubeuh ce qu’on appelait autrefois des Beurs. Reubeuh, c’est Beur en Verlan.

Mais les Beurs, on les appelait comme ça, parce que c’était Beu-Ara, donc le Verlan de Arabe (comme keuf = keu-fli, keum = keu-mé, etc.)

Si je résume les transmutations de langage, avec le symbole « => » qui signifie « transmutation par le Verlan », on a donc :

Arabe => Beur => Reubeuh

Or, chaque transmutation par le Verlan conduit à un changement sémantique.

Arabe = maghrébin immmigré, dans la sémantique française des années 70

Beur = maghrébin de deuxième génération (né et élevé en France)

J’ai alors plusieurs questions qui me vrillent la veine cave :

1) Quel est aujourd’hui le sens de Reubeuh qui a justifié qu’on crée ce nouveau mot ? Y a-t-il une définition, quelque part ?

2) Quelle est la prochaine évolution ? Reubeuh va-t-il à son tour passer en Verlan ? Verra-t-on bientôt des Beurreux ? Ça ne va pas nous rajeunir

3) Et si Beurreux s’impose, quelle sera la prochaine étape : Reubeuh à nouveau ? C’est très inquiétant, comment reconnaîtra-t-on alors un Reubeuh 2ème transmutation d’un Reubeuh 4ème transmutation ?

Pensée républicaine #2 – de l’information

J’ai, comme beaucoup de concitoyens, suivi le déroulement de la semaine passée par tous les moyens mis à ma disposition (télés, réseaux sociaux). N’étant pas familier des chaînes d’information en continu, j’ai eu beaucoup de surprises qui m’amènent à quelques réflexions sur notre société de l’information.

Les chaînes d’information en continu et leurs travers

une relation au temps difficile

  • Quand il se passe beaucoup de choses, c’est tant mieux : le présentateur n’a qu’à zapper d’un reporter sur le terrain à un autre, il distribue les temps de parole comme des biscuits, et l’information utile est diffusée rapidement. En revanche, quand il ne se passe rien, ou plutôt, comme c’était le cas ici, quand le journaliste n’en sait pas plus que lorsqu’il a été interrogé 20mn auparavant… on meuble. Le présentateur continue à jongler entre ses reporters sur le terrain, à charge pour eux de paraphraser les faits connus de tous, en brodant, tout en attendant la prochaine nouvelle.

Or, la construction du modèle de ces télévisions, c’est qu’il faut diffuser de l’information en continu. Cela conduit donc mécaniquement à plusieurs choses :

  • toute information nouvelle est bonne à prendre, et plus on est en pénurie d’information, moins on va prendre le temps de recouper. C’est une recherche du scoop, mieux vaut être le premier à publier une information, fut-elle fausse, que le deuxième à diffuser une information avérée. Et dans les cas d’information fausse, je n’ai pas noté que les journalistes s’excusaient de leurs erreurs… (Pour une liste des reproches, deux articles de Telerama.fr et L’Obs/Rue89 font le point).
  • Les prises de risque vont aussi augmenter, car si les scoops n’arrivent pas, autant les provoquer. Je suis sidéré de voir que certains journalistes ont été en contact téléphonique avec les meurtriers, puis ont diffusé leurs informations. Dans le cas de l’Hyper cacher, c’est le terroriste lui-même qui a contacté BFM TV, car il n’était pas satisfait de l’information diffusée, il leur a demandé de corriger leur bandeau d’information. Je ne sais pas si BFM TV l’a fait, ce qui serait très grave. Il me semble que dans ces cas-là, quand on est une chaîne d’information (1) on en réfère aux forces de l’ordre, qui ont besoin de toute conversation enregistrée pour nourrir leur information et leurs réactions et (2) on ne corrige pas ses titres. Sinon, la demande de médiatisation du terroriste risque d’être nourrie par la chaîne, qui va ainsi légitimer – et encourager – le terroriste et ses potentiels successeurs. Et surtout, à mon sens, il devrait y avoir un (0) qui éviterait le (1) et (2) : quand on est journaliste, on ne communique pas avec un terroriste qui a des otages, c’est le rôle de la police, point. Un journaliste d’une rédaction n’est pas formé à parler avec un terroriste : il ne s’agit pas d’une simple conversation téléphonique, il s’agit de la formation d’un lien de communication entre deux personnes, où chaque mot est important, puisque des vies humaines sont suspendues à l’état d’esprit du terroriste. Sans être formé aux techniques de communication avec les terroristes, il est fort possible qu’un journaliste envoie  » les mauvais messages  » sans même se rendre compte de la terrible responsabilité qu’il a endossée. En ce qui concerne l’imprimerie de Dammartin, je ne sais pas si des journalistes ont essayé d’appeler les terroristes, mais France 2 et RMC ont commis l’erreur grave d’annoncer qu’un salarié était caché dans l’imprimerie. Donc, les terroristes peuvent prendre des notes pour la prochaine fois : lors d’une prise d’otages, regarder la télé, et surveillez Twitter : on pouvait voir les chaînes de télé filmer la mise en place des équipes du GIGN, avec leur position. On dit que pendant la guerre du pacifique, les généraux japonais suivaient la trace des navires américains en lisant la presse US…

les canaux d’information se diversifient, tout le monde devient journaliste, avec un flou du métier et de la notion d’information

  • Les chaînes d’information, les journaux, les journalistes ont tous leur fil Twitter, d’accord, c’est une adaptation à un nouveau média. Mais vous, moi, beaucoup de personnes ont aussi un compte Twitter. Autrefois, si un journal recevait une dépêche AFP, il savait que cela venait… de l’AFP. Aujourd’hui, quand un journaliste reçoit un tweet… il sait, ou ne sait pas, d’où ça vient, qui est à l’autre bout du  » fil « , et ne peut mesurer à chaque fois le professionnalisme journalistique de l’émetteur. Pour 10 journalistes sérieux qui vont recouper leurs sources – c’est-à-dire temporiser le temps qu’il faut – avant de diffuser, combien y en a-t-il qui vont succomber à la stratégie du preum’s à faire un scoop ?
  • D’autant plus que cette fièvre du scoop gagne tous les citoyens, puisqu’ils ont été habitués à être nourris ainsi. On peut comprendre qu’une personne, voyant les assassins de Charlie Hebdo en pleine rue, ait décidé de filmer depuis son balcon. Mais pourquoi a-t-elle publié cette vidéo sur Internet, sinon par désir de scoop, le désir de preum’s ? (J’espère que son premier geste a d’abord été d’aller donner la vidéo aux forces de l’ordre). Et franchement, que ce soit pour cette vidéo, ou pour le décompte des morts à Vincennes, alors que personne n’en savait encore rien : est-ce vraiment de l’information indispensable, qui nécessite une diffusion immédiate ? Sous le couvert de la mission d’informer le public, on oublie que ces chaînes ont un business model, qui est d’avoir le maximum d’audience pour vendre des coupures publicitaires.

En fait, l’information, c’est comme la dépendance au sucre. Même si la notion d’addiction au sucre est encore controversée, il y a un phénomène diététique attesté : dans l’alimentation, les sucres lents fournissent une énergie  » sur la durée  » tandis que les sucres rapides sont brûlés très rapidement… ce qui amène à en consommer tout le temps si on a opté pour une alimentation essentiellement en sucres rapides (sodas, bonbons, desserts…). Les informations, c’est un peu ça : soit ce sont des informations  » sucre lents « , c’est-à-dire :

  • livrées sur un rythme moins fréquent
  • avec une  » digestion  » (analyse, recoupements, mise en perspective, confrontation de points de vue, explication…)
  • et dans ce cas, cela va favoriser la production d’une réflexion plus profonde, et plus permanente dans les esprits.

Soit ce sont des informations  » sucres rapides « , et on aura alors :

  • une avalanche de nouvelles brèves pour remplacer les précédentes
  • pas de digestion, mais des faits bruts assortis d’une tentative d’interprétation rapide, ou encore des analyses simplistes menées par de faux experts (ah, les quartiers de Paris vus par Fox News  » comme en Irak ou en Afghanistan « ).
  • Et surtout, la succession des nouvelles rapides fera que rien ne durera… et qu’on aura un effet de manque permanent (hyper connectivité).

Quelle aura été la durée de vie du Hashtag #JeSuisCharlie ? Sucre rapide ou sucre lent ?

Néanmoins, dans ce déferlement d’informations en continu, plus ou moins vérifiées, je vois deux signes positifs. Premièrement, c’est la marque d’une démocratie, avec les deux revers de la médaille (overdose et scoops non vérifiés, mais aussi une diffusion extrêmement rapide, alimentée et relayée par les internautes). Deuxièmement, la conscience de plus en plus aiguë pour tous que l’information transmise peut être sujette à discussion, à distorsion, voire être totalement fausse. J’y vois le développement d’un esprit critique, et mon côté optimiste se dit que pour une dépêche fausse, on aura 1 000 réactions qui rétabliront progressivement la vérité, par des discussions et des échanges. Donnez-nous une information parfois critiquable, que nous puissions nous exercer à la critiquer.

Et c’est aussi cela, une démocratie qui fonctionne.

Pensée républicaine #1 : les caricatures de Mahomet

Il me semble qu’il y a une incompréhension importante dans les discussions actuelles, entre musulmans et non musulmans, au sujet des caricatures de Mahomet. Je me permets d’apporter ce que j’ai cru comprendre, car cela permettrait peut-être de faire évoluer les discussions et le respect mutuel.

Argument n°1 :  » dans la bible aussi, il était dit de ne pas représenter Dieu, mais nous avons évolué depuis « 

On sait quel était l’argument initial des textes sacrés : empêcher l’idolâtrie, qui avait lieu si l’on faisait des représentations, car alors les humains se prosternaient devant l’idole / la représentation. Or Dieu était ineffable, donc non représentable. Pour ce qui est de l’évolution, chaque religion a suivi son propre chemin, et certains courants majeurs de l’islam ont autorisé des représentations du prophète à partir du XIIIème siècle. Pour autant, le retour en arrière (non représentation du prophète aujourd’hui) ne doit pas forcément être analysé comme une régression. Critique-t-on les protestants, qui ont souhaité retourner aux sources du texte biblique, pour en retirer les sur-couches ajoutées par l’église catholique de l’époque ? On est ici dans une querelle sans fin : doit-on contextualiser une religion en fonction de son temps, ou rester fidèle au texte nu, au texte originel ? Et si une certaine contextualisation ( = adaptation à l’époque) est souhaitable, jusqu’où peut-on changer ou ignorer le texte sacré ? La réponse n’est pas simple…

Argument n°2 :  » chez nous, on tolère bien les caricatures du Pape « 

Cet argument est plus subtil, parce qu’il place les non musulmans (dans la phrase de mon exemple, les catholiques) comme étant supérieurs,  » plus tolérants « , et qu’il y a donc une critique sous-jacente comme quoi l’islam serait plus rigide. Je crois que c’est là que se trouve l’incompréhension la plus manifeste, car elle frustre les uns et les autres. D’un côté, les  » bons français  » qui demandent le respect des notions de laïcité et d’intégration sociale. De l’autre, la majorité des musulmans qui se sentent insultés par des caricatures qui touchent à leur sacré.

L’incompréhension, à mon avis, vient d’une différence culturelle, et de nombreux raccourcis. Prenons l’exemple du fait de se moucher. En France, vous pouvez faire ça en public, et si vous évitez les coups de trompette tonitruants, cela ne choquera personne. Au Japon, se moucher en public est considéré comme étant extrêmement impoli. Imaginez alors le bon Français qui expliquerait que  » chez nous, on le tolère, donc on est plus évolués  » : c’est juste une différence de sensibilités que l’on doit accepter, et respecter. Revenons aux caricatures. Celles-ci choquent les musulmans, elles les atteignent dans leur conception du sacré : cherchons alors de notre côté ce qui nous, nous atteindrait dans notre conception du sacré – puisque les caricatures ne nous gênent pas autant. Pour un(e) catholique, je suppose que la mise en scène d’une scène choquante dans une église serait considéré comme insultant et comme une provocation. Ou la profanation d’hosties (aidez-moi, les cathos). Dans les deux cas, on obtiendrait les mêmes discours  » nous ne voulons pas ça, nous nous sentons insultés, nous prenons cela comme un manque de respect de nos croyances « . Dans les deux cas, ces discours n’iraient jamais jusqu’à  » et nous vous punirons par les armes « , car les deux religions prônent le respect de la vie humaine. Les discours se limiteraient à  » s’il vous plaît, si vous nous respectez, ne le faites plus, vous nous attristez en faisant cela « .

Ainsi, comparer  » caricature contre caricature  » n’est probablement pas la bonne manière de raisonner. Il s’agit de se demander quelles sont les choses qui nous choqueraient vraiment, nous, si on nous les faisait. Ces choses qui seraient répétées, qui arriveraient non pas une fois, mais plusieurs fois, et, nous semblerait-il, qui arriveraient de manière de plus en plus délibérée. Et dans une société désacralisée, ce pourrait être des choses qui ne sont pas forcément liées à la religion, mais à des valeurs profondes.

Je ne veux pas être donneur de leçon. J’aimerais juste que chacun(e) essaie d’élargir sa compréhension du monde pour se mettre à la place de l’autre, ce voisin, ce frère humain.

Et je suis à l’écoute de vos commentaire… pour mieux comprendre.

Les 37 romans qui m’ont marqué

J’ai été nominé le 20 septembre (!) par mon ami Laurent pour lister « les 10 livres qui m’ont le plus marqué ». J’en ai listé 37, en me restreignant aux romans (donc, pas de BDs, ni de livres de développement personnel / coaching). La contrainte la plus difficile, dans ces cas, est de ne citer qu’un roman par auteur. Cette liste, comme les autres que j’ai pu bâtir sur ce blog, est documentaire, anecdotique, elle sert de point d’étape… ou de résumé. Certains livres ou auteurs ont été déjà eu les honneurs de ce blog.

Paul Auster, La musique du hasard

Richard Bach, Le messie récalcitrant

Bashô, À Kyoto rêvant de Kyoto

Tonino Benacquista, Saga

Jorge Luis Borges, Fictions

Richard Brautigan, Tokyo Montana express

Philippe Djian, Bleu comme l’enfer

Lawrence Durrell, Le quatuor d’Alexandrie

Jean Giono, Un roi sans divertissement

Frank Herbert, Dune

Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bâteau

Richard Jorif, Le navire Argo

Rudyard Kipling, Kim

Erri De Luca, Trois chevaux

Jack Kerouac, Les clochards célestes

Jack London, Le vagabond des étoiles

Norman McLean, A river runs through it

Haruki Murakami, 1Q84

Herman Melville, Moby Dick

Paul Morand, Hécate et ses chiens

Marcel Pagnol, La gloire de mon père

Robert Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes

Raymond Queneau, Les fleurs bleues

Jules Romains, Les hommes de bonne volonté

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac

Robert Silverberg, Le livre des cranes

Georges Simenon, La tête d’un homme

Dennis Lehane, Ténèbres prenez-moi la main

William Shakespeare, Hamlet

John Steinbeck, The winter of my discontent (En une saison froide et amère)

Paul Loup Sulitzer, Le roi vert

Sun Tzu, L’art de la guerre

Sénèque, De la brièveté de la vie

Alfred E. Van Vogt, Le monde des non-A

Boris Vian, J’irai cracher sur vos tombes

Vladimir Volkoff, L’interrogatoire

Stefan Zweig, Le joueur d’échecs

Impressions nord-américaines – Factory reset

Harvey Comme plusieurs générations qui ont baigné dans une culture nord-américaine (films, séries, musique), j’ai toujours ce choc délicieux quand je vais aux États-Unis ou au Canada anglophone : les sens qui sont remis à zéro.
Par exemple, à Paris, quand le distributeur de tickets de métro me propose un aller simple ou un aller-retour, ça ne me fait ni chaud ni froid. Mais aux US, la mention  » one way ticket  » me déclenche ça, évidemment 🙂
Le passage d’une ambulance me met en transe : ce son, c’est toutes les séries télévisées, c’est l’inspecteur Harry (oui, je sais, j’assume ma quadranitude solaire) ou The Wire. J’en viens à photographier des panneaux de rue, des feux rouges… Vous imaginez un gars, à Tourcoing, qui photographierait le feu rouge du carrefour Jean Zay ? Une touriste japonaise qui prendrait en photo les logos de sécurité – ou les poubelles – dans le métro de Lyon ?
Et le plus sympa, c’est que ça arrive à tout moment, par surprise. Rien de moins qu’une réinvention du quotidien, du regard, de l’oreille…
Harvey2 Avec l’impression, par moments, d’être carrément dans le film : la visite du campus d’Harvard, ça me met à mi-chemin entre Un homme d’exception (A beautiful mind) et The social network. On pourrait rêver pire…