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Des taxis et des comptes courants – Le coût du temps, et le prix de la liquidité

Je devais aller chez un membre de ma famille aujourd’hui. Je n’ai pas de voiture. Etant donné que le trajet en train+RER prenait plus de 50 minutes, je me suis dit « je suis un businessman hyper-richissime et cynique, mon temps est précieux, je vais m’acheter le temps d’un esclave (nommément, un taxi) pour m’alléger de mes problèmes de timing ».
J’appelle une société de taxis renommée et commande un taxi « pour maintenant ». Musique sur 3 notes, sons d’oiseaux, voix sussurante « veuillez patienter », cui cui, bloing bloing, « Votre taxi sera un Hummer kaki qui arrivera dans 15 minutes ».
Bon, en 15 minutes je rédige un billet sur ce blog, je m’occupe, et je sors de ma boite, tel le Pandore moyen, au bout de 15 minutes. Attente sur le trottoir. Reniflage du temps : il fait beau, les oiseaux cuicuitent, les taxis merdoient. Attente derechef. Au bout de 10 minutes (donc, 25 minutes au compteur de la société de taxis), mon portabeul sonne :
– Bonjour, ici la société de taxi, le taxi nous dit qu’il est à l’adresse, et vous, vous n’y êtes pas.
– Bonjour, voix synthétisée de la société de taxi, je suis un être réel, sur un trottoir réel, face à l’adresse réelle, et je vous informe que je suis au bon endroit, tandis que votre taxi est probablement en train de se manger une moule-frite à Oulan-Bator.
– Restez en ligne, je contacte le taxi.
Musique, harpe kurde et cri du macareux sur les rizières.
Soudain, au loin (500 m ?) je vois un taxi qui déboite de sa place de stationnement, et qui arrive à bride abattue (40 chevaux sous le moteur) en me faisant un appel de phare, du genre « Oh, vous étiez là, je ne vous avais pas vu ».
Je m’installe sans piper mot, au compteur, 15 euros. C’est la stratégie de base, je connais,
celle-du-taxi-qui-arrive-en-avance-et-qui-se-planque-en-faisant- tourner-le-jackpot-de-toute-façon-le-client-sera-toujours-content- de-le-voir-arriver-fut-il-en-retard.

Avec toute cette histoire, je suis obligé de lui demander de s’arrêter à un distributeur, car mes 30 euros ne suffisent pas à la course. Et je me dis : « combien coûtait la location d’une voiture pour une journée ? Avec un aller-retour taxi, en incluant le temps d’arrivée, le petit battement de temps (« je m’étais arrêté pour vidanger mon carter » ou « ce bled c’est dla daube, y a que des sens uniques ta mère »), ça me coûte la banalité de 70 euros, allez, on est jeunes, je peux me payer 5 BD ou 4 CD avec ça, c’est rien.

Je me renseigne. Sur Easycar.com, en m’y prenant à la dernière minute (location le jour-même, à 18h30), j’en aurais pour 55 euros. Ce n’est pas une économie énorme, mais j’aurai la flexibilité : je n’attends pas 25 mn pour partir, je peux aller chez Tati m’acheter des slips, chez BonToutou pour faire toiletter mon Sharpei, bref, profiter de cette journée pour faire toutes ces choses que je dois faire depuis des mois. 55 euros, c’est le prix, ou la valeur, de ma liberté totale. Repentir du 17/03 : sur Interrent, on peut louer une voiture pour 20 euros par jour, et si on la prend en cours de journée, le tarif est diminué prorata temporis

Bref, j’arrive chez cette personne de ma famille, et l’aide à faire ses comptes. Je remarque 112 000 euros qui traînent sur son compte chèques depuis des mois (oui, on est comme ça dans ma famille, on est pétés de thune, si je travaille, c’est juste pour aider les jeunes. Accessoirement, aux personnes qui me demandent « comment vous faites pour être riches ? », je réponds « c’est tout simple, il suffit que quelqu’un qu’on aimait beaucoup meure, alors on touche un capital décès »).
J’y dis « ô, personne de ma famille, pourquoi ne places-tu point, à 4% par an, ça fait 30 000 F (elle est de l’ancienne école) par an de revenu ».
Elle me répond : « Oui, c’est ce que tout le monde me dit, mais je me dis que j’aurai besoin de cet argent en cas de dépense, et je ne veux pas être en découvert. »

Et voilà, encore une fois, c’est une question de liquidité, d’accès immédiat à la ressource. Pour éviter d’avoir des frais de découvert de 50 euros, elle abandonne 448 euros de gains de placement. De la même manière, pour éviter les soucis d’une location de voiture (caution, permis, prise en charge), je suis prêt à payer plus cher, et à attendre.

Deux conclusions, ou deux remarques :

  • La liberté de pouvoir réagir à la dernière minute, sans planification, a une valeur.
  • Tout n’est pas quantifiable. Ce n’est pas parce qu’une location me coûte 15 euros de moins qu’un taxi que je vais systématiquement opter pour la location. Tout est une question de planification, et ceci est consommateur de temps (donc coûteux).

Mais bon, juste pour éviter la valse des taxis, la prochaine fois, je testerai la solution de location. Et j’en aviserai mes 2 lectrices et 3 lecteurs.

Musique – Eric Clapton – Back Home

J’ai gagné un pari (je ne parie qu’à coup sûr, ou quasiment, c’est typiquement de la finance comportementale), et donc me suis vu offrir – à ma demande – le dernier Eric Clapton : Back Home.
Mon histoire avec Eric Clapton dure depuis facilement 20 ans, donc je ne pourrai pas me vanter d’être objectif. Mais ce disque, dans la même veine que le pré-précédent (le magique Reptile), est une source de jouvence. J’aime bien ce petit gars. Il a réchappé à la drogue, à l’alcool, aux morts de ses amis, au décès de son fils, et il continue à composer et à jouer. Il a des heures de vol, mais moi aussi, nous vieillissons en parallèle, et en ce qui le concerne, je trouve qu’il vieillit bien. Ce dernier album est un tribut aux musiciens qui l’ont orienté, ou influencé. Dans cet album, on le voit avec sa femme et ses trois filles, apparemment sur le chemin de la sérénité, ou plutôt, soyons simple : du bonheur.
Et puis, comment ne pas résister au premier morceau de l’album, So tired, alors que je suis encore en over-burn du semi-marathon…

Ballast – Dix minutes

Parfois j’attrape mon train au plus juste,
le coeur inquiet.
D’autres fois, j’ai un battement de dix minutes, non prévu,
non maîtrisé.
C’est une chance.
Pendant dix minutes, je suis entre deux courses,
entre le regret du passé et l’angoisse du futur.
Je suis sans contrôle, donc sans crainte.
Le train qui m’emporte finalement
prolonge cette pause de onze nouvelles minutes qui m’appartiennent tout autant,
découpées au rasoir dans la banlieue nocturne.

L’homme qui valait 3 milliards

Voilà, ça c’est fait. J’ai couru le Semi-Marathon de Paris hier matin, et j’ai mon temps et celui de mes petits camarades (dont Stéphane Diagana, dont je viens de modifier la fiche Wikipedia pour ajouter son diplôme de l’ESCP-EAP).

Je me faisais l’effet d’un cosmonaute (cardiofréquencemètre au poignet, accéléromètre fixé à une chaussure, puce électronique du semi-marathon fixée à l’autre chaussure, capteur cardiaque fixé au torse, deuxt-shirts respirants – dont LE t-shirt ESCP-EAP – un coupe-vent respirant, des gants en polaire), vu de l’extérieur, ça avait un air de NASA, mais d’un autre côté :
– il faisait 0° C
– la technologie a du bon, dans une certaine mesure, et c’est le propos de ce billet.

Je suis beau, je suis jeune, donc je me suis dit « faisons péter mes temps précédents (meilleur temps en 2005 : 1h 59′ 35″ sur semi-marathon). Allez, je vise 1h50′, qu’est-ce que ça donne en terme de vitesse ? »
1h50 = 110 mn = 110 / 60 = euh… 1,833 h, que je prends 21,1 km divisé par 1,833, gneugneu, hop, 11,51 km/h.

Premier effet kiss-cool de la technologie de mon cardiofréquencemètre (CFM) : il papote toutes les secondes avec l’accéléromètre, qui est le truc accroché à la chaussure pour mesurer la distance parcourue, hop hop, 112 cm, hop hop, 109 cm, etc. Et mon CFM que je l’ai payé cher, il m’affiche : vitesse moyenne = 9,03 km/h.
Mais le problème de cette mesure est qu’elle est mise à jour toutes les 2-3 secondes. Donc ça fait : vitesse moyenne = 9,03 km/h… 9,68 km/h… 12,17 km/h… 10,49 km/h… Pour les Sportifs de Haut Niveau comme moi, c’est intolérable (de lapin). Mais c’est là qu’arrive la deuxième lame qui coupe le poil :

Deuxième effet kiss-cool de la technologie de mon cardiofréquencemètre (CFM) : il peut aussi afficher la vitesse en minutes / km. Re-calcul : 21,1 km en 1h50, ça fait 5mn21s par km. Avantage de cette mesure : elle a un dénominateur plus faible (mn par km, au lieu de km par heure). Et donc j’ai géré précisément ma course, en essayant (péniblement) de me maintenir dans la zone 5 mn – 5 mn 30 / km. Bon, à part sur les 3 derniers kilomètres, où une créature a tapé – non-intentionnellement, quoique – du coude sur mon CFM, et que je n’ai plus réussi à ré-afficher les mn /km après.
Ce que c’est, que d’avoir fait une école de commerce, au lieu d’une école d’ingénieux…
Mais heureusement :

Il y a une vie après la technologie, ou le troisième effet kiss-cool de l’Humain : la fin a été dure, voire très dure. Une longue avenue qui n’en finissait pas, la promesse d’une arrivée qui reculait à chaque pas, des crampes dans tous mes membres, bref, je payais mon ambition de 1h50. C’était rapé de toute façon : un peu après le 20ème kilomètre, j’étais déjà à 1h 55 mn…
Et voilà l’effet kiss-cool : je repère un jeune d’une école concurrente, pas loin devant. Vas-y Jojo, montre-lui que tu en as encore dans les chaussettes. Je le double péniblement, en poussant des ahanements d’éléphant asthmatique, et là, tout s’est joué au mental, oui, oui.
Imagine la scène, lecteur : le vieux boxeur de la nouvelle de Jack London « a piece of steak », face au jeune qui veut monter, le combat est inégal, l’un s’épuise, l’autre puise à des ressources insoupçonnées : sa jeunesse.
L’affrontement était le même, à une exception près, qui fait toute la différence : en boxe, on est face à face, on voit venir l’adversaire. Là, j’étais devant lui, donc je ne le voyais plus. Il pouvait être étendu dans le fossé (non, je ne l’ai pas poussé), ou bien anéanti, les yeux emplis de larmes, à 200 mètres derrière, ou encore, il était en train de me souffler son haleine chaude et nauséabonde dans la nuque. Donc je me suis arraché comme jamais, poursuivi par une idée, un concept. J’ai fini en 1h 56′ 53″, bien devant. Jamais mon CFM n’aurait pu me pousser comme ça.

Donc la techno, c’est beau, mais l’humain, c’est bien.

Dilbert et les prévisions financières

Je ne sais pas comment peut faire Scott Adams (tiens, il a un blog), le dessinateur de Dilbert (enfin, j’imagine un peu comment il fait, vu que j’ai lu son livre), mais ses dessins sont toujours d’une grande actualité managériale. Il aurait travaillé 17 ans comme programmeur dans une grande boite américaine qu’il ne saurait pas mieux décrire tous ces travers. D’ailleurs il a travaillé 17 ans comme programmeur dans une grande boite américaine.

Il y a quelques semaines, il s’est attaqué aux prévisions financières. Traduction ici, et lien vers le cartoon original ci-dessous :
(le chef vient voir Dilbert)
Dilbert : « Je peux vous faire cette étude de faisabilité en deux minutes. C’est la pire idée du siècle. Les chiffres ne mentent jamais. »
Le chef : « Oui, mais notre PDG adore cette idée ».
Dilbert : « Heureusement pour nous, les prévisions, elles, mentent tout le temps ».

Le cartoon original est ici.

La quête de Dilbert se poursuit dans les dessins des quelques jours suivants, au Pays des Hypothèses Prévisionnelles Irréalistes, où le soleil brille toujours, l’argent se ramasse par terre, et les concurrents sont inexistants ou amorphes. C’est tellement vrai. Cela me rappelle tous ces étudiants qui venaient me voir en 1999-2000 pour que je valide (gratuitement, évidemment) leur business plan. Telle la Porsche moyenne, qui fait du 0 à 100 km/h en n secondes, les projets d’entreprises faisaient du 0 à 1 000 000 K€ en quelques années, les investissements étaient minimes, les concurrents inexistants, les marges croissaient au fil du temps. On s’étonne après que j’aie voulu m’essayer aussi à des prévisionnels sur LibertySurf (article des Echos du 29 mars 2000, disponible en pdf dans ma page de publications, lien direct ici). Ah, pétulante jeunesse, ce monde est injuste avec toi…

Semaine très informatique

Bon, je ne suis point couché, et je fais le point sur cette semaine, riche en enseignements et progressions informatiques : (non, je ne suis pas encore passé à Ubuntu Linux)

  1. J’ai travaillé sur un projet de T shirt avec logo pour ESCP-EAP Running
  2. (Rappel : semi-marathon de Paris ce dimanche, marathon de Paris le 9 avril)
  • Après contact avec un imprimeur de T shirts, il a fallu retravailler redessiner le logo (dispo sur le blog d’ESCP-EAP Running) pour le mettre en bichromie, au lieu de quadrichromie
  • L’imprimeur me dit « il me faudrait un logo au format vectoriel ». Je lui dis « Pas de problème, OpenOffice a un module de dessin vectoriel. Le gars me dit « Euh, moi, il me faudrait un fichier que je puisse lire sous Adobe Illustrator, c’est-à-dire soit .AI, soit .EPS »
  • C’est l’horreur, parce que je ne fonctionne quasiment qu’avec des logiciels libres, et là, le gars me demande un format propriétaire (AI), non documenté par Adobe, en clair : je n’ai aucun utilitaire pour lui fournir son format. Un peu comme si un opérateur de téléphone me disait « OK, je veux bien vous abonner, mais il faut que vous construisiez vous-même le téléphone portable qui va pouvoir capter mon réseau, et évidemment, je ne peux pas vous donner la nomenclature technique du portable, car c’est propriétaire ».
  • Je télécharge donc Inkscape, une des références des logiciels libres de dessin vectoriel, et je me paluche de redessiner tout cela. Evidemment, Inkscape ne sauvegarde pas au format AI, mais heureusement, au format EPS. Optimiste que je suis, je sauvegarde aussi au format SVG, le standard du dessin vectoriel, libre, documenté, bref, du vrai bon travail informatique. Et donc, comme de bien entendu, ça ne servira à rien.
  • Envoi par coursier depuis la boite d’un ami entrepreneur et jogger vendredi à 17h30, et aujourd’hui à 15h, le gars n’avait toujours rien reçu. A 18h, ça y est, il a le colis. Il ne peut pas lire les formats. Super. Il me conseille au téléphone de lui envoyer un mail avec les fichiers AI ou EPS. Je passe 3/4h sur Internet pour trouver le fichier ps2ai.ps qui marche avec gsview, lui-même nécessitant une ligne de commande sous DOS (toute ma jeunesse…)
  • Finalement, je prends mon baton de pélerin, ma clé USB, et je file à sa boutique. 1 heure de plus, mais voilà, j’ai les T shirts.
  • Je les montre aux joggers ce soir, et je demande à mon entrepreneur chéri de les prendre en photo avec son téléphone-portable-appareil-numérique. Puis après, comme c’est simple, il suffira qu’il les transfère sur son Macintosh avec la fonction Bluetooth, et je les récupérerai sur ma clé USB. 20 minutes, et un résultat, à la fin, que même l’échographie de mon fils elle était plus précise. Tout ça pour ça, comme dit Gérard Darmon dans le film éponyme.
  • Donc je me rentre, je pose le T shirt sur le sol, et je le prends en photo numérique.
  • Rédaction d’un mail collectif à tous les coureurs, envoi des photos en fichiers attachés (2,98 mégas), allez, il est déjà 01h45.
  • A 2h01, mail d’un des responsables d’ESCP-EAP running (il devait rentrer d’un entraînement…) : il me dit « ce serait bien que tu prennes des photos du T shirt et que tu les joignes à ton message ». Réponse de ma part à 2h03 : « elles étaient jointes au mail ».
  • A 2h08, mail de mon entrepreneur préféré : il a pris en photo numérique son propre T shirt et m’envoie les fichiers (3,44 mégas).
  • J’attends avec impatience les mails des autres coureurs (3h43 ? 6h07 ? 19h22 ?)
  • J’ai mis en forme une partie de ce blog, et c’est pas fini
    • ça part d’une idée conne (« je voudrais que les messages récents soient affichés »), ça continue par le forum de Dotclear, et j’apprends au final que tout cela, c’est une question de programmation PHP.
    • Et hop, téléchargement par FTP des fichiers concernés,
    • Téléchargement de Arachnophilia, éditeur gratuit de PHP,
    • Modifications du code des deux ou trois fichiers PHP qui vont bien, re-téléchargement par FTP, test sur le blog, retour à la case départ
    • Finalement, j’ai mes messages récents, j’ai récupéré des infos sur comment avoir trois colonnes dans son blog, j’ai amélioré les tags, pfou, je m’attaquerai à la bannière une autre fois, là, je vais me coucher.

  • J’ai lancé une présentation OpenOffice.org en cours
  • Deux étudiantes m’ont rendu un cas, non pas avec le sempiternel PowerPoint, mais avec Impress d’OpenOffice. Je décide donc, en live, de montrer cette présentation. Et j’en profite pour faire un petit laïus sur les différences entre Microsoft Office et OpenOffice : 1. OpenOffice est compatible à 99,9% avec MS Office ; 2. OpenOffice est gratuit (combien d’entre vous ont des copies pirates de MS Office ?) ; 3. OpenOffice peut fonctionner depuis une clé USB (bonne chance pour faire la même chose avec MS Office)(en fait, c’est une déclinaison d’OOo, portableopenoffice, nantie des fichiers francisés qui vont bien), ce qui veut dire, plus de problèmes d’installation sur un ordinateur temporaire, plus de problèmes de droits d’accès, la liberté itinérante.

  • (MàJ) J’ai inondé la planète avec mes méta-données de jogging
  • Bon, il y aurait une manière moins Marketing de le dire, mais j’ai pu envoyer les données de mon Cardio-Fréquencemètre (CFM) sur le site Internet du constructeur, ce qui me permet, par exemple, de comparer dimanche dernier (13 km, 11 km/h) à ma performance d’aujourd’hui (??,??) où j’ai craché ce qui me restait de poumons.
    J’ai quand même mis 1/2h à rester bêtement, avec mon CFM qui faisait Grichchggrriiiiichhchhgggr… face au microphone branché sur l’ordinateur, tandis qu’un con de site Internet me disait « No signal ».
    Enfin, un ami est venu m’aider, en disant « c’est pas possible qu’un ordinateur aussi bô n’ait pas un micro intégré ! »
    (Moi : ) « Euh, ah, ouais ? »
    (Lui : ) « Tiens, là, c’est quoi ce trou ? »
    (Moi : ) « Euh, je sais pas, peut-être un truc pour aérer les circuits ?.. »
    (Lui : ) « Fous-z-y ton CFM devant, et recommence… »
    Grichchggrriiiiichhchhgggr…
    « Signal detected, we have the data, you are a poor jogger »

    En conclusion, je cite Feu mon oncle Yves : « l’informatique, c’est passer deux heures pour en gagner une ».
    J’ai froid, je vais me pieuter.

    Des tigres, des actionnaires, et de l’éducation des masses

    Ce soir, mon fils (6 ans, 39°6) me dit d’une voix faible, mais ferme :
    – Papa, moi je ne veux pas qu’on chasse les tigres roux (car il connaît aussi les tigres blancs)

    J’ai beau le rassurer en lui disant qu’ils font partie d’une espèce protégée, je sais que cet argument n’aura jamais de poids dans la tête d’un indigène qui espère se faire quelques dollars (soit, son salaire mensuel) en tuant un tigre pour le compte de quelque poussah luisant. Comme le dit (je cite de mémoire) Romain Gary dans Les racines du ciel,

    « un éléphant, cela représentait plusieurs semaines de viande qu’un coup de sagaie heureux pourrait procurer à la tribu. La noblesse de l’éléphant, c’est une pensée d’homme rassasié ».

    Et je me dis que l’évolution des esprits ne passera pas par les sanctions (les garde-chasses touchent quelques dollars de plus par mois, mais pas beaucoup plus) mais plutôt par l’éducation. S’il n’est pas trop tard.
    L’analogie est bonne pour certains actionnaires – et analystes – sur les marchés financiers. Avoir l’oeil rivé sur le résultat du prochain trimestre, c’est vivre à très court terme, c’est tirer des tigres tant qu’il y en a, pour un petit profit. En revanche, permettre à un dirigeant de créer un projet d’entreprise, de motiver et rémunérer tous ses employés, et d’investir intelligemment, c’est comme de créer un parc zoologique de tigres : les recettes deviendront bien supérieures à celles obtenues en braconnant. Et le monde sera meilleur, oui, oui.
    Mais qui sera assez éduqué pour avoir la patience d’attendre ?

    Le syndrome RTFM

    Le phénomène du zapping n’est pas récent : quand j’étais jeune et beau, les télévisions n’avaient que 3 chaines (dont une en noir et blanc), et il fallait se lever pour changer de chaine. On avait intérêt à savoir ce qu’on voulait, et à s’y tenir. Bref, c’était l’ère de la concentration. Arriva la télécommande, et l’on commença à zapper. Les stations FM sur l’autoradio devinrent programmables, hop, cette chanson ne me plaît pas, je zappe. Puis vint le signal d’appel sur le téléphone, qui permit de dire – à peu près – « Excuse-moi, vieux, je vais voir si mon autre correspondant est plus intéressant que toi ».
    Puis vint le Web, avec ses liens cliquables. Il y a un temps immémorial, une publicité montrait un internaute avec ce slogan « Quand Arnaud surfe, il est très patient. Quand un lien ne répond pas, il attend toujours 2 secondes avant de cliquer ailleurs ». Aujourd’hui, nous atteignons l’acmé de la technologie, nous sommes à l’heure du zapping multichrone : au travail linéaire, on substitue le zapping neuronal, notre attention sautant comme une puce passe de canidé en canidé : de l’agenda en ligne au logiciel de messagerie qui vient de faire « tilou ! », puis à la liste des to-dos qu’on a à faire, mais voilà que le téléphone sonne, ah tiens, on toque à la porte tandis que la messagerie a re-tilouté.
    « Je ne sais pas ce que j’ai fait de ma journée » devient un leitmotiv.
    Ce zapping révèle une relation bizarre au temps. Il n’y a pas si longtemps, nous étions allongés dans l’herbe pendant des heures, en attendant qu’une antilope se pointe. Aujourd’hui, nos mes sont des totons virevoltants qui n’ont même pas d’axe central, tout au plus une énergie centrifuge. Bref, nous avons été pourris gâtés, et cela cause des dommages irréparables au cerveau. C’est vous dire que l’enseignement à la mode linéaire, du genre « je parle pendant 3 heures face à un public qui n’a jamais connu un monde sans télécommande », tient de la fosse aux lions, ou de l’expérience surannée.
    Mais la tendance que je remarque depuis quelque temps tient à la sous-traitance des problèmes. La méthode universitaire, au temps où j’étais beau, consistait à se poser correctement la question, puis à lire tout ce qu’on trouvait sur le sujet, puis à bâtir un plan, puis à relire tout, puis à commencer à rédiger. Aujourd’hui, ce sont les forums de discussion ou les messages mails qui héritent de nos questions, et plus la question est simple, moins nous y consacrons du temps personnel. Quelques exemples des dernières années :

    1. Par mail
    • Bonjour, j’ai vu que vous aviez écrit un article sur « La displasie des métamorphes », j’ai un mémoire de maîtrise à rédiger et j’ai choisi le sujet sur « La displasie des métamorphes », aussi pourriez-vous m’envoyer toute votre bibliographie (voire, idéalement, le fichier de votre article) ?
    • Bonjour, auriez-vous des références sur l’agriculture sumérienne ? (et moi d’aller chercher sur Google et de répondre)
  • Dans les forums de discussion
    • Bonjour, comment fait-on pour installer le logiciel ?
    • Bonjour, comment fait-on pour imprimer ?

    Tous ces demandeurs ont d’autant plus raison qu’il se trouve toujours une bonne me pour les renseigner (après tout, rien ne coûte si peu cher que le temps des autres). Sauf dans certains cas, où la réponse oscille entre « je vous signale que c’est indiqué dans la FAQ » et « FAQ, bordel ! ».
    Les anglo-saxons ont une formule poétique : RTFM pour Read The Fucking Manual (traduction presque littérale : « Je me permets courtoisement de vous renvoyer à la documentation, qui, si vous prenez la peine de la consulter avant de poser vos questions ineptes, saura vous affranchir de votre ignorance crasse »).

    Voyez comme je suis d’une autre génération : je n’arrive toujours pas à rédiger des billets, ce sont plutôt des romans.
    (ce blog est de toute façon expérimental, à durée de vie non définie, mais pas infinie).

    Et comme je viens de finir Les choses de la vie, voilà la citation appropriée, et son commentaire :

    L’idée d’une longue convalescence me séduit par certains côtés. Je pourrais enfin relire Proust ou Guerre et Paix, ou un autre chef-d’oeuvre post-opératoire.
    Paul Guimard, Les choses de la vie, Folio n° 315, p. 94.

    Ainsi, dès la fin des années 60, les longs romans sont diagnostiqués comme n’étant plus lisibles qu’en état de convalescence, le reste du temps étant dévolu aux histoires courtes, aux articles de journaux, ou aux blogs…

    Léonard de Pise et les offres commerciales d’Orange

    Depuis que j’ai découvert Léonard de Pise, je ne peux plus m’en passer.
    Ce week-end, à l’heure où blanchit la campagne, je me fais démarcher par un télémarketeur en culotte courte. Résumé de l’entretien :
    – Bonjour Madame, je viens vous annoncer qu’Orange vous offre 30 SMS par mois pendant 6 mois ;
    – C’est Monsieur, et Docteur aussi, mon jeune ami. Que vendez-vous ?
    – Je ne vends rien, Monsieur Docteur, oulala, nous sommes altruistes chez Orange, je vous Hoffre 6 mois de SMS gratuits.
    – Et que se passera-t-il à l’issue des 6 mois ?
    – Eh bien vous aurez la possibilité de résilier cette offre de 30 SMS par mois !
    – Et si je ne résilie point, rusé rhétoricien ?
    – Dans ce cas, vous serez automatiquement déboursé de la somme symbolique de 3 euros (3,63 dollars US) par mois, parce qu’Orange le vaut bien.

    Je lache ex abrupto mon téléphone et convoque la puissance tutélaire de Léonard de Pise. 3 euros par mois, dans 6 mois, sur 6 mois. Puis l’année suivante, 3 euros par mois sur 12 mois, et ceci, jusqu’à l’infini, car je n’ai pas prévu de mourir pour l’instant. Actualisons tout cela à mon coût d’opportunité, que je fixe allègrement à 6% l’an, soit (taux proportionnel) 0,5% par mois.

    Valeur d’un contrat où je débourse 3 euros par mois = 3 / 0,005 = 600 euros de dans 6 mois
    Valeur actuelle de cette somme = 600 / (1+0,005)^6 = 582,31 euros en euros de ce samedi 28 janvier 2006.

    – Allo, sémillant opérateur historique, je vous prie de m’excuser, j’étais en grande conversation avec l’ectoplasme de Léonard de Pise. Je refuse totalement votre coup de Jarnac. Vous avez été vaincu par la force de l’actualisation.

    Que pouvait-il répondre ?

    Repentir : prétendre que je vivrai éternellement n’est pas irréaliste ; en revanche, supposer que je me laisserais soutirer 3 euros par mois pour des SaMouSsas dont je n’ai que faire, c’est pousser le bouchon un peu loin, Maurice. Néanmoins, la grande force de ces opérateurs, et la grande faiblesse de l’être humain post-moderne, c’est le taux de rétention de l’usager, qui met des mois avant de se fendre de la lettre recommandée AR qui le délivrera de cette saignée mensuelle. Si je suppose qu’il me faudrait 6 mois (c’est bien le minimum) pour me fendre de ce courrier, le calcul devient
    Valeur d’un contrat où je débourse 3 euros par mois pendant 6 mois = 17,69 euros
    Valeur actuelle de cette somme = 17,69 / (1+0,005)^6 = 17,17 euros aujourd’hui. Allez, ça vaut bien un repas.

    Le gratuit et le payant : les prix, les coûts et la valeur

    Je suis abonné depuis plusieurs mois au Standblog, de Tristan Nitot, et dans la ligne de ce que dit cet auteur sympathique, j’ai quelques réflexions sur le gratuit et le payant (je rédige en parallèle un billet sur le neuf, l’occasion, et le jetable, et j’en ai un autre en tête sur les licences).

    Premier constat : le web est le vecteur du gratuit

    Certes, les shareware (partagiciel) ou freeware (gratuiciel) existaient auparavant, mais le réseau a amplifié leur diffusion, en parallèle d’autres actifs : des images, contenus, applets, icones, etc. C’est bien simple, si une image nous plaît, hop clic droit enregistrer sous, un texte, hop Sélectionner tout, copier. Cet esprit libertaire du début a son charme, et je pense qu’il démultiplie les motivations. Soyons franc : si je rédige sous Dotclear, c’est parce que c’est une référence en matière de blog, et qu’il est gratuit. Cela ne m’empêchera pas de leur faire un don, mais je suis persuadé que si Dotclear avait été payant dans un emballage sous cellophane, oncques l’aurais-je acheté.

    Corollaire : l’internaute de base (dans lequel je m’inclus, car j’aime la chaude ambiance virile des groupes) va piocher de ci de là, butiner, copier-coller, et les frontières du droit et de la propriété personnelle vont s’estomper dans son esprit.
    Après tout, de gratuit à libre, il n’y a qu’un pas, que les anglo-saxons ont franchi allègrement quand ils ont bricolé leur idiome, puisque free (gratuit) se dit comme free (libre) alors que c’est pas du tout la même chose. Mettre un actif en libre accès ne signifie pas que j’abandonne mes droits (copyright) dessus. Prenons le cas du gratuit pour l’instant, nous traiterons du libre (c-à-d des licences) plus tard.

    Deuxième constat : il y a une différence entre le prix, le coût et la valeur
    Une ressource mise à disposition gratuitement a nécessité un développement coûteux, ne serait-ce qu’en temps. Tout ceux qui ont développé un site web, un programme, ou un logo, savent de quoi je parle. Et comme le dit Sénèque à propos du temps,

    Les hommes jouent avec le bien le plus précieux d’entre tous ; mais ils ne s’en rendent pas compte parce qu’il s’agit d’un bien immatériel, parce qu’ils ne l’ont pas sous les yeux et de ce fait, il est estimé à un prix très bas, je dirais même à un prix pratiquement nul.
    Sénèque, De la brièveté de la vie, Ch. VIII, Par. 1.

    Ergo, un actif gratuit peut avoir été coûteux pour son producteur, et détenir une valeur. Mais l’on constate une multiplication d’à peu près, voire de contre-sens :

    • pour la majorité des internautes butineurs, gratuit signifie sans valeur, voire sans coût.
    • Pour beaucoup d’entrepreneurs, le Graal se résume à « Si tu veux devenir riche, mets quelque chose de gratuit en ligne, et si tu as du succès, tu te feras racheter ».

    Conclusion provisoire :

    • C’est d’Internet qu’est partie la crise, avec les programmes d’échanges de fichiers qui ont developpé le piratage. Dans cette faille juridique, et ce flou psychologique, se trouvait un point de droit que l’Etat n’a pas comblé, à mon avis. De la même manière que l’on a vu éclore des mouvements citoyens dans tous domaines où l’influence de l’Etat était jugée insuffisante (les restos du coeur ont vingt ans), les internautes se sont attaqués au domaine du droit, en bâtissant une solution alternative : multiplier les types de licenses, pour bien dissocier des choses telles que la paternité de l’oeuvre, le droit à la copier librement, le droit de la modifier librement (je prends ici les grands principes des licences creative commons).
    • En effet, au système du droit répressif, se substitue un système collaboratif, qui n’est plus régi par des brevets déposés au nom de chacun, mais des mises en commun de compétences pour bâtir des produits encore meilleurs, qui soient la propriété de tous. Cette mise en commun, qui fait la force des systèmes d’exploitation ouverts comme Linux, ou des logiciels libres comme Openoffice, repose avant tout sur une démarche collective. Mark Shuttleworth, le fondateur de Ubuntu Linux exprime régulièrement cela en termes d’éducation : donner à tous un accès à un système d’exploitation et des programmes librement modifiables. De même, malgré des crises, l’objectif de Wikipedia est de créer une « encyclopédie libre, gratuite et multilingue ».
    • La question sera d’appréhender les conséquences économiques de tels développements. Le marché du gratuit est-il un marché ? (Je pense que oui). Le gratuit est-il viable économique ? (Je pense que oui). Comment intégrer les apports du marché du gratuit ? A mon sens, en raisonnant de plus en plus en termes de capital humain, c’est-à-dire d’éducation, et de coûts / gains dérivés, ce qui est difficile : comment évaluer le coût total d’un actif comme la somme de son prix de vente, des obligations auxquelles ils nous contraint, de son impact futur sur l’environnement et sur la société, etc. Tristan Nitot traite déjà d’un aspect du problème, en expliquant que le bas prix des produits fabriqués en Chine que nous retrouvons chez nous est notamment dû aux faibles coûts du transport, ce qu’une hausse inconsidérée des prix du pétrole pourrait remettre en cause. Il en profite pour parler de l’environnement, un coût caché récurrent (billet à venir).

    Chr.

    Réflexions – Traduttore traditore

    Je suis en train de travailler sur la traduction d’un manuel de finance américain et cela m’inspire quelques réflexions et réminiscences. Dans la précédente édition, j’avais conclu la préface des traducteurs-adaptateurs par les mots suivants :

    Brealey et Myers concluent leur ouvrage en citant Mark Twain. Nous citerons l’académicien Edmond Jaloux, en espérant le contredire : Les traductions sont comme les femmes : quand elles sont belles, elles ne sont pas fidèles ; quand elles sont fidèles, elles ne sont pas belles.

    Je me rends compte de la vanité de mon propos (« en espérant le faire mentir »).

    • D’abord parce qu’un ouvrage de finance, aussi réputé soit-il, ce n’est jamais de la grande littérature.
    • Ensuite parce que, de la même manière que Vladimir Volkoff dit dans L’interrogatoire (Livre de Poche n° 6642, p. 221) que à la sortie de la machine, on trouve une mixture de jus d’interrogateur et de jus d’interrogé : cela s’appelle les aveux », une traduction demande autant de transpiration aux traducteurs qu’elle en a demandé aux auteurs. Mais si on améliore le texte en traduisant, le lecteur dira « ah, ces auteurs américains, qu’est-ce qu’ils sont clairs et pédagogiques ! » et si l’on traduit scrupuleusement un texte confus, le lecteur dira « ah, que ces traducteurs ont dénaturé la pensée claire des auteurs américains ».
    • Enfin, parce que tout est une question de goût personnel. Si Edmond Jaloux était encore de ce monde, je lui demanderais « définissez ce que vous entendez par traduction fidèle (voire traduction belle) »

    En termes de goût, voici quelques réactions personnelles sur des traductions :

    • Dans Blade runner, au moment où Deckard apprend qu’il doit aller éliminer Rachel, l’inspecteur Gaff dit « Too bad she won’t live ! But then again, who does ? », phrase éminement métaphysique selon moi (Dommage qu’elle ne vive pas plus ! Mais finalement, qui parmi nous prétendrait vivre ?), qui a été traduite par le plat « Dommage qu’elle doive mourir. Mais qui n’en est pas là… » (Je sais, je sais, les contraintes des sous-titres sont drastiques, mais j’ai le droit d’exprimer mon esthétique).
    • Dans Zen and the art of motorcycle maintenance, Robert Pirsig dit (je cite de mémoire) In a TV series, the scientist that mutters « the project is a failure, we have discovered nothing » is mostly suffering from a bad scriptwriter est devenu, dans Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes le scientifique qui dit « ce projet est un échec, nous n’avons rien trouvé » n’est pas crédible.
    • Je me souviens aussi d’un autre passage, que je trouve taoïste, ou bouddhiste zen, que la traduction française a aplati, ou ignoré. Le jeune narrateur se retrouve en Corée ou en Chine, à apprendre l’anglais à des pêcheurs locaux, tandis que ceux-ci lui enseignent leur langue. Au cours d’un pique-nique avec eux, il dit « c’est quand même étonnant que, rien qu’avec 26 lettres, on puisse exprimer toutes les choses ». Les pêcheurs aquiescent de la tête, et disent « Non ». Le narrateur pense avoir mal compris, il reformule une phrase plus longue, plus détaillée, et obtient la même réponse : un assentiment de la tête ; le mot « Non ».

    Des limites du langage. Cela me fait sourire. Je retourne à ma traduction.

    Citation – Mystique de l’actionnaire

    Je suis dans Les naufragés de l’autocar, de Steinbeck, et un passage m’a amusé :

    M. Pritchard avait besoin de péchés. Il n’y en avait aucun dans sa vie d’homme d’affaires, car dans ce secteur-là, les cruautés étaient étiquetées et classées sous la rubrique nécessité et responsabilité envers les actionnaires. M. Pritchard avait besoin de péchés personnels et de repentir personnel.
    in John Steinbeck, Les naufragés de l’autocar, Folio n°861, p. 254.

    Cela m’amuse parce que ces pauvres actionnaires – entité ô combien abstraite, mouvante, et difficilement appréhendable – on leur en fait voir des vertes et des pas mûres, ils sont d’autant plus menaçants qu’ils sont absents du tableau. Mais ce n’est pas vraiment mon propos, je ne souhaite pas défendre ici les actionnaires, ou les condamner, on en reparlera. Ce qui m’intéresse plus, c’est ce fameux intérêt des actionnaires, qui est brandi à tout propos, pour justifier tout et son contraire en terme de décisions stratégiques. Ce n’est pas vraiment une incantation, c’est plutôt une scie ressassée à tel point qu’elle en perd son sens. Mais cela sent à chaque fois la patate chaude qu’on se repasse : « je l’ai fait dans l’intérêt des actionnaires (qui n’en demandaient probablement pas tant), donc je ne suis plus responsable de mes actes, ou de mon éthique. »
    Je vais me faire des amis, c’est parfait.

    Finance – Et Dieu dans tout ça ?

    (Billet rédigé le 23 janvier sur ma version alpha de blog sous blogspot, puis migré ici)
    Je tombe sur un billet de Free Money Finance, portant sur l’investissement (au sens de placement) vu par la Bible. On connaît la controverse sur le placement à intérêts : dans certaines religions, dont l’Islam, le prêt à intérêts est sacrilège, car on fait payer le prix du temps, et le temps (n’)appartient (qu’)à Dieu. Voyons voir ce que la Bible pense de tout ça : – la détention patrimoniale n’est pas condamnée, mais les intentions qu’il y a derrière :

    Jésus dit : « Gardez-vous de toute avidité ; ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens » et plus loin « Voilà donc ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu »(Luc 12 : 15 et 21) on retrouve aussi cela dans l’Ecclésiaste : « Qui aime l’argent ne se rassasiera pas d’argent, ni du revenu celui qui aime le luxe » (Ecclésiaste 5 : 9)

    – ce que j’en comprends, c’est que le fait de gagner de l’argent n’est pas mal vu, pour peu que l’on procède derrière à des redistributions :

    Conseils aux riches (1ère épître à Timothée, 6 : 18) « Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles oeuvres, donnent avec largesse, partagent avec les autres. »

    D’autres passages de la Bible ne doivent pas être pris au pied de la lettre, selon moi , par exemple les paraboles où un homme donne de l’argent / des biens à ses héritiers ou agents, et leur recommande de gérer ce patrimoine tant qu’il est absent. En règle générale, le prudent (qui a épargné) est puni tandis que l’entrepreneur (qui a fait fructifier) est récompensé (ex : la parabole des talents (Mathieu 25 : 14 et s.) ou du prince et des mines (Luc 19 : 12 et s.). Je pense qu’il s’agit de métaphores sur le devoir à accomplir (on t’a demandé de faire fructifier, alors fais-le) et les richesses spirituelles.

    Note : je n’ai pas le sentiment d’être religieux, probablement même pas croyant. Je prends la Bible comme un livre de sagesse et de réflexion. (la bible dont sont tirées ces citations est une TOB, c’est-à-dire une traduction oecuménique).

    Livre lu : Siri Hustvedt – Tout ce que j’aimais

    (Billet rédigé le 20 janvier sur ma version alpha de blog sous blogspot, puis migré ici)
    Je viens de finir de lire Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt. C’était le premier que je lisais, et en ce qui me concerne, le dernier avant quelque temps. J’ai souffert, et je lorgnais sur Les naufragés de l’autocar de Steinbeck, qui consisterait en ma récompense si j’arrivais à finir ce roman. Revenons à Siri Hustvedt. Elle est écrivain, et je n’aurais rien lu d’elle si je n’avais su qu’elle était la seconde femme de Paul Auster, écrivain que j’apprécie fort. J’ai donc acheté ce roman de Siri Hustvedt, traduit en français chez Actes Sud. Mon sentiment sur le livre :

    • c’est comme du Paul Auster, en moins bien. Il y a des jeux sur le langage, la création artistique, les dédoublements de personnalité, mais cela apparaît, pour quelqu’un qui connaît Paul Auster, comme un avatar, un clone.
    • l’écriture alterne entre des moments durs, ou troublants, avec le sentiment d’être ancré dans la réalité, et des réflexions qui (pour moi) sont intellectuelles, ou plutôt, intellectualisantes. J’aime Bill quand il fume, quand il crée, j’aime Violet quand elle pose pour lui ou qu’elle lui écrit, mais je n’aime pas le narrateur, parce qu’il me paraît être une victime, sans esprit critique (il y a des moments où la suite des événements est vraiment prévisible, mais aucun ne s’en rend compte, le narrateur se contente de phrases du type « nous aurions dû nous en douter, bien sûr, mais »). J’ai du mal à m’intéresser à son sort. Pour établir une comparaison, le narrateur de ce livre a le même âge que le narrateur de Brooklyn Follies, de Paul Auster, mais en comparant ces deux personnages de papier, je préfère mille fois celui de Paul Auster.
    • je ne peux pas dire que je me sois tout le temps ennuyé : le personnage de Mark restera une énigme pour moi, et à la fin du roman, je suis frustré de ne pas en savoir plus sur lui. Dans ma frustration, je reconnais d’ailleurs le travail de l’écrivain, qui m’a amené jusque là. En revanche, il y a eu de nombreux moments où je m’ennuyais.

    Ce que je retiendrai de ce roman (dédié à Paul Auster, rien n’est le fait du hasard), ce sont les oeuvres de Bill, qui sont – selon moi – une transposition au monde de la peinture / sculpture de ce que sont les oeuvres de Paul Auster en littérature. Notamment, le voyage de O est une référence aux jeux de Paul Auster sur les lettres de l’alphabet, qu’il a commencés avec Cité de verre. On sent chez Bill la même liberté créative, le même enthousiasme novateur que je retrouve dans les oeuvres de Paul Auster. Et je retiendrai aussi un certain malaise vis-à-vis du personnage de Mark.

    Mes contributions passent sous licence Touchatougiciel (anythingware)

    (Billet rédigé le 20 janvier sur ma version alpha de blog sous blogspot, puis migré ici)
    Depuis 1995, je contribue à Internet, en mettant en ligne des textes (lexique), données, feuilles de tableur, des cas ou exercices, graphiques, etc. Le credo, à l’époque, était : Internet vous permet de récupérer gratuitement des données/produits que les autres ont mis en ligne, aussi, si vous récupérez quoi que ce soit, vous avez le devoir moral de poster aussi des choses utiles aux autres. (ce qui est souvent évoqué, dans d’autres contextes, par don’t be a leecher, ne soyez pas une sangsue / un parasite). C’est ce qui m’a conduit, dès 2000, à poster des supports de cours, des
    graphiques et des feuilles de tableur concernant la finance : je voulais participer à cet effort de partage des connaissances (une sorte de Wikipedia avant l’heure). Le problème est de fixer la license sous laquelle mes contributions peuvent être utilisées. Jusqu’à plus ample informé, je suis partisan de conserver le copyright, et de mettre mes contributions en utilisation libre. Mais certains utilisateurs satisfaits m’ont contacté pour savoir s’ils pouvaient me faire un don / m’encourager. Or, dans le milieu des développeurs informatiques (c’est une analogie, je me considère peu comme un développeur), il existe différents systèmes :

    • le gratuiciel (freeware), programme qu’on peut utiliser sans rien donner à l’auteur ;
    • le partagiciel (shareware), programme que l’on peut utiliser pendant un temps limité, ou avec des fonctionnalités limitées, avant de décider de payer l’auteur. Quand on paie l’auteur (i.e. quand on achète le logiciel), celui-ci envoie une clé pour « débloquer » le logiciel. C’est le principe « essayez d’abord, et si vous êtes satisfait, payez-moi après » ;
    • le x-giciel (x-ware), programme qui utilise un autre mode de rémunération comme par exemple le cardware (si on est satisfait, envoyer une carte postale à l’auteur du logiciel), le beerware (si on est satisfait, envoyer une bière à l’auteur du logiciel – pourquoi pas une bière opensource 😉 ), etc. La liste des x-ware est infinie, car elle a pour seule limite l’imagination du demandeur (une liste de référence peut-être trouvée ). Notez que la plupart du temps, le x-ware permet d’utiliser le logiciel gratuitement (pas de blocage ou de limitation des fonctionnalités).
    • le touchatougiciel (anythingware), terme que je forge pour l’occasion : si vous êtes satisfait(e) d’une de mes contributions, envoyez-moi ce que vous voulez : un petit mot, une carte postale, une bière, un jambon cru, une pensée, un chèque, un livre, une clé usb, un cheveu, un pot de miel, une bouteille de Mercurey, une photo, etc. Rappelez-vous néanmoins : le but est de me faire plaisir, avant de vous faire plaisir. Donc n’envoyez pas de petit chat, de petit chien, de petit putois, et en cas de doute, consultez-moi.

    Voilà, mes contributions (soyons clair : celles qui sont téléchargeables depuis un de mes sites, la racine étant à www.thibierge.net) sont désormais sous license touchatougiciel / anythingware. Si jamais je reçois quelque chose, je mettrai peut-être en ligne une liste de souhaits (certains le font sur le site d’Amazon…)