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Nous sommes tous des îles

J’entends parler ce matin du suicide d’une jeune fille de 23 ans, une connaissance de connaissance que je ne connaissais pas. Trois citations, ou trois pensées :

  1. En exergue de Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway, se trouve un fragment d’un sermon de John Donne qui m’a frappé, il y a longtemps, comme une évidence trop souvent oubliée :

    Any mans death diminishes me,
    Because I am involved in Mankinde.
    And therefore never send to know for whom the bell tolls,
    It tolls for thee.

    La mort de tout être humain me diminue,
    Car je suis concerné par l’humanité tout entière ;
    Aussi ne demande pas pour qui sonne le glas,
    Il sonne pour toi.

    Le sermon original de John Donne peut être trouvé ici.

  2. Dans Et au milieu coule une rivière (que ce soit le film réalisé par Robert Redford ou le livre d’où est issu le film, écrit par Norman MacLean), il y a cette pensée, que j’essaie de retranscrire de mémoire :

    Les êtres qui nous sont proches peuvent aussi, paradoxalement, être les plus éloignés de nous. Nous les voyons prendre des chemins, sans pouvoir les aider, soit qu’ils ne souhaitent pas que nous les aidions, soit qu’ils ne sachent même pas comment ils pourraient s’aider eux-mêmes. Mais cela ne nous empêche pas de les aimer.

  3. Il existe un texte que j’avais découvert lors de l’enterrement d’une de mes étudiantes, il y a quelques années. Il semblerait que ce soit une prière de Saint Augustin à partir de laquelle Charles Péguy a écrit un poème. Il en existe plusieurs versions, sans que je souhaite en faire une recherche bibliographique précise. Cela fait juste partie des textes qui me conviennent.

    Ne pleure pas si tu m’aimes.
    Je suis seulement passé de l’autre côté.
    Je suis moi. Tu es toi.
    Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
    Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
    Parle-moi comme tu l’as toujours fait, n’emploie pas un ton différent.
    Ne prends pas un ton solennel ou triste.
    Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble…
    Prie, souris, pense à moi, prie avec moi.
    Que ton nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre…
    La vie signifie toujours ce qu’elle a toujours signifié.
    Elle est ce qu’elle a toujours été : le fil n’est pas coupé.
    Pourquoi serais je hors de ta pensée ? Parce que je suis hors de ta vue ?
    Mais non, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin…
    Tu vois, tout est bien…
    Tu retrouveras mon coeur, tu en retrouveras les tendresses épurées.
    Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes…

    Charles Péguy, d’après une prière de Saint Augustin.

Et pourtant…

83ème minute.

« L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. »
Victor Hugo, Waterloo, in Les Chtiments, livre V.

Chronologie

Ce matin, pluie lourde et grasse
Et puis matinée dans la touffeur.
Midi arrosé, sans une goutte de pluie.
Dans l’après-midi, entre l’obscurité chaude de deux stations de métro,
Une flaque de soleil en surface,
Avant un nouvel engloutissement dans le boyau.
Ce soir, soleil voilé et barbecue sur le bitume.
Population de tous âges. Ambiance de partage.

Bagarre de jeunes, un est à terre, tous tapent sur lui,
A coups de pieds dans la tête.
Il saigne, son arcade sourcilière a doublé, il titube.
Nous sommes là, j’entends la pauvre voix d’une pauvre femme,
qui n’a rien compris « arrêtez, je vous en supplie », au milieu de la mêlée.
C’est la guerre, ils n’ont plus de limites,
et nous, avec nos cheveux gris, avec nos dérisoires « calmez-vous ».
Il saigne, il crache du sang.
Le cinéma travestit la réalité, ça ne se passe pas comme sur la pellicule,
C’est à vomir, en vrai.
La police arrive, on reprend nos verres,
Des femmes lui apportent des glaçons
Tandis que certains refont le match de cette bagarre.
Et le barbecue continue,
Avec un peu moins de chaleur, un peu plus de comblement.

Prunes

Ce rêve a commencé comme dans la vie réelle. J’étais en salle de cours, et la journée avait été saumâtre. J’ai attaqué la séance comme un bouledogue, et les étudiants m’ont répondu comme une écuelle. Et puis l’heure a passé. Puis une autre. J’ai réussi à les intéresser, ou bien, j’ai réussi à m’intéresser. Il ne restait plus que 20 minutes, mais j’étais à nouveau détendu, on a parlé.
Je me suis retrouvé dans une pièce improbable, assis dans un fauteuil jaune, à boire du champagne. Un directeur d’usine nous livrait des bouteilles d’alcool fort, et ce qui m’a frappé, c’est que les femmes avaient des bouteilles d’une certaine forme, et les hommes, d’une autre. De là à penser que les femmes sont différentes des hommes…
Je me souviens d’un match où le Brésil s’était pris un but, et ça les avait énervés.
Puis j’ai vu Stéphanie. Elle était réelle, et attentive, là où Alain Taccoen était absent, et soucieux. Stéphanie a prévenu mes besoins, et abreuvé mes compagnons. J’ai dansé des rocks sur des musiques qui n’étaient pas du rock, au son d’un DJ qui était suspendu au dessus de nous, coincé dans sa bulle métallisée, comme un conducteur de grue.
Quelques bouteilles de champagne plus tard, je marchais dans la nuit. J’aurais bien bu un Perrier, mais dans les rêves, on ne choisit pas son destin, donc j’ai été condamné à avoir soif. Clément avait filé, restaient Fred et Cathy. Le reste se dissout dans l’aube naissante. J’ai vu des feux rouges, des taxis, des cafés fermés et des bus qui roulaient à vide. Je suis resté transi, ému, réchauffé et inexplicablement optimiste. Demain était un nouveau jour, j’étais heureux.

Devise de vie

Je suis en train de relire toute ma collection de Calvin et Hobbes (rappel : BD en 4 cases (comic) qui met en scène un insupportable petit gamin de 6 ans (Calvin) et son tigre en peluche (Hobbes), qui « n’apparaît » qu’aux yeux de Calvin. Article Wikipedia ici). Je tombe sur la discussion suivante :
Calvin : « Vis l’instant présent » est ma devise. Tu ne sais jamais combien de temps il te reste ! Tu peux traverser la rue demain et PAF, être renversé par un camion ! A ce moment-là, tu regretteras de n’avoir pas pris plus de temps à te faire plaisir ! C’est mon opinion, « vis dans l’instant ». Et toi, Hobbes, quelle est ta devise ?
Hobbes : « Regarde avant de traverser la rue ».

C’est évidemment Hobbes qui a raison, mais je voulais juste souligner que la devise de Hobbes correspond à une sous-partie de celle de Calvin : les deux ne sont pas du tout antinomiques, elles sont au contraire reliées.

Dans le même genre d’idées, Linus demande à Charlie Brown (dans Peanuts, article wikipedia (à travailler) ici) :
Linus : Quel est le secret de la vie ?
Charlie Brown : 1. faire du covoiturage, 2. regarder des deux côtés avant de traverser, 3. décongeler les aliments avant de les manger.

Et mon ultime pour aujourd’hui, Snoopy répond à la question « Comment rester en bonne santé ? » : 1. Faites du sport régulièrement, 2. Mangez beaucoup de fruits et de légumes, 3. Apprenez à faire le roulé-boulé.

Quelle est votre (vos) devise(s) de vie ?

Dans les transports en commun

Dans les transports en commun, on est en commun.
Ce soir, dans un train bien rempli, un gars passe en force (il décroche mon bras de la barre, passe en disant un « pardon » autoritaire), la guitare qu’il porte dans le dos me cogne la tête en passant, hop, ni une ni deux, je repousse la guitare. Il se retourne, et la scène commence. C’est ça l’inconvénient des transports en commun : quand on est serrés, la probabilité d’avoir un fondu dans la rame est assez forte. Ce soir, il était pour moi. En un sens, ça tombait bien (…) j’étais bien fatigué par ces dernières semaines, donc je n’ai pas eu trop de mal à rester stoïque sous l’avalanche des insultes. J’ai tout eu. Ses origines, le fait qu’il est un musicos, que sa guitare a coûté 1 500 euros (réponse : « ma tête vaut plus cher que ça », ambiance), et encore, c’est que la Stratocaster, si ç’avait été la LesPaul, il me démontait sur place, avec ses 25 ans et mes 45 ans (misère, 45 ans…), et que je suis encarté chez Le Pen (et voilà, j’ai le cheveu court – because début de calvitie – et j’aime la bière, hop, je suis catalogué skinhead, misère again…) et que lui, il a eu une sale journée (lui…)
Au bout d’un moment, dans ce compartiment bondé mais silencieux, je lui explique que c’est très intéressant, mais que j’aimerais retourner à mon livre. Nouvelle logorrhée, mais bon, il bat en retraite à l’étage, tout en m’expliquant mes origines (douteuses), mes tendances politiques (extrêmistes) et ma décrépitude (quadragénaire y media).
Dans le silence revenu, j’échange quelques regards et quelques mots avec des passagers, et je me replonge dans ma lecture.
A la station suivante, alors que je m’efface pour laisser passer ceux qui descendent, hop, revoilà notre trublion. En substance « Mec, tu vas pas t’en tirer comme ça, j’ai réfléchi, eh ben là où tu descends, je descends aussi, on va s’expliquer sur le quai, avec tes 45 ans (holà, ça va hein !) t’as pas un coup de poing qui va passer, on va se battre sur les rails » (misère, sur les rails, je suis tombé sur un gars qui a lu La bête humaine…)
Un passager essaie de le raisonner, mais il s’accroche, il me dit « tu dis plus rien, hein » (ben non, de toute façon, je ne peux pas en placer une, il fait les questions et les réponses, ça me repose). Ma station arrive, je descends, je l’entends qui m’insulte dans mon dos, il me rappelle de loin, m’explique que la prochaine fois, il descendra vraiment et gare à ma gueule, « et tu pourrais te retourner quand je te parle ! »
Je continue à marcher. Une voix à mes côtés : « Vous inquiétez pas, je le surveille, s’il arrive, je suis avec vous ». Je le regarde, c’est un gars en survêt, à petites lunettes, un anonyme comme moi. Je le remercie, il me répond que c’est normal. On monte ensemble l’escalier vers la sortie, en parlant un peu. En haut, je le remercie à nouveau, il me répond à nouveau que c’est normal, il commence à s’en aller. Je le rappelle : « Avant que vous partiez, j’aimerais vous serrer la main ».
Je marche dans la rue, fatigué. Une jeune femme me dépasse, le téléphone collé à l’oreille, elle se tourne vite vers moi « Mais la vie est belle quand même… » en me souriant.
Dans les transports en commun, on est en commun.

Je rentre, je me débouche une Tsing Tao et je mets le CD de Thomas Fersen, Les ronds de carotte, en attendant la piste 5 : Dans les transports.

Dans les transports en commun,
Les filles sont nerveuses.
Les hommes ont le pied marin
Et la main baladeuse.
Sur la banquette
Où je me jette,
Je tords, le temps est long,
Mon ticket de carton…

Thomas Fersen, Dans les transports, in Les ronds de carotte, Warner Music, 1995.

Armes de destruction massive

C’est la guerre. The ultimate war, my friend. Nerik, un jeune escroc, formé dans une école d’escrocs, par un escroc, a publié un article diffamant.

Sachant que le ridicule ne tue pas, dans cette escalade de la violence (b)logique, je réponds :

Parmi les quatre personnes représentées, qui ressemble le plus à Albert de Monaco ? Et je donne quelques indices. Sur ces 4 personnes :

  • 3 vivent en couple
  • 2 sont très riches
  • 3 vivent en France
  • 1 a joué dans l’armée des 12 singes
  • 1 doit écrire un billet sur les singes
  • 2 ont écrit des romans
  • 2 sont mariés
  • 1 est divorcé
  • 2 enseignent la finance
  • 4 sont adulés par les foules

Voila, Nerik et ses âmes damnées, ça c’est de l’étude scientifique…

Une araignée dans le bocal

Quand je travaille chez moi, j’ai faim très tôt. Donc je fais bouillir de l’eau vers 11h30, et j’avise les bocaux à riz : y a pus de riz dedans. Rusé comme l’indien comanche francilien, j’ouvre en sifflotant le-grand-tiroir-coulissant-bordélique-du-bas et pêche dans ses profondeurs obscures un paquet de riz basmati équitable, du genre « comme on fait dans l’équitable, on va faire un emballage pourri ». J’ouvre, j’extirpe le sachet, et je pare au plus pressé : verser le riz (équitable) en pluie fine dans mon eau (communale) bouillante. Et là, comme je suis débonnaire et de belle humeur, je me dis « allez, un bon geste, je vais remplir le bokalari (le bokalari basmati, car il y aussi un bokalari complet et un bokalari thaï. Tous trois sont vides).
Dévissage du petit couvercle, et surprise : une petite tache blanche qui bouge. Une araignée commune, mais blanche comme un navet, a son petit cœur qui bat la chamade, au fond de mon bokalari. Je m’en vais la colloquer dehors, avec son teint d’albinos, elle file sous une marche pour éviter le soleil, voilà ça c’est fait.
Maintenant, les deux questions cruciales, et la sous-question qui va avec :

  • Comment a-t-elle fait pour rentrer dans le bokalari vide, et fermé ? Je sais qu’il était fermé, puisque je l’ai ouvert. Bon, je passe cette question, on va dire que l’araignée était un petit œuf qui a éclos dans le bocal, et ne me demandez comment le petit œuf est arrivé là, ça va devenir torride. Comme le dit Guy Bedos « quand Papa a mis la petite graine dans le ventre de maman, Papa était loin de se douter que quelques années plus tard, la petite graine chausserait du 46 et mangerait un bâtard pour son goûter ».
  • Combien de temps ça vit, une araignée ? Vous allez me dire, « va voir sur Wikipedia, toi qui n’as que ce mot à la bouche ». Je répondrai « j’en ai d’autres en l’occurrence, là, tout de suite, lecteur éméralope (repentir : on écrit héméralope, merci Nerik et Julien T) », mais je précise ma question avec une sous-question :
    • Combien de temps ça peut vivre, une araignée, sans manger ?

Parce que le bokalari, ça doit bien faire 1 mois qu’il est vide, et fermé. (entendons-nous : ça fait un mois qu’il est fermé. Vide, non, puisque qu’il y avait l’araignée, ou l’œuf. m’enfin, y avait pas de riz qu’elle aurait pu bâfrer).
Ou alors, il y avait aussi quelques œufs de mouches, moustiques et autre provende dans le bocal, et l’œuf éclos d’araignée s’est boulotté les œufs éclos de mouche, moustique et autre provende. Mais il n’y avait aucune coquille au fond du bocal. Si c’est pas une preuve…
Bon, donc voilà, au turbin. Je sais que la tique peut vivre des années sans manger, mais c’est-y possible qu’une araignée basique (arachnea domestica albinosa) vive et croisse pendant un mois sans boulotter ?
M’étonne, quand même.

Repentir : autre hypothèse qui me traverse l’esprit, en attendant que la température du riz basmati baisse : peut-être qu’il a des œufs d’araignée dans le liquide vaisselle qui m’a servi à nettoyer le bocal il y a… quelques années ? Ne riez, bande d’ineptes : si une tarentule peut se loger dans une oreille (et c’est TF1 qui le dit, donc c’est forcément vrai), tout est possible. (lisez notamment les commentaires…)

Magnolia

La semaine dernière, discussion arrosée autour d’Ernest Hemingway (c’est parti de la mention du Hemingway Bar, un lieu que j’affectionne), et j’apprends à cette occasion que Papa Ernest aurait inventé plusieurs cocktails, dont le « Ernest » (ou Daïquiri amer ?), qui se décrit comme suit : « c’est un daïquiri avec double dose de rhum ». Pour qui ne sait pas ce qu’est un daïquiri, passez votre chemin, mon propos n’est pas là.
J’étais déçu qu’un grand écrivain, créateur de cocktails, donne son nom à une variante. C’est comme si je disais « j’ai inventé le Bloody Chris, c’est comme un Bloody Mary, mais au lieu de mettre de la vodka, on met du gin… » Bonjour l’originalité.

Et donc, la semaine dernière, dans le feu de l’action, j’ai composé la recette (théorique, je n’ai pas encore testé) de mon premier cocktail, que j’appellerai Magnolia.

  • Pilez du gingembre confit
  • Délayez du jus de citron vert
  • Touillez avec élégance, ou furie barbare, suivant l’humeur et vos convives
  • Ajoutez trois glaçons
  • Versez doucement du Gin, jusqu’à recouvrir le glaçon le plus haut (ou arrêtez-vous 1 cm avant le haut du verre)
  • ajoutez deux feuilles de menthe fraiche

Prévoyez un dip (ex : crudités à tremper dans un bol de fromage blanc aux fines herbes) pour rafraichir tout cela, ou bien un méchant vieux Chorizo pour attaquer les papilles. Et demandez à Firmin de mettre en marche le ventilateur au plafond.

Caillou – Café

Mousse dorée sur un flot brun
Grains torréfiés, concassés, filtrés sous pression,
breuvage substrat, concentré, entier.
Remuer son café, pour le plaisir de casser le reflet en une multitude de miroirs
Un tissu de soie sous la pluie.

Café en bouche, liqueur de bois acidulé,
cigare doux humidifié.

J’aime boire du café, car cela me rappelle tous les cafés que j’ai bus.

Oxymore oxygène

Voilà, ça y est, ce blog a atteint sa vitesse de croisière. Je ne parle pas des quelques 80 thibillets déjà pondus, ou des 6-10 dans les tiroirs, ni des apports futurs si les petits piranhas ne me mangent pas (changer la cosmétique, publier mes nouvelles voire mon roman, passer sur une plate-forme dans l’espace et coloniser Callisto, satellite de Jupiter…).
Je parle de la reconnaissance absolue, éternelle, absolument pas éphémère, d’un billet sur un autre blog. Voué, voué, y en a un qui m’a trouvé, comme ça, hop, par hasard.
Par delà 13 ans (?), un ancien élève – euh, comment dire – « pas spécialement intéressé par la finance, et peu regardant sur les horaires et les présences en cours » (ces deux points montrant la maturité qu’il possédait déjà, il était affranchi d’un système dans lequel nous courons tous comme des hamsters dans leurs petites roues en nous disant « cours, camarade, le vieux monde est derrière toi »), donc, bref, arrêtez de m’interrompre dans ces ouvertures de parenthèses, lui, là, il m’a trouvé et m’a croqué. Tel le grand méchant loup face au petit chaperon rouge que je suis, il m’a ramené 13 ans en arrière, quand je n’avais pas de doctorat, mais encore des cheveux, et quand on avait – ô grand luxe – une messagerie électronique interne à l’école, un truc complètement dingue, on pouvait envoyer un message électronique (pas un fax, non, un texte écrit sur ordinateur) à n’importe quelle personne de l’école, c’était fou, pour nous, le summum de la communication. Internet ? Euh, on aurait dit que c’était une marque de lessive, du genre : (musique pimpante, avec des trompettes)

Il passe entre les mailles, et rend les chemises proprettes,
en poudre ou bien liquide, je chéris Internet

Et maintenant, le petit Ari est devenu un bloggueur, il a bossé pour des dot com (comme tout le monde) mais c’est fini (comme tout le monde), il aime bien Brice de Nice, il a même son permis de conduire, c’est dire s’il a réussi dans la vie. Content de t’entendre par la voie cyber, amigo.

Retour de flamme

Bilan de cette semaine de vacances :

  • 38 ans sonnés lundi
  • un fut de 20 litres de bière éclusé (ça ne pardonne pas, de louer un ancien hôtel restaurant avec une tireuse à bière et un percolateur)
  • plus de 1 280 photos numériques prises (je vous rassure, j’ai dû en jeter… 10%)
  • 18 personnes en phase haute, 10 personnes en phase basse
  • deux montages de deux vidéos numériques (durée totale : 17′, Lawrence d’Arabie n’est pas loin)
  • 48′ de jogging (en une seule fois)
  • des nuits de 10h (sauf celle où mon fils a tartiné son pyjama et son lit de ses humeurs)
  • 8h de route à l’aller, 10h de route au retour (pause à Poitiers)
  • 600 € pour un Toyota Corolla 2 000 km, chez Rent A Car

Et au retour (soupir)

  • 4 message sur le répondeur
  • 200 mails dans ma boite (sans compter les 500 mails sur les mailing-listes d’openoffice)
  • 28h de cours à faire cette semaine

Vacances j’oublie tout

Je ne sais pas si c’est l’effet du marathon, de la fin de mon cours d’analyse financière et boursière ou de la présence de certains pénibles à mon travail, mais je me sens un peu flappi. Le ludion hystérique en salle de cours est loin, le philosophe débonnaire est aux abonnés absents, reste juste un être humain, pétri de contradictions, et aspirant à la simplicité. C’est pas donné. Donc il faut recourir aux grands remèdes : une location de vacances dans un lieu déserté mais face à la mer ; une maison de 7 chambres doubles (oui, sept, sans compter les lits individuels) ; une tireuse à bière (j’ai commandé un fût de 20 litres de 1664, on verra au bout de deux jours s’il y a besoin de passer aux fûts de 30 litres) et un percolateur pour les expressos. J’oubliais le plus important : une floppée de copains débarquant en train, chignole, monospace, twingo, ludospace, ford fiesta, coccinelle volkswagen, tricycle. Et tout cela tombe bien, même si je ne leur ai pas dit : lundi, j’aurai 38 ans. Voui, voui, je sais, je ne les parais pas, je me mets des masques de concombre sur le visage chaque matin comme le fêlé d’American Psycho (film que je viens de voir, juste avant L’ge de glace II, et autant L’ge de glace II m’a plu, autant American Psycho m’a semblé enflé et nauséeux comme un pudding cuisiné avec des oeufs de cane atteinte du H5N1). Bref, dans le monde réel des personnes qui ne travaillent pas à Wall Street, on va se boire unes bières à ma santé, et je m’en réjouis d’avance.
J’emporte aussi l’ordinateur portable (enfin, le transportable, celui qui pèse 3 kg), le Nikon D 100, un carnet de notes, le Palm Vx que m’a offert une collègue adorable, et quelques livres, dont le Sébastien Japrisot que je suis en train de lire avec plaisir.
Je sais bien que vous êtes tous/toutes en train de pleurer à grosses bulles, mais il n’y aura pas de thibillet pendant une semaine. Cela vous reposera, et moi aussi. Essayez de vous sevrer, comme j’essaierai de le faire. Hasta la vista.

Oeil d’aigle, jambe de cigogne, Moustache de chat, dents de loups

Merci à Cyrano pour le titre de ce thibillet. Merci à Yann pour l’info : les photos du calvaire sont dispos sur le site de Maindru Photo. Hélas, saturation du serveur (35 000 personnes qui se connectent, ça fatigue…). Donc, dès que j’arrive à me faufiler dans une fenêtre espace-temps, hop, je chourave et poste.
MàJ : ça y est !


Flapi

et Flapo

.

En attendant les photos de Laurent N.

Marathon Man (ou Voyage au bout de l’enfer)

Et voilà, pour la deuxième fois, je suis marathonien.

Les faits bruts

  • 4h 52′ 07″ ce qui me place
    1. moins bien qu’en 2002 (4h 40′ 54″)
    2. 27 743ème sur 35 000 (mais combien d’abandons ?). Une petite recherche me donne 30 744 arrivants. La dernière est Andrée Degoumois, en 6h 25′ 45″. Bravo Andrée, tu es la dernière des premiers. Après cette arrivée, ils ont arrêté les chronos, mais il y a probablement (sûrement) des participants qui continuaient à arriver…
    3. 8ème sur 10 ESCP / ESCP-EAP répertoriés pour l’instant
  • J’ai vécu ce que je vais appeler Le syndrôme classique, étant donné que tous ceux à qui j’ai parlé ou dont j’ai entendu parler (Laurent, Damien, Christian, Sébastien, Jean-Philippe) l’ont eu aussi : départ bien motivé, vigilant mais optimiste, passage du semi-marathon (donc, la moitié de la distance, à 21,1 km) en se disant « bon, jusque là, ça va » et après, effondrement. Suivant les interlocuteurs, l’effondrement n’a pas lieu au même kilomètre, pour ma part, en précurseur, cela a été dès le 26ème kilomètre. Et après cela, l’enfer. Et pour paraphraser Anna Gavalda dans une des nouvelles de Je voudrais bien que quelqu’un m’attende quelque part, « tu l’as sûrement lu rapidement, donc je te le réécris pour que tu t’en rendes bien compte : j’ai vécu l’enfer pendant 16 km« .

Remerciements

Je souhaite remercier

  • mes jambes, pour avoir accepté cette connerie pendant presque 5h (sans compter l’after : la remontée de l’avenue Foch, le métro avec escalator en panne, la voiture…)
  • les amis qui sont venus nous encourager : Marie-Cécile au km 20 qui m’a accueilli avec « Tu peux le faire, Christophe ! » et a couru à mes côtés ; Laurent au km 29, après quelques méchants tunnels ; et Angelika, qui a eu la patience d’attendre à l’Etoile plus d’une heure, entre l’arrivée de Laurent et la mienne.
  • les anonymes qui nous ont encouragés sur tout le parcours. Des enfants à qui on tape dans la main, de jolies femmes, des jeunes papas, des pépères casquettes, des beurs survêt, tout ce Paris qui a certes des défauts, mais aussi des qualités dans les fêtes populaires. Je salue la nonyme (quel est l’antonyme d’anonyme ?) Madame Raymonde, dite Ray (photo ici), la patronne de La boutique du Marathon, 100 marathons à son actif, et qui était présente au km 40 à nous encourager.
  • les bénévoles de l’organisation qui distribuaient les bouteilles et aliments, la Croix-Rouge et ses tentes et ses blessés, les pompiers de Paris qui sont toujours encourageants, tout au long du parcours, les orchestres (Satisfaction m’a trotté dans la tête pendant quelques kilomètres)

Déroulé (rapide) et analyse de la course

  • Départ et premiers kilomètres : bonne ambiance, nous sommes tous avec nos bobs jaunes, et c’est impressionnant de voir cette étendue de foule qui couvre les Champs-Elysées jusqu’à la Concorde (et au-delà, bien sûr, les premiers doivent déjà être rue de Rivoli…). J’hésite alors entre me fixer 5’30 » au kilomètre (objectif 4h00) ou la jouer plus raisonnable : 6’00 » au kilomètre (objectif 4h20), en attendant de voir comment je serai au semi. Comme je suis stupide et optimiste (synonyme ?), je me cale à 5’30 ». A côté de moi, un gars dit « Quand même, c’est beau ». Il a raison, il fait beau, et de la rue de Rivoli, on voit la colonne de la Bastille au loin, si loin, si proche.
  • Ravitaillements : tous les 5 km, je prends de l’eau à chaque fois, et en trottinant, je vide la bouteille consciencieusement, puis retour à la vitesse de croisière, coup d’oeil au cardio-fréquencemètre, moyenne à 5’40 » au kilomètre, mes jambes savent ce qu’elles font.
  • Entrée dans le bois de Vincennes au km 10 (déjà 1h de course), on dépasse un fauteuil roulant Handisport, qu’on applaudit.
  • Km 20 : Marie-Cécile surgit comme un lapin blanc hors du chapeau du bitume, et court à mes côtés. Rhhaaa, remotivé je suis.
  • Passage du semi (21,1 km) en 2h07′, là je me dis « tiens, je pourrai peut-être faire 4h20 ? » Hahaha, j’en ris encore.
  • Arrivée à Bastille (un peu avant km 25), je me souviens que je ne voyais pas grand chose, au même endroit, il y a 4 ans. Je me re-dis « Je suis plus frais qu’il y a 4 ans, vas-y jojo, attaque… »
  • A partir des quais de Seine (km 25-26), ça part en déconfiture. J’ai beau me houspiller, les jambes ne suivent plus, et marchent au ralenti. Le graphique ci-après illustre ce qui va être ma souffrance sur les 16 km suivants : alors qu’en 2002, j’étais parti plus lentement, puis j’avais accéléré, cette fois-ci, cela n’a été qu’une lente descente vers l’enfer.
  • Je convoque mon Loup, vers le km 26, il m’aide pendant un petit kilomètre, je me sens carnassier et sauvage, je le sens galoper à mes côtés, grogner avec moi, aspirer l’air glacé, et puis il s’en va, ou s’enfonce à nouveau au plus profond de mon être
  • Une pensée à la volée, vers le km 27 : si l’énergie pouvait être dérivée de la souffrance, un Marathon de Paris suffirait à éclairer Paris pendant un an. Mais n’importe quelle journée d’une Maternité ferait le même boulot, après tout, nous autres, les hommes, nous sommes ben douillets…
  • Rencontre avec Laurent, km 29, après quelques tunnels éprouvants. Petit papotage pendant que je fais des étirements, et puis re-départ. Nouveaux tunnels. ambiance sombre et confinée : vers la fin d’un tunnel, j’avais l’impression de ne respirer que le gaz carbonique des concurrents. Arrivée à l’air libre – et montée – perçue comme un soulagement.
  • Aux ravitaillements de 30, 35 et 40 km, je marche, je mange de la banane, je bois ma bouteille. Chaque kilomètre arrive de plus en plus lentement, les crampes menacent, je les sens tapies au fond des muscles, prêtes à bondir. Je masse les endroits où les crampes palpitent, courbé en deux, tout en continuant à trottiner comme un hérisson blessé. Grosse souffrance.
  • Km 39, je prends ma dernière dose de glucose, celle estampillée « Coup de fouet« . cela ne suffit pas : même si je m’étais juré de ne pas marcher en dehors des ravitaillements, je craque : à 39,500 je me mets à marcher, en attendant le ravito de km 40. Arrivé là, je bois, je me tape une banane entière, et puis je me remets à courir, c’est tout un effort, il faut marcher un peu vite, balancer les épaules, oser soulever le premier pied pour faire une foulée, ressentir le choc, serrer les dents, continuer, et on se retrouve à carapater… comme un ragondin agonisant.
  • La fin n’est pas descriptible. Gros effort pour maîtriser mon visage et mes sentiments. L’avenue Foch, où j’avais bien accéléré il y a 4 ans, pour finir en beauté, me semble une montée morne et grisâtre. Pas la force ou l’envie de sourire aux photographes officiels.
  • Et voilà, ça c’est fait.