Category Archives: Réflexions

Yoda vs Data

Hier soir en sortant de la piscine, je repensais à Maître Yoda, la première fois qu’on le voit (dans l’épisode 5, l’empire contre-attaque).
Il a piqué une barre de céréales dans le sac de Luke Skywalker, et comme R2D2 veut récupérer la barre de céréales (mais que peut faire un droïde d’une barre de céréales ?) , Yoda lui donne des coups de canne. Et je me disais « pourquoi un Chevalier Jedi, qui maîtrise l’espace et le temps, qui peut influencer les esprits faibles rien qu’en faisant des petits gestes avec les mains, qui peut soulever les pierres et les vaisseaux un peu comme Jane Grey dans X-Men, donc, pourquoi il donne des coups de canne à R2D2 ? »
Je trouve cette scène un peu pathétique, ou attendrissante.
Bon, il y a la première explication, sans fantaisie, qui est de dire « dans le scénario, les gars ne savaient pas que 20 ans après ils allaient tourner l’épisode 1, puis 2, là où Yoda fait le Yamakasi en combat singulier contre le Comte Do(o)ku(u). »
Et puis, il y a la réflexion plus avancée. Les humains se défient des machines. Les vrais, bons, êtres humains, « ceux qui marchent debout », ont compris très tôt que la seule matière malléable, c’est l’être humain et son cerveau. Ainsi, Yoda travaille sur lui-même, et il n’est pas interdit de penser que quand il soulève un rocher, en fait, il influence notre perception de la réalité (un peu comme le ferait un hypnotiseur), plutôt que de pratiquer réellement la télékinésie. Cf. dans Matrix : quand le cerveau croit que l’on reçoit des impacts de balles, le corps meurt.
Je préfère encore une troisième version. Yoda peut manipuler les objets à distance. Il pourrait donc éteindre R2D2 et consommer sa barre de céréales tranquilou. Mais il est à ce point « anti-machines » que sa réaction est viscérale (je vais taper cette boite de conserve) plutôt que raisonnée.
On retrouve la défiance des machines qu’on avait dans Dune (les mentats, ordinateurs humains, remplacent les machines calculatoires) ou encore dans cette nouvelle de Philippe K. Dick, l’homme variable.

Cinétique du Pékin – les Grumeaux

Dans notre typologie des mouvements urbains, nous sommes donc désormais dans la mécanique des fluides. Mais, après l’exposé liminaire (le déplacement dans un espace où d’autres pékins circulent), voilà les complications. Car tous les pékins ne se ressemblent pas. Il y a les pékins comme vous et moi, les normaux, quoi. Et puis il y a les grumeaux. Les grumeaux, ce sont ceux qui perturbent l’écoulement fluide des corpuscules. Voici donc quelques grumeaux types (on remarquera que certains d’entre eux avaient déjà été estampillés comme Batanas) :

  • le Blö : marche sans regarder devant lui.
  • Le Zouapla : alors qu’il est en vitesse de croisière, s’arrête brusquement, ou fait demi-tour.
  • Le Lambin : marche lentement. A tout son temps, ou de l’arthrite, ou veut démontrer aux autres que lui, il est pas un hamster qui cavale comme un taré dans sa roue.
  • Le Serpentin : ne marche pas en ligne droite, mais au contraire, a une démarche sinuante (dont il ne se rend pas compte, évidemment). Exemple : est en train de lire ; de parler dans son portable ; ou a tout simplement des problèmes d’oreille interne et de GPS biologique. Maintenir une distance de sécurité quand on double.
  • Le Kouple : marche en se tenant la main, créant ainsi une molécule plus longue, impossibilité de passer entre les deux, et de surcroît cette molécule a une vitesse qui est la résultante erratique de la vitesse des deux. Un Kouple devient, de fait, un Lambin au carré.
  • Le Kouple illégitime : ne se tient pas la main, mais maintient une liaison de covalence (distance maximum) pour diverses raisons : proximité affective, amicale ou familiale ; baladeur avec deux casques ; collègues de travail. Le Kouple illégitime se comporte, moléculairement, comme le Kouple, mais il est plus difficile à identifier (puisque les protagonistes ne se tiennent pas la main). Et attention, passer entre deux membres d’un Kouple illégitime, c’est prendre autant de risques que de se placer entre le bébé hippopotame et sa mère.

Quel est l’intérêt de les nommer ? eh bien, comme pour les Batana, le principe est de transformer l’innommé en nommé, de circonscrire notre énervement, bref, d’étiqueter le tracas. Et puis franchement, « va donc, eh, grumeau ! », c’est une insulte qui sonne bien…

Cinétique du Pékin – Space Intruders

Dans la chronique « cinétique du pékin« , nous nous sommes cantonnés pour l’instant à un espace clos et bien délimité : la rame de métro. Avec, il est vrai, une incursion dans la dynamique, sous la forme de l’entrée-sortie de la dite rame, et du placement progressif dans la rame. Mais cela s’apparentait plus au mouvement du pion qu’à la diagonale du fou. Nous passons aujourd’hui dans un espace de caractéristiques opposées : une zone sans murs, sans couloirs, sans obstacles. Exemple : la salle des pas perdus d’une gare ; l’espace devant les quais ; la Place Carrée sous le Forum des Halles. Et nous rajoutons une contrainte pas si exceptionnelle : cette salle n’est pas trop remplie. Ce n’est donc pas la salle d’un concert à succès, mais plutôt un espace où l’on peut se mouvoir assez librement, mais pas seul.
Un parfait exemple de mouvement d’un gaz dans un espace certes clos, mais sans obstacles.
En observant ces conditions, on se dit : chic, nulle entrave, chaque corpuscule (le pékin lambda) va aller au plus simple, c’est-à-dire qu’il va se déplacer selon une droite depuis son point de départ jusqu’à sa destination.

Que nenni.

Car d’autres corpuscules se déplacent aussi dans cet espace, et étant donné que le pékin n’est pas une particule aveugle et insensible, il va essayer d’éviter les autres (alors que la molécule de gaz, elle, se contrefiche de jouer aux autos tamponneuses). Ce qui signifie que le pékin va mettre en oeuvre des mécanismes cérébraux dont il n’a certes pas conscience, mais qui remontent à l’âge des cavernes et aux glorieuses périodes de la chasse à la galinette cendrée. Il faut en effet anticiper les trajectoires des autres pékins, tout en mesurant leur vitesse, le tout sous une contrainte d’optimisation (prendre le chemin le plus rectiligne possible). Cela rappellera à une certaine génération le jeu Space Invaders : il fallait décaniller des envahisseurs, mais de temps en temps, zoupla, il y avait un vaisseau qui valait cher qui passait en haut de l’écran, alors il fallait tirer en tenant compte du fait que (1) le vaisseau qui valait cher se déplaçait vite (2) le missile devait passer entre les envahisseurs qui étaient méchants aussi mais qui ne valaient pas aussi cher (la preuve, ils se déplaçaient plus lentement).

Si l’on marquait chaque pékin à la fluoresceine, on verrait que la trajectoire de chacun s’apparente plus à une ligne brisée qu’à une droite raide comme la justice. Tel le chauffeur de taxi parisien, qui emmanche des bouts d’itinéraires les uns après les autres, le pékin réinvente sa marche. Qui chantera ces oeuvres d’art éphémères, tracés évanescents sur le marbre froid des capitales inhumaines ?

Des chiffres mis en perspective

Je saisis l’occasion d’un billet sur le Standblog pour livrer une mini-réflexion :

  • Le jour où tous les journalistes comprendront que ce qui compte, ce ne sont pas les chiffres bruts, mais les ordres de grandeur, l’information aura fait un grand pas. Pour info, il y a déjà 20 ans (si ce n’est plus…), c’était ce qu’on nous assénait en prépa ;
  • Exemple 1 : The Billion dollars Gram, ou comment « voir » littéralement les ordres de grandeur ;
  • Exemple 2 : (à vous de bâtir votre billion dollars ou TeraWh gram) : Statistiques mondiales en temps réel
  • Exemple 3 : le billet de Tristan Nitot sus-cité, sur les ordres de grandeur en terme de CO2 dégagé. Une illustration simple, mais très efficace.

J’attends aussi la personne qui fera une analyse du nombre de victimes de la Grippe A (H1N1, coulé !) par rapport à d’autres pandémies (j’inclus l’alcool).

Ardoises électroniques

En d’autres temps, et pour d’autres raisons, j’apprécierais la dématérialisation des factures papier. En effet, l’argument écologique est non négligeable : économie de papier, d’enveloppe, de transport de courrier. Mais ces factures électroniques présentent plusieurs inconvénients :

  • D’abord, la démarche est inversée. Autrefois, on recevait (mode passif) une facture papier, elle était livrée à domicile à échéance fixe. Aujourd’hui, par exemple pour les comptes bancaires, on doit penser à se connecter régulièrement (mode actif) pour consulter ses comptes. C’est un argument qui semble de peu de poids, mais il a son importance pour moi : je cherche depuis des années à me libérer le cerveau de tâches, to-dos, rappels… Or, dans le cas d’une facture électronique, il faut faire la démarche d’aller voir, cela rajoute une chose à laquelle penser.
  • J’en viens à mon souci principal : si la facture est dématérialisée, on se connecte finalement assez peu pour la consulter. Sur les 6 derniers mois, je n’ai probablement jamais consulté mes factures d’abonnement Internet+téléphonie fixe. C’est pour cela que je ne veux pas passer aux factures électroniques pour mon téléphone portable : cela me priverait de ma vigilance sur les sommes dépensées au-delà du forfait.
  • De là, mon impression du jour : sous le couvert d’un discours écologique qui les arrange bien (green washing), les différents opérateurs doivent finalement se frotter les mains de voir tant de personnes passer aux factures électroniques « consultables en ligne ». Parce que personne ne les consulte, ou avec retard. La facture électronique, c’est la fin de la vigilance sur les comptes. Cela me rappelle un conseil – à mon avis très juste – sur les to-do listes : si vous faites votre to-do liste sur un ordinateur, imprimez-la. Si ce n’est pas imprimé, vous ne ferez pas les tâches.

Les sept piliers de la sagesse

Que ce soit dans les quêtes spirituelles (religions), intellectuelles (philosophies) ou comportementales (psychologie, développement personnel), je trouve que l’on retrouve des thèmes communs. Ainsi, quel que soit le chemin emprunté (une pratique religieuse, le coaching, la lecture et la réflexion sur soi-même…), j’ai l’impression qu’on en revient régulièrement aux mêmes « valeurs » fondamentales, ou « principes » fondateurs. J’ai donc essayé de les écrire. A ce jour, ils sont au nombre de 7. L’ordre choisi importe peu.

  • Les autres ne changeront pas. Mais on peut se changer soi-même. C’est douloureux, c’est difficile, mais ce n’est pas impossible. 
  • Vivre maintenant. Pas dans l’angoisse de demain, ni dans le regret d’hier. Vivre à cette minute. Et la suivante. Et celle d’après.
  • Les faits sont les faits. Mais notre perception est différente. Les faits ne changeront pas. Mais notre perception peut changer. D’un mal peut jaillir un bien.
  • Respirer profondément. Peut-être l’unique conseil. Respirer profondément.
  • Ecouter
    • écouter les autres
    • s’écouter soi-même
    • écouter l’environnement
  • Chaque chemin est personnel. Ne juge pas.
  • La perfection n’existe pas. C’est une direction, pas un état que l’on peut atteindre.

Anaxabulle

Appelons anaxabulle une figure de style (de rhéthorique ?) où des termes identiques en termes d’assonance permettent de construire plusieurs phrases avec du sens. Oui, je sais, c’est toujours mieux quand on donne un exemple.

– J’ai tout fait : j’étouffais…

– C’est épatant !
– C’était pas tant : c’était patent.

Hypocrisie sémantique

Plus l’outil / le serveur / la réforme est chiant(e), plus il aura un nom chiadé, pour faire rêver les mamies ou les cadres. Mais les cadres ne rêvent plus, coco, ils pédalent. Alors moi j’en ai marre des Cap 5000, Equilibrance et autres Symphonie pour nommer respectivement une campagne de réduction des coûts, un contrat d’assurance-décès et un serveur de documents juridiques.
Parlons vrai, appelons incha incha.

  • Vous voulez licencier des salariés ?
    • Le Grand Dégraissage
    • Soleil vert
    • Victor le Nettoyeur
    • Dexter

  • Vous voulez vous recentrer sur vos actifs stratégiques
  • ?
    • Grande braderie
    • Napalm et sulfateuse
    • Zen et bombe H
  • Vous voulez conquérir de nouveaux marchés ?
    • Opération pots de vin
    • Boléro et saut de haies

Les mots parasites

Pour ceux qui parlent beaucoup par métier (suivez mon regard) ou ceux qui font des présentations orales (c’est la période des soutenances…), il y a une tendance à rajouter des mot « pour remplir ». Probablement pour se chauffer, ou bien pour se rassurer du débit ronronnant du discours, ou encore pour véhiculer un message (« prêtez attention »). J’ai commencé une mini-liste pendant une insomnie, mais je suis sûr qu’il y en a d’autres :

  • Il faut se rendre à l’évidence,
  • Il ne faut pas se voiler la face
  • Il faut comprendre que
  • … de France et de Navarre…
  • en quelque sorte
  • entre guillemets
  • entre parenthèses
  • jveux dire

D’autres mots parasites ?

les murs ? Rien…

D’après mon ami Bruno, on est partis dans un mur écologique.
Du genre, on était une Ferrari à 300 à l’heure sur la voie de la consommation gaspillante, et sur les 30 derniers mètres, on a eu une alerte, donc on a pris conscience, mais rapidement, donc on a freiné à mort, résultat, on a percuté le mur à 280 à l’heure. En terme de bilan écologique, c’est clair : le discours officiel est rassurant, mais on s’y est pris trop tard.
Là où Bruno s’arrête, et là où je commence, c’est sur la suite.
(en fait, Bruno et moi avons bâti la suite)
Une Ferrari à 280 à l’heure qui percute un mur, elle ne s’arrête pas là. A cause de l’énergie cinétique, et de choses que je ne connais pas, mais que Bruno détaillera, la Ferrari, cette grosse vache, elle va continuer sa trajectoire de bolide fracassant.
Chance, ou plutôt, malchance, il y a un deuxième mur derrière.
Les puristes auront noté que je dis deuxième, donc ça n’est pas fini.
Bruno et moi n’avons pas le même ordre de percussion des murs, et surtout, le même nombre de murs. Je vous les livre ainsi au fil du clavier.

  • le mur financier, qui va péter grave (ah bon, il a déjà pété ? roh, chsavais pas moi, c’est pas dieu possib, il a pété ? mais que va devenir l’écureuil qui met ses noisettes où qu’il peut ?)
  • le mur économique. J’ai pas tout compris, mais selon Bruno, ça va envoyer, et Internet va disparaître. Vouê. Un grand cataclysme et le terme Big Bang étant déjà copyrighté, on appellera ça Le Syndrome Gutenberg. Y aura plus d’Internet. Tu sais, le truc qui permet de passer du temps sur Fessebouc et touiteur, eh ben voilà, y avait pas de garantie, ça va s’estomper dans les brouillards numériques.
  • Je postule aussi la fin du mur sentimental. La Ferrari aura encore un peu de vélocité, et il restera un mur, certes affaibli, quelques briques qui tiennent encore parce qu’elles sont liées. Et la Ferrari cassera ce dernier mur.

Et il restera quelques briques et une épave, Le tout en fin de course.
Ce sera le moment de reconstruire.
Avis aux amateurs, ceux qui n’ont pas peur des murs qui s’écroulent.
S’il y a des murs à reconstruire, appelez-moi.

Electrosynchro

Une nouvelle idée de startup.

Pitch :

Encore ce week-end, j’ai rencontré ce specimen féminin : elle ne sait pas faire marcher un camescope, elle oublie de recharger son téléphone mobile, et quand elle emporte son appareil photo compact en vacances, elle a oublié (1) le chargeur (2) de recharger la batterie (3) de vider la carte photo.

Il faut aider ces pauvres bêtes.
Même moi. (moi, c’est dire). Je trouve assez fastidieux de devoir brancher mon Mac pour l’alimenter quand la batterie est en fin de course, de connecter mon téléphone portable à mes 17 ordinateurs pour synchroniser mon agenda et mes contacts, et de mettre le cable USB dans le fion de mon appareil pour récupérer mes photos.

Deliverable :

Il existe déjà dans les cartons un tapis de rechargement : on pose son mobile device dessus (ipod, tél portable, hamster) et celui-ci se recharge par induction, sans branchement de cable. Je propose l’étape suivante : on pose le mobile device sur le tapis (appareil photo numérique, puce RFID, femme) et cela recharge (par induction) et synchronise (par Bluetooth, par plasma, par exemple).

Avant : je rentre, je pose mon Nicon, j’allume le Maque, je lance iPhoto, je connecte le Nicon par USB au Maque, j’allume le Nicon, et je dis « OK, importer ».
Après : je rentre, je pose le Nicon sur le Tapis Giga Virtuel (TGV), et le Nicon synchronise les photos avec le Maque, tout en rechargeant sa batterie.
NB : marche super bien avec l’iPod aussi, et le tél portable, le cahier.

Final word :

Pas de fils à brancher. Pas d’oubli. Un monde où les femmes seront femmes et geeks, sans se rendre compte qu’elles sont geeks. Des millions d’informaticiens boutonneux me worshipperont comme un god.

Narcose

J’ai toujours été fasciné, ou un peu angoissé, par l’instant de l’endormissement.

Il y a 20 ans et quelques, j’avais lu des récits de Lovecraft, dont une nouvelle qui s’appelait Hypnos. En épigraphe, elle avait cette citation de Baudelaire que je cite de mémoire « à propos du sommeil, aventure de tous les jours, on peut dire que la majorité de la population va s’endormir chaque soir avec une insouciance qui ne peut être expliquée que par l’ignorance du danger ».

L’endormissement, pour moi, c’est un moment très particulier, très subtil, la superposition de deux états (veille / sommeil) dans un équilibre instable.
Pour moi, l’endormissement correspond à deux phénomènes, deux idées que je souhaite partager.

  • Le premier phénomène, c’est que l’endormissement est un état de pur abandon, dans lequel on est en vulnérabilité totale. En effet, quand on est éveillé, on a nos barrières bien relevées, nos boucliers ajustés, le monde extérieur peut nous agresser, nous avons de quoi répondre. Nous sommes en état de veille, au sens guerrier du terme. Quand nous sommes profondément endormis, ces boucliers du réel ont été remplacés par une autre chape protectrice, celle du sommeil profond : nous sommes aveugles et sourds au sollicitations, et il faut de l’insistance pour que nous nous réveillions, péniblement, et lentement. Mais entre ces deux moments de protection, celui de la journée avec ses boucliers qui reflètent le soleil, celui de la nuit avec son couvercle de lune, il y a le crépuscule : l’endormissement. Le moment où, peu à peu détendus, nous baissons nos barrières. C’est un glissement insensible, certains ont une ultime détente des nerfs, un sursaut, qui signale la baisse des boucliers. Pendant quelques minutes, nous sommes totalement vulnérables. Pour preuve : tous ceux qui, sous prétexte d’une bonne blague, nous surprennent à ce moment-là. Qu’ils puissent tous rôtir en enfer, pour la peur pure qu’ils nous infligent. Attaquer quelqu’un pendant son endormissement, c’est criminel, c’est dangereux, c’est le reflet d’une méchanceté telle qu’elle ne peut être que le produit d’un manque d’imagination.
  • Le deuxième phénomène, c’est l’esprit en roue libre. On se couche à deux, on se détend, on papote, et puis, peu à peu, l’endormissement surgit. Mais le cerveau continue la conversation, avec ses propres termes, dans notre tête. Et il m’arrive souvent de répondre à voix haute, en fonction de mon cinéma intérieur. Cela donne des choses du genre : (conversation normale) « tu sais, je pense que… » « ah oui, je suis d’accord, d’ailleurs ça me rappelle… » puis (endormissement progressif) puis silence (cerveau en roue libre) et soudain « Non parce que les lapins, ils vont manger des nouilles ! » ‘Quoi, qu’est-ce que tu dis ?! » « Mmrrfff, euh non, rien, excuse… » puis (endormissement progressif) puis silence (cerveau en roue libre) et soudain « Je ne peux pas enlever mes nageoires, merde ! » « Euh, ça va ? » « Moui, moui, pardon… » (endormissement définitif).

FB ou l’autorécursivité du commentaire

Bonjour, je m’appelle Christophe et je suis inscrit sur Facebook.
(bonjour Christophe, bonjour Christophe, disent les Facebookeurs anonymes de mon groupe de thérapie)

Ce truc-là, c’est de la vérole.
Mais le pire (ou le mieux, tout est dans tout, et moi je suis là où tu peux même pas imaginer), ce sont les commentaires. Parce qu’il y a eu plusieurs phases.

  • Avant, dans le monde réel, tu te faisais un porridge. Tu le mangeais (oulà, c’est chaud !), tu le finissais (tiens, c’est un peu gluant) et tu lavais le bol (ou pas).
  • Puis, avec Facebook, tu as pu : (1) faire un porridge (acte réel, monde réel) ; (2) poster un commentaire : « là, je FAIS un PORRIDGE » (acte réel, monde virtuel).
  • Aujourd’hui, il y a les vicieux qui vont plus loin : (1) tu fais un porridge (mais ça devient accessoire, du genre, tu le fais plus parce que t’en avais envie, tu le fais pour servir de pitch à ton accroche facebook) : (2) tu postes « là, je FAIS un PORRIDGE » ; (3) Tu postes « Là je mange le porridge (ouh, c’est chaud !) » ; (4) tu postes « Là je finis le porridge, c’est un peu gluant, har har » ; (5) tu postes « Fini le porridge, pas sûr que je vais laver le bol ! »
  • Enfin, il y a le vicieux ultime (bonjour, je m’appelle Christophe et je suis inscrit sur facebook) qui va aller plus loin. (1) tu fais un porridge (en fait, tu le fais pas, parce que tout le monde te regarde sur facebook, mais personne ne te voit dans ta cuisine, si ça se trouve, tu es au bar du Lutétia)(absence d’acte réel, monde réel) : (2) tu postes « là, je FAIS un PORRIDGE » (acte virtuel, monde virtuel) ; (3) Tu postes « Là, j’écris que j’ai fait un porridge » (actel virtuel, monde virtuel) ; (4) tu postes « En l’absence de commentaire, je mange le porridge (ouh, c’est chaud !) » (alors qu’en fait tu bois un GinTo) (absence d’acte réel, acte virtuel, monde virtuel) ; (5) tu postes « Là je viens d’écrire que je mangeais le porridge et que c’était chaud » (acte virtuel, monde virtuel) ; (6) Tu postes « là je viens d’écrire que je venais d’écrire que je mangeais un GinTo ».

C’est dire que tu n’es pas près de laver le bol (ou le verre du GinTo).

Où va la flamme de la bougie quand on s’éclaire à l’électricité ?

Depuis de nombreuses années, je m’intéresse au bouddhisme et au Zen. Je suis actuellement plutôt dans la veine bouddhiste, comme en atteste mon thibillet récent. Par ailleurs, je lis tous les jours (ou presque) Offrandes : une citation bouddhiste par jour, assortie d’une belle photo, pour prendre un peu de recul dans ce monde de phacochères.
Définir le comportement bouddhiste est au-dessus de mes moyens. Mais ce matin, j’ai eu l’illumination sur un comportement non-bouddhiste par excellence. Une sorte de Not to do list.
Il y a 10-15 ans, un ami me décrivait le comportement d’un chien : quand la pâtée du soir était servie, ce chien immonde, saucisse sur pattes vérolée, se précipitait pour être le premier à manger, il se gavait à mort, jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus, puis après, il pissait dans les gamelles pour empêcher que les autres chiens ne mangent.
Pour moi, ça, c’est l’opposé exact du bouddhisme.

Nommer l’antinomie

C’est amusant, quand quelqu’un dit « Pour être bref… » parce qu’on sait que du coup, ça ne va pas être bref. Je me demande s’il n’y a pas d’autres phrases, introductions, mots, dont le sens est exactement opposé à la réalité. Cela mériterait une catégorie nommée, une liste, genre « les mots sémantiquement contradictoires avec l’existant au niveau du vécu ». Ou bien « les mots faux ». Genre, « Je te quitte, mais c’est pas à cause de toi » ou « achetez mieux » (alors qu’en fait, c’est « achetez pas cher »).