Category Archives: Réflexions

Pourquoi j’ai aimé regarder Master Chef

Voilà, le plus dur est fait, j’ai fait mon coming out dans le titre.
ça me taraudait depuis des semaines, je n’osais pas en parler autour de moi, je me sentais comme quelqu’un qui fait des choses pas propres quand, chaque jeudi soir, je m’installais devant TF1 à 20h45 pour aller jusqu’au bout de la nuit. Il faut donc maintenant que je parle de ce choix d’existence quasi prométhéen, pour moi qui ne regarde la télé que comme un-écran-auquel-je-pourrais-connecter-mon-Mac-si-j’avais-le-bon-cable-HDMI.

Alors voilà les deux raisons qui me motivaient dans cette aventure vespérale hebdomadaire et télévisuelle.

1. Master Chef, ça donne envie de manger et d’innover en cuisine

C’est la raison qui est souvent avancée, ce n’est pas MA raison primordiale (cf. plus bas), mais quand même : depuis l’avènement de ces émissions culinaires, on constate une relance de la consommation. A la Fnac Saint Lazare, un mur entier est consacré aux livres de cuisine. Et hier soir, mes calmarillons à l’ail sur lit d’asperges, je ne les aurais jamais faits si je n’avais pas vu les délires culinaires et funky de certains de ces candidats. On achète des livres de cuisine, on achète des légumes qu’on ne cuisinait pas auparavant (ma tante a vécu la 2ème guerre mondiale, je lui servirais un rutabaga ou un topinambour, elle me le renverrait dans les gencives avec les frais d’affranchissement en sus), on se lance !
Résultat : je ne m’installe plus devant cette émission sans m’être préparé un bon menu avant, et en gardant à portée de main du chocolat noir coeur praliné ou un pot de crème fraiche épaisse avec une cuillière à soupe plantée dedans.

Mais surtout, voilà ma vraie raison :

2. Master Chef, c’est vraiment une émission typique TF1

Il y a des pleurs, des rebondissements, des injustices, des engueulades, bref, on sent que c’est calibré, monté, orchestré, pour susciter la réaction, l’addiction, ce petit goût de reviens-y des vraies émissions à forte audience. Voir un colosse les yeux remplis de larmes devant une caméra, ça me donne (en creux) une espèce de foi dans l’espèce humaine. Et je suis sincèrement admiratif devant tout cet objet qui n’a rien de naturel, rien de chaleureux, et qui le revendique. Regarder Master Chef, c’est se préparer à des barrages de pubs en rafale, des promesses pour après la pub (« les coulisses des bonus que vous n’avez pas vu sur le DVD, seuls deux algonquins ont eu la primeur de ce que vous allez voir ce soir »). Et on attend minuit pour voir le jury qui donne ENFIN la vraie raison pour laquelle il a éliminé le bon cuisinier qui était sympa, et pourquoi il a gardé la tanche qui brûle ses patates (« ben en fait, sa sauce à lui, elle était moins bonne que sa sauce à elle »). Je n’ai pas chronométré, mais je pense qu’on a autant de minutes de pub que de minutes d’émission, et je trouve ça super fort. En d’autres termes : je n’aime pas TF1, je n’adhère pas à leurs valeurs, mais je découvre mon chapeau, car dans leur domaine, ils sont très efficaces.
Moi je sais pourquoi cette émission élimine certains et garde d’autres : show-business. Les meilleurs partent les premiers, certains candidats ont le plat bordé de nouilles alors qu’ils auraient dû sortir 17 fois, bref, l’art de TF1, c’est de prendre le téléspectateur à contre-pied (de cochon), mais pas tout le temps, pour que le contre-pied ne devienne jamais prévisible. Chaque semaine, on a ses favoris, et à la fin, à minuit, on compte les pots cassés et on y repense le lendemain, on se reforme une équipe de favoris pour la prochaine fois, et ça nous énerve qu’Anne reste alors que Virginie est sortie.
Et le jury est méchant, distant, et quand le candidat est jeté, syndrome de Stockholm, le jury dit des mots gentils et les candidats pleurent (bis) et quittent l’émission en remerciant tout le monde. Moi j’aime bien ces chefs, j’aime bien le critique gastronomique qui flingue de mots assassins, et à la fin, qui dit toujours « votre estouffade à la barigoule me restera toujours au fond du coeur ». (et il rajoute toujours « Bon vent », serait-ce une références aux cassoulets du Chef Yves Camdeborde ?)
Une prime spéciale au montage / scénarios. Je pense qu’il y a des gens chez TF1 qui moulinent toutes les séquences et qui se disent : « OK, faut que ça percute plus qu’un épisode de 24 heures, alors quel va être le Mac Guffin de ce soir ? »
Ils choisissent un angle d’attaque, avec plusieurs fausses pistes, et c’est parti, montage vidéo des séquences alternées, que j’insiste sur les erreurs d’un tel pour après flinguer à la dernière minute une candidate qu’on n’avait même pas aperçue dans les séquences, c’est du grand art. Je pense qu’il y a une vraie écriture des scénarios, inspirée des rebondissements d’un Dr House ou Dexter.
Et tout cela, qui n’était qu’intuition depuis le début, est confirmé par les révélations d’Audrey à un quotidien Wallon (ah, heureusement qu’il y a l’indépendance de la presse wallonne) : les candidats sont parqués, infantilisés et lâchons le mot : manipulés, par la chaîne de télé.
Bref, du pain et des jeux.

Que se passera-t-il ce soir à minuit et quelques, quand j’aurai vu la dernière émission ? Eh bien je retournerai à mes occupations extra-télévisuelles, je ratisserai les feuilles dans mon jardin ce week-end, et je me fera peut-être une mouclade, la version Charentaise (poële à marrons remplie de coquillages, des épines de pin par dessus, on passe au feu, les coques s’ouvrent sous la chaleur, cuisent et se parfument de ce goût d’aiguilles de pin fumées).

T9 Roulette

Quand on tape un message sur son téléphone portable, il suggère souvent des mots possibles. Cela vient probablement de deux observations : (a) nous préférons des suggestions intelligentes pour terminer notre mot, nous épargnant ainsi la saisie de toutes les lettres ; (b) il se peut que nous ayons tapé une mauvaise lettre, le téléphone s’ajuste alors en proposant le mot correct.

Mais cela veut dire, dans le cas (b), que même si on a tapé correctement le mot, le téléphone va proposer des alternatives. Et dans le cas de mon téléphone Nokia, non seulement il propose un autre mot, mais il le « choisit » automatiquement si je tape sur espace.
C’est énervant, mais potentiellement intéressant. C’est une écriture automatique au sens d’expérience surréaliste. Une expérience intéressante serait de noter toutes les suggestions qui ont du sens. Par exemple, ce matin, j’écrivais le mot « Moleskine » et mon Nokia m’a proposé Modeste, et je me suis dit « oui, en effet, ne nous emballons pas, restons modeste et humble dans nos efforts d’écriture sur ce carnet ».
J’appelle ça T9 Roulette, en référence au système T9 de saisie intuitive sur clavier.
D’abord, ça vaut toujours mieux, en terme divinatoire, que l’astrologie (et c’est pratique, on passe nos journées à rédiger des textos, pas à lire des horoscopes). Et puis j’aime bien ce côté Ghost in the machine.

Vidéo de Boulet – l’art en mouvement

je lis depuis des années Boulet, en ligne ou en BD.
Ce dessinateur s’est prêté au jeu du dessin improvisé (thème tiré au hasard) lors du festiblog 2010.
Il y a notamment cette vidéo, qui résume en accéléré (moins de 10 mn de vidéo) une heure de dessin, depuis la feuille blanche jusqu’au dessin final.
En dehors du plaisir « magique » de voir un dessin surgir à partir de rien, je trouve que c’est un excellent cours de dessin en ligne : composition, manière de construire un dessin, travail à l’aquarelle…

Diététique de la psyché

J’ai l’impression que le travail sur soi (psychanalyse, psychothérapie, …), c’est comme les régimes :

  • D’abord, il n’y a pas de recette universelle, chaque personne réagira plus ou moins bien à un régime donné (= une thérapie / école de pensée donnée)
  • Certains ne font pas de régime, alors qu’ils devraient en faire (= travailler sur leur personnalité) ;
  • d’autres en font, mais pas les bons (= psychanalyse alors qu’il leur faudrait une thérapie du cri primal par ex.) ;
  • d’autres en font, découvrent peu à peu le bon, mais c’est quand même un travail d’une vie, ou pas loin ;
  • d’autres enfin, les happy few, n’ont pas besoin de faire de régime. Et là encore, il y a encore plusieurs catégories :
    • ceux qui s’alimentent naturellement et ne grossissent pas (= ils savent naturellement comment faire, sans suivre une méthode)
    • ceux qui peuvent manger de tout sans prendre de poids, parce que leur physiologie « brûle » les calories (= résilience devant les événements, « ils savent gérer »)
    • ceux qui se foutent d’être gros (= peu/pas de dépendance à l’opinion des autres)

Le parallèle est vraiment intéressant, parce que très riche.
Et pédagogique 🙂

On refait le match…

A propos du dernier match des Bleus, et de toute la presse avant et après ce match, quelques impressions personnelles :

  • Amour-Haine. Les supporters devant le match (majoritairement des étudiants français) étaient venus, donc étaient intéressés, mais très vite, l’ambiance a tourné à la revanche : le premier but de l’Afrique du Sud a été applaudi, et encore plus pour le 2ème, il y avait un côté punition collective, brûle ce que tu as adoré, etc.
  • Le stéréotype sur le Français. Le Français est réputé pour être arrogant et donneur de leçons. On pourrait croire que ce genre de match, et tout ce qui l’a précédé, permettrait de donner une bonne humilité à tous. En fait, on a rarement entendu autant de donneurs de leçons qu’actuellement. Ce déchaînement sur cette équipe et ses responsables a déclenché beaucoup de critiques, mais peu d’autocritique. Le mot « humilité » n’est jamais sorti, je crois. Or, pour paraphraser le héros dans V pour Vendetta « les dirigeants sont lamentables, mais qui les a élus ? » C’est peut-être un trait français, finalement : beaucoup de critiques, peu d’autocritique.
  • Comme d’habitude, on en appelle à une réflexion et des nouvelles réglementations. Mais c’est comme pour les marchés financiers : croire qu’une loi va changer les choses, sans intégrer l’esprit humain et ses motivations, c’est nier la nature même d’un peuple à forte composante méditerranéenne comme le Français. Et c’est jeter de la poudre aux yeux tout en manifestant la volonté de ne rien changer.
  • Par ailleurs, il y a (parmi tant d’autres) une question de fond : le football est-il un divertissement, un business ou une vitrine nationale ? J’ai l’impression qu’il y a confusion entre intérêts personnels et représentation nationale. Demande-t-on à chaque chanteur, chaque acteur, de représenter la France ? Y a-t-il un devoir de réserve à partir du moment où l’on est la cible des caméras ? Les exemples de discrétion ne manquent pourtant pas : qui saurait citer le nom du président du tribunal de l’affaire Kerviel ? Pourtant, ce magistrat fait son métier ces jours-ci devant un parterre bien fourni de journalistes…
  • Cette affaire de football, c’est comme Gala. Du consommable en terme d’indignation, de rêve, de discussions chez le coiffeur, et on passera vite à autre chose, comme le mariage d’une princesse ou les mésaventures alcooliques d’un pipol. Ce qui me gêne, comme dans Gala, c’est cette capacité de jalousie à se déclencher devant les vies des autres. On a l’impression qu’il y a dans beaucoup de Français des personnalités ambivalentes : protecteur égoïste de ses propres intérêts, et critique collectif des intérêts des autres. Je ne crois pas qu’on peut se construire par la négation, en ayant des comportements réactifs par rapport aux actes des autres.

Film vu – Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar

J’ai vu « Gainsbourg (vie héroïque) » trois fois, d’abord au cinéma puis en DVD, enfin en DVD avec le commentaire du réalisateur. Je trouve que ce film échappe à toutes les erreurs un peu classiques du film biographique. En effet, comme c’est dur  la fois de (a) résumer toute une vie en 2h et (b) raconter à nouveau une histoire que le public connaît en grande partie, les biographies filmées sont souvent :

  • Soit la reconstitution millimétrée d’une époque, avec costumes, intonations d’époque et sirop de nostalgie, et la reconstitution millimétrée d’une vie (avec approbation soulagée de la famille et du biographe officiel)
  • Soit une tranche de la vie (je veux filmer Gainsbourg pendant la guerre, ou bien la fin de la vie de Gainsbourg, ou bien je vais faire un film qui s’appellera Serge et Brigitte) ;
  • Soit un parti pris d’auteur à se focaliser sur un trait de caractère qui se veut original (je vais montrer que De Gaulle était un grand communicateur) qui risque de tourner assez vite au bovinage (De Gaulle et ses conquêtes, De Gaulle à la plage, De Gaulle part en vacances…)
  • Soit un film « à la manière de », académique pour Mozart, déjanté pour Warhol, pop pour les Beatles. Par exemple, un film tout en outrance et en provocation, comme si c’était Gainsbourg-fin-de-vie qui l’avait réalisé.

Et puis il y a le film de Sfar, qui s’affiche comme « un conte », ce qui est très bien. Cela veut dire qu’on emprunte à la réalité, et que, plus que de réaliser une biographie précise, on se concentre – enfin – sur la vraie question : le portrait d’une personne. Parce que parfois, s’éloigner des faits permet de mieux se rapprocher d’une personnalité. A l’inverse, coller aux faits conduit souvent à faire s’effacer la psyché du personnage, qui ne devient plus qu’un élément d’une chronologie).

J’ai entendu ou lu des critiques sur le côté « film à sketches ». Je parlerais plutôt de tranches de vie (au pluriel) : la construction, plus ou moins précise, de ce que deviendra un homme, une image publique. C’est presque un parcours initiatique.

Et enfin, j’adore l’idée de La Gueule. Sur ce point, comme sur beaucoup d’idées évoquées ici, l’écoute du commentaire audio du réalisateur apporte quantité d’idées nouvelles. Je ne vais pas en dévoiler la teneur, il faut acheter le DVD, mais je vois très bien comment l’irruption de cette Gueule dans le film aurait pu faire un flop : une marionnette grinçante, un artifice de BD, un passe-partout pour justifier tous les excès, tout aurait pu justifier un plantage. En réalité, ce compagnon, muse ou démon ou fantasme, donne la part d’ombre, mais aussi de radicalité, chez Gainsbourg. Pour ceux qui ont vu le film, regardez donc attentivement quelles sont les périodes où la Gueule n’apparaît pas :  je pense que c’est un signe. (Maintenant, que veut dire ce signe, j’ai mon interprétation, trouvez la vôtre…)

Finissons par la musique. Voilà un thème sur lequel on peut se planter, quand on réalise un film biographique, entre le respect de l’œuvre et la volonté de laisser sa trace. La mode est actuellement aux reprises, les acteurs ne chantent pas en play-back sur les versions originales, ils ré-interprètent les chansons / morceaux. Sur ce point, je n’ai pas d’opinion, sinon celle, bien arrêtée, que je ne vais pas acheter « la BO du film », étant donné que j’ai l’intégrale du vrai Gainsbourg. Ce n’est pas que je remette en cause la qualité vocale d’Eric Elmosnino ou Laetitia Casta, c’est juste que ce n’est pas le sujet du film.
En revanche, je suis admiratif des illustrations musicales. Il y a en permanence des variations sur des thèmes de Gainsbourg, mais suffisamment trafiquées, détournées, pour que l’on continue à regarder les images tout en se disant, en arrière-plan « tiens, c’est quoi cette musique, ça me rappelle un thème, mais lequel… » Je trouve que le résultat, ici, est très subtil, très bien équilibré, ni avant-plan trop brutal, ni fond sonore trop discret.

La prochaine fois, mon compte-rendu de lecture de « Gainsbourg (hors champ) », le livre d’illustrations de Joann Sfar.

Pensée naturaliste

Je suis à la campagne pour quelques jours, pour m’éloigner de l’encombrant mode de vie urbano-professionnel.
Et là, assis au bureau face à la fenêtre, j’en viens à me poser des questions sur la vie des plantes et des bêtes.
Une hirondelle qui virevolte dans un ballet aérien grâcieux au ras du sol, c’est un enchantement des yeux. Mais la bêbête, elle ne fait pas cela pour réjouir le citadin, elle bosse à attraper des moucherons. Première question : est-ce qu’elle voit les moucherons ? Parce que je sais que les oiseaux ont des bons yeux, mais de là à repérer un mini-moucheron voletant dans les airs, alors qu’on est soi-même en train de faire des pirouettes, c’est un peu comme si on me demandait de cracher un noyau de cerise dans le nombril de Brigitte Bardot pendant que je suis sur des montagnes russes.
Donc on va supposer que l’hirondelle ne voit pas les moucherons. (Mais j’accepte toute intervention d’un(e) contradicteur/euse pour lever cette ambigüité).
Cela veut dire alors que l’hirondelle pirouette la bouche ouverte en permanence, en espérant que des moucherons seront assez aimables pour y rentrer. Un peu comme la baleine qui avance tel un bulldozer des mers, et qui ingère tout ce qui se trouve sur sa trajectoire. Sauf que la baleine ne joue pas une partie de saute-moucheron (merci à Guy Béart et aux Frères Jacques pour cette belle image). Je trouve que cela enlève de la poésie à l’hirondelle. On a toujours l’air ridicule quand on garde la bouche ouverte. Donc je préfèrerais que l’hirondelle voie les moucherons. Mais j’en doute.

Pensées avec un tavernier

Ce matin, entre deux trucs faits à la va-vite et quelques urgences dans la tête, je tombe par hasard sur ce passage :

La dramaturgie européenne reste la dramaturgie du doute, le montage y est moins bouclé, moins affirmatif, comme si on laissait des points de suspension […]
(Télérama n°3148, 12 mai 2010, p. 29, interview de Bertrand Tavernier)

Voilà une analogie avec la recherche (en finance), ou avec les manuels (de finance). L’approche américaine est quand résolument sans aucun doute affiché : « j’ai une théorie, j’y crois à mort, je la défends jusqu’au bout ». Pareil dans les manuels, que ce soit en finance ou en efficacité personnelle, il n’y a pas de place pour la mesure si l’on veut un discours efficace. Mais veut-on un discours efficace ?

[…] alors qu’aux Etats-Unis le nombre de plans par film a quadruplé depuis les années 60. Les producteurs ont peur que le public, majoritairement jeune, décroche si le film n’est pas surdécoupé.
(Télérama n°3148, 12 mai 2010, p. 29, interview de Bertrand Tavernier)

On revient au zapping. Analogie avec l’enseignement. Je vois un enseignement qui – bon gré ou mal gré – a évolué vers une industrialisation à la PowerPoint, une slide, 3 minutes, et on zappe. La limite devient ténue avec l’entertainment, il faut captiver l’auditoire, c’est du Tex Avery. Et s’il y avait une voie alternative, celle qui va prendre le temps de placer des points de suspension, du doute ? Alors que certaines écoles vont vers l’industrialisation de leurs cours, je pense qu’il y a une voie vers l’expérimentation hasardeuse en pédagogie. Faire autre chose, quitte à se planter, mais par pitié, faire autre chose.

Coop-actionnaires

Dans Direct Matin du 8 mars (je lis la presse économique de pointe), il est mentionné un article tiré de Courrier International (je me tiens au courant des faits du monde), lui-même ayant pioché dans un article de The Independent (j’aime citer mes sources). [et le fait que 3 journaux différents aient publié le même article mériterait à lui seul un thibillet]

L’actualité est la suivante : la majorité des pubs au Royaume-Uni ont été rachetés par des grandes chaînes ; et ceux qui n’ont pas été rachetés souffrent de leur dépendance vis-à-vis de leur fournisseur qui impose ses prix. Pour éviter la disparition des pubs typiques, des associations locales se créent, et rachètent « leur » pub. Exemple cité dans l’article : le Star Inn, 65 « actionnaires », 88 000 euros déboursés. Pour un investissement moyen inférieur à 1 400 euros, ces locaux sauvent leur pub et maintiennent son indépendance et son cachet. Le tout sans véritable volonté de profit : il est mentionné que « si l’affaire est rentable, des dividendes seront payés en espèces ou en bière », mais l’on comprend bien que l’enjeu n’est pas financier.

Cette anecdote m’inspire 3 idées.

  • Le profit. On voit émerger de nouvelles structures d’organisations où le profit devient accessoire. Il y a un objet social (et c’est un jeu de mot, puisque c’est ainsi qu’on désigne « ce pourquoi une entreprise a été créée »). Le profit n’est plus monétaire, mais social. Et il intéressant de voir que ces 65 « actionnaires » ont investi dans ce pub, en négligeant d’autres placements financiers qui leur auraient rapporté plus… financièrement. Qu’obtiennent-ils en échange ? Est-ce mesurable ? Ces questions ne sont pas anecdotiques. Dans un modèle d’actionnariat classique, l’objectif recherché est la maximisation du profit. Cela a conditionné (formaté) les outils de gestion, et les modes de décision dans les entreprises. Cela signifie que pour d’autres modèles d’organisation, tout un système sera à repenser, adapter, inventer.
  • La dilution. Dans un modèle classique, avoir un actionnariat très dilué empêche toute prise de décision. Cela conduit à des lenteurs, et puis des coûts : les actionnaires mandatent un gestionnaire qui gèrera en leur nom et leur rendra compte périodiquement. Mais ce gestionnaire, il faut le rémunérer, et le surveiller. Ici, il y a un glissement qui s’opère : en l’absence de profits individuels (chaque actionnaire cherche à obtenir plus de richesse individuelle), le mécanisme de gouvernance doit changer. Cela ne signifie pas qu’il n’y a rien à surveiller : de nombreuses années dans le milieu associatif m’ont montré qu’il peut y avoir des enjeux de pouvoir, ou des dysfonctionnements, alors même qu’il n’y a aucun enjeu de rémunération. Ici, en quelque sorte, la dilution de l’actionnariat est plutôt une bonne chose : les actionnaires consommateurs récupèrent si peu individuellement, et sont tellement conscients du fait que c’est l’unité de leur groupe qui assure leur cohésion, qu’ils peuvent représenter une organisation auto-gouvernante.
  • Le rejet du modèle classique. On constate de plus en plus qu’il y a une réaction des individus face à ce qui est perçu comme un modèle dominant (le capitalisme libéral), mais étouffant. Il y a un malaise devant la taille : les grandes entreprises, les grandes chaînes, se sont constituées ainsi pour des raisons d’économies d’échelles, et de synergies. Cela donne l’impression d’un effet bulldozer, qui écrase tout sous sa masse. Mais si l’on retire la maximisation du profit de l’équation, ou plutôt, si l’on admet d’autres versions du profit que les versions uniquement financières, il n’y a plus forcément de raison d’être Gros. Les petites unités, régulièrement méprisées ou rachetées, redeviennent à la mode. Small is beautiful (again).

Cela posé, revenons un moment au monde réel :
Ce mouvement n’est pas récent. Les micro-brasseries existent depuis longtemps, les années 70 ont eu leur lot d’utopies autarciques, il serait intéressant de se procurer un panorama de ces micro-entreprises et/ou coopératives, et des facteurs de leurs succès ou échecs.
Ce mouvement est minoritaire. Et en fait, il y a probablement sur-représentation de ces tendances dans les médias, parce que ça fait rêver sans réellement perturber le modèle actuel.

Cela dit, je retrouve dans cet investissement social beaucoup d’analogies avec les communautés de développeurs informatiques, les phénomènes de start-ups ou le micro-crédit : l’idée de la longue traîne, c’est-à-dire qu’il existe des niches qui sont trop petites pour intéresser des grands groupes. Il suffit de quelques personnes désintéressées financièrement pour rendre un service à la Société… et se faire plaisir au passage.

1 000ème Thibillet – Changements

Ceci est le 1 000ème thibillet de ce blog. Pour info, les précédents thibillets centenaires : 100, 200, 300, 400, 500, 600, 700, 800, 900.

Je ne vais pas me féliciter pour ma constance : autant jusqu’en avril 2008, je me suis tenu à ma règle (publier un thibillet chaque jour ouvré, soit 5 jours par semaine hors vacances), depuis cette date (cassure personnelle dans mon espace temps professionnel), j’ai adopté un rythme plus chaotique (et cahotique), suivant l’humeur.

D’où mon propos, aujourd’hui, de parler de changements.

Il ne s’agit pas des Changements, de Watzlawick, Weakland et Fisch, dont j’ai déjà parlé, mais plus prosaïquement, des changements quotidiens. C’est paradoxal, mais je trouve qu’il est plus facile de changer une grande chose que de travailler sur le quotidien. Par exemple, depuis juillet dernier, je me suis attaqué à changer mon écriture. Rien de plus futile, rien de plus essentiel. Même en ces années de claviers informatiques, l’écriture (manuscrite) reste comme une composante importante de la personnalité. Or, des années de prises de notes rapides avaient dénaturé mon écriture : quand j’écrivais vite, elle devenait illisible, même pour moi ; quand je m’appliquais, des réflexes, des sautes nerveuses, anéantissaient vite l’effort d’harmonie. J’ai donc appliqué les deux règles fondamentales du changement :

  • Ne modifier qu’une chose à la fois.
  • S’y exercer tous les jours.

J’ai donc commencé par observer les lettres que je formais le plus mal. Les t, les s, les r. Puis je me suis astreint à ne changer que ces lettres-là, quotidiennement. J’ai recommencé à prendre des notes, mais avec une optique différente : ce n’était plus tant une fin qu’un moyen, cela me permettait de m’entraîner. J’y ai découvert quelques idées sur l’écriture manuscrite et la prise de notes :

  • Prendre des notes, c’est choisir. Le choix peut être quantitatif (je note le plus possible, notamment les tournures de phrases précises) ou qualitatif (je ne me borne pas à retranscrire, mes notes contiennent aussi un filtrage voire une analyse).
  • L’extrême quantitatif n’autorise qu’une écriture rapide, souvent illisible ; l’extrême qualitatif exige une écriture lente, et un grand effort de concentration. Derrière ce choix, il y a des angoisses qui affleurent : la compulsion à collectionner (je ne veux rien rater), la relation au temps qui passe (il faut que je rentabilise ma réunion).
  • Il y a des années, j’avais lu un dossier sur l’opposition entre les écrivains qui écrivaient encore à la main, et ceux qui tapaient leurs textes. L’un d’entre eux, partisan du manuscrit, disait en substance « mon écriture est le prolongement de ma pensée. Quand je suis fatigué, quand mon expression n’est pas claire, je n’ai qu’à regarder mon écriture : j’ai moins bien formé mes lettres. »
  • Personnellement, je combats ma tendance naturelle à l’accumulation : je me force à écrire lentement, à former correctement mes lettres. Cela veut dire que je laisse de côté quantité de choses qui se sont dites dans une réunion. De scribe (voire, logiciel de dictée vocale), je deviens auditeur (voire acteur).
  • Il y a aussi la question du calme. Une écriture nerveuse est souvent « le nez dans le guidon », sans recul, sans analyse (regardez par exemple, quand celui qui parle se met à mentionner des chiffres : la plupart des auditeurs se mettent tout-à-coup à prendre des notes). Par opposition, prendre de la distance, respirer, permet de mieux écrire dans tous les sens du terme. J’ai pour exemple un de mes indicateurs : si j’écris correctement, je n’ai jamais besoin de raturer. La rature est un échec, un rappel : attention, tu es allé trop vite. C’est le feu orange du chauffard.

Je me suis attaqué à un autre chantier de changement quotidien : depuis quelques semaines maintenant, je travaille ma dactylographie. J’ai un logiciel d’apprentissage de la dactylo sur chacun de mes systèmes (Windows, MacOS, Ubuntu). J’y retrouve les mêmes règles : travailler progressivement, travailler tous les jours. Avec une troisième idée, qui force à la patience : changer d’écriture, ou apprendre la dactylo, cela prend du temps. C’est un processus qui se compte en mois entiers, plutôt qu’en jours. Autant dire que le rythme de progression est très lent.

Nous verrons bien si le 1 100ème thibillet a été tapé avec les 10 doigts.

Luxmanie

Faisant un feu, j’écoutais un ami qui m’expliquait que c’était bizarre, ce sentiment d’apaisement qu’on avait devant les flammes. Je lui répondais que 450 000 ans passés à regarder le feu, ça marque. Pendant ces centaines de milliers d’années, le feu était le symbole du repos, de la chaleur, de la sécurité, de bonnes bouffes aussi. Je pense que cela laisse des traces. Il y a ce parallèle dans une nouvelle de Jack London. Pour lui, le fait de rêver que l’on tombe, et se réveiller en sursaut, vient de l’époque où nous vivions dans les arbres : seuls ceux qui se sont réveillés en sursaut (et qui se sont raccrochés aux branches) ont pu survivre, léguant à leurs descendants un rêve inachevé. La preuve : dans ces rêves, on n’atteint jamais le sol, on se réveille avant.
La fascination du feu, je la retrouve dans l’hypnose (fixez un point brillant et détendez-vous…) ou dans la télévision ou les jeux vidéos. Entrer en transe devant des images lumineuses qui bougent, c’est retrouver une sensation vécue pendant des dizaines de milliers de générations d’être humains.
Pas facile de faire abstraction de cet héritage, qui fait de nous, encore, des animaux très instinctifs – malgré nos iPhones et nos dépressions.

Veuheux – stats

  • 5 SMS reçus, dont un sans texte (mais avec correspondant identifié) et deux sans correspondant identifié (mais avec texte, sans signature)
  • 10 mails reçus, dont un de 8 mégas (une diapo PowerPoint avec photo de famille)
  • 1 mail général LinkedIn
  • 1 mail général sur Facebook
  • 12 voeux généraux sur Facebook

Analyse

La tendance s’accentue vers des messages généraux, envoyés à tous, avec un format générique genre « bonne année à tous ». Désormais, ils sont à part égale entre push et pull : soit ils sont envoyés en mode push (mail, SMS), soit ils sont postés en mode pull (Facebook).
Les photos de famille tendent à disparaître (2 reçues).
Le format papier a disparu (ou il arrivera plus tard).
Sur 29 messages reçus / consultés, j’en identifierais 25-26 comme « classiques », et 3-4 comme « originaux ». Les originaux disant nettement autre chose que « bonne année bonne santé ». Sans jugement de valeur.

Allez, bonne année bonne santé.

Economie du gratuit, du libre, et piratage – quelques réflexions

Le billet du jour de Tristan Nitot me pousse à mettre au clair quelques idées qui me trottaient dans la tête depuis quelques semaines.

1. La dématérialisation

  • L’avènement du numérique fait que l’on peut faire des copies très peu coûteuses, disons gratuites, tout en préservant le même niveau de qualité que l’original. Rien à voir, donc, avec le fait de photocopier un ouvrage (coûteux en temps, qualité inférieure), scanner une photo (idem). La première idée est donc qu’on passe d’une économie de la rareté (quand je te donne mon livre, je ne l’ai plus) à une économie de l’abondance (quand je te copie mes MP3, nous les avons tous les deux).
  • Il se pose alors le problème du droit. Il y a la copie légale (les logiciels libres, les produits sous licence Creative Commons), qui autorise – voire encourage – la diffusion, c’est-à-dire l’abondance ; et il y a la copie illégale (i.e. le piratage). La question dans le piratage est de se demander ce qu’il faut protéger, et d’où vient la valeur (nous y reviendrons plus bas).
  • Lié au droit, il y aussi le problème du support : j’ai toujours été gêné de devoir payer des droits sur un 33 tours d’Eric Clapton, puis de devoir racheter le CD de la même oeuvre, idem pour les cassettes VHS qui deviennent DVD puis BlueRay : à ce tarif, Humphrey Bogart commence à me coûter cher. La question est la suivante : suis-je censé payer des droits sur un support ou sur une oeuvre ? L’avantage du MP3, que l’on peut acheter sur Amazon ou Deezer, est que l’oeuvre devient indépendante du support (CD gravé, iPod, disque dur de platine de salon…). Certes, il restera quand même une distinction entre l’oeuvre (la chanson) et la technologie (le MP3, qui ne sera pas éternel).

2. La valeur

  • Alors qu’est-ce qui fait la valeur d’une oeuvre numérique ?
    • Beaucoup d’artistes donnent leurs CDs ou leurs morceaux, et vivent en faisant payer des concerts. Comme le souligne Tristan Nitot, cela peut faire vivre ceux qui cumulent les casquettes d’auteur compositeur et interprète, mais les auteurs purs, comment sont-ils rémunérés ? Un pourcentage des ventes sur concert ?
    • Je vois une analogie avec les entrepreneurs. Certains, en créant leur startup, croient se protéger avec un brevet / un contrat de confidentialité. Mais à mon avis, le droit n’a jamais correctement protégé ce type de valeur. Si vous avez peur que quelqu’un vous pique votre idée, c’est qu’elle est piquable, et ce n’est pas un brevet qui changera cet état de fait. Mes conseils aux créateurs de startups : identifiez les barrières à l’entrée (pour bloquer les autres) et rendez-vous indispensables (pour que votre produit ne puisse pas être copié avec le même niveau de qualité). Plus facile à dire qu’à réaliser.
    • Par ailleurs, le droit, ou la technologie répressive, ont toujours un train de retard. Raisonner en terme de « il me faut une cuirasse plus solide », c’est raisonner comme un obus. Il faut déplacer les termes du problème (ici, par exemple, sortir du cadre « le combat, c’est uniquement l’artillerie »).
    • Il faudrait donc une valeur qui ne nécessite pas d’être protégée, mais qui, par son essence même, soit rareté. Je m’explique. Le droit crée des barrières à l’entrée, la technologie rérpressive aussi, mais ce sont des obstacles qui sont contournés, souvent très rapidement, par des utilisateurs motivés. Il faut donc une autre approche : que l’utilisateur n’aie pas de barrière à franchir, mais pas de possibilité intrinsèque de copier parfaitement (sans coût, même qualité). Peut-être une solution est de ne pas pouvoir dissocier le support de l’oeuvre. Bruce Springsteen en concert est difficilement copiable par un clone du Boss. Certes il y a les vidéos pirates des concerts. Mais c’est encore coûteux à réaliser. Et Springsteen sur un écran plat, ce n’est pas exactement Springsteen au Bataclan. Bon, il y a certains amateurs de foot qui préfèrent l’écran plat, ils savent que le meilleur endroit du stade, c’est le fauteuil du salon, à laisser les multiples caméras faire le montage le plus serré possible. Mais d’autres amateurs disent que l’ambiance d’un stade, ça se vit…
  • Enfin, mais cela nous éloigne du sujet, la copie numérique, c’est la diffusion rapide, je dirais démocratique, de la connaissance. C’est favoriser la collaboration (je pense aux logiciels libres ou à Wikipedia). C’est changer les règles du jeu.
  • Je termine sur un constat. Pour les « jeunes » générations, tout est gratuit. Payer pour avoir une adresse e-mail et un service de gestion du mail ? Vous rêvez… Payer pour un logiciel devient de plus en plus ringard. Mais en fait, rien n’est totalement gratuit. Gmail collecte des données sur mes mails pour cibler ses réclames. Derrière chaque service gratuit, il y a un business model. Les jeunes générations sont habituées à cela, elles sont nées avec le spam. C’est donc tout un comportement de société qui change. L’ado est très consommateur, orienté vers le gratuit, mais il est aussi un consommateur : si une sonnerie téléchargeable se vend à 0,99 €, c’est en même temps dérisoire pour un porte-monnaie d’ado, mais multiplié par le nombre d’ados, cela fait un énorme marché. Et ces ados vont grandir dans un monde qui se sera adapté à leurs désirs. Imaginez les ados d’aujourd’hui quand ils auront 25 ans et des salaires. Que consommeront-ils ? Avec quels mécanismes ? Je suis prêt à parier que quantité de grands groupes de télécom ou médias planchent là-dessus depuis des années…

Cinétique du pékin – Maquereaux et morues

Comme déjà vu dans la chronique Cinétique du Pékin, une foule qui se déplace suit généralement une direction. Même dans une place carrée, ouverte à tout vent, il y a des volontés, des désirs : le marchand de glace ou le bistrotier, la bouche de métro, le kiosque à journaux sont autant de destinations qui canalisent les flux. Contrairement aux actions cotées en Bourse, la marche au hasard n’existe que rarement, presque jamais, dans une foule.
Les flux seront encore plus marqués s’ils sont délimités par les parois d’un couloir. Tel le tuyau de plomb qui véhicule la fange vers les égouts, le couloir de métro digère son lot de pékins, bol alimentaire qui progresse dans un œsophage de céramique. Mais ce groupe, apparemment compact, est doué de vie propre. Chaque élément profite du flux, tout en gardant son indépendance motrice.
L’analogie est évidente : un banc de poissons. Ou un peloton de cyclistes. Tous se déplacent ensemble, et certains utilisent celui de devant pour se protéger, ou fendre l’eau / le vent / la foule. Il y a les chasse-neige et les skieurs qui suivent.
Ce qui est intéressant dans un premier temps, c’est le concept de covariance. Dans un portefeuille boursier, on regarde la covariance d’une action avec une autre. Deux actions qui ont une forte covariance vont donc, littéralement, varier de la même manière. Dans une foule, ou un banc de poissons, la covariance entre les éléments est extrêmement importante. Un poisson malade, ralenti, qui a perdu le sens de l’orientation ; un pékin qui n’est pas dans le flow : c’est l’ensemble de la fourmilière qui en souffre.
Donnons ici quelques fondements de la covariance en mouvement :

  1. Personne ne doit se toucher
  2. Le différentiel de vitesse règle la distance. Si je n’ai pas du tout la même vitesse qu’une personne, je me maintiens à distance ; des personnes qui vont à la même vitesse (donc différentiel de vitesse faible, voire nul) peuvent se suivre à distance très proche (mais respecter la règle n° 1).
  3. Dans les zones de compacité, la distance est inférieure (mais respecte la règle n° 2).
  4. Chacun observe les règles 1, 2 et 3 de manière dynamique, et le plus souvent inconsciente. Mais cela nécessite d’être attentif. Maintenir une inconscience consciente.
  5. Les mouvements brusques sont à éviter autant que possible. L’idéal est de maintenir un état de flow, où l’anticipation calme permet d’éviter de fracasser la règle n°1.

Une foule en état de flow est une foule heureuse.