Category Archives: Réflexions

Et Dieu créa Tif

On dirait que je serais consultant, ou cotch. Mon domaine de prédilection, ce serait la créativité. Je n’aurais comme contacts que des personnes haut placées, dans des entreprises ou des administrations. Ensemble, nous déciderions de ce qui serait bon pour les salariés opérationnels (ils ont le nez dans le guidon, ils ne savent plus ce qui est bon pour eux). J’adorerais ces séances de créativité avec ces gens haut placés. Quand le projet serait bien mûr (et l’acompte versé), ils n’auraient plus qu’à vendre ça en interne. Ce ne serait pas facile : les cadres moyens ont souvent des exigences au-delà de leurs compétences. S’ils n’y avait pas assez de participants, il faudrait leur forcer la main, pour leur sortir le nez de leur guidon, et exiger qu’ils participent à ce grand projet.
Ce que je vendrais le plus, ce serait « créativité débridée pour cadres bridés ». La logistique serait légère (pte à modeler, lego, feutres, papier) et c’est moi qui serais l’étincelle dans ce magma humain. Je me vendrais très cher : c’est la seule manière de prouver que ce que je fais a une valeur.
Ce serait épuisant de les remuer, et puis peu à peu, je laisserais dériver ça vers la psychothérapie de groupe : chacun exprimerait ses rancoeurs, et ils en viendraient même à suggérer des solutions. Je ferais semblant de prendre des notes, le but est dans le chemin, on ne s’intéresse pas aux résultats. J’aurais des expressions comme « apprenez à changer votre regard », « les problèmes sont comme les facettes d’un diamant », « vous serez ambassadeurs de ce projet ».
Mes lectures favorites, écrites par mes gourous, seraient : « formateurs de formateurs : passez à la Créativité créative » et « Coqnition, volition et démolition : game over ».
Il n’y aurait pas d’évaluation à la fin, car si un résultat est quantifiable, ce n’est pas un résultat intéressant.

Ce que j’ai appris aujourd’hui : il y a des institutions qui ont des patères à l’intérieur des WC. On peut y accrocher sa veste avant de poser culotte. Je vais suggérer un séminaire de créativité dans mon école, on n’en est pas encore à ce niveau de raffinement.

Filogage #1 – CD gueulasse

Ce qui me plaît, dans la dématérialisation / numérisation des supports, c’est qu’ils en deviennent inaltérables. Je viens de mettre un vieux CD de Suzanne Vega dans mon ghetto blaster de djeun, et paf, la deuxième chanson ne passe plus. J’ai déjà eu le coup avec Reptile, de Clapton, ça m’énerve. Quand j’achète un disque, je n’ai pas le sentiment d’acheter un support physique corruptible : j’achète le droit de posséder, et écouter quand je veux, où je veux, un ensemble de chansons. Bref, quand j’achète un CD, je pense que j’achète 12 à 15 morceaux en MP3, copiables à l’infini (pour, et uniquement pour moi, vu que j’ai payé les droits d’auteur), donc un plaisir éternel. Ok, je devrais vérifier que mes enfants ne jouent pas au hockey avec les CDs, mais quand même, ça m’énerve.

Thought at two balls

Quand il s’agit de traduire un terme anglo-saxon en français, on a souvent du mal. Certes, il y a des beautés de traduction et d’inventivité :

  • spam traduit par pourriel
  • bed & breakfast par couette et café
  • brainstorming francisé en remue-méninges

Dans la plupart des cas, ce sont nos amis québecois qui font preuve d’une réelle intelligence linguistique. Mais il y a des ratés :

  • CD-rom traduit par cédérom, ça sonne phonétique, voire ânonnant (oui, je suis allé vérifier combien le verbe comptait de N)

Cela dit, ça nous ouvre des pistes de recherche que Raymond Queneau n’aurait pas désapprouvées, et plus prosaïquement, ça résout tous les problèmes de francisation d’un terme anglo-saxon :

  • gentleman’s agreement deviendra francisé en Jantes-le-Mannz E gris menthe (le gris menthe, ça fait anglais, thé et petits fours, et avec les jantes, la Jaguar n’est pas loin…)
  • Marketing, qui a tant fait couler d’encre devient Marqué « Ting ! » (on sent le glamour, la caisse enregistreuse, bref, le rêve transformé en acte d’achat)
  • parking ? facile : parc queen couine (car le parking, c’est l’endroit où les alarmes des voitures couinent)
  • Benchmark se francisera en Benne-chez-Marc (Marc c’est un pote dont la taille des poubelles sert d’étalon aux poubelles du quartier)
  • OK devient Hoquet (assentiment compulsif, non-réfléchi, qui se traduit par une expiration rapide et sonore. Pour obtenir le hoquet d’un client éventuel, faites le boire).
  • Cool, c’est coule, comme dans « tout coule de source ». Ou encore, le genre de chose qu’on dit à sa belle-mère quand elle est tombée dans la piscine un soir de réveillon bien arrosé.

Pourquoi personne n’y a pensé auparavant ?

Tartine et chaussettes

Je n’ai que 20 mn pour pondre un thibillet, ce n’est pas faute d’idées, mais de temps (air connu). Dans ma liste de pré-idées de thibillets, je sélectionne sans souci celui que j’ai intitulé Monsieur jean + chaussettes et tartine (c’est un nom de code de développeur interne – comme Longhorn – en attendant la version release candidate – comme Vista – qui elle même deviendra la version 1.0 – comme Mandriva ou Debian).
Après, c’est une question de lien neuronal : le même auteur a aussi rédigé à l’époque, un article sur « Pourquoi a-t-on autant de chaussettes solitaires dans nos tiroirs ? ». Ce qui fait sonner une autre cloche :

  1. Monsieur Jean en a parlé ici
  2. J’en vis moi-même les âffres, puisqu’au dernier recensement, mon tiroir contenait 18 chaussettes solitaires, pour 4 couples de chaussettes appariées

Bref, la philosophie de tout cela, c’est peut-être Joséphine qui la donne : jouer le détachement, seule manière d’atteindre le nirvâna. Et pour ceux qui se demanderaient comment j’ai réussi à lier les tartines et les chaussettes : en argot, un « coup de tartine », c’est un coup de pied…

Rentrée à l’envers

C’est la rentrée, aussi pour nous, les profs, mais c’est la première année que cela me fait ça : c’est une rentrée qui commence par la fin.
Normalement, on rentre, on prépare ses cours, les cours commencent, on fait des contrôles continus (« partiels »), puis à la fin, on fait des contrôles terminaux, on tient les jurys, on plante certains étudiants, on en félicite d’autres, et hop, le cycle de Krebs continue.
Depuis quelques années, mes rentrées commencent par la fin : on fait un contrôle terminal (le 31 août) ou un contrôle de rattrapage, puis on corrige, puis on tient le jury, et enfin on décide qui va commencer l’année, et qui va repiquer. Je suis sûr qu’il y a des raisons administrativo-divines à cet état de fait, mais commencer par la fin, ça me grisaille la vie. Avant même d’avoir vu un étudiant en cours, il faut rédiger des sujets d’examens (en août) et corriger des copies, c’est comme commencer une soirée par la gueule de bois, et finir par l’apéro…

Samba et grammaire, c’est pas gagné

J’ai pensé pendant longtemps que dans l’expression et / ou, le  » /  » signifiait aussi et / ou. C’était vertigineux, une mise en abyme à la Borges, ça sonnait comme et / ou = et et / ou ou = et et et / ou ou ou, on aurait dit de la musique brésilienne avec ses accents de cuica. Hélas, ce n’est pas du tout récursif, et la mise en abyme, elle ira se faire voir chez Plumeau :  » /  » signifie « ou », c’est tout.
Eouou, oui, bon, c’est court comme morceau brésilien…

Chanson triste… et positive

La journée n’est pas fantastique, mais se termine bien (en fait elle n’est pas terminée, j’en suis à la diapo 14 et il y en a 71…). Je me suis battu une bonne partie de la journée pour faire une présentation qui soit pédagogique (air connu, ça fait 14 ans que je retravaille les mêmes docs, ils sont plus polis que des galets, mais je rajoute, j’enlève, pffff).
J’en étais à me dire : « ordi de brenne, OpenOffice de chienlit, web excrémentiel » quand j’ai découvert (via le Standblog) ce vidéo clip.
La chanson est déjà plaisante à mes petites oreilles fatiguées, mais quand je vois qu’avec un bête appareil numérique, un minimum de talent artistique, et Internet, ce petit gars diffuse ses créations à tout le monde (enfin, le monde connecté…), je me dis « la révolution est en marche, camarade ». Tout explose. Les notions de diffusion, valeur, business model, échange, développement, plus rien n’a la même signification. Je comprends que dans certaines entreprises, des gens tremblent, moi aussi je tremble, mais c’est d’excitation : quel beau monde ça pourrait faire…
Une de mes collègues me disait « avant, le développement durable, je n’y croyais pas, je me disais ‘tout ce que je peux faire, c’est une goutte d’eau’. Aujourd’hui, j’agis à mon niveau, car l’océan n’est composé que de gouttes d’eau ». J’aime bien ce vidéo-clip goutte d’eau.
Et je pense que ce que nous vivons est assez unique dans l’histoire de l’humanité (j’y vais franco, hein, c’est un thibillet court).
Donc voilà, comme d’hab j’ai plein de projets, de bonnes résolutions… Et encore une soixantaine de diapos à retravailler.

(Mise à jour, à 00h08 le lendemain : Ayé, fini, flappi. Me mangerais bien une choucroute, là…)

Batana Republic

Je constate que mes batanas font des émules (non, pas e-Mule) : Da Flan s’y est collé, sans wouiner.

Etant sûr qu’à cette seconde, des zillions de blogs reprennent le flambeau, et que les batanas fleurissent sur la toile comme les oeufs de l’Epeire Diadème dans mon jardin, je m’attaque à une autre rubrique. J’avais une idée, mais pas le mot. Grâce à l’aide de Monsieur Jean, j’ai désormais un mot pour cette bénédiction de fin d’après-midi : la Vespéridienne. Mais il me manque désormais un nom générique, un nom de rubrique.

Je ne suis pas clair, je sais, alors je récapitule : c’est bien de nommer les tracas quotidiens, mais j’aimerais aussi circonscrire les petits bonheurs. J’en ai déjà un, la Vespéridienne. Mais comment nommer ces anti-batanas ?

Je propose (sans être vraiment satisfait) :

  • Solarisettes
  • Minuspuces
  • Tatianas

(j’aime bien Tatiana). Des idées ?

Veupieu – une veille sous Amazon (ou Fnac.com)

Tous ces vendeurs en ligne, on a l’impression qu’ils maîtrisent parfaitement le marketing direct, en fait, ils ont inventé quantité de choses géniales :

  • « les acheteurs qui ont acheté le livre que vous achetez ont aussi acheté Le Kama-Soutra en dix leçons et Traité de littérature tabagique » et on se dit, « bon sang, je le sentais bien, au fond de moi, que j’étais érotomane fumeux ! »
  • Revendez les livres que vous avez achetés, dont voici la liste : le tuning de la Renault 18 ; Moi, Salvador Dali, gogo-dancer, Métaphysique nucléaire
  • Promo : les DVDs à 0,99 € (Prend l’oseille et fais une soupe, Le gendarme et la CRS, Wolverine contre José Bové…)

Mais il manque un truc gravissime, et ceci est un appel à l’aide. Quelqu’un saurait où je peux trouver un service de veille du genre suivant :

  1. Je remplis une liste d’artistes (compositeurs, auteurs, interprètes) comme Vincent Delerm, Philippe Delerm, Eric Clapton, Alain Ayroles, Coco Robicheaux, Richard Brautigan…
  2. Dès que l’un(e) d’entre eux sort un nouvel album, roman, CD, une BD, je reçois un mail : « Eric Clapton vient de sortir un nouvel album, au prix symbolique de 62 €, par ailleurs, Richard Brautigan s’étant suicidé en 1984, il n’a rien sorti depuis »

C’est bête comme chou, mais on ne peut pas être averti des nouvelles publications des gens qu’on aime. Tout ce qui existe, et ne me suffit en rien, c’est Amazon avec sa page « conseils personnalisés », qui se fonde sur mes achats passés. Mais je change, moi, Monsieur, je me réinvente, je suis lycanthrope et protéiforme !
Bref, si quelqu’un(e) a une idée…

Thermocline

La thermocline est la ligne de séparation des températures, sous l’eau, en plongée. Quand on la passe en descente, brrrou, on glaglate, quand on la passe en remontée, on se dit « royal, un bain chaud ».

Je cherche un terme équivalent, pour un antonyme de batana, dont voici la définition :

xxxx, n. f. En été, il fait frais le matin. Alors on ferme vite les fenêtres et les volets et là, dans cette pénombre fraiche, tel le hanneton derrière ses élytres, on attend le soir. Mais la journée passe, et l’intérieur se réchauffe. Dehors c’est la fournaise, dedans c’est tiède. Puis vient l’heure où, en entrouvrant une fenêtre, on se dit « tiens, il fait plus frais dehors ». Alors on crée un courant salutaire, pour remplacer le tiède air fétide du dedans par la brise douce du dehors. Cette heure où tout bascule, cette thermocline aérienne, s’appelle xxxx.

Je propose mérifraiche, endoxone, invertitude. J’aime bien mérifraiche. Qu’en pensez-vous, les rares survivants ? (que je ne lirai que dans deux semaines, sauf couverture wifi de mon camping des flots bleus, ce dont je doute).

Métamorphose

Bénédiction de la douche du matin. Certes, la douche du soir, prélude à une nuit fraiche, est agréable, il fait nuit dans la salle de bain, comme dit Philippe Djian « une de ces nuits où on n’a plus qu’à boire frais, en espérant une petite brise sur le coup de trois heures du matin ».
Mais le matin… Englué, ensuqué, au radar, la tête dans le pâté et les neurones en coquillettes trop cuites. Hop, salle de bains, geste automatique vers la radio (un petit jouet que je viens de m’acheter, une radio qui marche à l’énergie solaire ou musculaire. On tourne la manivelle ici, pendant 30 secondes, et ça donne 45 mn de radio… ou bien on laisse reposer sur l’étagère pendant toute la journée, face à la fenêtre, et Phébus fait tout le boulot de recharger la batterie), et la voix sirupeuse de l’animatrice de FIP me dégouline dans les pavillons auditifs.
Puis vient l’immersion, le baptême d’eau lustrale, la renaissance. Avant : un chromosome Y pas rasé, plantigradesque, monosyllabique. Après : une lame bien affûtée, reflétant le soleil par éclats, une envie de faire des choses importantes (écrire un livre, faire avancer le Projet Phenix, embrasser les vies). Personne ne l’a jamais mieux dit que Charlélie Couture :

Enfin bref
on se réinvente une pluie
mais à la bonne température
comme des sorciers civilisés

Charlélie Couture, Envie de l’eau, in Poèmes Rock, 1975.

Et après, mon autre douche du matin, celle-là à usage interne : un expresso. Puis un deuxième. C’est bon, il y a quelqu’un dans mon cerveau, on peut commencer.

Nous sommes tous des îles

J’entends parler ce matin du suicide d’une jeune fille de 23 ans, une connaissance de connaissance que je ne connaissais pas. Trois citations, ou trois pensées :

  1. En exergue de Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway, se trouve un fragment d’un sermon de John Donne qui m’a frappé, il y a longtemps, comme une évidence trop souvent oubliée :

    Any mans death diminishes me,
    Because I am involved in Mankinde.
    And therefore never send to know for whom the bell tolls,
    It tolls for thee.

    La mort de tout être humain me diminue,
    Car je suis concerné par l’humanité tout entière ;
    Aussi ne demande pas pour qui sonne le glas,
    Il sonne pour toi.

    Le sermon original de John Donne peut être trouvé ici.

  2. Dans Et au milieu coule une rivière (que ce soit le film réalisé par Robert Redford ou le livre d’où est issu le film, écrit par Norman MacLean), il y a cette pensée, que j’essaie de retranscrire de mémoire :

    Les êtres qui nous sont proches peuvent aussi, paradoxalement, être les plus éloignés de nous. Nous les voyons prendre des chemins, sans pouvoir les aider, soit qu’ils ne souhaitent pas que nous les aidions, soit qu’ils ne sachent même pas comment ils pourraient s’aider eux-mêmes. Mais cela ne nous empêche pas de les aimer.

  3. Il existe un texte que j’avais découvert lors de l’enterrement d’une de mes étudiantes, il y a quelques années. Il semblerait que ce soit une prière de Saint Augustin à partir de laquelle Charles Péguy a écrit un poème. Il en existe plusieurs versions, sans que je souhaite en faire une recherche bibliographique précise. Cela fait juste partie des textes qui me conviennent.

    Ne pleure pas si tu m’aimes.
    Je suis seulement passé de l’autre côté.
    Je suis moi. Tu es toi.
    Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
    Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
    Parle-moi comme tu l’as toujours fait, n’emploie pas un ton différent.
    Ne prends pas un ton solennel ou triste.
    Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble…
    Prie, souris, pense à moi, prie avec moi.
    Que ton nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre…
    La vie signifie toujours ce qu’elle a toujours signifié.
    Elle est ce qu’elle a toujours été : le fil n’est pas coupé.
    Pourquoi serais je hors de ta pensée ? Parce que je suis hors de ta vue ?
    Mais non, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin…
    Tu vois, tout est bien…
    Tu retrouveras mon coeur, tu en retrouveras les tendresses épurées.
    Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes…

    Charles Péguy, d’après une prière de Saint Augustin.

G3, ou Le Grand Google Game, ou rien ne sert d’avoir un chateau si on n’est pas brillant

Cet ultime vendredi, une amie éditrice m’inclut dans son Grand Jeu, dont le (la) gagnant(e) se verra offrir un livre. Le gagnant, c’est moi, bien que je n’aie pas trouvé la réponse.

Je vous retranscris des parties de son mail, expliquant les règles du jeu :

Les éditions V*** publient désormais de temps en temps des ouvrages traduits de l’américain. Dans un livre à venir, l’auteur a mis en exergue d’un chapitre une citation de Chateaubriand. En anglais. Sans la référence. Juste : « François Auguste René Chateaubriand » (c’est un nom français, ça fait bien, en plus c’est un long nom, ça fait très très bien, mais faut pas exagérer, rajouter la particule, ce serait trop : trop français, trop long ? non ça n’irait pas).

Le Grand Jeu consistait donc à retrouver la citation originale dans l’oeuvre de Chateaubriand, avec cette précision diabolique :

Je précise d’emblée aux petits malins que j’ai déjà fait quelques recherches google. En anglais, on tombe sur quelques milliards de blogs, dans la rubrique « mes citations préférées ». En français sur quelques morceaux de phrase, cela ne donne rien, mais je n’ai peut-être pas tout essayé (ou mal traduit).

Et voici donc la citation : « A master in the art of living draws no sharp distinction between his work and his play, his labor and his leisure, his mind and his body, his education and his recreation. He hardly knows which is which. He simply pursues his vision of excellence through whatever he is doing and leaves others to determine whether he is working or playing. To himself, he always seems to be doing both. »

Je me suis dit « Jojo, ceci est un travail pour toi ». Et partant de ces maigres indices, je me suis dit que c’était l’affaire de quelques minutes. Las ! J’y ai passé une bonne heure, mais c’était rentable pour

  1. gagner un livre
  2. river son clou à l’éditeuse amie
  3. et à tous les protagonistes de ce concours stupide

1ère étape : procéder en pensée latérale, aller là où l’ennemi ne nous attend pas

N’importe quel bourrin se ruera sur son Google favori, et tapera des mots-clés ineptes (« Grand Jeu éditeuse », ou « Tournedos » par exemple). J’ai décidé de ne pas être bourrin, mais superbement subtil. Je sais qu’il existe plusieurs lieux sur la Toile où se trouvent les textes des plus grands auteurs, en texte intégral. Il y a par exemple ABU, Gallica, ou encore le projet Gutenberg. Je me suis rendu dans ces endroits, et ai fait des recherches dans les oeuvres. J’ai commencé par Les mémoires d’outre-tombe (hélas incomplètes – en ligne – pour l’instant), et je cherchais les mots « maître » ou « art de vivre ». Rien. Nib de nib. Mais la latéralité a du bon, car j’ai appris des choses : l’ami Chateau parle beaucoup de ses maîtres, et dans sa correspondance avec la Marquise de V., celle-ci lui donne du « mon maître chéri ». Cette correspondance, que j’ai survolée, mériterait plus d’égards. A une époque sans blogs, une inconnue écrit son admiration à Chateaubriand. Il lui répond, elle s’enhardit, mais à chaque fois qu’il propose de la rencontrer, elle se dérobe. Il l’appelle sa « Marie inconnue ». C’est du blog tout craché : on s’invente, on démasque ce que l’on veut bien démasquer, en usant de pseudos (ceux-ci pouvant sonner comme un vrai prénom, c’est mieux), ce qui n’empêche pas d’avoir une vraie correspondance (quitte à ce que cette correspondance se dédouble en mails privés), voire des vrais sentiments. C’est ce paradoxe : on se confie d’autant plus à un inconnu… qu’il est inconnu.
Mais je voulais le gagner, ce bouquin, alors quoi ?
Et là, illumination :

2ème étape : ne faire confiance à personne, ne pas se laisser guider par des cartes pipées

(si, on peut piper des cartes, il suffit de percer un trou dans l’épaisseur, et de le remplir de plomb fondu, ce qui fera toujours tomber la carte du côté de l’as).
Voulant éviter les démarches bourrines, j’ai commis l’erreur d’être encore plus bourrin : j’ai accepté comme parole d’évangile le discours approximatif d’une éditeuse, fut-elle admiratrice de Kosztolanyi. Or, chère éditeuse de littérature de gare et autres livres ineptes, tu as été abusée, et le balbusard issu de ton abusation a obscurci de ses ailes fuligineuses mon regard d’aigle intellectuel, me faisant perdre un temps d’autant plus précieux que c’était le mien.
J’ai donc décidé de reprendre à zéro, en pestant par devers moi.

3ème étape : In Google we trust

Sous Gougueule, je tape « master in the art of living ». Bingo, le premier résultat donne la citation attribuée à James A. Michener. Le deuxième résultat confirme James A. Michener. Le troisième parle d’un « proverbe Zen ». En bref, sur les 10 premiers résultats, 3 attribuent la citation à James A. Michener, 4 à un proverbe Zen ou bouddhiste, 1 à « Jacqueline H. » (paix à son me), et 2 ne donnent pas de nom d’auteur présumé. Il faut attendre le 11ème résultat pour voir apparaître le nom de notre rosbif national, dans cet article sur les photos de mariage, où l’on apprend que Chateaubriand a « étudié le Zen ». Mazette, Internet, c’est quand même de la précision scientifique à chaque croisée d’autoroute de l’information.
Après ce 11ème résultat, on trouve à nouveau James A. Michener 2 fois, Susan Fowler Woodring (à vos souhaits), « un proverbe boudhiste » et la Bhagwat Gita (autre orthographe pour la Bhagavad Gît).
Bon, ça suffit donc, cette amusette. Le Chateaubriand n’a pas dit ça. De toute façon, il ne parlait pas anglais, trop occupé qu’il était à pratiquer le bouddhisme zen. Nous concluons donc avec quelques pensées amères.

4ème étape : Pensées victorieuses.

  • Ce n’est pas une surprise : Internet est truffé de connaissances approximatives, fausses, et contradictoires, telles un vieux Gorgonzola pourri. Et le pire, c’est que l’on trouve énormément d’amateurs de Gorgonzola pourri, qui non seulement le consomment, mais font de la pub dessus, en mettent des échantillons sur leur site, et diffusent les senteurs sur la Toile.
  • La précision a du bon. Je me suis toujours méfié de citations qui ne donnaient que le nom de l’auteur. C’est pour cela (déformation d’ancien doctorant ?) que j’essaie toujours de citer les références précises de mes citations.
  • Gougueule, c’est bien quand on sait s’en servir. Exemple : l’étudiant Tartempion me remet un mémoire de recherche sur la culture du houblon près de Delft. Si je tape « Tartempion houblon Delft », je biaise considérablement la recherche, puisque je présuppose que l’étudiant est l’auteur du mémoire. Notre éditeuse a dû taper « Chateaubriand art of living » et voilà, elle n’a obtenu que les pages qui attribuent la citation au divin Comte (soit 1% des pages), c’est ainsi qu’elle m’a perdu dans ses méandres crypto-flous.

Enfin,

  • Méfie-toi des experts. J’ai en mémoire une émission radio avec Jean d’Ormesson (Radioscopie, de Jacques Chancel, ça nous rajeunit pas) dans laquelle Jean d’O disait en substance « … Nous avions parié, quand nous étions jeunes, sur l’ouvrage dans lequel se trouvait cette phrase « et la maison leva l’ancre pour la traversée de la nuit ». Mon contradicteur soutenait que c’était dans Les enfants terribles, de Jean Cocteau, et pour ma part, j’affirmais que c’était dans Le bal du Comte d’Orgel, de Raymond Radiguet ».
  • Jacques Chancel : – « et alors, qui a gagné ? « 
    Jean d’O : – « je ne me souviens plus bien, et je laisse cette question comme un petit jeu radiophonique à l’usage de nos auditeurs, mais je crois bien que cette phrase figure dans les deux livres. »

    Etant donné que j’étais intrigué, j’ai lu ces deux ouvrages. La phrase n’y est pas, ni aucune phrase approchante.

Donc, chère éditeuse, tu sais déjà que ça ne sert à rien de m’offrir Les enfants terribles ou Le bal du Comte d’Orgel, non plus que la Bhagavad Gît, ou encore le mémoire de Tartempion sur La culture du houblon près de Delft

« Un maître dans l’art de vivre n’établit pas de distinction précise entre le travail et le jeu, le labeur et le loisir, l’esprit et le corps, l’apprentissage et la détente. Il ne saurait les différencier. Il recherche simplement l’excellence en toute chose, laissant aux autres le soin de déterminer s’il est en train de travailler ou de jouer. Selon lui, il fait toujours les deux en même temps. »

Vieux proverbe zen (origine inconnue).

Devise de vie

Je suis en train de relire toute ma collection de Calvin et Hobbes (rappel : BD en 4 cases (comic) qui met en scène un insupportable petit gamin de 6 ans (Calvin) et son tigre en peluche (Hobbes), qui « n’apparaît » qu’aux yeux de Calvin. Article Wikipedia ici). Je tombe sur la discussion suivante :
Calvin : « Vis l’instant présent » est ma devise. Tu ne sais jamais combien de temps il te reste ! Tu peux traverser la rue demain et PAF, être renversé par un camion ! A ce moment-là, tu regretteras de n’avoir pas pris plus de temps à te faire plaisir ! C’est mon opinion, « vis dans l’instant ». Et toi, Hobbes, quelle est ta devise ?
Hobbes : « Regarde avant de traverser la rue ».

C’est évidemment Hobbes qui a raison, mais je voulais juste souligner que la devise de Hobbes correspond à une sous-partie de celle de Calvin : les deux ne sont pas du tout antinomiques, elles sont au contraire reliées.

Dans le même genre d’idées, Linus demande à Charlie Brown (dans Peanuts, article wikipedia (à travailler) ici) :
Linus : Quel est le secret de la vie ?
Charlie Brown : 1. faire du covoiturage, 2. regarder des deux côtés avant de traverser, 3. décongeler les aliments avant de les manger.

Et mon ultime pour aujourd’hui, Snoopy répond à la question « Comment rester en bonne santé ? » : 1. Faites du sport régulièrement, 2. Mangez beaucoup de fruits et de légumes, 3. Apprenez à faire le roulé-boulé.

Quelle est votre (vos) devise(s) de vie ?

Comment être vraiment, vraiment branché, ou Idée d’un nouveau business

Je compte monter une startup (ça ne doit pas être bien français tout ça, monter et up, ça fait redite. Est-ce qu’on descendrait une startdown ?)

Il s’agirait d’un club d’exception, qui permettrait de se distinguer de son voisin, d’épater son patron et d’augmenter le volume de son CV. Voilà le business model : vous m’envoyez 1 000 € (pour créer l’exception, il faut créer des tarifs dissuasifs) et je vous transmets un listing réputé vrai qui établit que vous avez un compte chez Clearstream. Vous cotoierez des gens connus, des qui disent qu’ils y sont pas, des qui aimeraient y être. Pour une prestation plus personnalisée, il y a plusieurs formules :

  • La super VIP : c’est la formule de base. 1 000 €, votre nom, un listing.
  • La Top of the Parveniou : formule enrichie. 2 500 €, un pseudo à consonance cryptée (PokerDAs, Albert2M, DSK-DST etc.), un listing sur parchemin du XVIIIème siècle.
  • La Incredible List of Exception : 10 000 €. Garantie que dans les 3 lignes au-dessus ou en-dessous, il y a au moins un(e) présidentiable, un évêque papable, un président ou un ministre.
  • La Total Package of Jet-Set : 50 000 €. Lancement commercial (lettres de dénonciation à amis et collègues, pigiste de La Voix du Nord qui fait un article), location d’un juge d’instruction pour une demi-journée.
  • La President of The United States : réservée uniquement aux 100 000 premiers abonné(e)s. 100 000 €. Descente de police, enlèvement par un contre-commando « à l’accent étranger prononcé », fausse exécution avec balles à blanc et ketchup rouge, photo, enterrement, résurrection le troisième jour. Listing gravé sur une pierre tombale en sucre glace, pour la manger avec les amis à la fin de ce calvaire.

SA au capital intellectuel solide, Siret : inscription en cours, règlement par chèques accepté.