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Métamorphose

Bénédiction de la douche du matin. Certes, la douche du soir, prélude à une nuit fraiche, est agréable, il fait nuit dans la salle de bain, comme dit Philippe Djian « une de ces nuits où on n’a plus qu’à boire frais, en espérant une petite brise sur le coup de trois heures du matin ».
Mais le matin… Englué, ensuqué, au radar, la tête dans le pâté et les neurones en coquillettes trop cuites. Hop, salle de bains, geste automatique vers la radio (un petit jouet que je viens de m’acheter, une radio qui marche à l’énergie solaire ou musculaire. On tourne la manivelle ici, pendant 30 secondes, et ça donne 45 mn de radio… ou bien on laisse reposer sur l’étagère pendant toute la journée, face à la fenêtre, et Phébus fait tout le boulot de recharger la batterie), et la voix sirupeuse de l’animatrice de FIP me dégouline dans les pavillons auditifs.
Puis vient l’immersion, le baptême d’eau lustrale, la renaissance. Avant : un chromosome Y pas rasé, plantigradesque, monosyllabique. Après : une lame bien affûtée, reflétant le soleil par éclats, une envie de faire des choses importantes (écrire un livre, faire avancer le Projet Phenix, embrasser les vies). Personne ne l’a jamais mieux dit que Charlélie Couture :

Enfin bref
on se réinvente une pluie
mais à la bonne température
comme des sorciers civilisés

Charlélie Couture, Envie de l’eau, in Poèmes Rock, 1975.

Et après, mon autre douche du matin, celle-là à usage interne : un expresso. Puis un deuxième. C’est bon, il y a quelqu’un dans mon cerveau, on peut commencer.

Nous sommes tous des îles

J’entends parler ce matin du suicide d’une jeune fille de 23 ans, une connaissance de connaissance que je ne connaissais pas. Trois citations, ou trois pensées :

  1. En exergue de Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway, se trouve un fragment d’un sermon de John Donne qui m’a frappé, il y a longtemps, comme une évidence trop souvent oubliée :

    Any mans death diminishes me,
    Because I am involved in Mankinde.
    And therefore never send to know for whom the bell tolls,
    It tolls for thee.

    La mort de tout être humain me diminue,
    Car je suis concerné par l’humanité tout entière ;
    Aussi ne demande pas pour qui sonne le glas,
    Il sonne pour toi.

    Le sermon original de John Donne peut être trouvé ici.

  2. Dans Et au milieu coule une rivière (que ce soit le film réalisé par Robert Redford ou le livre d’où est issu le film, écrit par Norman MacLean), il y a cette pensée, que j’essaie de retranscrire de mémoire :

    Les êtres qui nous sont proches peuvent aussi, paradoxalement, être les plus éloignés de nous. Nous les voyons prendre des chemins, sans pouvoir les aider, soit qu’ils ne souhaitent pas que nous les aidions, soit qu’ils ne sachent même pas comment ils pourraient s’aider eux-mêmes. Mais cela ne nous empêche pas de les aimer.

  3. Il existe un texte que j’avais découvert lors de l’enterrement d’une de mes étudiantes, il y a quelques années. Il semblerait que ce soit une prière de Saint Augustin à partir de laquelle Charles Péguy a écrit un poème. Il en existe plusieurs versions, sans que je souhaite en faire une recherche bibliographique précise. Cela fait juste partie des textes qui me conviennent.

    Ne pleure pas si tu m’aimes.
    Je suis seulement passé de l’autre côté.
    Je suis moi. Tu es toi.
    Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
    Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
    Parle-moi comme tu l’as toujours fait, n’emploie pas un ton différent.
    Ne prends pas un ton solennel ou triste.
    Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble…
    Prie, souris, pense à moi, prie avec moi.
    Que ton nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre…
    La vie signifie toujours ce qu’elle a toujours signifié.
    Elle est ce qu’elle a toujours été : le fil n’est pas coupé.
    Pourquoi serais je hors de ta pensée ? Parce que je suis hors de ta vue ?
    Mais non, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin…
    Tu vois, tout est bien…
    Tu retrouveras mon coeur, tu en retrouveras les tendresses épurées.
    Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes…

    Charles Péguy, d’après une prière de Saint Augustin.

Petits bonheurs

J’avais mentionné dans un précédent billet (2ème paragraphe) le fait que, nonobstant les sujets sérieux sur lesquels j’écris, je prends plaisir à émailler mes doctes ouvrages d’une pointe de poésie.
Allant déposer un de mes ouvrages dans de blanches mains, j’ai pris à partie quelques auditeurs débonnaires et compatissants pour leur asséner le conseil de la page 235 :

Surtout n’essayez pas d’utiliser le CMPC à des fins pratiques avant le chapitre 17, sinon vous partirez dans le mur comme des poulpes survitaminés.

Moi ça me fait rire. N’est-ce pas la preuve de l’autarcie la plus complète ? Pour un peu, le bonheur ne serait pas loin…

Blaise et l’obèse sont à l’aise dans un bâteau

Mon éditeuse favorite me proposait d’écrire un jour un billet sur les dictionnaires. Je l’avais appelée donzelle, elle en avait retenu la connotation péjorative et de là, elle me conseilla de vérifier dans différents types de dictionnaires. Hélas, je n’ai qu’un type de dictionnaire à la maison, le Littré. Heureusement, il existe le Trésor de la Langue Française Informatisé.
Le premier nous dit :

Donzelle :

  1. Fille ou femme de distinction (cet emploi est tombé en désuétude) ;
  2. Fille ou femme dont on parle très familièrement ;
  3. Fille ou femme dont on parle légèrement, d’un ton de mépris ;
  4. Nom vulgaire d’un poisson, l’ophidie barbue, dite aussi demoiselle.

Le second parle ainsi :

Donzelle :

  1. Rare et vieilli
  • Sans nuance péj. Jeune fille.
  • P. ext. Fille ou femme à l’allure ou à la tenue équivoque, de mœurs légères.
    • Usuel, fam. et par dénigrement. Jeune fille ou femme prétentieuse et ridicule.
    • En partic., souvent pour indiquer péjorativement un comportement naïf dans le domaine sentimental.

    Les deux dictionnaires ne se contredisent pas, ils ont même des sens communs, mais on ne peut parler d’identité de sens. Certes, mon Littré date de 1873, et la langue évolue, mais la différence est notable.

    Un autre domaine où l’ancien est battu par le neuf : les ouvrages de grands auteurs. En réaction à un commentaire de l’Obèse ascète, je suis allé chercher dans Les Pensées de Pascal l’origine d’une pensée. Hélas, dans mes deux exemplaires (Firmin-Didot, 1873, et Garnier Frères, sans date, mais après 1844), impossible de la retrouver. Je fais confiance à mon obèse contradicteur, d’autant plus qu’une recherche gougueule me donne le numéro « moderne » de la pensée (593), tel qu’il me l’avait indiqué. J’ai beau me fonder sur différents sites web, indiquant différentes parties de l’ouvrage, je ne trouve pas. J’en déduis que mes deux éditions sont

    1. incomplètes, ou
    2. ordonnées différemment.

    Ce n’est pas dramatique, c’est juste fastidieux. Par exemple, dans le Garnier Frères, la pensée qui commence par « César étoit trop vieux, ce me semble, pour s’aller amuser à conquérir le monde » est numérotée 29, au chapitre IX, tandis qu’elle porte le numéro 47, chapitre XXV, dans le Firmin-Didot. Vous me direz : qu’importe l’ordre des billes, du moment que le sac est plein. Certes, mais j’intuite grave qu’en sus d’un classement différent, chaque éditeur a aussi sombrement coupé dans son édition.
    A qui faire confiance, donc, si des margoulins massicotent à tout-va dans les pensées des auteurs ?
    Mise à jour : tous les éditeurs ne sont pas des margoulins. Mon éditeuse est érudite (enfin, elle sait se servir de Glougl…) et me signale que ce problème des éditions des Pensées est récurrent, et connu, tout ça à cause de ce fichu Pascal qui savait pas utiliser une agrapheuse. Plus d’infos ici. Fin de Mise à jour.

    Enfin, quelques consolations : cette recherche nocturne et opinitre m’a permis de découvrir quelques pensées, et l’envie de lire l’ouvrage entier pour y glâner des trucs que je mettrai en exergue de mes prochains livres (ça fait vendre à mort, le pékin se dit « wahou, il a trouvé sur Goog’l , c’est un techno-beauf »).
    J’ai notamment trouvé l’origine d’une expression que j’attribuais à tort à Victorugo :

    Condition de l’homme : inconstance, ennui, inquiétude. Qui voudra connaître à plein la vanité de l’homme, n’a qu’à considérer les causes et effets de l’amour. La cause en est un je ne sais quoi (Corneille) ; et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de choses qu’on ne saurait le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Si le nez de Cléoptre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
    Pascal, Pensées, Première partie, article IX, XLVI, Firmin-Didot, 1873, p. 105.

  • Livre lu – Georges Simenon : La tête d’un homme (…et quelques réflexions sur le court-termisme)

    J’ai rencontré Christian hier soir, et lui montrais les quelques livres dans mon havresac : suivant l’humeur, et surtout la fatigue, je m’attaque aux livres exigeants (Le golem, de Gustav Meyrinck) ou détendants (Simenon, Bukowski). Je n’ai certainement pas dit que les livres détendants étaient faciles à écrire. Je viens de finir mon Simenon, La tête d’un homme (Livre de Poche n° 2903, 1971). J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Georges Simenon, en voici un extrait pour illustration.

    Le temps était gris, le pavé sale, le ciel à ras des toits. Le long du quai que suivait le commissaire s’alignaient des immeubles cossus, tandis que, sur l’autre rive, c’était déjà un décor de banlieue : usines, terrains vagues, quais de déchargement encombrés de matériaux en piles. Entre ces deux spectacles, la Seine, d’un gris de plomb, agitée par le va-et-vient des remorqueurs.
    Georges Simenon, La tête d’un homme, Livre de Poche n° 2903, 1971, p. 21.

    Bon, je relis, et je me dis que tout cela est fugitif, une impression qui passe, une buée de poésie.

    J’en viens à mon propos. Maigret parle avec le juge d’instruction. On imagine bien la scène, Maigret massif, silencieux, épais et têtu, et Coméliau, nerveux, maigre, hésitant entre l’insulte enrobée et l’autorité catégorique.

    – Tout va bien, Monsieur Coméliau !
    – Vous croyez ?.. Et si toute la presse reprend cette information ?..
    – Cela fera un scandale.
    – Vous voyez…
    – Est-ce que la tête d’un homme vaut un scandale ?
    Georges Simenon, La tête d’un homme, Livre de Poche n° 2903, 1971, p. 28.

    On sent tout dans cette scène. Coméliau pense à court terme, et selon ses intérêts personnels. Maigret pense à long terme, et en fonction du bien collectif, non, je m’exalte, en fonction de ce qu’il pense être bien, il fait passer son intérêt après un intérêt plus général, que certains appelleront éthique, d’autres morale, d’autres encore idéal. Moi je m’en fous de nommer, je sais qu’on peut retourner les mots comme des gants, le tout est de savoir quelle est la peau sous le gant.

    Cela entre en résonance avec la Lettre ouverte de La Grande Loulou à son patron. Où elle démontre (je vous la fais courte, car elle est grande, sa lettre, à la grande Loulou) que le dit patron, à économiser des bouts de chandelle, se prend des retours de boomerang qui lui pètent trois fois plus les dents.
    On en voit beaucoup, des sociétés comme ça : leur souci légitime est de payer les salaires et les fournisseurs à la fin du mois. Le court terme (le nez dans le guidon) prime sur le long terme, la réflexion stratégique, ou pour le faire moins pompeux, le fait de se poser 5 minutes pour faire le point. Pour ces sociétés qui courent après la trésorerie, c’est compréhensible, et ce n’est que regrettable. Ce qui est moins excusable, c’est un comportement de gagne-petit, qui consiste à rogner sur tous les budgets, pour des (petits) gains à court-terme. Je connais ça, les salariés qui me lisent connaissent ça, tout le monde l’a vécu, ou le vivra.
    Ce qui m’étonne le plus, c’est que normalement, la finance et les marchés tiennent compte de l’opposition long terme court terme. Si je m’engage dans un placement à long terme (compte bloqué, emprunt d’état), je serai plus rémunéré que si je place sur un Codevi ou un Livret A. Le marché rémunère ceux qui sont prêts à être patients sur leurs investissements (si vous voulez faire chic, vous dites que la courbe des taux est ascendante). Et pourtant, on a l’impression que ça ne suffit pas : le pékin moyen préfère toucher tout de suite deux fois moins, il va pinailler sur les stylos-bille ou la formation de ses salariés. Mais il me semble (je suis prudent, après tout, je ne suis que prof, un théoricien ignorant des réalités graisseuses des entreprises viriles) que tout le monde aurait à y gagner. Quand je vois un vieux (55 ans!) salarié être licencié pour un jeune en CDD qu’on paiera 3 fois moins, je ne conteste pas les faits (« le ‘vieux’ salarié coûtait plus cher que le jeune »), mais le raisonnement aveugle : le jeune doit être formé (ça coûte du temps et de l’argent), le vieux rapportait des ventes (on perd de l’argent et des clients) ou minimisait les coûts (on perd de l’argent) ou connaissait bien le métier (on perd de la connaissance qui quitte l’entreprise). Tout cela, ce sont des coûts cachés, de même que la perte de confiance des autres salariés (« à qui le tour ? »). Et qui dit perte de confiance dit perte de productivité : chacun réactualise son CV, ou surfe sur les sites de recrutement, ou encore décide que désormais, le patron « en aura pour son argent » (et pas plus).
    Je suis peut-être théoricien, ou visionnaire, ou trop intelligent, mais ça m’a toujours étonné que certains dirigeants ne voient pas plus loin que le prochain trimestre…
    Bref, Coméliau a peur d’un scandale dans la presse (et nous savons tous quelle peut être l’espérance de vie d’un scandale dans la presse à sensation : quelques semaines ? moins d’un mois en tout cas…) tandis que Maigret n’a pas peur, mais il sait qu’il joue son titre de commissaire, et que 20 ans de service peuvent être balayés en 10 jours. Deux mondes s’affrontent, et s’affronteront toujours. Je ne vous dis pas qui gagne dans le roman, il faudra le découvrir par vous-mêmes…

    Livre lu – Marcel Aymé : Clérambard

    De Marcel Aymé, je n’ai lu que Le passe-murailles et autres nouvelles, et j’avais bien aimé ce style, mélange de réalité quotidienne (certes, ça fait daté maintenant, mais moi j’aime bien les évocations des becs de gaz et des fiacres) et de fantastique loufoque.
    Clérambard (livre de poche n° 306) est une pièce de théâtre en quatre actes. Je m’attendais à y trouver une ambiance à la Marcel Pagnol (dans Merlusse, par exemple), voire du Oscar Wilde. J’ai été déçu. Rien n’est vraiment contestable, mais je me demande où est l’histoire. Ce Clérambard se convertit d’aristocrate miséreux et esclavagiste en un pénitent faisant voeu de pauvreté. La pièce se termine sur un départ qui est plutôt un commencement. Il n’y a guère que le personnage de La Langouste, une demi-mondaine, une donzelle au sens technique du terme, qui mérite le détour. Le restant des personnages me semble fumeux.

    « N’empêche que quand il m’a causé d’amour, j’ai eu comme un coup de langueur dans le poitrail. Encore maintenant, j’en suis toute chose. J’ai les intérieurs en duvet de canard. »
    Marcel Aymé, Clérambard, Livre de poche n° 306, p. 120.

    Correspondances en termes d’auteurs : Pagnol pour ses pièces, mais en moins bien ici. Raymond Queneau pour le mélange argot-poésie de La Langouste (mais l’argot est essentiellement un langage poétique, nespoin ?).

    Et pourtant…

    83ème minute.

    « L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. »
    Victor Hugo, Waterloo, in Les Chtiments, livre V.

    Chateaubriand, ou retourner le steak pour finir la cuisson

    J’ai rencontré aujourd’hui mon éditeuse sur un terrain neutre et gastronomique, pour évoquer diverses servitudes collaborations futures, et autres discussions sur l’écriture, les écrivains, les écrits, et l’écrivance (malédiction de ceux qui écrivent sans être publiés).
    La donzelle (Repentir : une donzelle est définie comme une fille de mauvaise vie, « aux moeurs légères », je fais donc amende honorable, et dis plutôt la vestale du temple de la connaissance), fidèle à sa parole, m’a offert un livre, dont vous vous délecterez à lire la critique, dès que j’aurai fini mon Simenon (il faudrait aussi que je commentusse Clérambard, de Marcel Aymé, que je lus en deux jours).
    L’éditeuse a mis un point final à la controverse qui nous anima ces derniers jours. En effet, non seulement elle a reconnu que j’étais le gagnant du défi prométhéen qu’elle lança, mais elle apporta une réponse claire à MA question littéraire. En effet, à la fin du billet sus-cité, je démontrai que Jean d’Ormesson était un sycophante vendu à la solde des éditeurs, et touchant un pourcentage pour faire acheter des livres qui ne contiennent finalement pas la citation « et la maison leva l’ancre pour la traversée de la nuit ».
    L’éditeuse a été foutrement subtile, là où je n’étais que disert : elle a tapé la citation telle quelle sous Gougueule (décidément…) et a obtenu la réponse, sous la forme d’un roman qu’elle m’offrit. Cette citation n’était ni dans Les enfants terribles, ni dans Le bal du comte d’Orgel, mais dans Isabelle, d’André Gide. Et allez donc, encore un livre à lire et une critique à écrire.
    Pour sa peine, elle gagnera un livre offert par mes soins. Après accord tacite, nous sommes convenus que je lui offre De cape et de crocs, tome 1. Ce n’est que justice.

    G3, ou Le Grand Google Game, ou rien ne sert d’avoir un chateau si on n’est pas brillant

    Cet ultime vendredi, une amie éditrice m’inclut dans son Grand Jeu, dont le (la) gagnant(e) se verra offrir un livre. Le gagnant, c’est moi, bien que je n’aie pas trouvé la réponse.

    Je vous retranscris des parties de son mail, expliquant les règles du jeu :

    Les éditions V*** publient désormais de temps en temps des ouvrages traduits de l’américain. Dans un livre à venir, l’auteur a mis en exergue d’un chapitre une citation de Chateaubriand. En anglais. Sans la référence. Juste : « François Auguste René Chateaubriand » (c’est un nom français, ça fait bien, en plus c’est un long nom, ça fait très très bien, mais faut pas exagérer, rajouter la particule, ce serait trop : trop français, trop long ? non ça n’irait pas).

    Le Grand Jeu consistait donc à retrouver la citation originale dans l’oeuvre de Chateaubriand, avec cette précision diabolique :

    Je précise d’emblée aux petits malins que j’ai déjà fait quelques recherches google. En anglais, on tombe sur quelques milliards de blogs, dans la rubrique « mes citations préférées ». En français sur quelques morceaux de phrase, cela ne donne rien, mais je n’ai peut-être pas tout essayé (ou mal traduit).

    Et voici donc la citation : « A master in the art of living draws no sharp distinction between his work and his play, his labor and his leisure, his mind and his body, his education and his recreation. He hardly knows which is which. He simply pursues his vision of excellence through whatever he is doing and leaves others to determine whether he is working or playing. To himself, he always seems to be doing both. »

    Je me suis dit « Jojo, ceci est un travail pour toi ». Et partant de ces maigres indices, je me suis dit que c’était l’affaire de quelques minutes. Las ! J’y ai passé une bonne heure, mais c’était rentable pour

    1. gagner un livre
    2. river son clou à l’éditeuse amie
    3. et à tous les protagonistes de ce concours stupide

    1ère étape : procéder en pensée latérale, aller là où l’ennemi ne nous attend pas

    N’importe quel bourrin se ruera sur son Google favori, et tapera des mots-clés ineptes (« Grand Jeu éditeuse », ou « Tournedos » par exemple). J’ai décidé de ne pas être bourrin, mais superbement subtil. Je sais qu’il existe plusieurs lieux sur la Toile où se trouvent les textes des plus grands auteurs, en texte intégral. Il y a par exemple ABU, Gallica, ou encore le projet Gutenberg. Je me suis rendu dans ces endroits, et ai fait des recherches dans les oeuvres. J’ai commencé par Les mémoires d’outre-tombe (hélas incomplètes – en ligne – pour l’instant), et je cherchais les mots « maître » ou « art de vivre ». Rien. Nib de nib. Mais la latéralité a du bon, car j’ai appris des choses : l’ami Chateau parle beaucoup de ses maîtres, et dans sa correspondance avec la Marquise de V., celle-ci lui donne du « mon maître chéri ». Cette correspondance, que j’ai survolée, mériterait plus d’égards. A une époque sans blogs, une inconnue écrit son admiration à Chateaubriand. Il lui répond, elle s’enhardit, mais à chaque fois qu’il propose de la rencontrer, elle se dérobe. Il l’appelle sa « Marie inconnue ». C’est du blog tout craché : on s’invente, on démasque ce que l’on veut bien démasquer, en usant de pseudos (ceux-ci pouvant sonner comme un vrai prénom, c’est mieux), ce qui n’empêche pas d’avoir une vraie correspondance (quitte à ce que cette correspondance se dédouble en mails privés), voire des vrais sentiments. C’est ce paradoxe : on se confie d’autant plus à un inconnu… qu’il est inconnu.
    Mais je voulais le gagner, ce bouquin, alors quoi ?
    Et là, illumination :

    2ème étape : ne faire confiance à personne, ne pas se laisser guider par des cartes pipées

    (si, on peut piper des cartes, il suffit de percer un trou dans l’épaisseur, et de le remplir de plomb fondu, ce qui fera toujours tomber la carte du côté de l’as).
    Voulant éviter les démarches bourrines, j’ai commis l’erreur d’être encore plus bourrin : j’ai accepté comme parole d’évangile le discours approximatif d’une éditeuse, fut-elle admiratrice de Kosztolanyi. Or, chère éditeuse de littérature de gare et autres livres ineptes, tu as été abusée, et le balbusard issu de ton abusation a obscurci de ses ailes fuligineuses mon regard d’aigle intellectuel, me faisant perdre un temps d’autant plus précieux que c’était le mien.
    J’ai donc décidé de reprendre à zéro, en pestant par devers moi.

    3ème étape : In Google we trust

    Sous Gougueule, je tape « master in the art of living ». Bingo, le premier résultat donne la citation attribuée à James A. Michener. Le deuxième résultat confirme James A. Michener. Le troisième parle d’un « proverbe Zen ». En bref, sur les 10 premiers résultats, 3 attribuent la citation à James A. Michener, 4 à un proverbe Zen ou bouddhiste, 1 à « Jacqueline H. » (paix à son me), et 2 ne donnent pas de nom d’auteur présumé. Il faut attendre le 11ème résultat pour voir apparaître le nom de notre rosbif national, dans cet article sur les photos de mariage, où l’on apprend que Chateaubriand a « étudié le Zen ». Mazette, Internet, c’est quand même de la précision scientifique à chaque croisée d’autoroute de l’information.
    Après ce 11ème résultat, on trouve à nouveau James A. Michener 2 fois, Susan Fowler Woodring (à vos souhaits), « un proverbe boudhiste » et la Bhagwat Gita (autre orthographe pour la Bhagavad Gît).
    Bon, ça suffit donc, cette amusette. Le Chateaubriand n’a pas dit ça. De toute façon, il ne parlait pas anglais, trop occupé qu’il était à pratiquer le bouddhisme zen. Nous concluons donc avec quelques pensées amères.

    4ème étape : Pensées victorieuses.

    • Ce n’est pas une surprise : Internet est truffé de connaissances approximatives, fausses, et contradictoires, telles un vieux Gorgonzola pourri. Et le pire, c’est que l’on trouve énormément d’amateurs de Gorgonzola pourri, qui non seulement le consomment, mais font de la pub dessus, en mettent des échantillons sur leur site, et diffusent les senteurs sur la Toile.
    • La précision a du bon. Je me suis toujours méfié de citations qui ne donnaient que le nom de l’auteur. C’est pour cela (déformation d’ancien doctorant ?) que j’essaie toujours de citer les références précises de mes citations.
    • Gougueule, c’est bien quand on sait s’en servir. Exemple : l’étudiant Tartempion me remet un mémoire de recherche sur la culture du houblon près de Delft. Si je tape « Tartempion houblon Delft », je biaise considérablement la recherche, puisque je présuppose que l’étudiant est l’auteur du mémoire. Notre éditeuse a dû taper « Chateaubriand art of living » et voilà, elle n’a obtenu que les pages qui attribuent la citation au divin Comte (soit 1% des pages), c’est ainsi qu’elle m’a perdu dans ses méandres crypto-flous.

    Enfin,

    • Méfie-toi des experts. J’ai en mémoire une émission radio avec Jean d’Ormesson (Radioscopie, de Jacques Chancel, ça nous rajeunit pas) dans laquelle Jean d’O disait en substance « … Nous avions parié, quand nous étions jeunes, sur l’ouvrage dans lequel se trouvait cette phrase « et la maison leva l’ancre pour la traversée de la nuit ». Mon contradicteur soutenait que c’était dans Les enfants terribles, de Jean Cocteau, et pour ma part, j’affirmais que c’était dans Le bal du Comte d’Orgel, de Raymond Radiguet ».
    • Jacques Chancel : – « et alors, qui a gagné ? « 
      Jean d’O : – « je ne me souviens plus bien, et je laisse cette question comme un petit jeu radiophonique à l’usage de nos auditeurs, mais je crois bien que cette phrase figure dans les deux livres. »

      Etant donné que j’étais intrigué, j’ai lu ces deux ouvrages. La phrase n’y est pas, ni aucune phrase approchante.

    Donc, chère éditeuse, tu sais déjà que ça ne sert à rien de m’offrir Les enfants terribles ou Le bal du Comte d’Orgel, non plus que la Bhagavad Gît, ou encore le mémoire de Tartempion sur La culture du houblon près de Delft

    « Un maître dans l’art de vivre n’établit pas de distinction précise entre le travail et le jeu, le labeur et le loisir, l’esprit et le corps, l’apprentissage et la détente. Il ne saurait les différencier. Il recherche simplement l’excellence en toute chose, laissant aux autres le soin de déterminer s’il est en train de travailler ou de jouer. Selon lui, il fait toujours les deux en même temps. »

    Vieux proverbe zen (origine inconnue).

    Livre lu Paul Auster : La nuit de l’oracle

    J’aime beaucoup Paul Auster, que je tiens pour le plus grand écrivain américain contemporain. (et John Steinbeck, pour le plus grand écrivain américain du XXème siècle, cf. thibillet).

    La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006, 236 p.) est paru récemment, après Le livre des illusions, qu était du grand Paul Auster, de la veine inventive et voyageuse de son premier roman connu, Moon Palace.

    La nuit de l’oracle a beaucoup des ingrédients de Paul Auster : mise en abyme (un roman qui parle d’un écrivain qui écrit un roman sur un roman…), histoires qui s’enchevêtrent, personnages et situations qui dérivent peu à peu vers une fatalité insidieuse, fantasme de réiventer sa vie et repartir de zéro. Dans l’ensemble, toutes ces choses me plaisent, chez un écrivain qui travaille énormément ses textes, et que j’ai toujours autant de plaisir à lire.

    Alors quoi ? Malgré tout cela, qu’est-ce qui a cloché ici ? La redite, le sentiment de déjà vu dans d’autres romans du même auteur ? Mais n’est-ce pas inéluctable, quand on a (presque) tout lu d’un auteur, y compris ses essais et récits autobiographiques : on a l’impression de le connaître très bien, et à chaque rebondissement, moitié surpris, moitié averti, on se dit « c’est tout lui, ça ! ».

    Dans l’ensemble, j’ai passé un bon moment. Dans ma misère de lecture actuelle (j’y reviendrai, ou pas), Paul Auster serait un des seuls auteurs vers lesquels je reviendrais régulièrement.

    Voilà, je crois que j’ai mis le doigt dessus : les histoires de Paul Auster contiennent très souvent des passages durs, ou noirs, mais il y a toujours cette fibre d’optimisme, ou de fascination, qui nous fait aller de l’avant. La musique du hasard , par exemple, allait d’étonnement en mystère, de mystère en fantastique, de fantastique en fataliste. C’était superbe. Ici, cela m’a trop rappelé le livre de Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais. Ironie du sort : je lui reprochais, à elle, de copier son mari Paul Auster, et là, je retrouve dans son roman à lui des analogies. Jusqu’à ce personnage de fils menteur et dangereux, ce Mark enigmatique et effrayant du roman de Siri Hustvedt, qui a un avatar ponctuel, mais crucial dans le roman d’Auster.

    Correspondances : je n’ai pas vu Barton Fink, mais je me demande s’il n’y aurait pas une similitude (l’écrivain seul, l’irruption du fantastique, le décalage des vies). Sinon, comme souvent avec Paul Auster, j’ai du mal à établir des correspondances, car je le trouve unique. Il y a toutefois un livre qu’on m’avait prêté qui était redoutable : Tattoo Girl, de Brooke Stevens, qui a des résonances austeriennes (Amazon.fr dit, en parlant de l’auteur, « le David Lynch de la littérature », mazette !)

    Et la citation qui va bien :

    Que le sang paraît rouge sur le blanc du lavabo de porcelaine, me disais-je. Quelle vivacité elle a, cette couleur, et esthétiquement, qu’elle est choquante. Les autres fluides issus de nous sont ternes en comparaison, de pâles giclées. Salive blanchâtre, sperme laiteux, urine jaune, morve brun-vert. Nous excrétons des couleurs d’automne et d’hiver tandis que court, invisible, dans nos veines, l’écarlate d’un artiste fou – aussi rouge et aussi brillant que de la peinture fraiche.
    Paul Auster, La nuit de l’oracle (Actes Sud, janvier 2006), p. 48-49.

    Devise de vie

    Je suis en train de relire toute ma collection de Calvin et Hobbes (rappel : BD en 4 cases (comic) qui met en scène un insupportable petit gamin de 6 ans (Calvin) et son tigre en peluche (Hobbes), qui « n’apparaît » qu’aux yeux de Calvin. Article Wikipedia ici). Je tombe sur la discussion suivante :
    Calvin : « Vis l’instant présent » est ma devise. Tu ne sais jamais combien de temps il te reste ! Tu peux traverser la rue demain et PAF, être renversé par un camion ! A ce moment-là, tu regretteras de n’avoir pas pris plus de temps à te faire plaisir ! C’est mon opinion, « vis dans l’instant ». Et toi, Hobbes, quelle est ta devise ?
    Hobbes : « Regarde avant de traverser la rue ».

    C’est évidemment Hobbes qui a raison, mais je voulais juste souligner que la devise de Hobbes correspond à une sous-partie de celle de Calvin : les deux ne sont pas du tout antinomiques, elles sont au contraire reliées.

    Dans le même genre d’idées, Linus demande à Charlie Brown (dans Peanuts, article wikipedia (à travailler) ici) :
    Linus : Quel est le secret de la vie ?
    Charlie Brown : 1. faire du covoiturage, 2. regarder des deux côtés avant de traverser, 3. décongeler les aliments avant de les manger.

    Et mon ultime pour aujourd’hui, Snoopy répond à la question « Comment rester en bonne santé ? » : 1. Faites du sport régulièrement, 2. Mangez beaucoup de fruits et de légumes, 3. Apprenez à faire le roulé-boulé.

    Quelle est votre (vos) devise(s) de vie ?

    Livre lu : Dezsö Kosztolanyi – Le traducteur cleptomane

    Vous avez bien lu, ce n’est pas une typo, le titre est Le traducteur cleptomane, de Dezsö Kosztolanyi (qui, lui, a un K), aux éditions Viviane Hamy (1994, 156 p.)

    C’est un livre de nouvelles, écrit dans un style du genre de Stefan Zweig, c’est-à-dire la description d’un monde de l’entre-deux guerres, surannée et puissamment évocatrice.
    Comme par exemple cette nouvelle intitulée Le chapeau, et dont le principal protagoniste est un chapeau melon

    Le chapeau, à dire vrai, est la partie du vêtement la plus noble. Il couvre notrecrâne, avec sa forme bombée il en est une imitation, il nous est comme uncrâne supplémentaire, rempli lui aussi par la flamme et par la fumée de notre cerveau.
    Dezsö Kosztolanyi, Le traducteur cleptomane, Viviane Hamy, 1994, p. 137.

    Mais ce n’est certainement pas pour ses atmosphères que j’ai aimé ce livre. Ce livre est paru en hongrois sous le titre générique Esti Kornél, qui est le nom du héros, ou du narrateur, suivant les nouvelles. Un homme raconteur d’histoires, fortement attaché aux mots et aux constructions littéraires. La nouvelle éponyme, le traducteur cleptomane, est superbe dans son évocation de cet homme aux prises avec sa maladie. Mais hélas, raconter l’argument de la nouvelle, c’est en dévoiler l’intrigue… Tout est jeux de langage, ou de conversations à demi-mot. On flotte dans un monde très lointain, celui d’une époque qui avait connu une guerre qu’elle croyait être la dernière, dans une Europe qui pouvait encore croire au progrès humain (Dezsö Kosztolanyi est mort en 1936), et où ce petit cercle littéraire se rencontre, se raconte des histoires jusqu’au bout de la nuit.

    C’est pour moi la marque d’un excellent livre de nouvelles : à la fin de chacune, je m’arrêtais et prenais un autre livre, tant ces nouvelles se dégustent une à une.

    Puisque aussi bien je ne saurais plus me consoler moi-même, autant maintenant que j’en console d’autres. Il faut rendre à chacun sa foi dans la vie.
    Dezsö Kosztolanyi, Le traducteur cleptomane, Viviane Hamy, 1994, p. 79.

    Ecrivain auquel je comparerais Dezsö Kosztolanyi : Stefan Zweig, peut-être Kafka (mais j’en ai lu très peu).

    Et je me souviens enfin de ces femmes et de ces jeunes filles qui ont, avec elles, apporté tant de fois la féerie du hasard, son caprice et sa fatalité.
    Dezsö Kosztolanyi, Le traducteur cleptomane, Viviane Hamy, 1994, p. 143.

    Conseils à des actuels / futurs blogueurs

    Dans la liste des billets à écrire, je commençais par « pourquoi écrire un blog ? »
    En fait, j’ai déjà répondu lors de mon premier billet sur ce blog. En revanche, Nerik a eu des états d’âme il y a quelques jours, et je lui avais promis une réponse. La première réponse est dans les commentaires de son message, et la seconde va être ici, mais nécessite un tour de passe-passe.

    Nous autres, les profs, quand on ne connaît pas une réponse, on change la question. En expliquant au passage que c’est ça, la vraie question. Donc la vraie question est :

    Comment écrire sur un blog ? ou Conseils aux futurs blogueurs

    Plusieurs types de situations, et conseils en fonction :

    1. J’ai trop d’idées par jour
      • publier les idées les plus volatiles / urgentes / démangeuses en premier, et garder les autres idées au frais. (inconvénient : que de fraiches, celles-ci deviennent congelées tel le mammouth du Crétacé)
      • être organisé (Palm pilot, logiciel de prise de notes par carte mentale (FreeMind fait ça très bien, il est libre et gratuit), synchronisation des données, rédaction de billets en mode brouillon)
      • se résigner à voir des billets disparaître au loin, tels des moutons alllant pâturer d’autres riants herbages, et que le loup dévorera
      • Je n’ai pas assez d’idées, et j’en cherche
      • se brancher sur l’actualité et sur ses blogs (Le Monde, Libé, SVM…), puis relayer l’info. NB : citer ses sources est plus citoyen…
      • se brancher sur d’autres blogs, soit par affinité de thème, soit par l’effet d’écran-à-clic (version moderne du bouche-à-oreille), puis relayer l’info. NB : citer ses sources est plus citoyen…
      • se résigner à ne pas écrire tous les jours. C’est de loin l’attitude la plus sage, à mon avis. Comme disait feu Desproges : « bienheureux ceux qui n’ont rien à dire et qui s’abstiennent de le confirmer verbalement ».

    2. Personne ne me poste de commentaires
      • s’interroger sur cette nouvelle sorte de pharmacodépendance, les besoins qu’il y a derrière, et s’attaquer aux besoins plutôt qu’aux symptômes (oui, je suis donneur de leçons, mais tout le monde sait que les cordonniers sont les plus mal chaussés)
      • voir la pile de mails qu’on a, et y répondre. Après cela, voir si l’on a encore envie de recevoir des commentaires
      • écrire des billets dans le but de susciter des commentaires, au risque de prostituer son me, d’abaisser le niveau, ou de faire dans des sujets rebattus (sexe, télé-réalité, pitits animaux meugnons)

    3. Trop de personnes postent des commentaires
      • arrêter de poster des photos de pitits animaux meugnons
      • vérifier que tous les commentaires sont émis par des êtres respirants. Des commentaires du type « Great blog, you should see that : http://… » sont émis par des ordinateurs essayant d’amener le quidam à un casino virtuel, un bordel virtuel ou une escroquerie réelle.
      • interdire les commentaires. Pas amusant (on ne sait plus ce que les lecteurs pensent), mais efficace. Les blogs des Gens Importants deviennent souvent privés de commentaires…

    4. Je suis nul en informatique, ou pas intéressé par ce qu’il y a sous le capot
    5. Je suis nul en informatique, mais je me soigne
      • Dotclear est fait pour vous
      • Mais il faut un domaine et un serveur (10 € par an, aux dernières nouvelles)
      • En contrepartie de quoi, vous pouvez tout changer dans la maquette de votre blog et sauvegarder les billets

    6. Je fais un blog pour draguer
      • Meetic est beaucoup plus efficace, c’est fait pour ça

    7. Je fais un blog pour gagner de l’argent
      • PriceMinister est beaucoup plus efficace, c’est fait pour ça

    8. Je fais un blog pour m’écharper avec des inconnus par voix cyber
      • Là, c’est un bon choix, mais dans ce cas, allez sur des sites de Papes de la blogosphère, lisez un billet en diagonale du fou, et postez un commentaire dans lequel vous mettrez « ton ego démesuré » ou « certains de tes amis disent que »
      • Alternativement, il y a des plates-formes qui permettent encore mieux de faire ça : les forums de discussion. Le tout est d’être en décalage (parler de Mac sur un forum PC, de plantigrades sur un forum de bergers, d’étudiants sur un forum de profs)

      Mais finalement : pourquoi écrire un blog ?

      BD lue – Convard et al. : Le triangle secret (7 tomes)

      Je me suis appuyé la lecture des 7 tomes du Triangle secret (Le testament du fou, Le jeune homme au suaire, De cendre et d’or, L’évangile oublié, L’infâme mensonge, La parole perdue, L’imposteur), ouvrage fruit d’un unique scénariste (Convard) mais de multiples dessinateurs, à ne pas confondre avec sa « suite » (qui le précède), Le triangle secret – INRI : tome 1 et suivants… Oui, je sais, c’est compliqué, c’est comme Star Wars, la fin arrive avant le début, qui lui même a été tourné après la fin, mais l’important, c’est que moi je m’y retrouve (parfois).

      Mes réactions :

      • Sur le fond : l’intrigue est bien étayée, on se laisse entraîner, en se demandant quel peut être le dénouement de cette énigme qui a commencé il y a 2 000 ans, et dont le dénouement aura lieu de nos jours.
      • Sur la forme : je n’ai pas aimé les dessins. C’est d’autant plus étonnant que je lis que plusieurs dessinateurs ont collaboré aux 7 tomes. Cela n’a pas le charme de la ligne claire de Tintin ou du Tueur, et c’est loin derrière – à mon avis – les superbes dessins de De cape et de crocs ou de Blacksad (je relisais ces derniers jours les deux premiers, c’est superbe).

      Et surtout…

      Je trouve que nos temps sont empreints de mysticisme à gogo, c’est la thèse du Grand Complot revisitée, et tous les scénarios tournent autour de la même recette. Donc, si demain je veux écrire un scénario ou un roman à succès (à Dieu ne plaise…), j’y mettrai :

      • Un début qui commence, comme de bien entendu avec la secte des esseniens (contemporains du Christ) et un manuscrit/trésor caché. Variantes possibles, et déjà vues : Sumer et « le berceau de l’humanité », les manuscrits de la Mer Morte, voire la Kabbale.
      • Des templiers, ou des rose-croix, des franc-maçons ou une secte occulte, gentille mais hermétique, bref, des « gardiens du secret ». Un petit coup de croisade au passage, juste pour faire exotique.
      • Des chercheurs en égyptologie, documentalistes ou journalistes, des gens comme vous et moi, avec leurs petites préoccupations et leur café au comptoir qui tout-à-coup basculent dans le Grand Mystère, « bon sang, on nous a menti, nous allons mettre au jour un terrible secret »
      • Des militaires en quête de l’arme absolue, mais bornés et désespérément cartésiens (« ces choses-là ne peuvent exister, ça doit être un coup de paludisme »)
      • Des meurtres, forcément, avec énigme policière à la clé, et tout le monde qui met du temps à comprendre que Les Autres sont en route pour exterminer les audacieux chercheurs de vérité
      • Une intrigue amoureuse, pour mettre du sexe. Idéalement, une intrigue à connotation d’interdit (voeu de chasteté, divorce, deuil, religion différente…)
      • Le Vatican, l’Opus dei ou l’Inquisition
      • Le dénouement serait, le plus souvent : « on enterre » (dans tous les sens du terme)

      Exemples en vrac dans ce que j’ai pu voir / lire :

      • Le pendule de Foucault, d’Umberto Eco
      • Le troisième testament, BD (scénario de Dorison, dessins d’Alex Alice, pseudo qui cache un ancien de l’escp)
      • Sanctuaire, BD (scénario de Dorison)
      • et, pour autant que je sache, plusieurs autres BDs dont Dorison a fait le scénario
      • Uruad, les américains ont-ils envahi l’Irak pour protéger un secret… de Jean-Christophe Issartier
      • et l’omniprésent Da Vinci Code de Dan Brown / Ron Howard, qui a vraiment atteint la célébrité depuis que sa bande-annonce est parodiée (vu sur le blog de Tristan Nitot)
      • (Mise à jour) ce matin, sous la douche, j’ai pensé aussi à ce merveilleux navet avec Nicolas Cage, Benjamin Gates et le trésor des templiers

      Avec des variantes plus éloignées, qui peuvent n’avoir qu’un parfum lointain :

      • La peau du tambour, d’Arturo Perez-Reverte (polar avec l’Inquisition version moderne)
      • L’anneau du pêcheur, de Jean Raspail (superbe enquête documentaire sur les antipapes et leur survivance récente)
      • Les aventuriers de l’arche perdue, de Steven Spielberg, avec ce dialogue halluciné : « l’Arche est un émetteur-récepteur pour parler avec Dieu ! »

      Ce n’est pas que je sois lassé, mais quand on a lu Le pendule de Foucault, on a du mal à retrouver un équivalent en terme de recherche et de qualité. Comme le dit la citation attribuée à Paul Newman :
      – le journaliste : « Vous avez été régulièrement nommé comme l’un des hommes les plus sexy du XXème siècle, comment se fait-il que vous soyiez marié depuis 25 ans à la même femme ? »
      – Paul Newman : « Je ne vois pas pourquoi j’irais manger du paté ailleurs, quand j’ai du foie gras à la maison ».

      Et moi, je ne vois pas pourquoi je lirais ou j’irais voir le da Vinci code quand j’ai Blacksad à la maison.

      Le Brealey nouveau est arrivé

      Voilà, après quelques mois (presque 12) de travail, la nouvelle édition du Brealey, Myers, Allen, Principles of corporate finance, sort en français, sous le titre éminemment original de Principes de gestion financière. C’est la 8ème édition américaine, la 4ème francophone, la deuxième sur laquelle je travaille, et la première sur laquelle j’avais toute responsabilité (relecture et mise en forme, adaptation, suppressions/ajouts, jeux de mots foireux…)
      De la même manière que, dans mon ouvrage récent, j’ai réussi à caser « personne ne sait ce qu’il est advenu du petit pot de beurre » (p. 114), ici, j’avais 1 084 pages pour m’exprimer. Je suis assez content du slogan de l’entreprise Guano SA (« il jouait du guano debout »), ou de l’en-tête de l’exercice portant sur le renouvellement d’un bateau de pêche (« encore du bulot ! ») Comme vous le voyez, on s’amuse quand on n’a rien à faire. Pour les 117 852 jeux de mots restants, il faudra acheter le livre (teasing, teasing, buzz, buzz !).

      Voici maintenant le petit calcul financier qui s’impose :

      • sachant qu’on a dû vendre 2 000 exemplaires sur l’année 2005
      • sachant que j’ai dû passer, en temps plein, quelque chose comme 3 mois de travail sur cette nouvelle édition
      • sachant que je touche 55 centimes par exemplaire vendu
      1. En supposant un même chiffre de ventes pour cette édition, cela représente combien de droits d’auteurs ?
      2. En supposant que mon coût horaire est au SMIC (8,03 euros bruts de l’heure), et que les jours ouvrés comptent 7 heures de travail effectif (je suis prof, n’exagérons pas), cela fait quel coût pour 3 mois (20 jours travaillés par mois) ?
      3. En faisant 1. – 2. aboutit-on à un chiffre
      • exagérément positif (il s’en met plein les fouilles, ce nanti !)
      • raisonnablement positif (c’est toujours ça de pris…)
      • nul (manquerait plus qu’il y gagne !)
      • raisonnablement négatif (de toute façon, c’est pour la réputation)
      • Abominablement négatif (arrête de nous faire pleurer)

    9. Combien d’exemplaires faudrait-il espérer vendre en 2006 pour arriver à un résultat nul ? Est-ce plausible ?
    10. Si on suppose qu’une séance de psychanalyse coûte 50 euros, à combien de séances de psychanalyse (thème : pourquoi est-ce que je fais ce genre de choses ?) ce déficit correspond-il ?
    11. Je ramasse les copies dans 3 jours.