Ce nuage a concentré
tout son bleu dans sa lisière,
comme des pigments rassemblés
dans la tache humide de l’aquarelle,
à la frange du papier sec.
Le ciel est une grande feuille de Canson
mouillée de nuages.
Tag Archives: Cailloux
Poussez l’escarpolette
Chronologie
Ce matin, pluie lourde et grasse
Et puis matinée dans la touffeur.
Midi arrosé, sans une goutte de pluie.
Dans l’après-midi, entre l’obscurité chaude de deux stations de métro,
Une flaque de soleil en surface,
Avant un nouvel engloutissement dans le boyau.
Ce soir, soleil voilé et barbecue sur le bitume.
Population de tous âges. Ambiance de partage.
Bagarre de jeunes, un est à terre, tous tapent sur lui,
A coups de pieds dans la tête.
Il saigne, son arcade sourcilière a doublé, il titube.
Nous sommes là, j’entends la pauvre voix d’une pauvre femme,
qui n’a rien compris « arrêtez, je vous en supplie », au milieu de la mêlée.
C’est la guerre, ils n’ont plus de limites,
et nous, avec nos cheveux gris, avec nos dérisoires « calmez-vous ».
Il saigne, il crache du sang.
Le cinéma travestit la réalité, ça ne se passe pas comme sur la pellicule,
C’est à vomir, en vrai.
La police arrive, on reprend nos verres,
Des femmes lui apportent des glaçons
Tandis que certains refont le match de cette bagarre.
Et le barbecue continue,
Avec un peu moins de chaleur, un peu plus de comblement.
Caillou – En Italie
Descendu en vol plané,
Porté sur ton souffle,
Il a été guidé par les lueurs de tes yeux,
Il a frôlé la tour de contrôle de ton nez,
Et finalement, mon baiser a atterri,
comme une plume sur ta joue.
Puis il a fait tout doucement le taxi
Jusqu’à tes lèvres.
Vous pouvez détacher vos ceintures.
Caillou – Internavigation
Je clique, l’écran change
Ou pas.
Consommation immédiate de nouvelles, de fausse nouveauté,
D’électrons.
Des gens meurent, des gens pleurent,
Moi je suis juste un + 1
Dans un compteur
De visiteurs.
Caillou et Pellicule
J’avais écrit le caillou, et Yann en a fait la photo. Sa photo me rappelle un album BD de Cosey, L’espace bleu entre les nuages (Editions du Lombard, janvier 1983), notamment les pages 29 et 34. Comme disait Charlie Baudelaire, tout est correspondances…
Caillou – Jeunesse
Le moment doré où la nuit s’effilochait,
Où l’aube avançait en pétales de violettes,
Où nous nous embrassions une dernière fois au son des premiers oiseaux.
Caillou – Héliotrope
La Terre est lavée par le soleil.
Caillou – La Cruda
J’ai le cerveau qui a infusé.
Il baigne dans l’alcool tel un gros glaçon rose
Qui parfume mes pensées au litchi.
PS : dans Le guide du voyageur galactique, l’auteur décrit les effets du cocktail le plus foudroyant de la galaxie, L’arrache-boyaux pan galactique, de la manière suivante (de mémoire) :
quand on boit un arrache-boyaux pan-galactique, on a l’impression d’avoir le cerveau écrabouillé par un lingot d’or entouré d’une rondelle de citron.
Respect.
Caillou – Dieu se fout de nous
Dieu se fout de nous
il fait son cinéma sur les nuages
vient voir qui veut
mais Dieu n’attend personne pour ses projections.
PS : caillou rédigé il y a quelques années, un jour de perte, près de chez RZ. Caillou qui entre en résonance avec la citation du jour de Nerik.
Calcul et chiffres
Vendredi, c’était mon 100ème billet sur ce blog. J’avais initialement prévu d’en faire un long billet, non pas récapitulatif et glorifiant du passé (c’est bon pour les comptables), mais prévisionnel, anticipatoire et futuriste (n’enseigné-je point la Phinance ?).
En voici une pseudo-trame squelettique :
- Liste des lectures que l’on m’a recommandées (cf. commentaires), et que j’ai achetées, ou pas encore, mais pas lues (aucune pour l’instant).
- Liste des améliorations cosmétiques prévues sur ce blog
- Liste des améliorations techniques prévues sur ce blog
- Etat des lieux de quelques réflexions à formaliser (les singes, les licences, et l’écriture)
Il appert néanmoins que vendredi, j’étais dans une déprime profonde. J’ai donc voulu inverser la vapeur, avec un caillou lumineux. Aujourd’hui, je n’ai pas le peps pour faire la critique du dernier Fred Vargas, je constate que ma cure d’amaigrissement (j’étais arrivé à n’avoir plus que 65 mails dans ma boite de réception) a pris un grand coup de tartiflette : 113 mails à cette minute, et sans compter les mails des mailing listes genre OpenOffice.org ou MBA Exec, qui arrivent directement dans des sous-dossiers.
L’heure est donc au caillou déprimé (et non peaufiné), un caillou d’un genre particulier : un Calcul.
Calcul – 113 mails non lus
petites araignées grasses
empilées, emboitées dans des lignes d’électrons,
chiures de mouches sur néons.
113 sujets à exterminer,
à noyer sous mes mots-sauterelles
avant la tombée de la nuit.
Caillou – Klondyke
Je rêve d’un pays nu,
avec des montagnes, des arbres, quelques prairies
et une petite maison de bois.
Une maison en rondins dont les murs seraient rugueux
et sentiraient la résine.
En automne, la forêt serait dorée
comme un instrument de culte
et le silence religieux ne serait rompu
que par le bond effaré d’un chevreuil.
Il y ferait frais, avec un air bleu et glacé
et quelques brouillards le matin.
Le soleil y serait vu comme une bénédiction.
Là-bas, j’irais chaque matin à la rivière et,
passant le tamis toute la matinée,
je chercherais des pépites dans mon âme.
Caillou – A l’abri au Café
Paris, soleil et pluie.
Les gouttes font des explosions
dans les lacs des guéridons de marbre.
Ballast – Télémessagerie
Elle avait tout pour me prendre et me garder,
Sur le quai d’en face, elle me fixait intensément, effrontément, sans ciller.
Je n’allais pas rater cette chance, je me suis dirigé vers la sortie pour aller la retrouver.
Mon œil a été attiré par une tache de couleur, derrière moi.
Je me suis arrêté, le coeur vidé.
Elle, sans avoir rien remarqué,
continuait à fixer
l’affiche vantant la sortie d’un nouveau téléphone portable.
Ballast – 22h40 en semaine
Une qui monte l’escalier de la gare,
elle porte un sac lourd et on voit sa culotte.
Une autre qui sort du train avec son portable,
elle marche dans la nuit en parlant trop fort.
Une qui est dans une cabine téléphonique,
elle essuie les pleurs de ses yeux, tout en tenant le combiné,
et le fil de la conversation mourante.
J’y étais,
fatigué.


